Le royaume de Makorren - Mélissa Pollien - E-Book

Le royaume de Makorren E-Book

Mélissa Pollien

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Beschreibung

Découvrez sans plus attendre la suite des aventures des sœurs Makorren à travers ce deuxième tome !

Suite à la découverte d’un ancien grimoire dans le bureau de leur oncle, les soeurs Grimenz, Marion, Chloé et Léa, se sont retrouvées propulsées dans la Forêt de Yas, royaume de la reine Langrovika. Après avoir secouru cette dernière avec l’aide de leurs amis Elfes, elles doivent désormais faire face à la menace du roi Hamos, décidé à conquérir les autres royaumes. La guerre est sur le point d’éclater et chacune des filles contribue à sa manière à l’effort de guerre: Marion part tenter sa chance à la Vallée Perdue, où sont formés les futurs chevaliers; Chloé devient l’assistante d’un couple de fermiers; Léa, accompagnée de l’Elfe Ronno, est envoyée auprès de Makorren, le roi de l’Océan, pour lui demander son aide…
En l’éloignant ainsi la reine Langrovika veut aussi protéger la benjamine des soeurs Grimenz, menacée d’enlèvement par le roi Hamos…

Un deuxième volume haut en couleurs pour une trilogie de Fantasy au succès d'ores et déjà fulgurant !

EXTRAIT

L’après-midi touchait à sa fin, et Léa se reposait dans sa chambre, au palais de Yasmioora. Trois semaines s’étaient écoulées depuis l’incident du mariage. Suite à son malaise, Léa était restée dans un état proche du coma pendant presque deux semaines, et il lui avait fallu cinq jours de plus pour reprendre pleine possession de ses moyens. Même si elle n’avait pas fait de nouvelle crise, elle n’était pas encore tirée d’affaire : la bague piégée semblait soudée à son doigt et Léa sentait parfois des picotements lui parcourir le bras. Elle n’avait pas revu Langrovika depuis plusieurs jours, car la reine restait enfermée dans ses appartements pour trouver un moyen de détruire la bague. Léa la soupçonnait en fait de culpabiliser pour ce qui lui était arrivé.
Des coups frappés à la porte interrompirent le cours de ses pensées.
– Léa ? C’est moi, Ronno, appela la voix de son ami depuis le couloir.
– Entre ! s’exclama Léa en se redressant.
L’Elfe passa la tête par l’ouverture.
– Entre, ça fait plaisir de te voir, lui dit la petite humaine en allant s’asseoir à la table qui ornait le centre de la pièce. Ronno prit lui aussi un siège et poussa un profond soupir.
– As-tu vu Langrovika, aujourd’hui ? demanda Léa.
– Non, répondit-il d’un air las. Elle n’a toujours pas mis le nez dehors ! Ça fait des jours que ça dure ! Mais elle va bien finir par sortir, il le faut…

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

- "Entre fantaisie et fantastique, les aventures des sœurs Grimenz entraînent le lecteur dans un imaginaire foisonnant (...) - Le Régional

À PROPOS DE L'AUTEUR

Née en 1998 dans le canton de Vaud (Suisse), Mélissa Pollien signe ici le deuxième volume de sa trilogie fantasy, après Le Royaume de Langrovika.

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Veröffentlichungsjahr: 2015

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RÉSUMÉ DE L’OUVRAGE PRÉCÉDENT

LE ROYAUME DE LANGROVIKA

Marion, Chloé et Léa Grimenz sont trois sœurs. Elles vivent avec leurs parents dans un petit village, au cœur des Alpes suisses. Lorsque monsieur et madame Grimenz apprennent qu’ils doivent partir en voyage d’affaires, ils décident de laisser leurs filles chez leur oncle André, qui habite en plaine. Là, dans la bibliothèque de l’oncle, Léa découvre un très ancien grimoire, qui se met à briller et à remuer dès qu’elle le touche. Ses sœurs, quant à elles, sont tout à fait incapables d’ouvrir le livre. Léa, convaincue qu’il s’agit d’un véritable livre de magie, prononce la formule écrite à l’intérieur. Les trois sœurs disparaissent alors dans un tourbillon et se retrouvent dans une forêt, le Royaume de la reine Langrovika. Elles sont recueillies par deux Elfes, un frère et une sœur : Ronno et Aryana. Les trois humaines leur expliquent comment elles sont arrivées dans ce monde parallèle et découvrent que le Grimoire refuse de s’ouvrir à nouveau. Elles ne savent donc pas comment rentrer chez elles. Les deux Elfes proposent de les emmener à Yasmioora, la capitale, afin qu’elles y rencontrent la reine Langrovika, qui par ses connaissances devrait pouvoir les renvoyer dans leur monde.

Avant leur départ, ils se rendent au lieu de pèlerinage de tous les Elfes de la forêt : les Pins sacrés. Là, Léa a une vision : Yas, l’esprit de la forêt, lui apparaît en rêve et la prévient qu’elle court un grave danger et qu’elle doit rejoindre Langrovika au plus vite, car elle seule pourra la protéger. Yas prédit à Léa un grand avenir : avec l’aide de futures protectrices, elle sauvera le monde de la menace qui le guette. Cette prophétie conforte le groupe dans sa décision de gagner la capitale dès que possible, d’autant plus que Ronno et Aryana ont entendu des rumeurs au sujet d’Hamos, le nouveau roi du Royaume du Désert, qui aurait assassiné son prédécesseur afin de prendre le pouvoir. Il se serait par la suite allié avec Annys, la reine du Royaume du Vent.

Tous les cinq se mettent donc en route. Anomis, un ami de Ronno, les héberge quelques jours chez lui et finit par se joindre à eux pour la suite du voyage. Les six compagnons découvrent une licorne blessée, gisant dans une clairière, et parviennent à la sauver. Léa trouve le poignard qui a servi à blesser la licorne : il porte des inscriptions typiques du peuple du Vent. Le groupe passe ensuite par la clinique Astéri’s-Yas, où ils apprennent que le comte et la comtesse de Myroyas ont été enlevés par des Elfes du Désert.

Comprenant que leurs soupçons se sont révélés exacts, que le Vent et le Feu se sont alliés pour préparer un mauvais coup, les six compagnons se hâtent de gagner la capitale. La nuit précédant leur arrivée, Anomis se fait enlever par des Elfes du Désert. Les cinq autres voyageurs courent jusqu’à la ville pour tenter de retrouver leur ami, mais découvrent alors que tous les habitants ont été fossilisés et qu’il n’y a plus trace de la reine Langrovika.

