Les Homaphrodites - Tome 2 - Alain Nourisson - E-Book

Les Homaphrodites - Tome 2 E-Book

Alain Nourisson

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Beschreibung

Alix, jeune intersexe, incarne l’espoir d’un nouveau monde, né après les grandes catastrophes qui ont ravagé la Terre. Descendant d’une espèce humaine conçue pour la résilience, il découvre, grâce à Marie, amie de sa famille, l’histoire fascinante de sa mère Marion et de Jules, l’héritier du Moulin du Gué, « l’homme qui plantait des arbres ». Peu à peu, Alix comprend l’origine de sa différence génétique et son rôle unique dans la naissance d’une nouvelle ère, où l’humanité évolue vers une espèce plus résiliente : les homaphrodites. Un récit captivant, à la croisée de l’écologie, de l’histoire et de l’avenir de l’humanité.

 À PROPOS DE L'AUTEUR

Ancien géomètre topographe et écologiste, Alain Nourisson devient écrivain-plasticien après un accident de santé qui l’éloigne de ses activités artistiques. Autodidacte, il transforme ses expériences et ses émotions en fictions, utilisant une technique d’écrithérapie en miroir pour explorer ses angoisses et sa vision d’un monde en crise.

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Seitenzahl: 245

Veröffentlichungsjahr: 2026

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Couverture

Titre

Alain Nourisson

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Homaphrodites

 

Tome II

 

La découverte des lombraciens

 

Les premiers homaphrodites

 

Roman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2025

 

www.lysbleueditions.com

[email protected]

 

ISBN : 979-10-422-9747-3

 

 

 

 

 

Avertissement

 

 

 

Après le succès de ses trois premiers livres Le chêne d’Ali, La carte postale oubliée et La maison de Léa, l’auteur nous avait plongés dans l’histoire contemporaine de la fin du vingtième siècle. Cette nouvelle fiction nous entraîne avec effroi dans les crises qui nous bouleversent en ce début de siècle. Mais toute ressemblance avec des évènements, des faits divers et des personnes ayant ou pouvant exister ne serait que pure coïncidence.

 

 

 

 

 

Notes sur l’auteur

 

 

 

Géomètre Topographe de formation. Écologiste militant, passionné de nature et d’arts plastiques. Handicapé, il doit cesser toute activité professionnelle et artistique à la suite d’un grave accident de santé, un accident cardiovasculaire.

Pour faire face à sa nouvelle situation de handicap, résilient, il se réfugie dans l’écriture, comme écrivain-plasticien. Autodidacte, il applique ses anciennes techniques artistiques à l’écriture.

L’auteur retrouve parfois des cahiers qu’il a écrits dans sa vie passée, dont il se nourrit et s’inspire pour se lancer dans l’écriture de ses nouvelles fictions. Un ancien poème peut aussi l’inciter à développer le thème ou à renouer les fils de sa pensée du moment présent.

L’auteur a aussi mis au point une nouvelle technique personnelle d’écriture en miroir. Cela consiste en un travail long et difficile d’écrithérapie qui lui permet de se reconnecter à ses émotions et à des souvenirs qui alimentent ces récits. Mais ces écrits restent des fictions alimentées par les angoisses de l’auteur sur la fin de notre monde contemporain.

Dans cette nouvelle fiction, l’auteur s’inspire d’un premier récit sur un cahier qu’il a retrouvé par hasard lors d’un déménagement. Il décide de retravailler ses écrits comme il aimait travailler ses sculptures par modelage. Il reprend chaque phrase, enlève un mot, en repose un nouveau. Il reprend l’écriture, il retricote son récit comme on répare un tissu déchiré. De ce travail fastidieux d’écrithérapie naît une collection intitulée « Les homaphrodites ».

Prologue

 

 

 

Alix reprend seul la lecture des cahiers de la valise que Marie lui a confiée. Il retrouve ainsi le fil de l’histoire qui le lie à la famille du refuge de survivants où il vit depuis sa naissance.

