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Les kakapos sont des oiseaux braves et pas trop laids. Mais ils n'arrivent pas à prendre leur envol au sens propre comme au figuré. Après avoir passé des années sans prédateur ni danger, ils n'ont pas réussi à développer leur cerveau pour faire face à l'environnement hostile dans lequel ils vivent. Gabriel, Yannis et Simon sont des gens braves et pas trop laids. Mais ils n'arrivent pas à prendre leur envol au sens propre comme au figuré. Après avoir passé des années sans prédateur ni danger, ils n'ont pas réussi à développer leur cerveau pour faire face à l'environnement hostile dans lequel ils vivent. Mais un jour de Mai tout va basculer. Cette histoire, ce n'est pas la vôtre (enfin j'espère).
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Seitenzahl: 291
Veröffentlichungsjahr: 2020
Les kakapos sont des oiseaux braves et pas trop laids. Ils n’arrivent pas à prendre leur envol au sens propre comme au figuré. Après avoir passé des années sans prédateur ni danger, ils n’ont pas réussi à développer leur cerveau pour faire face à l’environnement hostile dans lequel ils vivent.
Gabriel, Yannis et Simon sont des gens braves et pas trop laids. Ils n’arrivent pas à prendre leur envol au sens propre comme au figuré. Après avoir passé des années sans prédateur ni danger, ils n’ont pas réussi à développer leur cerveau pour faire face à l’environnement hostile dans lequel ils vivent.
Mais un jour de Mai, tout va basculer.
Cette histoire, ce n'est pas la vôtre (enfin, j'espère).
Il faisait bon en ce mois de Mai. Après avoir passé la frontière italienne, le soleil resta à mes côtés et trempa ma chemise. La musique à fond dans le cabriolet me donnait aussi mal à la tête que le bruit abasourdissant du vent. Mais, paradoxalement, n’était-ce pas cela la définition d’une existence tranquille ? De la musique et une bagnole de sport ? Une Lotus Elise pour mon cas. Mes fesses rasaient le sol dans ce bolide et les lointaines pédales gardaient mes jambes étirées. Elle me faisait vraiment ressentir la route la garce. Mon corps vibrait comme si j’étais couché sur un skate-board.
J’avais roulé à fond depuis la Toscane et dans le coffre, minuscule, de la voiture offerte par Papa j’avais pu glisser une bouteille de vin d’un petit producteur italien. Une quille de plus dans l’immense cave du paternel mais l’important c’est le geste.
Mon nom est Gabriel mais tout le monde m’appelle Gaby. Passionné de vitesse, bientôt trois dizaines d’années au compteur. J’avais alterné autoroutes et nationales pendant tout le trajet. J’aime l’alternance. J’alterne entre vacances et stages, stages de récupération de points évidemment depuis mes dix-huit ans.
En fait ma famille est blindée. C’est vulgaire mais c’est vrai. Mon père et ma mère étaient de vrais passionnés. Pas passionnés par l’argent, mais par le travail, l’entreprenariat. Et moi c’était l’inverse, je n’avais aucunement besoin de me faire soigner de ma dépendance au travail. J’aimais seulement le fric. De toute façon, je n’avais jamais vu autre chose, j’étais né dedans alors je trouvais cela normal même si j’avais pas mal d’amis détenteurs d’un train de vie tout à fait banal. Le seul truc qui m’embêtait était de ne pas trop voir ma copine. En effet, cette fille sublime de vingt-six ans s’était lancée dans de longues et douloureuses études de médecine. Personne n’en voyait la fin et même elle semblait totalement découragée, mais il fallait tenir, le diplôme n’était plus très loin.
Elle est pas mal ma petite Lotus Elise, avec ses chevaux et son accélération semblable à celle d’une Formule 1, elle permet de ne plus hésiter pour le moindre dépassement à effectuer. Elle permet aussi de rencontrer plus facilement les flics, enfin, au moins, plus souvent. C’était le cas ce jour-là. Un homme habillé en gendarme parce qu’il l’était pour de vrai m’arrêta dans un endroit très charmant où je roulais à une allure très modérée car la route était accidentée. Ils étaient deux, habillés très chaudement pour la température qu’il faisait.
-Bonjour monsieur, Gendarmerie Nationale, vous savez pourquoi on vous arrête ? demanda l’un des deux.
-Ah non, je ne sais pas non, dis-je en faisant mine d’être idiot.
-Il faut rouler à quatre-vingt-dix kilomètres à l’heure entre deux villages et pas à cent trente, vous mettez en danger les autres automobilistes.
-Je suis désolé monsieur l’agent mais je n’ai pas vu la vitesse, vous savez ces bagnoles, on appuie à peine et ça part d’un coup !
-Je ne veux pas le savoir, quand on a une voiture de sport on va sur circuit !