Les deux Elfes et les sœurs Grimenz décident alors de partir à la recherche des otages. Ils parviennent à franchir la frontière du Désert et à pénétrer dans le Mont-Yorms, la prison où sont censés être retenus Anomis et Langrovika. Les cellules sont protégées par un immense serpent ; celui-ci pose une énigme à Léa, qui y répond correctement. En échange, le monstre lui laisse la vie sauve et lui offre une clef magique, censée lui ouvrir toutes les portes. Aryana et la petite fille peuvent ainsi libérer les prisonniers : Langrovika, Anomis, le comte et la comtesse de Myroyas. La souveraine les ramène tous magiquement à son palais de Yasmioora. Elle réveille les habitants de leur sommeil magique et donne une grande fête en l’honneur de son retour, au cours de laquelle elle remet à chacun de ses six sauveurs un médaillon aux pouvoirs très particuliers. Anomis et Aryana se marient le lendemain. À cette occasion, Léa porte une bague qu’elle a trouvée dans sa chambre. Mais lorsque l’anneau entre en contact avec sa peau, Léa s’évanouit soudainement.

Vinros, le secrétaire de la reine, s’enfuit alors du château. Il part retrouver Hamos, le roi du Désert, qui l’a corrompu afin d’obtenir des informations sur Langrovika, son Grimoire et Léa. Hamos se dit prêt à conquérir le monde des Elfes pour mettre la main sur Léa, car il pense qu’elle possède un immense pouvoir et qu’elle constitue une menace pour lui.

CHAPITRE 1

UNE SINISTRE DÉCOUVERTE

L’après-midi touchait à sa fin, et Léa se reposait dans sa chambre, au palais de Yasmioora. Trois semaines s’étaient écoulées depuis l’incident du mariage. Suite à son malaise, Léa était restée dans un état proche du coma pendant presque deux semaines, et il lui avait fallu cinq jours de plus pour reprendre pleine possession de ses moyens. Même si elle n’avait pas fait de nouvelle crise, elle n’était pas encore tirée d’affaire : la bague piégée semblait soudée à son doigt et Léa sentait parfois des picotements lui parcourir le bras. Elle n’avait pas revu Langrovika depuis plusieurs jours, car la reine restait enfermée dans ses appartements pour trouver un moyen de détruire la bague. Léa la soupçonnait en fait de culpabiliser pour ce qui lui était arrivé.

Des coups frappés à la porte interrompirent le cours de ses pensées.

– Léa ? C’est moi, Ronno, appela la voix de son ami depuis le couloir.

– Entre ! s’exclama Léa en se redressant.

L’Elfe passa la tête par l’ouverture.

– Entre, ça fait plaisir de te voir, lui dit la petite humaine en allant s’asseoir à la table qui ornait le centre de la pièce. Ronno prit lui aussi un siège et poussa un profond soupir.

– As-tu vu Langrovika, aujourd’hui ? demanda Léa.

– Non, répondit-il d’un air las. Elle n’a toujours pas mis le nez dehors ! Ça fait des jours que ça dure ! Mais elle va bien finir par sortir, il le faut…

– Je sais…, soupira Léa en appuyant son menton dans le creux de sa main, sans savoir quoi dire d’autre.

Voyant que son ami avait vraiment le moral à zéro, elle décida de lui changer les idées.

– Et si on allait prendre l’air en forêt ? proposa-t-elle. Ça fait longtemps qu’on n’est pas sortis, nous non plus !

Ronno accepta et ils quittèrent la pièce. En parcourant les couloirs du palais, ils eurent un pincement au cœur qui leur était désormais familier : nulle trace de leurs amis et familles. Malgré l’agitation qui régnait depuis que Langrovika avait annoncé leur entrée en guerre, le château leur semblait vide, depuis quelques jours. Aryana et Anomis étaient partis s’installer au manoir de Rovryas ; Marion était en route pour la Vallée Perdue afin de devenir chevalier ; Chloé l’avait accompagnée sur un bout du chemin, mais l’avait ensuite quittée pour se rendre à un élevage de Pairebelles, à quelques kilomètres de la capitale. Ronno et Léa se retrouvaient donc seuls au château, puisque Langrovika refusait de sortir de ses appartements.

Les deux amis descendirent les escaliers et se retrouvèrent dans la cour du château. Ils passèrent devant la forge, où plusieurs Elfes étaient occupés à battre le fer pour confectionner de nouvelles armes. Ronno et Léa les saluèrent au passage. Ils marchèrent ensuite jusqu’à l’extérieur de la ville. En franchissant le portail nouvellement installé, ils furent assaillis par leurs souvenirs – tant de choses s’étaient passées depuis l’effondrement des portes de la ville, démolies par les ravisseurs de Langrovika !

Arrivés sous le couvert des arbres, les deux amis savourèrent le silence environnant. Tout était si calme, contrairement à la ville… Ils s’assirent au pied d’un arbre et y restèrent un long moment, ne parlant que très peu. Au bout d’un certain temps, Léa sentit une légère pulsion provenir de son médaillon orangé, qui ne quittait plus le tour de son cou. Elle posa son pouce gauche sur la licorne gravée dans la pierre et attendit. Ronno se redressa et imita son geste avec son propre pendentif. Tous deux fermèrent les yeux et, après quelques secondes, ils entendirent la voix de Chloé dans leurs esprits.

– Salut !

– Salut, Chloé, répondit Léa en sentant son humeur s’alléger un peu.

– Content de t’entendre, ajouta Ronno.

Une autre présence se joignit à la discussion :

– Hé ! On ne m’avait pas dit qu’il y avait réunion ! intervint Marion.

Ronno et Léa la saluèrent et lui demandèrent de ses nouvelles. Après leur avoir donné une réponse positive, Marion s’enquit de la santé de la benjamine. Léa, sentant l’anxiété de ses aînées, se hâta de les rassurer et leur apprit que la bague ensorcelée n’avait pas provoqué de nouvelle crise depuis la dernière fois. Les jumelles se soucièrent ensuite de la retraite prolongée de la reine. Ronno assura qu’elle referait surface très bientôt, sans aucun doute : il serait impossible pour Langrovika de se terrer chez elle plus longtemps, alors que la défense du pays restait à organiser.

– De mon côté, je vais faire mon possible pour régler son compte au roi, affirma Marion, un brin d’enthousiasme dans la voix. Si je suis acceptée comme chevalier, je donnerai une bonne leçon à ce vieux Hamos !

– Je te rappelle que des milliers de vies sont en danger… répliqua doucement Chloé.