Il veut maintenant comprendre les raisons qui poussent sa mère Marion à vouloir partir à la recherche de son père biologique, Louison. Il veut aussi découvrir les raisons de sa différence de genre.

Il reprend le récit de l’aventure de Jules, le père qui l’a reconnu comme étant son fils. Marie vient le rejoindre après trois jours d’absence.

Sa grand-mère Sophie est toujours présente dès qu’il commence la lecture à haute voix d’un cahier de Marie retraçant l’histoire incroyable de son fils Jules.

 

***

 

Nous sommes en septembre 2030, l’été touche à sa fin. Jules est parti depuis trois mois déjà, la faim lui tord l’estomac. La fatigue lui plombe les jambes. Il avance difficilement sur un sentier bordé de murets en pierres sèches. Aucune vie ne semble présente à l’horizon. La brume s’épaissit. Une odeur de feu lui emplit les narines. Elle lui brûle les poumons à chaque pas.

Depuis son départ, Jules traverse des paysages détruits et ravagés par les incendies qui ont provoqué la plus grande catastrophe écologique et humanitaire en Europe après la pandémie de 2020. Elle a déjà causé des millions de morts.

Par la suite, des crises économiques et sociales majeures ont provoqué des bouleversements politiques surprenants. Des nationalistes extrémistes et racistes ont pris le pouvoir dans les pays du monde et de l’Europe ayant combattu le fascisme et le nazisme au vingtième siècle.

 

 

 

 

 

À partir de 2025, plusieurs dômes de chaleur provenant de l’Afrique saharienne ont envahi l’Europe du Sud, puis l’Europe de l’Est avant de frapper l’Espagne, l’Allemagne, la Pologne, puis la France.

Avec la montée des eaux de la mer, la fonte des glaces de l’Arctique et de l’Antarctique provoque un mouvement tectonique des plaques. Cela entraîne des éruptions volcaniques imprévisibles en Islande, en Alaska et dans le détroit de Béring, comme si un bouchon de champagne avait explosé au nord de la planète.

L’atmosphère terrestre se retrouve alors enveloppée d’un nuage volcanique qui amplifie les catastrophes météorologiques en cours. La chaleur atmosphérique augmente, les canicules et autres bouleversements climatiques se succèdent sans répit.

Les courants océaniques sont totalement perturbés ou stoppés. Des ouragans de très forte intensité ravagent les pays américains, asiatiques, puis africains et européens. La fonte des glaciers entraîne une nouvelle montée des eaux qui provoque des inondations et des tsunamis catastrophiques sur les côtes. Des villes côtières sont englouties. Les fleuves et rivières débordent. Leurs eaux n’arrivent plus à s’évacuer dans les océans. De nouveaux marais se créent dans les plaines le long des côtes.

Au nord de la Sibérie et de la Chine, la fonte du permafrost provoque de graves problèmes pour les populations locales : affaissement des terrains, déformation des routes, rupture des oléoducs. Des virus inconnus font leur apparition et anéantissent les populations locales ainsi que leurs animaux domestiques. La faune sauvage et l’ensemble de la biodiversité sont impactés.

La première décision ridicule prise par le nouveau gouvernement nationaliste en France est d’interdire l’accès aux bains de mer à toutes les personnes en surpoids ou obèses afin de freiner la montée des eaux en cours. Cette ineptie sauve néanmoins des centaines de personnes de la noyade. Elles se précipitent alors dans les restaurants rapides à la mode pour grossir encore et encore. Elles se garantissent ainsi de belles bouées de flottaison protectrices en cas de montée des eaux dans leur demeure.

Les poussières volcaniques détruisent tous les satellites de communication situés dans la stratosphère. Les tempêtes détruisent les antennes relais. Les incendies et ouragans ravagent la France et provoquent l’arrêt de toutes les centrales électriques. Les pylônes électriques et les éoliennes sont détruits ou endommagés par le feu et le vent.

