Les misérables (Édition résumée) - Victor Hugo - E-Book

Les misérables (Édition résumée) E-Book

Victor Hugo

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Beschreibung

Les Misérables suit Jean Valjean, forçat libéré traqué par le rigide Javert, et entremêle les destins de Fantine, Cosette, Marius et des Thénardier jusqu'aux barricades de 1832. Roman total, il mêle mélodrame et réalisme social pour sonder justice, grâce et misère. L'omniscience hugolienne alterne lyrisme, argot et digressions — Waterloo, égouts, Paris — érigeant une fresque historique et morale du romantisme tardif. Hugo, poète, dramaturge et homme public, écrit en exil et publie en 1862, nourri par 1848, par son opposition au Second Empire et par l'observation des bagnes. Sa compassion, aiguillonnée par des deuils — notamment sa fille Léopoldine — et sa foi laïque dans le progrès et l'instruction, orientent l'ouvrage vers une critique des institutions et un plaidoyer pour la dignité. On recommandera ce roman à qui veut une fiction qui éclaire la conscience autant qu'elle captive: il plonge dans la France du XIXe siècle et réfléchit pauvreté, responsabilité et pardon. Par son souffle narratif et sa verve oratoire, Les Misérables demeure exigeant mais généreux, propice à une lecture attentive et à des discussions actuelles sur la justice sociale. Quickie Classics résume avec précision des œuvres intemporelles, préserve la voix de l'auteur et maintient une prose claire, rapide et lisible – distillée, jamais diluée. Suppléments de l'édition enrichie : Introduction · Synopsis · Contexte historique · Biographie de l'auteur · Brève analyse · 4 questions de réflexion · Notes de l'éditeur.

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Veröffentlichungsjahr: 2026

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Hugo, Victor

Les misérables (Édition résumée)

Édition enrichie. Fresque épique de la France au XIXe siècle : injustice sociale, amour altruiste et rédemption, péripéties dramatiques et engagement humaniste
Introduction, études, commentaires et résumé par Raphaël Leroy
Édité et publié par Quickie Classics, 2026
EAN 8596547890751
Quickie Classics résume avec précision des œuvres intemporelles, préserve la voix de l’auteur et maintient une prose claire, rapide et lisible – distillée, jamais diluée. Suppléments de l’édition enrichie : Introduction · Synopsis · Contexte historique · Biographie de l’auteur · Brève analyse · 4 questions de réflexion · Notes de l’éditeur.

Table des matières

Introduction
Synopsis
Contexte historique
Biographie de l’auteur
Les Misérables
Analyse
Réflexion
Notes

Introduction

Table des matières

Entre la rigueur d’une loi qui pèse sur les épaules des plus vulnérables et la force obstinée d’une compassion capable de relever un être brisé, Les Misérables met en tension l’ordre social et l’élan du cœur, explore la blessure de la misère et la possibilité d’une rédemption, traverse la foule anonyme comme les consciences individuelles, et montre comment un destin peut dévier lorsque, au milieu du fracas de l’histoire, un geste de bonté ouvre une brèche où passent la dignité, l’espérance et le devoir, appelant chacun à mesurer le prix de la justice et le risque de l’humanité.

Roman majeur de Victor Hugo, publié en 1862 pendant l’exil de l’auteur, Les Misérables appartient à la grande tradition du récit social et historique. L’œuvre se déploie principalement en France au début du XIXe siècle, avec Paris pour centre névralgique, et parcourt plusieurs décennies, de l’après-Empire aux années 1830. Sans s’enfermer dans un cadre unique, elle embrasse provinces et capitales, rues, ateliers, institutions et marges, afin de cartographier une société bouleversée par la pauvreté, la surveillance et l’inégalité. Ce contexte permet à Hugo d’interroger, à l’échelle d’une fresque, la place de l’individu face aux appareils collectifs, et la responsabilité morale qui en découle.

Au seuil du livre, un ancien forçat, marqué à vie par sa condamnation, cherche une issue à la honte et à l’exclusion, tandis qu’un serviteur de la loi incarne l’inflexibilité des règles et leur logique implacable. Leurs trajectoires croisent celles d’enfants sans protection, de femmes exploitées, d’ouvriers précaires, d’étudiants ardents, et de figures de bienveillance dont la simple présence déplace des existences. La lecture épouse une voix ample et oratoire, parfois méditative, souvent indignée, qui alterne récit vivant et vues d’ensemble. Le ton oscille entre pathétique et énergie lumineuse, maintenant une tension morale qui soutient l’aventure sans la réduire à l’édification.

Les thèmes cardinaux s’articulent autour de la justice et de la grâce, de la faute et du relèvement, de la dignité humaine face à l’épreuve matérielle et au jugement social. Hugo met à nu les mécanismes qui fabriquent la misère et inscrit la responsabilité dans la chaîne des gestes ordinaires: accueillir, refuser, dénoncer, protéger. La paternité, l’éducation, la mémoire et l’identité y deviennent des chemins de transformation. La figure de la loi y est examinée non pour la nier, mais pour en mesurer les angles morts, tandis que la miséricorde, envisagée comme exigence, ouvre la perspective d’une société où la solidarité aurait force structurante.

D’un point de vue formel, le roman allie une architecture monumentale à des scènes vivement découpées, où l’ellipse côtoie l’amplification. Un narrateur omniscient, ferme et bienveillant, conduit le lecteur de l’intime au collectif, mêlant registres populaires, y compris l’argot, et hauteur philosophique. Les descriptions urbaines installent des théâtres moraux autant que physiques, et les digressions historiques ou réflexives, loin d’être des à-côtés, structurent la vision d’ensemble. La prose, rythmée par l’emphase et la précision concrète, suscite une lecture à la fois sensorielle et méditative, qui rend palpables les lieux, les voix et les idées, sans sacrifier l’élan narratif à la démonstration.

Lire Les Misérables aujourd’hui, c’est rencontrer des questions qui demeurent: comment une société traite-t-elle ceux qu’elle a rendus invisibles, quelle part d’écoute accorde-t-elle à la fragilité, et quels chemins offre-t-elle pour réparer plutôt que punir? Au-delà du pittoresque historique, le roman met en cause l’indifférence et l’exclusion, éclaire les débats contemporains sur la pauvreté, la protection de l’enfance, la réinsertion, et l’articulation entre sécurité publique et justice humaine. En donnant des visages à l’abstraction sociale, il propose une éthique de l’attention et rappelle que les institutions gagnent en légitimité lorsqu’elles se laissent corriger par la compassion et la raison.

