Les Druides - Tome 1 - Claudine Bouchet - E-Book

Les Druides - Tome 1 E-Book

Claudine Bouchet

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Beschreibung

Une présentation du bardisme et notamment de la triade enseignée par les bardes pour qui trois choses sont primitivement contemporaines : l'être humain, la liberté et la lumière. Selon eux, la lumière intérieure est inhérente à la personnalité de chacun et provient du Gwenwed. Si l'individu souhaite exprimer sa liberté au sein même de la lumière, il doit alors revenir au cercle de la plénitude.


À PROPOS DE L'AUTEURE


En tant qu’enseignante qualifiée et présidente du collège international d’études celtodruidiques, Claudine Bouchet s’est consacrée à transmettre la sagesse druidique de nos valeureux ancêtres. Passionnée par le druidisme depuis plus de 35 ans et coauteure de nombreux ouvrages sur la tradition celtique-druidique, elle maintient inlassablement vivante la flamme que nous a léguée Paul Bouchet, notre Passé Grand Druide Bod Koad /|\, qui lui-même invoquait une ascendance remontant au XIIe siècle.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Contenu

Avertissement

Remerciements

Introduction

L’Éthique des Druides

L’OIV secret des druides

La naissance de l’alphabet occidental

L’origine des lettres

La sagesse du bardisme

Les fondements de l’inspiration /I\

Origine, progrès et système des lettres

Le coelbren, perfectionnement et reconstitution

Les 22 runes celtiques initiatiques

Druidisme : le disciple et le druide

L’énigme des bardes

Hû Gadarn, les cercles

La transmigration : le disciple et le druide

L’abîme, la vie, la mort : druide et disciple

L’origine de la Création : druide et disciple

Les matériaux du monde, la chute d’Abred : disciple et druide

Dieu dans le Soleil

Dieu et les facultés de l’âme

Le Maître des triades et l’enfant sacré

Les triades bardiques et Bod Koad /|\

À Dieu

La Création

L’Évolution

Le Gwenwed

La Personnalité humaine

La Personnalité spirituelle

La Lutte contre le mal

La Mort

La Plénitude

La Sentence des bardes

Les 46 triades galloises

Explications d’Adolphe Pictet-Cazenove

Les 12 Séries

Explications des 12 Séries

La Triade cosmique

La Triade géométrique

La Triade cosmogonique de Pythagore

La Triade pythagoricienne des 3 portes

Les 3 triades de l’Awen

Le Barde Lugos /|\

Le Barde Bleu /|\

Le Barde Taliesin /|\

Taliesin et ses vies antérieures

Le Barde Ossian /|\ du IIIe siècle

La Bardesse Eeun /|\ une simple de Dieu

Les Bardes des Kymris et les 9 triades

Les Bardes du Lac de Llion /|\

Les triades des éléments

Poèmes de Bod Koad /|\

Druide Gwirionez /|\

Le Barde au Cœur des Poèmes

Du côté de l’Irlande et de la Bretagne

Le Temps sacré du Rêve

Le Barde et Òran Mòr

Léon Denis et les triades

Les triades en réduction théosophique

La Triade du druide Jupiter /|\

Au-delà des triades

Notre Père originel par İésus C’hristis /|\

Au sujet du Graal

Un message du Druide Brekelien /|\

L’ère du Verseau

Prière de protection pour ce livre

The Daily Telegraph

Conclusion

De la famille de l’auteure

À paraître bientôt de la même auteure

Références

La racine des lettres

Avertissement

Dans ce livre, le masculin est utilisé comme représentant des deux sexes, sans discrimination à l’égard des hommes et des femmes,

Remerciements

À tous les membres du Collège International d’Études Celto-Druidiques (en France, en Belgique, en Espagne, en Suisse, en Angleterre, au Canada, au Brésil et en Australie), que je dirige et qui me permet de perpétuer le Flambeau de Paul Bouchet, filiation Bod Koad /|\.

À toutes nos lectrices et lecteurs sympathisants.

À notre grand ami, Gilbert Monbaron.

Remerciements plus subtils

À notre plus Grand Druide de tous les Druides…

À Maître André…

À tous nos Pères-Druides et Amis-es de Perrière-Les-Chênes…

À Paul, Grand Druide Bod Koad /|\ (1897-1979).

À Lucienne, Grande Druidesse Luciana /|\ (1895-1984).

À René, Grand Druide Rénatos Bod Koad /|\ (1940-2015).

À Éliane-Gwenfyd que j’adore et qui prolonge ma vie.

Trois choses insaisissables: le livre, la harpe et l’épée1.

Introduction

Bardes? Vous avez dit: « bardes? »

♡ « Ma foi! Existent-ils toujours? »…

Bien sûr qu’ils existent. Ils existent depuis la nuit des temps tout comme la poésie, l’émotion, la musique des ondes et même les étoiles qui nous éclairent…

L’immuable sagesse véhiculée par l’esprit des triades a traversé les différentes époques de notre histoire et est parvenue jusqu’à nous par le Barddas des Bardes de l’île de Bretagne.

Les druides ont résumé l’enseignement traditionnel et philosophique en courtes formules groupées trois par trois d’où la forme verbale: la triade.

C’est un moyen mnémotechnique utilisé par les bardes pour enseigner, transmettre oralement les triades et les chanter.

Ainsi l’ordre en fut souvent bouleversé, aussi importe-t-il de leur restituer le seul caractère de composition raisonnée qui développe toute l’éthique des druides, rédigée par les bardes dont c’est la mission d’instruire les jeunes et de rappeler d’une manière solennelle à tous les Celtes leurs croyances, leurs droits et leurs devoirs.

Un barde enseignant les runes à partir du triban des Druides

(archives du CIDECD)

La première révélation en fut faite aux Gallois, par le barde İolo Morgawng sous le titre Llyr Barddas ou le Livre des Poèmes. L’écrivain suisse, Adolphe Pictet, les traduisit en français en 1853 dans la bibliothèque de Genève.

Cependant, dans ces textes, il y a une empreinte biblique, surtout dans les passages consacrés à la Création, ce qui est formellement contradictoire avec le druidisme de nos ancêtres.

Les bardes de l’île de Bretagne comme ceux de la Gaule, du Pays de Galles, de l’Irlande et de l’Écosse conservèrent pieusement les idées-mères de la sagesse druidique.

On retrouve ses grandes lignes dans le Mystère des bardes2:

« Les âmes, disaient les druides, sortent de l’abîme de la nature, où règne l’implacable fatalité mais elles émergent dans Abred, le cercle des transmigrations, où tous les êtres subissent la mort et progressent par la liberté enfin, elles atteignent Gwenwed, le cercle du bonheur, où tout procède de la vie éternelle, où l’âme retrouve son génie primitif et recouvre la mémoire de ses existences précédentes. Quant au cercle de Dieu, Keugant, océan de l’infini, il enveloppe et contient les trois autres, les soutient de son souffle, les pénètre de sa vie. »

Sous sa forme originale, cette conception rappelle la grande doctrine des Mystères. Elle est venue aux druides d’une initiation atlantidéenne. Mais ce qu’il y a d’essentiellement celtique dans la doctrine des druides, c’est le sentiment énergique de la personnalité humaine, c’est son affirmation croissante à mesure qu’elle monte dans les éblouissements de la lumière divine. Ce génie propre, qui fait que chaque âme ne ressemble à aucune autre et poursuit un parangon qu’elle atteindra dans le cercle de la plénitude. Druides, eubages, ovates et bardes l’appellent awen.

Comment définir l’awen?