Sans énergie électrique, la France ne dispose plus d’aucun moyen de communication, ni téléphonique ni routier. Les bitumes des routes fondent à cause de la chaleur excessive et prennent feu lors des canicules.

Des ponts sont emportés par les inondations catastrophiques. Des coulées de boue et des chutes de rochers modifient les paysages à tout jamais.

Les incendies anéantissent aussi toutes les productions agricoles : les champs et silos des céréaliers sont presque tous brûlés. Les vignobles et vergers sont aussi anéantis. Les élevages industriels ne résistent pas à la chaleur excessive. Les bâtiments brûlent avec les animaux d’élevage à l’intérieur. Une odeur de cadavres en décomposition envahit l’atmosphère sur tout le territoire.

 

***

Tout le long de son trajet, Jules ne rencontre que des villages détruits, des bâtiments en ruines où il se réfugie chaque nuit. Il n’y dort que quelques heures. La peur ne le quitte jamais.

La nourriture lui manque, il finit ses derniers fruits secs. Il les a emportés dans le sac à dos de son père, Julien. C’est le seul héritage qu’il conserve de lui avec l’accord de ses deux sœurs. Il n’a plus aucune nouvelle d’elles depuis trois ans. Il est mort d’inquiétude d’être sans nouvelle de sa famille. Cette catastrophe écologique majeure le prive de tout moyen de communication avec elles et avec ses relations professionnelles et amicales.

Sa sœur aînée Jeanne lui manque énormément, il ne l’a pas vue depuis sa dernière visite en Roumanie avec Nadgée pour le baptême de son neveu Marius. Il repense à cette fête merveilleuse au village de Jeanne. Son dernier souvenir auprès d’elle reste le résultat du travail exemplaire qu’elle a accompli avec son compagnon Victor et sa cousine Christina.

Une grande communauté d’entraide règne désormais entre tous les villageois. Le village est autosuffisant en alimentation. Leurs productions excédentaires leur fournissent de solides revenus qui profitent à toutes et tous.

Les jardins et vergers sont magnifiques. Mais la plus belle réussite du village reste le laboratoire de transformation des fruits, des légumes et des volailles. Sur la façade du nouveau bâtiment, une enseigne rappelle l’origine de ce beau projet : « Les jardins de Josué ».

Jules se souvient encore avec émotion de la découverte de ses origines familiales dans ce village roumain. Le sac à dos de son père reste le dernier lien précieux avec toute son histoire.

Alors qu’il se laisse envahir par ses souvenirs lointains, le visage de Nadgée lui apparaît avec insistance. Il se demande ce qui l’a poussé à abandonner sa femme et sa fille Laura pour effectuer ce voyage qui l’horrifie à chaque pas.

Nadgée l’a supplié en vain de rester à ses côtés pour sauver et restaurer ce qui n’avait pas été détruit. Elle a compris son désir de revoir sa mère et sa petite sœur Julie en sauveur. Elle accepte malgré tout son départ pour retrouver les siens. Elle se réfugie dans le travail qui l’attend dans son domaine détruit par le feu.

Les tempêtes et les inondations ont tout anéanti sur leur passage. Le domaine André est maintenant en ruines. Malgré cela, des réfugiés climatiques viennent lui demander assistance et nourriture. Seule la parcelle romaine a évité les incendies, sinon ses soixante hectares de vignes et vergers sont réduits à néant.

 

***

 

Le moulin de M. André sert désormais de refuge. Plusieurs familles clientes s’y sont réfugiées après les catastrophes écologiques successives. Tous les locaux disponibles sont occupés.

Parmi elles, Nadgée peut compter sur Rodolphe, un pépiniériste et ami de toujours. Ensemble, ils veulent faire renaître des plants d’arbres fruitiers. Nadgée a développé plusieurs productions de fruits séchés depuis plusieurs années. Elle dispose ainsi d’un stock de noyaux de fruits que son ami Rodolphe peut remettre en pépinière. Il installe son laboratoire dans la véranda du domaine exposée plein sud.

