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Pointeville, 1780. Perturbée par un terrible événement, la vie de Cornelia, une jeune esclave, prend une tout autre allure au sein de l'Habitation Saint-Pierre. L'arrivée de Joseph, un nouvel esclave, l'oblige à prendre des décisions difficiles. La situation politique instable de l'île est une aubaine pour Cornelia qui est toujours en quête d'un trésor inestimable : la liberté. La jeune esclave entame un long chemin vers une contrée inconnue semée d'embûches où sentiments et émotions sont mis à rude épreuve.
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Seitenzahl: 131
Veröffentlichungsjahr: 2017
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À tous ces hommes et à toutes ces femmes,
qui ont lutté pour la liberté.
La triste journée
Le nouveau
La promesse
Le mauvais piège
La terrible douleur
La punition
Le temps qui passe
La crise
L’attaque des Anglais
Le doute
La trahison
Insurrections
Abolition et liberté
Nouveau départ ?
L’histoire débute en mai 1780 à Pointeville, période où l’esclavage battait son plein sur l’île de la Guadeloupe colonisée par la France.
Alors que Cornelia, une jeune esclave de seize ans, et d’autres enfants jouaient au ballon avec une noix de coco toute desséchée dans la cour de l’habitation, Marcus surgit de nulle part et réduisit en miettes la noix de coco avec son sabre. Il obligea ensuite les enfants à regagner la case de leurs parents immédiatement. Fâchée, Cornelia rejoignit la case qui était vide.
Cornelia avait pour père un dénommé Jaspar, qui était esclave depuis de nombreuses années dans l’habitation Saint-Pierre située près des hauteurs de Baimdridge et à quelques kilomètres de l’habitation Darboussier. Cirane, sa compagne, était femme de chambre et s’occupait aussi des enfants de la famille. Jaspar était un esclave dévoué, il ne rechignait jamais à la tâche, contrairement à sa femme qui avait plutôt tendance à se rebeller contre l’autorité de leur maître.
Théophile Saint-Pierre était le maître de l’habitation qui portait également son nom. Grâce à sa richesse, il importait de la viande de bœuf, de la farine, du vin et du beurre d’Europe contre du café, du rhum et du coton. Mathilde, sa femme ne travaillait pas, elle passait ses journées à discuter avec ses amies de leurs voyages dans les différents pays.
Les parents de Cornelia vivaient dans une petite case à l’intérieur de l’habitation qui comptait près d’une centaine d’esclaves répartis dans les différents secteurs d’exploitation. L’habitation Saint-Pierre était l’une des plus importantes de l’île grâce aux matières qu’elle produisait.
L’habitation attirait de nombreux colons, grâce au marché des esclaves qui était situé à quelques encablures de celle-ci. Théophile avait le sens des affaires et était très rusé quand il s’agissait de négocier des terres agricoles réputées comme étant très fertiles.
Comme tous les matins, Cirane se rendit dans la chambre des deux enfants de la famille, elle devait les réveiller, leur préparer leur petit déjeuner et repasser leurs habits du jour. Ses gestes étaient répétés depuis quelques années, Cirane était rôdée, elle pouvait tout faire les yeux fermés. Jaspar, lui, était dans les champs avec d’autres esclaves, il fallait qu’il récolte la canne à sucre pour l’emmener au port afin qu’elle soit transportée vers l’île voisine de la Martinique où était située l’habitation Schœlcher, qui bénéficiait de la plupart des récoltes grâce à un accord qu’il avait conclu avec l’un des propriétaires.
Il était presque midi, le soleil tapait de plus en plus en fort et Jaspar commençait à tituber, ses muscles étaient tétanisés à cause de la lourde charge et la chaleur était insupportable malgré son grand chapeau de paille qu’il prenait toujours avec lui pour se protéger du soleil. Il multipliait les va-et-vient entre le champ et le port, sa chemise était toute trempée avec la transpiration qui commençait même à lui piquer les yeux mais il ne lâchait rien. Au moment d’entamer son dernier voyage, Jaspar fut sauvagement interpelé par Marcus, le bourreau des esclaves :
— Dépêche-toi ! Il y a les chevaux à brosser et les poules à nourrir !