C’est l’étincelle divine de chaque être, c’est l’inspiration, l’intuition… Sa poursuite ardente précipite la course des grandes âmes à travers les existences, elle devient la raison d’être de la vie, le flambeau de Gwenwed, brillant comme notre soleil, au centre de la couronne d’Abred.

Individualité et universalité, sentiment de l’humain et du divin, liberté et sympathie sont les deux traits originaux du génie celtique, le plus vibrant, le plus compréhensif, le plus humain des génies. Ils se retrouvent dans la doctrine des bardes, écho de la sagesse druidique:

Trois chosessont primitivement contemporaines:

l’homme, la liberté, ­­la lumière.

Dans cette triade, les ancêtres de Vercingétorix et de Taliésin ont résumé harmonieusement le génie universel de toute la Gallia.

Que signifie la Gallia en ce xxie siècle?

Gallia ou Gaule peut aussi se prononcer ‘Gol’, en lecture inversée, ‘Log’, première racine du ‘Logos’. Mais ‘Log’ est aussi l’équivalent de ‘Lug’. La Gaule signifie donc dans son sens profond et universel LePays de la Connaissance de Lug.

L’origine des druides remonte dans la nuit des temps, à l’aube crépusculaire où le génie celtique émergea de ses forêts humides. Les hommes des chênes sacrés furent ses premiers sages.

Car à l’ombre de certains arbres, ces derniers versent leur sagesse, leur murmure, leur inspiration…

Les idées-mères conservent un important principe: l’idée de la trinité universelle, mystique et souveraine qui constitue l’armature et la quintessence de tous les mondes, trinité dont les trois cercles peuvent, par concentration ou par extension, se ramasser jusqu’à l’infiniment petit ou s’étendre jusqu’à l’infiniment grand, et qui saisissent à la fois dans leur étreinte la divinité, l’univers de l’être humain.

Habituellement, la première idée de la triade est d’ordre métaphysique ou philosophique, la seconde idée est d’ordre morale ou éthique, la troisième idée est d’ordre physique ou naturel. Il y a une raison profonde à cela.

Les druides savent, de tout temps, que tout se correspond et s’emboîte dans le monde divin comme dans le monde humain et dans le monde naturel, qu’en réalité ces trois mondes n’en forment qu’un seul, puisque les choses y procèdent par séries analogiques, se commandent et s’engendrent les unes les autres.

La méthode et l’instrument de leur doctrine contiennent donc déjà le principe et le cadre de leur enseignement.

Diogène de Laërce nous a conservé une de ces triades. Voici les trois préceptes qui constituent, selon l’auteur grec, le fondement de la morale druidique:

Adorer les dieux, ne rien faire de mal, pratiquer la bravoure­3.

On voit que le premier de ces commandements (la foi en Dieu) se rapporte à l’esprit, c’est-à-dire au monde divin; le second (l’abstention du mal) à l’âme, c’est-à-dire au monde humain; le troisième (le courage) au corps, c’est-à-dire au monde naturel.

En lisant avec une grande attention le Barddas de l’île de Bretagne, nous nous apercevons aisément que les triades citées ont perdu leur aspect mnémotechnique qui permettait aux bardes de la Gaule de les retenir plus facilement… Mais alors…

Les bardes de la Gaule… Étaient-ils des bardes à part?

Nous le croyons et nous affirmons sans hésiter que les bardes doivent la révélation des triades à: Teutatès /|\, Lug /|\ et Bran /|\.

Ces très hautes entités n’ont plus à se réincarner… C’est par amour et pour nous soutenir qu’elles nous confient des éléments de la connaissance.

Ces 81 triades se diviseront donc logiquement selon la métrologie druidique: 3 × 3 = 9, et 9 × 9 = 81 en neuf chapitres traitant de l’évolution de l’Esprit dans le cosmos par la matière servant d’outil, ou si l’on préfère, de moyen physique d’expression.

La doctrine druidique n’a jamais varié en 4393 ans4 d’existence, notre Collège d’enseignement druidique5 a seulement apporté de l’ordre dans la transmission des triades, travail gigantesque entrepris sous les directives de notre vénéré et regretté Grand Druide des Gaules Ab Gwenc’hlan /|\ Philéas Lebesgue (1869-1958), puis, notre passé Grand Druide Bod Koad /|\ Paul Bouchet (1897-1979), son successeur, et classé ces triades bardiques en 9 groupes de 9 comme il fut rétabli dans le livre Les Druides, Science et Philosophie.

Nous allons parcourir ensemble, dans ce référentiel, les puissantes triades, dans la plus profonde intimité de l’Esprit de la tradition druidique, tout en s’imprégnant de ce principe fondamental, propre à notre awen à savoir: tous les Mondes s’interpénètrent.

Chaque fois que vous méditerez sur les triades bardiques, vous sentirez leurs vibrations s’étendre au monde divin, humain (l’âme), puis au monde naturel. Leurs puissances se déroulent, en quelque sorte, dans le monde de l’Au-delà, au-dessus du monde terrestre, mais qui en tient tous les fils…

Elles sont infiniment plus qu’une ligne de conduite, elles forment ensemble, un fil d’Ariane, à tenir subtilement…

1 Code d’Hoël, Roi de la Bretagne française.

2 Traduit par Adolphe Pictet, Genève, 1853. On en a contesté l’authenticité. On a prétendu que ces triades étaient une fabrication de théologiens du XVIe siècle comme on a prétendu que les livres d’Hermès n’avaient rien d’égyptien… Mais les idées fondamentales qui en constituent la charpente et la raison d’être, à savoir la transmigration des âmes et la doctrine des trois mondes n’ont rien à faire avec la théologie chrétienne du Moyen Âge. Elles ne peuvent venir que des druides et par eux de la grande tradition ésotérique de l’antiquité.

3 Schuré, E., Le réveil de l’âme celtique, p. 102.

4 L’an celte 4393 correspond à l’année 2020.

5 C.I.D.E.C.D.: Collège International d’Études Celto-Druidiques:

  www.cidecd.com

L’Éthique des Druides

Il n’existe qu’un seul être tout-puissant, éternel et infini en qui réside toute sagesse et toute perfection. Hors de Lui, il n’y a rien, et il ne peut rien exister sans Sa volonté. De Cytraul ou du Néant, Dieu, par Sa voix, créa la matière qu’il anime de deux forces: dynamique ou active, et statique ou passive, ainsi représentées: /I\.

Dans nos cérémonies druidiques, un bandeau frontal de même couleur que la robe, est brodé sur le milieu du devant des trois rayons dorés: O.I.V.

Cet atome de matière, tiré du Néant, est animé par l’Esprit divin qui s’exercera sur lui par l’une ou l’autre des forces dont la combinaison donnera la vie, l’alternance, la compréhension, ou bien le mouvement. Dans Annuin existe donc la matière, sous sa densité la plus forte, et l’Esprit dans la quantité la plus faible. La vie pénétrant la matière, créera le mouvement et de la vie, la connaissance qui peu à peu s’éveillera au cours des migrations dans Abred. La vie qui s’éveille dans le règne minéral, de la roche au métal, se développe dans le monde végétal jusqu’à l’instinct, prend une conscience chez l’animal, acquiert une âme individuelle chez l’humain qui devient alors responsable de ses actes et devra lui-même collaborer à l’œuvre divine en s’efforçant de s’élever de plus en plus vers la spiritualité, en se dégageant de la matière et de l’instinct primitif qui subsiste en lui, par le raisonnement. Chaque stade de l’évolution atomique, minérale, végétale, animale, humaine et cosmique doit pouvoir être franchi en 9 étapes ou intégrations à charge de recommencer le cycle en cas d’échec. Ainsi l’humain parviendra à la plénitude du Gwenwed. Au cours de ses incarnations, l’être humain doit donc s’efforcer de s’élever par l’amour, la science, le sacrifice:

 par l’amour, en créant et en aidant son prochain à supporter et à vaincre la souffrance,

 par la connaissance, en développant sa personnalité et en acquérant plus de science qui le rapproche des Esprits supérieurs déjà évolués,

 par le sacrifice, en acceptant les épreuves ou en s’offrant volontairement à elles dans le but d’expier ses fautes ou d’aider ses frères plus faibles dans leur lutte contre la nécessité.