Une telle œuvre se lit avec patience et disponibilité: elle demande d’accepter la lenteur de certaines pages pour en recevoir la clarté, d’accueillir les détours pour habiter mieux la globalité. En retour, elle offre l’expérience rare d’un regard qui n’abandonne personne au bord du chemin et d’une langue qui élève sans dissimuler la dureté du réel. Pour les lecteurs d’aujourd’hui, ce roman sert de boussole morale, non par recettes, mais par la force d’exemples incarnés et de questions tenaces. Il continue de compter parce qu’il fait sentir, jusque dans le détail le plus humble, l’immensité d’une société et la singularité d’une âme.

Synopsis

Table des matières

Publié en 1862, Les Misérables de Victor Hugo est un roman-fresque situé en France au début du XIXe siècle, entre Restauration et Monarchie de Juillet. L’intrigue s’ouvre sur la libération d’un forçat, Jean Valjean, marqué par des années de travaux forcés pour un vol motivé par la faim. Rejeté par la société, il affronte la dureté d’un ordre social obsédé par la punition plus que par la réparation. En contrepoint, l’inspecteur Javert incarne une conception inflexible de la loi. Dès les premières pages, Hugo pose le conflit central entre identité figée par la faute initiale et possibilité d’une transformation morale.

Un geste de bienveillance inattendu, reçu alors qu’il touche au désespoir, provoque chez Valjean un sursaut de conscience. Décidé à rompre avec la logique de la vengeance sociale, il se réinvente au service d’autrui, s’efforçant de bâtir une vie honnête et utile. Son ascension discrète, fondée sur le travail et la probité, l’expose cependant à une menace constante: l’ombre du passé et l’œil de Javert, persuadé qu’un ancien forçat ne peut s’amender. Hugo établit ainsi une tension durable entre la miséricorde et la stricte application de la règle, questionnant ce que valent la réhabilitation et la dignité humaine face à l’institution pénale.

Parallèlement, le roman suit le destin de Fantine, ouvrière pauvre et mère célibataire contrainte de confier sa fille loin d’elle pour conserver un emploi. Lorsque sa maternité est découverte, elle est rejetée et bascule dans une spirale de précarité et d’atteintes à sa santé. À travers elle, Hugo éclaire l’acharnement moral contre les femmes vulnérables et la chaîne d’indifférences qui fabrique la misère. Valjean, désormais en position d’aider, mesure sa part de responsabilité dans ce système et entreprend de réparer. La recherche de l’enfant, Cosette, devient un engagement moral, prolongeant le thème de la dette envers autrui et de la solidarité concrète.

Cosette grandit sous la coupe d’aubergistes sans scrupule, les Thénardier, qui exploitent sa faiblesse. L’intervention de Valjean, désormais tuteur dévoué, extrait l’enfant d’un environnement abusif et inaugure une relation de protection mutuelle. Leur lien, à la fois affectif et éthique, structure la suite du récit. Mais l’obsession de Javert rend leur sécurité précaire, forçant déplacements et clandestinité. En toile de fond, la France urbaine se densifie: faubourgs, couvents, rues populaires et marges sociales composent un espace où s’affrontent règne de la loi, charité active et opportunisme des trafiquants. Le roman gagne en ampleur, articulant fuite, éducation et reconstruction intime.

Installés à Paris, Valjean et Cosette mènent une existence discrète. L’adolescente devient une jeune femme dont l’aspiration à la liberté s’affirme. Marius Pontmercy, étudiant pauvre et idéaliste, apparaît alors, partagé entre héritages politiques et amitiés militantes. Leur rencontre introduit un motif amoureux traité avec retenue, où regard, distance et malentendus tissent une intrigue sentimentale. Valjean, hanté par le risque, oscille entre protection et confiance. À travers ces figures, Hugo observe la transmission entre générations, l’éducation du cœur et les tensions entre attachement filial, désir d’émancipation et engagement civique, sans dénouer encore les équilibres précaires qui unissent ou séparent les personnages.

Le contexte social s’assombrit: pauvreté urbaine, chômage et fièvre politique nourrissent une agitation qui culmine lors d’une insurrection parisienne de 1832. Les amis de Marius, jeunes républicains, érigent des barricades où se cristallisent espoirs de justice et seuils du courage. Valjean, entraîné par les liens affectifs et par un sens aigu du devoir, s’approche de ces événements. Le roman articule alors réflexion historique et drame personnel, interrogeant la valeur du sacrifice, le prix de la liberté et la frontière entre héroïsme et témérité. Sans livrer ses aboutissements, Hugo met en scène des choix qui éprouvent convictions, loyautés et visions concurrentes de l’ordre.

Parallèlement, le monde interlope, où gravitent Thénardier et une pègre organisée, révèle une autre économie de la survie: extorsions, délations et trafics exploitent la détresse. Ces épisodes complètent la cartographie morale du livre, en éclairant comment l’exclusion fabrique sa propre loi. Javert poursuit inlassablement Valjean, certain que la sécurité publique exige une rigueur sans faille. Il est pourtant confronté à des gestes qui ne cadrent pas avec ses certitudes, posant la question de la finalité de la peine et des vertus possibles du pardon. La traque cesse d’être un simple jeu policier pour devenir une épreuve philosophique et institutionnelle.

Les Misérables entremêle récit romanesque et vastes digressions documentaires. Hugo consacre des chapitres entiers à Waterloo, aux couvents, au langage populaire, à la topographie de Paris et à l’infrastructure souterraine, pour montrer comment l’Histoire, les idées et les milieux façonnent les destins individuels. Ces panoramas soutiennent une thèse: la misère n’est pas une fatalité privée, mais un produit social que l’État, l’école, la religion et la solidarité peuvent prévenir. Le tempo alterne contemplation, débat et action, donnant au roman la dimension d’un traité humaniste en mouvement, où la littérature cherche moins le sensationnel que l’intelligibilité des structures.

Sans détailler ses ultimes péripéties, le livre avance vers une synthèse où se répondent faute, responsabilité et rédemption. Il propose une éthique de la bonté active, attentive aux humiliés et convaincue que la justice véritable ne se réduit ni à la vengeance ni à l’oubli. L’intrigue principale, les trajectoires de Valjean, Cosette, Marius, Javert et les autres convergent pour éprouver les limites de la loi et la force du care. Par son ampleur, l’ouvrage a durablement marqué l’imaginaire collectif et les débats sur la peine, la pauvreté et l’éducation, offrant encore aujourd’hui un horizon de pensée et d’empathie.

Contexte historique

Table des matières

Les Misérables s’inscrit dans la France du premier tiers du XIXe siècle, de 1815 à 1832 principalement, entre provinces et Paris. Après la chute de Napoléon, la Restauration rétablit la monarchie bourbonienne, renforce l’influence catholique et consolide le Code civil. La police centralisée et une justice sévère structurent l’ordre public. L’économie, encore artisanale mais en transition industrielle, connaît crises, chômage et hausses du coût de la vie. Les institutions de bienfaisance restent locales et insuffisantes. Située au croisement de ces régimes et mutations, l’œuvre éclaire la fragilité des droits pour les humbles et critique les inégalités que l’État monarchique et la société tolèrent.