Sans dire un mot, Jaspar précipita son dernier voyage vers le port qui était à une centaine de mètres de l’habitation avant de se diriger vers l’écurie qui était juste à côté de la grange où étaient les poules. Il commença à brosser les chevaux, ils étaient six. Il fallait absolument bien s’occuper de ces chevaux car parmi eux se trouvait le cheval de Charles-Henry, le fils aîné des Saint-Pierre.
Charles-Henry adorait son cheval et il fallait que celui-ci soit toujours opérationnel au cas où il voulait le monter. Une bonne heure après, Jaspar avait terminé avec les chevaux et se rendit dans la grange. Les poules étaient tout excitées quand elles virent l’homme pénétrer leur enclos, elles savaient que c’était l’heure de picorer. Il prit le sac de grains de blé et commença à le secouer aux quatre coins du poulailler. Les poules caquetaient, c’était un véritable capharnaüm. Jaspar sortit un instant, pour remplir les réservoirs d’eau des poules qui étaient au plus bas. Une fois les réservoirs d’eau remplis, les poules bien nourries, Jaspar prit la direction de sa case. Arrivé chez lui, il constata avec stupéfaction la présence de sa femme. C’est alors qu’il lui dit :
— Tu n’es pas avec les enfants ? J’espère que t’as fini les tâches que t’avais confiées Madame Mathilde...
— J’ai fini avec eux, ils sont désormais avec leurs parents, l’interrompit Cirane avec un air particulièrement joyeux.
Cet air joyeux interpella son mari qui comprit qu’il y avait forcément quelque chose pour que sa femme ait cet air si enchanté. Jaspar était inquiet car si sa femme était partie sans s’occuper des enfants, elle pouvait risquer de se faire sévèrement punir par Marcus, sous les ordres du maître. Les conditions de vie des esclaves se détérioraient d’années en années, les ordonnances royales renforçaient le pouvoir des maîtres et continuaient à affaiblir la position de l’esclave, qui d’ailleurs était considéré comme un meuble. Cirane ne supportait plus ses conditions de travail, elle n’avait qu’une seule envie, celle de quitter l’habitation Saint-Pierre. Quelques semaines auparavant, Cirane avait été prise en flagrant délit de vol de baguettes de pain et d’une carafe de lait au miel dans la cuisine. La pauvre s’était faite fouettée par Marcus devant tous les autres esclaves y compris son mari et sa fille qui ne purent rien pour elle. Une autre fois, la petite Constance, fille cadette des Saint-Pierre l’avait surprise en train de dormir dans son lit au lieu de repasser les vêtements qui étaient dans l’armoire et sur le lit. Agacé par ses comportements déviants, Théophile commençait à se poser des questions sur l’avenir de son esclave. La femme de Jaspar continuait de multiplier les infractions, elle allait bientôt provoquer la colère de son maître. Désireuse de quitter l’habitation Saint-Pierre, Cirane mit en place un stratagème pour s’évader. Elle savait à quoi elle s’exposait car les délits de fuite étaient sévèrement punis. Elle informa son mari de la fourberie qu’elle avait mise en place et celui-ci entra dans une folle colère. Sans même chercher à comprendre, Jaspar tenta de raisonner sa femme, en vain. En effet, Cirane voulait dérober deux colliers en or qui étaient dans la boîte à bijoux des enfants avec quelques billets qu’elle avait repérés sur la table de chevet. Jaspar n’approuvait pas cette idée mais il ne pouvait pas laisser sa femme agir seule, son amour pour elle était trop immense. Il décida d’agir avec elle contre sa propre volonté.
