Le roman disloqué - Elsa de Bono - E-Book

Le roman disloqué E-Book

Elsa de Bono

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Beschreibung

Jeanne et Julie, amies d’enfance, vivent tour à tour une douloureuse rupture.

Toutes deux sont confrontées à un problème identique : comment se relever quand on se retrouve à terre ? Comment trouver sa voie dans les dédales de la vie ? Leur amitié va-t-elle survivre aux changements qui s’annoncent ?

Ce roman explore les relations humaines avec un mode narratif surprenant, mêlant scènes de théâtre et narration afin de refléter l’évolution du personnage principal, Jeanne, tout d’abord brisée et qui peu à peu se reconstruit. Un récit qui brise les codes des genres littéraires pour mener le lecteur vers d’autres chemins. Oserez-vous vous y aventurer ?

À PROPOS DE L'AUTRICE  

Titulaire d’un doctorat en littératures française, francophone et comparée, Elsa de Bono cultive un amour pour les mots et la langue française qu’elle a enseignée dans des établissements scolaires et à des élèves en rupture. Elle a également été correspondante locale de presse pour le journal Sud Ouest à Biscarrosse pendant quelques années et a pu ainsi forger sa plume et développer sa passion pour l’écriture. Elle s’est essayée à la poésie et a obtenu deux prix. Son désir d’explorer les différentes formes d’expression l’a ensuite naturellement menée vers le roman.



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Seitenzahl: 120

Veröffentlichungsjahr: 2025

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ELSA DE BONO

Lecteur, prends le temps de lire ces quelques lignes, elles t'aideront à comprendre le récit qui suit et les objectifs de l'auteur.

Ce livre n'est pas autobiographique. Comme tout créateur, j'ai utilisé la matière première qui m'entourait, celle que j'ai pu observer de près ou de loin. Histoires de vie et imagination s'entremêlent et se nourrissent pour aboutir au roman que le lecteur va découvrir. J'ai créé l'histoire qui pouvait correspondre au projet que je voulais mettre en place : mêler les genres littéraires pour que la forme du récit reflète l'état d'esprit du personnage principal, Jeanne. Narration et scènes de théâtres se succèdent, donnant un rythme cassé au récit jusqu'à ce que Jeanne se reconstruise. La narration prend alors le dessus, image de la réunification du personnage et les scènes de théâtre s'estompent, laissant le récit se dérouler de manière plus linéaire.

Personnages

Jeanne : taille normale, plutôt maigre au début de l'histoire, cheveux châtains aux reflets roux, plutôt courts, yeux noirs

David : grand et mince, cheveux blonds, yeux bleus

Louna : cheveux noirs frisés, yeux verts, de taille normale, plutôt ronde

Lucas : plutôt grand, cheveux roux, souples, yeux verts, fils de Jeanne, de bonnes joues

Sacha : cheveux châtain clair, yeux noirs, grand et mince, fils de Jeanne et de David

Julie : grande et mince, blonde, qui teint ses cheveux selon son humeur, et aux yeux noirs – amie d'enfance de Jeanne

PROLOGUE

LE CHOEUR

Il rentre chez lui après une journée de travail qu'il qualifierait de harassante. La maison est vide. Certes, il n'y a personne, mais ce n'est pas cela seulement : il manque des meubles ! Sa partie à elle a disparu. Comment en est-on arrivé là ? Se demande-t-il. Il avait bien vu que le vent tournait. Tout de même ! Partir ainsi, sans prévenir ! Tout prendre et disparaître en une journée ! Pourtant il avait promis tout ce qu'elle avait voulu. TOUT ! ABSOLUMENT TOUT ! Alors ? Il passe d'une pièce à l'autre, vérifie qu'il n'est pas dans un cauchemar, se pince. Mais non ! Dans chacune des pièces de leur vaste maison, tout ce qui lui appartenait, à elle, a disparu. Comme par enchantement ou plutôt comme par sortilège. Hagard, il se laisse tomber sur le canapé. Pleurer ? À quoi bon ? Personne n'est là pour assister à son malheur ni pour le plaindre. Il garde cela pour plus tard. Que faire ? Désemparé, il reste persuadé que tout est de sa faute. À ELLE, bien sûr ! Et il allume l'ordinateur pour s'inscrire sur un site de rencontres.