Le système pénal hérité de l’Empire repose sur le Code pénal de 1810, les bagnes portuaires et un régime de surveillance étroit. Les condamnés aux travaux forcés sont envoyés à Toulon, Brest ou Rochefort; leur libération s’accompagne d’un passeport pour l’intérieur mentionnant leur statut, et du livret ouvrier pour l’emploi. La récidive entraîne un contrôle policier renforcé. En 1832, une réforme introduit les circonstances atténuantes et abolit le marquage au fer. Cette logique punitive, où la peine colle durablement à l’individu, nourrit dans l’œuvre une critique des obstacles administratifs et sociaux opposés à la réinsertion et à la dignité humaine.

Après le Concordat de 1801, l’Église catholique retrouve sous la Restauration un rôle social et moral central. Évêques, paroisses et congrégations encadrent hôpitaux, hospices et écoles charitables, aux côtés des bureaux de bienfaisance municipaux issus de la Révolution. Les élites pratiquent une philanthropie paternaliste; le débat oppose charité religieuse et intervention de l’État. Dans les années 1830, un courant de catholicisme social se structure, bientôt illustré par la Société de Saint-Vincent-de-Paul (1833). L’œuvre de Hugo réfléchit ce paysage: elle interroge la capacité des institutions religieuses et civiles à soulager la misère et dénonce leurs insuffisances concrètes.

Paris avant Haussmann est une ville dense aux rues étroites, à l’habitat insalubre et aux disparités criantes entre quartiers. Les faubourgs artisanaux, comme Saint-Antoine ou Saint-Marceau, concentrent ateliers, ouvriers et pauvreté. La suppression des corporations en 1791 a libéralisé le travail, mais le livret ouvrier de 1803 et des contrôles policiers encadrent fortement l’emploi. Créée en 1800, la Préfecture de police centralise identification, passeports et maintien de l’ordre. Les épidémies et la cherté du pain aggravent les tensions sociales. L’œuvre met en scène ce Paris pré-haussmannien pour montrer comment l’espace urbain conditionne la misère et la surveillance.

Politiquement, la période va de la Restauration bourbonienne aux débuts de la monarchie de Juillet. Les ultras imposent la loi du sacrilège (1825) et durcissent la censure; les ordonnances de juillet 1830 suspendent la liberté de la presse et restreignent le corps électoral, déclenchant les Trois Glorieuses. Le nouveau régime reste censitaire et limite la participation politique, malgré une Chambre élargie. Des sociétés républicaines et étudiantes diffusent idées libérales et égalitaires. Ce climat d’opposition, de surveillance et d’aspirations démocratiques forme l’arrière-plan idéologique de l’œuvre, qui interroge la légitimité de l’ordre établi et la représentation des classes populaires.

En 1832, Paris subit une épidémie de choléra qui fait environ 18 000 morts dans la capitale et alimente la défiance envers les autorités. Le 5 juin, les funérailles du général Lamarque, figure populaire de l’opposition, deviennent le point de ralliement d’une insurrection républicaine. Des barricades s’élèvent autour du cloître Saint-Merri et dans le centre; l’armée et la Garde nationale répriment le mouvement le lendemain. Cette rébellion, brève mais marquante, révèle la fracture entre peuple, monarchie de Juillet et système censitaire. L’œuvre s’en saisit pour montrer comment la misère, la maladie et l’exclusion peuvent nourrir l’explosion politique.

Les conditions des femmes et des enfants au début du XIXe siècle sont marquées par la précarité. Le travail féminin, souvent à domicile (couture, blanchisserie) ou en atelier, est faiblement rémunéré. Les enfants participent à l’économie domestique; avant la loi de 1841, l’emploi industriel des plus jeunes est très peu encadré. L’instruction primaire progresse avec la loi Guizot (1833), mais l’accès demeure inégal selon le sexe et la fortune. À Paris, la prostitution est réglementée par la police des moeurs et des maisons closes autorisées. L’œuvre met en lumière ces vulnérabilités sociales et questionne la responsabilité collective envers l’enfance et le travail.

Victor Hugo publie Les Misérables en 1862, depuis l’exil à Guernesey, après s’être opposé au Second Empire. Ancien pair sous la monarchie de Juillet puis député en 1848, il s’est engagé contre la peine de mort et pour des réformes sociales. L’ouvrage, nourri de lectures juridiques, de dossiers sur le crime et la pauvreté, et d’observations de Paris avant Haussmann, vise un large public européen grâce à une parution internationale. Par sa peinture des institutions, des lois et de la détresse matérielle, le roman propose une critique humaniste de la France postrévolutionnaire et appelle à une justice plus inclusive.

Biographie de l’auteur

Table des matières

Victor Hugo (1802-1885) est l’une des figures majeures de la littérature mondiale. Poète, romancier et dramaturge, il traverse le XIXe siècle français en y imprimant une marque durable. Par l’ampleur de son œuvre et la force de ses convictions publiques, il occupe une place singulière où se rencontrent imagination, conscience civique et renouvellement des formes. Ses livres interrogent la justice, la liberté, la misère et le destin humain, avec une ambition à la fois épique et populaire. Traduit très tôt et abondamment lu hors de France, il devient un auteur de référence dont l’influence dépasse le champ littéraire.

Né à Besançon et élevé en partie à Paris, Hugo reçoit une formation solide dans les lycées de la capitale et se fait remarquer très jeune par sa maîtrise du vers. Ses premières publications poétiques, dans les années 1820, révèlent un talent déjà sûr et un goût pour l’éloquence classique. Rapidement, l’élan romantique l’emporte: la découverte de Shakespeare, l’admiration pour Chateaubriand et l’attention portée aux paysages, aux passions et au pittoresque nourrissent son esthétique. La préface de Cromwell (1827) devient un manifeste, défendant le mélange des registres et la liberté créatrice, et place Hugo au premier plan des débats littéraires.

Le théâtre est d’abord son laboratoire. Avec Hernani (1830), il provoque à la Comédie-Française une bataille retentissante qui consacre le drame romantique contre les règles du classicisme. D’autres pièces marquent les scènes parisiennes des années 1830: Le Roi s’amuse, Lucrèce Borgia, Marie Tudor, Ruy Blas. Portées par une langue lyrique et des situations contrastées, elles affrontent souvent la censure et divisent la critique, tout en conquérant un vaste public. Cette dramaturgie, qui mêle sublime et grotesque, interroge le pouvoir, la fatalité et la dignité des humbles. Elle façonne durablement l’imaginaire scénique et ouvre la voie à des écritures plus audacieuses.

