Les défis du numérique -  - E-Book

Les défis du numérique E-Book

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Alors que les questions liées au numérique imprègnent chaque jour un peu plus notre quotidien, chacun a conscience que la transition numérique que nous vivons est ambivalente. Porteuse d’opportunités souvent inédites, mais également de risques encore difficilement maîtrisables, elle soulève de nombreux défis, individuels et collectifs, qu’il n’est pas toujours aisé d’appréhender. Qu’il s’agisse d’intelligence artificielle, de protection de nos données personnelles, du pouvoir croissant des plateformes, des fractures numériques ou encore des fausses informations, quels sont les outils pour comprendre ces enjeux ? Comment identifier, analyser et apporter des solutions aux problématiques majeures de la transformation numérique ? En d’autres termes, comment penser et pratiquer la transition numérique que nous vivons ?

L’ouvrage vise à apporter des éléments de réponses à ces questions en rassemblant, au sein d’un même ouvrage, les contributions pluridisciplinaires de chercheurs, d’universitaires, d’avocats et d’experts issus du secteur public et du secteur privé avec comme objectif de croiser les regards et les disciplines sur des enjeux clés de la transformation numérique.

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Seitenzahl: 222

Veröffentlichungsjahr: 2019

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© Lefebvre Sarrut Belgium s.a., 2019

Éditions Bruylant

Rue Haute, 139/6 - 1000 Bruxelles

Tous droits réservés pour tous pays.

Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photoco-pie) partiellement ou totalement le présent ouvrage, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.

ISBN 9782802764595

Biographies des auteurs

Les auteurs s’expriment ici à titre individuel et personnel.

1. Direction de l’ouvrage

Dalila Rahmouni-Syed Gaffar est conseillère politique au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères chargée de la gouvernance mondiale de l’Internet. Elle enseigne à SciencesPo Paris les enjeux numériques internationaux.

2. Préface de l’ouvrage

Mariya Gabriel est l’actuelle Ccommissaire européen à l’économie et à la société numériques.

Elle a été vice-présidente du groupe PPE au Parlement européen de 2014 à 2017.

Mariya Gabriel a été membre du Parlement européen, PPE / GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie) de 2009 à 2017. Depuis 2012, elle est vice-présidente d’EPP Women. Auparavant, elle a été secrétaire parlementaire des députés du parti politique GERB au sein du Groupe PPE en 2008-2009.

Outre les activités du Collège, elle participe aux travaux préparatoires liés au Marché Unique Numérique, à l’Union de l’énergie, à l’amélioration de la réglementation et les affaires interinstitutionnelles, au budget et aux ressources humaines, et à l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité. Ses responsabilités comprennent le lancement de propositions ambitieuses pour l’achèvement d’un Marché Unique Numérique, le soutien au développement des industries créatives et d’une industrie européenne des médias et des contenus prospère, ainsi que d’autres activités visant à renforcer la capacité d’innovation de l’Europe.

Elle est engagée dans la promotion des droits et de l’autonomisation des femmes.

3. Contributeurs

PARTIE 1

Cédric Villani est un mathématicien français, ancien élève de l’ENS et docteur en mathématiques, titulaire 2010 de la Médaille Fields et lauréat 2014 du prix Doob. Professeur de l’université de Lyon, il a été professeur-invité d’universités étrangères et directeur de l’Institut Henri Poincaré de 2009 à 2017. Il est député de l’Essonne, siège à la commission des Lois et préside l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Membre de l’Académie des sciences, il a publié plusieurs ouvrages dont Théorème Vivant traduit en douze langues.

Julien Nocetti est chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Ses travaux portent sur la diplomatie du numérique, l’intelligence artificielle, la gouvernance de la cybersécurité et les manipulations de l’information. Il a récemment dirigé le dossier « Cybersécurité : enjeux internationaux » dans la revue Politique étrangère (n° 2, été 2018) et « La guerre de l’information aura-t-elle lieu ? » (RAMSES, 2018). En octobre 2017, Julien Nocetti a publié une tribune dans le journal Le Monde appelant à la mise en place d’une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.