Marion n’ajouta rien, mais Léa pouvait l’imaginer en train de lever les yeux au ciel. Les quatre amis échangèrent encore quelques mots, puis Marion déclara qu’elle devait installer sa tente pour la nuit. Chloé ajouta qu’elle-même arrivait en vue de la ferme où elle se rendait. Leurs voix se retirèrent de l’esprit des deux autres. Contents d’avoir pu parler avec les jumelles, Ronno et Léa se relevèrent et observèrent la forêt autour d’eux. La lumière du soleil couchant filtrait faiblement à travers les arbres.

– On ferait mieux de rentrer, déclara Ronno.

Léa le suivit et ils marchèrent côte à côte sur le chemin qui menait à la capitale. Parvenus à la hauteur du portail, ils virent un Elfe accourir auprès d’eux :

– Mademoiselle Léa ! Monsieur Ronno ! s’écria-t-il, totalement paniqué.

Léa reconnut sa tunique blanche, l’uniforme des domestiques du château.

– Que se passe-t-il ? demanda Ronno.

– Il est arrivé quelque chose de terrible ! Sa Majesté vous demande ! haleta le domestique.

– Que se passe-t-il ? répéta Léa, qui sentait l’inquiétude la gagner.

Mais l’Elfe, affolé, secoua vivement la tête et refusa d’en dire plus. Ronno et Léa se dépêchèrent de le suivre. Ils coururent dans les rues pavées de la capitale, bousculant ceux qui se trouvaient sur leur passage. Arrivés dans la cour du château, ils découvrirent un groupe de domestiques agglutinés autour de quelque chose que Léa ne parvenait pas à voir.

– Excusez-moi ! Laissez-nous passer, s’il vous plaît ! dit-elle aux Elfes qui lui barraient la route.

Lorsqu’enfin elle arriva au-devant de la foule, elle eut un haut-le-cœur : devant elle se trouvait un corps inanimé. Un Elfe de petite taille aux cheveux rouge et gris, aux traits sévères et aux habits maculés de sang, de terre et de cendres, se trouvait là, allongé sur le sol. Sa tunique calcinée ne dissimulait qu’à moitié le trou béant qui lui traversait le corps au niveau de la poitrine. Léa reconnut avec horreur l’Elfe-nain Vinros, que tout le monde croyait disparu. La petite fille s’agrippa à Ronno pour ne pas tomber et ferma les yeux, horrifiée.

– On l’a découvert il y a une demi-heure, expliqua l’Elfe qui les avait accompagnés jusque-là. Vous pensez bien le choc. Sa Majesté a envoyé tout le monde à votre recherche, elle avait peur qu’il ne vous soit arrivé quelque chose…

– Il y avait un mot, ajouta une Elfe en désignant fébrilement le corps de Vinros. Personne n’a eu le temps de le lire, Sa Majesté l’a ramassé avant que quiconque ait pu s’en saisir.

La foule s’écarta soudain pour laisser passer une Elfe de haute stature : la reine Langrovika arrivait sur place.

– Léa, Ronno, heureusement vous êtes saufs, soupira-t-elle en les rejoignant.

– Que s’est-il passé, Langrovika ? demanda Ronno d’une voix blanche.

– Un domestique a découvert le corps de Vinros il y a une trentaine de minutes. Et il y avait ce message, posé sur le… cadavre.

Sa voix avait légèrement tremblé sur le dernier mot, mais elle se reprit et tendit un morceau de parchemin à Ronno et Léa, qui le lurent rapidement :

« Après t’avoir trahie, c’est moi qu’il a tenté de berner. Amène-moi l’humaine si tu ne veux pas qu’elle subisse le même sort. Sois sûre que quoi qu’il arrive je la retrouverai. »

En bas du terrible message avait été apposé un sceau écarlate, représentant un serpent enroulé autour d’une étoile. Léa était trop choquée pour parler. Hamos avait donc fini par découvrir sa présence et celle de ses sœurs. « L’humaine » en question était forcément l’une des trois. Et pourtant, en repensant à l’avertissement que lui avait donné l’Esprit de Yas de nombreuses semaines auparavant, Léa ne pouvait s’empêcher de penser qu’il s’agissait d’elle-même, et non de ses sœurs.

Ronno lui jeta un coup d’œil puis rendit le parchemin à Langrovika, qui le fourra précipitamment dans sa poche. Ronno pensa qu’elle avait bien fait d’emporter ce message avant que la foule ne commençât à crier tout haut son contenu.

La voix du guérisseur était pleine de colère et de dégoût lorsqu’il demanda à Langrovika :

– Il nous a donc trahis ?

– Je le crains, murmura Langrovika, qui peinait à se contenir.

D’une voix qui se voulait assurée, elle ordonna à quelques domestiques d’emmener la dépouille. Suivie de Ronno et de Léa, elle se dirigea ensuite vers ses appartements. Arrivée dans son salon, Langrovika s’assit dans un fauteuil et invita ses amis à en faire autant. Ils obéirent et attendirent qu’elle parlât. La reine se prit la tête dans les mains et respira profondément, puis se redressa. Enfin, elle déclara :

– Ronno, je suis désolée. C’est ma faute. J’aurais dû vous écouter, toi et Aryana, lorsque vous m’avez fait part de vos doutes au sujet de Vinros. J’aurais dû me méfier de son comportement au mariage… Et aussi de sa mystérieuse disparition… J’aurais dû… j’aurais dû…

Langrovika n’arrivait plus à formuler ses mots et préféra se taire. Ronno la regarda avec compassion et lui dit gentiment :

– Ce n’est pas de ta faute s’il a choisi de nous trahir. Tu ne pouvais pas…

– Non ! s’exclama Langrovika avec violence. Tout est de ma faute, parce que c’est moi qui lui ai parlé du Grimoire, moi qui lui ai confié la tâche de le garder en attendant que je lui trouve une cachette, moi qui lui ai parlé de l’avenir de Léa ! Il était mon secrétaire ! Il avait fait serment d’allégeance envers moi ! Jamais je n’aurais pensé qu’il me trahirait !

Elle se leva d’un bond et désigna Léa :

– La bague que tu portes au doigt… c’est Hamos lui-même qui l’a forgée, j’en ai la preuve, à présent ! Sinon pourquoi aurait-il écrit que je devais t’amener à lui ? Il est au courant de ton importance, bien sûr. Et c’est sans doute Vinros qui a déposé la bague dans tes affaires !

– Que veux-tu dire ? demanda la fillette en fronçant les sourcils.

– À ton avis, pourquoi ce bijou redoutable a-t-il été glissé dans tes affaires ? Pourquoi toi ? s’écria Langrovika, à bout de nerfs, ce qui était rare chez elle.

Léa, qui commençait à comprendre que ce qu’elle avait supposé se révèle exact, porta une main tremblante à sa bouche, mais n’osa pas parler.

