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Un roman qui explore le thème de la flagellation...
POUR UN PUBLIC AVERTI. Simone et Marguerite aiment être les victimes du fouet battant de leurs amants. Mais là où l'homme est incapable de déclarer son amour à sa partenaire, celle-ci assume complétement ses sentiments et ses fantasmes au fil des séances. Un récit qui interroge sur la vraie identité des individus dans le couple dominant/dominé.
Paru en 1921, Le Rêve d'un flagellant est un classique sadomasochiste, signé par Maurice de Vindas, un auteur qui s'illustre dans la littérature érotique.
EXTRAIT
À peine levée, Simone courut à la glace et examina sa croupe. Les pauvres joues charnues étaient encore zébrées de traces violettes de la flagellation de la veille. Il ne fallait donc pas espérer pouvoir retourner ce jour là, auprès du bourreau cruel. À la moindre correction, la peau cette fois sauterait, craquerait sous les coups et la jeune fille tremblait à la seule idée de cette possibilité. Mais aussi la passion l’exaltait, elle sentait incapable de remettre, même au lendemain, sa visite à l’aimé ; il lui fallait le voir de suite, au plus tôt, une impatience nerveuse la rongeait, la poussait aux décisions outrées. Marguerite se réveilla et compatissante demanda :
— T’as encore l’derrière malade, hein chérie ?
Simone esquissa un signe de tête d’acquiescement et laissa retomber tristement sa chemise. Puis elle s’habilla lentement, l’esprit préoccupé par un souci lancinant. Enfin se résolut :
— Tant pis, j’irai cet après-midi, il n’aura pas le courage de me battre en me voyant dans cet état là.
Marguerite se montra moins assurée :
— À ta place, je ne m’y fierais pas.
Mais toute insistance était inutile, la jeune fille avait pris une décision, il était trop tard pour l’en faire revenir. La matinée entière elles restèrent à l’auberge, manquant de courage pour se livrer à une de leurs longues promenades coutumières. Simone surtout se sentait lasse, toute meurtrie de la terrible flagellation de la veille.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Peu d'informations sont connues au sujet de
Maurice de Vindas, sinon que sous ce pseudonyme se cachait un auteur érotique très prolifique entre 1913 et 1930. Les thèmes de la flagellation et du sado-masochisme sont récurrents dans la multitude de ses récits érotiques.
À PROPOS DE LA COLLECTION
Retrouvez les plus grands noms de la littérature érotique dans notre collection
Grands classiques érotiques.
Autrefois poussés à la clandestinité et relégués dans « l'Enfer des bibliothèques », les auteurs de ces œuvres incontournables du genre sont aujourd'hui reconnus mondialement.
Du Marquis de Sade à Alphonse Momas et ses multiples pseudonymes, en passant par le lyrique Alfred de Musset ou la féministe Renée Dunan, les
Grands classiques érotiques proposent un catalogue complet et varié qui contentera tant les novices que les connaisseurs.
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Seitenzahl: 144
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Le soleil était chaud, la campagne toute dorée par l’été. Sous la tonnelle, où elle finissait de déjeuner, Simone s’étira, les bras tendus, ses petits poings crispés nerveusement, la poitrine en avant.
Son amie sourit languissamment :
— On est bien… pas ?
L’autre grimaça, son joli visage aux traits mutins se fronça en une moue fâchée.
— Ma p’tite Rite, t’es une bête. On n’est jamais bien, faut toujours être mieux.
C’était limpide assurément, néanmoins Marguerite haussa les épaules ; elle ne comprenait pas. Blonde, les chairs opulentes, la mine satisfaite, elle n’avait point la nervosité de sa compagne. Il y eut un silence. Simone réfléchissait ; elle avait besoin de mouvements et, sans nul doute, cherchait de l’imprévu. Après un temps, elle reprit :
— Dis ?… si on allait dans ce grand parc qui ressemble à une forêt vierge ?
Marguerite sursauta :
— Mais c’est défendu !
— Justement !
C’était sans conteste une raison, Simone s’entêta d’autant que l’amie reculait.
La propriétaire de l’auberge où elles passaient leurs vacances survint. Marguerite l’interrogea :
— N’est-ce pas que l’on ne peut pénétrer dans ce grand parc, au bout du village ?
La matrone eut un hochement de tête.
— Dame ! Je vous l’ai déjà dit ; monsieur Jean s’y est enfermé, voilà bientôt un an et, depuis cette époque, il vit là, en compagnie d’un vieux savant qui fut son précepteur.