En prose, Hugo impose une vision ample du roman comme enquête morale et fresque historique. Notre-Dame de Paris (1831) redonne une visibilité européenne au Moyen Âge monumental et sensibilise à la sauvegarde du patrimoine. Le Dernier Jour d’un Condamné (1829) place au centre la question de la peine capitale. Avec Les Misérables (1862), il conjugue destin individuel et critique sociale dans un récit d’une portée internationale. Les Travailleurs de la mer (1866), L’Homme qui rit (1869) et Quatrevingt-treize (1874) prolongent cette ambition, alliant suspense, méditation politique et paysages saisissants. La réception, parfois controversée, s’accompagne d’un succès populaire durable.

La poésie demeure le cœur battant de son œuvre. Les Contemplations (1856) composent une autobiographie lyrique où le deuil, la mémoire et la foi en l’avenir se croisent. La Légende des siècles (1859-1883) déploie une vaste épopée de l’humanité, du mythe aux révolutions modernes. Les Châtiments (1853) opposent une verve satirique à la tyrannie, tandis que Odes et Ballades (1826) et Les Orientales (1829) manifestent l’invention formelle du jeune auteur. Hugo renouvelle le vers français, joue des rythmes et des images, et fait du poème une tribune autant qu’une aventure spirituelle, en conjuguant précision technique et souffle visionnaire.

Élu à l’Académie française en 1841 et nommé pair de France sous la monarchie de Juillet, Hugo s’engage pleinement dans la vie publique. Après 1848, il défend le suffrage, l’instruction et la liberté de la presse. Le coup d’État de 1851 le contraint à l’exil, notamment dans les îles Anglo-Normandes, où il compose des œuvres majeures ainsi que des pamphlets comme Napoléon le Petit et, plus tard, Histoire d’un crime. De retour en 1870, il siège sous la Troisième République et plaide avec constance contre la peine de mort et pour une fraternité européenne, liant littérature et intervention civique.

Ses dernières années sont celles d’un écrivain vénéré, travaillant encore à La Légende des siècles et publiant des recueils, romans et textes politiques. Sa mort en 1885 donne lieu à des funérailles nationales et à son entrée au Panthéon, consacrant un destin d’écrivain-citoyen. L’influence de Hugo irrigue la littérature, le théâtre et la pensée sociale, tandis que ses œuvres, régulièrement rééditées et adaptées, demeurent au cœur de la culture mondiale. Présent dans l’enseignement et la recherche, il inspire les arts visuels et la scène contemporaine. Sa vision humaniste et sa langue inventive nourrissent aujourd’hui encore le débat public.

Les misérables (Édition résumée)

Table des Matières Principale
LES MISERABLES — Tome I — Fantine
LES MISERABLES — Tome II — Cosette
LES MISERABLES — Tome III — Marius
LES MISERABLES — Tome IV — L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis
LES MISERABLES — Tome V — Jean Valjean

LES MISERABLES — Tome I — Fantine

Table des matières

Tant que des lois et des mœurs fabriqueront des enfers au cœur de la civilisation, tant que la misère et l’ignorance subsisteront, de telles pages resteront nécessaires. En 1815, Charles-François-Bienvenu Myriel[1], environ soixante-quinze ans, siège depuis neuf ans comme évêque de Digne. Fils d’un conseiller d’Aix, il avait été marié très jeune, élégant et courtisé avant la tourmente de 1789. Exilé en Italie, il perdit son épouse consumée par la poitrine; sans enfant, il revint prêtre, personne ne sut pourquoi. En 1804, simple curé de Brignolles, il vivait retiré jusqu’au jour où une démarche à Paris changea tout.

Dans l’antichambre du cardinal Fesch[2], l’empereur croisa le vieux curé et lança « Quel est ce bonhomme qui me regarde ? » — « Sire, vous regardez un bonhomme, et moi je regarde un grand homme ; chacun de nous peut profiter. » Le soir même, Napoléon[3] retint son nom; bientôt le curé apprit qu’il devenait évêque de Digne. Les bruits sur ses frivolités d’autrefois s’éteignirent avec le temps. Il arriva accompagné de sa sœur, mademoiselle Baptistine, longue et translucide, et de madame Magloire, petite, ronde, toujours haletante. Installé dans l’imposant palais épiscopal, il rendit les visites protocolaires; la ville attendit ses actes.

Trois jours plus tard, il inspecta l’hôpital voisin, sombre bâtisse exiguë. Dans la grande salle à manger de son palais il interrogea le directeur : « Combien de malades ? » — « Vingt-six, Monseigneur. » — « Les lits sont serrés, l’air manque, le jardin est minuscule, n’est-ce pas ? » — « Il faut se résigner… » Alors il conclut : « Vous avez mon logis et j’ai le vôtre; rendez-moi ma maison, c’est ici chez vous. » Le lendemain, les malades occupaient le palais; l’évêque dormait à l’hôpital. Son traitement de quinze mille francs fut aussitôt réparti: six mille pour les pauvres, le reste pour séminaires, œuvres, prisonniers; mille lui suffisaient. Baptistine acquiesça, Magloire soupira.

Grâce à l’économie de madame Magloire et à l’organisation de mademoiselle Baptistine, l’évêque recevait toujours les curés de passage. Pourtant il soupira : « Avec tout cela je suis bien gêné ». Magloire évoqua la pension de carrosse; il la réclama. Le conseil accorda trois mille francs; la bourgeoisie s’indigna et un sénateur fulmina : « Des frais de carrosse ?… À bas le pape ! » Magloire triompha; il dressa aussitôt le budget : bouillon des malades, sociétés maternelles, enfants trouvés, orphelins : trois mille. Il pressait les riches, donnait aux pauvres, devint caissier des détresses sans améliorer son sort, et fut bientôt appelé « Monseigneur Bienvenu », nom qu’il chérissait.

Même sans carrosse, il parcourait ses trente-deux cures, quarante-et-un vicariats et cent quatre-vingt-cinq succursales; à pied près, en carriole dans la plaine, en cacolet sur les rocs, souvent accompagné des deux vieilles, parfois seul. À Senez il arriva sur un âne; le maire, scandalisé, le fixa; des bourgeois riaient. Il dit « Messieurs, vous blâmez l’orgueil d’un pauvre prêtre montant la monture de Jésus; nécessité, non vanité ». Partout il parlait plus qu’il ne prêchait, citant Briançon qui fauche pour les veuves, Embrun moissonnant pour les soldats absents, Devolny où les fils laissent l’héritage aux filles, Queyras sans juges, plein de maîtres ambulants, exhortant d’images directes.

