Les Héroïdes - Ovide - E-Book

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Ovide

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Beschreibung

"Les Héroïdes" (en latin "Heroides" ou " Epistulae heroidum") sont un recueil latin de lettres fictives, ou héroïdes, en distique élégiaque composé par Ovide. Les dates de la composition et de la publication de l'œuvre ne peuvent pas être établies avec certitude: les lettres uniques sont écrites entre 15 av. J.-C. et 2, et les doubles lettres pendant l'exil du poète entre 8 et 18.

Ces lettres d'amour fictives reprennent des éléments mythiques, écrites, pour la plupart, par des héroïnes mythologiques ou quasi-légendaires. Des héroïnes souffrent de l'absence de l'homme qu'elles aiment et qui, le plus souvent, les a perfidement abandonnées. Comment peuvent-elles lui dire leurs souffrances ? En inventant, pour répondre à cette question, le genre de la lettre amoureuse, à la fois monologue tragique et cantate lyrique, Ovide explore le vertige des héroïnes blessées.

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Ovide

Les Héroïdes

table des matières

LES HÉROÏDES

ÉPÎTRE I - PÉNÉLOPE À ULYSSE

ÉPÎTRE II - PHYLLIS À DÉMOPHOON

ÉPÎTRE III - BRISÉIS À ACHILLE

ÉPÎTRE IV - PHÈDRE À HIPPOLYTE

ÉPÎTRE V - ŒNONE À PARIS

ÉPÎTRE VI - HYPSIPYLE À JASON

ÉPÎTRE VII - DIDON À ÉNÉE

ÉPÎTRE VIII - HERMIONE À ORESTE

ÉPÎTRE IX - DÉJANIRE À HERCULE

ÉPÎTRE X - ARIANE À THÉSÉE

ÉPÎTRE XI - CANACÉ À MACÉRÉE

ÉPÎTRE XII - MÉDÉE À JASON

ÉPÎTRE XIII - LAODAMIE À PROTÉSILAS

ÉPÎTRE XIV - HYPERMNESTRE À LYNCÉE

ÉPÎTRE XV - SAPHO À PHAON

ÉPÎTRE XVI - PÂRIS À HÉLÈNE

ÉPÎTRE XVII - HÉLÈNE À PÂRIS

ÉPÎTRE XVIII - LÉANDRE À HÉRO

ÉPÎTRE XIX - HÉRO À LÉANDRE

ÉPÎTRE XX - ACONCE À CYDIPPE

ÉPÎTRE XXI - CYDIPPE À ACONCE

LES HÉROÏDES

Publius Ovidius Naso – Ovide

1838 - Traduction: Nisard

ÉPÎTRE I - PÉNÉLOPE À ULYSSE

Ta Pénélope t'envoie cette lettre, trop tardif Ulysse. Ne me réponds rien, mais viens toi-même. Elle est certainement tombée, cette Troie, odieuse aux filles de la Grèce. Priam et Troie tout entière valent à peine tout ce qu'ils me coûtent. Oh ! Que n'a-t-il été enseveli dans les eaux courroucées, le ravisseur adultère, alors que sa flotte le portait vers Lacédémone ! Je n'aurais pas, sur une couche froide et solitaire, pleuré l'absence d'un époux. Je n'accuserais pas, loin de lui, la lenteur des jours, et, dans ses efforts pour remplir le vide des nuits, ta veuve ne verrait point une toile toujours inachevée pendre à ses mains fatiguées.

Quand m'est-il arrivé de ne pas craindre des périls plus grands que la réalité ? L'amour s'inquiète et craint sans cesse. Je me figurais les Troyens fondant sur toi avec violence. Le nom d'Hector me faisait toujours pâlir. M'apprenait-on qu'Antiloque avait été vaincu par Hector, Antiloque était le sujet de mes alarmes ; que le fils de Ménoete avait succombé, malgré ses armes trompeuses, je pleurais en songeant que le succès pouvait manquer à la ruse. Tlépolème avait rougi de son sang la lance d'un Lycien, la mort de Tlépolème renouvela mes frayeurs. Enfin, quel que fût, dans le camp des Grecs, le guerrier qui eût succombé, le cœur de ton amante devenait plus froid que la glace.