-Mais je vous jure ! Sur cette voiture je passe la troisième à quatre-vingt-quinze kilomètres-heure. Vous devriez essayer un peu, ça vous changerait de vos tracteurs de merde !
-Ecoutez monsieur ! Vous rouliez quarante kilomètres heure au-dessus de la limite autorisée alors ce n’est pas le moment de fanfaronner !
-Ça va, je vous donne des conseils ! Plaignez-vous au gouvernement sérieux, c’est lamentable de forcer des gens à rouler en Scénic ! Ce n’est pas comme cela que vous allez attraper les go fast !
-Ecoutez, ce n’est pas la peine de faire de la politique ! L’amende sera la même, et le retrait de point aussi !
Il ne parvenait même plus à écrire son procès-verbal tellement je l’avais perturbé et son collègue restait impassible avec le regard froid. Le regard du molosse qui observe les caniches passer dans la rue.
-De toute façon monsieur l’agent vous faites une grave erreur, ajoutai-je. Je suis chiraquien, comme toute ma famille d’ailleurs ! Et on ne va pas en rester là croyez-moi !
-J’ai peur ! s’exclama-t-il l’air pas du tout effrayé. Vous savez que ça a changé depuis le temps. Chirac il a un peu passé l’arme à gauche. Il faudrait se réveiller !
-Il n’est peut-être plus président mais croyez-moi qu’il a laissé un héritage. Et de toute façon je m’occupe de la mémoire collective de cet homme !
-Méfiez-vous de quoi ? Arrêter de raconter des âneries !
-Vous allez voir quand vous allez recevoir votre lettre de mutation, dis-je menaçant. Vous verrez quand vous serez obligé d’aller travailler en région Centre. Vous y repenserez à ce fameux Jeudi où vous avez mis le P.V. de trop !
-Monsieur ! Si vous continuez, je vous verbalise aussi pour outrage à agent ! C’est compris ?!? Si vous voulez jouer au con, on va jouer au con. Je n’ai pas l’air comme ça mais je peux être très con ! s’exclama-t-il en m’ordonnant de descendre.
-Ah ben ça je n’en doute pas, c’est pour ça que vous êtes flic d’ailleurs !
-Pardon ? Pardon ?!? Alors d’après vous tous les « flics » sont cons c’est ça ?!?
-Déjà ils ont été assez cons pour devenir flic alors c’est une preuve suffisante !
Il se tourna vers son collègue pour le prendre à témoin et ajouta :
-Bien, je pense qu’on va se revoir au tribunal ! Qu’en dîtes-vous ?!?
-Ça va, je me suis emporté. Je m’excuse, dis-je nonchalamment. Je vais vous offrir une bière à vous deux.
-Vous vous excusez vous-même ? dit-il tel un instituteur. Non merci pour la bière, n’essayez pas de nous corrompre.
-Je vous prie de m’excuser monsieur, c’est mieux comme ça ? Et pour la bière détendez-vous, je vous propose, c’est tout.
Il retenait mes papiers en otage, il avait ce regard en lui de l’adulte qui s’apprête à dire à l’enfant : « Et le mot magique ? ».
-Vous avez de la chance que je sois dans un bon jour. Je retiens juste l’amende et les points pour l’excès de vitesse. Tiens Dave, va me chercher la gourde, dit-il en s’adressant à son collègue.
-Excusez-moi mais votre collègue s’appelle Dave ? demandai-je au bord du rire.
-Non, David. Moi c’est David et lui c’est Dave pour qu’il n’y ait pas deux David. Mais parfois je deviens Dave donc c’est étrange.
-C’est mignon, dis-je avec un grand sourire. Et du coup ça vous fait quoi de passer la journée avec Dave au calme, ça vous excite ? Vous allez pousser la chansonnette ? Qui est-ce qui mange le micro chez vous ?
Son regard changea d’un coup, il devint noir et il me demanda d’écarter les bras. Une fouille peut-être ? Je m’étais retrouvé dos à lui et il m’avait fessé avec sa matraque :
-Une fois pour Dave ! dit-il en hurlant. Une deuxième fois pour mon devoir d’éducation ! ajouta-t-il entre mes cris, et une troisième fois parce que jamais deux sans trois !
-Mais arrêtez ! C’est la Gestapo ou quoi ?!? dis-je terrifié.
-Je vais t’apprendre la sensibilité et la politesse à coups de matraque petit con ! Ça t’apprendra à être homophobe enfoiré !
-Mais je disais ça comme ça, c’est sympa de passer la journée avec un copain ! m’exclamai-je tandis que l’autre Dave guettait les alentours déserts de la petite route.
Quand il eût terminé. Je ne savais pas ce qui m’avait retenu de me jeter sur lui. La prison peut-être ? Je n’en revenais pas, j’étais une victime de la jalousie des forces de l’ordre. Un innocent martyrisé par des gens prétendant avoir les pleins pouvoirs.
