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Nathan est un Veniri, un métamorphe reptilien qui se transforme à la lumière de Vénus. Il sauve une jeune fille humaine des griffes impitoyables de son espèce et tente désespérément de la protéger du monde des métamorphes.
Fragments de Vénus – Métamorphes Célestes Livre 1. Se transformer à la lumière de Vénus… Encore sous le choc de l'horrible meurtre de sa meilleure amie, Violette Chambers est hantée par le tatouage dans le cou de l'homme « sans visage » qui l'a kidnappée. Essayer d'aller de l'avant est un combat quotidien pour la jeune fille qui a passé la plus grande partie de sa vie en famille d'accueil. Mais lorsqu'elle rencontre Nathan, l'inspecteur qui l'a trouvée sur la scène de crime de sa meilleure amie, la suite des événements devient plus prometteuse. Violette trouve enfin un refuge pour la première fois de sa vie. Déterminé à la protéger, Nathan Delano, un mystérieux métamorphe Veniri, est prêt à tout pour Violette. Tout ce qu'il doit faire, c'est s'assurer que le monde de Violette n'entre jamais en collision avec le monde des métamorphes. Mais même lui ne peut arrêter l'ennemi déterminé à la détruire, elle et tous ceux dont elle se rapproche. Soudain, Violette ne sait plus à qui elle peut faire confiance. Avec un pacte rompu et sa sécurité en jeu, Violette pourra-t-elle se sauver avant qu'il ne soit trop tard ?
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Seitenzahl: 437
Veröffentlichungsjahr: 2023
TJALARA DRAPER
LES ÉCLATS DE VÉNUS
MÉTAMORPHES CÉLESTES LIVRE 1
Traduit par Christelle Wu
© 2023 - TJALARA DRAPER
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
CHAPITRE 7
CHAPITRE 8
CHAPITRE 9
CHAPITRE 10
CHAPITRE 11
CHAPITRE 12
CHAPITRE 13
CHAPITRE 14
CHAPITRE 15
CHAPITRE 16
CHAPITRE 17
CHAPITRE 18
CHAPITRE 19
CHAPITRE 20
CHAPITRE 21
CHAPITRE 22
CHAPITRE 23
CHAPITRE 24
CHAPITRE 25
CHAPITRE 26
CHAPITRE 27
ÉPILOGUE
REMERCIEMENTS
À PROPOS DE L’AUTEURE
CHAPITRE 1
En Faire une Affaire Non Résolue
Nathan Delano déambulait dans le sombre salon de la cabane, en faisant attention où il mettait les pieds. Les lumières des gyrophares de la police illuminaient les nombreuses flaques et taches cramoisies tandis qu’il saluait chaque Erathi en uniforme.
Des Humains, se rappela-t-il, en hochant la tête. Même après toutes ces années, le mot Erathi lui venait toujours en premier à l’esprit.
L’inspecteur Judith Walker inspectait le mécanisme du verrou de la porte de la chambre de sa main gantée. Quand elle le remarqua, elle lui fit signe.
— Hé, Jude, dit-il, en balayant à nouveau la pièce du regard. Quelle est la situation ?
— Hé, Delano. Elle retira son gant d'un coup sec et fit un geste vers un sac mortuaire noir qu'un ambulancier était en train de refermer.
— Une adolescente décédée.
— Est-ce qu’on sait de qui il s’agit ?
— Ouais. C’est la fille disparue des Branstone. Jude lui tendit son téléphone. Regarde, j’ai pris ces photos à mon arrivée.
Nathan parcourut les photos prises par Jude et reconnut immédiatement la victime, Lyla-Rose Branstone. Le contraste était effrayant entre le large sourire de la photo de l’album de fin d’année dans son dossier et ses yeux ouverts et vitreux. Quatre horribles entailles apparaissaient sur le côté de sa tête, de derrière son oreille jusqu’à son menton. L’oreille elle-même avait été tailladée à plusieurs endroits.
— Regarde ça. Jude s’approcha de lui pour zoomer sur la zone entre le cou et l’épaule de la victime. Si je ne m’y connaissais pas mieux, je penserais à une étrange marque de morsure.
Six plaies béantes et ensanglantées formaient un arc dont le haut était intact juste en dessous de la clavicule gauche de Lyla. Les deux marques intérieures étaient les plus petites, alors que les autres avaient la largeur d’un stylo.
La poitrine de Nathan se serra. Non. Pas ici. Pas à Brookhaven. Une seule espèce pouvait laisser de telles morsures : la sienne, les Véniri.
Et il avait passé les quinze dernières années à se cacher d’eux.
— Est-ce qu’on a trouvé des armes ? demanda Nathan en espérant que Jude ne remarquerait pas la diversion.
Elle fit non de la tête.
— Rien. Du moins, pas encore. Un véhicule abandonné a été repéré en bas de la rue, j’ai envoyé un officier pour l’examiner. Je n’ai pas encore vérifié les environs.
Nathan hocha la tête et lui rendit son téléphone.
— Et les témoins ?
— Le propriétaire de cette cabane vit un peu plus loin sur la colline. Lui et sa femme allaient se coucher quand ils ont entendu des cris venant de cette direction. Il est venu voir et a appelé les secours dès qu’il a trouvé la victime.
Un muscle se contracta dans la mâchoire de Nathan.
— Est-ce qu’il a vu autre chose ? Peut-être qu’il a aperçu celui qui a fait ça ?
Elle secoua la tête.
— Qui que ce soit, il était déjà parti le temps qu’il… Une mélodieuse musique jouée par le téléphone de Jude la coupa. C’est un de mes enfants, dit-elle en jetant un coup d’œil à l’écran. Elle regarda Nathan d’un air désolé.
Il lui fit signe de répondre.
— Je m’occupe du reste.
— Merci Nathan. Elle lui tapota l’épaule avant de prendre rapidement l’appel en se dirigeant vers la sortie. Oui, ma chérie… ?
Alors que les ambulanciers la suivaient avec le sac mortuaire, Nathan se remit au travail dans la pièce.
La charmante cabane était probablement vieille de plusieurs générations, peut-être construite par l’un des ancêtres du propriétaire. Les tapis en patchwork ajoutaient une touche de convivialité, ou du moins, ils l’auraient fait s’ils n’avaient pas été abîmés par les éclats de meubles. Un porte-fusil décoratif était fixé sur l’un des murs en bois apparent, ainsi qu’une collection de têtes d’animaux : cerfs, renards, un ours, un zèbre et un tigre. Nathan n’avait jamais compris le désir humain des trophées, le besoin d’exhiber avec fierté des morceaux de leurs proies.
Avec une précision réfléchie, il se fraya un chemin à travers le chaos, captant les détails de chaque entaille, éclaboussure et tache de sang. Il prenait de temps en temps quelques photos. Ses bottes résonnaient à chaque pas sur le parquet en bois. Lorsqu’il atteignit la porte de derrière, qui était ouverte, un vent glacial lui cingla le visage et le cou. Il releva son col et referma sa veste. En regardant attentivement dans l’obscurité, d’une longue inspiration, il aspira l’air froid de la nuit.
Un picotement familier fourmilla sous sa langue.
