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A travers l'histoire d'Amitié entre Léopold et Sébastien, on entrevoit la vie de Marc-Antoine, le père de Lépold qui est un pianiste et compositeur de génie qui n'a jamais été reconnu. Pourtant, c'est ce dernier qui a composé le quatre mains et le duo pour double piano qui ont rendu Léopold et Sébastien célèbres.
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Seitenzahl: 83
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Depuis que j’enseigne au conservatoire, tous les matins, je vais prendre mon café dans le bar non loin. C’est un moment de plaisir que je m’offre, un rendez-vous solitaire, où pour un instant, je me retrouve enfin dans mon monde. De temps à autres, l’amertume du café me rappelle à la réalité.
Venant de la table voisine, deux phrases retiennent mon attention : « s’il meurt, ce conflit ne sera jamais résolu », la deuxième : « mieux vaut perdre un conflit qu’un ami ». Ces phrases m’ont ramené vingt ans plus tôt, au temps où j’avais écrit cette lettre à mon ami Léopold, courrier auquel il n’a jamais répondu.
Marseillele 15 septembre 1991
Mon cher Léopold,
Le concert que tu as donné le 23 juin dernier a dépassé toutes les attentes qu’un mélomane averti pourrait espérer. Ce soir-là, j’ai perdu ton amitié. Vu la performance que tu as réalisée, tu étais certainement épuisé. Moi, excédé par des problèmes personnels je n’ai pas supporté que tu m’aies éconduit lorsque je suis venu te féliciter dans ta loge.
Cela n’excuse en rien les paroles que je t’ai dites.
Aussi, par ces quelques mots, je viens te présenter mes excuses pour t’avoir offensé. J’espère que tu me pardonneras et que nous pourrons à nouveau être les amis que nous avons toujours été.
Ton frère de musique
Sébastien
Chaque fois que je pense à cette histoire, mon cœur se serre. Cette amitié brisée est l’un des plus grands regrets de ma vie.
Comme à chaque fois que je l’évoque, l’estomac et la gorge serrés, une forte angoisse m’envahit et je ne peux m’empêcher de revivre cette histoire qui a commencé dans mon enfance, et au fond de moi, je suis sûr qu’elle n’est pas terminée.
J’ai passé ma plus tendre enfance à la Vieille Chapelle, un quartier au sud de Marseille. J’ai toujours gardé la nostalgie du temps d’avant sa rénovation. Le bord de mer était une côte rocheuse, et par mauvaise mer, les vagues inondaient le milieu de l’avenue Joseph Vidal.
Un jour que je jouais dans la cour, mon attention fut attirée par un air de piano. Mes oreilles profanes furent séduites. Quand le pianiste cessa j’allais trouver ma mère pour la questionner : « C’est quoi cette musique maman ?- Je ne sais pas. Nous avons des nouveaux voisins qui ont un piano peut-être que la musique vient de chez eux ».
Quelques jours plus tard, nous rencontrons Nicole la nouvelle voisine accompagnée de Léopold petit garçon qui avait plus ou moins mon âge. Son teint mat, ses cheveux drus et ses yeux très expressifs lui donnaient un air espiègle alors que c’était un enfant très sage. Tous les deux avons très vites sympathisé et sa maman m’invita à venir jouer et prendre le goûter avec lui.
En arrivant dans sa salle à manger je fus émerveillé par ce majestueux piano orné de chandeliers. Les touches blanches du clavier et la douleur ivoire des bougies sensées éclairer la partition faisaient contraste sur le bois sombre du piano.
En ce qui me concerne, je garderai toujours le souvenir de la beauté de cet instrument. Cet après-midi, l’enfant que j’étais aurait donné n’importe quoi pour en jouer. « Fais bien attention ! » m’avait dit ma mère, « ne fais pas comme ces enfants mal élevés qui touchent à tout ! S’il y a le moindre problème, je ne t’autoriserai plus à aller jouer avec Léopold. C’est dommage, vous avez l’air de bien vous entendre tous les deux ». Aussi, je faisais très attention à mon attitude.
Voyant mon attirance, la maman de Léopold me proposa d’attendre le retour de son mari pour jouer du piano.
Un instant plus tard, Marc Antoine, le papa de Léopold arriva du travail. « Nous avons un invité lui dit sa femme. Je te présente Sébastien. Il attend ta venue avec impatience pour jouer du piano. Entre lui et moi, le courant passa immédiatement. Ses lunettes, masquaient un regard bienveillant, avec lui on se sentait en confiance. Entre lui et moi, le courant passa immédiatement. Il me donna la permission de jouer du piano. J’appuyais sur les touches, et une horrible cacophonie sortait de ce pauvre piano qui semblait souffrir les milles morts. Marc-Antoine m’écoutait d’une oreille bienveillante. Puis, Léopold se mit à ma place et joua, pour me faire plaisir quelques mesures d’une valse. La maison avait alors pris un air de fête.
Sans me le dire, Marc-Antoine m’avait testé pour voir mes prédispositions. « Si tu t’entraînes souvent très vite tu pourras jouer comme Léopold » m’avait-il dit pour m’encourager. Devant mon visage illuminé par la joie, il continua : « Pour cela il faudra que tu travailles sérieusement à l’école et que tu aies de bons résultats ».
