Les amants sous intempéries - Cécile Oliva - E-Book

Les amants sous intempéries E-Book

Cécile Oliva

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Beschreibung

La Méditerranée, les Caraïbes Quatre îles Un homme, une femme Quatre rencontres

Das E-Book Les amants sous intempéries wird angeboten von Books on Demand und wurde mit folgenden Begriffen kategorisiert:
amour, rencontre, Méditerranée, mystère, caraïbes

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Seitenzahl: 106

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Sommaire

Les amants jaune passion

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Les amants bleu obscur

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Les amants rhum ambré

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Les amants orange sanguine

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Les amants

jaune passion

Nouvelle

« Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux mais en plongeant dans son obscurité »

Carl Jung

1

Bientôt des torrents de pluies opaques s’abattront sur les Grenadines. La mer cristalline en sera si troublée qu’on ne saura plus quelle couleur lui donner. Et dans le tumulte des vents, la lumière et les nuages s’épouseront au ras des eaux enlacées.

Situé dans les Petites Antilles au nord de Trinité-et-Tobago, l’archipel avait été épargné, pendant quaranteneuf ans, par les cyclones avant d’être dévasté par un ouragan nommé, Ivan. Aucun autre ravage n’était venu perturber la quiétude de l’île de Grenade jusqu’à ce jour.

Paul et Clélia se connaissaient depuis quelques heures seulement. Ils ne savaient pas qu’à midi le soleil allait se coucher.

Dans leurs regards subsistait, encore, le plaisir de leur première étreinte. Leurs pupilles restaient dilatées comme si, au contact de l’autre, ils n’étaient déjà plus les mêmes. Elles ressemblaient aux grains sombres et mordants enfouis dans la chair acide et sucré du fruit de la passion. Des grains noirs carbonisés par le flot d’un désir infini avaient dévoré leurs iris bleutées.

Alors que, sur l’île, la lumière devenue sourde, figeait les inclinaisons les plus suaves, au loin, à une vitesse vertigineuse, une perturbation nuageuse se transformait en cyclone. Depuis toujours, cette région tropicale, comme d’autres plus au loin, paragraphe les lois de l’inévitable.

Tous les indicateurs portaient à croire que la trajectoire du monstre venteux glisserait plus au nord. Mais les routes qu’empruntent les ouragans ne sont pas si nombreuses. Les îles dites Sur-le-vent subissent les délires dépressionnaires alors que celles appelées Sous-le-vent, demeurent, à chaque fois, miraculeusement, à l’abri de la colère océane.

L’écho de leur plaisir avait réveillé le pouvoir du plus grand que soi. Sans s’en rendre compte la passion de leurs corps amoureux convoqua l’irrémédiable retour du sauvage. Et avec lui des émotions jamais vécues.

2

C’est par un temps lumineux et clair, à la douceur incomparable, qu’ils s’étaient installés, tour à tour, au sud de l’archipel des Grenadines, sur la plus grande des îles, tout simplement appelé, La Grenade.

Ils avaient déjà eu l’occasion de se croiser sans véritablement prendre le temps de faire connaissance. Ils se contentaient de se saluer, de loin, d’un signe de la main ou d’un hochement de tête. Paul savait que Clélia dessinait. Clélia savait que Paul, après avoir été victime d’un accident de plongée, s’était lancé dans la photographie sous-marine.

La journée avait commencé comme tous les autres jours, par un lever de soleil éblouissant. Au-dessus d’une mer qui n’était pas encore turquoise, un gris rose se teinta d’orange puis d’un rouge couleurs de flammes avant de laisser le jaune dominer la lumière.

Peu après l’aube, à l’heure la plus calme, nageurs et nageuses s’enfonçaient dans les vagues, les uns après les autres, comme s’ils suivaient un rite religieux qui n’appartenait qu’à eux. Ils disparaissaient dans les eaux claires pour en ressortir transformés, emplis d’une vitalité nouvelle impossible à trouver sur terre ferme. Alanguis sur le sable, leurs peaux huilées à outrance, ils brillaient tant qu’ils finissaient, parfois, par étourdir le soleil lui-même.