Chez lui, la gaieté voisinait la grandeur. Magloire l’appelait souvent « Votre Grandeur »; un jour, voulant un livre hors d’atteinte, il demanda : « Madame Magloire, apportez une chaise ; ma Grandeur n’atteint pas cette planche ». La comtesse de Lô déroulait les « espérances » de ses fils; il médita, puis cita saint Augustin : « Mettez votre espérance dans celui auquel on ne succède point ». Recevant un faire-part surchargé de titres, il lança : « Quel bon dos a la mort ! ». Pendant le carême, un jeune vicaire peignit l’enfer pour quêter; le négociant Géborand donna chaque dimanche un sou aux vieilles, et l’évêque sourit : « Voilà monsieur Géborand qui achète pour un sou de paradis ».

Arrivé dans un salon, l’évêque frôla le bras du marquis de Champtercier et murmura: "Monsieur le marquis, il faut me donner quelque chose." L’autre tourna brusquement: "Monseigneur, j’ai mes pauvres." – "Donnez-les-moi." Plus tard, du haut de la cathédrale, il tonna: "Mes frères, treize cent vingt mille maisons n’ont que trois ouvertures, trois cent quarante mille n’ont qu’une porte; Dieu offre l’air, la loi le vend; ayez pitié!" Provençal, il lançait: "Eh bé, moussu, sès sagé?" ou "Puerte un bouen moutou..." Tour à tour père de montagne ou de chaumière, il entrait dans chaque âme sans effort.

He ne condamnait jamais sans mesurer la route de la faute et, sourire aux lèvres, se disait "ex-pécheur". "La chair est fardeau et tentation; surveillez-la, contenez-la; péchez le moins possible, soyez justes", proclamait-il; "le péché est une gravitation." Voyant les indignations conformes, il glissait: "Oh! oh! voilà un gros crime que tout le monde commet." Il plaidait pour femmes, enfants, serviteurs: "Le coupable est celui qui fait l’ombre." Un soir, après qu’on eut loué le procureur ayant arraché un aveu par jalousie, il demanda calmement: "Où jugera-t-on cet homme et cette femme?" Puis: "Et où jugera-t-on monsieur le procureur du roi

Un saltimbanque meurtrier attendait la guillotine[8]; l’aumônier malade, le curé refusa: "Ce n’est pas ma place." L’évêque répondit: "C’est la mienne." Il descendit au cabanon, prit la main du condamné, veilla, pria: père, frère, ami. Le lendemain, en camail violet, il monta la charrette, gravit l’échafaud; l’homme, rayonnant, entendit: "Celui que l’homme tue, Dieu le ressuscite; priez, entrez dans la vie, le Père est là." La lame tomba, la foule s’écarta devant sa pâleur sereine. Chez lui, il souffla: "Je viens d’officier pontificalement." La vision du couperet le hanta: l’échafaud, monstre vivant, buvant le sang, vous force à choisir.

The morning after the execution Bishop Myriel looked broken; the ghost of social justice clung to him. Often he muttered, and one evening his sister caught the words: «Je ne croyais pas que cela fût si monstrueux. La mort n’appartient qu’à Dieu; de quel droit les hommes y touchent-ils?» The anguish waned with time, yet he avoided forever the scaffold square. Still, any hour he hurried to the sick and dying, entering widow and orphaned homes uncalled. He could sit silent for hours, then speak: «Prenez garde, ne regardez pas ce qui pourrit; cherchez la lueur vivante de votre mort au fond du ciel.

Like many elders and thinkers he slept little; after an hour of meditation he celebrated mass, broke rye bread into warm milk, then faced endless tasks. Secretaries, vicars, congregations, permissions, quarrels of mayor and curé, letters to State and Rome consumed the day; what remained belonged first to beggars, then to study or spade, both called “jardiner.” At noon he roamed fields and alleys in his quilted violet coat, blessing children, visiting the poor while coins lasted, the rich when pockets were empty. His worn soutanes hid beneath the coat; summer heat pinched him. Dinner matched breakfast unless a curé’s presence justified fish or game.

Night found him at a plain table, scribbling in margins: he matched Genesis with Arabic, Josephus and Onkelos, credited the Barleycourt tracts to Bishop Hugo, and once wrote: «Ô vous qui êtes… Salomon vous nomme Miséricorde.» At nine his sister and Madame Magloire withdrew, leaving him alone on the dining room–bedroom–oratory suite, garden behind, two cows in the former hospice kitchen, half their milk sent to the hospital. To shun winter drafts he retreated to a plank cubicle in the stable, his “salon d’hiver,” equipped with straw chairs and a pink buffet altar; guests borrowed seats everywhere, while Baptistine’s Utrecht velvet lounge stayed imaginary.

La chambre ouvrait sur le jardin par une porte-fenêtre ; face à elle, un lit de fer sous baldaquin vert, et, derrière un rideau, les ustensiles de toilette de jadis. Deux portes menaient à l’oratoire et à la salle à manger ; le long du mur, une armoire vitrée pleine de livres, une cheminée imitant le marbre, des chenets autrefois argentés et un crucifix sur velours usé. Une table portait des papiers, un fauteuil de paille et un prie-Dieu complétaient le décor. Deux portraits d’ecclésiastiques datés du 27 avril 1785 gardaient le lit. Il restait six couverts d’argent, une cuillère et deux flambeaux rangés chaque soir.

La maison blanchie au lait de chaux brillait d’une propreté sévère ; un rideau rapiécé d’une couture en croix faisait sourire l’évêque : « Comme cela tombe bien ! » Les chambres pavées de briques, les nattes et le jardin en croix répondaient à la même simplicité ; trois carrés nourrissaient les légumes de Madame Magloire, le quatrième ses fleurs, et l’arrosoir à la main il affirmait : « Le beau est aussi utile que l’utile, peut-être plus. » Les portes restant ouvertes, il avait écrit : « La porte du prêtre doit toujours être ouverte. » À ceux qui craignaient pour lui, il murmurait : « Nisi Dominus custodierit domum… ».

Quand Cravate et ses bandits terrorisaient les gorges, l’évêque, en route pour le Chastelar, fut averti par le maire : « La montagne est à lui, aucune escorte ne sert. » — « J’irai sans escorte, dans une heure, » répondit-il. — « Seul ? Les brigands ! » — « Un petit hameau m’attend ; que penseraient ces bergers si leur évêque avait peur ? Les loups eux aussi doivent entendre parler du bon Dieu. » — « Ils vous voleront ! » — « Je n’ai rien. » — « Ils vous tueront ! » — « Je suis ici pour sauver les âmes, non ma vie. » Il partit, guidé par un enfant, laissant le pays saisi.