– C’est ma faute ! répéta Langrovika. Si je n’en avais pas parlé à Vinros, si je ne lui avais pas fait confiance, il ne serait rien arrivé !

– Mais… Langrovika… balbutia Léa d’un ton suppliant. Il ne m’est rien arrivé, personne ne m’a fait de mal !

– Et la crise que tu as faite au mariage d’Aryana et d’Anomis ? lui rappela la souveraine. Tu es en danger, Léa ! Nous avons bien vu le temps qu’il a fallu pour que tu te remettes de cette crise ! Et Hamos ne s’arrêtera sûrement pas là ! Rappelle-toi ce que l’Esprit de Yas t’a dit ! Tu sauveras ce Monde, Léa, tu as un grand pouvoir ! Et le pouvoir, c’est tout ce que recherche Hamos ! J’en étais sûre, je savais que Hamos voudrait s’en prendre à toi s’il apprenait que tu sais voyager entre les Mondes. Mais je me suis confiée à une personne indigne d’un tel secret ! Je suis responsable de ce désastre…, acheva la reine, la voix brisée.

Un lourd silence s’installa dans la pièce. Léa, tremblante, les larmes aux yeux, se recroquevilla dans son fauteuil et ne parla plus. Elle sentait son médaillon émettre de petites pulsions pour lui venir en aide, mais elle n’était pas en état d’utiliser ses pouvoirs. Ronno se leva et se mit à faire les cent pas, préoccupé. Langrovika, quant à elle, se rassit lentement. Elle garda son regard fixé sur la jeune humaine, s’en voulant de lui avoir jeté de pareilles horreurs à la figure et ne sachant comment faire pour la rassurer. Après quelques minutes, ils furent tous les trois calmés. Ronno revint s’asseoir à côté de Léa et posa une main sur son épaule. Langrovika chuchota alors :

– Je me suis laissé emporter. Je vous en prie, pardonnez-moi.

Léa et Ronno hochèrent la tête pour la tranquilliser, et le guérisseur demanda :

– Comment le corps de Vinros a-t-il été déposé là ?

– Des gens affirment avoir vu un Elfe encagoulé traverser la place centrale sur une Pairebelle. Il a laissé un sac derrière lui, raconta Langrovika avec un hoquet d’horreur.

– Et personne ne l’a arrêté ? s’indigna Ronno.

– Il y avait peu de gens sur la place à ce moment-là, et le temps qu’ils réagissent l’Elfe était déjà reparti, déplora Langrovika. Quelques minutes plus tard, un serviteur est venu me prévenir que Vin… eh bien… qu’il avait été retrouvé dans la cour…

Ronno soupira. Il était trop tard pour rattraper l’Elfe qui avait déposé le corps. Personne n’y pouvait plus rien. Langrovika réfléchit un instant et, après avoir soigneusement choisi ses mots, elle se lança :

– Je voudrais vous demander quelque chose… Ce qui est arrivé à Vinros est un signe… le signe que nous courons tous un grave danger. Léa, j’aimerais que tu restes au château, désormais. Plus de sorties en forêt, ni dans la ville. Tu ne quitteras pas l’enceinte du palais.

Léa voulut protester, mais Langrovika l’en empêcha d’une voix douce :

– Ça ne veut pas dire que tu devras rester cloîtrée dans ta chambre ! Je demande juste que tu sois à l’intérieur, en sécurité… Du moins, tant que je n’aurai pas trouvé un moyen de détruire cette maudite bague.

Résignée, Léa soupira :

– D’accord, Langrovika, j’obéirai.

– Merci, Léa, répondit la reine, soulagée. Ronno, dit-elle en se tournant vers le guérisseur, que comptes-tu faire ?

– Je ne retournerai pas tout de suite à la clinique. Je resterai, pour être avec Léa. Maintenant que Marion et Chloé ont quitté le château, il faut que quelqu’un soit avec elle. Et je t’aiderai dans tes recherches sur cette bague, Langrovika.

Léa le remercia d’un regard. Ce témoignage d’amitié la touchait plus qu’elle ne le laissait paraître.

– Bien, déclara Langrovika. Je crois que nous avons besoin de repos, après toutes ces émotions…

Ronno et Léa se levèrent et se dirigèrent vers la porte. Avant de sortir de la pièce, Léa se retourna et sentit le trouble que Langrovika s’efforçait de cacher à leurs yeux. La petite fille lâcha alors un peu de l’énergie magique de son médaillon et sentit la tristesse de la reine diminuer un peu. Avec un soupir, Léa suivit Ronno dans le couloir. Ils prirent la direction de leurs quartiers. Sur un dernier signe de la main, Ronno s’engagea dans un couloir à droite, et Léa partit à gauche. Elle parvint enfin à sa chambre, où elle se laissa choir dans un fauteuil. Elle se prit la tête dans les mains et laissa couler un nouveau flot de larmes.

La mort de Vinros l’affectait réellement, même s’il avait trahi Langrovika et, de ce fait, l’avait mise elle-même en danger. C’était la première fois de sa vie qu’elle voyait quelqu’un… mort. Et d’une si horrible manière qu’il y avait définitivement de quoi être bouleversée. Quant à ce que lui avait dit la reine, cela la perturbait tout autant. Léa avait compris que, désormais, le roi Hamos voudrait la traquer, utiliser son pouvoir afin de conquérir Narthamarda.

« Allez, Léa, calme-toi ! » s’ordonna-t-elle intérieurement. Elle se leva de son siège et se dirigea lentement vers sa salle de bains. Là, elle se pencha au-dessus du lavabo et s’éclaboussa la figure avec de l’eau pour se remettre d’aplomb. Après cela, elle s’essuya le visage avec une serviette. En levant la tête, elle vit son reflet dans le miroir. Elle avait beaucoup changé. Tout d’abord, ses oreilles, qui étaient désormais pointues comme celles d’un chat, dépassaient nettement de ses boucles blondes, elles aussi beaucoup plus longues qu’avant. Ensuite, son visage, auparavant plus enfantin, s’était petit à petit transformé en celui d’une fille qui lui semblait plus mûre que jadis. Sans doute les épreuves qu’elle avait traversées l’avaient-elles endurcie… Léa éclata de rire en se rendant compte qu’elle sombrait dans le mélodrame. C’était tout simplement la magie de son nouvel environnement qui l’avait refaçonnée à l’image des Elfes de la Forêt. Avec un drôle de sentiment, Léa se rappela qu’elle approchait de ses onze ans. Elle était née en mars. Mais à Narthamarda, on ne donnait pas de noms aux mois, les gens se repéraient par rapport aux saisons. Or, l’hiver touchait à sa fin, et l’anniversaire de Léa devait approcher. Elle essaya de se rappeler où elle se trouvait lors de son dernier anniversaire. Les détails lui revinrent sans peine : ce jour-là, Marion s’était mis en tête de faire elle-même le gâteau, mais elle s’était trompée dans les mesures et n’avait obtenu qu’une pâte brunâtre flottant à la surface de l’eau. Léa avait cependant tellement ri que cela ne l’avait pas empêchée de passer une merveilleuse journée.