— C’est donc un sauvage ? interrompit Simone.
— Il est bien un peu ça. Paraît qu’un chagrin d’amour, à Paris, l’a rendu ainsi. En tout cas, il ne veut voir personne. Beaucoup d’étrangers ont demandé à visiter le château, toujours il a refusé.
Simone battit des mains :
— Ça c’est une affaire ; on va rentrer dans le parc et on le verra ce peau-rouge.
Les deux autres se turent, approuvant peu cette tentative inutile et susceptible de troubler un homme attristé. La jeune fille reprit :
— Rite, va mettre ton chapeau et on se trotte.
C’était péremptoire, la blonde n’hésita pas. Au reste, il en était toujours ainsi. Jamais elle ne se révoltait contre la tyrannie amusée de la brunette audacieuse. À Paris, au bureau où, côte à côte, elles martyrisaient des machines à écrire durant de longs jours, Sime commandait et Rite obéissait. Depuis le commencement des vacances, la première, avec un calme imperturbable, dirigeait tout, ordonnait tout, dans le petit ménage charmant qu’elles formaient à toutes deux.
Il était donc évident qu’un grand château Renaissance, environné d’un parc totalement abandonné, devait exciter la curiosité de la moqueuse parisienne. Au chagrin d’amour du propriétaire, elle croyait peu, traitant ce sentiment avec son insouciance d’oiselet léger.
Et déjà, à l’idée de pénétrer le secret de cette demeure mystérieuse, elle riait, le nez au vent, les yeux brillants de plaisir.
Sur la route poudreuse, toute inondée de soleil, elles s’en allèrent donc, se tenant par le bras.
Maintenant, Marguerite ne pensait plus à rien ; elle se laissait entraîner, jouissant de la tiédeur de l’air, des couleurs vives éparses autour d’elles.
Devant la haute grille de fer, elles s’arrêtèrent, et Simone allongea son nez minuscule entre deux barreaux. Elle vit une large allée, bordée de trembles probablement séculaires. L’herbe poussait sur le chemin, la mousse envahissait les troncs noueux et gris.
Et puis plus loin, c’était l’obscurité troublante de la futaie, qu’éclairait brusquement une construction de briques rouges. À droite, à gauche, une tourelle coiffée d’ardoises, au centre un corps de bâtiment, coupé d’un perron. De hautes fenêtres trouaient les murs, assombrissant plutôt l’ensemble, par leur aspect morne, vide de lumière.
Le terrain, en allant par la route, était légèrement déclive, si donc le rez-de-chaussée sur le devant se trouvait un peu surélevé, derrière au contraire il était au niveau du sol. Ce détail, Simone qui avait de l’esprit le nota aussitôt et, faisant très sérieusement son Sherlock Holmes, elle avança une lippe sérieuse pour affirmer :
— On va entrer par un trou de la haie et on ira regarder la maison de l’autre côté.
Marguerite tenta encore de la détourner :
— Si on se promenait plutôt dans les champs ?
L’amie la fixa avec sévérité :
— Alors, non ? Tu canes comme un emprunt russe ?
Mais la discussion était futile, Marguerite se sentit simplement un peu mieux serrée par le bras et entraînée vivement vers des destins inconnus.
La haie vive n’avait été taillée de plusieurs années, des branches épineuses s’élançaient vigoureuses dans toutes les directions, menaçant les audacieuses qui approchaient.
Longtemps les deux complices furent bien empêchées de mettre leur projet à exécution. Il fallut toute la ruse de Simone pour y parvenir. À force de scruter de ses yeux malicieux, elle finit par découvrir une ouverture étroite ; l’agrandir avec mille précautions, en se piquant les doigts, fut une œuvre de patience, mais elle y réussit et, fièrement, ordonna :
— Rite, passe la première.
L’autre se défendit :
— Je vais déchirer ma robe.
— Moi aussi, alors qu’est-ce que ça fait.
Comment discuter devant une logique si sévère ; Marguerite obéit donc, en tremblant et en maugréant. Quand elle fut de l’autre côté, Simone, d’un bond joyeux, la rejoignit.
— Ça y est, à nous les amoureux transis qui cultivent l’immortelle du souvenir.
Autour d’elles, c’était la broussaille épaisse, dans une vigueur de végétation désordonnée. Le sol était composé d’un terreau épais et noir dans lequel les pieds enfonçaient mollement.
Prudentes comme des Sioux sur le sentier de la guerre, elles avancèrent, le nez au vent, l’œil rieur. Sime venait en tête, amusée et impatiente, Rite la suivait nonchalante et paisible.