ACTE I – LES MURS

I

Jeanne et quelques amis, dans l'appartement de Jeanne. À côté du canapé et d'un fauteuil, des cartons entassés ici et là meublent les lieux : le séjour, la cuisine. Seule la chambre est épargnée, afin de laisser la place de monter le lit.

Julie, entrant dans le séjour avec le sourire et s'adressant à Jeanne : Et voilà, le lit est monté, tu pourras au moins dormir ce soir !

Jeanne, la voix pleine d'émotion : Merci à tous, vous êtes super ! Je ne sais pas comment j'aurais fait sans vous !

Théo, de sa voix de basse posée : Mais c'est normal ! Les amis, c'est fait pour ça ! Tu viens dîner chez nous, dans ce bazar tu ne trouveras pas grand-chose pour te préparer un repas. Je suis sûr que Julie est d'accord.

Jeanne, la voix lasse : Merci, c'est gentil, mais je préfère rester seule. J'ai besoin de calme, et puis comme cela je commencerai à ranger un peu.

Julie : Ça peut attendre demain, non ? Théo a raison, viens avec nous.

Jeanne : Non, non, je vous assure, c'est adorable mais j'ai vraiment envie d'avoir une soirée seule.

Théo : Bon, comme tu voudras, si tu changes d'avis, tu peux toujours nous rejoindre. Tu sais où on habite et tu seras toujours la bienvenue.

Jeanne : Promis, mais je suis crevée, je pense que je ne ferai pas de vieux os ce soir.

Flo et Flo, le duo toujours prêt à rendre service : Ok, on te laisse, si tu as besoin, tu peux aussi compter sur nous.

Julie : De toute façon, je repasse demain pour voir comment tu t'en sors. Et je tiens les autres au courant.

Jeanne : Allez-y tranquilles. Merci pour tout. Je me sens enfin en sécurité, comme dans un cocon. Tout va bien.

Ils s'embrassent et quittent l'appartement, laissant Jeanne toute seule au milieu du bazar et des cartons.

II

Jeanne est assise sur son canapé. Tout le monde est parti. Elle prend un carton, en sort une photo, la regarde. Ce sont ses enfants et Louna pris en photo sur la place de l'église. Cela la laisse rêveuse et la replonge dans ses souvenirs...

J'ai rencontré David sur les bords du lac Latécoère, un dimanche d'octobre. Je m'en souviens encore. L'après-midi se terminait, les rayons du soleil éclairaient les lieux d'une lumière dorée. L'air avait cette fraîcheur automnale à la fois douce et piquante. Sur le terrain vague qui bordait le lac (les travaux d'aménagement n'avaient pas encore été réalisés) un vieux chien promenait ses maîtres : un homme grand et mince, qui devait être âgé d'une quarantaine d'années et une fillette d'une dizaine d'années. Ses cheveux frisés noirs au vent, elle courait derrière un chien qui prenait un malin plaisir à ne pas se laisser attraper. Elle criait après Rony, le chien. Mais, visiblement, Rony ne voulait rien savoir. Ce fut Lucas, mon fils, qui arrêta l'animal. Rony s'assit et se laissa caresser. La fillette n'en revenait pas. Ses yeux verts lancèrent des éclairs à Lucas, puis elle se retourna et se mit à bouder. Ce qui fit rire mon garçon et énerva encore plus la fillette. L'homme récupéra son petit monde. Nous échangeâmes seulement un « bonjour » ce jour-là. Rien de plus. Lucas et moi croisions régulièrement le père et sa fille sur les bords du lac, peu fréquentés en ces fins de soirée. Peu à peu nous échangeâmes deux, puis trois paroles, pour finir par de vraies discussions. Oh rien de philosophique ! Mais des mots qui nous conduisirent finalement, un jour de printemps, vers le bar, Chez Henriette, au bord du lac, pour boire un verre. L'endroit paraissait vieillot et était peu fréquenté. Des baies vitrées donnaient sur les rives du lac paisible. J'appris alors qu'il s'appelait David et que sa fille se prénommait Louna. Il avait divorcé quelques mois auparavant et avait obtenu la garde alternée. Il se dégageait de ses yeux bleus profonds une certaine tristesse qui toucha mon cœur. Il ne manquait pas de charme non plus, avec ses cheveux blonds aux reflets roux, son visage doux et son corps athlétique. Il devait avoir autour de la quarantaine.