Il jeta un coup d’œil en arrière, s’assurant qu’aucun des officiers encore présents ne lui prêtait attention. Le picotement se transforma en un aiguillon intense alors qu’il laissait la métamorphose suivre son cours.
En quelques secondes, une langue fourchue sortit d’entre ses lèvres comme un fouet, puis, revint dans sa bouche. Il évalua les arômes et saveurs de la nuit, un bouquet persistant des puissantes senteurs provenant des activités de la soirée.
La capacité des Véniri à sentir l’essence de quelqu’un, ou l’odeur de son âme, était une faculté sur laquelle Nathan comptait beaucoup dans son travail de détective Erathi. Déduire le déroulement d’une scène de crime était tellement plus facile quand il pouvait sentir les intentions et les émotions résiduelles du moment. Mais avec tous les flics, ambulanciers et civils qui avaient traversé cette zone au cours de la dernière heure, il aurait cette fois-ci besoin de plus que sa langue pour isoler les informations qui lui seraient utiles.
Il scruta les étoiles. Elles étaient presque toutes aussi lumineuses, mais aucune n’était plus étincelante que Vénus, qui brillait juste au-dessus à travers les branches des arbres. Nathan ferma les yeux et prit une profonde inspiration, se laissant pénétrer par les rayons de Vénus.
Sous ses paupières closes, de fines membranes glissèrent sur ses yeux. Lorsqu’il les rouvrit, le paysage qui s’offrait à lui était toujours plongé dans l’obscurité, jusqu’à ce qu’il tire sa langue fourchue. Cette fois, les traits d’âme s’illuminèrent comme des volutes de fumée phosphorescentes, des traînées étincelantes dans le noir de la nuit. Chaque tracé brillait d’une teinte différente de l’arc-en-ciel et se perdait au-delà de la forêt.
La couche de feuilles craqua et crissa sous ses pieds lorsqu'il sortit de la cabane. Les traînées commençaient à s’estomper, mais revenaient à la vie à chaque coup de langue. À chaque fois qu’il goûtait l’air, il analysait les saveurs présentes dans chaque trait d’âme, recueillant ainsi de précieuses données.
Après quelques pas, sa botte heurta quelque chose. Il fit disparaître les membranes internes de ses yeux et sortit sa lampe de poche, le faisceau incandescent révélant un homme portant un sweat à capuche et un jean, allongé par terre. À côté de lui, à environ 30 centimètres, une autre personne était étendue sur le sol, une adolescente. Des taches d’un rouge profond parsemaient ses vêtements.
Quand le faisceau de sa lampe de poche éclaira son visage, il jura dans un souffle. Une autre enfant d’un de ses dossiers. Violette Chambers, 16 ans. Tuteurs légaux : Norman et Connie Hopkins. Adresse : 42 Daisy Crescent. Disparue. Vue pour la dernière fois vers 23 h 15 le jeudi 18 juillet.
Ses cheveux brun foncé étaient maculés de sang, de saletés et de feuilles. Par rapport à la photo, elle avait les traits creusés. Des coupures et des contusions couvertes de boue occupaient la majeure partie de son visage et son œil droit était presque indiscernable tant il était tuméfié.
Nathan baissa la tête, couvrit son visage et se frotta les tempes avec lassitude. Après quelques respirations, il s’approcha de son cou pour chercher un pouls.
Il sentit un faible battement sous ses doigts.
* * *
Nathan se hâta de revenir sur ses pas jusqu’à la cabane, en prenant soin de ne pas malmener la jeune fille dans ses bras. Violette émit un faible gémissement.
— Tiens le coup, dit-il. Nous arrivons.
Il fit irruption par la porte arrière et sortit directement par devant.
— J’ai besoin d’un médecin !
Jude porta son attention vers lui. Elle laissa échapper un soupir de surprise, les yeux écarquillés et aboya quelques ordres. En quelques secondes, deux ambulanciers apportèrent une civière. Nathan déposa son fardeau et recula, leur laissant l’espace suffisant pour effectuer les différents soins nécessaires.
Les instants suivants furent un peu confus alors qu’il racontait à Jude ce qu’il avait trouvé, sans parler de la découverte du deuxième corps. Il l’avait précipitamment caché, mais il allait devoir nettoyer ce désordre rapidement avant que quelqu’un ne le découvre et ne commence à poser des questions. En particulier Jude.
Sa mâchoire se crispa alors qu’il la scrutait. Son menton reposait sur une main, la pose caractéristique du penseur. Il pouvait presque voir son cerveau décomposer et analyser les nouveaux éléments de preuve. Son intelligence et son intuition l’avaient toujours impressionné ; c’est ce qui faisait d’elle un si bon flic. C’est aussi ce qui le poussait à faire des heures supplémentaires pour la garder dans l’ignorance. Il ne fallait pas qu’elle sache qui était responsable de ce chaos. Cela mettrait leur vie en danger, à tous les deux.
Il ricana. De qui se moquait-il ? Sa vie était en danger depuis des années, déjà.
Son grognement moqueur brisa la transe de Jude. Elle secoua la tête et se concentra de nouveau sur lui.
— Désolée de t’avoir zappé. Je réfléchissais.
Il lui adressa un sourire complice, mais ne répondit pas.
— Tiens. Elle fouilla dans la voiture sur laquelle Nathan était appuyé et en sortit un thermos rouge. Prends un peu de café. Il devrait être encore chaud.
Il but une gorgée, grimaça et se força à avaler le liquide amer et tiède.
— Pouah, peut-être un ou deux sucres la prochaine fois. Il s’essuya la bouche avec sa manche.
— Pas le temps pour le sucre, répondit Jude en avalant une bonne gorgée.
Par-dessus son épaule, Nathan remarqua un ambulancier qui lui faisait signe.
— La pause-café est terminée. On nous demande.
Il se dirigèrent vers l’ambulance et Nathan salua d’un signe de tête l’ambulancier qui se tenait près du brancard.
— Comment va la victime ?
— Elle est réveillée et stable pour le moment. Nous lui avons donné une dose de morphine pour calmer la douleur le temps d’arriver à l’hôpital.
Nathan hocha la tête.
— Je peux lui poser quelques questions ?
L’ambulancier haussa les épaules.
— Vous pouvez essayer. Peut-être que vous obtiendrez quelque chose d’elle, mais pas forcément ce soir.
Nathan s’approcha de la fille.
— Comment vas-tu petite ? Tu as assez chaud ?
Elle le regarda avec de grands yeux vitreux.
— Tu t’appelles Violette, c’est ça ?
Après quelques hésitations et un rapide coup d’œil à Jude, elle acquiesça.
— Violette, peux-tu me dire ce qu’il s’est passé ?
Pas de réponse.
— Peux-tu nous dire qui t’a fait ça ? demanda Jude.
Le sang de Nathan ne fit qu’un tour en entendant la question. L’expression de Violette devint distante. Finalement, elle secoua la tête et détourna le regard.
Nathan se détendit.
— C’est bon Violette. Tu es en sécurité.
Elle serra d’une de ses mains le haut de sa couverture d’aluminium argenté. Elle avait du sang sec sous les ongles et une moitié de celui de l’index avait été complètement arraché. Ses articulations étaient lacérées et ensanglantées. Quoi qu’il ait pu arriver à cette enfant, elle s’était certainement battue pour se défendre.