À travers les arbres, elles apercevaient le château qui dressait vers le ciel sa silhouette régulière et harmonieuse.
Elles s’étonnaient du silence et cela les émouvait un peu, mettant quelque chose de dramatique dans leur équipée puérile. Cependant, si on leur avait conseillé de se retirer, ni l’une ni l’autre maintenant n’aurait accepté.
Elles approchaient, Sime ordonna :
— Reste là, moi je vais en éclaireur, s’il y a du danger, je sifflerai et tu ficheras le camp.
— Et toi ?
— Moi ! J’me débrouillerai pardi !
Ce fut entendu. Pliée en deux, les menottes à la jupe, Simone s’aventura seule.
La tranquillité environnante la troublait un peu, elle aurait préféré plus de bruit, la vue d’un être humain. Mais rien, partout la solitude, l’immobilité des choses.
La futaie s’arrêtait brusquement, ensuite il y avait un large terre-plein, dénudé de toute végétation. Le sol était couvert d’un gravier blanc qui brillait au soleil.
Cet espace, pour Simone, fut le plus difficile à traverser ; elle hésitait, comme si un danger terrible la menaçait. Mais ses craintes n’étaient jamais de longue durée. Soudain elle se résolut et, au pas de course, s’élança vers la maison.
Un étroit balcon longeait l’habitation ; sur ce balcon donnaient de nombreuses et hautes fenêtres. Elle s’approcha de l’une d’elles et appuya son nez à la vitre. Une exclamation de la plus franche admiration lui échappa. Jamais de sa courte vie de petite dactylo, elle n’avait vu si merveilleux salon. Les murs recouverts de hauts panneaux de chêne sculpté, des meubles aux tapisseries fanées qui avaient un air sévère et hautain.
Elle eut un petit hochement de tête approbatif :
« Ça vaut la peine d’être venue. Cette Rite est une tourte… »
Décidée, elle poursuivit son examen et s’en alla à une autre fenêtre un peu plus loin.
Là c’était une bibliothèque aux meubles de style médiéval, de hautes cathèdres de chêne noir, au faîte en cintre ; à peu près au centre, une lourde table aux pieds tors.
Elle ne vit rien de tout cela et, pourtant, un sourire moqueur erra sur ses lèvres rouges.
« Le voilà notre amoureux ! chuchota-telle avec une moue ironique. »
Un jeune homme allait et venait à travers la pièce. Il avait les mains au dos et le front penché. Assurément, sans être un Adonis, il était beau, de cette beauté virile et robuste qui plaît à la femme. Sime eut un haussement d’épaules :
« C’t’un maboul, s’il a un chagrin d’amour. »
Curieuse, elle avança la tête ; son petit nez qui, décidément, se mettait toujours dans le chemin, vint s’écraser sur la vitre et le battant s’ouvrit légèrement. Les charnières craquèrent, le promeneur solitaire se retourna.
Et il vit, là, de l’autre côté du carreau, une frimousse, rieuse et fraîche, dont les yeux bruns pailletés d’or le fixaient intensément.
Il fronça les sourcils, ouvrit la bouche comme s’il fut sur le point d’interpeller la curieuse. Mais il s’arrêta, tourna le dos à la visiteuse et s’éloigna d’un pas mesuré. Une lourde portière tomba derrière lui et la pièce se trouva vide.
Simone, malgré tout son aplomb, fut une seconde interloquée :
« Ah ! ben ! Ah ! ben ! En voilà un ours du Kamtchatka. C’t’un misogyne invertébré… »
Mais elle se reprit vite, la mauvaises humeur des autres n’avait jamais prise sur elle. D’un index hésitant, elle poussa la vitre et la fenêtre béa d’une façon toute hospitalière. Que pouvait-elle faire en cette occurrence ? Rentrer, c’était là l’unique solution. Elle ne tergiversa pas la moitié de la durée d’un battement de codeur et, gaillarde, elle enjamba l’appui du perron, pour fièrement pénétrer dans la bibliothèque.
Une fois dans la pièce, Simone fut un peu suffoquée par son audace. Mais comme elle avait tort, elle s’arma d’entêtement, ce qui chez elle était synonyme de courage.
