Le royaume de Langrovika - Mélissa Pollien - E-Book

Le royaume de Langrovika E-Book

Mélissa Pollien

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Beschreibung

Déçues de ne pouvoir accompager leurs parents en Russie, les soeurs Makorren sont loin d'imaginer ce qui les attend chez leur oncle André...

Un petit village suisse. Les parents Grimenz partent en voyage d’affaires en Russie. Par manque d’argent ils ne peuvent pas emmener leurs filles, Chloé et Marion, jumelles de 14 ans, et Léa, 10 ans. Elles sont donc envoyées chez leur oncle André. Dans la bibliothèque, Léa trouve un vieux grimoire, qui se met à briller et à vibrer, et s’ouvre tout seul. Il s’agit du grimoire de Langrovika, la reine du royaume elfique de la forêt de Yas. Elles y trouvent une invitation pour se rendre dans le monde merveilleux de Narthamarda. Léa prononce la formule et les trois jeunes filles disparaissent dans un tourbillon. Elles se réveillent dans une forêt…
Un roman totalement dépaysant, où les personnages évoluent dans un univers imaginaire, et où règnent la magie et le merveilleux. Le lecteur est pris dans ce monde fantastique, peuplé de créatures légendaires comme les elfes, les dragons, les oiseaux magiques, les licornes, les êtres maléfiques… A lire absolument.

Mélissa Pollien nous livre ici le premier tome d'une trilogie de fantasy qui s'annonce d'ores et déjà palpitante !

EXTRAIT

Notre histoire commence dans un petit village du nom de Tartapient-la-Tour, niché sur le replat d’une montagne, en plein cœur des Alpes suisses. Il est si bien caché que personne, à part ses habitants, n’en connaît l’emplacement exact depuis la Première Guerre mondiale. En effet, lors de l’affrontement, des familles françaises avaient dû fuir leur pays. Certaines se réfugièrent en Suisse. Quatre de ces nombreuses familles avaient décidé de s’établir dans les Alpes, où les ennemis ne pourraient plus les attaquer. Elles bâtirent des maisons en rondins de bois, dans le plus grand secret. Au fil des ans, d’autres familles se joignirent à ces braves colons, et ensemble, ils construisirent de nouveaux foyers. Pour mieux voir les voyageurs arriver, ils édifièrent une tour de garde. Et pour garantir plus de sécurité, ils renforcèrent les fondations des habitations avec des pierres. C’est ainsi que naquit le village secret nommé « La-Tour ».

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

- « Un roman totalement dépaysant, où les personnages évoluent dans un univers imaginaire, et où règnent la magie et le merveilleux. Le lecteur est pris dans ce monde fantastique, peuplé de créatures légendaires comme les elfes, les dragons, les oiseaux magiques, les licornes, les êtres maléfiques... À lire absolument ! » - Arc hebdo

À PROPOS DE L'AUTEUR

Mélissa Pollien vit en Suisse. Ses auteurs de prédilection sont JK Rowling et Christopher Paolini. Le Royaume de Langrovika constitue son premier roman, dont la suite, Le royaume de Makorren, est également disponible.

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Seitenzahl: 297

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Un village dans les montagnes

NOTRE histoire commence dans un petit village du nom de Tartapient-la-Tour, niché sur le replat d’une montagne, en plein cœur des Alpes suisses. Il est si bien caché que personne, à part ses habitants, n’en connaît l’emplacement exact depuis la Première Guerre mondiale. En effet, lors de l’affrontement, des familles françaises avaient dû fuir leur pays. Certaines se réfugièrent en Suisse. Quatre de ces nombreuses familles avaient décidé de s’établir dans les Alpes, où les ennemis ne pourraient plus les attaquer. Elles bâtirent des maisons en rondins de bois, dans le plus grand secret. Au fil des ans, d’autres familles se joignirent à ces braves colons, et ensemble, ils construisirent de nouveaux foyers. Pour mieux voir les voyageurs arriver, ils édifièrent une tour de garde. Et pour garantir plus de sécurité, ils renforcèrent les fondations des habitations avec des pierres. C’est ainsi que naquit le village secret nommé « La-Tour ».

Vers la fin de sa vie, le général Willy Tartapient vint s’y installer. Les villageois, qui avaient entendu parler de ce héros de la guerre, l’accueillirent à bras ouverts. Mais quelque temps plus tard, il décéda suite à une mauvaise chute dans la montagne. Les habitants avaient donné son nom au village pour honorer son courage et sa loyauté envers le pays.

Après la guerre, les gens de Tartapient-la-Tour ne cherchèrent pas à partir des montagnes, mais ne restèrent pas non plus cachés. Cependant, très peu de gens purent faire leur connaissance.