Mais un dieu équitable a servi mon chaste amour. Troie est réduite en cendres, et mon époux existe. Les chefs d'Argos sont de retour. L'encens fume sur les autels. La dépouille des barbares est déposée aux pieds des dieux de la patrie. Les jeunes épouses y apportent les dons de la reconnaissance, pour le salut de leurs maris, et ceux-ci chantent les destins de Troie vaincus par les leurs. Les vieillards expérimentés et les jeunes filles tremblantes les admirent. L'épouse est suspendue aux lèvres de son époux qui parle. Quelques-uns retracent sur une table l'image des combats affreux, et, dans quelques gouttes de vin, figurent Pergame tout entière :

« Là coule le Simoïs. Ici est le promontoire de Sigée. C'est là que s'élevait le superbe palais du vieux Priam. C'est ici que campait le fils d'Éaque, ici Ulysse. Plus loin Hector défiguré effraya les chevaux qui le traînaient. »

Le vieux Nestor avait tout raconté à ton fils, envoyé à ta recherche, et ton fils me l'avait redit. Il me dit encore Rhésus et Dolon égorgés par le fer, comment l'un fut trahi dans les bras du sommeil, l'autre par une ruse. Tu as osé, beaucoup trop oublieux des tiens, pénétrer la nuit, par la fraude, dans le camp des Thraces, et, secondé par un seul guerrier, en immoler un grand nombre à la fois. Était-ce là de la prudence ? Était-ce se souvenir de moi ? La crainte a fait battre mon sein jusqu'à ce qu'on m'eût dit que, vainqueur, tu avais traversé des bataillons armés sur les coursiers d'Ismare.

Mais que me sert qu'Ilion ait été renversée par vos bras, et que ses antiques remparts soient au niveau du sol, si je reste ce que j'étais lorsque Troie résistait à vos armes, si l'absence de mon époux ne doit point avoir de terme ? Détruite pour les autres, pour moi seule Pergame est encore debout, et cependant des bœufs captifs y promènent la charrue d'un étranger vainqueur. Déjà croît la moisson dans les champs où fut Troie, et la terre, engraissée du sang phrygien, offre au tranchant de la faux une riche culture. Le soc recourbé heurte les ossements à demi ensevelis des guerriers. L'herbe couvre les maisons ruinées. Vainqueur, tu restes absent, et je ne puis apprendre ni la cause de ce retard ni dans quel lieu du monde tu te caches, insensible à mes larmes. Quiconque dirige vers ces rivages sa poupe étrangère, ne s'en éloigne qu'après que je l'ai pressé de nombreuses questions sur ta destinée. Je confie à ses mains un écrit tracé de la mienne, et qu'il doit te remettre, si toutefois il parvient à te voir quelque part. Nous avons envoyé à Pylos, où règne le fils de Nélée, le vieux Nestor. Des nouvelles incertaines nous ont été rapportées de Pylos. Nous avons envoyé à Sparte. Sparte ignore aussi la vérité. Quelle terre habites-tu, et en quel lieu prolonges-tu ton absence ? J'aurais gagné davantage à ce que les remparts de Troie subsistassent encore (hélas ! inconséquente, je m'irrite contre mes propres vœux !). Je saurais où tu combats, je ne craindrais que la guerre, et ma crainte serait commune à beaucoup d'autres. Je ne sais ce que je crains. Cependant je crains tout dans mon égarement, et un vaste champ est ouvert à mes inquiétudes. Tous les périls que recèle la mer, tous ceux que recèle la terre, je les soupçonne d'être la cause de si longs retards. Tandis que je me livre follement à ces pensées, peut-être, car quels ne sont pas vos caprices, peut-être es-tu retenu par l'amour sur une rive étrangère. Peut-être parles-tu avec mépris de la rusticité de ton épouse, qui ne sait que dégrossir la laine des troupeaux.