Celle-ci a résisté aux différentes catastrophes météorologiques. Des canisses protègent toujours sa verrière. La plupart des bâtiments du domaine ont été protégés des incendies grâce au canal que Jules a fait remettre en eau pour alimenter le moulin restauré. Il irrigue aussi la parcelle romaine remise en culture après avoir été défrichée.

Les ouragans et inondations n’ont pas causé de dégâts irréparables. L’eau boueuse de la rivière continue à alimenter le canal. C’est une eau polluée. Mais avant de partir, Jules est parvenu à la filtrer et à la nettoyer grâce à une succession de bassins filtrants afin de la rendre utilisable dans la parcelle romaine où il est possible de faire repousser quelques arbres fruitiers et oliviers. Il reste quelques racines survivantes dans le sol.

Nadgée observe avec son chef de culture quelques signes d’espoir. La vie persiste encore au niveau de plusieurs racines de vieux ceps de vignes et d’arbres fruitiers. Elle veut s’appuyer sur ce petit miracle pour redémarrer une activité viticole et maraîchère.

Rodolphe réussit à faire renaître plusieurs variétés de fruitiers en partant des noyaux extraits des fruits secs. Pour toutes les familles d’ouvriers du domaine réfugiées, un immense espoir inonde à nouveau leur visage. Sous l’impulsion de Nadgée, chaque homme et chaque femme se mobilisent pour nettoyer et travailler le sol des parcelles accessibles.

Sans carburant ni électricité, aucune machine motorisée ne peut fonctionner. Les hommes recherchent donc des outils anciens dans les ruines environnantes. La petite forge du domaine est réhabilitée pour fabriquer de nouvelles pioches et autres objets utilisables pour couper et arracher les ceps brûlés. Ils conservent cependant les souches qui semblent encore vivantes selon les sélections du pépiniériste. Il espère bientôt les greffer avec les variétés qu’il a fait renaître en pépinière.

Pour Nadgée, la plus grande difficulté est de nourrir tous ces réfugiés avec les dernières réserves de son domaine. Avec l’aide de quelques femmes volontaires, elles font le tri dans tous ses produits destinés à la commercialisation. Elles peuvent ainsi collecter des conserves de fruits et de légumes, des céréales transformées. Malheureusement, elles ne peuvent collecter aucune protéine d’origine animale. Elles décident donc de se convertir à une nourriture végétarienne.

 

***

 

Lors des catastrophes successives, quelques poules se sont réfugiées à l’intérieur des bâtiments. Elles servent de base à la création d’un nouveau poulailler.

Les femmes prennent aussi grand soin des graines et noyaux pouvant servir aux semis en pépinière ; elles priorisent les cucurbitacées conservées dans une cave sèche préservée du domaine.

Rodolphe peut ainsi préparer les premiers plants de courges et autres citrouilles qui seront plantés dans la parcelle romaine où il fait épandre soigneusement les composts issus du poulailler et des latrines.

Rapidement, chacun peut observer les premières pousses de plantes vertes dans cet espace cultivé. Cela redonne l’espoir d’une survie encore possible à tous les réfugiés vivant au domaine.

Les réfugiés du domaine s’organisent immédiatement pour sécuriser et surveiller cet espace. Des pilleurs affamés commencent à rôder autour du domaine. Nadgée ne peut plus accueillir personne.

Des voleurs d’eau ont été vus en train de se servir à la source de la colline. Elle seule alimente le domaine en eau potable. Ce phénomène les inquiète de plus en plus. Une décision collective est prise pour protéger et canaliser cette ressource vitale.

Une équipe d’hommes récupère des tuyaux d’irrigation dans la parcelle romaine pour apporter l’eau de la source jusqu’au domaine. Une ancienne citerne à vin a été détournée de son usage premier pour créer un réservoir d’eau potable installé en hauteur sur la colline. Cette nouvelle installation permet de réalimenter tous les réseaux d’eau potable du domaine pour la satisfaction de tous.