Aussi, il serait tout naturel que vous n’en ayez jamais entendu parler. Mais savoir tout cela vous importe peu, puisque l’histoire dont parle ce livre ne les concerne pas. Du moins, pas directement, car elle raconte les aventures de l’une de leurs descendantes, Léa Grimenz. Afin de faire plus ample connaissance avec elle, voici un aperçu de sa vie telle qu’elle l’était avant que de mystérieux événements ne viennent s’en mêler…

C’était un vendredi soir après l’école, et notre héroïne se promenait dans les rues de Tartapient-la-Tour, d’humeur plutôt joyeuse après un cours de musique fort intéressant. La fillette se mit soudain à courir en direction des rochers qui bordaient le village. Ses parents le lui avaient pourtant défendu, car un éboulement était vite arrivé. Elle posa son sac à dos par terre et entreprit malgré tout d’escalader la paroi. Arrivée en haut, elle tomba nez à nez avec Christa, sa meilleure amie.

– Oh ! Léa ! Tu es là. Viens vite !

Son amie avait des cheveux bouclés brun roux et des yeux gris. Léa la rejoignit donc sur la pierre et elles s’assirent toutes les deux pour observer le soleil couchant.

Alors que les deux amies, fascinées, regardaient le ciel s’embraser, deux gamins arrivèrent derrière elles en pouffant. Léa et Christa se retournèrent et soupirèrent en levant les yeux au ciel : c’étaient Max et Pitt, deux voyous de l’école. Âgés de onze ans, seulement un an de plus que les deux filles, ils avaient passé la moitié de leur scolarité dans le bureau du directeur et à écoper diverses punitions. Les garnements s’approchèrent des deux filles en ricanant comme deux imbéciles. Léa écarta une mèche de ses cheveux blonds et frisés et plissa ses yeux bruns en amandes :

– Qu’est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle.

– Oh, rien, rien… murmura Pitt d’un air de conspirateur en fronçant son nez en trompette.

Ses cheveux bruns étaient si longs qu’ils lui cachaient les trois quarts du visage, et il se tenait vautré sur lui-même en permanence, ce qui donnait à son corps fin et allongé un air de spaghetti ramolli. Une comparaison qui, je vous l’accorde, n’était guère flatteuse à son égard. Max, lui, était petit et robuste, avec des cheveux châtain clair très courts et de petits yeux foncés.

Léa et son amie Christa échangèrent un regard consterné.

Elles savaient bien qu’ils préparaient quelque chose pour les embêter, comme à leur habitude.

L’air de rien, elles se relevèrent et se préparèrent à courir.

Max ramassa une motte de terre, et, imité par son complice, il l’émietta dans sa main. fils échangèrent un clin d’œil et se mirent à lancer la terre sur les deux fillettes.

– Cours ! cria Léa à Christa.

Elle n’eut pas besoin de le répéter : déjà son amie prenait ses jambes à son coup, protégeant sa tête avec ses bras. Elles sautèrent en bas du rocher, et Léa récolta au passage son sac d’école. Derrière elles, les garnements s’esclaffaient.

Les deux filles époussetèrent leurs vêtements couverts de poussière et tâchés de boue. Christa soupira, exaspérée :

– Quand arrêteront-ils ?

Léa ne répondit pas. Elle venait d’entendre les cloches de l’église sonner les six heures.

– Je vais être en retard à la maison ! s’écria-t-elle. Je dois partir.

– Vas-y ! Dépêche-toi ! l’encouragea son amie. À demain ! Comme ce sera samedi, on pourra se voir ?

– Oui, bien sûr ! À demain !

Léa lui fit un signe de la main et courut dans les ruelles pour regagner sa maison, au bord de la forêt de sapins qui bordait le village. En arrivant devant sa maisonnette blanche aux volets verts, elle sourit. Son père, perché sur une échelle, clouait au-dessus de la porte un panneau indiquant le nom de la maison, « La Gentilhommière », qui était tombé à cause du vent.

En apercevant sa fille, Luc Grimenz descendit de l’échelle, et la fillette lui sauta dans les bras. Monsieur Grimenz était un homme grand et mince, aux yeux bleus et arrondis. Il travaillait dans une banque située au pied de la montagne, assisté par sa femme Françoise.

– Rentre vite, dit-il à Léa, sinon ta mère va être en colère. Tu me raconteras ta journée plus tard.

Léa obéit, et poussa la vieille porte d’entrée en bois. Elle enleva ses chaussures, son manteau et son bonnet, puis se dirigea vers la cuisine, où l’odeur alléchante d’une soupe de petites pâtes l’accueillit.

Sa grande sœur Chloé était assise à la table, plongée dans un devoir de mathématiques qu’elle semblait avoir de la peine à finir. Chloé était une jeune fille âgée de quatorze ans, mince et de grande taille, et elle avait des cheveux bruns et lisses. En voyant arriver sa jeune sœur, elle releva la tête et l’observa de ses yeux bleu azur très arrondis, pareils à ceux de son père. Elle ôta ses lunettes pour les essuyer du revers de sa manche et déclara en souriant :

– Ah ! Léa !

– Salut Chloé. Salut Maman !

Madame Grimenz se détourna de sa marmite, une louche à la main.

Elle affichait une mine soupçonneuse et ses yeux bruns en amande, semblables à ceux de Léa, sondaient la fillette.

– Léa ! Tu arrives enfin !