Au cours de ses désincarnations, ces mêmes devoirs subsistent pour l’âme:

 qui a charge d’aider les vivants,

 d’apprendre davantage pour s’élever vers le Gwenwed,

 de se sacrifier en acceptant une incarnation dans une situation humaine inférieure à son savoir, pour enseigner les êtres moins évolués et les aider dans leur progression.

Ces huit étapes successives ou stades ne sont pas nécessairement franchies chacune en une seule incarnation, plusieurs même sont habituellement nécessaires. Et le fait d’avoir gravement contrevenu aux Lois divines fait même rétrograder dans Annuin.

L’OIV secret des druides

Le premier événement consacré par la tradition est la révélation du nom de Dieu tel qu’İl le livra à la Parole: ainsi et non autrement: /|\.

Et avec la Parole, instantanément, tous les mondes et toutes les existences se réalisèrent dans l’être et dans la vie et crièrent triomphalement /|\, répétant ainsi le nom de Dieu.

Et d’une voix basse et douce avait été prononcée la Parole et semblable parole ne sera plus entendue jusqu’à ce que Dieu régénère toute existence de la mortalité empreinte sur elle par le péché, quand Dieu répétera son nom. Et du nom de Dieu livré à la Parole sont nés tous chants et mélodies tant de la voix que des cordes résonnantes, et tout triomphe et toute parfaite joie, et toute vie, et toute félicité, et tout ce qui procède et dérive d’existence et de vitalité.

Et la mortalité n’a pu sortir que de trois choses à savoir:

 d’avoir divulgué le Nom de Dieu;

 d’avoir mal compté le Nom de Dieu;

 d’avoir dénaturé le Nom de Dieu.

Et où est conservé et quand est conservé le Nom de Dieu en mémoire, selon le secret, le nombre et la nature, ne peut être autre chose qu’existence et vie et science et félicité pendant l’éternité des éternités.

Et en harmonie avec les bienheureux étaient tous les êtres animés: Dieu les avait placés selon leur ordre, c’est-à-dire selon leur état primitif dans le cercle de la félicité, Gwenwed; et Lui-Même résidait dans le cercle du Vide Infini (Keugant) où tous les bienheureux le voyaient dans une communion de gloire, sans secret ni nombre ni genre qu’ils pussent connaître, si ce n’est la parfaite lumière, l’amour parfait et la parfaite puissance pour le bien de toute existence et de toute vie.

Et alors fut donnée comme vérité à la mémoire: « Rien sinon Dieu » littéralement « Dieu et c’est assez ». Et ce fut la seconde de toutes vérités et connaissances confiées à la mémoire.

Mais les bienheureux ne virent point que c’était assez, parce qu’ils n’avaient pas gardé en mémoire la Vérité première et, comme ils prétendaient augmenter leur félicité, ils montèrent au cercle de Keugant afin de divulguer ce qu’ils y découvriraient et de connaître le secret et le nombre et le genre qui sont en Dieu.

Et cela, ils ne le purent et quand ils voulurent rentrer ensuite dans les limites du cercle de Gwenwed, ils ne le purent parce que la mort le gardait derrière eux.

Et alors ils tombèrent dans le cercle de la transmigration (Abred).

Et alors Dieu déposa dans leur mémoire et leur connaissance la 3e vérité qui n’est autre que: « Qui n’a Dieu n’a rien »; parce que dans la condition d’Abred, on ne peut posséder ni voir ni savoir rien de Dieu.

Alors ceux des bienheureux restés dans leur premier état, n’ayant pas participé à la chute, en gardant Dieu et son Nom et la Vérité en mémoire, eurent connaissance de la condition de transmigration et la nommèrent Renaissance parce que Dieu faisait une deuxième fois les choses et renouvelait les êtres déchus, et ils travaillèrent à sauver les désobéissants de la perdition où ils s’étaient précipités.

Et la Vérité primordiale de la Renaissance a déjà été signalée comme parole de vrai et c’est la 3e parole de vrai et de savoir: « Sans Dieu, sans rien », parce qu’être sans Dieu, c’est être sans aucune part de félicité: de là tout mal et toute souffrance que l’on peut connaître ou imaginer.

Mais Dieu, par son amour infini, fit avancer les êtres soumis à la transmigration à travers le cercle de tous les maux qui leur advenaient afin qu’ils devinssent capables de connaître leur être et que par cette connaissance ils pussent se défendre de retomber dans les maux après leur délivrance et qu’en s’élevant à la condition d’hommes, ils pussent prier Dieu et ainsi recouvrer la science et souvenance du bien, du juste et de l’amour, et par la science revoir les vérités premières et qu’en les recevant et les gardant en mémoire, ils pussent par la délivrance de la mort rentrer dans la félicité première où ils retrouveront nécessairement la mémoire de leur existence primitive avec celle des maux de leur transmigration.

Après que le cercle de transmigration eut été traversé et la condition d’homme atteinte, quelques-unes des sciences et des vérités premières furent rendues à la mémoire et à l’intelligence et Dieu accorda sa grâce dans cette vue à ceux qu’il jugea les meilleurs des hommes et leur enseigna les vérités, la nature des choses et les bonnes lois.

Alors les initiés à la science enseignèrent les autres et ils initièrent aux lois de la famille ceux qui gravèrent dans leur mémoire et leur connaissance les vérités et les sciences primitives. Et ce fut ainsi que l’ordre de la famille fut établi le premier entre toutes sciences, toutes règles et toutes lois. Et toutes les vérités étaient contenues dans celle-ci: « La Parole de Dieu au-dessus de tout. »

Et tout homme qui l’aura retenue en mémoire, dira avant toute délibération et tout projet: « Dieu d’en haut me guide » et « au nom de Dieu » et « le Vrai est le vrai, et le vrai deviendra vrai; et le vrai aura sa place; et Dieu est le Vrai; et Dieu est Dieu! ».

Et à ceux qui maintinrent en mémoire et en acte les vérités premières, Dieu octroya sa grâce et les constitua dans l’ordre de la famille.

Et ainsi par la grâce de Dieu fut établie la puissance de la famille chez les Kymris avec la justice, la société et l’unité du peuple et toutes les autres choses qui concernent le pays et la famille. Après avoir été ainsi constitués, les Kymris, durant des âges sans nombre, errèrent en corps de peuple sur la face des pays d’outre-mer et à la fin ils s’établirent en Deffrobani1 ou le pays de l’été; et là ils se rebellèrent contre Dieu et ses claires vérités et tombèrent dans la transgression et l’endurcissement.

C’est pourquoi Dieu fit descendre sur eux le souffle de sa vengeance et de là vinrent sur eux la dévastation et la ruine jusqu’à ce qu’ils fussent presque anéantis et dépossédés de leurs privilèges en leur pays.

Et quelques-uns rentrèrent en leur conscience et rappelèrent en leur mémoire le nom de Dieu et ses vérités et se soumettant écoutèrent dans leur abaissement la voix de la raison.

C’est pourquoi Dieu par sa grâce et son ineffable amour disposa tout favorablement pour leur bonne intention et envoya parmi eux des sages, des hommes de vérité et d’intelligence régénérée.