Léa ressortit de la salle de bains, souriant à ce souvenir, et se dirigea vers la large fenêtre qui faisait face à son lit. Elle l’ouvrit en grand, laissant l’air frais du soir s’engouffrer dans la pièce. Devant elle s’étendait la ville paisible, silencieuse dans l’obscurité. Léa ferma les yeux. À ce moment précis, un fourmillement se propagea de sa bague jusqu’à son épaule. L’émeraude se mit à briller, et une voix retentit dans la tête de Léa :

« Humaine, livre-moi tes secrets… Délivre-moi ta puissance ! »

Tremblante, la petite fille glissa le long du mur et s’assit par terre, agitée de convulsions, les yeux grands ouverts et la respiration sifflante. Quelques secondes plus tard, les frissons cessèrent, et Léa put à nouveau respirer normalement. Elle essuya son front moite du revers de sa manche et déglutit bruyamment.

Le moment de frayeur passé, elle se rappela avoir déjà entendu cette voix auparavant. Un souvenir embrouillé lui revint à l’esprit : après son évanouissement, au mariage d’Aryana et d’Anomis, elle se souvenait avoir senti une présence étrangère pénétrer dans sa tête, lorsqu’elle était dans un semi coma. Cette même voix glacée lui avait alors parlé, l’avait menacée. Avec un sursaut d’horreur, Léa comprit que cette voix était celle du roi Hamos. Il était entré dans sa tête, maintenant à deux reprises. Il avait tué un Elfe pour la prévenir qu’elle serait la prochaine si elle ne le rejoignait pas et si elle ne lui donnait pas un pouvoir qu’elle-même ignorait comment invoquer. Il déclenchait une guerre pour mettre la main sur le Monde de Narthamarda et celui des humains.

Glacée de peur, Léa se recroquevilla contre le mur de sa chambre. Il y eut un courant d’air froid, et la fillette se leva pour refermer la fenêtre. Elle resta accoudée au rebord, haletante et encore sous le choc de la révélation, et observa attentivement sa bague, qui avait perdu de son éclat. Après avoir respiré un bon coup, elle se détacha de la fenêtre et appuya son pouce gauche en plein centre de son médaillon. Elle ressentit immédiatement la présence de Ronno, quelques chambres plus loin, et celle de Langrovika, à l’autre bout du château.

– Langrovika ! pensa la petite fille.

La réponse lui parvint quelques secondes plus tard :

– Léa ? s’étonna la reine.

– Quelque chose de bizarre vient de se passer… commença la petite fille, puis elle lui raconta ce qui venait de se produire.

– Viens chez moi, dit alors la reine, inquiète. Il faut que nous parlions.

– J’arrive tout de suite.

Léa retira son pouce, rouvrit les yeux et sentit la présence de Langrovika s’évaporer. Elle marcha d’un pas encore tremblant en direction de la porte. En cheminant dans les couloirs obscurs du château, seulement éclairés par quelques torches, Léa trouva l’endroit étrangement inquiétant, avec ses ombres, ses mystères, sa magie. Qu’avait-elle donc fait pour atterrir dans un lieu aussi étrange ? Elle était loin de son monde d’origine, mêlée malgré elle à cette guerre qui ne tarderait pas à éclater…

Arrivée devant la porte de Langrovika, Léa toqua précipitamment sur le battant, qui s’ouvrit instantanément. Langrovika la fit entrer sans un mot, et elles s’assirent l’une en face de l’autre dans les fauteuils du boudoir. Quelques servantes s’inclinèrent devant elles, et Léa leur adressa un signe tremblant. Les Elfes s’éclipsèrent rapidement pour les laisser seules.

– Léa… soupira la reine. Je sais que tu ne vas pas aimer ce que j’ai l’intention de te dire, mais il faut que tu m’écoutes. Tant que je n’aurai pas trouvé un moyen de détruire cette bague, tu seras en danger… Tu as sans doute raison, ce que veut le roi, c’est t’attirer dans son château et te voler ton pouvoir. C’est pourquoi, désormais, tu auras toujours un garde avec toi, pour empêcher quiconque de t’approcher.

– Q-Quoi ? balbutia Léa, abattue.

– Nous ne pouvons plus faire confiance à personne ! dit Langrovika, les poings serrés sur ses accoudoirs. On nous a déjà trahis, cela ne doit pas se reproduire ! À partir de maintenant, un garde du corps veillera sur toi, et tu resteras dans ta chambre.

– Mais… Tu avais dit que je devrais rester dans le château, et maintenant je dois être enfermée dans ma chambre ? Je refuse d’être une prisonnière ! s’énerva Léa.

– Je fais cela pour ta propre sécurité ! s’écria Langrovika.

La lueur qui brillait dans ses yeux dissuada Léa de lui répondre ce qu’elle s’apprêtait à lui dire.

– Léa, poursuivit la reine d’une voix soudainement fatiguée, j’ai un peuple à protéger, des soldats à diriger ! Et pour couronner le tout voilà que notre ennemi cherche à s’emparer de toi pour agrandir sa puissance et faciliter sa prise de pouvoir sur le monde ! Mais enfin comprends-moi, Léa !

Les yeux de la reine paraissaient presque suppliants. Léa se dit que cette histoire finirait par tous les rendre fous. Elle était partagée entre sa colère contre Langrovika, qui comptait l’obliger à rester enfermée, et la terreur que lui inspiraient les évènements de la journée. Alors la reine eut un geste inattendu : elle tendit la main et la posa sur l’épaule de la petite fille. Surprise, Léa releva son visage, et croisa le regard angoissé de l’Elfe. Alors l’humaine hocha la tête, lui indiquant qu’elle obéirait, une fois encore. L’Elfe retint un soupir de soulagement et retira sa main. Le regard de Léa fut alors attiré par le parchemin taché de sang qui dépassait de la poche de la reine…

– Est-ce que je pourrais relire le message ? demanda-t-elle.

– Ce n’est pas une lecture très distrayante, mais si tu y tiens… répondit Langrovika en lui tendant le papier.

« … si tu ne veux pas qu’elle subisse le même sort… » Les mots résonnaient dans la tête de Léa à mesure qu’elle relisait la lettre du roi.