Beatrice Delmas-Linel est avocate au barreau de Paris et présidente du bureau parisien du réseau d’avocats d’affaires Osborne Clarke qui regroupe 25 bureaux et plus de 1 200 avocats dans le monde. Forte d’une expérience de plus de 25 ans dans le secteur du numérique dans sa pratique d’avocate et dans ses fonctions de direction juridique au sein de la société Microsoft en Europe et aux États-Unis pendant huit ans, elle conseille les entreprises françaises et étrangères sur tous les sujets liés à la transformation numérique et ses enjeux juridiques et réglementaires.

PARTIE 2

Yann Bonnet est directeur de cabinet du directeur général de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Il est l’anciensecrétaire général du Conseil national du numérique (CNNum), instance placée auprès du Premier ministre chargée d’étudier les grandes questions relatives au numérique. Il a piloté la concertation nationale sur le numérique lancée en 2014 qui vise à alimenter l’élaboration de la stratégie numérique de la France au niveau national, européen et international. En 2017, il a accompagné Cédric Villani dans sa mission sur l’intelligence artificielle qui a abouti à la stratégie de la France sur l’intelligence artificielle présentée par le président de la République en mars 2018.

Camille Hartmann est ancienne responsable du pôle Inclusion, Innovation et développement au Conseil national du numérique (CNNum). Passionnée de nouvelles technologies, elle a contribué aux rapports sur les plateformes, l’e-santé, l’inclusion, l’éducation et la vie démocratique à l’ère numérique. Depuis 2018, elle s’est engagée dans le collectif Data for Good pour accompagner des projets de data-science au service du bien commun. Elle est diplômée de SciencesPo Paris et d’un master en droit du numérique de l’Université de Strasbourg.

Judith Herzog est responsable des affaires européennes et de la prospective du Conseil national du numérique (CNNum). Spécialisée en droit antitrust, elle a rejoint le Conseil en 2013 pour y coordonner les différents travaux relatifs aux plateformes numériques. Elle a en outre été en charge des travaux relatifs à l’inclusion sociale, au travail, à la formation professionnelle.

Mohammed Adnène Trojette est ingénieur en informatique et télécommunications de l’École centrale de Paris, ancien élève de SciencesPo Paris et de l’ENA, Mohammed est haut fonctionnaire, expert des enjeux numériques, notamment ceux en lien avec l’intérêt général et la puissance publique. Maître de conférences à SciencesPo et développeur Debian, il a remis un rapport au Premier ministre en 2013 sur l’ouverture des données publiques en France, qui a fondé la doctrine publique en matière d’Open Data.

Edouard Geffray est haut fonctionnaire, membre du Conseil d’État et ancien secrétaire général de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) de 2012 à 2017. Il est l’auteur, avec Miladus Doueihi, de Rivages numériques (Berger-Levrault, à paraître), un ouvrage qui examine en quoi la mer et sa régulation peuvent aujourd’hui inspirer la régulation de l’univers numérique.

PARTIE 3

Pierre Bonis est directeur général de l’AFNIC, entité en charge de la gestion du .fr. Il est engagé depuis quinze ans dans le secteur des technologies de l’information et des communications (TIC) et de la gouvernance de l’internet. Il a exercé au sein du ministère des Affaires étrangères ainsi qu’au cabinet de la ministre en charge de l’économie numérique.

Emmanuel V. Adjovi est haut fonctionnaire international. Il a été responsable des programmes numériques de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et représentant de cette institution au sein du Conseil consultatif intergouvernemental (GAC) de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN). Il a également coordonné l’action des acteurs francophones dans les instances de l’AfriNIC (African Network Information Center). Titulaire d’un doctorat en droit et d’un Certificat d’aptitude à la profession d’avocat, il est expert en cyberdroit, politiques et stratégies du numérique. Il est enseignant invité à Télécom Paris Tech dans le cadre du Mastère en régulation de l’économie numérique et professeur invité à l’École supérieure africaine des TIC (ESATIC) d’Abidjan (Côte-d’Ivoire). Il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages.

Laurent Ferrali est directeur des relations avec les gouvernements et les organisations internationales au sein de l’Internet Corporation for Assigned Names et Numbers (ICANN). Avant de rejoindre l’ICANN, il a exercé au ministère de l’Économie et des Finances en tant que chargé de mission sur les négociations internationales relatives à la gouvernance mondiale de l’internet ainsi qu’en tant qu’expert auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie, de la Banque mondiale et de différents États africains.