Et ces hommes de vérité et de bien se mettant sous la protection de Dieu et de sa paix, de sa vérité et de sa justice, marchèrent en avant et acquirent la connaissance de tout ce qui était le meilleur pour le progrès de la nation des Kymris.

Ainsi relevés, ils reçurent en leur compagnie quiconque voulut les joindre et se retirèrent de contrée en contrée jusqu’à ce qu’ils eussent échappé au cercle de dévastation et de ruine qui les environnait.

Et à la fin de leurs migrations, ils arrivèrent dans l’île de Bretagne où auparavant ne s’était posé le pied d’aucun homme vivant et ils prirent possession de l’île sous la protection de Dieu et de sa Paix et ils fondèrent sa sagesse et les rites religieux. Et les inspirés de la grâce de Dieu et du don de son impulsion furent établis comme Maîtres 2 de sagesse et de bonnes sciences et ils furent appelés poètes et voyants: Gwyddoniaid3.

De là commença le chant vocal qui assura la conservation de toutes traditions et vérités comme offrant l’auxiliaire le plus utile à la mémoire, le plus agréable à la méditation et le plus sûr à la raison.

Les hommes de cette sorte furent les premiers maîtres de la nation des Celtes. Mais les Kymris n’avaient ni lois ni coutumes réunies en ordre et en système: c’est pourquoi ils tombèrent dans la négligence et l’oubli en maintes choses et en vinrent à agir contre le nom de Dieu et ses Vérités: de là tout dérèglement et iniquité; de là tout mal et toutes misères jusqu’à ce qu’il vînt un homme sage nommé Tydain, père de l’inspiration, qui appliqua ses méditations et sa raison aux moyens de démêler cette confusion, de fonder des règles solides pour les sciences et pour l’inspiration de Dieu.

Et il communiqua ses règles à d’autres sages de la nation des Kymris et ils y donnèrent leur consentement et leur garantie; et la première chose qu’on fit en conséquence fut de constituer la souveraineté en cette manière qu’on chargea les chefs de clan des Kymris de maintenir la justice et la communauté puis de choisir entre les chefs de race celui qui recevrait d’eux la souveraineté patriarcale: or ils élurent parmi les chefs de race, Prydain fils d’Aedd le grand, qui fut dès lors le Prince des princes de l’île de Bretagne.

Et le meilleur inspiré de Dieu fut Tydain, père de l’Awen (inspiration). C’est pourquoi il fut constitué en autorité pour l’enseignement de la nation cymrique. Et à la mort de Tydain, on ne trouva point son égal dans l’inspiration de Dieu ni dans les sciences.

C’est pourquoi ses préceptes et ses chants ayant été adoptés, on fit ensuite crier l’annonce que protection et privilège seraient garantis à tous inspirés de l’Awen de Dieu qui s’assembleraient aux lieux et temps prescrits pour instituer une chaire et un siège suprême (Gorsedd: grand siège) en accord avec l’enseignement transmis par Tydain et conformément à l’avis exprimé par les chefs et les sages de la nation des Kymris.

Et alors furent trouvés un grand nombre d’inspirés de l’Awen de Dieu, doués d’une raison puissante et croyant en sa délivrance. C’est pourquoi on choisit trois d’entre les meilleurs: Plenydd, Alawn et Gwron qui composèrent de bonnes règles pour le pays et la nation, pour la tradition et la science et tout progrès moral.

Ce furent les bardes primitifs de l’île de Prydain selon les auteurs et règles sanctionnés.

Exercice pratique n° 1:

 Prenez une position confortable et fermer les yeux.

 Essayez de visualiser les 3 rayons lumineux et sonores: O I V.

 N’ayez aucune attente particulière.

 Laissez venir à vous…

 Laissez les 3 rayons remplir votre être…

Dans tous les exercices pratiques de méditation, si tout est noir et que vous ne percevez rien, ne vous découragez pas. Dites-vous mentalement: « J’honore ce que je ne perçois pas encore. »

En revanche, si vous percevez une animation, une spirale, une pulsation, une couleur…, restez au plus près de ce qui est…

Les Trois Rayons de Lumière ne forment-ils pas à euxseuls, une magnifique triade?

 Le 1er rayon est incliné vers le Soleil couchant d’où viennent les Celtes: /

 Le 2e rayon vertical comme celui de Bélen à son apogée: I

 Le 3e rayon à l’inverse du premier, vers le Soleil levant: \

Ces trois signes ou rayons se résument en /I\ O.I.V. dont la prononciation évoque le nom de l’Ineffable, mais que les lèvres de chair sont incapables d’articuler, et que l’adepte du druidisme ne fera qu’évoquer en son cœur.

1 Ceylan. Mais Henri Martin traduisit Deffrobani par Constantinople.

2 Athrawon: Cf. Atharvans, pontifes primitifs de Zoroastre et les Arthava Véda du Brahmanisme.

3 Bien des dissertations ont été faites sur ce nom qui semble se rattacher plutôt à un radical celtique signifiant la science (Cf. gwiziek) de même l’anglais: wise = sage. Cependant on prétend que gwiziek, wise, etc., sont de même origine que le latin videre. Enfin d’autres chercheurs plus téméraires rattachent ce radical gwydd à gwezen: arbre. On voit poindre l’Arbre de la Science! (Cf. Jean Reynaud, L’Esprit de la Gaule)

La naissance de l’alphabet occidental

Le disciple: Comment fut acquise la connaissance des Premières lettres?

Le barde: Je vais t’exposer la science des sages:

Lorsque Dieu /|\ prononça son Nom, de Sa parole jaillirent la Lumière et la Vie. Car il n’est à l’origine d’autre vie que Dieu Lui-même. Et Dieu prononça son nom d’une certaine manière où la lumière et la vie et l’homme et tout ce qui vit, prirent naissance. Chacun et tous à la fois parurent. Et Menw le Vieux, fils des Menwyd, regarda la lumière naissante dont tels furent la forme et l’aspect uniques: /|\ trois colonnes: tous ensemble rayons lumineux et sonores; car l’audition et la vision étaient alors identiques. La vie, la forme et le son étaient indissolubles et inséparablement unis avec la Puissance qui est l’Incréé.

Et constatant la similitude de ces choses, Menw comprit que chaque voix, chaque son, chaque vie, chaque existence, chaque aspect et chaque vision sont indissociables de Dieu /|\; car il n’y a pas la moindre chose autre que Dieu /|\. Et par la vue de cette forme dont il percevait la voix, il connut quelle forme apparente la voix devait avoir.

Or, avant trouvé sous lui la Terre, instantanément apparue avec la lumière, il traça sur elle la forme de la Voix-Lumière. L’audition lui révéla que le son de cette voix avait en lui la nature et la prononciation de trois notes qu’il traduisit par trois lettres; et il connut le signe qui convenait à chacune d’entre elles. Ainsi, il forma le nom de Dieu /|\ d’après la ressemblance des rayons lumineux. Il comprit que c’était là la figure, la forme et le signe de la Vie. Une avec eux était la Vie et dans la Vie était Dieu; car Dieu est Un avec la Vie; il n’y a d’autre Vie que Dieu et il n’y a pas de Dieu sinon la Vie.

Ce fut par la science que lui conféra cette voix qu’il put mutuellement coordonner les autres voix selon leur genre, qualité et cause, et faire une lettre propre à la prononciation de chaque son et de chaque voix. Ainsi naquit la langue cymrique comme toute autre langue. Et des trois lettres primitives dériva chacune des autres lettres.

­­­

(C’est à partir des 3 rayons lumineux d’OIV et de leurs reflets que toutes les runes celtiques initiatiques seront tracées1).

