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Metteur en scène reconnu, Arnaud se lance un défi : écrire une pièce de théâtre d’un genre différent. Plus qu’un travail de dramaturgie, cet exercice se révélera une épreuve redoutable. Arnaud puisera au plus profond de lui-même l’énergie nécessaire pour vaincre ses démons. Il doit cette quête à son épouse défunte et à ses enfants, Marie et Victor, qui l’attendent depuis trop longtemps.
Heureux de ce parcours, mais encore fragile, Arnaud veut profiter de cette journée qui se clôturera en apothéose par l’ultime répétition d’Au Temps des mots, dans ce théâtre chargé d’émotion et de souvenirs. S’il déambule d’un pas léger à travers les rues mouillées, vers ce lieu emblématique, son esprit l’emporte vers des contrées plus sombres. Sur sa route, il acceptera une main tendue, et croisera un fantôme ressurgi du passé…
Ce récit bouleversant en trois temps est une ode à cette force intérieure qui nous pousse à creuser toujours plus loin, à remuer le terreau de notre enfance pour aller de l’avant. Un hymne à l’amour d’un homme, d’un époux, d’un père, d’un fils.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Patricia Duterne est une auteure belge. Elle a travaillé de nombreuses années auprès d’enfants aveugles et malvoyants. Ses histoires sont empreintes de bienveillance. Depuis 2014, elle a publié cinq romans et une nouvelle. Ses livres existent en version adaptée pour personnes déficientes visuelles.
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Seitenzahl: 161
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Patricia Duterne
Le Temps des mots
Roman
ISBN : 979-10-388-0334-3
Collection : Blanche
ISSN : 2416-4259
Dépôt légal : avril 2022
© couverture Ex Æquo
Photo de Couverture : Catherine Van Eyll
Vue de la grande salle du théâtre de Namur (Belgique)
Avec l’autorisation des instances compétentes.
Photo d’auteure : Vincent Duterne
Photo de quatrième de couverture : Catherine Van Eyll
Vue depuis le balcon dans la grande salle du théâtre de Namur
Avec l’autorisation des instances compétentes.
© 2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières Les Bains
www.edition-exaequo.com
À Marie
À Catherine
La vie doit être comprise en regardant en arrière.
Mais il ne faut pas oublier qu’elle doit être vécue en regardant vers l’avant.
Kierkegaard
Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même.
Confucius
Certains personnages portent le même prénom. Pour la facilité de la lecture, voici la place de chacun au sein de sa famille :
Arnaud Ferouze et sa défunte épouse Louise.
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, soyez les bienvenus dans ce lieu bicentenaire. Ce théâtre qui a ouvert ses portes aux plus grands noms du spectacle accueille, pour quelques dates, la troupe de La Rose spécialement créée pour l’occasion.
Waouh, veuillez excuser mon émotion, mais voir tous ces visages, dont certains me sont si familiers, me chamboule… Je reprends : ce soir, nous allons interpréter, en avant-première, une pièce chère à mon cœur. Comme certains le savent, je suis plutôt un homme de l’ombre. Je n’aime pas parler de moi et ne me sens pas très à l’aise dans ce rôle. Cependant, aujourd’hui, le contexte s’avère particulier à plus d’un titre.
Tout d’abord, ce lieu : le théâtre de mon enfance. Cet endroit où, tout petit déjà, mes parents m’emmenaient voir des pièces dont, je dois bien te l’avouer, papa, je n’ai pas toujours compris le sens, a joué un rôle déterminant dans ma carrière. Il m’en est resté, outre le souvenir de longues déclamations, de scènes tragiques ou légères, des émotions, des échos de rires, des frissons, la sensation liée au moelleux des fauteuils dans lesquels je me suis endormi plus d’une fois, l’éblouissement des lustres, le silence avant les trois coups, etc., etc. Il était donc inconcevable de lancer ce spectacle ailleurs.