L'esprit de Nathan s'emballait, imaginant les horreurs qu'elle avait dû affronter alors qu'elle hurlait et suppliait son agresseur d'arrêter. Une rage ardente bouillonnait au creux de son estomac. Ses coudes commencèrent à brûler tandis que, dans son esprit, les cris devenaient de plus en plus forts. Une sensation de coupure remplaça la brûlure dans ses coudes et il sentit les manches de sa veste commencer à se déchirer. Il devait se reprendre, rapidement.
Mais le visage féminin qui criait dans son esprit n’était plus celui de Violette. Il se transforma en…
Ça suffit ! Nathan ferma les yeux et détourna son visage de Violette. Il prit quelques grandes inspirations, se forçant à se détendre jusqu’à ce que les lames de ses coudes se refondent dans sa chair.
Il se tourna de nouveau vers la fille.
— Violette…
— Il avait un tatouage, dit-elle d’une voix rauque.
Il fut saisi par le choc. Elle avait des yeux gris-bleu qui capturèrent son regard avec une soudaine et vive intensité.
— Un tatouage ? Quel genre de tatouage ? demanda Jude en sortant son téléphone.
Les mots de Violette étaient lents et réfléchis.
— Il avait le tatouage d’un scorpion en cristal, juste ici. Elle montra le côté de son cou.
Nathan fronça les sourcils et se gratta la tête.
— Tu es sûre ? interrogea Jude, en tapotant quelques notes sur son téléphone.
Violette acquiesça.
— C’était un de tes amis ? continua Jude.
— Je… Son visage se tordit, elle ferma les yeux. Après quelques battements de cœur, elle laissa échapper un sanglot silencieux. Je… ne… Je ne me souviens pas.
— C’est pas grave, dit Jude avec douceur.
Violette se tourna vers Nathan, une larme coulant sur sa joue tuméfiée.
— Je ne sais pas qui c’est, murmura-t-elle.
— C'est bon, Violette. Il lui donna une petite tape sur l'épaule.
Le côté argenté se froissa alors qu’elle saisissait la couverture de survie à deux mains, tout son corps tremblant de sanglots silencieux. Les larmes creusèrent des sillons nets à travers le sang et la crasse sur son visage.
— Ça suffit pour l’instant, dit l’ambulancier. Nous l’avons gardée ici trop longtemps. Il faut l’emmener à l’hôpital.
Nathan et Jude s'écartèrent alors que Violette était transportée à l'arrière de l'ambulance. Les gyrophares s’allumèrent et le moteur se mit à rugir.
Jude laissa échapper un long soupir.
— Je suppose que nous devrions aller inspecter la zone où tu l’as trouvée… La sonnerie de son téléphone l’interrompit une fois de plus. Elle vérifia sa montre et fit claquer sa langue. C’est encore ma fille. Elle a été très malade et avec les horaires que je fais ces derniers temps…
— C’est bon, Jude. Si tu as besoin de rentrer chez toi, vas-y.
Jude fit la moue.
— Je ne devrais vraiment pas.
— Mais si, vas-y. Tes enfants ont besoin de toi. Il lui tapota l’épaule. Tu es ici depuis plus longtemps que moi de toute façon. Je vais m’occuper de ce bordel.
Elle hésita.
— Tu es sûr que ça ne te dérange pas ?
— Pas du tout. Il la dirigea vers sa voiture. Rentre chez toi et couche tes enfants.
Jude lui adressa un sourire fatigué et se redressa un peu, comme si un lourd fardeau avait été retiré de ses épaules.
— Merci Nathan. Je peux toujours compter sur toi.
Deux heures plus tard, Nathan, à côté de la sienne, regardait la dernière voiture de police s’éloigner de la scène. Dès que les feux arrière se furent noyés dans la nuit, il se faufila sous le ruban de police et retourna vers la cabane.
Il était temps de mettre fin à cette enquête.
Même s’il détestait trafiquer les preuves, les affaires impliquant des métamorphes ne devaient pas être résolues. Ce que Jude ne savait pas ne devait pas l’empêcher, elle et ses enfants, de dormir.
Il devait se débarrasser du second corps, mais il avait d’abord autre chose à faire. Violette s’était souvenue d’un tatouage, qui déchaînerait l’enfer si elle le revoyait.
Le vent soufflait autour de lui tandis qu’il plissait les yeux dans l’ombre noire de la cabane. Rien. En clignant des yeux, il leva son visage vers les cieux et, comme tout à l’heure, chercha Vénus. L’étoile du soir rayonnait et lui chantait une douce mélodie qu’il était le seul à pouvoir entendre. Son corps y répondait et ses paupières intérieures apparurent de nouveau.
Il tira la langue et l’obscurité fut inondée de brouillards phosphorescents et colorés. Chaque teinte de l’arc-en-ciel semblait vivante et faite de son cortège de saveurs. La lumière éthérée commença à s’estomper, mais avec un autre coup de langue, elle redevint limpide.
Comme un limier, il suivit les traînées, virant à gauche ou à droite selon les indications de sa langue fourchue. Mais contrairement à un limier, au lieu des odeurs, c'étaient les émotions et les intentions qu’il suivait, les désirs et les intérêts, le mélange particulier qui constitue l’âme d’un être.
Il filtra progressivement les senteurs familières de Jude et des autres officiers et ambulanciers. Il réduisait ainsi l’arc-en-ciel à quelques couleurs. Bientôt, il isola celles de Violette et de la jeune fille décédée pour en faire abstraction également. Il ne restait que peu de traînées.
Il fit appel à son énergie vénusienne et, comme on souffle de la buée en hiver, il l’insuffla dans les traînées restantes, pour les éclaircir et les rendre plus nettes dans cette obscurité. Des nuages subtils de lumière s’étaient rassemblés en divers endroits. Ils représentaient les échos de moments passés, des instantanés des plus fortes émotions du sujet. Avec une autre bouffée d’énergie vénusienne, il canalisa son attention sur ces endroits jusqu’à ce que des visages brumeux apparaissent. Il inspecta chacun d’eux jusqu’à ce qu’il trouve ce qu’il cherchait.
Nathan poussa un gros soupir de soulagement. Juste là, dans l’écho vaporeux du cou de l’homme, se trouvait le tatouage d’un scorpion de cristal.
Ignorant ses émotions grandissantes. Nathan continua à suivre la traînée dans la nuit.
CHAPITRE 2
Agression de Papilles
Violette se réveilla en sursaut ; quelqu'un avait saisi son bras. Des flashs de son enlèvement lui traversèrent l'esprit et elle se dégagea d'un coup sec.
— C'est bon, Violette, dit une voix féminine. Je vérifie juste tes signes vitaux.
Sa panique disparut lorsqu'elle reconnut l'infirmière près de son lit. Elle se détendit au creux des oreillers et se frotta les yeux.
— Je vais vérifier ta tension artérielle, d'accord ?
Avant que Violette ne puisse répondre, l'infirmière enfila le brassard de prise de tension et mit en marche la pompe électrique. La pression exercée sur le bras de Violette avait à peine dépassé le stade de l'inconfort que l'infirmière relâcha la pression et nota le résultat. Puis, elle passa rapidement à la vérification de la température et du rythme cardiaque de Violette.