En début d’après-midi Paul s’installa au bar de la plage où il avait l’habitude de se rendre par temps calme. Il sirotait un verre lorsqu’il vit Clélia sortir de la mer. Sa peau lisse reflétait les rayons du soleil comme celle d’un cétacée. Il remarqua de suite son pas nonchalant venir à lui. Ses pieds nus s’enfoncer dans le sable sans laisser de traces. Et l’eau salée qui ruisselait le long de ses cheveux défaits. Sa serviette était à deux pas de là où il se trouvait. D’un air distrait, elle se sécha sans prendre le temps de bien renouer les lacets du bas de son maillot de bain. Lorsqu’elle voulut s’allonger sur le sable, le tissu doré laissa entrevoir, un bref instant, le bombé nu de son pubis, avant qu’elle se saisisse des liens pour mieux les ajuster.

Etendue sur le sable, elle ferma les yeux comme si ce moment n’avait pas existé. Comme si personne n’avait été témoin de ce geste aussi maladroit qu’équivoque. Comme si elle était seule sur la plage, à présent, bondée. Comme si personne ne la regardait, jamais. Comme si elle n’existait que pour elle seule.

Paul cessa de respirer. A sa vue, en apnée, il renoua avec les émotions sous-marines. La douceur de sa présence l’enveloppa tout entier. Elle lui apparut telle qu’il ne l’avait encore jamais vue. En cet instant, il sut qu’elle n’était la femme de personne et qu’elle n’avait pas besoin de l’être pour intéresser un homme. Elle appartenait au cercle très fermé de celles et ceux qui donnent envie d’aller chercher leurs bagages à la seule évocation de leur prénom.

Clélia se retourna sur le ventre. Ses yeux étaient cachés par des lunettes de soleil qu’elle ôta en faisant une grimace. Un reflet jaune éclaira ses yeux comme un panneau lumineux à l’entrée d’un bois ombragé. Paul avala sa salive en soupirant légèrement. Elle tourna plusieurs fois son visage vers lui avant de se relever comme si, tout d’un coup, il y avait urgence.

Debout face à la mer, elle ne bougea plus. Le soleil se cacha derrière un nuage à l’opacité étrange. Une lumière inhabituelle éclaira le ciel puis la mer. Au loin, un chatoiement de couleurs incroyables surgit de l’horizon. Il ne s’agissait pas d’un arc en ciel. Une multitude de lignes plates se répandaient sur la mer. Verte, pourpre, jaune vive et grenade, elles s’étalaient le long du bleu turquoise à l’en faire disparaitre. Personne d’autre ne fut témoin de ce miracle. Le jeu des couleurs couchées les unes sur les autres dura trop peu de temps. La perspective lointaine reprit son allure habituelle. Dans le sillage des couleurs disparues, une lumière blanche s’invita à son tour. Et avec elle, le risque d’un lendemain incertain.

Clélia tendit un bras vers le ciel. Elle glissa ses mains dans ses cheveux et d’un geste vif, les coiffa en un chignon à la tenue improbable. Puis doucement, elle laissa un de ses bras retomber le long de son corps.

Les larges feuilles d’un palmier décoraient sa peau de leurs ombres. Elle gardait le bras droit tendu vers le soleil, la main ouverte, les doigts écartés comme si elle avait le pouvoir d’attraper un nuage qui n’existait pas encore.

Puis elle se retourna vers Paul. En croisant son regard il sut que le moment de faire connaissance était enfin arrivé. Il l’invita à venir le rejoindre en prenant bien soin de lui demander si elle était d’accord. Après avoir enfilé une robe et rassemblé ses affaires, elle s’installa à sa table.

Le vent tomba, d’un coup, emportant avec lui le souvenir des couleurs de la mer grenadine.

Sitôt assise, elle fut étonnée d’entendre frapper bruyamment. Elle regarda autour d’elle avant de comprendre que c’étaient ses propres battements de cœur qui retentissaient au-delà de la mer et revenaient, en écho, se répandre autour de leur table. Son cœur s’était ému d’être, enfin, si près de lui, avant même qu’elle le sache.

Paul souriait. La franchise de son regard était vive. Il émanait de lui, une spontanéité et un naturel agréables à partager. Tout paraissait simple. Rien dans son attitude ne supposait une gêne quelconque. Il s’adressait à elle comme s’il la connaissait bien, comme s’il savait ce qu’elle aimait, ce qui l’intéressait.

Bien que plus timide, Clélia se laissa emporter par le flot des questions. En cœur, ils s’étonnèrent de ne pas avoir eu l’audace de se parler dès la toute première fois. Ils avaient tant à se dire. L’entente était parfaite. Une certaine connivence spirituelle dominait leurs échanges. Tous deux avaient vécu en Méditerranée. Ils connaissaient le pouvoir de l’alliance du souffre et du sel.