Désinvolte, elle se promena, à droite, à gauche, scruta les rayons, émit des réflexions, frappées au bon coin de l’humour le plus pur :
« C’qu’i’ y en a des bouquins. »
Puis elle s’assit dans une cathèdre sculptée et se figura un moment être une haute et noble dame des temps passés. Mais tant de sérieux commençait à lui peser, et soudain, les yeux brillants, la tête renversée en arrière, la gorge tentante, elle éclata d’un rire cristallin.
À la même minute, la portière se souleva et le jeune homme, précédemment entrevu, rentra.
Elle le toisa effrontément ; il ne la regarda même pas et se dirigea vers la table, où il avait laissé un livre ouvert.
Furieuse, elle pinça les lèvres :
— Bonjour Monsieur ! fit-elle de son ton le plus engageant.
Le silence pesant de la vaste pièce, fut l’unique réponse. Cette fois, son front se barra d’une ride.
— Vous savez, c’est sûr, vous claquerez un jour d’un excès de galanterie. Ce n’est peut-être pas très high-life de rentrer ici sans crier gare, mais vous avez une façon à vous de me dispenser des remords.
Paisible, une tristesse épandue sur son visage blême, il se retourna :
— Mademoiselle, je vous serais reconnaissant de vous retirer.
Elle le fixa, peut-être en eut-elle pitié, sa légèreté l’empêcha de le montrer. Habituée que l’on admirât ses caprices, elle éprouva une sorte de colère mauvaise. La voix pointue, les paupières mi-closes, elle demanda :
— C’est vrai, qu’ vous avez des chagrins d’amour ?
Il trembla, mais encore se maîtrisant, il pria de nouveau :
— Mademoiselle, votre aimable plaisanterie a assez durée ; si vous voulez, je vais vous faire reconduire au perron.
Elle se leva, hautaine, narquoise :
— C’est bon, n’dérangez pas vos gens.
Elle s’arrêta au milieu de la pièce :
— Blonde ? Brune ? Rousse ?… Celle qui vous a déchiré le cœur.
La rougeur qui soudain envahit le visage de l’homme, apaisa un peu la mauvaise humeur de l’espiègle. Pourtant, elle poursuivit, avec le secret désir de torturer.
— Elle vous a fait cocu, j’parie !
Brusquement, sans qu’elle sût comment cela s’était produit, une main de fer l’avait saisie au bras et la repoussait vers la fenêtre.
— Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! gronda une voix sourde.
Assurément, son cœur se serra, elle eut peur ; mais cette brutalité inattendue la révolta.
— Lâchez-moi ou je crie…
Et vengeresse :
— Ça ne m’étonne pas qu’elle vous ait fait cocu…
Les doigts s’incrustèrent plus profondément dans son bras en une crispation nerveuse. Elle se sentit secouée, comme jamais pareille chose ne lui était arrivée.
Furieuse elle se rebella, faisant face à l’adversaire :
— Vous êtes une brute ! Lâchez-moi… si vous n’aimez pas les femmes… faut prévenir.
Puis en un mouvement inconsidéré, elle leva sa menotte et un soufflet claqua sur la joue de l’homme.
Celui-ci se raidit une seconde, son regard s’immobilisa, se fit dur, mais aussitôt un rictus étrange le détendit.
— Vous abusez, fit-il le timbre rauque.
Du pied, il repoussa le battant de la fenêtre qui se referma et attira la jeune fille à lui.
Elle se débattit, mais en vain, il l’entraîna vers le milieu de la pièce. Sans un mot, la respiration saccadée, il l’étreignit à la taille et d’une traction vive, la souleva de terre.
Ahurie, échevelée, elle resta là, suspendue au-dessus du sol, les bras et les jambes flottant librement.
Elle se demandait ce que tout cela signifiait et fut un instant avant de le deviner. Vaguement elle perçut que l’on fouillait ses robes ; elle crut comprendre que la jupe et le jupon étaient relevés sur ses reins. Alors, elle s’agita follement, criant d’une voix aiguë.
Hélas, personne ne pouvait l’entendre et l’homme, sans hâte, poursuivait sa besogne.
Il avait découvert un petit pantalon rose qu’il considéra une minute. Par la fente pointait un bout de chemise narquois. Il le tira et un peu de croupe nacrée jaillit, barrée d’un trait sombre.
Les doigts énervés, il écarta mieux les pans de la culotte, frôla l’épiderme tiède qui frissonna à ce contact. La chemise de nouveau il la haussa jusqu’aux reins cambrés, mettant enfin à nu une mappemonde frémissante de honte et de terreur.
Les jambes gainées de soie s’agitaient fébrilement, se chevauchaient ; les bras battaient l’air. Tout cela restait vain, la pauvrette était solidement maintenue par le bras de l’homme.