Violette se réprimandait silencieusement. Elle aurait dû être habituée à cette routine, depuis qu'une infirmière vérifiait ses signes vitaux à peu près toutes les six heures. Les infirmières et les médecins de l'hôpital de Brookhaven s'étaient bien occupés d'elle, mais cela ne changeait rien au fait qu'elle détestait être là. Pour elle, tous les hôpitaux étaient horribles, avec leurs murs blancs, les posters promotionnels « Demandez à votre médecin » et les effluves de fluides corporels infectés mélangés à la forte odeur d'antiseptique.
Mais même les odeurs et l'ambiance semblaient infiniment plus supportables que la douleur permanente que représentaient les hôpitaux pour elle. C’était le souvenir cuisant de sa mère l'abandonnant dans l'un de ces bâtiments froids et solitaires peu après son accouchement. Violette avait depuis longtemps abandonné l'idée que sa mère reviendrait un jour la réclamer, mais cela n'empêchait pas son chagrin de refaire surface chaque fois qu'elle était obligée de pénétrer dans l'un de ces lieux maudits.
— Hmm, dit l'infirmière, en notant quelques notes sur le presse-papiers au bout du lit de Violette. Tes blessures guérissent bien, mais tu as toujours un peu de fièvre. Je vais m'assurer que tu reçoives une autre dose de Tylenol.
Violette acquiesça, chassant les larmes de son visage et ravalant la boule qui se formait dans sa gorge.
Malgré le lourd poids des émotions, rester à l'hôpital était toujours préférable à l’autre option. Un léger frisson parcourut le corps de Violette à l'idée d'être renvoyée chez sa famille d'accueil.
L'infirmière fronça les sourcils.
— Tu as froid ?
Violette répondit par un petit signe de tête. C'était mieux que de donner la vraie explication. Comment pouvait-elle supporter de faire face à sa « maison » maintenant que Lyla-Rose était partie ? Lyla avait été sa bouée de sauvetage, l'étincelle dans l'obscurité, la brise sous ses ailes brisées. Lyla avait permis à Violette de continuer à vivre, elle était sa seule amie au monde. Et à présent, elle aussi était partie.
— Je vais te chercher une couverture chaude. L'infirmière lui fit un sourire rassurant et quitta la pièce.
Violette fixa le motif terne des dalles du plafond, essayant de respirer malgré l'oppression croissante dans sa poitrine.
Morte. Lyla est morte.
Cette fois, elle n'essaya même pas de faire disparaître les larmes. Elles coulèrent en cascade sur ses joues et elle enfouit son visage dans son oreiller. Les maux et les douleurs qui n'étaient pas encore complètement guéris réapparurent alors que son corps tremblait de sanglots.
Les derniers jours étaient flous, assombris par la douleur et emmêlés dans une suite constante d'infirmières, de médecins, d'assistants sociaux et d'officiers de police. La police l'avait interrogée sur tous les détails. Qu’est-ce qui s’est passé ? Qui ? Mais Violette avait beau essayer, elle ne se souvenait de rien, sauf d'une image éclatante. Un cou avec un scorpion de cristal tatoué.
Violette ferma les yeux et enfonça le bout de ses doigts dans son crâne. Allez. Réfléchis ! Essaie de te souvenir. Cela ne changea rien. Ses souvenirs restaient verrouillés. Pendant l'espace de quelques battements de cœur, la peur écarta la frustration. Qu'est-ce qui n’allait pas chez elle ? Pourquoi ne pouvait-elle pas se souvenir ?
Un vague murmure traversa les pensées de Violette. À mesure qu’il s’intensifiait, Violette reconnut la voix de baryton de son médecin et la voix plus légère de son assistante sociale, Miranda. À en juger par le ton de leur conversation, le sujet était sérieux.
Violette se blottit rapidement contre ses oreillers et feint de dormir lorsque les deux s’arrêtèrent devant sa porte.
— Nous ne pouvons pas la garder ici indéfiniment, Miranda.
— Je sais, je sais… J’espérais pouvoir trouver un autre foyer pour elle, mais à son âge, c’est presque impossible.
Une légère panique s’empara de Violette.
— Je comprends, mais elle est ici depuis presque deux semaines et c’est seulement parce que nous ne sommes pas débordés de patients en ce moment. Elle est plus que prête à sortir. Je ne dirige pas un centre d’hébergement.
— Vous avez raison. J’ai compris. Et je ne peux que vous remercier de l’avoir gardée plus longtemps que nécessaire. Je ne peux juste pas supporter l’idée de la ramener chez ces épouvantables personnes.
— J’aimerais pouvoir faire plus pour vous aider. Vraiment. Mais pour l’instant, tout ce que je peux vous donner c’est le reste de l’après-midi. Vous devez la ramener aujourd’hui.
— Merci, j’apprécie réellement. Ça devrait me laisser assez de temps pour passer encore quelques appels.
— Très bien. Pour l’instant, laissons-la dormir. Je vais m’assurer qu’une des infirmières vous donne les formulaires de sortie.
On entendit les bruits de pas sur le linoléum de l’hôpital.
Violette rouvrit les yeux.
Aujourd'hui. Miranda la ramenait à la maison aujourd'hui. Ses sourcils se froncèrent tandis qu'elle analysait ses options. Bien sûr, elle n'avait nulle part où aller, mais elle avait seize ans. Elle n'était plus une enfant. Elle pouvait se débrouiller seule, faire de l’autostop jusqu'à la ville, trouver un travail, faire profil bas jusqu'à ce que les services de l'enfance l'oublient. Le plan n'était pas infaillible, mais il était hors de question qu'elle retourne dans une famille d'accueil. De cela, elle était sûre. Elle en avait fini.
Elle jeta sa couverture et grimaça. Une autre chose dont elle était sûre, c'est qu'elle avait besoin d'analgésiques pour la route.
Quelques instants plus tard, Violette était habillée et son petit sac en jean, contenant les quelques affaires que Miranda avait récupérées pour elle, était en bandoulière. Elle passa la tête dans le couloir et vérifia des deux côtés avant de quitter la chambre.
Avec le temps, elle était devenue une pro pour se faufiler. Elle évita le poste des infirmières et se cachait dans le couloir dès que quelqu'un passait et pouvait la reconnaître. Elle eut un peu de chance et parvint sans problème à la pharmacie de l'hôpital.
L'accès pour les patients était fermé, tout comme la porte sur le côté. Le pharmacien était soit en train de faire sa tournée, soit en train de déjeuner. Après avoir jeté un coup d'œil pour s'assurer que personne ne la regardait, Violette fouilla dans son sac et en sortit quelques épingles à cheveux. Elle en coinça une entre ses dents, plia le métal, puis enfonça ses crochets de fortune dans la poignée de la porte de la pharmacie avec une finesse acquise par des heures de pratique.
Clic.
Parfait. La porte s’ouvrit en douceur.
— Tu sais, dit une voix grave derrière elle, c’est une chose de s’enfuir de l’hôpital, mais voler des médicaments, c’est un raccourci pour la maison de correction.