PARTIE 4

Lilian Richieri Hanania est avocate au Barreau de Paris et au Barreau de São Paulo, Docteure en droit international de l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, médiatrice agréée auprès du CNMA et praticienne de droit collaboratif. Parmi ses nombreuses publications en droit international économique et droit international de la culture, avec un accent sur les industries créatives, les nouvelles technologies et la Convention de l’UNESCO de 2005, elle a dirigé l’ouvrage Diversité des expressions culturelles à l’ère du numérique.

Anne-Thida Norodom est professeure de droit public à l’Université Paris Descartes. Spécialiste du droit international de l’internet, elle a publié plusieurs articles et dirigé deux ouvrages intitulés Internet et le droit international et Diversité des expressions culturelles à l’ère du numérique, un troisième est en cours de publication et porte sur les cyberattaques et le droit international.

PARTIE 5

Thaima Samman est avocate-associée, fondatrice du Cabinet SAMMAN, spécialisée dans les affaires publiques et les affaires réglementaires. Elle intervient tout particulièrement sur l’encadrement législatif et réglementaire du numérique. Avant de fonder le cabinet SAMMAN, Thaima a notamment été avocate chez August & Debouzy et Associate General Counsel chez Microsoft où elle a conduit pendant plusieurs années la stratégie juridique et affaires publiques de Microsoft pour la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique.

Marc Drevon est avocat au barreau de Paris et spécialiste des questions de régulation. Il intervient notamment dans les secteurs de la protection des données et du développement du numérique, du bâtiment, de l’énergie et de la santé. Avant de rejoindre le cabinet SAMMAN, Marc Drevon a travaillé pendant cinq ans au sein de la direction juridique de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), ainsi que dans divers cabinets d’avocats.

Jean-Jacques Sahel est directeur général de l’Internet Corporation for Assigned Names et Numbers (ICANN) en Europe. Il est aussi président du chapitre Royaume-Uni et membre du conseil de l’Institut international des communications (IIC). Il est actif depuis plus de 15 ans dans la politique publique de l’internet et la société de l’information, ayant travaillé à la fois dans le secteur privé et public, y compris au sein de forums comme l’OCDE et l’UIT. Il a publié plusieurs articles notamment autour du modèle de gouvernance multiacteurs et la réglementation du secteur télécom et de l’internet.

Sommaire

Biographies des auteurs

Préface, de Mariya Gabriel

Introduction, par Dalila Rahmouni-Syed Gaffar

PARTIE 1. L’humanité face à l’intelligence artificielle

Donner un sens à l’intelligence artificielle, par Cédric Villani

Intelligence artificielle : une nécessaire réflexion géopolitique, par Julien Nocetti

Intelligence artificielle autonome : qui sera le responsable ?, par Béatrice Delmas-Linel

PARTIE 2. Pouvoir des plateformes, puissance des données

Le pouvoir des plateformes, par Yann Bonnet, Camille Hartmann et Judith Herzog

Les données personnelles, « Staple commodities » du numérique, par Edouard Geffray

L’open data, au croisement de l’ouverture et de la gratuité des données, par Mohammed Adnène Trojette

PARTIE 3. La gouvernance de l’Internet : entre fractures et régulations du numérique

Gouverner l’internet ? Du mythe à la réalité de la gouvernance mondiale de l’internet, par Dalila Rahmouni-Syed Gaffar et Laurent Ferrali

L’Afrique face aux défis de la régulation du numérique, par Emmanuel Adjovi

Les fractures numériques, par Pierre Bonis

PARTIE 4. La désinformation et l’exception culturelle face à la transformation numérique

La régulation des fake news est-elle possible ?, par Anne-Thida Norodom

L’exception culturelle à l’ère du numérique : quel rôle pour la France ?, par Lilian Richieri Hanania

PARTIE 5. Le régulateur à l’ère du numérique : nouveaux rôles, nouveaux outils ?