Les salles de bains et les éviers sont à nouveau remis en service avec une eau potable seulement froide. Les eaux d’égout sont ensuite reconduites dans la parcelle romaine. Rodolphe peut ainsi irriguer ses plantations en continu par de petits canaux creusés et rigoureusement entretenus par toutes et tous. Ce travail amuse beaucoup les enfants qui se transforment volontiers en terrassiers.

Nadgée est satisfaite de constater les résultats de tous ces travaux collectifs de survie. Ils occupent et redonnent un élan et un espoir à toutes et à tous. Elle a désormais bien repris en main la survie et la renaissance du domaine grâce à la participation de chaque réfugié.

Jules ne cesse de s’inquiéter du sort de sa mère et de ses sœurs. Il se demande si elles ont survécu à ces catastrophes écologiques majeures. Elles ont bouleversé tous les fondements sociaux, démocratiques et économiques de l’Europe.

C’est pour répondre à ses inquiétudes que Jules est parti rejoindre sa famille en Touraine en traversant la France du Sud au Centre-Ouest. Il envisage de suivre le bassin versant de la Loire depuis sa source jusqu’à Tours.

Il s’appuie sur la seule carte routière dont il dispose. Il l’a trouvée dans le sac à dos de son père, Julien. Jules doit d’abord traverser le Rhône. Mais tous les ponts ont été détruits à la suite des inondations gigantesques qui ont suivi les incendies catastrophiques des forêts et réserves naturelles alpines. Les glaciers ont tous fondu pour former des lacs.

A priori, toute forme de vie a disparu dans ces montagnes. Les eaux du ruissellement des pluies et des fontes de glaciers ont créé des torrents de boues qui ont tout emporté sur leur passage. Ainsi des villes et installations industrielles, dont les centrales nucléaires, furent sinistrées. Cela anéantit toutes les activités économiques et sociales de ces régions.

Les incendies ont aussi détruit tous les vignobles et autres productions agricoles. Cela provoque une pénurie alimentaire et une crise sanitaire jamais connue jusqu’à ces évènements catastrophiques.

Aucun secours ne peut plus être organisé. Les blessés et les malades abandonnés meurent. Des milliers de cadavres se décomposent un peu partout sur le territoire. Une odeur insupportable de pourriture se dégage dans l’atmosphère. Celle-ci s’ajoute à l’odeur de suie et de brûlé qui fait suffoquer Jules à chaque pas.

Aucun rapace ne vient plus jouer son rôle de nettoyeur de cadavres. Plus aucun oiseau ne vole dans le ciel. Aucun chant ne vient troubler ce silence de mort qui règne partout. Le moindre bruit inquiète. Jules hésite à avancer dans ces horreurs. La peur le fait frissonner.

Seuls les vents violents accompagnés de pluies torrentielles semblent vouloir nettoyer ces champs de ruines et de cadavres. Quelques troncs d’arbres brisés et noircis émergent encore. Ils se dressent vers le ciel comme autant de bras désespérés appelant au secours. Dans les villes et les villages, les dernières façades de bâtiments encore debout s’effondrent au moindre coup de vent ou sous les averses violentes.

 

 

Les forces déchaînées de la nature ont ainsi réduit à néant la moindre forme de vie. L’humanité tout entière semble avoir disparu de l’environnement, faute d’avoir su se protéger et anticiper les catastrophes majeures. Elle les a provoquées par ineptie et irresponsabilité récurrente. Les survivants se cachent ou ont disparu. Ils ont peut-être pu migrer vers un territoire accueillant, s’il en existe encore.

 

***

 

Malgré ces horreurs, un homme seul et apeuré marche encore à travers ces ruines et il essaie de trouver le chemin qui le guide par instinct vers le lieu de sa naissance. Jules semble habité par une boussole intérieure comme celle qui pousse les tortues à revenir pondre sur les plages où elles sont nées.