De ce côté-ci de la terre, on appelait cela, l’alchimie.

De son sac, elle sortit un carnet de croquis qu’elle lui montra en s’excusant de n’avoir que cela à lui présenter. Clélia lui confia effacer une partie de ses dessins comme si elle n’arrivait jamais à les finir.

D’un jour plus ancien, Paul évoqua sa dernière plongée dans les profondeurs de la mer Méditerranée. Le bleu sourd des cent mètres parcourus, l’extase de la remontée, la brutale syncope, le réveil douloureux puis la saveur des facultés retrouvées.

Bénis par le flux et le reflux de l’ordre naturel des choses, Paul et Clélia avaient plaisir à se découvrir. Discrètement, de temps en temps, ils laissaient leurs regards parcourir leurs visages ou leurs corps.

Elle contempla sa bouche, ses cheveux bruns coupés courts, le froissé des coins de ses yeux bleus, la peau ambrée de ses bras découvertes par les manches de sa chemise retroussées, sa légère barbe poivre et sel. L’épaisse cicatrice collée au-devant de sa trachée. Elle aima la vivacité de sa voix et la joie innée de son regard. Il caressa des yeux l’ourlet de ses lèvres, la naissance de son cou, sa main posée sur le haut de sa poitrine, le rythme du battement de son cœur, le bronzé de ses cuisses, les boucles de ses cheveux encore humides. La mélancolie de ses paupières. Il aima le calme de son regard et les lentes hésitations de sa voix.

Le temps passa à une vitesse vertigineuse tel un nuage porté par le souffle d’un vent trop puissant. Aucun des deux ne consulta sa montre ni son téléphone portable.

Intensément dans le regard l’un de l’autre, ils ne virent pas le soleil décliner ni la plage se vider et encore moins les bateaux se réfugier à l’abri des prochains vents menaçants. Clélia sentit la lumière devenir grise mais n’en fut pas inquiétée. Paul aperçût les garçons de plage ranger le mobilier extérieur, sans s’émouvoir de la précipitation de leurs pas. Ils ne voulaient plus bouger.

Alors que le jour s’était couché depuis longtemps, ils reçurent une notification sur leurs téléphones les informant du monstre nuageux qui s’était formé au-dessus de l’Atlantique et qui se dirigeait droit sur eux.

Ils se connaissaient depuis sept heures. L’aube leur paraissait lointaine. Cette nuit était pour eux et en cet instant, rien au monde n’aurait pu les séparer l’un de l’autre. Leurs désirs étaient ciment.

3

A l’aube, la mer se teinta d’un gris sourd, puis d’un gris tragique et sauvage. Le léger clapotis de l’eau contre le sable se gorgea, bientôt, d’une plainte. La houle n’était plus. Avec elle s’évanouit la possibilité d’être épargné par l’orage. Dans le ciel, les masses nuageuses s’amoncelaient les unes contre les autres comme si elles tenaient un conseil et s’entretenaient pour décider de l’endroit précis au-dessus duquel elles allaient exprimer leurs colères.

L’ordre fut donné de s’abattre, vers onze heures, là où précisément Clélia habitait, sans donner la possibilité au soleil de midi de briller.

D’un pas incertain, elle venait de quitter Paul. Sur la route, durant tout le trajet, la pluie tomba en rideau. Elle roula, pas à pas, collée aux autres voitures. Au travers de la vitre, elle aperçut des habitants s’affairer à clouer des planches contre les fenêtres des maisons et les devantures des magasins. Au détour d’un chemin, un panneau indiquait une direction qu’elle n’arrivait plus à lire. Les phares des véhicules n’éclairaient plus qu’une eau grise à l’inquiétante abondance. Les routes se transformaient lentement en rivières.

Il lui fallut une heure pour atteindre sa demeure alors que dix minutes suffisaient par temps calme. De loin sa maison lui apparut bien vulnérable.

Les volets roulants de sa baie vitrée attendaient d’être baissés. Comme il fut cruel de laisser un rideau supplémentaire obscurcir l’horizon.

Elle pensait avoir le temps de ranger quelques affaires et de mettre à l’abri le plus important avant de partir retrouver Paul. Il n’en fut rien.

Lorsqu’elle ouvrit la porte de sa maison, celle-ci se referma d’un coup sans lui permettre de la pousser à nouveau. Un vent violent avait choisi de la laisser à l’intérieur de l’endroit duquel elle voulait s’échapper.