De la réglementation à la compliance, encadrer et accompagner la transformation numérique, par Thaima Samman et Marc Drevon

Le rôle du régulateur à l’ère de la convergence numérique : nouveaux pouvoirs ou nouvelles approches ?, par Jean-Jacques Sahel

Remerciements

Table des matières

Préface

de Mariya Gabriel

Commissaire européen à l’économie et à la société numériques

En moins de deux décennies, la révolution numérique a bouleversé nos vies, nos sociétés et, plus largement, nos paradigmes de penser et d’action. En tant que Commissaire européenne, je mesure chaque jour les mutations politiques, économiques, sociales et sociétales que nous vivons et, surtout, les bouleversements à venir. Leur rapidité et leur ampleur exigent que nous repensions notre manière de les appréhender sous peine de les subir et de perdre notre capacité de décision. Plus transversale, multidimensionnelle et flexible, notre approche de la transformation numérique se doit plus que jamais d’être plus proche de la réalité, celles des entreprises, des citoyens et des gouvernants, mais également faire l’objet d’une réflexion collective afin d’orienter nos choix.

C’est dans cet esprit que l’ouvrage Les défis du numérique. Penser et pratiquer la transformation numérique apporte un éclairage précieux sur plusieurs enjeux déterminants de la transition numérique. D’abord parce qu’il réussit à rassembler au sein d’un même ouvrage les contributions pluridisciplinaires de chercheurs, d’universitaires, d’avocats et d’experts issus des secteurs public et privé pour croiser leurs regards, leurs points de vue et leurs disciplines sur ce phénomène qui nécessite de décloisonner nos cadres de pensée et d’adopter une approche globale. Précieux ensuite, car, en mêlant les approches théorique et pratique, cet ouvrage dessine les pistes de réflexion pour alimenter le débat sur notre avenir numérique. Précieux enfin, parce qu’il adopte un parti pris, s’attaquer à ce qui est notre défi collectif : la régulation. Quels que soient ses formes, ses niveaux ou ses acteurs, elle est au cœur de l’équilibre que nous devons trouver pour construire un numérique à visage humain. Pour la France et l’Europe, ce défi ne sera relevé que si elles affirment une vision commune, propre et ambitieuse, du numérique qui s’enracine dans des valeurs humanistes.

Ainsi, en enrichissant la réflexion collective sur la transformation numérique à destination des lecteurs francophones, cet ouvrage fait incontestablement œuvre utile. J’en félicite ses contributeurs.

Introduction

Regards croisés sur la transformation numérique

Par Dalila Rahmouni-Syed Gaffar

Un ouvrage pluridisciplinaire

Alors que les questions liées au numérique imprègnent chaque jour un peu plus notre quotidien, chacun a conscience que la transition numérique que nous vivons est ambivalente. Porteuse d’opportunités souvent inédites, mais également de risques encore difficilement maîtrisables, elle soulève de nombreux défis, individuels et collectifs, qu’il n’est pas toujours aisé d’appréhender. Qu’il s’agisse d’intelligence artificielle, de protection de nos données personnelles, du pouvoir croissant des plateformes, des fractures numériques ou encore des fausses informations, quels sont les outils pour comprendre ces enjeux ? Comment identifier, analyser et apporter des solutions aux problématiques majeures de la transformation numérique ? En d’autres termes, comment penser et pratiquer la transition numérique que nous vivons ?

L’ouvrage Les défis du numérique. Penser et pratiquer la transformation numérique vise à apporter des éléments de réponses à ces questions en rassemblant, au sein d’un même ouvrage, les contributions pluridisciplinaires de chercheurs, d’universitaires, d’avocats, de fonctionnaires et d’experts issus du secteur public et du secteur privé avec l’objectif de croiser leurs regards et leurs disciplines sur des enjeux clés. Chacun, avec son regard, sa perspective, et souvent la plume propre à sa discipline, nous propose son point de vue sur les défis que soulève la transformation numérique. Cette diversité traduit la volonté d’adopter une méthode dynamique, et non linéaire, plus adaptée à un tel phénomène.

Pour ce faire, l’ouvrage adopte une double approche. Hybride d’abord – « penser et pratiquer la transition numérique » – grâce à des contributeurs proposant une réflexion sur leur expérience pratique et professionnelle du numérique. Thématique ensuite, autour de cinq « défis » majeurs qui, sans prétendre à l’exhaustivité, recouvrent des problématiques essentielles : « l’humanité face à l’intelligence artificielle », « le pouvoir des plateformes et la puissance des données », « la gouvernance de l’internet : entre fractures et régulations du numérique », « l’exception culturelle et la désinformation face à la transformation numérique » et, enfin, « le régulateur à l’ère du numérique : nouveaux rôles, nouveaux outils ? ». Le choix de ces enjeux, parmi tant d’autres, s’explique par leur rôle pivot dans la transformation numérique qui en fait des points d’entrée clés pour une compréhension globale de ce phénomène.

