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Léandre, notre marchand de Piaux d'lapins, se trouve une fois de plus mêlé à une étrange histoire avec la mort bizarre d'un homme. Ses neveux demandent à Léandre de nettoyer la maison et les dépendances...
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Seitenzahl: 177
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Léandre continue son « métier » de récupérateur en tout genre. Pour tous, il est un ami et surtout leur « Piaux d'Lapin ». À chacune de ses tournées il peut se produire …..vous allez le découvrir !
Les dessins en fin de chaque histoire sont de l'auteur.
Les caricatures sont de Paul C. Vous retrouvez donc les personnages du premier opus « Piauxd'lapins ! Piaux! »
Les ciboires en couverture ne sont pas ceux que Léandre a découverts. La photo a été prise par l'auteur en l'église Saint Valérien à Châteaudun avec l'autorisation de Michel Boisaubert, prêtre de la paroisse Saint Aventin en Dunois.
Nouvelles tournées
Une drôle de commande
Léandre nettoye chez Léopold
Les gendarmes au travail
Léandre reçoit de l'aide
Découvertes surprenantes
Chez Léandre
On trouve des détails
Les ciboires sont identifiés
Du monde chez Léopold
Le triporteur a repris la route
Depuis six mois, Léandre a réussi son permis de conduire un véhicule terrestre à moteur et a fait l'acquisition d'un triporteur Peugeot. De couleur café au lait avec sa caisse en bois verni, sa camionnette à moteur le fait repérer de loin, le pot d'échappement ayant besoin d'être remplacé. Depuis cet achat, les copains de bistrot le mettent en boîte régulièrement. Certains sont surpris de voir qu'il n'a toujours pas acheté de casque et lui demandent s'il met de la colle à sa casquette ! Les bistrots ou les cuisines ne comptent plus les tournées qui amènent des retours difficiles dans la maison de Thiville après maintes consommations de rouge, de goutte ou de boisson anisée, voire d'un fond de bouteille d'absinthe.
La semaine dernière, la collecte des peaux de lapins avait conduit Léandre jusqu'à Lutz en début de matinée. A chaque transaction, même pour trois ou quatre peaux de basse qualité, la tasse de café et la goutte arrivent rapidement sur la table, la discussion continuant sur les aléas de la vie, la récolte dans les champs et le jardin.
Ce jeudi en début de matinée, Léandre reprend la route de Lutz. Il ralentit et s'arrête avant la route nationale à la sortie de Boirville. Un avion prend son élan sur la piste du terrain d'aviation. Il n'en avait jamais vu un si gros : il a quatre moteurs et fait un bruit d'enfer. Il est passé à moins de trente mètres au dessus de sa tête, le souffle des hélices fait envoler sa casquette jusque dans le champ de foin fraîchement fauché qui entoure la croix torse. Un diziau de javelles l'a arrêtée et Léandre s'empresse de récupérer son bien. Il remet son couvre-chef, après l'avoir brossé et nettoyé des brins d'herbes, de travers comme d'habitude. Il repart après avoir laissé passer deux camions dont un frigorifique et une voiture décapotable blanche qui se dirigent vers Orléans. A l'entrée de Lutz, il entre directement à la ferme des Leroux. Germaine, qui est sur le pas de la porte, le hèle. Après quelques instants de conversation, ils partent tous les deux vers la grange et Léandre ressort avec une quinzaine de peaux de lapins qu'il jette dans son triporteur. Il revient vers Germaine, lui donne deux billets et repart. Un bon moment plus tard Léandre a fait d'autres achats et il arrive face à la mairie, Léandre est interpelé par le père Jules qui l'a vu, et entendu, arriver. Ils parlent un peu tous les deux et Jules l'entraine vers sa grange.
–Léandre, j'a eune vioque cusinière qui m'gène, vins donc vouère, elle est là au cul du tombè-reau. Fais gaffe aux chambrières, elles sont vermoulues, si t'y touches tout peu chouère.
–J'arrive, mais on n'y voit rin, t'as des yeux d'chat !
–J'connais le chemin par coeu, et pis, vins là.
Léandre se penche vers le père Jules espérant une confidence et tend l'oreille
–Dans l'four, j'a caché longtemps mes p'tits sous pour bouère un coup. Aujourd'hui, j'savais qu'tu v'nin et y a un bon litron dans le foyer. Un Moulin à Vent qu'j'a trouvé dans la réserve de l'épicerie.