Refusant d’emmener sa sœur et Madame Magloire, il franchit la montagne à dos de mulet et passa quinze jours chez ses « bons amis » bergers, prêchant et secourant. Avant de repartir il voulut chanter un Te Deum[4]. Le curé n’avait qu’une sacristie pauvre, quelques chasubles râpées — « Bah, annonçons-le quand même », dit-il. On cherchait encore quand deux cavaliers déposèrent une caisse : chape d’or, mitre piquée de diamants, croix, crosse, le trésor volé d’Embrun, plus le mot : « Cravate à Monseigneur Bienvenu ». « Quand je disais que cela s’arrangerait ! » lança l’évêque. « À qui se contente d’un surplis, Dieu envoie une chape. » « Dieu — ou le diable. » « Dieu

Il redescendit la route, qu’on parcourait pour le voir, portant les insignes. Au presbytère du Chastelar, sa sœur et Madame Magloire l’attendaient. « Eh bien, avais-je raison ? Je suis parti les mains vides, je rapporte le trésor d’une cathédrale », dit-il. Le soir, avant de se coucher, il avertit : « Ne craignons jamais voleurs ni meurtriers ; les vrais périls vivent en nous : préjugés, vices. Qu’importe la bourse ? Songeons à l’âme. » Puis, à sa sœur : « Pas de précaution contre le prochain ; prions seulement pour qu’il ne pèche pas à cause de nous. » Sa vie reprit son calme rituel ; aux joyaux restait l’alternative : cathédrale ou hôpital

Le sénateur, ancien procureur devenu riche sans scrupules, se piquait d’épicurisme et plaisantait les « billevesées du bonhomme évêque ». Au dessert d’un dîner chez le préfet, il leva son verre : « Parbleu, causons ! J’ai ma philosophie », lança-t-il. Il blâma Diderot, invoqua Pyrrhon, Hobbes, Naigeon, nia Dieu, l’âme, l’au-delà : « Vive Zéro qui me laisse tranquille ! Je mange, je ne serai que poussière ; mieux vaut la dent que l’herbe. » Il concéda toutefois la religion « aux va-nu-pieds ». L’évêque applaudit : « Quelle superbe matière pour jouir sans remords ! Vous autres grands seigneurs gardez votre liqueur rare ; laissez au peuple le bon Dieu, oie aux marrons de la foi.

L’évêque n’avait pas besoin de parler ; pour le prouver, voici la lettre que mademoiselle Baptistine envoie le 16 décembre : « Ma bonne madame, pas un jour sans que nous pensions à vous. En lavant plafonds et murs, Madame Magloire a ôté le vieux papier ; nos deux pièces, hautes de quinze pieds et peintes à la feuille d’or, pourraient figurer dans votre château. Ma chambre révèle, sous dix couches, Télémaque adoubé par Minerve, des Romains et des Romaines ; elle deviendra un musée. Nous avons aussi retrouvé deux consoles, mais mieux vaut donner l’argent aux pauvres qu’à leur dorure. » La missive se poursuit.

« Je suis heureuse ; mon frère donne tout aux indigents. La porte reste ouverte, nuit et jour ; il dit qu’ainsi doit vivre un évêque. Routes suspectes, il sort sans peur. L’hiver dernier, parti seul chez les voleurs, on le croyait mort ; il revint et déclara : “Voilà comme on m’a volé !” puis montra une malle pleine des bijoux d’Embrun que les brigands lui avaient remis. Nous tremblons, nous prions, nous dormons. Je vous renseigne sur la famille de Faux ; c’est une lignée ancienne. Ma santé faiblit, mais je garde confiance. Votre petit-neveu demande : “Qu’a-t-il donc aux genoux ?” et son frère crie : “Hu !” » Fin de la lettre.

Ces deux femmes se taisent dès qu’il agit ; quand son élan d’évêque surgit, elles deviennent ombres et le confient à Dieu, certaines que la fin de l’un serait la leur. Plus tard, un danger nouveau s’annonce. Hors de Digne, un ancien conventionnel nommé G[7]., quasi-régicide, vit isolé dans un vallon que nul chemin n’atteint. La ville frissonne à son nom, se réjouit de sa mort prochaine ; on murmure : athée, vautour. Apprenant qu’il agonise, l’évêque hésite, puis saisit son bâton, couvre sa soutane élimée d’un manteau et marche vers le couchant. Après haies et friches, il découvre enfin la cabane basse, propre, cernée d’une treille.

Assis devant la cabane, un vieil homme aux cheveux blancs souriait au soleil tandis qu’un jeune pâtre lui tendait une jatte de lait. « Merci, je n’ai plus besoin de rien », dit-il. L’évêque approcha; le vieillard, surpris, demanda : « Qui êtes-vous ? » – « Bienvenu Myriel. » – « Le monseigneur Bienvenu ? » – « Moi-même. » – « Vous êtes donc mon évêque; entrez. » La main offerte resta suspendue. L’évêque observa une santé trompeuse; le vieillard expliqua : « Je mourrai dans trois heures. » Il décrivit le froid qui montait, loua le soleil, décida de finir sous les étoiles, puis congédia l’enfant afin de mourir pendant son sommeil.

Le prélat, légèrement froissé de n’être pas appelé « monseigneur », réprima un élan de rudesse. Il détailla ce conventionnel octogénaire, buste droit, regard clair, épaules solides, maître d’une agonie qu’il semblait choisir. Seules les jambes étaient mortes. L’évêque s’assit sur une pierre et attaqua : « Je vous félicite : vous n’avez pas voté la mort du roi. » G. répondit sans sourire : « Ne me félicitez pas trop; j’ai voté la fin du tyran. L’ignorance gouverne l’homme; j’ai choisi la science. » – « Et la conscience », objecta l’évêque. – « C’est la même chose. » Le mourant énuméra les libertés promises par la république, les préjugés renversés, la lumière jaillie des ruines.

L’évêque souffla : « Quatre-vingt-treize ! » Le vieillard se redressa : « Je l’attendais. Quinze siècles ont chargé un nuage; il a crevé et vous jugez l’éclair. » – « Le tonnerre ne doit pas se tromper », répliqua le visiteur, puis lança : « Louis XVII ? » G. saisit son bras : « Pleurez-vous l’enfant innocent ? je pleure avec vous. Pleurez-vous l’enfant royal ? je réfléchis. Le frère de Cartouche pendu en place de Grève ne m’émeut pas moins. » Le prêtre n’aima pas ces rapprochements; le vieillard rappela le fouet du Christ et l’égalité des petits. « Je pleure sur tous », admit l’évêque. « Également, et, s’il faut pencher, pour le peuple ! » conclut G.

He brisé silence; se redressant, le vieillard pince sa joue et explose: «Oui, le peuple souffre! Mais qui êtes-vous? Un évêque engraissé, vingt-cinq mille francs, livrées, palaces, carrosse — un prince repu sous le nom de Jésus-Christ. Je vous demande: qui êtes-vous?» L’évêque baisse la tête: «Vermis sum.» «Un ver de terre en carrosse!», gronde l’autre. Calmement, l’évêque réplique: «Soit; mais en quoi mon carrosse annule pitié et clémence, et prouve que 93 fut sans pardon?» Le conventionnel passe la main sur son front, s’excuse de l’incivilité: «Je combattrai vos idées, non vos privilèges.» «Je vous remercie», répond l’évêque.