Objectifs de l’ouvrage

Le premier objectif de cet ouvrage est de traiter une diversité de problématiques mais sous un angle spécifique qui en constitue le fil conducteur : la nécessité d’une régulation. Hier ringardisée par les grands acteurs de l’éco-système numérique mondial, l’idée de régulation fait progressivement son chemin comme nous le montre cet ouvrage, sous l’impulsion de certains États, notamment européens dont la France, pour qui la régulation constitue le moyen de construire une « troisième voie » numérique, un modèle propre ni américain, ni chinois.

Le second objectif est parti du constat d’un besoin croissant de « penser » la transformation numérique dans sa propre langue, en l’occurrence le français. Pour des raisons historiques, l’anglais domine la réflexion sur le numérique et, par conséquent, la vision que l’on s’en fait. Pourtant, « penser » en langue française ce phénomène est indispensable, non seulement pour rendre accessibles aux nombreux lecteurs francophones les analyses sur ces enjeux, mais également pour se les approprier en les traduisant dans un narratif qui reflète un système de pensée et de valeurs propre.

Ce livre a pour troisième objectif de donner à un large public les clés de compréhension d’enjeux souvent complexes et multidimensionnels liés à la transformation numérique sans pour autant trahir la complexité inhérente à un tel sujet.

En rendant intelligibles ces problématiques, ce livre a vocation à contribuer à la réflexion collective sur la transformation numérique et ses répercussions sur nos sociétés et ainsi, nous l’espérons, à faire œuvre utile.

PARTIE 1. L’humanité face à l’intelligence artificielle

Donner un sens à l’intelligence artificielle1.

Par Cédric Villani

1. L’imaginaire de l’intelligence artificielle

De la difficulté de définir l’intelligence artificielle

Définir l’intelligence artificielle (IA) n’est pas chose facile. Depuis ses origines comme domaine de recherche spécifique, au milieu du XXe siècle, elle a toujours constitué une frontière, incessamment repoussée. L’intelligence artificielle désigne en effet moins un champ de recherches bien défini qu’un programme, fondé autour d’un objectif ambitieux : comprendre comment fonctionne la cognition humaine et la reproduire ; créer des processus cognitifs comparables à ceux de l’être humain.

Le champ est donc naturellement extrêmement vaste, tant en ce qui concerne les procédures techniques utilisées que les disciplines convoquées : mathématiques, informatiques, sciences cognitives… Les méthodes d’IA sont très nombreuses et diverses (apprentissage par renforcement, apprentissage adversarial, réseaux de neurones...) et ne sont pas nouvelles : beaucoup d’algorithmes utilisés aujourd’hui ont été développés il y a plusieurs dizaines d’années.

Depuis la conférence de Dartmouth de 1956, l’intelligence artificielle s’est développée, au gré des périodes d’enthousiasme et de désillusion qui se sont succédé, repoussant toujours un peu plus les limites de ce qu’on croyait pouvoir n’être fait que par des humains. En poursuivant son projet initial, la recherche en IA a donné lieu à des vrais succès (victoire au jeu d’échecs, au jeu de go, compréhension du langage naturel…) et a nourri largement l’histoire des mathématiques et de l’informatique : combien de dispositifs que nous considérons aujourd’hui comme banals étaient à l’origine une avancée majeure en IA – une application de jeux d’échecs, un programme de traduction en ligne… ?

L’IA, entre fantasmes et recherches scientifiques

Du fait de ses ambitions, qui en font un des programmes scientifiques les plus fascinants de notre époque, la discipline de l’IA s’est toujours développée de concert avec les imaginaires les plus délirants, les plus angoissants et les plus fantastiques, qui ont façonné les rapports qu’entretient le grand public avec l’IA mais également ceux des chercheurs eux-mêmes avec leur propre discipline. La (science) fiction, les fantasmes et les projections collectives ont accompagné l’essor de l’intelligence artificielle et guident parfois ses objectifs de long terme : en témoignent les productions fictionnelles abondantes sur le sujet, de 2001 l’Odyssée de l’espace, à Her en passant Blade Runner et une grande partie de la littérature de science-fiction. Finalement, c’est probablement cette alliance entre des projections fictionnelles et la recherche scientifique qui constitue l’essence de ce qu’on appelle l’IA. Les imaginaires, souvent ethno-centrés et organisés autour d’idéologies politiques sous-jacentes, jouent donc un rôle majeur, bien que souvent négligé, dans la direction que prend le développement de cette discipline.