-Je vais me plaindre ! m’exclamai-je. Je retrouverai vos noms et vous allez payer !
-Allez, allez ! Du balai va ! s’exclama David. Dave, on ne lui met pas l’amende. Je pense qu’il se souviendra de sa petite virée !
-Ouais c’est ça ! C’est surtout pour ne pas vous mettre en danger vous ! Mais de toute façon vous avez perdu ! Quand mon père apprendra ça, vous aurez rapidement des nouvelles des meilleurs avocats de la région !
-Casse-toi petit bourgeois ! Va pleurer chez ta mère !
Après un rapide sourire malhonnête il me laissa reprendre la route. A fond encore. De toute façon, statistiquement, on ne pouvait pas m’arrêter deux fois dans la même journée.
En arrivant chez moi, à Aix-en-Provence, j’avais dû un petit peu ralentir car le parking de la société « Garvu » était plein. La société « Garvu », le leader mondial de la cheville, pas les chevilles humaines. Ces petits bouts de plastique appréciés des bricoleurs et que l’on appelle : « Chevilles ». Monsieur et Madame Garvu, étaient mes parents. Michel Garvu, mon père, technicien et théoricien exceptionnel, avait un certain talent pour le marketing. C’est lui qui avait trouvé le slogan génial : « Chez Garvu, nos chevilles ne gonfleront jamais et nos prix non plus ! ». Donc, par conséquent, je n’avais pas besoin de badge pour entrer chez Garvu. Les gens de l’accueil ne m’appelaient pas « Garvu junior » mais tout simplement « Gaby », diminutif de mon prénom Gabriel.
J’avais quand même réussi à trouver une place sur le parking de la société. J’allais rendre visite au PDG dans mes pompes de commercial et ma chemise taillée sur mesure tout en tenant dans la main la bouteille de vin qui lui était destinée. J’arpentais en homme pressé le grand open-space de la firme en faisant de rapides saluts de la main droite mais ce jour-là les employés avaient l’air moins détendu qu’à l’accoutumée. La tension était palpable. En totale opposition avec le doux soleil tranquille qui passait la journée dehors. En entrant dans le bureau du paternel, j’ai tout de suite compris que ce n’était pas le meilleur jour de l’année, sur le plan professionnel du moins.
« Ils vont tous nous avoir ! Mais pourquoi ils ne restent pas dans leur domaine ?!? Philippe, je te rappelle dans deux minutes ! ». Le grand Michel dégoulinait dans sa chemise bleu ciel et ses cinquante-neuf ans commençaient clairement à prendre forme sur son visage, lui qui paraissait si jeune d’habitude. Il m’embrassa.
-Alors grand ? Sympa ce week-end ? demanda-t-il calmement.
Clotilde la chef comptable entra dans le bureau en frappant mollement à la porte.
-Monsieur Garvu, pour le…
Michel devint surexcité en une demi-seconde :
-On fera le compte de résultat à seize heures ! Je vous l’ai dit ce matin !!!
-Mais il est seize heures et quart monsieur.
-On le fera à dix-sept heures !!! Je suis en réunion !
En fait, je ne l’avais jamais vu comme ça. Il semblait ultra-détendu lorsqu’il me parlait et totalement enragé lorsqu’il échangeait avec un membre étranger à sa famille.
-Je reprends, c’était bien la Toscane ? dit-il paisiblement.
-Oui pas mal, en plus il a fait beau. Dommage que Manon n’ait pas pu venir.
-Manon ?
-Papa ! Manon, ma fée, ma princesse depuis trois ans bientôt !
-Ah oui excuse-moi, j’étais un peu ailleurs, une travailleuse. Tu as appelé Jean-Luc pour le stage ?
-Non j’étais en week-end, alors que je sentais des relents de matraque dans le corps.
-Oui, en week-end jusqu’au Jeudi d’ailleurs ! Et la route ? Tu ne t’es pas fait flasher j’espère ?
-Non ! Mais il m’est arrivé un truc incroyable, scandaleux même ! Il faudrait porter plainte je pense !
-Porter plainte ? Contre qui ? Si tu as pris une amende c’est que c’est mérité, il faut laisser la police tranquille. On les critique mais quand il y a une bavure c’est qu’un délinquant les a réellement provoqués !
-Oui, dis-je timidement. Non mais la plainte, c’est un copain qui a eu un problème mais… Non laisse tomber.
-Et, tu as pris l’autoroute ? demanda-t-il comme s’il avait déjà oublié l’évènement. Pourquoi tu te tortilles ? Tu es tombé dans des orties ? demanda-t-il méfiant.
-Non j’ai… J’ai glissé en allant pisser sur un chemin mais ça va, mentis-je, et puis j’ai fait un peu de nationale histoire de ne pas m’ennuyer en conduisant. Et toi ça va ? T’as l’air fatigué ?