– Il… Il va essayer de me tuer ? demanda-t-elle en relevant finalement la tête, la gorge nouée.

– Je crois que tu lui serais plus utile vivante… dit Langrovika, incertaine.

– Mais ?… ajouta Léa, sentant que la reine taisait ses pensées.

Langrovika acheva sur un ton douloureux :

– S’il s’avérait qu’il n’a plus besoin de toi, je pense qu’il préférerait te tuer, afin de ne pas laisser un pareil pouvoir en liberté…

Un tremblement agita les épaules de Léa. La reine parut se rendre compte de la dureté de ses paroles et voulut tendre une main réconfortante vers la fillette, mais celle-ci eut un mouvement de recul involontaire.

– Je ne sais que dire pour te rassurer, tenta la reine.

– Rien. Ne dis plus rien, Langrovika, rétorqua brusquement Léa, les yeux remplis de larmes et les lèvres parcourues de tremblements.

Langrovika la regarda d’un air désolé, puis se leva et tapa dans ses mains pour rappeler les servantes, qui entrèrent par la porte de service. Elle demanda à l’une d’entre elles d’aller chercher un Elfe dont Léa ne retint pas le nom. Quelques instants plus tard, la porte se rouvrit sur la domestique, suivie d’un Elfe plus âgé que Léa de quelques années. Il était vêtu d’une armure délicatement ouvragée, représentant le symbole de la Forêt : la licorne et la feuille. Il tenait une hallebarde à la main, et une courte dague ceignait sa taille.

– Voici Nal. Il sera ton garde du corps, dit Langrovika d’une voix formelle, à présent qu’elles étaient en présence d’un employé du château.

Léa observa avec attention celui qui allait désormais la protéger. Elle lui fit un signe de tête pour lui souhaiter la bienvenue, mais il ne répondit pas, son visage resta inexpressif. Décidant que plus rien ne pourrait la surprendre ou l’émouvoir ce jour-là, Léa haussa les épaules, salua la reine et sortit pour la deuxième fois du salon, avec l’espoir de n’avoir aucune mauvaise raison d’y retourner. La journée avait été dure, et la petite humaine se réjouissait d’aller se coucher. Son nouveau garde du corps, Nal, la suivit comme son ombre dans le couloir, sans prononcer un mot. Léa, qui s’attendait à l’avoir un bon moment à ses côtés, décida d’engager la conversation :

– Je me demande pourquoi les gardes ne m’adressent jamais la parole. Est-ce que c’est interdit ?

– Notre rôle n’est pas de parler, mais de protéger, mademoiselle, répondit simplement le garde, qui se tut à nouveau.

Léa ne s’avoua pas vaincue et déclara d’un ton qu’elle se plut à qualifier de « dégagé » :

– Apparemment, nous allons souvent être dans la même pièce dans les prochains jours, donc ce serait plus sympa que vous puissiez me parler, vous ne croyez pas ?

– Sans aucun doute, mademoiselle, répondit poliment le garde.

– Je suis sûre que nous serons de grands amis, répliqua la petite fille, et Nal ne put s’empêcher de sourire.

CHAPITRE 2

YASMAH

Marion marchait tranquillement à travers les arbres, à la faible lueur du soleil levant. Elle était escortée par deux Elfes mis à sa disposition par Langrovika jusqu’à son arrivée à Yasmah. Deux jours s’étaient écoulés depuis qu’elle avait parlé à ses sœurs et à Ronno ; les nouvelles n’avaient pas été des meilleures. Cependant, Marion était persuadée, tout comme Ronno, que Langrovika trouverait bientôt une solution au problème de Léa. La jeune fille avait par conséquent décidé de se concentrer sur ses propres projets, qui comportaient eux aussi leur lot de préoccupations. Se séparer de ses sœurs lui avait été plus pénible qu’elle ne voulait bien l’admettre, mais l’idée de rebrousser chemin ne lui traversait pas l’esprit : elle voulait et avait le devoir d’aider la Forêt dans la terrible épreuve qui l’attendait. Les quelques villages qu’elle avait traversés lui étaient apparus fourmillant d’une activité fébrile. Ce fut en voyant les gens du peuple travailler plus dur que jamais que Marion comprit vraiment l’ampleur de ce qui se préparait, et cela lui donna une raison supplémentaire de se battre.

La jeune fille et ses compagnons marchèrent d’un bon pas jusqu’à midi. Ils mangèrent rapidement, puis reprirent leur route. L’un des guides sortit alors une carte de sa poche et l’examina tout en marchant.

– Nous arriverons avant ce soir, je pense, déclara-t-il.

Les heures passèrent, et le paysage se transforma peu à peu. Les arbres se raréfièrent et le sol terreux se changea progressivement en galets envahis d’herbes sauvages. Les voyageurs arrivèrent enfin devant une imposante façade de pierres, haute d’une dizaine de mètres. Marion consulta la carte et déclara :

– Nous y sommes. Ces rochers entourent la Vallée Perdue. Il faut les longer sur la gauche pour trouver l’entrée.

Dix minutes plus tard, ils parvinrent à un endroit où la roche semblait moins élevée. Deux Elfes étaient postées dos à la muraille. Deux femmes d’une trentaine d’années, vêtues à l’identique : un pantalon blanc au tissu élastique, une tunique verte recouverte d’un plastron, des jambières, des gantelets de cuir et un fourreau à la ceinture. Leur tête était couverte par un casque en argent pointu aux extrémités et gravé d’un dragon sur la face avant.

Le trio s’avança jusqu’aux gardiennes ; Marion sentait son cœur battre la chamade. L’une des sentinelles fit un pas dans leur direction et déclara d’un ton brusque, la main serrée sur le pommeau de son arme, prête à dégainer :

– Halte ! Veuillez décliner votre identité.

Marion trouva son attitude un brin exagérée, mais obtempéra. La seconde gardienne sursauta en entendant son nom et s’approcha d’elle.

– Ton nom me dit quelque chose… déclara-t-elle. Serais-tu ?…

– Je suis l’un des conseillers de la reine, confirma Marion, non sans une certaine fierté.

La femme lâcha un sifflement admiratif. Quant à sa camarade, elle haussa les sourcils et demanda :

– Et que viens-tu faire ici ? Tu es bien loin des salons de la reine…

– Je souhaite être admise comme élève, dit Marion avec aplomb.

L’Elfe laissa échapper une exclamation moqueuse. Marion releva la tête avec un brin d’orgueil et lui présenta un document officiel de la reine, attestant son identité et celle de ses guides.

– Rien que ça ! marmonna l’Elfe, refroidie.