«Que pensez-vous de Marat applaudissant la guillotine?» demande le visiteur. «Et vous, de Bossuet chantant le Te Deum sur les dragonnades?» riposte l’autre, pointe d’acier qui fait tressaillir l’évêque. L’asthme coupe la voix du moribond, mais ses yeux restent clairs; il énumère Carrier, Montrevel, Fouquier, Bâville, Maillard, Saulx-Tavannes, Duchêne, Letellier, Jourdan et Louvois, oppose nourrice huguenote suppliciée à Marie-Antoinette, conclut: «La Révolution a ses raisons; de ses coups naît une caresse pour l’humanité. Les brutalités du progrès s’appellent révolutions.» L’évêque recule puis se raidit: «Le progrès doit croire en Dieu; un guide athée est mauvais.» Une larme naît: «Ô toi, idéal!» murmure le vieillard.

Le mourant lève un doigt vers le ciel: «L’infini est; s’il a un moi, c’est Dieu.» L’effort l’épuise, ses paupières tombent. Comprenant l’instant, l’évêque saisit la main glacée: «Cette heure est à Dieu; faudrait-il que notre rencontre fût vaine?» Les yeux se rouvrent; d’une voix lente le vieux représentant retrace sa vie de méditation, combats, secours, pauvreté, persécution, puis conclut: «Je vais mourir. Que voulez-vous?» «Votre bénédiction», souffle l’évêque en s’agenouillant. Elle vient; le visage du conventionnel se transfigure, il expire. La nuit suivante, l’évêque prie sans relâche. Aux ragots sur cette visite, il montre le ciel ou répond: «La couleur honore bonnet et chapeau.

Peu après son élévation, l’empereur fait de Myriel un baron; vient l’enlèvement du pape, le synode de 1811 à Notre-Dame[6]. L’évêque des montagnes n’y paraît qu’une séance, puis regagne Digne. On l’interroge: «Je les gênais; je leur semblais une porte ouverte.» Un autre soir, devant des salons éclatants, il s’écrie: «Les belles pendules, les belles livrées! Quel harcèlement que ce superflu qui crie: il y a des affamés, il y a des pauvres!» Pour lui, pauvreté et charité sont inséparables; un prêtre opulent est un contresens, pareil à un ouvrier sans suie ni sueur.

Sur les questions brûlantes, il garde le silence, encore que, pressé, on l’eût trouvé plus ultramontain que gallican. Dès 1813 son silence se brise: il devient glacé pour Napoléon, applaudit aux attaques, refuse de le saluer à son retour de l’île d’Elbe, n’ordonne aucune prière pendant les Cent-Jours[5]. Deux frères le lisent; au général qui poursuivit l’Empereur à regret, il tient rigueur; au préfet retiré rue Cassette, il reste tendre. Ce moment d’amertume l’obscurcit un temps, car l’esprit vraiment grand devrait regarder sans ciller la vérité, la justice et la charité au-dessus des orages humains.

Cependant sa bonté l’emporte. Il recueille un vieux sous-officier de la garde, renvoyé pour avoir crié: «Plutôt mourir que porter les trois crapauds!» et l’installe suisse de la cathédrale après l’avoir doucement admonesté. Neuf années de gestes semblables entourent l’évêque d’une affection filiale. Pourtant, autour d’un prélat célèbre s’agglutinent d’ordinaire des «prêtres blancs-becs», jeunes séminaristes flairant nominations et revenus. D’autres évêques, plus mondains, distribuent paroisses, chaires et dignités comme un soleil ses rayons; leur suite rêve la mitre, le pallium, la pourpre, jusqu’à la tiare. Dans les séminaires, l’ambition se baptise vocation, heureuse d’y croire.

Monseigneur Bienvenu, pauvre et humble, n’attirait aucun clerc ambitieux; sitôt ordonnés, les jeunes fuyaient vers Aix ou Auch, certains qu’auprès de lui rien ne pousserait. Un saint aussi contagieux menaçait leurs carrières de stérilité. Dans la société obscure où régner signifie vivre, seul le succès brille: prospérez et l’on vous proclame génie, gagnez la loterie et vous devenez capable; dorure vaut or. Notaires promus députés, portefaix enrichis, prédicateurs nasillards devenus évêques, tout triomphe est vénéré tandis que Tacite et Juvénal grommellent. La foule, vieux Narcisse, s’adore en applaudissant les éclaboussures qu’un canard trace sur la vase.

Quant à la foi, il croyait tout ce qu’il pouvait et s’écriait souvent « Credo in Patrem ». Au-delà de cette certitude vivait un débordement d’amour qui effrayait les « hommes sérieux ». Sa bienveillance enveloppait même les bêtes; surprenant une araignée velue, il murmura: « Pauvre bête! ce n’est pas sa faute. » Il se foula la cheville plutôt que d’écraser une fourmi. Jadis passionné, il s’était poli comme la roche que creusent les gouttes. Petit, un peu rond, pas voûté, visage frais, dents éclatantes, il paraissait simple bonhomme; puis la méditation l’auréolait d’une majesté douce et pénétrante.

Chaque jour se remplissait de prières, offices, aumônes, travail du potager, hospitalité et étude; pourtant la journée demeurait inachevée sans l’heure nocturne passée seul dans le petit verger bordé de hangars branlants. Là, il marchait lentement entre les allées, puis s’asseyait contre une treille décrépite, contemplant les constellations par-delà les silhouettes maigres des arbres. Son cœur serein répondait à l’éther: quelque chose montait, quelque chose descendait. Il s’éblouissait de l’incompréhensible, regardait la rencontre des atomes, la naissance et la mort, l’infini passé, l’infini futur; lampe vivante au centre de la nuit, ce quart d’arpent lui suffisait.

Le vieil évêque partageait ses loisirs entre bêcher son enclos et lever les yeux au firmament; un jardinet pour marcher, l’infini pour rêver, fleurs sous les pas, étoiles au-dessus, et cela lui suffisait. Guidé par le cœur plutôt que par des systèmes, il fuyait les vertiges de l’abstraction, choisissait le sentier court de l’Évangile. Il aimait, priait sans mesure, se penchait sur les plaies du monde, extrayant la pitié comme d’autres extraient l’or. «Aimez-vous les uns les autres» résumait sa doctrine. Quand un sénateur déclara ce mot stupide, il répondit: «Alors l’âme doit s’y enfermer comme la perle dans l’huître».