Tel est le principal secret des Bardes de l’Île de Bretagne d’où provient toute connaissance possible des lettres. Ainsi la voix entendue fut exprimée par un symbole et une signification fut attribuée à chacune des trois notes.

⁂O fut le sens de la première colonne (/),

⁂I fut celui de la seconde placée au milieu (I) et,

⁂V celui de la troisième (\).

D’où le mot OIV.

Par ce mot, Dieu affirma son existence, sa connaissance, son pouvoir, son éternité et son universalité et dans cette affirmation fut Son amour qui se manifesta au même instant comme l’illumination de l’univers entier dans la vie et l’existence: voix et chant semblables au Nom Divin prononcé et chanté tous ensemble dans un joyeux élan de tous les mondes jusqu’aux confins de l’abîme. Ainsi, Dieu fit les mondes en affirmant à chaque fois son existence et proférant son Nom /|\ O. I. V.

Le disciple: Pourquoi n’est-il permis à aucun homme de confier la prononciation du Nom de Dieu au son de la parole et de la langue?

Le barde: Parce que cela n’est possible sans donner à Dieu un nom indigne de lui; car jamais homme n’entendit la véritable prononciation de son Nom et personne ne sait comment le prononcer. Mais l’on représente par les lettres ce qu’il est possible de connaître de sa signification pour chacun.

Autrefois, l’on employait spécialement comme signes les trois lettres vocales élémentaires. Mais pour éviter de manquer au respect et à l’honneur dus à Dieu, un barde doit s’interdire de Le nommer sinon intérieurement et mentalement.

Le disciple: Cher et prudent barde, consens à me montrer les signes qui représentent le Nom de Dieu et de quelle manière ils sont faits?

Le barde: Voici, le premier signe est une petite marque en ligne inclinée vers le Soleil couchant ainsi = /, le second est une autre marque de forme perpendiculaire comme un poteau droit, ainsi |, et le troisième est une marque d’une inclinaison égale à celle de la première, mais dans la direction opposée, en sens inverse du Soleil, ainsi = \, et les trois placées ainsi ensemble /|\.

Mais à leur place on se sert aussi des trois lettres: OIV comme l’atteste la strophe du barde Jean Rudd:

« L’Éternel, l’Origine, l’Existant par Soi, le Dispensateur, Saintes sont les lèvres qui prononcent ces noms conformément à la règle. Un autre nom les résume OIV. Tel est ce nom. »

Ce Nom, Dieu se le donne pour affirmer son existence et montrer que nul en dehors de lui ne possède l’existence sinon par don ou permission. Car en vérité, nous tous, hommes, femmes et tous les êtres vivants, ne sommes et n’existons que par le don et la permission de Dieu.

L’on considère comme présomptueux de prononcer ce nom pour le faire entendre à tout homme en ce monde.

Cependant toute chose appelle Dieu intérieurement par ce Nom: la mer et le continent, la terre et l’air et tous les êtres visibles et invisibles de l’univers sur la terre comme au ciel; tous les mondes célestes ou terrestres, tout être intelligent et toute existence, toute chose animée et inanimée. Les trois lettres mystiques signifient les trois attributs de Dieu; particulièrement l’Amour, la Science et la Vérité; c’est de ces trois attributs que provient la justice et sans l’un d’eux trois, il ne peut être nulle justice.

L’un d’eux vient-il à s’élever sur les autres, ceux-ci s’inclineront devant lui et chacun d’eux apportera au troisième toute la supériorité et la prééminence qu’il peut avoir.

Ce fut conformément à cet ordre et à ce principe que trois degrés furent établis parmi les Bardes de l’Île de Bretagne et que chacun fut investi d’un privilège sur les deux autres, d’une supériorité et d’une prééminence compatibles avec le caractère particulier et la fonction spéciale que les deux autres pourraient avoir.

Des trois attributs divins naissent chaque pouvoir, volonté et loi.

Le disciple: Pourquoi ne peut-on sans s’exposer à l’erreur, confier le Nom de Dieu, au discours et à l’audition?

Le barde: Parce qu’il est impossible à tout homme, être vivant ou existence pourvue d’âme et d’intellect, de le traduire fidèlement par la parole: Dieu seul le peut. Le divulguer et le prononcer dans le discours est non seulement le falsifier mais c’est léser et dépouiller Dieu, car il n’y a nulle existence qui ne soit Dieu ou en Dieu; et quiconque dit le contraire parle faussement: c’est un mensonge contre Dieu, une déprédation et une usurpation contre Lui. Mais celui qui a reçu l’inspiration divine comprendra et connaîtra Le secret. Partout où un homme peut avoir l’inspiration de Dieu, ce dont sa conduite et son jugement servent de garanties, il n’est pas injuste de lui révéler Le secret mais il n’est pas licite d’agir ainsi pour tout autre de peur que le Nom de Dieu ne soit prononcé de manière erronée et fausse, dénaturé par une imagination déréglée et vaine et par suite bafoué, outragé et déshonoré. Il y a aussi une autre raison qui est d’engager chaque homme à exercer son intelligence et sa raison à une juste et solide réflexion: car qui agit de la sorte comprendra le caractère et le sens du système primitif des seize lettres et le système des dix-huit qui lui a succédé; et par suite, il percevra et comprendra le Nom de Dieu avec le juste respect qui Lui est dû, car celui qui pratique la vérité, pratiquera la justice.

Le disciple: Qui fut le premier inventeur des lettres?

Le barde: Einigan le Géant appelé aussi Einiget. Il prit les trois rayons de lumière déjà employés comme symbole par Menw, fils des Trois Cris, et en fit les agents et instruments du discours, tous trois avant reçu respectivement trois pouvoirs.

De leurs divisions et subdivisions, il fit quatre signes différents selon leur place… Ainsi furent obtenues treize lettres dont la forme fut taillée dans le bois et la pierre.

Puis le géant Einigan se servit encore des rayons lumineux pour d’autres combinaisons.

Des sages furent désignés pour enseigner ce système conformément à la méthode établie par Einigan. On les appela: Gwyddoniaid et ils étaient inspirés de Dieu.

Il n’avait ni privilège ni prérogative garantis par la loi et la protection du pays, mais seulement par le bon vouloir de celui qui les leur avait donnés. Les Gwyddoniaid sont appelés les principaux sages de la nation des Kymris.

Lorsque les Kymris vinrent dans l’Île de Bretagne et qu’une portion de pays et de terre fut attribuée à chaque Cambrien, lorsque chacun fut établi sur sa conquête et que la souveraineté fut organisée et conférée au plus brave, au plus sage et au plus puissant du peuple cambrien, on eut recours à un Gorsedd, une assemblée formée des chefs de famille et le pouvoir fut donné à Prydain, fils d’Aedd le Grand, car il était considéré comme le plus vaillant, le plus puissant, le plus éclairé et le plus brillant par son intelligence.

Et Prydain, fils d’Aedd le Grand, réunit les chefs de famille, les sages et les hommes de science de la nation des Kymris en une assemblée générale ou Gorsedd.

Alors furent nommés des Bardes divisés en trois catégories:

 des Bardes proprement dits chargés de garder le dépôt des dires et chants nationaux;

 des Ovates pour conserver la tradition des symboles;

 des Druides dont le devoir était de donner l’instruction et d’enseigner les sciences à la nation des Kymris et particulièrement les sciences divines et les sciences de la sagesse telles que la tradition orale les avait transmises ainsi que les chants bardiques et la tradition symbolique des Ovates.