–J'te suis, j'espère qu'y n'sent pas le bouchon. Trouvée sans payer ?
–Moi j'sais pas c'que c'est qu'ton bouchon.
–Tu m'as pas répondu mais bon, ouvre et on va voir ou plutôt goûter.
Jules soulève les ronds de fonte et sort une bouteille cachetée couverte de cendres. Il la nettoie sommairement, sort son couteau de sa poche, déplie le tire-bouchon et se met à l'ouvrage. Le plop du bouchon qui saute amène un sourire sur les lèvres de Léandre « ça va p't'être être du bon pour une fois » espère-t-il.
–T'as un gobelet au moins?
–Ouais, dans le four. Dans l'fond j'cache n'importe quoi, Ernestine n'vint jamais là. À la tienne.
–Oh j'crois qu't'as bien choisi ! C'est qu'ça coule bin
–Bah, l'Bernard qu'a succédé aux vieux Leblond sait faire pour faire marcher son bouiboui. Y nous a mis des tournées à son arrivée ! maint'nant y a quèques'uns qui décollent plus du comptoir. J'l'avais donné un coup d'main pour ranger la cave et j'a réussi à planquer deux-trois flacons...
–J'm'en doutais. Mais t'as bin choisi, allez r'mets ça pis on r'garde ta cuisinère. Au fait après, t'auras pus rin pour planquer tes réserves !
–Non y a une armouère dans l'angle là-bas. Et la clé est pendue au-d'ssus du gond d'la porte. Bon alors c'te cuisinière, t'emmènes ou pas ?
–C'est bin lourd. Mon triporteur devra faire deux tours sinon j'le casse. Bon allez t'auras une p'tite pognée d'billets de dix.
–D'acccord vieux roublard, c'est bin par'c'que j'te connais de vieille date.
Les deux compères ressortent de la grange au moment où Ernestine, le nez à la fenêtre crie après son homme. Elle a besoin de vinaigre et d'huile et lui demande d'aller à l'épicerie, chez Bernard, pour en acheter en lui conseillant :
–Tu n'bois pas ! Léandre, reste là, j'ai p't'être quèqu'chose pour toi. Allez, fonce, on t'attend. T'as cent mètres à faire.
–Ernestine t'as quoi pour moi ?
–Léandre, un vioque confiturier d'cuivre, troué, tu m'en donnes quoi ?
–Un billet de cinq pour le trou et un deuxième pour le cuivre
–Hum... c'est bon, mais va vite l'mettre dans ton engin, sinon l'Jules va chanter, c'est un reste d'sa grand'mère... et j'en ai marre. Y m'prend de la place pour rin.
Léandre sort deux billets de sa poche, empoigne le confiturier et va le cacher sous les peaux de lapin dans la caisse de sa camionnette à trois roues. Jules revient avec les deux bouteilles et propose à Léandre de rester manger avec eux à midi. Il ne refuse pas cette invitation. Une miche de pain, un pot de grés avec le cidre tiré au tonneau, une terrine de pâté presque vide, une bouchée de râble de lapin et une pomme font l'affaire pour ce repas. La discussion tourne autour de la météo, de la première récolte de foin et de la pousse du blé qui commence à épier alors que mai n'est pas fini, ce qui donne bon espoir pour la future moisson. Jules ne peut pas éviter de détourner la conversation sur les évènements d'il y a plusieurs mois qui avait mis Léandre au premier plan. Celui-ci se tait aussitôt, il ne veut plus en entendre parler. Il refuse le café qu'Ernestine lui propose même si elle avait déjà sorti la bouteille de goutte. Il se prépare à partir.