Elle haussa un sourcil, et, méfiante, elle agita sa louche en direction de sa fille :

– Tu n’as pas fait de bêtises, au moins ? Tu es pleine de terre !

– Avec Christa, on est allé observer le soleil couchant… Et bien sûr, Pitt et Max sont venus nous embêter !

– Ah ces deux-là ! soupira sa mère, s’adoucissant. Qu’ont-ils fait ?

– Ils nous ont lancé de la terre dessus.

Mme Grimenz soupira puis s’exclama :

– Va vite te doucher ! Tu as trente minutes avant le repas !

Léa s’exécuta. Dans le couloir, elle croisa Marion, la jumelle de Chloé.

Ces deux dernières se ressemblaient tant que même leurs meilleurs amis les confondaient parfois. La seule différence entre elles était que Marion avait les yeux en amande, comme sa mère et Léa, mais de couleur vert émeraude.

– Ah ! Te voilà, toi ! Mais… où étais-tu ? Tu as de la terre dans les cheveux !

– Max et Pitt nous ont lancé de la terre, répondit Léa, qui avait comme l’impression de se répéter.

– Qu’est-ce qu’ils peuvent être niais, dit Marion en levant les yeux au ciel.

Léa, qui n’aurait pour rien au monde avoué à sa sœur qu’elle ignorait ce que niais signifiait, se promit de chercher ce mot dans le dictionnaire. Elle se contenta de hocher la tête, puis demanda vaguement :

– Et toi, tu as passé une bonne journée ?

Marion haussa les épaules, et rajusta ses lunettes sur son nez :

– Ouais… Bon, l’école, ça restera toujours l’école, mais… ce n’était pas trop mal, il faut l’avouer.

Marion avait toujours eu beaucoup de facilité en classe, mais elle avait un caractère difficile. Il arrivait souvent qu’elle se dispute avec Léa, qui avait elle aussi ses humeurs. Mais au fond, elles s’adoraient, et Léa admirait secrètement ses deux sœurs, qui étaient des modèles pour elle, malgré leurs défauts.

– Il faut que j’aille vite me laver avant le repas. Cette boue me colle partout dans les cheveux ! Beurk !

– O.K. ! Moi, je vais voir si Chloé a besoin d’aide. À tout à l’heure !

Léa fila comme une flèche dans l’escalier, et arrivée en haut, elle entendit un petit cri aigu. Elle soupira en reconnaissant la voix de Marion.

Il est peut-être utile de préciser ici que Marion était d’une maladresse peu commune.

– Ça va ? cria Léa en se penchant par-dessus la rampe d’escalier.

– Ça va, ça vient ! grommela Marion, sa belle humeur s’étant envolée. Je me suis pris les pieds dans le tapis !

– Fais donc un peu attention ! s’exclama Mme Grimenz, qui avait rejoint la blessée. Oh ! Bravo, tu as même réussi à te faire une bosse !

Elle aida Marion à claudiquer jusqu’à la cuisine, et Léa entendit sa sœur ronchonner encore quelques instants.

La fillette soupira, un petit sourire aux lèvres, et se dirigea vers la salle de bain.

* *        *

Un peu plus tard, la famille au grand complet était à table. Chloé expliquait son après-midi passé au « Sabot d’or », le centre équestre qui se trouvait plus bas dans la montagne et auquel elle était inscrite depuis l’âge de dix ans. Pour pouvoir payer ses cours d’équitation, Chloé travaillait au café du coin comme serveuse, car ses parents n’avaient pas beaucoup d’argent. La jeune fille aimait les chevaux, ainsi que tous les animaux, quelle que soit leur espèce.

– C’était génial ! Aujourd’hui, il y a eu des nouveaux élèves, et ils n’avaient que huit ans ! La directrice m’a demandé de les aider à trouver leurs repères dans les bâtiments, s’exclama-t-elle, la mine réjouie.

Chloé adorait par-dessus tout s’occuper des petits enfants.

Marion parla ensuite de sa journée « tout juste intéressante » passée à l’école, puis ce fut le tour de Léa. Elle raconta comment elle s’était fait bombarder par les deux garnements.

Lorsqu’elle eut fini, son père déclara :

– Voilà, j’imagine que, dans l’ensemble, vous avez toutes les trois passé une bonne journée. Votre mère et moi avons nous aussi quelque chose à vous annoncer…

– On part en vacances ? le coupa Marion, sautillant sur sa chaise avec espoir.

– Oui, si on veut… dit Luc en souriant. Mais reste donc tranquille, ma chérie, et attend la suite, s’il te plaît.

Marion, que la voix douce de son père persuadait toujours, se rassit immédiatement, et elle le regarda, calme mais avide de découvrir la suite. Chloé et Léa aussi étaient impatientes. Mme Grimenz regardait ses filles en souriant.

M. Grimenz poursuivit donc :

– Hé bien, Maman et moi, nous allons devoir faire un voyage d’affaire pour la banque.

– Où ça ? demanda Léa.

– En Russie.

Les trois filles se regardèrent, abasourdies et ravies.

– La Russie ? Génial ! s’exclama Chloé.