La nuit était enfin tombée. Cirane décida de passer à l’action. L’habitation était calme, tout le monde dormait, elle en profita alors pour se rendre dans la chambre des enfants afin de dérober le précieux butin. Elle était stressée, son cœur battait la chamade, on pouvait même entendre son souffle dans le silence de mort qui régnait dans la maison. Jaspar, lui, était resté faire le guet au cas où quelqu’un débarquerait. Cirane arriva dans la chambre sur la pointe des pieds, elle attrapa la boîte à bijoux et prit aussi les billets. Après son vol, la jeune femme se précipita vers l’extérieur de la maison entraînant son mari dans sa course. Les deux voleurs arrivèrent alors dans la grande cour derrière la maison, mais avant de poursuivre leur route, Jaspar fit un détour pour récupérer Cornelia qui dormait dans la case. Son père la réveilla brusquement et l’emmena avec lui. Une fois la famille réunie, ils se précipitèrent vers la sortie de l’habitation, au même moment les trois chiens de garde de la famille commencèrent à aboyer férocement. Il y avait un véritable vacarme dans la cour, vacarme qui à coup sûr réveillerait la maison encore endormie. Arrivés à la sortie de l’habitation, Cornelia et sa famille n’eurent même pas le temps de faire une centaine de mètres qu’ils tombèrent sur l’un des officiers en patrouille alerté par les aboiements des chiens. Jaspar et Cirane se jetèrent tous les deux un regard apeuré et comprirent tout de suite qu’ils allaient passer un moment pas très agréable, mais ils savaient à quoi ils s’exposaient en se lançant dans une telle péripétie. Jaspar était dépité. Il avait pourtant prévenu sa femme des risques qu’ils encouraient si son plan venait à échouer. Le plus dur restait à venir pour eux.
D’abord, l’officier prit les objets et l’argent volés, ensuite il sépara Cornelia de ses parents. Elle n’arrêtait pas de crier et de se débattre car elle ne voulait pas quitter ses parents. Elle fut enfermée dans un cachot qui se trouvait dans le sous-sol de la maison. Averti par l’autre l’officier, Théophile, le maître de l’habitation, débarqua dans la cour et constata les faits. Comme tous les voleurs, Jaspar et Cirane allaient être punis. La peine était toujours proportionnelle à l’acte commis. Cirane avait déjà commis quelques infractions au sein de l’habitation. Cette fois, elle avait dépassé les limites de l’acceptable. La décision de Théophile choqua plus d’un dans l’habitation. Il avait décidé de les condamner à la pendaison.
— Vous serez pendus demain matin devant tous vos congénères, fit Théophile avec un ton autoritaire.
Après des années de servitude, la vie de Jaspar et Cirane allait connaître une fin tragique. Mathilde, l’épouse de Théophile, n’avait pas son mot à dire car en matière de sanctions c’était son mari qui décidait de la peine qu’il infligerait aux malheureux qui défieraient son autorité. En matière de peines et de châtiments, les maîtres devaient absolument se plier aux articles du Code noir qui avait été publié par l’un des ministres du roi. Malheureusement, tous les articles du Code noir n’étaient pas respectés à la lettre, certains colons appliquaient les règles qu’ils avaient eux-mêmes mises en vigueur dans leur habitation. Cornelia était enfermée dans le cachot et elle n’avait aucune idée du sort qui avait été réservé à ses parents. La scène s’était déroulée tellement rapidement, que la pauvre petite n’eut même pas le temps de comprendre. Une chose était sûre c’est que sa vie allait basculer.
Le soleil se leva sur l’habitation. Tout était prêt pour la pendaison des malfrats. Deux grands poteaux avaient été érigés dans la cour. Jaspar et Cirane étaient vêtus de vieux vêtements tout déchirés donnés par leur maître. Théophile arriva entouré de toute sa famille, tous les esclaves étaient présents pour assister cet horrible massacre mais ils n’avaient pas le choix. C’était une obligation que de participer aux châtiments des autres.