Il se dirige inexorablement vers le nord-ouest en cherchant le moindre passage accessible pour poursuivre son chemin. Il se guide avec les lueurs blanches du soleil qui perce parfois les nuages gris et noirs.

Mais en arrivant au bord du Rhône, il n’a trouvé aucune possibilité pour traverser ce fleuve chargé de boues, de cadavres et de détritus de toutes formes. Jules décide donc de remonter vers le nord. Il espère trouver enfin un pont franchissable.

Jules suit la trace d’une ancienne autoroute. Elle est réduite à une tranchée remplie de gravats et de boues. Quelques tronçons stabilisés de l’ancienne chaussée apparaissent parfois. Jules doute qu’elle soit réparable un jour sans des travaux pharaoniques. Il se demande surtout avec quels engins et quels matériaux cela peut être encore possible.

Jules se guide vers le nord-ouest en suivant la lumière du soleil lorsque celle-ci apparaît à travers l’épaisse couche de nuages gris qui plombe le ciel en permanence.

Il arrive enfin au niveau de ce qui reste de l’ancienne ville de Pont-Saint-Esprit. Il la reconnaît car elle est encore signalée par un ancien panneau Michelin en béton et en céramique accrochée à un reste de mur en pierres encore debout.

Jules pense avoir enfin trouvé la solution pour traverser le Rhône. Des containers et des camions se sont entassés le long d’un ouvrage d’art. Ils forment un pont improbable avec de multiples objets hétéroclites accumulés et encastrés les uns dans les autres. Ils sont retenus au-dessus de la surface de l’eau par les piliers d’un ancien pont détruit.

Il observe avec attention cet amas insolite et instable. Il décide néanmoins de s’engager dessus pour traverser le fleuve. Chargé d’une eau boueuse, il coule un bon mètre en dessous. Son courant semble légèrement apaisé à cet endroit. Mais cela n’est pas sans danger.

La traversée se fait sans encombre, alors que cet ensemble de déchets reliés entre eux est de plus en plus mouvant. Le moindre coup de vent peut tout déstabiliser à tout moment. Jules réussit son défi dangereux. Il regagne enfin l’autre rive du fleuve en tremblant comme une feuille.

Après cet exploit, il prend un long moment pour se calmer en respirant profondément. Puis il observe les alentours. Il comprend qu’il se trouve à la confluence de l’Ardèche avec le Rhône. Il pense que cette jonction avec la rivière a dû provoquer cet amas d’ordures qu’il vient de franchir.

Jules sort la carte routière que son père avait laissée dans son sac à dos. Il est satisfait de sa découverte. Il peut continuer son parcours en suivant les tracés de son père sur la carte.

Maintenant, Jules doit simplement longer les gorges de l’Ardèche par ce qui reste de tronçons de route. Les incendies ont fait fondre le goudron des chaussées qui ont fini par s’enflammer par endroit. Les torrents de boue ont fini le reste de ces destructions massives.

Des tranchées énormes coupent parfois la route. Il peut à peine suivre sa trace au milieu des trous, gravats, cendres, immondices et des éboulis provoqués par des coulées de boues.

Alors qu’il traverse cette ville en ruine, son attention est attirée par des coups répétés au milieu d’un tas de gravats. Incrédule, Jules s’approche par curiosité. Il découvre alors une jeune fille qui essaie de dégager un objet au milieu des gravats.

Ils se présentent mutuellement. La jeune fille se prénomme Marion. Jules lui propose alors son aide. Elle lui explique qu’elle veut récupérer son vélo pour fuir cet endroit de malheur. Ses parents et tous ses amis sont morts, ensevelis sous les gravats.

Marion ne pense plus qu’à partir loin, et très vite loin d’ici. Elle a peur de tout ce qui l’entoure désormais.

 

 

 

 

 

 

Jules interroge alors la jeune fille qui doit avoir environ dix-huit ans. Il lui demande comment elle a survécu jusqu’à ce jour.