Respectant l’ombre, il constatait les énigmes sans y plonger. Puis vient octobre 1815: un homme marche vers Digne une heure avant le couchant. Visages aux fenêtres le dévisagent avec inquiétude. Taille moyenne mais trapue, tête tondue, barbe longue, chemise grossière entrouverte, cravate tordue, pantalon râpé, blouse rapiécée, sac de soldat neuf, bâton noueux, souliers ferrés et pieds nus dans la poussière; sueur et chaleur ajoutent la sordide fatigue. Il boit longuement aux fontaines du boulevard puis de la place du Marché, tourne rue Poichevert, gagne la mairie, en ressort après quinze minutes; un gendarme le suit des yeux avant de rentrer.

Il atteint l’auberge de la Croix-de-Colbas, réputée la meilleure du pays grâce à la parenté de l’hôtelier Jacquin Labarre avec le glorieux Labarre des Trois-Dauphins. La cuisine, ouverte sur la rue, flambe: marmotte, perdrix, coqs de bruyère rôtissent, carpes et truite frémissent, les rouliers rient dans la salle voisine. Sans lever les yeux de ses fourneaux, l’hôte demande: «Que veut monsieur?» — «Manger et coucher.» — «En payant.» L’homme sort une grosse bourse: «J’ai de l’argent.» — «En ce cas on est à vous.» Il pose son sac, garde son bâton, s’assied près du feu et demande: «Dîne-t-on bientôt?» — «Tout à l’heure.

Labarre griffonna un mot sur un coin de journal, dépêcha le marmiton à la mairie. « Dîne-t-on bientôt ? » demanda l’inconnu. « Tout à l’heure. » La réponse revint; l’hôte la lut, fronça les sourcils et déclara: « Monsieur, je ne puis vous recevoir. » L’homme protesta: « Je payerai; mettez-moi à l’écurie. » « Impossible. » « Au grenier, sur la paille, après dîner. » « Je ne puis vous donner à dîner. » « Je reste. » L’aubergiste se pencha: « Allez-vous-en. Vous vous appelez Jean Valjean. » Le voyageur ramassa son sac et sortit, suivi de regards qui colportaient son nom.

Sans but, il erra le long des murs, affamé, jusqu’à la lanterne d’un cabaret de la rue de Chaffaut. Par la cour fangeuse, il glissa à l’intérieur. La salle sentait le feu et le ragoût; l’hôte l’accueillit: « Le souper cuit; viens te chauffer, camarade. » Assis près des braises, il goûta un repos court. Mais un poissonnier l’ayant reconnu fit signe au cabaretier; celui-ci revint, lui posa la main sur l’épaule: « Tu vas t’en aller d’ici. » « Vous savez ? » « Oui. » Chassé, il reçut pierres d’enfants, sonna à la prison: « Logez-moi. » « Fais-toi arrêter. » Le guichet claqua.

Dans une rue de jardins il aperçut une maison éclairée. Par la vitre il vit un père jouant avec son enfant, la mère allaitant, une table fumante. Il frappa trois fois. Le maître, robuste sous un tablier de cuir, ouvrit. « En payant, auriez-vous une assiette de soupe et un coin de paille ? » « Qui es-tu ? » « Je viens de Puy-Moisson, douze lieues. » Prié d'expliquer ses refus, il balbutia; la méfiance grandit. Soudain le paysan cria: « Est-ce que tu serais l’homme ? » Il recula, arma le fusil; la femme emporta les enfants en murmurant « Tso-maraude.

Tout se joua en un éclair. Le maître revint, fixa l’homme comme une vipère et ordonna : « Va-t’en. » — « Par grâce, un verre d’eau. » — « Un coup de fusil ! » La porte claqua, deux verrous ricochèrent, puis le volet se barra. La nuit tombait. L’étranger aperçut une hutte derrière une barrière, s’y glissa, trouva de la paille tiède et desserra sa courroie pour faire d’un sac un oreiller. Un grondement répondit ; une tête de dogue surgit. Il brandit son bâton, se couvrit du sac, recula hors de la niche, franchit la barrière en « rose couverte », puis retomba dans la rue, exilé du gîte d’un chien.

Sur un pavé glacé il s’affala, lâchant : « Je ne suis pas même un chien ! » Il quitta la ville, chercha un abri, rencontra une colline rase, des nuages affaissés, un arbre tordu ; cette désolation le ramena. Les portes fermées, il glissa par une brèche, erra dans les rues, secoua le poing vers la cathédrale et s’écroula sur le banc d’une imprimerie. Une vieille dame sortant de l’église, cette nuit-là, demanda : « Que faites-vous là, mon ami ? » — « Je me couche. » Elle donna quatre sous, entendit qu’il avait frappé partout, montra la petite maison voisine de l’évêché : « Frappez-y.

Ce soir-là, l’évêque de Digne travaillait seul sur un traité des Devoirs : devoirs de tous envers Dieu, soi, prochain et créatures, puis devoirs particuliers glanés chez Paul et Pierre. À huit heures, penché sur ses feuillets minuscules, il ferma le grand livre posé sur ses genoux, sentit que le dîner était prêt et gagna la salle oblongue donnant sur la rue. Madame Magloire achevait le couvert près d’un bon feu, conversant avec mademoiselle Baptistine, frêle et soyeuse dans sa robe de 1806. La gouvernante, vive et ronde, portait bonnet tuyauté, fichu éclatant, tablier à carreaux, bas jaunes, et parlait vivement du loquet d’entrée.

Revenant du marché, madame Magloire rapporte qu’un rôdeur lugubre vient d’arriver, que la police se querelle, que chacun doit verrouiller sa maison. L’évêque, grelottant, se chauffe et rêve; il laisse tomber la mise en garde. Elle insiste, Baptistine murmure: “Mon frère, entendez-vous?” — “Qu’y a-t-il donc? Sommes-nous en péril?” répond-il avec son sourire clair. La servante reprend, grossit les bruits: bohémien, figure terrible, Jacquin Labarre l’a chassé, on prévoit un malheur. Elle réclame les anciens verrous, s’enflamme contre la porte à loquet. Au moment même où elle proteste, un coup violent retentit. — “Entrez”, dit l’évêque.

La porte s’ouvre d’un bond; un homme surgit, sac à l’épaule, bâton levé, regard dur, visage ravagé dans la lueur du foyer. Madame Magloire reste muette, Baptistine pâlit puis retrouve sa paix; l’évêque le contemple paisiblement. Sans attendre, l’arrivant déclare: “Je m’appelle Jean Valjean, galérien libéré depuis quatre jours, douze lieues aujourd’hui, chassé de toutes les auberges; j’ai faim, je paierai cent neuf francs quinze sous. Êtes-vous une auberge?” — “Madame Magloire, mettez un couvert de plus”, répond l’évêque. Valjean déploie le passeport jaune: “Regardez, je suis dangereux; me prendrez-vous?” — “Mettez des draps blancs au lit de l’alcôve.