Marcus, déjà présent dans la cour appela Cirane, il lui passa la corde autour du cou. Cirane était devenue toute pâle, ses yeux étaient remplis d’eau. Elle s’interrogeait sur l’acte répréhensible qu’elle venait de commettre, elle vit toute sa vie défiler devant elle en moins de cinq minutes. Marcus la fit monter sur un petit tabouret et attendit l’ordre du maître. Jaspar, lui, avait déjà la corde autour du cou et attendait sur le tabouret le moment fatidique. Jaspar n’éprouvait aucun sentiment, il avait un regard vide, on ne pouvait discerner aucune émotion sur son visage. Quelle tristesse ! Cela faisait quelques mois qu’il n’y avait pas eu de pendaison dans l’habitation Saint-Pierre, il faut dire que Théophile avait instauré un système d’intimidation tel, que personne n’eut le courage de le défier, enfin jusqu’à aujourd’hui. Après quelques minutes, Théophile donna le signal à Marcus, celui-ci s’avança devant les deux et dit :
— Le vol est puni ! Le délit de fuite est aussi puni ! Aujourd’hui vous paierez de votre vie vos méfaits !
Après cette phrase de Marcus, tout le monde comprit que le mal allait être fait. Tous les visages des esclaves spectateurs de cette terrible scène commencèrent à se décomposer. D’un côté, il y avait ceux qui pleuraient et souffraient de la mort inévitable de leurs congénères et de l’autre, les plus âgés qui s’adonnaient à des prières, ils imploraient la Vierge Marie de leur venir en aide dans cette situation difficile. Ils récitèrent tous en chœur...
Sainte-Marie mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort...
Le ciel devint gris, de nombreux nuages commencèrent à se former au-dessus de l’habitation. C’était annonciateur d’un mauvais temps, d’une pluie terrible accompagnée d’orages et de tonnerre. L’heure était venue. Marcus s’approcha devant Cirane, la regarda droit dans les yeux puis brutalement, il donna un violent coup de pied au tabouret où elle se tenait debout. Elle se débattit moins de deux minutes avant de devenir toute raide. Quelle souffrance pour Jaspar qui assista impuissant à la mort de sa femme. Marcus se retourna sans tarder vers Jaspar et lui enleva son tabouret. Il essaya de résister mais la corde devenait de plus en plus serrée autour de son cou. Quelques instants plus tard, il trouvait la mort sous une fine pluie. Cette fois c’était la fin. Jaspar et Cirane avaient été pendus, leur tentative de s’échapper de l’habitation en volant de l’or et de l’argent leur avait été fatale. Théophile mit en garde ses autres esclaves au cas où ils auraient envie de commettre un acte irréparable. Dorénavant ils sauront tous à quoi s’en tenir, si jamais cette idée venait à traverser leur esprit. Après quelques fines gouttes, une pluie torrentielle s’abattit sur l’habitation obligeant les membres de la famille à aller s’abriter. Les esclaves eux, étaient priés de regagner les différentes plantations.
Cornelia, encore enfermée dans son cachot ne se doutait de rien. La pauvre avait déjà perdu ses parents sans même qu’elle ne le sache. Mathilde décida de descendre chercher Cornelia pour l’informer de la terrible nouvelle.
Arrivée au cachot, la maîtresse de maison aperçut Cornelia toute recroquevillée au fond de la pièce. Elle n’arrêtait pas de trembler. Elle était paniquée et ne cessait de réclamer son père et sa mère qu’elle n’avait pas vus depuis la veille lors de l’altercation avec les officiers qui rôdaient aux abords de l’habitation. La nouvelle était dure à annoncer mais Mathilde prit son souffle et annonça la nouvelle d’un trait à la jeune fille.
— Tes parents ont été pendus !
Quand Cornelia apprit la nouvelle, elle éclata en sanglots dans le cachot tout en demandant ce qui s’était passé pour que la situation aille aussi loin, au point que ses parents eurent été pendus. Mathilde expliqua à Cornelia que ses parents avaient tenté de s’enfuir en volant des biens et de l’argent. La pauvre enfant était désemparée, elle ne savait que dire face à cette explication de Mathilde, la pauvre enfant continua de pleurer, elle attrapa même le hoquet tant son désespoir était incontrôlable. La vie était tellement cruelle ! Hier Cornelia avait ses deux parents et aujourd’hui elle était orpheline. Elle ne pourrait compter sur personne à part elle-même.