Et lorsque les fonctions attribuées à chaque grade furent fixées, des libertés et privilèges leur furent consentis à titre de sauvegarde et de protection. Et un costume fut donné à chaque grade: bleu pour les Bardes proprement dits, vert pour les Bardes-Ovates et blanc pour les Bardes-Druides.

Or chacun portait officiellement son vêtement et ses insignes pour que tout Cambrien pût connaître leur privilège, leur inviolabilité et leur dû. Et le droit exclusif de porter ces vêtements leur fut assuré.

1 Note et dessin ajoutés par l’auteure.

L’origine des lettres

Einigan le Géant fut le premier qui fit une lettre signe de la première vocalisation qui fût jamais entendue, à savoir: le Nom de Dieu.

Or, Dieu prononça Son Nom et à sa voix le monde entier et tout ce qu’il renferme et tout l’univers se précipitèrent ensemble dans l’existence et la vie avec un triomphal chant d’allégresse. Ce fut le premier chant qu’on entendit jamais: il retentit aussi loin que se trouvent Dieu et Sa présence et la voie où chaque autre existence jaillie en unité avec lui se meut. Et rien ne naquit hors de propos.

Dieu si suavement et mélodieusement proclama Son Nom que la vie frémit à travers toute existence et tout être matériels. Et les bénis dans le Ciel entendront ce nom perpétuellement. Lorsque ce Nom est entendu, il ne peut exister que le pouvoir d’être et de vivre toujours.

Ce fut de cette audition et de celui qui la perçut que la Science, la Connaissance, l’İntelligence et le Souffle émanés de Dieu furent obtenus. Le symbole du Nom de Dieu était dans l’origine: /|\ devenu plus tard: OIV et maintenant OIW (prononcez oiyou 1). Et de la vertu de ce symbole procèdent chaque forme et chaque signe de voix, de son, de nom, de condition. Le texte donne bien ici OIW (et non V) ce qui prouve qu’il est d’une autre époque que le précédent.

1 OIV = OIW = « OIYOU » que nous prononçons notamment lors des pratiques posturales en yoga celtique initiatique.

La sagesse du bardisme

Le disciple: Quel fut, je te prie, le premier auteur d’un chant vocal en langue kymrique?

Le barde: Hû Gadarn1, l’homme qui le premier amena les Kymris dans l’Île de Bretagne.

Il fit ce chant pour être le mémorial des aventures de la nation cambrienne depuis tous les âges. Il y introduisit la louange de Dieu pour la protection et la délivrance que Sa main avait accordées aux Kymris ainsi que les sciences et les règlements de la nation cambrienne.

Ce fut à partir de ce chant que furent pour la première fois dispensées l’instruction en chants vocaux et la science des saines traditions.

Puis vint Tydain, le père de l’inspiration, qui perfectionna les sciences et l’art du chant vocal et les réduisit à un système artistique capable d’être le plus rapidement appris, compris et gravé dans la mémoire et le plus agréablement exposé et écouté.

Le disciple: Quels furent, je te prie, ceux qui les premiers conservèrent la tradition et les sciences du bardisme et enseignèrent la sagesse?

Le barde: Les Gwyddoniaid 2, à savoir les sages de la nation des Kymris. Ils conservèrent par le chant vocal la mémoire des sciences et de la sagesse du bardisme et les enseignèrent.

Cependant les Gwyddoniaid ne possédaient pour leurs sciences ni privilège ni licence sinon par faveur ni système ni chaire.

Le disciple: Quels furent les premiers qui organisèrent un système et une chaire pour les bardes et le bardisme ainsi que pour les poètes et les chants vocaux?

Le barde: Les trois premiers bardes, à savoir:

 Plenydd,

 Alawn, et

 Gwron qui vivaient au temps de Prydain, fils d’Aedd le Grand et de Dywnvarth-ap-Prydain, son fils.

Ce sont eux qui imaginèrent une chaire, un gorsedd et des maîtres soumis à un règlement, des aspirants et une école. Ils instituèrent l’enseignement des sciences, le rendirent stable avec de justes mémoriaux conformes à la connaissance du bardisme, du chant vocal et de ce qui s’y rapporte, selon les usages.

Ces justes mesures s’accordant avec les lois de la sagesse étaient profitables aux bardes et aux poètes pouvant servir le mieux la prospérité et la gloire de la nation des Kymris.

Le disciple: Daigne m’apprendre, mon parfait précepteur, ce qu’instituèrent les Bardes Principaux à l’égard des bardes et poètes pour le règlement et l’organisation de la chaire ou du gorsedd?

Le barde: Prydain, fils d’Aedd le Grand, doué d’un sens et d’un jugement aiguisés et clairvoyants agit pour le plus grand bien de la gloire et de la puissance cambriennes: il appela près de lui les Gwyddoniaid et leur demanda de décider par un vote quels seraient les trois plus sages, les meilleurs et les plus savants d’entre eux; et Plenydd, Alawn et Gwron furent jugés les plus remarquables pour leur savoir, leur sagesse, leur discrétion et leur talent dans le chant vocal.

Puis ils conférèrent le privilège du pays et de la nation à ceux qu’ils trouvèrent les meilleurs dans les sciences et l’art du bardisme et le chant vocal ainsi qu’à leur enseignement, aux règles de leur système et de leur art. Et tels furent l’ordre et l’organisation qu’ils établirent.

Le disciple: Sur quoi lit-on les premières lettres et de quelle manière?

Le barde: Elles furent d’abord faites sur des arbres, voici comment: on coupait le bois en bâtons carrés sur chacun desquels on taillait de petites encoches dont on forma les lettres. Après cela, sur une ardoise on les grava avec un crayon d’acier ou un caillou.

Les empreintes sur bois s’appelèrent coelbren, et la pierre à écrire se nomma coelvain.

Il y eut aussi un autre procédé par lequel les lettres furent faites sur bois autrement que par des encoches comme avec du noir ou quelque autre couleur facilement maniable. Et cela était pratiqué par les Kymris de temps immémorial.

Lorsque l’Île de Bretagne fut occupée par les Romains, ceux-ci apportèrent une plante nommée plagawd, c’est un glaïeul originaire du bassin méditerranéen, on écrivait sur les longues feuilles de cette plante en forme de petits glaives. On se servit ensuite de peaux de veau, de bouc, de chèvre. Cependant les Bardes de l’Île de Bretagne conservèrent l’ancien procédé d’écriture car le bois et la pierre étaient plus faciles à trouver et le plagawd3 faisait parfois défaut.

C’est pourquoi il n’y a aucune école ou gorsedd importants où l’usage des anciens procédés d’écriture ne soit conservé et pratiqué. Tous doivent posséder du bois et un rouleau de plagawd et à défaut de bois, de la pierre à écrire.

Le disciple: Daigne m’apprendre l’origine de la forme et du son des premières lettres.

Le barde: Voici, Dieu lorsqu’il n’y avait nulle vie ni existence sinon Lui-même, proclama Son Nom et aussitôt avec la parole tout ce qui vit et existe jaillit en un cri de joie et cette voix était la plus mélodieuse qu’on eût jamais entendue.

Au même instant, avec la voix fut la lumière et dans la lumière la forme et la voix était divisée en trois intonations, trois vocalisations simultanées. Et l’on voyait trois formes et trois couleurs qui étaient les formes de la lumière et unes avec la voix et la couleur et la forme de cette voix furent les trois premières lettres. Car ce fut d’une combinaison de leurs vocalisations que chaque autre vocalisation fut figurée en lettres. Celui qui entendit la voix était Menw le Vieux, fils des trois Cris.

Mais d’autres disent que ce fut Einigan le Géant qui le premier fit une lettre qui était la forme du nom de Dieu quand il se manifesta vivant et existant par sa voix.