Elle lui explique qu’au moment des premiers incendies, elle s’est réfugiée dans la cave de la maison familiale. Ses parents ont l’habitude d’y stocker de la nourriture ainsi que des bouteilles d’eau minérale, de bière et de vins. Marion a donc pu rester cachée et survivre plusieurs jours.

Mais l’eau de pluie a fini par s’infiltrer dans sa cave. Cela l’a contrainte à creuser un tunnel dans les gravats. Elle a suivi ce qui reste de l’escalier d’accès à la cave. Mais, en sortant à l’air libre, ce qu’elle découvrit l’a tellement horrifiée qu’elle est redescendue se cacher dans sa cave plusieurs jours de plus afin de réfléchir à sa survie possible.

Comme elle a perdu la notion du temps, elle ne sait pas combien de temps elle est restée enfouie sous terre au milieu de ses excréments et de ses déchets. Aujourd’hui, elle fuit son refuge tellement cela pue, c’est insupportable.

Pour survivre, Marion a pu aménager sa cave du mieux qu’elle pouvait pour survivre. Mais depuis quelques jours, elle n’en peut plus d’être cloîtrée, elle décide de sortir pour partir loin d’ici. Elle veut juste fuir.

Jules l’écoute avec attention sans rien dire. Ensuite, il lui propose qu’elle l’accompagne pour plus de sécurité. Il sait que survivre dans les conditions actuelles, cela est pratiquement impossible pour une personne seule. Il se demande même comment il a fait pour survivre jusqu’à leur rencontre improbable.

Pour la convaincre de faire la route avec lui, il lui raconte quelques-unes de ses mésaventures, notamment ses rencontres dangereuses avec des meutes de chiens.

Elles se sont constituées depuis les chiens sont abandonnés par leurs propriétaires. Livrés à eux-mêmes, les chiens se sont regroupés en meute. Ils luttent pour leur survie en s’attaquant et dévorant tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin.

 

 

 

 

 

Jules pense même que beaucoup de cadavres ont dû être dévorés par eux avant qu’ils n’achèvent les blessés incapables de se défendre, cette pensée l’horrifie. Mais il n’a cependant jamais poussé sa curiosité pour vérifier ce qu’il imagine de la survie de ces chiens redevenus sauvages.

Jules a réussi plusieurs fois à leur échapper en leur jetant des pierres. Un jour qu’il avait réussi à blesser un chien dans une meute, les autres se sont immédiatement jetés sur lui pour le dévorer sur place tout vivant devant ses yeux horrifiés. C’est ainsi que Jules a décidé de se défendre. Il cherche à blesser un chien de la meute par tous les moyens à sa disposition avant que le reste de la meute ne se jette sur lui pour le dévorer.

Marion n’a pas besoin d’en savoir plus pour accepter de partir en compagnie de Jules. Ils redescendent alors ensemble dans sa cave pour y récupérer quelques vivres transportables et quelques bouteilles d’eau potable.

Jules demande alors à Marion si elle connaît une zone commerciale avec un magasin de sport. Cela leur permettrait peut-être de récupérer deux vélos et d’autres équipements de camping. Après quelques explications, Jules comprend qu’ils doivent se diriger vers l’ouest en suivant le trajet le long de la rivière.

Au bout d’une dizaine de minutes, ils arrivent à proximité d’un amas de tôles et de plaques métalliques enchevêtrés de poteaux et enseignes en tout genre. Il leur est impossible de passer sans se blesser. Ils prennent quelques minutes pour observer ce chaos indescriptible. Ils distinguent enfin un morceau d’enseigne bleue d’une marque de sport bien connu. Ils pensent avoir trouvé le magasin qu’ils cherchent.

Ils observent et avancent vers le lieu choisi avec précaution. Mais arrivés sur place, toute sorte d’objets semble flotter sur une mare de boue. Ils hésitent à y mettre les pieds tant le risque de se blesser est grand.