Mais que ce soit une erreur, et que cette accusation s'évanouisse dans les airs : libre de revenir, tu ne veux pas être absent. Mon père Icare me contraint d'abandonner une couche que tu as désertée, et condamne cette absence éternelle. Qu'il t’accuse, s'il le veut. Je ne suis, je veux n'être qu'à toi. Pénélope sera toujours l'épouse d'Ulysse. Cependant mon père, vaincu par ma tendresse et mes prières pudiques, modère la force de son autorité. Mais une foule d'amants de Dulichium, de Samos et de la superbe Zacinthe, s'attache sans cesse à mes pas. Ils règnent dans ta cour, sans que personne s'y oppose. Ils se disputent mon cœur et tes richesses. Te nommerai-je Pisandre, Poybe, Médon le cruel, Eurimaque, Antinoüs aux mains avides, et tant d'autres encore, que ta honteuse absence laisse se repaître des biens acquis au prix de ton sang ? L'indigent Irus et Mélanthe, qui mène les troupeaux aux pâturages, mettent le comble à ta honte et à ta ruine.

Nous ne sommes que trois ici, bien faibles contre eux : une épouse sans force, le vieillard Laërte et Télémaque enfant. Celui-ci, des embûches me l'ont presque enlevé naguère. Il prépare, malgré tous, à aller à Pylos. Fasse les dieux que, selon l'ordre accoutumé des destins, il ferme mes paupières et les tiennes. C'est le vœu que font aussi et le gardien de nos bœufs, et la vieille nourrice, et celui dont la fidélité veille sur l'étable immonde. Mais Laërte incapable de supporter le poids des armes, ne peut tenir le sceptre au milieu de ces ennemis. Avec l'âge, Télémaque, pourvu seulement qu'il vive, acquerra des forces, mais sa faiblesse aurait maintenant besoin du secours de son père. Je ne suis pas assez puissante pour repousser nos ennemis du palais qu'ils assiègent. Viens, viens au plus tôt, toi, notre port de salut, notre asile. Tu as, et puisses-tu avoir longtemps, un fils dont la jeunesse doit se former à l'exemple de la sagesse paternelle ! Songe à Laërte, dont il te faudra bientôt fermer les yeux. Il attend avec résignation le jour suprême du destin. Pour moi, jeune à ton départ, quelque prompt que soit ton retour, je te paraîtrai vieille.

ÉPÎTRE II - PHYLLIS À DÉMOPHOON

Ta Phyllis, ton hôtesse du Rhodope, se plaint, Démophoon, que ton absence ait dépassé le terme promis à mon amour. Quand les croissants de la lune auraient, en se rapprochant, fermé quatre fois son orbite, l'ancre de ton vaisseau devait toucher nos rivages. Quatre fois la lune a disparu, j'ai vu quatre fois son disque se remplir, et l'onde de Sithonie ne ramène point de navires de l’Attique. À compter les instants, et les amants savent compter, ma plainte n'est pas prématurée. L'espérance aussi fut lente à m'abandonner. On croit tardivement ce qui fait mal à croire, et maintenant que ton amante s'afflige, c'est encore malgré elle. Souvent je me suis fait, pour t'excuser, une illusion mensongère. Souvent j'ai pensé que les autans orageux ramenaient tes voiles blanches. J'ai maudit Thésée, parce qu'il s'opposait à ton départ. Peut-être aussi n'a-t-il point retenu tes pas. J'ai craint quelquefois qu'en te dirigeant vers les ondes de l'Hèbre, ton vaisseau ne pérît submergé dans l'abîme des eaux. Souvent j'ai, pour ta santé, cruel, adressé aux dieux des prières, et fait, à genoux, fumer l'encens sur leurs autels. Souvent, en voyant les vents favorables au ciel et sur la mer, je me suis dit à moi-même : s'il vit encore, il vient sans doute. Enfin, tous les obstacles que peut rencontrer une marche empressée, mon fidèle amour les a imaginés ; j'ai été ingénieuse à trouver des raisons. Mais ton absence se prolonge, et ni les dieux par lesquels tu as juré, ne te ramènent, ni l'idée de mon amour ne te fait revenir. Démophoon, tu as livré aux vents et tes paroles et tes voiles. Je me plains de ne voir ni revenir tes voiles ni s'accomplir tes paroles.