Cinq minutes plus tard, Léandre attend Jules dans la cour pour l'aider à sortir la vieille cuisinière de la grange. Les portes grandes ouvertes, la lumière arrive jusqu'au fond. Pour diminuer la charge à transporter, Léandre dépose les ronds, les plaques du dessus en trois morceaux dont celui de la fontaine. Pour les portes il fait sauter les goupilles. Entre le four et la réserve, il démonte aussi les plaques de fonte. Au fur et à mesure Jules les emporte à coté du triporteur. Un peu plus tard, ils se mettent de chaque côté de la cuisinière à l'état de squelette et la trainent jusqu'à la porte. Un peu essoufflés, ils se regardent, s'essuyent le front où quelques gouttes de sueur perlent. Reprenant leur respiration, ils soulèvent la masse de fer émaillé pour la ranger le long du mur. Léandre se prépare à charger les éléments qu'il a démontés mais repense au confiturier qui est sous les peaux. Il réfléchit comment détourner Jules pendant au moins deux-trois minutes le temps de déplacer les peaux et de mettre au moins les plaques et les portes au fond. Il lui demande un sac ou un vieux drap pour y ranger les peaux et les protéger de la ferraille. Jules retourne dans la grange et Léandre en deux temps trois mouvements charge les morceaux de fonte et de métal émaillé en recouvrant le confiturier. Il découvre dans cette manoeuvre une veste déchirée qui lui permet d'envelopper les ronds de la cuisinière, de les poser dans le confiturier et de le recouvrir, le rendant invisible aux yeux de Jules. Celui-ci revient avec un sac à pommes de terre percé à plus d'un endroit. C'est bien suffisant pour y rentrer sans les plier la vingtaine de peaux déjà collectées. Un bout de ficelle et le sac est fixé aux anneaux de la caisse du triporteur.
–Jules, j'fais déjà c'voyage à la maison, j'srais d'retour dans une heure et demie pour c'qui reste d'la cuisinière. Si tu trouves autr'chose n'hésites pas à l'mettre à côté d'la porte d'ta grange.
–Je crois que j'va découvrir des surprises pour toi, r'vins donc avec plein d'sous !
–A t'à l'heure.
Léandre grimpe sur son engin et s'arc-boute sur le kick et, avec le coup de main en tournant la poignée de gaz, réussit du premier essai la mise en route du moteur. Levant le bras , il fait signe à Jules qu'il va revenir comme promis pour récupérer les restes de la cuisinière. Les pétarades s'éloignent et Jules revient dans sa grange. Il va directement au fond où il avait caché le reste de la bouteille de vin du matin. Pas besoin de verre, il la lève et vide au goulot ce qui restait au fond. D'un geste rapide, il s'essuye les lèvres avec le revers de sa manche gauche. Il se gratte la tête et après quelques instants son regard se porte sur l'entrait de la ferme au dessus de lui : il y avait accroché des cerclages de roues pour le cab qu'il attelait au mulet pour aller au marché. Le mulet mort et le cab en partie détruit, ces cercles ne sont plus bons à rien, même pas à céder à quelqu'un d'autre, surtout que maintenant les tracteurs commencent à remplacer les chevaux et certains ont déjà une voiture. Jules récupère une échelle pour les attraper et descend les cerclages : « y en a cinq, ça m'fra des sous pour une bonne bouteille »
A peine a-t-il rangé ces cercles, il entend Ernestine appeler et va voir ce qu'elle veut. Elle a la tête penchée à la porte et lui demande de venir l'aider pour déplacer la table de la cuisine pour laver à grandes eaux. En deux temps-trois mouvements, la table est dehors. Ernestine vide un seau puis frotte au balai brosse avant de tout évacuer sur le trottoir en briques. Jules s'est reculé au milieu de la cour et regarde sa femme travailler. Sentant une remontrance arriver, il part vers le jardin. Il attrape au passage une binette et se dirige vers la planche de haricots qui sont sortis de terre depuis une semaine. En un quart d'heure il a terminé de les buter légèrement. Pour se passer le temps, il reste à faire des aller et retours entre les rangs. Il pose la binette, fait le tour de son jardin, arrache deux-trois pousses de mauvaises herbes pointant sous les pieds de tomates. Fatigué par ces faibles efforts, Jules s'installe sous le noyer sur le petit banc en pierre et rejoint rapidement Morphée.
Un coup de sonnette qui suit une pétarade dans la rue annonce le retour de Léandre. Ça réveille Jules. Il se redresse et va vite à la porte de la grange. Léandre ayant rentré son triporteur dans la cour, il ouvre le portillon de la caisse pour charger la cuisinière
–Allez, bouge ! J'n'ai pas qu'ça à faire.
–Oh ! Calme ! Tu vas avoir aut'chose à prendre.
–Charge déjà ça. J'vas voir si j'peux y mettre ton aut'chose. J'vas pas casser mon camion pour quèques kilos d'ferrailles.
–Tiens le v'la le rab.