Violette se figea. Elle avait à peine ouvert la porte d'un centimètre. Dans son champ de vision, un type était appuyé contre le mur à côté de la porte de la pharmacie – un des flics qui lui rendaient souvent visite et l'interrogeaient sur le meurtre de Lyla. Il ne la regardait pas. À la place, il inspectait négligemment ses ongles.
Elle jeta un coup d'œil vers la sortie de l'hôpital à l'autre bout du couloir.
— Je ne ferais pas ça si j'étais toi, prévint-il. Tu serais plaquée au sol et menottée avant même que le capteur de la porte coulissante ne détecte ta présence.
Violette fronça les sourcils. Ses côtes, sa cuisse et sa cheville n'étant pas encore guéries à cent pour cent, il avait probablement raison.
— Mais ce que je ferais, continua-t-il, c'est réfléchir très soigneusement aux décisions à prendre maintenant. Il la regarda du coin de l'œil. Si tu prends de sages décisions, alors il est probable que j'oublierai de dire quoi que ce soit à ma coéquipière et au directeur de l'hôpital. Sans parler de Miranda. Elle serait effondrée si elle savait ce que tu faisais. Elle n'a cessé de chanter tes louanges.
Violette hésita, mais le regard d'acier dans les yeux fauves l’invitait à agir vite, sinon il agirait, lui. Avec un soupir juvénile, elle retira ses épingles à cheveux de la serrure et lâcha la porte, qui se referma lentement avec un ronflement pneumatique. Toute son adrénaline s'était tarie, ne laissant que la honte. Le flic allait sûrement moucharder de toute façon et Miranda allait la tuer.
— Par ici, petite, dit le flic. Il se dirigea vers le couloir, dans la direction opposée à la sortie de l’hôpital. Violette jeta un regard de regret vers la porte de la liberté. Elle pouvait encore s’enfuir, le flic ne prenait même pas la peine de vérifier qu’elle le suivait.
Elle grimaça. De qui je me moque ?
Avec un soupir de défaite, Violette suivit le policier, mais après quelques pas, elle fronça les sourcils. Il ne la ramenait pas dans sa chambre. À la place, il poussa une porte vitrée qu’il lui tint pour la laisser entrer.
— Ce n’est pas ma chambre.
— Je sais, fut tout ce qu’il dit en lui faisant signe d’entrer.
Le monde dans lequel elle pénétra était en contraste total avec l’hôpital stérile : les jardins botaniques de l’établissement. De hauts arbres s’élevaient au-dessus d’elle. Au lieu des murs blancs, toutes les nuances de vert s’étendaient et grimpaient dans toutes les directions et n’étaient interrompues que par un vaste éventail de fleurs éclatantes. L’eau ruisselait musicalement le long d’un mur rocheux près de la porte. Une brise légère, chargée des parfums de la terre et des fleurs, chassait l’odeur de l’antiseptique.
D’autres patients se promenaient le long du sentier sinueux ou bien s’asseyaient sur les bancs prévus à cet effet. Une infirmière poussait une dame âgée en fauteuil roulant, mais elle s’arrêta pour permettre à sa patiente de caresser une fleur de sa main ridée.
— Que fait-on ici ? demanda Violette.
— On essaie un peu de se souvenir que la vie n’est pas toujours pourrie.
Il remonta le chemin de quelques pas et s’installa sur un banc qui surplombait l’étang alimenté par une cascade artificielle.
Violette fronça les sourcils. C’était quoi le problème de ce type. Il venait de l’arrêter pour avoir essayé de voler des médocs et au lieu de se féliciter, il voulait se détendre dans la nature ?
Après quelques instants, Violette s’approcha et s’affala à l’autre bout du banc. Elle le regarda du coin de l’œil. Il avait les yeux fermés et son visage était levé, captant les rayons du soleil qui éclairaient les feuilles. Elle pensa qu’il avait la quarantaine, à en juger par les mèches argentées dans ses cheveux noirs et la barbe poivre et sel le long de sa mâchoire carrée. Les rides sur son front, autour de ses yeux et de sa bouche, lui donnaient un air de « je vais te botter le cul ». Sa taille imposante et sa carrure musclée ne faisaient qu’ajouter à son air intimidant.
Pourtant, Violette ne se sentait pas effrayée comme avec les autres flics, ceux qui aimaient utiliser leur badge et leurs muscles pour intimider les coupables et les amener à la soi-disant justice. Quelque chose en lui était rassurant.
— Alors petite, tu veux me dire pourquoi tu essayais de t’enfuir ?
Violette tripotait les manches de son pull en regardant les carpes koï orange qui glissaient tranquillement dans l’eau.
— Je n’essayais pas de m’enfuir.
— Oh, vraiment ? Alors comment tu appelles ça ?
Elle replia ses jambes sur le siège et agrippa ses genoux.
— J’étais...
Quelques instants de silence passèrent. Elle ne pouvait pas se résoudre à finir sa phrase. C’était inutile. Le flic était probablement en train de répéter mentalement son sermon, y compris les menaces d’utiliser son Taser pour la renvoyer chez son horrible famille d’accueil. Parce que c’était ce qu’il fallait faire. Parce qu’elle n’était pas assez âgée pour s’occuper d’elle-même. Blablabla…
Au lieu de cela, il ouvrit un peu sa veste, y plongea la main et en sortit un sac en papier blanc. Il l’ouvrit et le tendit vers elle, révélant une sorte de bonbon en forme de disque noir. Elle en prit un. Lui aussi et il le mit dans sa bouche avant de remettre le sac dans sa veste.
Violette inspecta les deux faces du disque. Une était lisse tandis que l’autre portait l’empreinte en relief d’une sorte de pièce de monnaie européenne. Avec un petit haussement d’épaule, Violette mit le disque dans sa bouche. Immédiatement, sa langue se suicida. Tout son visage se crispa alors que la saveur intense du sel et de la réglisse emplissait sa bouche.
— Mais c’est quoi ce… ? s’exclama-t-elle avant de recracher involontairement la saleté caoutchouteuse derrière elle, dans le jardin.
Des bruits de dégoût s’élevèrent, alors qu’elle essayait de se débarrasser de ce goût persistant. Comme ça ne marchait pas, elle frotta sa langue sur sa manche.
— Quel gâchis, dit le flic. Son expression contenait un soupçon d’amusement.
— C’est quoi ce truc ?
— Je crois qu’ici on appelle ça de la réglisse hollandaise.
Le visage de Violette se tordit de dégoût.
— Beurk ! Rappelez-moi de ne plus jamais en manger un.
Son amusement se transforma en sourire.
— Oh, allez. Ce n’est pas si mauvais.
— Vous rigolez ? Je préférerais lécher par terre ! Beurk !
Il gloussa à cette remarque, d’une résonance grave provenant du fond de sa poitrine.
— Violette, te voilà !
Violette se retourna pour voir Miranda faire irruption par la porte à quelques mètres de là. Son visage était calme, mais ses yeux flamboyaient. Oh oh, elle est furieuse.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Miranda. S’il te plaît, dis-moi que tu n’essayais pas encore de t’enfuir ? Tu penses sérieusement que vivre dans la rue est la meilleure option pour toi ? C’est déjà assez terrible qu’une fille soit morte et maintenant tu…
— C’est bon, coupa une nouvelle voix. Un autre flic que Violette reconnut, une femme d’âge mûr s’approcha de Miranda et lui toucha l’épaule. Nous l’avons trouvée.