– On n’est jamais allés si loin ! dit Marion.

– On part quand ? demanda Léa.

Françoise leur intima le silence d’un seul regard.

– Les filles, répondit calmement Monsieur Grimenz. Malheureusement, le voyage coûte beaucoup trop cher pour une famille de cinq personnes. Surtout que maintenant, Marion et Chloé ont quatorze ans, et qu’elles doivent payer le même prix que les adultes. Seuls Maman et moi pouvons partir, car c’est la banque qui paye nos billets, et pour les vôtres nous n’avons pas assez d’argent.

Les filles baissèrent les yeux. Elles ne partaient pas souvent en vacances, et leurs parents devaient travailler dur pour faire vivre la famille. Les filles, qui ne voulaient pas blesser leurs parents, évitaient de montrer à quel point cela leur manquait.

– Alors, ça veut dire qu’on va faire quoi, nous ? demanda Léa d’une petite voix.

Les parents se regardèrent, désolés de ne pas pouvoir offrir plus de vacances à leurs filles.

– Vous irez quelques semaines chez mon frère, déclara alors Françoise.

– Chez oncle André et tante Susanne ? demanda Léa.

– Oui.

– Ceux qui vivent dans un grand château ? questionna Marion.

– Oui.

– Ceux qui ont une grande écurie avec leurs propres chevaux ? interrogea Chloé avec espoir.

– Oui.

Les trois sœurs échangèrent des coups d’œil ravis. Elles n’avaient vu leur oncle que rarement, mais chaque fois, il leur avait donné mille et une gâteries, et les avait fait rire. André Piul vivait dans un manoir en plaine. C’était un homme bon et généreux, qui avait souvent proposé un soutien financier à sa sœur Françoise, mais elle et son mari l’avaient toujours refusé, persuadés qu’ils parviendraient à se débrouiller seuls.

– Ça va être génial ! s’exclama Léa.

– Est-ce qu’on pourra faire de l’équitation, là-bas ? demanda Chloé, avide.

– Sûrement, répondit son père, soulagé de voir ses filles retrouver le sourire.

Les filles embrassèrent leurs parents, heureuses de partir malgré tout en vacances.

– Et quand est-ce qu’on part ? demanda encore Marion.

– Les grandes vacances sont dans deux mois. Nous vous amènerons là-bas le premier samedi du mois de juillet.

Ce soir-là, les Grimenz s’endormirent l’esprit libre, sans se douter un seul instant du curieux destin qui les attendait…

Dans le château d’oncle André et tante Susanne

LE premier samedi des vacances, vers dix-neuf heures, la voiture de la famille Grimenz s’arrêta dans la cour du château. André et Susanne les attendaient devant la porte.

André était un petit homme replet au visage rond et accueillant. Son front dégarni mettait en valeur ses yeux d’un brun très foncé.

Sa femme était elle aussi de petite taille, et elle avait des cheveux d’un noir de jais coupés très courts, ainsi que des yeux magnifiques, de couleur bleue, presque violette.

Les filles descendirent de la voiture, vêtues de simples jeans et de vieux t-shirts. Leurs parents les aidèrent à sortir leurs valises. André et sa femme s’avancèrent et saluèrent les nouveaux arrivants :

– Bonjour et bienvenue chez nous ! dit Susanne. Luc, Françoise, serez-vous des nôtres pour le repas du soir ?

– C’est très gentil de le proposer, mais nous ne pouvons pas rater l’avion et nous n’avons pas beaucoup de temps, répondit Luc en regardant sa montre. Nous devons vous laisser, maintenant.

– N’oubliez pas de nous envoyer des cartes postales ! s’exclama Léa en serrant sa mère dans ses bras.

Sur ce, Luc et Françoise embrassèrent leurs filles et dirent au revoir à André et Susanne.

Avant de partir, Mme Grimenz fit ses dernières recommandations à ses filles :

– Marion, ne fais pas trop de bêtises, d’accord ?

– C’est promis ! répondit Marion. Je vais essayer, en tous cas !

– Chloé, n’hésite pas à demander de l’aide à Susanne si tu as un problème. Et essaye de plus t’affirmer. Tu as quatorze ans maintenant, tu n’as plus à te gêner.

– C’est d’accord, maman ! dit Chloé en rougissant légèrement.

– Et toi, Léa, ne te dispute pas avec Marion, et sois sage, O.K ?

– O.K !

Françoise embrassa une dernière fois ses filles et, tandis que Monsieur Grimenz enclenchait le moteur, elle ajouta aux deux aînées :

– Occupez-vous bien de votre sœur !

Et la voiture démarra en direction de l’aéroport.

L’oncle André s’approcha d’elles.

– Donnez-moi vos valises, je les porterai, dit-il.

Marion, Chloé et Léa s’exécutèrent et suivirent leur oncle et leur tante à l’intérieur du château.

– Venez, les filles ! Suivez-moi, dit André. Pendant que Susanne et Anna préparent le dîner, je vais vous faire visiter le château.

Lorsqu’ils montaient les escaliers, Léa ne put s’empêcher de demander :

– Qui est Anna ?