Quand le moment de me rendre à ma mère fut venu, la maman de Léopold lui fit des éloges me concernant. Marc-Antoine intervint dans la conversation : « votre fils a talent prometteur. Il a voulu jouer avec mon piano, je le lui ai prêté, et quand j’ai vu l’aisance qu’il avait, je me suis permis de lui faire un test d’aptitude. Je peux vous garantir qu’il a toutes les qualités requises pour devenir un grand pianiste. Si vous acceptez, je peux lui donner des cours.- Merci répondit ma mère gênée mais nous n’avons pas les moyens pour…- Qui vous parle d’argent Madame ? Je travaille dans une banque et ai un salaire suffisant pour subvenir aux besoins de ma famille. Je suis un passionné de musique et j’enseigne le piano à mon fils. Sébastien peut profiter aussi de cet enseignement.- Sébastien commence à devenir grand, à l’école il va avoir de plus en plus de devoirs, et il ne faudrait pas que la musique le détourne de son travail. De plus, on m’a toujours dit que lorsque l’on joue d’un instrument de musique il faut en avoir un à soi chez soi, notre appartement est bien trop petit pour loger un piano et de plus nous n’avons pas les moyens de nous en procurer un ».
Comprenant que ma mère ne serait pas d’accord, une grande tristesse m’envahit. J’avais très envie de pleurer. Lisant cette émotion sur mon visage et voyant que je retenais mes larmes Marc-Antoine vola à mon secours : « Mon père était un pianiste réputé dans le milieu musical.- C’est pour ça que vous jouez si bien ? Votre père vous a transmis son savoir et vous transmettez à votre tour ce savoir à votre fils ? C’est très bien Monsieur je trouve que c’est très beau un savoir qui se transmet de génération en génération !- Pas du tout et ce fut pour moi une grande souffrance. Il n’a jamais voulu m’enseigner la musique alors que j’en rêvais. C’est mon oncle, le frère de mon père, lui aussi professeur de piano, qui voyant ma frustration m’a enseigné la musique en cachette. Il m’a fallu attendre ma majorité et avoir l’autonomie financière pour pouvoir intégrer le conservatoire. Heureusement que mon oncle Etienne était compétent, et qu’il a pu me donner un enseignement de qualité. Pour moi, jouer est un besoin. Pendant très longtemps, j’en ai voulu à mon père de ne pas m’avoir enseigné la musique plus jeune. Aujourd’hui, je suis casé, j’ai une place sûre dans une banque. Je comprends que mon père ait voulu que j’ai des revenus stables, mais pour être honnête, il me manque quelque chose : vivre pleinement de ma musique. C’est pour cela que je me permets d’insister. Sans vouloir remettre quoi que ce soit par rapport à l’éducation que vous donnez à votre fils, vu ses capacités et l’intérêt manifeste qu’il porte, lui refuser d’accéder au piano, serait une erreur, et je crains que la blessure que cela causerait soit bien plus grave que la frustration d’un simple caprice.- Vous faites des concerts ? J’adore le piano classique- Hélas non ! Mais je rêve d’en faire ».Ne pouvant résister longtemps à mes yeux verts et mes cheveux roux qui me donnaient un air de Poil de Carotte, elle accepta.
C’est ainsi que je fis mon entrée dans le monde de la musique. Marc-Antoine avait maintenant deux élèves : son fils et moi. Chaque jour, j’allais passer une heure à travailler avec Léopold, lui et moi étions devenus inséparables.
J’avais une dizaine d’années. Jouer du piano était devenu pour moi un but en soi. Je faisais des exercices pour muscler mes doigts, j’étudiais très scrupuleusement le solfège, j’avais trouvé ma passion. Quand on me demandait le métier que je voulais faire plus tard, je répondais alors sans hésitation « pianiste ». Mon père n’a jamais été d’accord pour je joue du piano, et chaque fois qu’il pouvait m’en empêcher, il le faisait. Cette divergence de goûts nous avait éloignés. Je n’avais que très peu de moments privilégiés avec lui. Je ne rêvais que d’une chose : qu’il s’intéresse à la musique, et son seul souhait était que je passe à autre chose.
Ce n’était qu’auprès de Marc-Antoine que je trouvais le modèle masculin, l’image de l’homme à qui je voulais ressembler. C’était un homme qui transpirait la bonté et qui en plus avait une connaissance insondable en musique et une oreille absolue. Mon père éprouvait envers lui une pointe de jalousie. Il n’a d’ailleurs jamais apprécié Marc-Antoine et ce dernier n’avait pas beaucoup d’affinités avec mon père. Cependant, les deux hommes avaient entretenu des relations de convenance.
*
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Dans son enfance, suite à un drame familial, mon père fut séparé de son frère. Mon oncle intégra une institution et y fut très malheureux. Mon père a été placé dans une famille d’accueil. Il y passa toute son enfance et y fut considéré comme un enfant adoptif.
Bien qu’aujourd’hui mon oncle soit devenu adulte il a gardé des séquelles de toutes les humiliations qu’il a subies. Un jour, il retrouva notre trace et écrivit à mon père pour reprendre contact. Au premier appel téléphonique ils prirent rendez-vous pour se rencontrer le dimanche suivant.
« Oh non papa ! S’il te plait ! Cette rencontre va durer toute la journée et l’après-midi et j’aurais voulu travailler mon morceau avec Léopold !