-Oh non, trois fois rien ! dit-il en prenant une voix grave. Il y a juste un groupe sino-qatari basé à Dublin et opérant depuis le Luxembourg qui tente de racheter la boîte, à un prix dérisoire évidemment.
-Des Qataris ? Qu’est-ce qu’ils vont foutre de toutes ces chevilles ? C’est pour remplacer celles de leurs joueurs de foot blessés ? Faut leur dire que ce n’est pas le même type de chevilles !
-Ah, ah, quelle imagination toi ! Ce sont les nouvelles méthodes maintenant. Ils placent leurs pions partout en espérant que ça devienne des rentes pour l’après-gaz !
-Ah ouais c’est chaud. Mais pourquoi tu ne vends pas ? Et avec Maman, vous trouvez autre chose.
-Non ! J’ai des employés qui ont des familles, et surtout on a un honneur. Je ne veux pas qu’ils me prennent pour un kakapo !
-Un « kaka » quoi ? demandai-je surpris.
-Un oiseau présent uniquement en Nouvelle-Zélande, brave mais naïf, qui court mais qui est incapable de voler de ses propres ailes. Ils me font tourner en rond quoi !
-Tu connais la Nouvelle-Zélande ? demandai-je intrigué.
-On y est allé l’année dernière avec ta mère pour le congrès du Pacifique Sud ! Tu te rappelles, tu m’avais bu mes meilleures bouteilles de ma cave !
-Ah oui, d’ailleurs pour me faire pardonner, j’ai ramené une petite bouteille, dis-je en repensant à mon vin italien.
-Et puis ce n’est pas si simple que cela, dit-il en ignorant mon geste. Je pourrais ne pas vendre et tenter de m’associer avec le groupe « Würth » mais ils vont nous bouffer à petit feu même si ce sont des gens très sérieux.
-Vends alors et tu montes autre chose, proposai-je sûr de moi.
-Et j’en fais quoi des cinq-cents collaborateurs ? J’en fais autre chose aussi ?!? Et en plus, « Würth » ce sont les champions de la cheville métallique juste devant nous et je n’ai pas envie qu’ils nous piquent tous nos secrets pour la cheville plastique !
-Mais la cheville plastique « Zèbre-Requin » elle est verrouillée, elle est bien à nous ?
-Oui mais n’oublie pas qu’ils en ont sorti une pâle copie qu’ils ont appelé « Zebra-Shark » ! Ce n’est pas très sport tout de même !
Il commença à redevenir tendu et je sentais que, comme la chef comptable Clotilde, j’allais en prendre plein la tronche car son tempérament variait vertigineusement d’une seconde à l’autre.
-Et toi ? Pourquoi tu n’appelles pas mon vieux copain Jean-Luc pour ton stage ? dit-il avec un petit sourire retrouvé.
-Papa, ce n’est pas pressé et puis de toute façon dans un an ou deux tu pars à la retraite et c’est moi qui reprends la boutique, alors un stage …
-Ce n’est pas pressé ?!? s’énerva-t-il finalement. Bon, écoute-moi bien mon petit gars, Je pense qu’à vingt-huit ans ça devient un peu pressé de travailler si tu vois ce que je veux dire ! Il faudrait songer à débuter un jour !
-J’ai déjà commencé, j’ai fait l’école de commerce après mon bac et j’ai été diplômé.
-Diplômé grâce au compte en banque de ta mère et moi tu veux dire ! Ce n’est pas tes dix heures de cours par semaine et tes cinq mois de vacances annuels qui ont dû t’achever !
-Non mais je te dis, ce stage en marketing dans la boîte de Jean-Luc c’est sympa mais ça va contrarier mes plans. En admettant que je commence dans quinze jours, si je fais deux mois ça va m’emmener à début Août.
Tout en faisant les cent pas dans son bureau, il nous enferma à clef.
-Et quels étaient tes plans ?
-Je voulais faire une surprise à Manon, l’emmener aux Seychelles pour la demander en fiançailles vers la mi-juillet, elle a déjà réservé sa deuxième et troisième semaine du mois.
-Les Seychelles ? Très bon choix ! Ça va coûter combien cette affaire ?
-J’ai vaguement regardé mais on va être autour de dix mille euros, pour avoir un truc correct j’entends.
-D’accord, je suis d’accord pour que vous partiez aux Seychelles, dit-il avec un grand sourire.
-Cool ! Merci, je demande à Maman pour qu’elle me fasse le virement ?
-Ah non ! Ah mais je suis bête, j’ai omis de préciser un tout petit détail, dit-il en riant.
-Je t’écoute.
-Vous allez partir aux Seychelles mais avec ton argent.
-Oui j’ai bien compris mais je demande à Maman pour le virement ?
Papa tapa dans ses mains mollement en ricanant, un ricanement tout sauf naturel.
-Vous partirez aux Seychelles avec l’argent de Gabriel, et Gabriel c’est toi, c’est plus clair ?