Violette se mit en boule et agrippa à nouveau ses jambes. Ses yeux étaient remplis de larmes.
— Viens, Miranda, dit la policière en l’éloignant de Violette. Et si on discutait un peu ? Nathan, tu veux bien ?
— Je reviens petite. Il lui tapota l’épaule et alla rejoindre les dames.
Ils se regroupèrent à quelques mètres, assez près pour pouvoir garder un œil sur Violette – et pour qu’elle puisse continuer à entendre leur conversation malgré leurs chuchotements.
— Je suis désolée Jude, dit Miranda.
— Tu n’as pas besoin de t’excuser auprès de moi.
— Je sais. Je suis juste… Je ne sais pas quoi faire. Je comprends pourquoi elle s’enfuit. Vraiment. Je ferais pareil à sa place. Cela fait des jours que je passe des coups de fil pour essayer de lui trouver une nouvelle maison, mais même les logements d’urgence sont saturés. J’ai juste…Elle prit sa tête dans ses mains et poussa un gémissement de frustration.
— Je te comprends Miranda, dit Jude. Je n’aime pas non plus l’idée qu’elle retourne chez ces gens. Si je n’avais pas déjà deux enfants à élever, je lui offrirais un lit sans hésiter.
— Merci, j’apprécie. Et toi aussi Nathan. Merci de t’être assuré qu’elle ne parte pas. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si elle avait encore disparu.
— Elle ne peut pas rester ici encore une nuit ? demanda Nathan.
Miranda fit non de la tête.
— J’ai déjà essayé. Violette n’est plus la bienvenue. Je dois l’emmener aujourd’hui et le mieux que je puisse faire pour l’instant, c’est de la placer dans un foyer en ville – du moins, jusqu’à ce que je trouve des parents prêts à accueillir une fille de seize ans. Si seulement elle avait dix ans de moins.
Violette laissa tomber sa tête sur ses genoux.
— Il se trouve que j’ai une chambre d’amis inutilisée, dit Nathan.
— Oh mon Dieu ! Vous feriez ça ? s’exclama Miranda.
— Écoutez, je ne sais pas si c’est acceptable ou non qu’un policier la recueille, mais…
— Ne vous inquiétez pas, coupa Miranda. Laissez-moi faire. Ce ne sera que temporaire. Je vous le promets.
— Nathan, tu es sûr de toi ? dit Jude. Ce n’est pas comme prendre un chiot, tu sais.
— Oui je sais. Mais la petite a eu une vie difficile. Je peux au moins lui offrir un lit pour quelques jours. En plus, tu peux me donner quelques conseils Jude ?
Jude ricana.
— Je n’ai pas encore fait l’expérience des sautes d’humeurs adolescentes. Je n’en connais pas plus que toi.
— Qu’est-ce-qu’il y a de différent ?
— Super, c’est réglé. Miranda énumérait la liste des formulaires qu’elle devait préparer avant d’amener Violette chez Nathan.
— Alors Violette, dit Jude.
Violette leva la tête vers Jude, Nathan à ses côtés. Miranda était déjà en train de passer un coup de fil derrière eux.
— Des dispositions temporaires ont été prises pour que tu puisses rester dans la chambre d’amis de Nathan jusqu’à ce qu’un meilleur logement soit trouvé. Jude inclina la tête vers Nathan. Tu crois que tu pourras supporter ce type pendant quelques jours ?
Violette se mordilla l’intérieur de la joue. L’idée de rester avec un flic était un concept étranger. Mais quelle autre option avait-elle ? Pour un flic, il n’était pas si mal. Il n’était pas obligé de lui donner une seconde chance après l’avoir arrêtée pour s’être introduite dans la pharmacie et il ne l’avait pas dénoncée. En fait, jusqu’à présent, la pire chose qu’il avait faite était d’agresser ses papilles avec ce disque au goût de goudron.
— Ouais, dit-elle en acquiesçant lentement. Je pense que je peux gérer ça.
CHAPITRE 3
Stupide Rose
TROIS ANS PLUS TARD
Nathan soupira de soulagement lorsqu’il repéra une place de stationnement libre près de l’entrée de la fac.
— Ça doit être mon jour de chance, dit-il à voix basse.
La jeep s’immobilisa et une Violette endormie sursauta sur le siège passager. Ses bras s’agitaient dans tous les sens, cognant le tableau de bord, et elle cria, les yeux toujours fermés.
Nathan se pencha vers elle et saisit un de ses bras.
— Réveille-toi ! Ce n’est qu’un rêve.
Elle émit un grognement étranglé, luttant contre sa prise.
— Violette !
Ses yeux s’ouvrirent brusquement et des râles hargneux remplacèrent les cris. Elle regarda autour d’elle, les sourcils froncés par la confusion. Lorsqu’elle aperçut Nathan, elle se laissa tomber sur son siège et gémit.
— Désolée, j’ai dû m’endormir. J’ai encore crié ?
Nathan hocha la tête, les lèvres serrées dans un sourire.
— Toujours le même rêve ?
Violette se frotta les yeux.
— Oui, l’homme sans visage avec le tatouage dans le cou.
Une vague familière de culpabilité déferla dans la poitrine de Nathan. Ce satané tatouage. Le traumatisme de Violette s’était accroché à cette image de façon si acharnée qu’il était impossible de l’effacer. Il prit une inspiration et retint son soupir.
— Ne t’inquiète pas Vi. Ce n’était qu’un rêve.
— Oui je sais. Son ton était empreint d’une frustration persistante. Elle tourna son attention vers les bâtiments à l’extérieur.
— Ouah. On est arrivé.
Ils sortirent de la voiture et ramassèrent les affaires de Violette à l’arrière.
Un type aux cheveux gras et à la veste en vinyle noire hérissée de pointes métalliques heurta Nathan, faisant tomber le carton qu’il portait. Le gamin ne s’arrêta pas et ne s’excusa même pas. Nathan grogna une série mots bien sentis en se penchant pour rassembler le contenu éparpillé du carton. Il cessa quand Violette vint se placer à côté de lui.
— Bon sang, les gamins de nos jours, dit-il en fouillant d’une main dans les objets à la hâte. S’il a cassé ton appareil photo, je te jure que je vais…
— Ne t’en fais pas. Je l’ai ici. Violette montra l’appareil, qui était suspendu à une sangle autour de son cou.
Nathan resserra sa prise sur le carton, toujours aussi renfrogné.
— Si quelque chose est cassé, tu peux blâmer le punk aux cheveux bleus là-bas.
Il pointa le menton en direction d'un groupe d'étudiants aux cheveux colorés bizarres. En plus du vinyle noir brillant, plusieurs d'entre eux portaient des colliers de chien cloutés et il grimaça lorsqu'il aperçut un type arborant du rouge à lèvres noir.
Violette regarda, ajustant sa prise sur son oreiller et sa valise.
— Je dirais que ce sont des goths, pas des punks.