Nos rencontres se firent de plus en plus fréquentes, nous aimions passer du temps ensemble et nous ne nous retrouvions plus seulement sur les bords du lac. Cinéma, restaurant, promenades au bord de l'océan ou dans la forêt, sorties en vélo... nous ne manquions pas une occasion de faire des activités ensemble. Nos liens se resserrèrent et nous finîmes par tomber amoureux. Nous ne pouvions nous passer l'un de l'autre, c'était comme une évidence.

C'est alors que tout s'accéléra. Très vite, il vint s'installer chez moi. Pourquoi payer un loyer alors que ma maison pouvait l'accueillir gratuitement ! Comme toujours, au début d'une histoire, tout était merveilleux. Il se montrait attentionné, prévenant. Lucas et Louna s'entendaient bien, ils n'avaient qu'un an de différence et trouvaient des jeux communs facilement. Le tableau semblait parfait. Trop parfait, j'aurais dû me méfier !

Il faut l'avouer, il y avait tout de même une ombre. Cependant, elle ne gênait pas notre histoire d'amour. Son ex, un peu trop directive et présente, imposait ses désirs à travers sa fille. La situation n'était pas toujours aisée à vivre, mais nous faisions front tous les deux et cela nous rapprochait davantage.

C'est étrange comme avec le recul, quand je repense à cette période de ma vie, je ne parviens pas à la considérer comme heureuse. Est-ce la noirceur des années qui suivirent qui recouvre tout, comme une poussière de charbon sur les souvenirs ? Est-ce que je m'étais laissée emporter dans mes rêves sans voir la réalité ? Comment mon jugement s'est-il trouvé aveuglé ? L'amour diraient certains. Peut-être... Mais est-ce la seule raison ? Je voudrais tant comprendre ce qui s'est passé. Peut-on tout expliquer ?

Je m'égare. Où en étais-je ? Ah oui ! Son installation chez moi ! Avec le coût de la vie, économiser un loyer n'était pas superflu. Et puis, nous étions tellement bien ensemble, pourquoi nous priver de ces moments-là. Il avait si bien su me convaincre. Il ne pouvait pas vivre sans moi, il était prêt à partager les mensualités de mon crédit, à faire des travaux... Alors j'ai fait taire la petite voix qui me disait de prendre mon temps et j'ai accepté.

Au début, son attitude laissait penser que nous serions heureux. Il s'impliquait dans la vie quotidienne, avait des projets d'amélioration de ma maison. Nous fîmes un agrandissement pour permettre à sa fille d'avoir sa propre chambre. J'accédais à tous ces désirs, il avait eu l'air si malheureux dans son premier mariage. Je voulais en quelque sorte lui offrir une réparation. Il avait enfin le droit d'être heureux avec quelqu'un.

Le quotidien s'installa. Les travaux aussi. Amoureuse, je disais « oui » à tout ce qu'il proposait, sans réfléchir aux conséquences. Il se consacrait aux travaux le soir, lorsqu'il rentrait de son boulot, le week-end et les vacances mais jamais quand sa fille était chez nous. Puis, nous décidâmes d'avoir un enfant ensemble. Il fallait faire une place à ce dernier, les travaux continuèrent. Toujours au même rythme. Une chambre vint s'ajouter dans l'agrandissement ainsi qu'un bureau qu'il finit par s'accaparer. La grossesse se passa bien. Et l'heureux événement pointa le bout de son nez un matin d'hiver.