Le disciple: Éloquent et savant maître, combien d’hommes qui étaient des Menws ont-ils existé dans la nation des Kymris, car je trouve mention dans l’histoire d’autres personnages de ce nom?

Le barde: Trois personnages sont connus et mentionnés sous ce nom: Menw, fils des Trois Cris. Le second fut Menw Hir o’r Gogledd et le troisième: Menw ap Menwaiddo Arfon qui fut le premier de la nation des Kymris à faire des représentations théâtrales.

Le géant Einigan considéra les trois colonnes de lumière ayant en elles toutes les sciences démontrables qui aient jamais existé et qui seront jamais et il prit trois branches de l’Arbre de Vie et plaça sur elles les formes et les signes de toutes les sciences afin d’en conserver la mémoire puis il les montra au peuple.

Mais ceux qui les virent les comprirent mal, en conçurent de vaines craintes et enseignèrent des sciences illusoires, regardant les branches comme un dieu alors qu’elles n’étaient que le symbole de son Nom. Quand Einigan vit cela, il fut grandement inquiet et telle fut l’intensité de son déplaisir qu’il brisa les trois branches et il ne s’en trouva plus d’autres pour conserver les vraies sciences.

Il regretta tant cet état de choses qu’il entra dans une grande colère et lorsqu’il expira, il pria Dieu de restituer aux hommes les sciences véridiques avec une saine compréhension et un discernement exact.

Or, quand furent écoulés un an et un jour après la mort d’Einigan, Menw, le Fils des trois Cris, aperçut trois tiges qui étaient sorties de la bouche d’Einigan: et l’on y voyait les sciences des dix lettres et la manière dont par elles les sciences du langage et du discours étaient ordonnées ainsi que toutes les autres sciences dont on peut avoir la notion par le discours et le langage.

Alors il prit les tiges et enseigna les sciences au moyen d’elles, toutes à l’exception du Nom de Dieu dont il fit un secret de peur que le Nom ne fût l’objet de faux raisonnements. Et de là naquit le Secret du Bardisme des Bardes de l’Île de Bretagne. Et Dieu accorda sa protection à ce secret et donna à Menw une profonde compréhension des sciences mises sous sa divine protection. Cette compréhension se nomme l’inspiration de Dieu: béni pour jamais celui qui l’obtient. Awen.

1 Le prénom Hû vient du bruit que fait le vent car Hû Gadarn est né alors qu’il y avait une énorme tempête et sa mère qui entendait le vent sifflé très fort: Hûuuuuuuu! lui donna ce prénom. Gadarn signifie le combattant, pour certains, le vaillant… Voir Hû Gadarn, le Premier Gaulois de notre Passé Grand Druide Bod Koad /|\, Paul Bouchet aux éditions Véga.

2 Les Gwyddoniaid étaient aussi des voyants-es.

3 Le plagawd était une plante de la famille des iridacées et sur ses feuilles longues on pouvait écrire avec du noir ou une autre couleur. Par la suite, le plagawd de la peau est devenu ce qu’on a appelé dans l’art: le parchemin.

Les fondements de l’inspiration /I\

Ce fut de ces trois signes que le géant Einigan obtint la parfaite intelligence des lettres qu’il grava sur des branches. Après avoir réfléchi, il fit 11 lettres principales si l’on s’en rapporte aux livres des sages, et nommées les onze radicaux. Quant à ce qu’elles sont et à leurs formes, c’est le secret du Mystère des Bardes cambriens et en particulier des Gwyddoniaid nommés les bardes primitifs.

Il y a trois radicaux principaux qui sont les Trois Pointes et on les appelle ainsi parce qu’ils sont comme trois rayons perçant l’obscurité.

Ainsi nous disons la pointe de l’aurore, la découpure d’un champ et percer au sens de poindre.

La troisième de ces trois pointes est comme la voix d’un cantique triomphal, de ce chant de gloire qui fut la première Voix.

Les trois fondements de l’inspiration divine:

 comprendre la Vérité;

 l’aimer;

 la défendre de manière que rien ne puisse contre elle prévaloir.

Par ces trois choses on peut convenablement répondre à cette question:

Pourquoi as-tu voulu être barde?

Et selon la valeur de la réponse donnée à cette question, un grade est donné ou refusé dans la chaire bardique.

Cette réponse est dictée à l’aspirant par sa conscience, à sa conscience par Dieu mais ne lui est pas apprise par son maître.

Origine, progrès et système des lettres

Ce fut Einigan le géant qui le premier eut l’idée des lettres et fit les principales marques par lesquelles on les figurait. Il y en avait onze comprenant quatre voyelles et sept consonnes.

Et Einigan écrivit sur le bois le résumé de ses observations, de ses révélations et de ses inspirations.

Les Kymris considérant les œuvres d’Einigan crurent que c’était un démon et le chassèrent et il n’eut pour lui que son père et sa famille dans l’Île de Bretagne. Il leur enseigna son art et ils le jugèrent comme étant le plus sage des Sages; ils l’appelaient Einigan-Gwyddon (le sage) et tous ceux qui apprirent l’art des lettres furent appelés Gwyddoniaid, car c’étaient les principaux sages de l’Île de Bretagne avant que les bardes eus­­­sent officiellement été pourvus de privilèges et d’attributions définies.

Lorsque les bardes et le bardisme furent organisés, ils reçurent la garde de la tradition des onze lettres:

 4 voyelles: A, E, I, O.

 7 consonnes: B, C, T, L, S, R, P.

Plus tard, leur art étant perfectionné, il y eut 16 lettres, ensuite 18 et ainsi on arriva jusqu’à 24 auxquelles furent ajoutées les 14 lettres secondaires qui existent maintenant.

Cela est consigné dans la tradition de la voix et des lettres et dans la coutume des bardes de l’Île de Bretagne.

Le système de 11 s’appelle: système d’Einigan.

Celui de 16: système d’Eidric.

Celui de 18: système d’Alawn ou système des bardes.

Celui de 24: système d’Arthavael.

Et celui qui est maintenant usité s’appelle le nouveau système ou système d’Idwrth l’artiste.

Ce fut dans le temps où Gruffudd, fils de Llywelyn, fils de Seisyllt, commandait à toute la Cambrie que vivait cet Idwrth.

Le coelbren, perfectionnement et reconstitution

Dans les premiers temps de la nation des Kymris, on appelait les lettres marques et ce fut après l’époque de Béli, fils de Manogan, qu’on leur donna le nom de lettres.

Auparavant, il n’y avait pas de lettres sinon les marques primitives qui, de temps immémorial,­­­ étaient restées un secret parmi les bardes de l’Île de Bretagne, gardiens des archives de la nation.

Béli le Grand répandit le système de seize lettres et ordonna de ne plus tenir désormais secrètes les sciences des lettres.

Mais il établit le système de seize à l’exclusion de tout autre et maintint les onze Radicaux dans le secret.

Après l’avènement du christianisme, il y avait dix-huit lettres puis vingt et il en fut ainsi jusqu’à l’époque de Geraint le Barde Bleu qui porta leur nombre à vingt-quatre.

Les lettres demeurèrent ainsi pendant longtemps sans changement jusqu’au temps du roi Henri V qui interdit les écoles, les livres et leur fabrication chez les Kymris.

Par la suite, les Kymris furent obligés de se constituer en une association pour l’étude du coelbren bardique et pour graver et tracer en noir les lettres sur le bois et les bâtons.

Et chacun des chefs de famille désirant connaître les sciences des lettres et leur interprétation prit des bardes dans sa maison et pour cela une dotation en terre, en labour et en troupeaux fut attribuée aux bardes.