Qu'ai-je fait, dis-moi, que de t'avoir follement aimé ? Ma faute a donc pu me faire démériter près de toi ? Mon seul crime, ingrat, est de t'avoir accueilli, mais ce crime doit être mon excuse et un mérite à tes yeux. Où est maintenant la foi jurée ? Où la main qui serrait ma main ? Où sont les dieux sans nombre attestés par ta bouche parjure ? Où est cet hyménée promis par elle, qui devait enchaîner nos vies l’une à l'autre, qui était le gage et la caution de notre union ? Tu jurais par la mer, jouet des vents et des ondes, par celle que tu avais souvent parcourue, par celle que tu devais parcourir encore, par ton aïeul, comme s'il n'était pas lui-même un trompeur, par cet aïeul qui calme les flots qu'ont soulevés les vents, par Vénus et ses traits trop puissants sur moi, par les traits de son arc, par ceux de ses flambeaux, par Junon, dont la divinité préside au lit nuptial, par les mystères sacrés de la déesse armée d'une torche. Si de tant de divinités, chacune venge son honneur outragé, non, tu ne pourras suffire aux châtiments.

Mais n'ai-je pas, dans mon délire, réparé ta poupe brisée, raffermi la carène qui devait t'aider à m'abandonner ! Je t'ai donné des rameurs pour servir ta fuite. Je souffre, hélas ! des blessures que mes traits ont faites. J'ai cru aux douces paroles dont ta bouche est prodigue. J'ai cru à ta naissance et aux dieux dont tu descends. J'ai cru à tes larmes. Ont-elles donc aussi appris à feindre ? Sont-elles aussi capables d'artifice, et coulent-elles au gré de ta volonté ? J'ai cru encore aux dieux que tu attestais. Que m'ont servi tant de promesses ? Une seule eût suffi pour me séduire. Non, je ne regrette pas de t'avoir ouvert un port et un asile. Ce devait être le plus grand de mes bienfaits. Je me repens, je rougis d'avoir mis le comble au bienfait de l'hospitalité en t'associant à ma couche, et d'avoir pressé mon sein contre ton sein. Que ne fut-elle la dernière, la nuit qui précéda celle-là ! Phyllis pourrait mourir innocente. J'espérais mieux, parce que je croyais avoir mieux mérité. Toute espérance qui naît du mérite est légitime.

C'est une bien faible gloire que de tromper une jeune fille crédule. Ma candeur était digne de récompense. Tes paroles n'ont abusé qu'une amante et qu'une femme. Fassent les dieux que ce soit là le dernier de tes exploits ! Qu'une statue te soit érigée parmi les Égides, au milieu de la ville ! Qu'on voie en face celle de ton père avec ses titres pompeux ! Quand on aura lu les noms de Sciron, du farouche Procuste, de Sinis et du monstre à la double forme de taureau et d'homme, celui de Thèbes conquise par ses armes, des centaures défaits par son bras, du sombre empire du noir Pluton forcé par sa valeur, que ton image, après les leurs, soit consacrée par cette inscription : Ici est celui qui eut recours à la ruse pour séduire l’amante dont il fut l’hôte. De tant de hauts faits et d'exploits de ton père, ton esprit ne s'est arrêté que sur cette femme de Crète qu'il abandonna. La seule action qu'il se reproche est la seule que tu admires en lui. Perfide ! De l’héritage de ton père tu ne veux pour toi que la fraude. Quant à elle, et je ne lui porte pas envie, elle possède un époux meilleur, et s'assied avec orgueil sur un char tiré par des tigres domptés. Les Thraces, que je dédaignais, fuient aujourd'hui mon alliance, parce qu’on me reproche d'avoir préféré aux miens un étranger. « Qu'elle aille, maintenant, dit-on, dans la docte Athènes. Un autre se trouvera pour gouverner la Thrace belliqueuse. L'événement, ajoute-t-on, justifie l’entreprise. » Ah ! Puisse le succès manquer à quiconque veut qu’on juge une action par l'issue qu'elle a ! Si nos mers blanchissent sous les coups de ta rame, alors on dira que je fus bien inspirée pour moi, pour les miens. Mais je ne l'ai pas été. Mon palais ne te voit plus, et l'onde bistonienne ne lavera pas tes membres fatigués.