Nathan ricana.
— Quelle différence ça fait ?
Violette se mordit la lèvre. Il savait que c'était sa façon de retenir un sourire en coin.
— Eh bien, si tu mets des lunettes, mon vieux, tu remarqueras l'absence d'épingles à nourrice et de crêtes.
— Crêtes ou pas, ils ont de la chance que je n'aille pas là-bas, dit Nathan d'un ton pince-sans-rire.
Cette fois, Violette sourit d’un air narquois.
— Pourquoi ? Tu as peur qu'ils découvrent que tu sens la naphtaline ?
— Pour information, ce n'est pas de la naphtaline. C'est Old Spice.
Elle rejeta la tête en arrière et se mit à rire
— Sérieux ? Tu portes quelque chose qui a littéralement le mot vieux dans son nom.
Nathan sourit. Elle avait un si beau rire – une évolution récente pour la fille qui continuait à s'épanouir et à se débarrasser des restes de son ancienne vie. L'image de la nuit où il l'avait trouvée pour la première fois resterait gravée dans son cerveau, mais la fille qui se tenait devant lui était tout à fait différente. Ses yeux gris-bleu – qui tranchaient avec la teinte de ses cheveux châtain foncé, longs aux épaules – étaient plus pétillants et amusés. Lorsqu'elle souriait, ses pommettes anguleuses et bien définies devenaient rondes et pulpeuses, preuve qu'un régime alimentaire sain et de l'exercice physique avaient comblé sa carrure auparavant décharnée.
Elle avait fêté son dix-neuvième anniversaire il y a quelques semaines et comme elle l'avait demandé, il s'agissait d'un barbecue discret avec Jude et les enfants. Nathan avait beau s'inquiéter de la voir se débrouiller seule, il savait qu'elle était plus que prête. Il avait fait de son mieux pour la préparer à s'occuper d'elle-même. Elle avait un instinct de tueuse, tant qu'elle ne paniquait pas en premier.
Il la poussa du coude.
— Ouais, ouais. Viens, ça devient lourd.
Ils firent quelques pas, puis Nathan s'arrêta net.
— J'ai failli oublier. Il tenait le carton d'une main et sortit un trousseau de clés de voiture de la poche de sa veste. La dernière chose que je veux, c'est qu'un grossier personnage me vole ma nouvelle voiture.
Il appuya sur le bouton de verrouillage de la télécommande. Violette sourit à nouveau.
— Quoi ? Il prit un ton défensif. Je ne l'ai que depuis une semaine.
Elle rit et secoua la tête.
— Allez. Tout va bien se passer pour ta jeep.
Un large escalier en pierre menait du parking à l'entrée de l’université. Elle consistait en deux piliers de briques rouges avec des pierres d'angle blanches, s'élevant sur deux étages. Au sommet se trouvait une arche décorative noire bordée d'or. L'emblème de l’université, un livre ouvert soutenu par un bouclier, se trouvait au sommet et, en dessous, on pouvait lire Monarch Grove College en lettres d'argent. Les hautes portes noires s'ouvraient, invitant les nouveaux arrivants à pénétrer dans l'enceinte.
Violette s'arrêta à l'entrée, le front plissé. Son expression rappelait à Nathan le premier jour où elle était arrivée chez lui, il y a trois ans, peu de temps après sa sortie de l'hôpital. À l'époque, sa nervosité était évidente, même pendant la visite de sa nouvelle chambre.
Il se pencha vers elle et lui donna un léger coup de coude.
— Tu sais, cette toile vierge dans la vie dont tu parles sans cesse ? Elle est derrière ces portes.
Elle soupira.
— Je sais. Elle ne bougeait toujours pas.
— Ce n'est pas ici, sur les marches, Vi.
Il ne reçut pas la réponse sarcastique à laquelle il s’attendait. Au contraire, les yeux de la jeune femme se firent encore plus angoissés.
— Je ne sais pas si je peux le faire, Nathan.
Nathan cligna plusieurs fois des yeux et se gratta le sommet du crâne.
— Euh… eh bien… C'était dans ces moments-là qu'il aurait aimé être plus du genre à faire des discours d'encouragement. Écoute, de mon point de vue, tu peux abandonner maintenant et passer le reste de ta vie à te demander « et si », ou tu peux franchir ces portes la tête haute, en sachant que tu mérites tout à fait d'être ici. Tu te feras des amis, tu iras à des fêtes, tu étudieras beaucoup, puis tu repartiras avec ton diplôme durement gagné. De toute façon, c'est à toi de décider.
Elle acquiesça plusieurs fois en se mordillant la lèvre inférieure.
— Mais je n'ai jamais fait quelque chose d'aussi important.
Nathan haussa les épaules.
— Oui, mais tu ne sauras jamais si tu en es capable si tu n'essaies pas.
Elle renifla et, à son grand soulagement, les coins de sa bouche se relevèrent en un sourire.
— Alors, Violette. Que fais-tu ?
— D'accord. Elle acquiesça. Je vais essayer.
— Super ! Je ne voudrais pas me dire que nous avons fait deux heures de route pour rien.
Elle rit et lui donna un coup de poing amical avant de franchir les portes.
La lumière du soleil scintillait à travers la voûte feuillue qui surplombait le chemin et la végétation parfaitement entretenue qui se trouvait en dessous fleurissait de centaines de fleurs aux couleurs vives. Des bancs étaient disséminés dans les jardins, la plupart déjà occupés. Les bâtiments du campus, qui suivaient généralement le style de la brique rouge avec la pierre d’angle blanche, étaient visibles au-delà des arbres. Les dortoirs étaient faciles à repérer grâce aux baies vitrées qui s'ouvraient et se refermaient sur les façades des bâtiments, contrastant avec les amphithéâtres linéaires et les établissements communautaires.
La chambre de Violette se trouvait au deuxième étage d'un des dortoirs. Ils se frayèrent un chemin parmi les innombrables étudiants, parents et personnes chargées de l'accueil, en veillant à ne pas trébucher sur les cartons et la literie qui n'avaient pas encore été installés dans les chambres.
Finalement, ils arrivèrent devant la chambre numéro 2052 de l'aile ouest. La porte était entrouverte et Violette hésita.
Nathan lui posa la main sur l'épaule.
— Une toile vierge, tu te souviens ?
Lorsqu'elle se tourna vers lui, il fut soulagé de voir que son expression n'était pas craintive. Au contraire, ses yeux brillaient d'excitation. Avec un sourire et un signe de tête, elle poussa la porte.
— Aïe ! glapit une voix masculine à l'intérieur.
— Qu'est-ce que… ?
Violette recula sur Nathan et le carton qu'il portait bascula et se renversa pour la deuxième fois de la journée.
La porte s'ouvrit lentement, révélant un homme qui se tenait le visage. Quelques gémissements de douleur s'échappaient d'entre ses doigts.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda une voix féminine plus loin dans la pièce.
Le type se contenta de gémir.
Une fille toute menue avec des dreadlocks châtains qui pendaient jusqu'à la taille apparut. Elle portait le t-shirt d’un groupe de heavy metal bien large et un short en jean bleu bordé de dentelle blanche. Sa peau était dorée, soit par le soleil, soit par l’autobronzant ; on aurait dit qu'elle venait de rentrer de la plage.