III

La sonnette retentit. Jeanne se réveille en sursaut, la nuque endolorie, les idées dans le brouillard. Machinalement, elle se dirige vers la porte d'entrée et l'ouvre.

Jeanne, d'une petite voix surprise et encore endormie : Julie ? Mais que fais-tu là ?

Julie, naturellement : Je t'avais promis de passer te voir hier, alors me voilà !

Jeanne, sortant peu à peu de sa torpeur : Mais quelle heure est-il ?

Julie, amusée par la tête de son amie : Neuf heures. Et je t'ai amené des croissants !

Jeanne : Neuf heures ! C'est pas possible !

Julie, moqueuse : Mais tu as l'air toute froissée ! Tu ne t'es pas couchée ? Tu as une tête à faire peur. Écoute, je vais te préparer un café, donne-moi ce qu'il faut, et pars te doucher en attendant, je crois que ça te fera le plus grand bien.

Jeanne, cherchant la cafetière dans les cartons puis la tendant à son amie : Tu as raison. Je reviens tout de suite. Elle fouille de nouveau les cartons et tend un paquet de café à sa visiteuse.

Au bout d'un petit moment, Jeanne revient. La bonne odeur du café plane dans la cuisine. Julie a tout préparé et est en train de remplir deux bols.

Julie : Tu n'as même pas pris la peine d'aller te coucher alors ?

Jeanne, bien réveillée par sa douche : Ben vois-tu, je me suis assise dans le canapé, j'ai ouvert un carton rempli de bazar et je suis tombée sur une photo qui m'a renvoyée à mon histoire. J'ai essayé de refaire le film. Je voudrais comprendre comment j'en suis arrivée là, comment je n'ai rien vu venir...

Julie : Et tu t'es endormie ! As-tu au moins trouvé une réponse ?

Jeanne, dans un soupir : Non, pas encore. J'ai repris le fil de ma vie depuis ma rencontre avec David et la dernière chose dont je me souviens c'est que j'étais arrivée à la naissance de Sacha.

Julie, étonnée : Tu as parcouru déjà quelques années ! Tu étais déjà sous emprise.

Jeanne, se défendant : J'étais amoureuse, c'est tout !

Julie : Non, ce n'est pas seulement ça. Tu n'avais plus ton raisonnement, tu ne nous parlais pratiquement plus, à nous tes amis de longue date. Tu n'étais plus toi.

Jeanne boit une gorgée et croque un morceau de croissant, pensive.

Jeanne : Je n'avais pas fait attention à cela. Souvent quand on est amoureux, on s'enferme avec l'autre pour mieux profiter de sa présence.

Julie, insistant : Vraiment, au point d'en oublier ses amis ?

Jeanne : C'est vrai qu'au début lorsque vous veniez, David me faisait toujours des réflexions sur vos propos, vos comportements... Alors j'ai fini par ne plus vous inviter. Et lorsque je lui racontais que j'avais pris un café avec vous en ville, il me faisait des remarques sur le coût que ça avait, sur le fait que lui ne perdait pas son temps dans les bars ou avec des amis. Il était sérieux, lui. Il insinuait que je dépensais son argent pendant que lui travaillait. Finalement, je ne suis plus venue, je culpabilisais.

Julie, qui commence à comprendre : Oui, peu à peu, tu t'es éloignée de nous. On ne comprenait pas ce qu'on avait pu te faire, et surtout on ne savait pas comment t'expliquer que tu étais entre de mauvaises mains.

Jeanne, désabusée : Rien, vous ne m'aviez rien fait. Sous le poids de ses remarques, j'avais l'impression d'être la méchante, la « fainéasse ». Pourtant, à la maison, tout était fait !

Julie : Donc tu voyais bien que ça ne collait pas !

Jeanne : Non, justement, je ne voyais rien ! J'ai commencé à comprendre le jour où je me suis réveillée.

Julie, piquée par la curiosité : Réveillée ? Raconte, ça m'intéresse !

IV