Ensuite, le texte proposé. Là aussi, il s’agit d’une première, car j’ai enfilé le costume de scénariste afin d’aller au bout de mon projet, mais surtout de moi-même. Vous allez, en quelque sorte, assister à une renaissance. Je n’ai pas peur d’utiliser ce mot, j’ai bien plus de trac de monter sur les planches sous les traits de l’un de mes personnages dans quelques minutes, dès que j’aurai terminé mon pitch…
Le Temps des mots. Le titre de cette pièce évoque à lui seul tous les temps. Celui de l’épreuve, du lâcher-prise, du questionnement, du doute, et enfin celui de l’écriture. Ce temps qui, je l’espère, ouvrira une parenthèse et me donnera accès au temps des possibles.
Avec cette pièce, je vous offre un peu, beaucoup, de moi-même, mais aussi un livret, La Dame à la rose, que certains tiennent à la main. Ce texte représente la genèse de ce spectacle et, à ce titre, constitue à lui seul le symbole de mon parcours de créateur.
Encore un mot pour évoquer la troupe. Je ne dis pas « ma » troupe, car chacun de ses membres est unique et a apporté sa touche de créativité, de spontanéité aux dialogues. Je n’ai à aucun moment souhaité me comporter en chef d’orchestre rigide, j’ai au contraire tenté de me placer à l’écoute de mes personnages et de ceux qui les incarnaient. Je leur tire, à tous, mon chapeau et les remercie infiniment pour tout ce qu’ils m’ont offert.
Merci pour votre attention. J’espère que les plus jeunes d’entre vous, dont mes enfants, Marie et Victor, ne s’endormiront pas. Bonne soirée à tous et place au Temps des mots…
Cette journée s’annonce sous les meilleurs auspices. Mon jour est enfin arrivé, et je compte en savourer chaque heure, chaque minute, chaque instant. La nuit a été agitée, sans doute à cause du cocktail stress-excitation. J’ai encore du mal à réaliser le chemin parcouru. Oui, nous y sommes ! Dehors, le ciel est gris et l’atmosphère électrique, qu’importe ! Les éléments peuvent se déchaîner, rien n’entachera mon plaisir.
Après une douche fraîche, un petit-déjeuner frugal et ma pause bouquin quotidienne, j’enfile ma tenue fétiche : jeans sombre, chemise bordeaux, des Dockside. J’attrape ma veste en daim et le cartable au cuir élimé hérité de mon grand-père qui ne m’a pas quitté depuis l’internat. Je dévale les escaliers quatre à quatre. En quelques enjambées, je rejoins ma voiture. Elle ronronne comme au premier jour, et nous voilà partis vers la capitale. Arnaud, la route est à toi ! Au premier virage, je me connecte sur radio Nostalgie. Rien de tel qu’un bond dans le passé pour me sentir en accord avec mes émotions. Être en phase avec moi-même est devenu primordial, ces derniers temps. Le ciel s’assombrit encore au-dessus de la campagne. Les nuages s’accumulent à une vitesse impressionnante, et le vent se lève. Je reste concentré sur la route et ma bulle. Une bonne demi-heure passe avant mon entrée en ville, et me voilà déjà coincé dans un embouteillage. Joies de la vie citadine…
J’avance comme un escargot, cerné de toutes parts par le flot de véhicules. Afin de ne pas perdre contenance dans une situation angoissante, j’applique un exercice suggéré par mon psy. Appellation contrôlée psychanalyste freudien par excellence, contre tous les jungiens, lacaniens ou autres « -iens ». Je suis donc le précepte de ce praticien hors normes, énoncé voici plus d’une année : je m’imagine dans la peau de quelqu’un d’autre. J’ignore pourquoi je me « branche » dessins animés, et me voilà projeté dans l’univers de Tom et Jerry. Ces deux-là m’ont toujours beaucoup amusé. Jerry et ses tours de passe-passe pour échapper au gros chat en le narguant. Je me revois gamin, le dimanche soir, visionnant ces cartoons avec mes parents ou, le plus souvent, en compagnie de ma belle-mère. Nous finissions par connaître les histoires par cœur et riions bien avant le gag final.