2. Une nouvelle ère de l’IA

La mise en données du monde

L’intelligence artificielle est entrée, depuis quelques années, dans une nouvelle ère, qui donne lieu à de nombreux espoirs. C’est en particulier dû à l’essor de l’apprentissage automatique. Rendues possibles par des algorithmes nouveaux, par la multiplication des jeux de données et le décuplement des puissances de calcul, les applications se multiplient : traduction, voiture autonome, détection de cancer… Le développement de l’IA se fait dans un contexte technologique marqué par la « mise en données » du monde (datafication), qui touche l’ensemble des domaines et des secteurs, la robotique, la blockchain2., le supercalcul et le stockage massif. Au contact de ces différentes réalités technologiques se jouera sûrement le devenir de l’intelligence artificielle.

Une domination rampante ?

Ces applications nouvelles nourrissent de nouveaux récits et de nouvelles peurs, autour, entre autres, de la toute-puissance de l’intelligence artificielle, du mythe de la Singularité et du transhumanisme. Depuis quelques années, ces représentations sont largement investies par ceux qui la développent et participent à en forger les contours. Le cœur politique et économique de l’intelligence artificielle bat toujours dans la Silicon Valley, qui fait encore office de modèle pour tout ce que l’Europe compte d’innovateurs. Plus qu’un lieu, davantage qu’un écosystème particulier, elle est, pour beaucoup d’acteurs publics et privés, un état d’esprit qu’il conviendrait de répliquer. La domination californienne, qui subsiste dans les discours et dans les têtes, nourrit l’idée d’une voie unique, d’un déterminisme technologique. Si le développement de l’intelligence artificielle est pensé par des acteurs privés hors de nos frontières, la France et l’Europe n’auraient d’autre choix que de prendre le train en marche. Les illustrations sont nombreuses : rien qu’en France, l’accord signé entre Microsoft et l’Éducation nationale sous le précédent quinquennat ou l’utilisation par la DGSI de logiciels fournis par Palantir, une start-up liée à la CIA, ne disent finalement pas autre chose. On observe la même tentation chez les entreprises européennes qui, persuadées d’avoir déjà perdu la course, cèdent bien souvent aux sirènes des géants de la discipline, parfois au détriment de nos pépites numériques.

3. L’IA, clés du pouvoir du monde à venir

Un nouveau levier de pouvoir majeur dans un monde numérique

Contrairement aux dernières grandes périodes d’emballement de la recherche en intelligence artificielle, le sujet a très largement dépassé la seule sphère scientifique et est sur toutes les lèvres. Les investissements dans la recherche et dans l’industrie atteignent des sommes extraordinaires, notamment en Chine. Les responsables politiques du monde entier l’évoquent dans les discours de politique générale comme un levier de pouvoir majeur : l’emblématique interview à Wired de Barack Obama en octobre 2016 montrait que ce dernier avait bien compris l’intérêt de faire de l’avance américaine en intelligence artificielle un outil redoutable de soft power. Le Président russe Vladimir Poutine a quant à lui affirmé que « celui qui deviendra le leader dans ce domaine sera le maître du monde », comparant l’intelligence artificielle aux technologies nucléaires. S’il s’agissait vraisemblablement pour lui de compenser le retard de la Russie en matière d’intelligence artificielle par un discours musclé sur le sujet, cette affirmation est révélatrice de l’importance géostratégique prise par ces technologies. Dans la mesure où les chaînes de valeur, surtout dans le secteur numérique, sont désormais mondiales, les pays qui seront les leaders dans le domaine de l’intelligence artificielle seront amenés à capter une grande partie de la valeur des systèmes qu’ils transforment, mais également à contrôler ces mêmes systèmes, mettant en cause l’indépendance des autres pays.