– Anna est une jeune femme que nous avons employée pour qu’elle nous aide, Susanne et moi, à nettoyer le château et pour faire à manger.

En passant devant une porte, l’oncle s’arrêta et posa les valises des filles par terre.

– C’est la chambre de Frank, notre majordome. Je vais le prévenir que vous êtes arrivées.

– Ils ont un majordome !? dit Léa à ses sœurs en articulant silencieusement les lèvres. Ses sœurs lui répondirent en souriant et en haussant les épaules.

Pendant cet échange, leur oncle avait frappé trois petits coups sur le panneau de la porte. La porte s’ouvrit et un homme grisonnant, aux yeux chaleureux et au grand sourire, apparut.

– Bonjour, Frank ! Je venais vous demander si vous pouviez aporter les valises de mes nièces dans les chambres qui leur ont été attribuées, s’il vous plaît, dit André.

– Oh ! les invitées de Monsieur sont déjà arrivées ! Je ne savais pas. Je vous souhaite la bienvenue au château, mesdemoiselles, ajouta-t-il avec amitié en se tournant vers les filles.

– Merci, monsieur, répondit Marion au nom de ses sœurs.

– Je vais de ce pas aporter vos valises dans vos chambres, déclara Frank.

– Merci, mon cher Frank, répondit l’oncle André.

Ils s’éloignèrent en laissant les bagages des filles Grimenz aux bons soins du majordome.

André les mena dans le château pour leur présenter les différentes pièces :

– Alors, voici le salon. En général, c’est ici que nous recevons les visites, pour boire le thé… Ensuite, la salle à manger. Oh ! Vous y verrez le chandelier que Susanne a hérité d’un arrière-grand-oncle.

Il ajouta avec une grimace, comme en aparté :

– Personnellement, je le trouve hideux, mais Susanne tenait à le garder, alors…

Les filles rirent avec lui.

L’oncle poursuivit la visite :

– La salle de bain, qui… n’a rien de bien particulier… Suivez-moi au deuxième étage !

À chaque pas, les filles étaient de plus en plus émerveillées par tous les meubles en bois sculpté, les tableaux représentant des ancêtres de la famille ou des paysages environnant le château, les pots de fleurs gigantesques. Mais le plus impressionnant était le grand escalier de marbre, pensait Léa.

En arrivant en haut des marches – après trois étages grimpés avec peine – les trois sœurs étaient tout essoufflées. André, qui n’était pas le moins du monde fatigué, sans doute grâce à l’habitude, leur dit :

– Venez, je vais vous montrer vos chambres. Elles sont au bout de ce couloir ! Vous verrez, elles sont toutes les trois reliées entre elles, et vous aurez une salle de bain rien que pour vous ! Je suis sûr qu’elle vous plaira. Elle est…

Il fut interrompu par un bruit sonore :

Dong !

Dong !

Dong !

Les filles sursautèrent. L’oncle André rit avec bonne humeur :

– Ah ah ! Si vous voyiez vos têtes ! Ne vous en faites pas, c’est Susanne qui sonne la cloche du souper !

Ensemble, ils redescendirent jusqu’au rez-de-chaussée. André les mena jusqu’à la salle à manger qu’il leur avait montrée un peu plus tôt. Une grande table ronde trônait au centre de la pièce, et au milieu de la table, le fameux chandelier doré de la tante Susanne étincelait. Les filles l’examinèrent discrètement, et remarquèrent des angelots roses et rondouillards sculptés sur l’abat-jour. Léa ouvrit de grands yeux dégoûtés, Marion fit semblant de vomir et Chloé eut une discrète quinte de toux. André leur adressa un clin d’œil complice.

Ils se mirent tous à table.

– Anna, Frank ! appela Susanne, nous sommes tous là !

Les trois sœurs virent alors arriver Frank, qu’elles avaient déjà rencontré, ainsi que la dénommée Anna : une petite femme avec une robe bleu foncé et un tablier blanc à dentelles.

Frank et elle avaient les mains chargées de plats délicieux : des salades aux diverses couleurs, des pâtes, une casserole remplie de légumes appétissants, et de grands verres de cristal remplis de cocktails aux arômes sublimes. Il y avait tellement de choses à manger que la petite servante peinait à porter tous les plats. Marion se leva pour lui proposer son aide. Mais en portant un grand plat de spaghettis bolognaise, elle trébucha sur un pli du tapis et elle s’étala par terre, de grosses taches de sauce sur sa jupe et le visage rouge de honte. Des exclamations de surprise et quelques rires fusèrent et tout le monde se leva de table pour s’approcher d’elle. Anna posa précipitamment la nourriture sur la table et l’aida à se relever tant bien que mal.

– J-je m’excuse, je suis vraiment désolée, je… j’ai tout gâché ! dit Marion d’une petite voix. Je suis si maladroite !

– Mais non, ne t’en fais pas, voyons ! Ça arrive à tout le monde ! la rassura Susanne. Viens avec moi, je vais te prêter des habits propres, les tiens sont tout au fond de ta valise, et le repas va refroidir.