Malgré ce dérivatif, bloqué dans cet habitacle, je sens la tension monter. Plus personne n’avance, et je n’ai nulle envie de gâcher ma matinée. Il est encore tôt ; j’ai tout le temps avant de me rendre au théâtre pour l’ultime répétition. À quoi bon m’énerver dans un bouchon ?
Je décide de me garer à la première occasion et de poursuivre ma balade à pied. Après quelques mètres, je repère un emplacement libre et m’y faufile. Je saisis mon portable, constate que la batterie est plate. Bien sûr, j’ai oublié le chargeur sur mon bureau. Simultanément, le GPS s’éteint dans un bip étrange, la radio se tait, la clim’ s’arrête, et des nuages de plus en plus noirs assombrissent le ciel. Je ne laisse pas la panique me gagner. J’éteins le contact et quitte la voiture, décidé à ne pas m’encombrer de signaux négatifs. J’emporte par précaution le seul parapluie de bord, celui destiné à abriter une famille entière.
De ma place privilégiée, au premier balcon, j’ai une vue impressionnante sur les gens assis en bas. Les spectateurs commencent à arriver dans un bruit bizarre. Ils ne chuchotent pas vraiment, mais ne parlent pourtant pas haut. Je suis impatient. Je viens de fêter mes huit ans, et c’est la première fois que mes parents m’emmènent dans ce lieu magique et mystérieux. Oh, je suis déjà allé au cirque, comme tous les gamins du quartier, mais franchir les portes de ce théâtre de deux cents ans, marcher sur le tapis rouge, monter les marches jusqu’à nos places réservées (sur un papier blanc posé sur les sièges est écrit, en lettres rouges, le nom de chacun), c’est comme un rêve éveillé. Je passe chaque jour devant le théâtre en allant à l’école en me jurant qu’un jour, j’y travaillerai. Pour cette soirée si particulière, mes parents m’ont acheté une veste de costume bleu foncé, une chemise blanche et une cravate… verte. Je suis fier comme le coq de la basse-cour de Valentine, notre voisine. J’ai fait un effort pour ne pas râler, car maman a catégoriquement refusé de m’appliquer du gel dans les cheveux. Maintenant, j’ai les yeux au plafond, perdu dans les lumières des lustres en cristal, parcourant les espaces perchés, « les baignoires », souligne mon père avec un clin d’œil. Puis le silence se fait.
C’est alors qu’ELLE apparaît. Je ne vois d’abord que son chapeau en feutre rouge, à larges bords. On dirait une capeline (je connais ce mot grâce à une histoire de maman). Elle cache son visage aux curieux penchés, comme moi, sur leur siège. Elle porte une robe longue, noire, serrée à la taille par un ruban. De ma place, je vois la peau blanche de son cou et un pendentif en forme de goutte d’eau ou de larme. Je veux demander tout de suite à maman qui est cette dame, mais quand je me retourne, elle n’est plus à sa place. Le visage de papa est chiffonné. Ses yeux sont plissés. Il doit penser à quelque chose de très grave. Les mots se coincent dans ma gorge. Je regarde la dame avancer dans une marche lente. Comme je n’ose pas sortir les jumelles de ma poche, j’essaye de la suivre discrètement et constate qu’elle a des gants de cuir noir montant jusqu’aux coudes. Dans une main, elle tient une rose écarlate. Par contre, sa figure reste cachée. Je suis à la fois impressionné et inquiet jusqu’à ce que les applaudissements éclatent et que la Dame prenne place au milieu du cinquième rang. Les rangées de fauteuils devant et derrière elle sont vides et les sièges à ses côtés inoccupés. Je ressens un sentiment étrange. La pièce se jouerait-elle dans la salle ? Cette Dame ferait-elle partie de la troupe ? Décidément, ma curiosité est à son comble, tous mes sens en éveil. Papa me prend la main, me force gentiment à m’asseoir. Le noir envahit la salle. Les bruits cessent. Les trois coups sont frappés. Le rideau s’ouvre. Le spectacle commence.