Les bardes devinrent nombreux en Cambrie et la connaissance des lettres fut plus grande qu’avant la prohibition d’Henri V. Aussi, le barde Llawdden chantait:

« Garde-toi du mal. Supporte l’épreuve et la tribulation avec patience en songeant que cela n’est pas mauvais qui produit le bien. »

Ce qui veut dire que là où l’on ne possédait nulle école autre que l’école anglaise et nul maître qu’un saxon, les Kymris étudieraient leur propre langue et leurs sciences plus que jamais.

Ils perfectionnèrent en effet et augmentèrent le nombre des lettres et des marques

Les 22 runes celtiques initiatiques

La rune Durdun est double. Elle correspond à la lettre ‘D’ et se décompose en Duro et Dunon = 24 runes.

+ la rune Kella (cachée).

Toutes les runes celtiques (ou l’alphabet occidental) sont tracées à partir de la lumière et du reflet d’OIV.

La ligne centrale signifie: ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et inversement… Elle est aussi l’équilibre entre la lumière et son reflet.

Quand vous tracerez les runes, vous pourrez coller les lignes aux angles ou les laisser légèrement ouvertes.

Comment les tracer?

Les runes celtiques sont classées en 4 groupes de fonctions et en 4 familles1. Il ne s’agit pas ici de vous former aux runes, ce n’est pas le but de ce livre2, mais tout simplement de vous donner un premier aperçu des premières lettres de notre alphabet occidental tel que notre Passé Grand Druide Bod Koad /|\ nous l’a transmis.

1 Selon la classification du Druide RAM /|\, Les runes celtiques, lulu.com.

2 Pour de plus amples informations sur nos ateliers-formations concernant les runes celtiques, je vous invite à écrire au: [email protected] soit au CIDECD: le Collège international d’études celto-druidiques.

Druidisme: le disciple et le druide

Ceci est le druidisme des Bardes de l’île de Bretagne avec leur opinion au sujet de Dieu et de tous les êtres vivants quelle que soit leur place ou leur genre. Cela est enseigné élémentairement comme il suit:

Le disciple: Qu’est-ce que Dieu?

Le druide: Ce qui ne peut être autrement.

Le disciple: Pourquoi ne peut-il être autrement?

Le druide: S’il le pouvait, nous ne posséderions la notion de nul être animé, de nulle existence, de nul avenir et de rien de ce que nous savons actuellement.

Le disciple: Qu’est Dieu?

Le druide: La vie complète et parfaite et le total anéantissement de la mort. Dieu est la vie pleine, entière, impérissable et sans fin, la vie parfaite qui ne peut être limitée ni bornée. Dieu est le bien absolu qui détruit tout mal et ne peut en contenir la moindre parcelle. Dieu est le pouvoir absolu exclusif de toute impuissance, et en Lui, le pouvoir et le vouloir ne peuvent être restreints car il est tout-puissant et infiniment bon.

Dieu est la sagesse et la connaissance absolue qui anéantissent toute ignorance et toute folie et rien ne peut arriver sans qu’il le sache. Et par suite des attributs divins, nul être, nulle vie ne peut être conçue ou considérée autrement que venant de Dieu à l’exception du mal naturel qui détruit la vie et le bien.

Ce qui anéantirait ou amoindrirait Dieu et la vie et le bien, tel est le mal naturel qui est par suite en complète opposition de nature et d’essence avec Dieu, la vie et le bien.

Et par là on peut bien concevoir deux choses nécessairement existantes: la vie et la mort, le bien et le mal, Dieu et le néant-Cytraul, ténèbres dans les ténèbres et l’impuissance privée de toute capacité. Cytraul est dépourvu de vie et de volonté, créature de nécessité non de vouloir sans être ni vie ayant rapport avec l’existence et l’individualité, mais vide comme le vide, mort comme la mort, nul comme le néant. Dieu est le bien, vaste comme la plénitude, il est la Vie dans la vie, le Tout en tout et la Lumière dans la lumière.

Et par ce qui précède, on comprend qu’il ne puisse exister à l’origine que Dieu et Cytraul ou le néant, la mort et la vie, et le phénomène de l’opposition duquel naît la stérilité mais dont l’union produit l’existence.

Dieu rempli de miséricorde, d’amour et de pitié s’unit à la mort dans le but de l’assujettir à la vie; il vivifia les êtres animés et vivants et ainsi la vie s’empara de la mort d’où pour la première fois naquirent les êtres doués d’intelligence et de vitalité. Et les êtres et les âmes intelligents eurent leur origine dans la profondeur de l’abîme le plus bas et le plus rapproché de la non-existence, car ce ne peut être que là et dans cet état que la vie intellectuelle commence tout d’abord, le stade le plus bas et le moindre de chaque chose ne saurait autrement en devenir la partie principale et typique.

Ce qu’il y a de plus grand ne peut exister dans un être intelligent avant ce qu’il y a de moindre.

Il ne peut y avoir nulle existence intellectuelle sans gradation. Or, la gradation ne peut se passer d’un commencement, d’un milieu et d’une fin ou d’un principe, d’un accroissement et d’un terme.

Ainsi l’on peut voir qu’il y a pour chaque existence intelligente une gradation nécessaire qui forcément commence au degré le plus bas, progressant ensuite sans cesse par mainte acquisition, rencontre, augmentation, par la maturité et le perfectionnement jusqu’à un terme où elle s’arrête pour jamais, là où par la nécessité absolue, il ne peut être rien au-delà ni plus haut ni meilleur dans l’évolution et dans l’Abred.

Toutes les existences intelligentes ont leur part de bien et de mal plus ou moins grande selon leur degré, depuis les morts au fond de l’abîme jusqu’aux vivants dans le bien et la puissance suprême et ainsi jusqu’à ce qu’il ne soit plus du tout possible à Dieu de les mener plus loin.

Les âmes dans l’abîme ne possèdent de la vie et du bien que le degré le plus inférieur, et de la mort et du mal, elles ont le degré qui soit possible et compatible avec la vie et l’individualité.

C’est pourquoi elles sont nécessairement mauvaises par suite de la prépondérance du mal sur le bien et c’est à peine si elles vivent et existent.

Et la durée de leur vie est nécessairement courte tandis que par le moyen de la dissolution et de la mort, elles sont graduellement transportées à un plus haut degré où elles reçoivent la vie et le bien en abondance.

Ainsi elles avancent de stade en stade, de plus en plus rapprochées de la vie et du bien suprêmes. Dieu dans sa miséricorde affection pour les êtres vivants, prépare leurs voies le long d’Abred, poussé par l’amour qu’il leur porte jusqu’à leur accession à l’état d’humaine existence qui est leur but. Et là, le bien et le mal s’équilibrent, aucun ne l’emportant sur l’autre.

Dès lors apparaissent la liberté et le discernement et le pouvoir de choisir pour l’humain, de sorte qu’il puisse accomplir selon sa préférence, le mal ou le bien. Ainsi l’on voit que l’état d’humain est un état d’épreuve et d’instruction dans lequel le bien et le mal s’équilibrant, les êtres animés sont laissés à leur propre vouloir et plaisir.

Dans chaque état et point de l’Abred au-dessous de l’humanité, tous les êtres vivants sont nécessairement mauvais et enclins au mal par manque complet de volonté et de pouvoir malgré tout l’effort et les moyens déployés qui varient selon leur position élevée ou basse en Abred. Pour cette raison, Dieu ne les hait point ni ne les punit mais les aime et les chérit car ils ne peuvent être autrement par leur soumission au destin, et n’ont ni volonté ni choix, quel que puisse être l’envahissement du mal, ils ne peuvent y remédier, se trouvant en cet état fatalement et non volontairement.