J'ai encore présent devant les yeux le spectacle de ton départ. Je vois ta flotte, prête à voguer, stationnant dans mes ports. Tu osas m'embrasser, et, penché sur le cou de ton amante, imprimer sur ses lèvres de tendres et longs baisers, confondre tes larmes avec mes larmes, te plaindre de la faveur des vents qui enflaient tes voiles, et m'adresser, en t'éloignant, cette dernière parole :

« Phyllis, attends ton Démophoon. »

T'attendrai-je, toi qui partis pour ne jamais me revoir ? Attendrai-je des voiles refusées à nos mers ? Et cependant j'attends. Reviens vers ton amante ! Tu as déjà tant tardé ! Puisse ta foi n'avoir failli que sur le temps !

Que demandé-je, infortunée ! Déjà peut-être es-tu retenu par une autre épouse, et par l'amour, qui m'a si mal servi. Depuis que ton cœur a répudié mon souvenir, tu ne connais plus Phyllis, sans doute. Hélas ! tu demandes s'il est une Phyllis et d'où elle est. C'est la même, Démophoon, qui offrit à tes vaisseaux, depuis longtemps ballottés sur les mers, les ports de la Thrace et l'hospitalité. C'est celle dont la générosité te secourut, qui, riche lorsque tu étais pauvre, te combla de présents, et voulait t'en combler encore, qui soumit à ton empire le vaste royaume de Lycurgue, que peut gouverner à peine le sceptre d'une femme, cette région, où le Rhodope glacial s'étend jusqu'aux forêts de l'Hémus, et où le fleuve sacré de l'Hèbre verse les eaux qu'il a reçues. C'est celle enfin qui te sacrifia sa virginité sous de sinistres auspices, et dont ta main trompeuse détacha la chaste ceinture. Tisiphone présida à cet hymen et le consacra par des hurlements. Un oiseau de malheur y fit entendre un chant de tristesse. Alecto y fut présente avec son collier de courtes vipères, et la torche sépulcrale fut le seul flambeau qu'on y vit briller. Cependant triste et désespérée, je foule sous mes pieds les récifs et la grève du rivage, et, jetant les yeux sur la vaste étendue des mers, soit que le soleil ouvre le sein de la terre, soit que les astres brillent dans la fraîcheur de la nuit, je regarde quel vent agite les flots. Quelques voiles que je voie s'avancer dans le lointain, j'augure aussitôt qu'elles apportent mes dieux. Je m'avance au milieu des ondes, à peine retenue par elles, jusqu'à l'endroit où le mobile élément m'oppose ses premières vagues. Plus la voile approche et moins je me possède. Je me sens défaillir, et je tombe dans les bras de mes suivantes. Il est un golfe dont la courbe insensible décrit un demi-cercle. Un môle domine et hérisse l'extrémité des deux pointes. Il me vint à l'esprit de me précipiter de là dans les ondes qui en baignent la base, et puisque ta trahison m'y pousse, j'exécuterai mon dessein. Que les flots portent ma dépouille vers les rivages que tu habites, et que mon corps sans sépulture aille s'offrir à tes yeux. Fusses-tu plus dur que le fer et que le diamant, plus dur que toi-même.

« Ce n'est pas ainsi, diras-tu, que tu devais me suivre, ô Phyllis. »

Souvent j'ai soif de poison. Souvent je voudrais périr par une mort cruelle, par le fer d'un glaive. Ce cou que tes bras infidèles ont entouré, je voudrais l'étreindre d'un lacet. Ma résolution est prise. Une mort prématurée vengera ma jeunesse abusée. Le choix du trépas m'arrêtera peu. Tu seras nommé sur mon sépulcre, comme la cause odieuse de ma mort. Par cette inscription ou une autre semblable, ton crime sera connu :

« Démophoon, y lira-t-on, donna la mort à Phyllis ; il était son hôte, elle fut son amante. C'est lui qui causa son trépas, elle qui le consomma. »