C’est que l’intelligence artificielle va désormais jouer un rôle bien plus important que celui qu’elle jouait jusqu’alors. Elle n’est plus seulement un programme de recherche confiné aux laboratoires ou à une application précise. Elle va devenir une des clés du monde à venir. En effet nous sommes dans un monde numérique, de plus en plus, de part en part. Un monde de données. Ces données qui sont au cœur du fonctionnement des intelligences artificielles actuelles. Dans ce monde-là, qui est désormais le nôtre, ces technologies représentent beaucoup plus qu’un programme de recherche : elles déterminent notre capacité à organiser les connaissances, à leur donner un sens, à augmenter nos facultés de prise de décision et de contrôle des systèmes. Et notamment à tirer de la valeur des données. L’intelligence artificielle est donc une des clés du pouvoir de demain dans un monde numérique.

Un enjeu d’intérêt général, un défi pour la France et l’Europe

Voilà pourquoi il est d’intérêt général que nous nous saisissions collectivement de cette question. Et que la France et l’Europe puissent faire entendre leur voix. Il est nécessaire de tout faire pour rester indépendants. Or la concurrence est rude : les États-Unis et la Chine sont à la pointe de ces technologies et leurs investissements dépassent largement ceux consentis en Europe. Le Canada, le Royaume-Uni et, tout particulièrement, Israël, tiennent également une place essentielle dans cet écosystème naissant. Parce qu’à bien des égards, la France et l’Europe peuvent déjà faire figure de « colonies numériques »3., il est nécessaire de ne céder à aucune forme de déterminisme, en proposant une réponse coordonnée au niveau européen.

4. Comment l’État peut-il donner un sens à l’IA ?

C’est pourquoi le rôle de l’État doit être réaffirmé : le jeu du marché seul montre ses limites pour assurer une véritable politique d’indépendance. De plus, les règles qui régissent les échanges internationaux et l’ouverture des marchés intérieurs ne servent pas toujours les intérêts économiques des États européens – qui l’appliquent trop souvent à sens unique. Plus que jamais, l’État doit donner un sens au développement de l’intelligence artificielle. Donner un sens, c’est-à-dire donner un cap, une signification et des explications.

Fixer un cap clair autour d’une stratégie ambitieuse

Donner un sens, c’est tout d’abord donner un cap. Des choix clairs doivent être faits en termes de politique industrielle, autour de secteurs prioritaires : la santé, l’écologie, les transports-mobilités et la défense-sécurité sont ainsi autant de domaines où il est possible pour l’économie française et européenne d’exceller. Ces secteurs sont au service de l’intérêt général et des grands défis de notre époque, ils peuvent constituer un avantage comparatif de la France et de l’Europe et ils ont besoin d’une intervention de l’État pour se structurer. Cette intervention ne pourra avoir d’efficacité réelle que si elle est accompagnée d’une politique offensive de la donnée. Les données, au cœur du développement de l’IA, bénéficient aujourd’hui souvent à une poignée de très grands acteurs, qui tendent à enfermer les capacités d’innovation dans les limites de leurs entreprises toujours plus puissantes. Ce n’est qu’au prix d’une plus grande circulation de ces données, pour en faire bénéficier les pouvoirs publics, mais aussi les acteurs économiques les plus petits, qu’il sera possible de rééquilibrer les rapports de force.

La France tient une place décisive dans la recherche en IA : des chercheurs français ont participé à fonder l’IA moderne et l’école mathématique et informatique française rayonne dans le monde entier. Néanmoins l’hémorragie est toujours plus importante : chaque semaine des chercheurs sont recrutés par les entreprises privées et souvent étrangères et quittent les laboratoires publics. Il faudra donc redonner à la recherche publique les moyens de ses ambitions, en pensant des dispositifs allant de la formation au transfert et à l’innovation.

Enfin le développement économique du secteur de l’intelligence artificielle doit mettre en son cœur la préoccupation écologique. En tant que secteur, comme évoqué plus haut, c’est essentiel : les innovations en IA pourront servir à optimiser les consommations d’énergie et le recyclage et à mieux comprendre les effets de l’activité humaine sur l’environnement. Mais il s’agit également de veiller à ce que l’intelligence artificielle que nous développons soit la plus économe en énergie et en ressources.

Donner une signification à l’IA autour de valeurs fondamentales

Donner un sens, c’est également donner une signification