Marion fit de son mieux pour retenir un sourire satisfait. L’Elfe qui avait la première reconnu Marion s’adressa à l’humaine avec chaleur :

– Tu pourras passer les tests, bien entendu. Nous avons grand besoin de nouveaux apprentis. Toutes les aides sont les bienvenues.

Elle avait dit cela sur un ton sérieux, ce qui contrastait avec son air quelque peu enfantin. Elle eut soudain un sourire lumineux et se présenta :

– Je suis Yram. Je vais te conduire à notre chef, Kanto.

Marion se tourna vers ses guides pour les remercier. Leur travail touchait à sa fin. Ils se dirent adieu, et Marion suivit Yram jusqu’à la paroi rocheuse. Au passage, l’hautaine gardienne adressa un regard supérieur à Marion, qui s’efforça de garder la tête haute, les poings serrés. Arrivée devant la muraille, Yram dégagea un passage camouflé derrière un rideau de lierre. Marion traversa le tunnel à sa suite. Lorsqu’elles émergèrent de l’autre côté, le spectacle qui s’offrit à leurs yeux était de toute beauté. Une immense prairie recouverte d’herbes folles s’étendait à perte de vue, entourée par de hauts rochers et, dans le ciel, des ombres filaient à vive allure parmi les nuages. Marion plissa les yeux pour mieux voir et s’aperçut alors que ces drôles de formes étaient en fait de gigantesques dragons, dont les écailles étincelaient au soleil.

– C’est beau, n’est-ce pas ? dit Yram en souriant.

– Magnifique… renchérit l’humaine. J’ai hâte de voler sur mon propre dragon.

– Il y a tant de choses que tu devras apprendre avant ! s’amusa l’Elfe. Allez, viens, je t’emmène au village.

Elles marchèrent d’un pas vif à travers la prairie. À présent, Marion se sentait devenir nerveuse. Et si elle ne se faisait aucun ami ? Et si elle n’était pas reçue ? Elle ne voulait pas imaginer la honte qui serait la sienne si elle retournait au château après un échec. Elle avait beau savoir que personne ne l’en blâmerait, sa propre déception suffirait à la terrasser.

Après un peu moins d’une heure de marche, l’Elfe et l’humaine arrivèrent en vue d’un petit village. Les murs des maisons étaient faits de branches et de brindilles tressées, et le toit était en feuillage, comme toutes les habitations elfiques. Le village était construit le long d’une grande avenue menant à une demeure plus imposante.

– Marion, je te souhaite la bienvenue à Yasmah, le village des chevaliers ! s’exclama Yram avec grandiloquence, consciente de son effet.

L’endroit plut tout de suite à Marion. Une légère brise faisait voleter ses cheveux, l’air sentait bon le printemps. Rien ne laissait présager les épreuves à venir. Yram désigna d’un geste le grand bâtiment au bout de l’allée :

– C’est là-bas qu’habite Kanto, le chef de l’ordre. C’est là aussi que nous nous réunissons pour manger et discuter. En quelque sorte, on peut dire que c’est notre quartier général.

En disant cela, l’Elfe l’entraîna en direction de l’édifice. Au passage, elle salua des chevaliers qui se baladaient tranquillement entre les maisons. Plusieurs reconnurent Marion pour l’avoir déjà vue au château de Langrovika et lui adressèrent des signes de tête amicaux. On arriva finalement devant une grande porte de bois, en haut d’une volée de marches. Yram la poussa sans hésitation et pénétra d’un pas assuré dans le quartier général. Marion fut alors surprise de découvrir une vingtaine d’Elfes assis dans des fauteuils moelleux, ou tout simplement allongés sur le sol, en train de jouer aux cartes ou de discuter. À première vue, tous semblaient parfaitement décontractés, mais en y regardant de plus près on pouvait voir leurs fronts plissés d’inquiétude et leurs regards sombres. Certaines personnes levèrent la tête au passage du duo, saluant machinalement Yram, qui poursuivit son chemin vers le fond du vestibule. Une porte s’ouvrit, laissant apparaître une Elfe de petite taille, qui attachait à la va-vite un tablier par-dessus sa tunique verte. Son visage était plissé de rides, et de nombreuses mèches grises se mêlaient à ses cheveux bruns.

– Bonjour, Bertha ! la salua Yram.

– Bonjour, Yram, répondit l’autre d’un air distrait.

Et elle s’en alla d’un pas précipité en marmonnant quelque chose comme : « Des champignons, oui, c’est ça… Plus de champignons… »

– C’est une Elfe-naine, expliqua Yram à l’intention de Marion. Bertha est notre cuisinière. Mais ne te fais pas avoir par son âge, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds !

Elles se retrouvèrent au bout du couloir, face à une petite porte arrondie.

– C’est ici ! dit Yram en s’arrêtant.

Marion posa son sac de voyage avec un certain soulagement. Yram tendit la main pour frapper à la porte, mais l’adolescente la retint précipitamment par le bras et demanda :

– Heu… Yram… Qu’est-ce que je vais devoir dire ?

– T’en fais pas, tout se passera bien, assura l’Elfe avec un sourire amusé. Je crois que tu as déjà rencontré Kanto, lors du bal donné par la reine ?

– Oui, mais je n’ai pas eu l’occasion de lui parler… répondit Marion.

– Tu n’as aucun souci à te faire. Kanto est vraiment un chic type, lui assura Yram.

Marion respira un grand coup et se tourna avec un peu plus de conviction vers la porte. Son hôtesse frappa trois petits coups sur le panneau de bois, et une voix les invita à entrer. Yram poussa les battants et elles entrèrent dans un petit bureau.

Marion se détendit instantanément : la personne qui travaillait dans cette pièce ne pouvait être autrement que sympathique. L’un des murs était caché par une bibliothèque surchargée de livres et de parchemins, alors que le reste de la pièce était enfoui sous une épaisse couche de… fleurs. Le chef des chevaliers semblait avoir développé une passion démesurée pour les plantes de tous genres : des pots aux contenus divers étaient dispersés dans tous les coins, posés au sol, accrochés aux parois ou encore pendus au plafond. La plus impressionnante pièce de cette collection était un gigantesque tournesol violet, qui se dressait majestueusement dans un coin du bureau. La seule source de lumière était une fenêtre aménagée au plafond, qui déversait les rayons du soleil. Au centre de la pièce surchargée, une petite table croulait sous la masse d’innombrables livres, cartes et schémas. Un grand Elfe aux cheveux châtains était en train de les étudier. Il releva la tête lorsque ses deux visiteuses entrèrent dans la pièce. Il eut un sourire :

– Ah ! je crois savoir qui vous êtes… Marion, je suppose ?

