Les origines de la science moderne - Albert Dufourcq - E-Book

Les origines de la science moderne E-Book

Albert Dufourcq

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  • Herausgeber: EHS
  • Kategorie: Bildung
  • Sprache: Französisch
Beschreibung

Les origines de la science sont moins connues que ses découvertes. Nous profitons de ses conquêtes, nous jouissons de ses bienfaits, sans nous occuper beaucoup de découvrir la source d’où ils découlent. Il n’y a cependant pas d’étude plus intéressante que celle des origines de la science moderne. En aucun domaine, le progrès humain n’est procuré par je ne sais quelle évolution spontanée et nécessaire. Il importe de connaître les conditions où il prend naissance, celles où il précipite son cours, pour orienter vers le mieux nos démarches futures…

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Seitenzahl: 65

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Les origines de la science moderne

 

 

 

 

 

 

 

Les origines de la science moderne

 

 

 

 

 

 

 

 

Albert Dufourcq ; &al.

 

 

 

 

 

EHS

Humanités et Sciences

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les origines de la science sont moins connues que ses découvertes. Nous profitons de ses conquêtes, nous jouissons de ses bienfaits, sans nous occuper beaucoup de découvrir la source d’où ils découlent. Il n’y a cependant pas d’étude plus intéressante. En aucun domaine, le progrès humain n’est procuré par je ne sais quelle évolution spontanée et nécessaire. Il importe de connaître les conditions où il prend naissance, celles où il précipite son cours, pour orienter vers le mieux nos démarches futures. À ce titre, les travaux de M. Duhem doivent être estimés très haut : ils établissent, avec preuves à l’appui, que les principes sur lesquels repose la science moderne ont été formulés avant Newton, avant Descartes, avant Galilée, avant Copernic, avant Léonard lui-même, par les maîtres de l’université de Paris au cours du xive siècle.

 

I. Quelles sont les idées essentielles de la science aristotélicienne ?

 

De tous les systèmes qu’ont construits les Anciens, celui qu’organisa Aristote [384-322] semble avoir obtenu le plus de crédit et exercé le plus d’influence : nul doute qu’il ne représente le point d’arrivée d’une longue tradition, babylonienne autant qu’hellénique. Le monde est une grosse boule sphérique, limitée, hors de laquelle il n’est rien, dont la terre occupe le centre, et qui est constituée par huit autres sphères de grandeur croissante, toutes homocentriques : tels, certains jouets de nos enfants. Ces huit sphères creuses, emboîtées l’une dans l’autre, sont des corps solides porteurs des astres ; chacune est animée d’un mouvement circulaire et uniforme, qui l’entraîne autour de la terre ; comme le centre d’une sphère qui tourne est nécessairement immobile, il s’ensuit que l’absolue immobilité de la terre résulte des mouvements des cieux, et que la terre est physiquement séparée des cieux. — Mais il faut noter encore que ceux-ci n’obéissent pas aux mêmes lois que celle-là : en un sens, le monde est double ; il est formé par l’assemblage de deux morceaux hétérogènes limités par l’orbe lunaire. Au-dessus, et tout autour de la terre, c’est le ciel, ce sont les astres, c’est-à-dire les dieux ; et la perfection de leur mystérieuse essence, comme elle les anime sans fin d’un mouvement circulaire, écarte d’eux à jamais la corruption et la mort. Au-dessous, et au milieu des sphères célestes, c’est la terre, ce sont les corps, tous composés par d’inégaux mélanges de quatre essences fondamentales, tous sujets à la génération et à la mort, tous entraînés par des mouvements compliqués et imparfaits. Ce monde sublunaire est entièrement régi par les mouvements des corps célestes.

Cette physique avait l’avantage de s’accorder solidement avec la métaphysique du Lycée ; elle s’accordait moins bien avec l’expérience. On s’aperçut bientôt que les astres errants ne demeuraient pas toujours à égale distance de la terre : que devenaient donc ces sphères solides, homocentriques, géocentriques, par où Aristote tentait d’expliquer le mouvement des astres ? Il fallait essayer d’autre chose.