-Oui, dis-je en réfléchissant avant de réaliser, mais où je vais le trouver cet argent ?!? Je n’ai pas assez, comment je fais si vous ne me donnez plus rien ?
-Ah ben ça c’est une excellente question ! Tu pourras la poser à tous les jeunes de ton âge qui n’ont pas la chance d’avoir des parents aux revenus confortables !
-Mais Papa, vous ne pouvez pas me faire ça !
-C’est horrible je sais. Mais ces dix mille euros, il va falloir les trouver. Tu fais ce que tu veux, tu cumules trois jobs, tu travailles le dimanche, tu joues au poker ! Tu fais ce que tu veux mais ton voyage ne sera financé qu’avec tes propres deniers ! C’est clair ?!?
-Ouais mais bon c’est un peu dur quand même.
-Et oui c’est dur, c’est très dur la vie.
Après un court silence, il me raccompagna jusqu’à la porte tel un médecin qui venait d’ausculter son patient, il me serra même la main en me disant : « Bon courage bonhomme ».
Après vingt minutes de route j’arrivai enfin à la villa familiale. Enfin, à l’une des maisons familiales. La principale en fait. Juliette m’attendait. Juliette, ma mère, ne travaillait jamais le jeudi après-midi. C’était son après-midi à elle, pour aller faire un peu de sport ou aller chez le coiffeur et lire au bord de la piscine en été. Le jeudi après-midi elle nous faisait toujours un super truc à manger pour le goûter quand nous étions enfants avec Lola. Lola c’était ma grande sœur, elle avait trois ans de plus que moi. C’était ma grande sœur parce que j’étais devenu fils unique à cause des malheurs de la vie. Je devais avoir quatre ans et demi quand ma sœur chérie commença à se plaindre de maux de tête. Jusque-là rien d’inquiétant. Et puis ces maux de tête qui ne devaient durer que quelques jours s’étaient éternisés. Une, deux, trois semaines et toujours ce marteau dans le crâne qui cognait de plus en plus fort. A l’école, l’institutrice avait même été obligée de la garder dans la classe pendant les récréations parce qu’elle ne pouvait plus affronter la nuisance sonore d’une cour d’école primaire. Et puis elle pleurait Lola, elle pleurait beaucoup trop pour une fille sage qui n’avait pas besoin d’être grondée alors je lui faisais des dessins. Mes feutres esquissaient des maisons et des soleils avec des gens heureux dans les jardins mais elle pleurait encore. Et moi aussi, je m’étais mis à pleurer, parce que je voyais ma grande sœur triste. Elle ne voulait plus jouer, elle ne voulait plus que mes petites voitures de course se garent devant le château de la princesse. Mon petit ourson en peluche qu’elle aimait tant me chiper en cachette ne la faisait plus rêver, elle était déjà ailleurs et j’avais beau lui dire : « Bisou bobo sur la tête Lola » avec mes dents qui manquaient au portail cela n’y faisait rien. Pendant que les médecins se battaient pour trouver d’où venait le mal, mes parents s’étaient arrêtés de travailler, c’était peut-être une des seules fois de leur vie. Ma mère pleurait, beaucoup plus que sa fille et mon père n’arrivait plus à manger, j’étais leur seul rayon de soleil, la seule petite chose qu’ils pouvaient tenir à bout de bras pour se remonter le moral. C’était déjà fini. Tumeur au cerveau. Oui à cet âge-là. L’école, le centre aéré, les amis, personne n’en revenait. Le quartier était plongé dans la tristesse la plus profonde et même nos vieux voisins antipathiques n’en pouvaient plus de déverser leurs larmes le jour de l’enterrement. Le trente décembre, jour de son décès, était devenu un jour férié dans le cœur de mes parents. Au même titre qu’un huit mai ou qu’un onze novembre c’était le jour du souvenir. Mon père et ma mère ne travaillaient jamais ce jour-là. Il fallait respecter la fille adorée. C’était exactement la raison pour laquelle j’avais pu passer vingt-huit années de ma vie sans travailler et sans me faire virer de chez moi. J’étais devenu leur seul enfant et ils ne voulaient pas me perdre mais ce jour-là ça allait peut-être changer. Ma mère m’avait bien accueilli mais j’en étais sûr, mon père l’avait appelé avant que j’arrive et elle m’avait très rapidement confectionné une petite valise.
-Tu seras bien mieux en dehors de la maison pour effectuer ta mission mon chéri.
-Maman ? Je ne peux pas rester là ?
-Non il faut apprendre à se débrouiller, et puis je suis sûr que ton copain Simon sera d’accord pour t’héberger quelques temps.
Simon, j’avais beaucoup de respect pour lui, je le connaissais depuis l’école élémentaire. Sa famille ne roulait pas sur l’or mais sur les routes de France. Du moins son père qui était commercial et qui sillonnait les routes du sud de la France pour vendre des panneaux de signalisations bon marché à des communes.