–Douc'ment, attends qu'j'attache ça comm'y faut. Eh au fait t'as d'quoi boire ? Ça donne chaud !
–J'n'ai plus qu'du cidre d'la cave.
–ça ira. Tiens v'la deux billets, j'donne les autres à Ernestine sinon ça n'ira pas, elle sait ce qu'j'emmène et elle va vouloir que j'rende des comptes
–Oui t'as raison, merci.
–J'rapporte l'pichet à la maison, j't'y r'trouve...
Le retour de Léandre à son domicile ne se fera qu'à qu'à la tombée de la nuit. Le triporteur a fait quelques embardées, le pilote ayant du mal a le maitriser : des bouffées d'alcool lui troublant la vue. Par deux fois, il s'est arrêté pour récupérer sa casquette envolée
Le portail refermé, Léandre va directement à la maison et s'écroule sur le lit pour dormir et cuver les excès de l'après-midi.
Jules et Léandre se préparent à charger la cuisinière dans le triporteur à moteur.
Le lendemain matin à huit heures et demie, les chiens aboient derrière le portail. Léandre se réveille. Il a dormi sans se déshabiller, il a la tête à l'envers, il ouvre la porte. Il écoute puis se dirige vers la rue d'où quelqu'un le hèle. Il fait reculer ses chiens en tournant la clef dans la serrure. Il entr'ouvre le petit vantail et tend le cou. Face à lui, un couple d'une cinquantaine d'années, bien habillé, le fixe. Lui est en costume, de la belle flanelle sombre avec une chemise bleu foncé et une casquette, la femme qui est à ses côtés, a une grande jupe noire avec une veste de toile grenat, un chapeau avec une petite voilette qui ne cache qu'en partie ses longs cheveux clairs. Ils sont impressionnés par la vue de Léandre comme s'ils avaient devant eux une apparition sortie d'un château hanté.
–Bonjour monsieur Léandre, excusez moi de vous réveiller si tôt ce matin, mais il faut que je vous voie, on doit aller jusqu'à Chartres avant midi, donc on n'a pas beaucoup de temps. On a eu un malheur et...
–B'jour m'sieur, b'jour m'dame. Qui'qu'vous êtes vous ? Surtout de v'nir si tôt à matin m'réveiller. Quèque vous voulez ?
–Voilà, nous étions voisins de votre cousin Léon quand nous allions à l'école.
–Ouais et alors ?
–Nous savons que vous récupérez un peu de tout
–Ouais et alors ?
–Y a eu le feu chez un de nos oncles en bordure du hameau de Bapaume l'autre semaine, un soir. Vous avez peut-être entendu les gens en parler ?
–Ouais, et alors ?
–Il va falloir faire place nette avant de faire ou des travaux ou de tout raser. Tout n'a pas brulé et faudrait aussi débarrasser la grange où l'oncle a amassé plein de bazar. On ne sait même pas ce qu'il y a !
–Faut faire place nette à votre oncle ? Il est où ?
–Sous un mètre cinquante de terre. On l'a enterré la semaine dernière. On vous paiera vos déplacements et le transport. Vous nous direz si vous trouvez des bonnes choses. On demandera à un de nos cousins de venir quelques jours vous aider si vous avez besoin.
–Faut qu'j'y réfléchisse. Y's'ont dit quoi les pompiers ?
–Notre oncle a eu un malaise au moment d'allumer sa cuisinière et il a mis le feu à la maison.
–Et lui ?
–Il est mort.
–Mes condoléances.
–Alors monsieur Léandre, vous pourrez nous le faire ce travail ?
–J'réfléchis et j'vous dis ça pas tard. R'passez c'soir sur l'coup de cinq heures. Au fait c'est comment qu'vous vous app'lez et c'tait qui vot'oncle ?
–Il s'appelait Léopold Chanteau, et moi c'est Bernard, Bernard Chanteau et Geneviève.
–Ah, j'vois, il avait une p'tite maison avec une grange derrière. Y f'sait des lapins, j'y ai pris des piaux d'temps en temps. R'venez t't'à l'heure, à c'soir.
–A ce soir. On doit reprendre la route de Paris dans l'après-midi, on va retarder un peu.