Susanne la prit par l’épaule et elles sortirent toutes les deux de la salle à manger.

Quelques minutes plus tard, Marion revint toute propre et avec un pantalon et un pull d’emprunt, tous deux légèrement trop grands pour elle, ce qui lui donnait un air comique, car elle retroussait sans cesse ses manches et ne pouvait manger que d’une seule main, l’autre retenant le pull. Ses deux sœurs étaient prises d’un fou-rire qui gagna bientôt tous les convives. Marion elle-même se mit à rire, et le repas fut très joyeux.

Lorsqu’ils eurent tous terminé, Anna et Susanne desservirent la table et amenèrent ensuite des gâteaux et des biscuits de toutes sortes.

Tandis qu’elle mangeait tranquillement sa part de gâteau au chocolat, Léa sentit quelque chose remuer sous la table. Une grosse truffe rose sortit de sous la table et commença a lui renifler les genoux.

Un grand chien – un Saint-Bernard, constata Léa – apparut. Elle poussa un cri et se leva d’un bond. Susanne accourut vers elle et essaya de la calmer en lui disant :

– Ne t’en fais pas ! C’est Snoopy, notre chien.

Léa parut rassurée mais elle se disait que c’était tout de même un drôle de nom pour un aussi gros chien. Snoopy vint vers elle et lui lécha la main. Il s’en alla ensuite faire le tour de la table en remuant la queue et en aboyant joyeusement, ce qui fit rire tout le monde.

Le repas terminé, les filles allaient souhaiter une bonne nuit à leur oncle et à leur tante, quand celle-ci les retint :

– Oh ! Attendez, les filles ! Prenez cette lampe de poche, les coupures de courant sont fréquentes, par ici. Pensez-vous retrouver votre chemin toutes seules ? Il y a beaucoup de couloirs et d’escaliers, ici…

– Merci, dit Chloé en prenant la lampe. Mais ne t’en fais pas pour nous. Nous savons à quel étage sont nos chambres. Bonne nuit, Tante Susanne !

Marion et Léa la saluèrent aussi, puis elles suivirent Chloé, qui montait déjà les marches de l’escalier.

– Attendez-moi ! dit Léa. Vous allez trop vite !

Marion et Chloé s’arrêtèrent pour attendre leur sœur, puis reprirent leur ascension.

Elles montèrent encore plusieurs marches avant d’arriver à un couloir.

– Je crois que c’est là ! dit Marion. Elle mena ses deux sœurs dans le couloir et ouvrit une porte : elle donnait sur un petit salon.

– Mais c’est pas vrai ! dit Marion. J’étais pourtant sûre que c’était là !

– Peut-être que tu t’es trompée d’étage, lui dit Chloé.

– Non, c’est impossible ! Je suis sûre à cent pour cent que c’est dans ce couloir. Faites-moi confiance ! répondit Marion.

Et elles repartirent dans le couloir, ouvrant des portes, entrant dans les pièces et ressortant toujours déçues.

– On est perdues, cette fois ! se lamenta Léa au bout d’un moment.

– Mais non, on n’est pas perdues ! la rassura Chloé.

– Alors où est notre chambre, d’après toi, Chloé ? demanda Marion, agacée.

– Eh bien… Je ne sais pas, moi ! s’exclama sa jumelle, prise au dépourvu par le ton de sa sœur.

– Comment ça, tu ne sais pas ? répondit Marion avec mauvaise humeur, car elle commençait à être fatiguée.

– Eh bien tu vas nous montrer le chemin, Madame je sais tout mieux que tout le monde ! répliqua Chloé, piquée au vif.

Marion, choquée à la fois par la contre-attaque de sa sœur d’habitude si calme et par la façon dont elle l’avait traitée, ouvrit la bouche pour répliquer.

– Arrêtez ! Ce n’est pas en criant que nous allons trouver notre chambre ! dit Léa en prenant un petit air sérieux qui lui allait assez bien.

– Oui, c’est vrai. Tu as raison. Nous devons chercher notre chambre et, surtout, rester calmes, admit Chloé, un peu honteuse à l’idée de s’être laissée emporter.

Elles marchèrent dans le couloir et montèrent encore quelques marches d’escalier. Elles arrivèrent dans un couloir qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à celui de l’étage inférieur.

– C’est une maison de fous ! On ne s’en sortira jamais ! soupira Léa.

– Non, attendez ! Je crois que c’est cette porte là-bas ! s’écria soudain Marion.

Ses deux sœurs n’avaient plus le courage de lui tenir tête et la suivirent jusqu’à la porte. Lorsqu’elle ouvrit la porte et qu’elle vit ce qu’il y avait dans la pièce, Marion recula d’un pas : la salle était une grande bibliothèque avec des étagères surchargées de livres et des petits poufs disposés autour d’une table basse. Chloé passa la tête dans l’entrebâillement et un grand sourire apparut sur ses lèvres. Elle qui aimait tant la lecture !

– Oh ! Les filles… regardez ça ! murmura-t-elle, émerveillée.

Elle entra dans la bibliothèque, suivie de ses deux sœurs.