-Mais Simon il est en coloc Maman et ils sont nombreux et en plus il a sûrement beaucoup de travail entre ses répétitions pour le théâtre et tout ça.
-Comme ça vous serez deux.
-Je ne fais pas de théâtre moi, répondis-je.
-Vous serez deux à avoir beaucoup de travail, dit-elle instantanément.
-J’ai compris. Je crois que j’ai bien saisi le message.
-On se reverra bientôt et tu sais, il faut partir un jour ou l’autre.
On m’avait quand même laissé la voiture et de mon beau quartier de la Torse je devais à présent descendre dans les quartiers normaux moi le brun presque ténébreux avec mes cheveux courts, un peu musclé et un peu bourgeois dans ma chemise. Simon avait accepté de m’héberger sans fixer de date limite directement. Mais, il allait falloir se serrer au milieu des quatre autres personnes qui partageaient la maison.
Simon Schindler, Yannis Belkacem, Martin je ne sais pas comment, un mec avec des casquettes bizarres et moi. Telle était la nouvelle composition de la maison. Simon m’avait abandonné au milieu du salon pour aller répéter dans sa chambre. Je connaissais vaguement Yannis, un mec super sympa qui bossait dans une pizzéria. Il n’était pas très grand et semblait déjà un peu tassé, il avait une bonne bouille et des cheveux aussi noirs que de belles olives. Je savais que cela faisait près de dix ans qu’il était censé reprendre des études mais il rassurait tous les gens qui lui demandaient où il en était d’un rassurant : « C’est en cours ».
Quand Yannis avait dû partir pour aller au boulot, j’avais décidé d’aller rejoindre Schindler parce que je sentais que les deux autres molosses de colocataires allaient me bouffer. L’escalier craquant vite grimpé, je voyais déjà se dessiner le contour de la porte de sa chambre. En arrivant près de celle-ci, des bruits suspects m’avaient interpellé. Ce n’était pas du tout calme dans la chambre de Schindler. Il n’avait pas l’air d’être seul. « Oh, oui viens plus près mi amor, tu me rends fou, je crois que je n’ai jamais vécu ça, oh oui ». Cela paraissait vraiment étrange parce qu’il n’avait pas sa voix habituelle. L’oreille collée à la porte, j’étais enfin décidé à le surprendre :
-Je te dérange ?!?
A ma grande surprise cet homme un peu palot aux cheveux à peine bouclés et à la bouille sympathique était tout seul debout avec un papier dans la main et il paraissait surpris de mon entrée fracassante.
-Gaby ! Je bosse ! Laisse-moi un peu !
-Tu…tu bosses ?
J’étais effaré de savoir qu’il était en train de travailler, c’était tellement déstabilisant.
-Mais c’est quoi ce texte ? Vous couchez ensemble pendant les pièces de théâtre maintenant ?
-Le théâtre ? Mais il n’y a pas de boulot dans le théâtre, pas pour moi en tout cas !
-Mais qu’est-ce que tu fais alors ?
-Je …
Il s’assura que la porte de sa chambre était bien fermée.
-J’ai trouvé un petit job de doubleur pour la télévision, j’enregistre ma voix sur des films étrangers.
-Et ce que tu répétais c’était quoi ? Du Woody Allen ?
-Ben non, tu es stupide.
-Excuse-moi mais Woody Allen c’est juste du porno avec un bon dialogue par-dessus.
-T’es débile. Ce que j’enregistre ce sont des films à la noix. Des téléfilms érotiques italiens ou espagnols. Des productions nulles mais qui me paient un peu au moins.
-Et quand tu vas en studio, y’a vraiment une fille qui crie à côté de toi ?
-Ben évidemment, on est un couple mais sans se toucher.
-C’est dégueulasse…
-C’est du travail c’est tout.
-Et du coup ça doit te rapprocher des filles ça non ? Je veux dire, pendant les séances de travail.
-Non c’est comme partout. Pas plus, pas moins qu’ailleurs.
-T’as une copine en ce moment ?
-Qu’est-ce que tu me fais ? Tu veux ma bio aussi ?
-Ça va, je te demande juste.
-Non, c’est fini depuis la semaine dernière, dit Schindler en changeant légèrement de ton.
-Ah merde, t’aurais dû m’appeler c’est fait pour ça les potes.
-De toute façon, c’était une histoire courte, je ne m’étais pas vraiment attaché.
-Un petit truc d’un mois ou deux, non ?
-Non un peu moins. Trente-cinq minutes.
-Trente-cinq minutes ?!? demandai-je surpris.
-Ah non ! Quarante ! Oui, ça devait durer trente-cinq mais son bus est arrivé cinq minutes à la bourre.
-Ouais pour le coup c’était court comme histoire.