Léandre les regarde rejoindre leur voiture, une longue berline noire avec plein de phares devant et une roue de secours sur le coffre. Il attend que la voiture ait disparu au virage, rentre, referme le portail, et retourne à la cuisine et fait chauffer le café qui reste au fond d'une casserole. Il cherche son couteau et son bol. Il s'installe sur sa chaise habituelle face à la fenêtre en se grattant la tête. Il écarte les restes des deux derniers repas qui trainent encore sur la table, se lève et se sert son café. Ses chiens le guettent depuis la porte espèrant un geste de leur maître. Le café bu, Léandre se passe le visage à l'eau puis prend le coupe-chou, le blaireau et le savon à barbe. En cinq minutes il est propre comme un sou neuf. Neuf heures ont déjà sonné au clocher quand il se met à vider son triporteur de son chargement de Lutz. Il laisse la cuisinière le long de la grange en prenant soin d'y remettre en place les ronds et autres plaques qu'il avait apportés au premier voyage.
Sur le coup de dix heures et demi, le rangement terminé, Léandre va chez Marc, le bistrot du village. Au comptoir il commande un ballon de rouge. Il entame la conversation avec le père Chable, le berger indépendant qui promène son troupeau dans les champs d'une ferme à l'autre. Léandre avait deviné sa présence : l'âne du berger était attaché devant le bistrot.
–Il est où ton troupeau en c'moment ?
–J'me rapproche de Verdes, j'y s'rai dans l'aut' s'maine.
–T'as beaucoup de têtes ?
–Plus de deux cent mères et un cent d'p'tiots. Va falloir qu'j'en vende !
–T'as entendu l'feu à Bapaume ?
–Chez l'Léopold ?
–Ouais
–Bah, d'après c'qu'on dit, il a brulé d'vant sa cuisinière, moi ça m'semble drôle, y t'nait bin d'bout et l'pinard. Y a quèqu'chose d'bizarre dans c't'affaire
–T'es sûr de c'qu'te tu dis ?
–Ouais. Mais pourquoi t'm'demandes ça ?
–Y a ses n'veux qui m'd'mandent de tout débarrasser, ça m'parait drôle aussi. Y veulent m'payer et j'dois leur dire si y a du bon ! Y aura p't'être un gard'chiourme pou' m'aider mais plutôt pour m'surveiller.
–Bizarre. Marc r'met un coup, faut qu'j'parle à Léandre.
–Quèqu't'as à m'dire ?
–Viens t'asseoir, y m'faut du temps.
Les deux hommes quittent le comptoir, emportant leurs verres, s'installent à une table au fond du bistrot. En passant Léandre demande à Marc de ne pas servir un verre mais de leur mettre sur la table, à son compte, une fillette de bon rouge. Le père Chable sort de la poche de sa veste sa vieille pipe en bruyère et en charge le foyer de tabac gris. Une allumette et les volutes de fumée montent au-dessus des deux compères. Il vide son verre et regarde Léandre dans les yeux
–Léandre, j'suis bète qu'à moitié. Dans mon travail j'n'ai j'mais volé quèqu'un et j'n'aime pas ceux qui fautent.
–Donc quoiqu'tu veux dire ?
–Le Léopold a vécu drôle d'puis au moins deux–trois ans. Què'qu'fois du monde chez lui et toujours en voiture. C'tait plusieurs fois dans l'année. Mais pas tous les mois quand même. T'as d'jà vu ça un vieux sans l'sou qui r'çoit et fait la fête avec des gens comme ceux-là ?
–Drôle en effet. Et alors ?
–Bah fais gaffe si tu débarrasses !
–C'que tu viens d'dire ça m'donne envie d'y aller tout d'suite !
–Tu m'diras si j'm'suis trompé !
–Oui vieux machin, et d'vant une bonne bouteille chez moi ! Marc j'te dois combien ?
–Pendant encore presque une demi-heure, le berger raconte ses histoires et ce qu'il a vu – ou cru voir – autour de cet incendie. La fillette vide, Léandre se lève, paye son dù au patron et rentre chez lui après avoir serré la main du père Chable.
Revenu chez lui, Léandre est de plus en plus pensif. Il tourne en rond dans la maison, va sous la grange, déplace une chaise cassée, une roue de vélo... trois quatre fois il tape sur n'importe quoi avec sa casquette, grommelle des mots presque incompréhensibles puis il ressort et fonce dans la cuisine. Il mange un morceau rapidement, se coupe une bonne part d'un fromage qui commence à sentir fort, finit la chopine de vin qui trône