Le froid me saisit d’emblée. Je n’avais pas prévu un temps pareil et ne me suis pas habillé en conséquence. J’aurais dû écouter les infos avant de partir. Trop impatient de monter sur scène, je ne me suis pas soucié de la météo. Après quelques instants de déambulation, mes pensées s’envolent allègrement des années en arrière. Je me laisse porter, sans aucune retenue.
Suite au décès de mon épouse, Louise, plus rien ne tourne rond dans ma tête, dans mon corps et dans mon travail. J’ai pris une pause carrière pour la soutenir dans la maladie, en gardant sa main dans la mienne jusqu’à son dernier souffle. Ensuite, je dois affronter d’autres démons. Le cancer implacable et violent ayant emporté ma compagne, je me retrouve seul avec nos jumeaux, Victor et Marie, âgés de cinq ans. Victor, enfermé dans son silence depuis le départ de sa maman, me serre le cœur. Je ne parviens pas à créer un lien serein avec cet enfant qui porte le prénom d’un autre. Celui d’un petit garçon tant chéri par Louise, voici plus de trente ans.
Après avoir annoncé, sans la moindre précaution et avec froideur, la disparition de Louise à cet autre Victor, j’espère enfin clôturer un chapitre douloureux de ma vie, en entamer un nouveau sous une plume bienveillante. Or, j’ai lu dans les yeux de cet homme non seulement de l’effroi, mais surtout une tristesse infinie. Il n’a pas oublié Louise. Au contraire, il continue à penser à elle, à l’aimer peut-être, comme elle l’a gardé dans son cœur. Après cette annonce brutale, je me sens responsable d’une nouvelle blessure. Je ne connais rien à l’histoire de ce Victor-là, mais une chose est certaine : dès cet instant, il ne sera plus le même. Je l’abandonne à sa douleur. Quant à moi, j’ai l’impression de glisser dans un trou sans fond. Je dois entreprendre quelque chose pour rompre la spirale infernale qui me consume. Mes enfants m’attendent, sans que je réussisse à les rejoindre dans ce présent dévastateur. Je compte sur ma fille, Marie, pour soutenir son frère. Bon sang, elle n’a que cinq ans ! Quel père suis-je pour lui confier une telle responsabilité ? Je mise sur leur lien fusionnel. Après tout, ils sont deux, eux. Je sais que cette situation ne pourra pas s’éterniser, mais je n’ai plus de ressort, plus de ressources. Je suis littéralement cassé, et je viens, en partie, de briser le cœur d’un homme. Quel monstre suis-je en train de devenir ?
À cette époque, étant tellement dévasté, terrassé, j’aurais pu retrouver ma vie d’avant Louise, avant cette parenthèse de sérénité qui m’avait métamorphosé en un autre homme, en mari, en père. Fréquenter de nouveau les bouis-bouis, les cafés glauques, les bars en sous-sol et me vautrer dans l’alcool et le sexe ne s’avère pas compliqué. Néanmoins, j’ai encore assez de lucidité pour ne pas reprendre ce chemin. Louise n’est plus là pour m’éviter le pire, et Dieu sait si j’en réchapperai, cette fois. La solution doit forcément se trouver ailleurs. Je refuse également de donner cette image de mort-vivant à mes enfants. D’où elle se trouve maintenant, Louise peut encore m’aider. Cette étoile qu’elle a allumée au firmament brille pour les jumeaux, mais aussi pour moi.