– Heu… Oui, c’est moi, répondit l’interpellée.

– Sa Majesté m’avait prévenu que vous viendriez, mais je n’ai pas averti tous les membres de notre confrérie. La venue d’une conseillère royale, surtout aussi jeune, n’est pas banale. Cela aurait provoqué un attroupement, et j’ai pensé que vous ne m’en voudriez pas de vous épargner cela, expliqua-t-il en souriant plus largement.

La jeune fille le remercia maladroitement, et sa voix s’éteignit quand elle se rendit compte qu’elle disait n’importe quoi.

– Yram, peux-tu nous apporter des chaises, s’il te plaît ? demanda Kanto.

Yram adressa un sourire à Marion, puis sortit de la pièce. Profitant de son absence momentanée, Kanto se pencha en avant et murmura :

– Sa Majesté m’a confié la vérité au sujet de vos… origines.

Marion ressentit une pointe de contrariété ; elle jugeait que Langrovika eût dû la consulter avant de dévoiler son identité à un inconnu.

– Je suis chargé de votre sécurité. Si vous avez la moindre requête, je suis à votre disposition, poursuivit l’Elfe.

– Eh bien… c’est très… gentil de votre part, répondit Marion avec raideur. Mais je préférerais que personne d’autre ne soit au courant.

Elle ne souhaitait pas devenir une bête de foire. Sans compter que répandre la nouvelle risquait de mettre Léa encore plus en danger qu’elle ne l’était déjà.

– Bien entendu, il vous appartient de garder ce secret, approuva Kanto.

Yram revint quelques instants plus tard, deux chaises flottant derrière elle. Kanto adressa un bref signe de tête à Marion et se redressa. Yram referma la porte et déposa les sièges devant le bureau.

– Asseyez-vous, je vous en prie, dit Kanto en empilant ses parchemins dans un coin de la table.

Lorsqu’elles furent installées, il frappa ses mains l’une contre l’autre, avant de lancer avec entrain :

– Alors, vous souhaitez intégrer notre confrérie, c’est bien cela ?

Marion hocha vigoureusement la tête.

– Très bien, dit Kanto. Vous passerez vos épreuves demain. Rendez-vous à la première heure, à l’entrée du village. Inutile de vous inquiéter, ajouta-t-il en voyant la tête effarée de la jeune fille. Il suffira de garder la tête froide, et tout se passera bien, j’en suis sûr. Si vous réussissez les épreuves, je vous assignerai à un chevalier de la Forêt, pour qu’il vous enseigne tout ce qu’il sait.

Il se tourna vers Yram :

– Yram, je crois qu’il reste de la place chez toi ?

– Oui, j’accueillerai Marion avec plaisir, répondit l’Elfe en souriant à l’adolescente. Enfin, si elle le souhaite, ajouta-t-elle, dépitée à l’idée qu’elle pût refuser.

Marion se dépêcha d’accepter, ravie.

– Bien ! approuva Kanto. Nous nous reverrons au souper.

Les deux autres comprirent qu’elles devaient s’en aller et le remercièrent avant de sortir du bureau. La porte refermée, Yram s’exclama joyeusement :

– Suis-moi, je vais te montrer mon chez-moi !

Marion ramassa son sac, qu’elle avait laissé devant la porte, et elles retraversèrent le hall bondé, pour bientôt se retrouver à l’air libre.

– Nous sommes quelques chevaliers à héberger des élèves chez nous, expliqua l’Elfe tout en marchant entre les maisonnettes. Mais… tu devras partager ta chambre avec quelqu’un d’autre, s’excusa-t-elle avec une moue gênée.

– C’est parfait, assura précipitamment Marion.

Le visage d’Yram s’éclaira et elle s’exclama :

– Super ! Oh ! je suis sûre que tu te feras très vite des amis !

Elle paraissait aussi contente que si elle était en train de déballer ses cadeaux d’anniversaire. Marion la remercia avec sincérité :

– C’est vraiment gentil de m’accueillir chez vous.

L’Elfe lui sourit, et Marion sentit ses appréhensions s’alléger un peu. Yram s’arrêta devant une maison construite sur un seul étage et y fit entrer Marion. Elles se trouvaient dans un petit vestibule au plafond bas et arrondi, encombré d’innombrables paires de chaussures, de manteaux, de sacs à dos, de chapeaux… L’Elfe désigna une armoire entièrement recouverte de graffitis, où Marion rangea ses affaires. L’adolescente ôta ses chaussures et suivit la propriétaire des lieux jusqu’au salon. Au centre de la pièce se trouvait une petite table de bois, entourée de quelques fauteuils semblables à des buissons – et qui n’étaient pas sans rappeler ceux de la chaumière de Ronno et d’Aryana. Les murs étaient recouverts par de nombreuses étagères, sur lesquelles étaient exposées des statues miniatures représentant des formes étranges et apparemment sans aucun sens logique. Un matelas et un tas d’habits et de livres occupaient un coin de la pièce.

– Il y a déjà Doraleen, elle est arrivée il y a quelques jours. Elle est encore en cours, je suppose, dit Yram en consultant sa montre. J’espère que cela te conviendra de dormir ici, au salon. La maison n’est pas très grande… s’excusa l’Elfe, ses oreilles pointues se baissant tristement.

Marion lui assura une fois de plus que tout était parfait, et l’Elfe retrouva instantanément son sourire éclatant. Elle la prit par la main et l’emmena d’un pas bondissant visiter le reste de la maison. Il n’y avait que quatre pièces : le salon, la chambre d’Yram, une salle de bains et une minuscule cuisine.

– Je ne l’utilise pas souvent, expliqua l’Elfe en entrant dans la dernière pièce. D’habitude, on mange tous au quartier général, alors la cuisine ne me sert pratiquement à rien. Bon ! Je vais voir si je peux te trouver un matelas ! Je te laisse t’installer, utilise la salle de bains si ça te chante, fais comme chez toi ! s’exclama-t-elle en la laissant dans le couloir.

L’Elfe enfila prestement ses chaussures et sortit de la maison au pas de course. Marion sentit que les courbatures menaçaient, après sa longue marche dans la forêt ; elle se dirigea vers le salon et se laissa tomber dans l’un des fauteuils.

– J’y crois pas, j’y crois pas… murmurait-elle en boucle, un sourire béat aux lèvres. Je suis tellement contente !

Elle vit son reflet dans un petit miroir posé sur l’étagère et rit toute seule. Quelques minutes plus tard, Yram revint, accompagnée d’un matelas de mousse qui flottait au ras du sol derrière elle.

– Voilà ! s’écria-t-elle en entrant de son pas aérien.