Elles furent abasourdies par la grandeur de la pièce et la quantité de livres qui ornaient les étagères.

– Que c’est grand ! s’exclama Chloé.

– Peut-être bien… répondit Marion d’un air distrait.

– Tu as l’air… pensive, Marion, remarqua Chloé. Non mais regarde tous ces livres ! On ne peut pas dire qu’on va s’ennuyer pendant les vacances. Et il y a une grande étendue d’herbe autour du château et Maman m’a dit qu’il y avait même une piscine ! Nous allons passer de belles vacances !

– Ne t’en fais pas pour moi, je réfléchissais juste à l’endroit où peuvent être les parents, dit Marion en reprenant ses esprits.

Léa, qui était restée silencieuse dit soudain :

– Arrêtez un peu de parler et venez voir ce que j’ai trouvé !

Ses deux sœurs s’approchèrent d’elle et découvrirent un énorme livre avec des inscriptions mystérieuses qu’elle tenait dans ses mains.

– C’est un grimoire ! Les filles, c’est un livre de magie ! s’exclama Léa, surexcitée.

– Tu es sûre ? Je crois que tu devrais commencer à faire la différence entre les histoires féeriques et la réalité ! soupira Marion, déçue, car elle s’attendait à quelque chose de plus intéressant.

Chloé lui marcha sur le pied discrètement et leur petite sœur ne s’aperçut de rien. Elle détestait quand Marion voulait gâcher les rêves de leur petite sœur avec sa « théorie de la vérité ».

– Léa dit peut-être vrai. Mais je crois qu’il est trop tôt pour dire s’il est magique ou pas, rectifia Chloé avec tact.

– Mais bien sûr que c’est un grimoire ! Il appartenait sûrement à un magicien ! Et regarde les inscriptions sur la couverture ! À ton avis, qu’est-ce que ça veut dire ? piaffa Léa.

– Ben… Je ne sais pas ! Comment veux-tu que je le sache ? C’est sûrement une autre langue ! siffla Marion, au bord de la crise de nerfs.

– Ah ! Ben voilà ! Tu commences enfin à comprendre ! sourit Léa.

– Qu’est-ce que je dois comprendre ? Il n’y a rien à comprendre !

– C’est normal que tu ne comprennes pas puisque tu ne veux pas même essayer ! Et de toute façon, tu n’as jamais rien compris aux histoires de fées et aux contes, répliqua Léa, féroce. Tu es horriblement terre à terre, voilà !

– Ce n’est pas vrai ! Simplement, je ne comprends que ce qui peut-être compris, autrement dit, je ne comprends pas les histoires que tu me racontes parce que ça n’a aucun sens ! Ce n’est pas logique !

– Arrête avec ta maudite théorie, Marion ! Laisse Léa tranquille, tout le monde a le droit de rêver ! soupira Chloé.

Elle se rendit compte de son erreur trop tard pour la rattraper.

– Ce n’est pas un rêve, ni un caprice de gamine ! protesta Léa.

Voyant que Marion était sur le point de s’élancer vers Léa, Chloé décida d’intervenir :

– Bon vous n’allez pas commencer quand même ? On ne va pas se disputer pour si peu !

Marion grommela qu’elle était d’accord, et Léa approuva de mauvaise grâce.

– Bien… cherchons quand même d’autres livres. Ce serait dommage de ne pas profiter de toute cette bibliothèque ! dit Chloé en faisant de son mieux pour dissiper la tension qui émanait de ses deux sœurs.

Elles partirent donc à la recherche de nouveaux livres, Marion et Léa regardant dans des directions opposées avec des éclairs meurtriers dans les yeux.

Soudain, une grande ombre noire apparut dans l’encadrement de la porte et les trois filles se figèrent en entendant un grognement.

– Couchez-vous, dit Chloé à voix basse en se glissant derrière un fauteuil, aussitôt rejointe par Léa.

– Quoi encore ? soupira Marion en s’agenouillant de mauvaise grâce à côté de ses sœurs.

– Oh ! Les filles ! chuchota Léa, je crois bien que c’est Snoopy !

– Chut ! Tu vas nous faire repérer ! dit Marion en levant les yeux au ciel, sans prendre la peine de baisser la voix.

– Ouaf !

Snoopy – car c’était bien lui – s’approcha d’elles.

– Mais oui ! C’est bien Snoopy ! dit Chloé en se levant pour aller caresser le chien.

– Oui, c’est vrai ! Bravo Léa ! dit Marion, sarcastique. Je vais vous dire une chose : j’étais morte de trouille !

Elle rejoignit ses sœurs et Chloé en profita pour lui donner un coup de coude dans les côtes, que Léa ne remarqua pas. Avec un grognement de mécontentement, Marion se mit tout de même à caresser Snoopy, elle aussi.

Au bout d’un moment, les filles sentirent la fatigue les gagner et elles s’assirent sur les poufs. Snoopy vint se coucher à leurs pieds.

Un peu plus tard, Léa demanda d’une voix ensommeillée :

– Quelle heure est-il ?

– Il doit être minuit, maintenant, répondit Chloé en regardant sa montre.