— Montre-moi. Elle lui éloigna les mains de son visage.
— Aïe ! Attention, Autumn !
— Arrête de faire le bébé et montre-moi. Après l’avoir examiné, elle le lâcha et lui donna un coup sur l'épaule. Il n'y a pas de sang. Tu vas bien.
Il répondit par un grognement de dérision. Puis, il désigna Violette.
— Je crois que ta colocataire est là.
Les dreadlocks se déployèrent en éventail tandis que la jeune fille tournait sur elle-même.
Les yeux de Violette se révulsèrent. Ses mains couvrirent sa bouche et ses joues devinrent rouges.
— Je suis vraiment désolée. Je n'avais aucune idée que... oh mon Dieu. Est-ce que ça va ?
La jeune fille sourit.
— Ne t'inquiète pas, il va bien.
Elle mit les mains sur les hanches. Son nez fin se plissa tandis qu'elle regardait Violette de haut en bas avec ses yeux marron foncé.
— Alors... tu es ma nouvelle colocataire.
Même si la jeune fille mesurait quelques centimètres de moins que Violette, elle dégageait une intensité qui fit reculer Violette contre Nathan.
— Oui, dit la jeune fille après quelques battements de cœur. Je pense que tu feras l'affaire.
Le gars derrière elle grogna et roula des yeux.
— Ne fais pas attention à Autumn. Tu finiras par t'habituer à ses manières autoritaires.
Il s'avança devant elle et lui tendit la main.
— Bonjour, je suis August.
Il était plus grand que Violette, mais il lui restait encore quelques centimètres à gagner avant d'arriver à la hauteur des yeux de Nathan. Ses cheveux bruns étaient coiffés en un chignon désordonné. Un jean délavé et déchiré était assorti à un t-shirt décolleté en V blanc et à une demi-douzaine de colliers faits de fils noirs, de perles de pierres précieuses, de cuivre et d'argent.
Après une légère hésitation, Violette lui serra la main, qui arborait une manchette turquoise délavée ornée de quelques bracelets assortis à ses colliers.
— Bonjour, je suis Violette.
— Génial.
Il sourit.
— Je suis encore une fois désolée de t'avoir frappé avec la porte.
August agita sa main libre, l'autre tenant toujours celle de Violette.
— Ne t’inquiètes pas. Il n'y a pas de dommages permanents. Il faudra beaucoup plus d'efforts pour abîmer ce joli visage.
La poignée de main se poursuivit pendant ce que Nathan estima être un temps infini. Finalement, il se racla la gorge et le garçon laissa tomber son sourire et la main de Violette. Violette inclina la tête.
— Voici Nathan.
— Cool.
August hocha la tête à la manière des poupées à l’arrière des voitures se dit Nathan. Il tendit la main.
— Enchanté de te rencontrer.
— Moi aussi, répondit Nathan en veillant à ce que son ton soit empreint d'une note d'avertissement. Il retint la tentation d'écraser la main du garçon, mais la saisit plus fermement que d'habitude. Le garçon cacha assez bien sa grimace de douleur, mais son soulagement fut évident lorsque Nathan relâcha la poignée de main.
— Alors, dit Nathan après une pause, Autumn et August ?
— Ouais, on peut blâmer nos mères hippies, dit August. Il mit ses mains dans ses poches, se balança sur ses talons et afficha un sourire crispé. Autumn fit un geste entre elle et August.
— Nous sommes cousins, nés à une semaine d'intervalle. Nos mères sont sœurs et ont pensé qu'il serait mignon que leurs bébés portent des noms à peu près identiques.
August se força à rire et prit un air indifférent
— Il ne leur est évidemment pas venu à l'esprit à quel point ce serait encore mignon une fois que nous aurions atteint l'âge adulte. Et au cas où vous vous poseriez la question, je suis né en mai, pas en août. Il marqua une pause. Et oui, pour être honnête, je suis content que ma mère ne m'ait pas appelé May. Mais si vous me demandez…
— Vous pouvez l'appeler Gus, dit Autumn en l’interrompant.
— Oui. C'est vrai. Gus, c'est bien. Il hocha à nouveau la tête et croisa les bras. Alors, Violette, qu'est-ce que tu penses de ta nouvelle chambre ?
— Elle ne l'a pas encore vue, dit Nathan.
Autumn eut un petit rire et les joues de Gus devinrent un peu rouges.
Ils ramassèrent tous les affaires de Violette du carton renversé et les cousins introduisirent Violette dans sa nouvelle maison. Deux lits, deux tables de chevet, deux bureaux, deux chaises de bureau et deux armoires se faisaient écho de part et d'autre d'une baie vitrée. À droite de l'entrée, une porte menait à une petite salle de bain et à gauche se trouvait une kitchenette avec un mini-frigo et un micro-ondes.
Autumn avait manifestement déjà pris possession de la partie droite. Des vêtements, des chaussures, des câbles électriques, des cartes d'alimentation et un certain nombre d'autres objets étaient éparpillés sur cette moitié de la chambre. Violette déposa sa literie sur le lit libre et Nathan posa le carton sur le bureau.
Autumn s'installa sur le siège sous la baie vitrée, les jambes repliées sous elle et tapota l'espace à côté d'elle.
— Viens et fais comme chez toi coloc.
Violette jeta un coup d'œil à Nathan. Il articula : Essaie. Elle lui adressa un léger sourire et traversa l'espace entre les deux lits pour s'asseoir à côté d'Autumn.
— Alors, Violette, qu'est-ce qui t'amène à l'université de Monarch Grove ? demanda Autumn.
— Euh, rien de spécial. Violette prit un coussin et le plaça sur ses genoux. Je fais juste de la photographie.
Nathan croisa les bras. Il détestait que Violette minimise ses talents. Depuis le jour où elle avait pris son vieil appareil poussiéreux, il savait qu'elle avait un sens aigu pour la photographie. Il n'oublierait jamais le sourire qu'elle avait affiché lorsqu'il lui avait acheté un nouvel appareil, avec suffisamment de boutons et de fonctions pour rivaliser avec un vaisseau spatial. Les murs de la maison étaient tapissés de ses œuvres encadrées.
— Et toi ? demanda Violette.
— J'étudie la cybersécurité et la programmation, dit Autumn, en s'allongeant et en se blottissant plus profondément dans les coussins.
Elle choisit une dreadlock et la fit tourner entre ses doigts. Le soleil entrait par la fenêtre et mettait en valeur la peau dorée de la jeune fille.
— Oh. Violette caressa l'un des pompons du coussin. Qu'est-ce que c'est ?
— C'est juste une façon élégante de dire « piratage ». Gus s'affala dans la chaise de bureau d'Autumn et pivota d'un côté à l'autre. Elle veut juste savoir ce que font les gens ordinaires sur Internet pour se protéger contre des gens comme elle. Il pointa un doigt accusateur vers sa cousine. Elle leva les yeux au ciel.
— Tais-toi, Gus. Tu sais très bien que tu ne serais pas ici sans mon « piratage », alors laisse tomber ton attitude hautaine et montre un peu de gratitude.
Il secoua la tête.