Héraclide de Pont et Aristarque de Samos [vers 280 av. J.-C] renversèrent donc les données du Stagirite : à les entendre, c’était la terre qui remuait, et le soleil qui restait immobile ! Mais on refusa de les suivre : au jugement de tous, le soleil était un dieu, peut-être même était-il Dieu ; et l’on n’avait pas accoutumé de se le figurer au repos. Hipparque de Rhodes [vers 128 av. J.-C] et Ptolémée de Péluse [vers 145 après J.-C], — pour ne parler que de ces deux-là, — imaginèrent donc une troisième théorie, moins révolutionnaire : la terre continuait d’occuper le centre du monde ; quant aux inégalités du mouvement planétaire, on les expliquait en admettant que les planètes décrivent un épicycle, c’est-à-dire une circonférence dont le centre trace lui-même un cercle (excentrique) au monde ; du soleil, on croyait que son mouvement se peut représenter, soit par un épicycle roulant sur un cercle concentrique au monde, soit par une circonférence dont le centre ne coïncide pas avec le centre du monde.

Cette réforme de la science aristotélicienne laissait subsister le grand principe que le monde se compose de deux parties hétérogènes ; mais elle se complétait par ailleurs de vues toutes différentes. Aristote pratique avec un confiant dogmatisme ce qu’il appelle la méthode du physicien : il croit avoir saisi l’essence des choses célestes et il en déduit la nature de leurs mouvements ; il n’éprouve aucun doute touchant la réalité objective de ces mouvements et de cette essence. Hipparque, au contraire, et Ptolémée, suivant avec modestie la méthode de l’astronome et les leçons de Platon, ne croient plus pouvoir se représenter avec exactitude les mouvements vrais que décrivent effectivement les astres ; partant des faits observés ils veulent remonter à leurs causes possibles ; leur ambition se borne à combiner, suivant les lois de la géométrie, des cercles et des mouvements hypothétiques, de telle sorte que s’expliquent les phénomènes constatés, que soient sauvées les apparences ; à les entendre, ces mouvements et ces cercles sont des abstractions pures, uniquement utiles aux astronomes, devenus capables, grâce à elles, de calculer les phénomènes célestes. « Les dieux (seuls) ont un plus sûr jugement. »

La science du monde sublunaire, — c’est notre terre que je veux dire, — était beaucoup moins avancée que l’astronomie, mais on lui attribuait une portée objective, une vérité absolue. L’optique naissait dans l’école d’Euclide [vers 320 av. J.-C] : celle-ci connaissait la loi de la réflexion et voulait déterminer la valeur de l’angle de réfraction par rapport à l’angle d’incidence. La dynamique était paralysée au berceau par cette étrange idée d’Aristote, que tout mobile est accompagné d’un moteur qui le touche sans se confondre avec lui : le moteur d’une flèche, c’est l’air qu’elle ébranle. Seule, la statique se développait quelque peu : un génie inconnu ébauchait le principe des vitesses virtuelles et tentait de ramener à la loi du levier l’explication de toutes les machines simples, tandis qu’Archimède [287-212] étudiait, en des œuvres immortelles, la notion de centre de gravité, l’équilibre des poids, l’équilibre des liquides et des corps flottants.

Voilà, esquissées dans leurs très grandes lignes, les conclusions de la science grecque ; voilà l’image que, pendant plus de mille ans, l’élite humaine se forma du monde ! Pendant près de mille ans [200-1277], on doit dire que la science ne progressa pas d’une ligne ; bien mieux, elle recula. Les chrétiens d’Orient, le plus souvent, en délaissaient l’étude : l’astronomie qu’ils connaissaient touchait de très près à l’astrologie et au paganisme ; elle ne disait rien, en revanche, de ces eaux célestes dont parle la Genèse