– Les filles, vous ne croyez pas qu’on a assez traîné comme ça ? sursauta Marion. C’est peut-être le moment de rentrer dans nos chambres, non ?

– Mais comment allons-nous faire pour les trouver ? s’opposa Chloé. Nous pouvons dormir ici, je suis tellement fatiguée !

– Oui, mais tu as l’air d’oublier le plus important : cette fois Snoopy est avec nous ! Les Saint-Bernard ont un très bon odorat. Donc, Snoopy devrait pouvoir nous aider à retrouver notre chemin ! proposa Léa avec enthousiasme.

– Gé-nial, dit Marion en détachant les syllabes pour bien lui montrer ce qu’elle pensait de son idée.

Léa l’ignora superbement et Chloé leva les yeux au ciel.

– En plus, appeler son chien Snoopy, c’est complètement nul… marmonna Marion.

Léa se leva et prit Snoopy par le collier :

– Allez ! Viens, Snoopy !

Elle marcha d’un pas décidé en direction de la porte, suivie de près par Snoopy, qui était content de se dégourdir les pattes. Marion et Chloé les rattrapèrent dans le couloir.

– Qu’est-ce que tu nous prépares encore ? demanda Marion avec mauvaise humeur.

Léa l’ignora et se contenta d’éclairer devant elle avec la lampe de poche. Ils marchèrent une dizaine de minutes ainsi, mais au bout d’un moment, Snoopy s’arrêta.

– Mais avance ! dit Marion. Qu’est-ce qui t’arrive, Léa ?

– Je ne sais pas ! dit Léa. Snoopy s’est arrêté !

Puis, se tournant vers le chien, elle demanda :

– Qu’y a-t-il ? Pourquoi t’es-tu arrêté, Snoopy ?

Le chien se contenta d’aboyer joyeusement.

Il avança encore d’un mètre puis se coucha là, au beau milieu du couloir obscur. Les filles s’accroupirent vers lui et le caressèrent en l’encourageant :

– Viens, Snoopy ! Lève-toi ! On a besoin de toi, nous !

Mais Snoopy refusa de bouger d’un millimètre. Les trois filles, lasses, s’assirent aux côtés du gros chien, et attendirent sans trop d’espoir que quelque chose se produise. La fatigue les gagna peu à peu, et bientôt, elles sombrèrent dans un sommeil sans rêve.

C’est ainsi que Susanne les retrouva, plusieurs heures plus tard. En fait, les trois sœurs étaient sur le point de trouver leurs chambres, mais elles ne s’étaient pas rendu compte que Snoopy s’était arrêté juste devant leur porte.

Susanne courut chercher André, qui était déjà en pyjama :

– Viens, André ! Je t’assure que je les ai vues les trois endormies sur Snoopy ! En plein milieu du couloir !

André suivit donc Susanne jusqu’au troisième étage.

– Ho ! chuchota André. Il faut que nous les portions jusqu’à leur lit !

– Oui, mais ne les réveillons surtout pas !

Ils portèrent les filles l’une après l’autre dans leur lit et, une fois qu’elles furent bien installées, ils sortirent de la dernière chambre en silence. Dans le couloir, ils firent attention de ne pas réveiller Snoopy : tous deux savaient parfaitement que rien n’était pire que de déranger leur chien dans son sommeil. Ils rentrèrent dans leur propre chambre, se couchèrent et s’endormirent aussitôt.

La découverte de Léa

LE lendemain matin, dans la chambre qu’elle occupait au manoir, Léa fut réveillée par Anna, la petite employée du château :

– Réveille-toi ! lui dit cette dernière en la secouant gentiment par l’épaule. Il est dix heures !

– Qu… qu’est-ce qui se passe ? Qui est là ? demanda Léa d’une voix ensommeillée.

– Ne t’en fais pas, c’est moi, Anna.

– Ah ! Vous m’avez fait peur ! répondit la petite fille en se redressant sur ses oreillers.

– Excuse-moi, ce n’était pas mon intention. Mais maintenant, c’est l’heure du petit-déjeuner ! Madame Piul vous attend en bas dans la salle à manger. Je vais réveiller tes sœurs.

– D’accord ! Mais où est oncle André ? demanda Léa en se dirigeant vers la salle de bain.

– Monsieur Piul est déjà parti.

– Mais on est dimanche ! s’étonna Léa.

– Je crois qu’il avait des affaires importantes à régler en ville, répondit Anna en haussant les épaules.

Elle réveilla Marion et Chloé qui dormaient dans les chambres voisines, puis descendit jusqu’au rez-de-chaussée pour préparer le petit-déjeuner.

* *        *

Les trois sœurs retrouvèrent Susanne et Anna dans la salle à manger.

– Bonjour ! Vous avez bien dormi ? demanda Susanne.

– Bonjour ! Oui, nos chambres sont très confortables, répondit Marion en s’étirant et en bâillant largement.

– J’en suis ravie, répondit Susanne avec un sourire. Prenez place autour de la table, je voudrais vous parler.

Puis, se tournant vers Anna, elle dit :