Doucement, une idée commence à germer en moi. L’esprit, loin d’être serein, mais avec la volonté de regarder vers demain, je décide de monter une pièce d’un genre nouveau. Je souhaite un texte fort, envoûtant, qui me donnera l’occasion d’exorciser mes démons et de panser mes blessures. Son auteur DEVRA être une personne de valeur sûre, habituée aux défis de haut vol, car cette histoire DEVRA me sublimer. Je n’ai pas le choix. Les spectacles que j’ai montés jusqu’à présent me paraissent fades, sans intérêt, ordinaires. Je dois gravir quelques échelons. Pas ceux de la gloire, ceux-là ne m’intéressent pas, mais ceux de la finesse, du savoir-faire. Je le DOIS à Louise, à Marie, à Victor, et surtout à moi-même. Pour en arriver là, je me fondrai dans la substance des personnages. J’ai bien quelques auteurs en vue, mais n’est-il pas plus cohérent d’écrire cette pièce moi-même ? Je ne me suis jamais plié à cet exercice rigoureux. Aujourd’hui, je m’impose ce défi. Ce challenge est nécessaire pour aller de l’avant. Comment partir à la rencontre de cette part d’ombre qui bouillonne en moi ? Je la sens à portée de plume.
Mes pas me portent au hasard des impasses et ruelles. Je connais cette ville par cœur et ne risque pas de m’y perdre, même si mon esprit m’emporte ailleurs. J’emprunte une arcade commerçante sans accorder réellement d’intérêt aux vitrines. Je repère la tour du Beffroi. La pluie s’intensifie. Il m’en coûtera une paire de chaussures, car les miennes sont loin d’être adaptées à une marche dans les flaques d’eau. Un autre jour, ce détail aurait pris des proportions démesurées. À cet instant, ces Dockside n’ont que peu de valeur. Seules ma pièce et la troupe comptent. Tout le monde doit sans doute être dans le même état d’esprit. L’impatience dictera notre journée. Chacun de notre côté, mais déjà ensemble face au public. Au fil des répétitions, j’ai appris à connaître chaque acteur, chaque technicien, à les apprécier pour ce qu’ils sont avant tout : des hommes rudes ou tendres, des femmes attentives ou pressées, des pères de famille parfois débordés, des mamans seules souvent impatientes, néanmoins tous pourvus d’une formidable âme d’artiste. Un lien s’est créé entre eux et moi. J’ai l’impression de faire partie de leur monde, même si je me sens parfois dans la peau d’un intrus. J’ai toujours eu un don — en est-ce réellement un ? —, celui de me faufiler entre les non-dits pour arriver à mieux cerner les êtres. Je suis le bon copain, celui qui rend service, qu’on peut appeler à toutes heures du jour et de la nuit. Je dispose de mon temps pour les autres. Cependant, cette manie viscérale me joue parfois de vilains tours, et je dois la réfréner. Malgré moi, j’enregistre tout : le temps passé à écouter se déverser chagrins, peines de cœur, lamentations. Je tiens une comptabilité exacte des kilomètres parcourus pour emmener l’un des enfants chez le pédiatre, mais aussi les phrases de reproches serinées, si je ne peux être à disposition dans le quart d’heure. Je dois être en permanence attentif à ce trait de ma personnalité et en limiter les conséquences. J’ai développé ce comportement très tôt. J’ai pris tellement de ratatouilles. J’ai appris aux récrés, dans les dortoirs, en colo, dans les vestiaires de la piscine. J’ai observé les caïds. Les gros bras, ceux qui roulent des mécaniques et crachent par terre. Je ne veux pas leur ressembler. Ils n’ont rien dans le crâne. La force ne règle pas tous les problèmes. Il faut savoir user des bons mots, placer les silences. Donner un rythme à ses phrases, ajuster sa voix. Jouer avec son regard. Mesurer ses gestes. Maîtriser ses émotions. Ne laisser paraître que ce que l’on a décidé de montrer. Toutes ces techniques, je les ai peaufinées au cours d’art dramatique, dès mon plus jeune âge. C’est avec les profs de théâtre que j’ai tout compris : la vie n’est qu’une pièce gigantesque où chacun a un rôle à jouer. Cette façon d’être m’a néanmoins permis de créer un véritable esprit de famille et de solidarité au sein de la troupe. Cette équipe, je la porte sur mes épaules et je ne souhaite décevoir personne.