Jules récupère un morceau de barre de fer assez long avec lequel il sonde la boue qui les entoure. Il estime qu’ils doivent se trouver sur un sol solide ou un parking. Ils peuvent donc avancer de quelques mètres sans trop de risque, pas à pas, en glissant le bout de chaque pied doucement.

 

 

 

 

 

Il continue à sonder l’espace autour d’eux. Plusieurs formes arrondies remontent à la surface de la mare boueuse. Ils poussent ensemble un cri d’effroi. Des corps humains flottent désormais à quelques mètres devant eux. Estimant qu’ils ne peuvent plus rien faire pour eux, ils changent de direction pour les contourner.

Ils continuent à sonder l’espace boueux autour d’eux. Ils évitent de glisser du mieux qu’ils peuvent. Ils se soutiennent l’un l’autre. Ils se tiennent par la main pour progresser. Ils restent côte à côte. Ils avancent doucement. Ils ont froid et tremblent. Ils sont couverts de boue immonde.

Maintenant, des objets emballés remontent à la surface, ils récupèrent ainsi deux sacs de couchage proprement empaquetés dans leurs emballages plastiques, ils trouvent aussi des bâches de survie mais ils ne voient toujours pas de vélo au milieu de ce lac de boue. Ils continuent patiemment leur quête d’objets divers, un long moment. Puis ils décident de rebrousser leur chemin prudemment afin de retrouver leur route le long de la rivière.

En approchant de la rivière où ils ont l’intention de faire leur toilette. Ils tombent sur un tas de vélos enchevêtrés les uns dans les autres. Ils choisissent deux vélos tous terrains avec leurs sacoches. Ils semblent en état de rouler malgré la boue qui les recouvre. Ils les nettoient comme ils peuvent avec leurs mains en évitant de se blesser.

Ils se lavent ensuite avec une bouteille d’eau pour deux. L’eau de la rivière est trop boueuse pour espérer s’y laver correctement. Une odeur nauséabonde émane de la rivière transformée en égout à ciel ouvert.

 

Enfin, sur les vélos choisis et nettoyés, ils installent leurs maigres bagages et les sacs des quelques provisions que Marion a pu sortir de sa cave. Ils reprennent leur marche à côté de leurs bicyclettes. Rouler dessus est devenu impossible. La route creusée d’énormes trous est impraticable, elle est encombrée de gravats, et de débris dangereux de toute sorte au travers desquels ils doivent zigzaguer en permanence.

Une odeur constante de pourriture de cadavres leur donne envie de vomir. Ils s’y refusent afin de conserver le peu de nourriture qu’ils ont ingurgitée avant de quitter la ville.

 

 

 

 

 

Le coucher du soleil vers l’ouest leur indique la direction à suivre. Mais ils doivent maintenant trouver un abri pour passer la nuit. Une grange à moitié effondrée sur elle-même fera l’affaire car un morceau de toiture en tôles ondulées appuyées sur un mur de béton armé qui semble assez solide et stable pour leur fournir un abri avec un sol légèrement sec.

Ils repèrent une partie de sol plat qui leur permet d’installer une bâche de survie sur laquelle ils s’allongent et se blottissent l’un contre l’autre pour se tenir chaud selon une technique de survie apprise par Jules dans sa jeunesse lors de ses randonnées en montagne.

Le clapotis de la rivière à quelques mètres d’eux les berce un long moment. Ils finissent par s’endormir quelques heures jusqu’à ce qu’un orage violent ne les réveille brusquement. Jules se lève sous la pluie pour s’approcher de la rivière et observer les risques de montée des eaux.

Il observe les paysages qui l’entourent à la lueur des éclairs. Ils apportent des flashs de couleurs sur ces sols gris et noirs couverts de cendres. Une eau boueuse commence à dégouliner le long des pentes et des rochers mis à nus par les précédents incendies lors des dernières catastrophes écologiques. La pluie semble laver les sols et les rochers de toutes les traces grises et sombres de ces catastrophes qui ont tout détruit ici.