Il était comme ça le Schindler, artiste de son état et un peu paumé parfois, un peu décalé du monde. Choper à des arrêts de bus, ce n’était pas donné à tout le monde. Je l’avais laissé se reconcentrer sur son texte et en fait cela avait l’air vachement technique le doublage de téléfilms érotiques. Il y avait le texte, court et pas très élaboré et il fallait respecter les temps entre chaque mot, chaque phrase. Il avait gribouillé d’annotations sa feuille pour essayer de ne pas se tromper pendant l’enregistrement.
J’avais faim mais il ne semblait y avoir plus personne à part Simon et moi. Yannis était parti à la pizzéria pour effectuer son service, et les deux autres étaient sur le point d’aller se coucher. L’un des deux travaillait dans un hypermarché comme magasinier et se levait très tôt et l’autre était éboueur et donc se levait très tôt aussi. Je me sentais intrus un peu, je connaissais ces gens qui n’avaient pas des parents comme les miens mais je les voyais le week-end. Je n’avais jamais encore perçu leur quotidien.
Le soir à table, tout en mangeant un reste de riz aux poivrons, Schindler menait l’interrogatoire :
-Donc du coup, tu dois trouver tes dix mille euros sinon tu ne peux pas emmener Manon en vacances ?
-Exact, tu parles d’une galère.
-Tu les as trouvés.
-Non.
-Je ne te posais pas une question, c’était une affirmation.
-Je ne les ai pas trouvés, tu les as trouvés toi ?
-Oui, tu as juste à vendre ta voiture et tu les as largement.
-La voiture ?!? Jamais ! Non pas la voiture, ce que tu veux mais pas ma Lotus. C’est un cadeau, je ne peux pas faire ça.
-Mais tu ne m’avais pas dit que ton père t’avait dit que tu pouvais faire ce que tu voulais pour trouver cette somme ?
-Si, si. Mais la voiture je ne peux pas. Qu’est-ce qu’elle va se dire Manon ?
-Ah parce qu’elle n’est pas au courant elle ??? me demanda Schindler très surpris.
-Ben non c’est une surprise. Il ne Faudrait pas qu’elle voit que quelque chose a changé, du coup je garde la voiture, en plus une Lotus c’est quand même mythique !
-Ouais enfin bon. N’oublie pas que Lotus c’est une marque de papier chiottes aussi.
Sa blague ne me faisait plus rire, elle était drôle, certes, mais c’était au moins la dixième fois que je l’entendais venant de lui. Il devait aller se coucher lui aussi car une grosse journée l’attendait le lendemain. J’étais donc tout seul à me questionner. Ce défi familial m’angoissait déjà. Je pensais vaguement à m’inscrire au chômage pour toucher un petit quelque chose mais j’ignorais si on pouvait donner un peu d’argent chaque mois à un jeune de vingt-huit ans qui avait pour seule expérience professionnelle le ramassage des feuilles dans la piscine de ses parents et le fait d’avoir gardé quelques fois une petite cousine.
Le lendemain, dès l’aube, vers neuf heures et demie environ, la maison était déjà déserte. Tout le monde était au travail en ce vendredi et moi il fallait que je m’y mette. Je ne savais pas quoi faire, je glandouillais sur le vieux canapé du salon. La vieille télé tournait avec un reportage sur les sans-abris sur une chaîne d’info en continu. Une idée me vint alors, une idée simple. J’analysais, j’étudiais lentement le phrasé et la posture des clochards que je voyais.
Dans la chambre de Schindler il y avait des chaussures sales, trouées, une n’avait pas de lacets et l’autre était en train de perdre les siens au fil des jours. Ces chaussures je les connaissais, c’était celle qu’il utilisait pour aller à des soirées pas très classes. Elles ne craignaient plus rien et c’est pour cela qu’il s’était décidé à les garder. Il ne me restait plus qu’à trouver un vieux pull et un pantalon moche. Encore une fois, je pouvais remercier Schindler, une grande partie de sa garde-robe correspondait exactement à ce qu’il me fallait. Ce n’était sûrement pas très réjouissant pour la fiabilité de son style vestimentaire mais cela m’arrangeait. Mes cheveux bruns recouvrant légèrement mes oreilles et mon épi matinal étaient parfaits, on aurait pu croire que je venais de passer la nuit dans la rue. Il ne me manquait plus qu’à trouver un spot pour aller faire la manche. L’idéal aurait été un lieu très passant mais pas trop. Il fallait que personne ne me reconnaisse. Je m’imaginais déjà faire les gros titres des journaux. « Le fils d’un riche industriel surpris en train de mendier dans la rue ». Non, il fallait éviter ça. Le quartier de Sciences Po semblait être le meilleur choix. Les étudiants ne pouvaient pas être insensibles devant la misère humaine. En plus, il y avait une paroisse juste à côté, ça sentait bon le ramassage de deniers.