Et une claque retentit, sonore, brève, la peau rosit effrontément, faisant courir un peu plus de chaleur par le corps de la jeune fille.
Elle cria plus fort, hurla même, proférant des injures grossières, comme jamais encore ses lèvres n’en avaient prononcées.
Une seconde gifle résonna, plus violemment appliquée et les mignonnes joues meurtries, se crispèrent, se serrèrent l’une contre l’autre, comme pour se préserver de la brûlure, qui lentement pénétrait.
Plusieurs coups suivirent et soudain, Simone se tut. Elle ne cria plus, elle ne se lamenta même pas. La douleur entrait en elle, répandant par tout son être une sensation morbide et imprécise.
Elle ne savait plus si elle souffrait, elle ignorait même si elle haïssait l’homme qui la traitait ainsi.
À chaque claque, sa taille se cambrait, un frisson la secouait, un gémissement faible s’échappait de sa gorge étreinte.
Mais elle ne se débattait pas, elle attendait la fin de la torture, se jugeant faible contre l’inconnu qui la dominait de sa force brutale.
La souffrance s’accentuait, faisant battre son cœur, vidant son cerveau de toute pensée nette.
Et la correction continuait régulière et sévère. La main s’appliquait avec un bruit sec, sur la croupe qui frissonnait, allait de droite et de gauche comme poussée d’une seule masse, elle rougissait progressivement, devenait écarlate, brûlante, tuméfiée.
L’homme frappait, le regard fixe, le visage crispé par un rictus de colère froide. Il ne cherchait pas seulement à meurtrir, il semblait assouvir une vengeance longtemps mûrie.
Cet être palpitant qu’il meurtrissait ainsi, ce n’était point une femme, mais la Femme dont il avait souffert. À son tour il la domptait, la tenait sous sa puissance comme une pauvre loque douloureuse. Cela lui faisait du bien, apaisait le feu de la blessure qui était en lui.
Il regardait cette croupe fragile, qui rougissait peu à peu, se déformant sous la rudesse des coups, se creusant de sillons sous la pression des doigts. Sous sa paume, il la sentait chaude, se durcissant, rendue plus ferme par l’afflux du sang.
Sourdement, Simone gémissait, puis bientôt, elle fut incapable de supporter davantage, ses jambes s’étreignirent et tout bas, elle implora :
« Plus ! Plus ! »
Il revint à lui et brusquement la lâcha. Elle croula sur le tapis, où elle se roula en boule, échevelée, honteuse, non point de l’homme qui la fixait, mais de la puérile correction reçue.
Elle restait là toute frissonnante, les vêtements en désordre, la croupe brûlante. Elle ne savait plus : Devait-elle fuir ? Devait-elle attendre ?
Non, aucune pensée précise ne s’éveillait dans son esprit ; elle aurait bien voulu regarder son bourreau, voir si encore il avait de la colère. Elle n’osait pas.
Pourtant il lui semblait qu’il y avait maintenant quelque chose entre eux, un secret qui les liait, les faisait plus chers l’un à l’autre.
Elle aurait souhaité le détester ; elle ne le pouvait pas. Elle avait eu tort de venir le troubler ; lui seul avait raison. Pourquoi se serait-elle fâchée ?
Mais elle avait bien mal. La douleur devenait plus aiguë, maintenant que l’énervement était tombé. Sa chair meurtrie semblait se raidir, se tendre, mille picotements insidieux et troublants la harcelaient.
La tête sous son bras replié, elle sanglotait doucement, la poitrine secouée de saccades rapides et courtes.
Et pourquoi pleurait-elle ? Elle l’ignorait encore. La souffrance n’était pas une raison suffisante, jamais elle n’avait été douillette. La honte ne la gênait plus, puisque l’homme savait.
Elle pleurait parce qu’il y avait dans son cour un sentiment nouveau qui l’importunait.
L’homme l’avait un instant considérée en silence. Il la voyait écroulée à ses pieds, comme une pauvre petite boule informe de chair et de linge rose. Il entendait ses sanglots assourdis, qui la faisaient tressaillir.
Un sourire détendit ses traits, il haussa les épaules et à pas furtifs quitta la chambre.
Lorsque Simone, un peu revenue de son émoi, releva la tête, elle constata sa solitude. Elle eût un étonnement, presque un chagrin.
Craintive, elle se mit à genoux et les mains tremblantes, rajusta sa chevelure qui s’était dénouée.