Je le sentais bien, je m’étais garé avec ma Lotus à quelques rues de là pour ne pas être démasqué. En plus la paroisse, dont je venais de retrouver le nom, portait la belle appellation de Paroisse Saint-Sauveur. C’était comme un signe, les petites pièces que l’on allait me donner marquerait le début de mon sauvetage financier. Il y avait quelques passants mais ce n’était pas la folie et je commençais à sévèrement crever de chaud avec mon pull. A dix heures et demie du matin, un homme visiblement pressé m’avait donné vingt-centimes, certainement pour s’en débarrasser et se donner bonne conscience par la même occasion. Un cinquième d’euro récolté en un quart d’heure ce n’était pas cher payé. C’était loin les Seychelles, très loin. En plus, un barbu costaud, sale et étrange me jetait un regard assez atypique. Dans ses yeux je n’arrivais pas à savoir s’il voulait dire : « Je souffre » ou alors : « Je vais te péter la gueule ». Il s’approcha et un vent de rhum souffla sur mes cheveux imparfaits.
-Va hein oh c’est non !
Je n’avais rien compris à la première phrase de mon, désormais, collègue de travail car il faisait la manche lui aussi.
-Ce n’est pas ça, attention ne reste pas, tu attends.
J’avais eu une folle envie de lui faire répéter ses propos mais j’avais très peur qu’il s’énerve.
-Ce n’est pas chez toi ici !
Ah ben voilà ! Là au moins j’avais compris ! Il n’y avait pas de problème, je pouvais changer d’endroit, je ne voulais surtout pas m’embrouiller avec mon presque nouveau milieu. Alors que je m’apprêtais à partir avec la démarche brouillonne du néo-clochard qui toussote légèrement et se recoiffe le barbu m’attrapa par le col et me plaqua contre le mur.
-Tu comprends quand je te parle ?!? Je t’ai dit qu’il fallait plus que tu traînes ici, ce sont mes clients, c’est ma rue !
J’ignorais complètement que le fait de mendier dans la rue était devenu un vrai business aujourd’hui, c’était tout juste s’il ne fallait pas louer un emplacement sur le trottoir. Pour faire bonne figure, j’avais décidé de lui filer l’euro qui dormait au fond de la poche du pantalon de Schindler. Je tenais à m’excuser alors que c’était lui qui m’avait quasiment molesté, mais j’avais peur, tant pis. Il prit mon euro tout en continuant à m’engueuler, en répétant inlassablement que ce n’était pas ma rue, et d’un coup son regard s’apaisa. Il avait la parfaite gestuelle du chef d’orchestre qui s’apprête à s’élancer. Il chuchota :
-Prête-moi ta chaussure.
Lentement et complétement rassuré je lui donnai donc la gauche. Il la regarda, il cherchait certainement la référence pour s’acheter la même, puis il la caressa comme on pourrait caresser un chat sous mes yeux complétement paumés et qui n’y comprenaient plus rien. Il se concentra ensuite sur la chaussure, on aurait dit un voyant. J’avais vraiment l’impression qu’il allait me lire mon avenir puis d’un geste simple et anodin il lança la chaussure en arrière sur la rue piétonne. C’était le même geste que celui que l’on fait lorsque l’on balance une pièce dans la fontaine de Trevi. Il faisait ça bien, ce mec que je ne connaissais pas avait quand même balancé ma chaussure en plein milieu de la rue et il avait bien pris soin de m’endormir un petit peu avant pour que je ne puisse pas m’énerver. De toute manière je ne voulais pas m’énerver contre lui, je perdais d’avance si je devais me frotter à lui. En une expiration de la bouche il pouvait m’envoyer en coma éthylique grâce à son haleine de rhum bon marché. J’avais donc répondu favorablement à son invitation. Une invitation à quitter les lieux sur le champ et je m’étais retrouvé assis dans une petite ruelle parallèle à regarder les gens passer. Je balançais lentement ma tête de droite à gauche pour montrer que j’étais exténué, que j’avais besoin de sous. Une belle femme d’une quarantaine d’années s’arrêta à mes côtés et me raconta son histoire en deux minutes chrono, elle et son mari étaient arrivés du Cameroun à l’âge de dix-neuf ans et avaient réussi à poursuivre leurs études en France. Elle, rêvait de travailler dans une banque. Lui, voulait à tout prix devenir dentiste. Ils y étaient arrivés et après avoir vécu de nombreuses années d’études dans la précarité ils avaient su ne pas oublier les gens qui dormaient dehors. Elle s’excusa en me disant qu’elle devait y aller et elle ouvrit son porte-monnaie. Il y avait du cinquante, du vingt, beaucoup de vingt euros, mes yeux pétillaient même si j’étais gêné de prendre de l’argent à des gens. Finalement, elle posa délicatement dans ma main un billet de dix euros, le plus petit billet de son porte-monnaie, celui que je n’avais pas vu au premier regard. C’était déjà un bon début même si cela aurait pu être cinquante euros.
