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Tomin est un homme de théâtre d’âge mûr installé dans sa maison de campagne. Un beau matin, il demande à Mila, artiste peintre et compagne de son fils Tanguy, de réaliser pour lui un étonnant tableau. Tout en posant, il décide de se livrer à elle en lui racontant la surprenante fin de la grande histoire d’amour de sa vie. Histoire qu’il n’a jamais voulu révéler à personne, ni même à son fils.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Depuis l’adolescence, de manière intimiste, J. M. Forest consacre une part importante de son temps libre à l’écriture – poèmes, nouvelles, romans. Il a dédié la majeure partie de sa vie professionnelle à l’architecture d’intérieur dans le privé et aussi dans le social sans pour autant délaisser l’écriture. Après Le Belvédère des soubises, il publie For ever, le deuxième volet de la série Les parts tendres.
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Seitenzahl: 123
Veröffentlichungsjahr: 2023
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J. M. Forest
Les parts tendres II
For ever
Roman
© Lys Bleu Éditions – J. M. Forest
ISBN : 979-10-377-9003-3
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Pour Nahel
Et ces deux âmes sœurs tragiques s’envolèrent ensemble, l’ombre de l’une mêlée à la lumière de l’autre.
V. Hugo
Petite note liminaire, afin que tout soit bien clair pour toi, Timothée.
Tomin, mon beau-père et de ce fait ton grand-père, était mort à la fin de l’hiver dernier.
Pour je ne sais trop quelle raison, j’avais laissé filer le printemps, l’été aussi, et même l’automne jusqu’à un soir de mi-septembre. Oui, c’est ça, jusqu’à un soir de mi-septembre qui, je crois bien me souvenir était le 11. En fait, j’en suis même sûr, parce que j’avais passé une partie de l’après-midi à préparer la chambre de la jeune Kalinda qui devait débarquer dans notre vie le lendemain, le lundi 12, pour s’occuper de toi, mon Timothée.
Donc, ce soir-là, ce soir de septembre – comme parfois nous le faisions à la toute fin de l’été – après notre habituelle Pastasciutta dominicale, après ta petite toilette de chat et aussi bien sûr, après que ton papa eut fini d’aborder avec toi, en compagnie d’Ulysse et ses compagnons, une nouvelle île des Cyclades, eh bien, lui et moi on a éteint toutes les lumières. Oui, chacun de notre côté, on a éteint une par une les lumières de la maison et ensuite, on s’est retrouvé sur notre belvédère pour passer un moment ensemble, dans l’idée de fumer une ou deux cigarettes, tout en se remémorant notre tout et rien de la semaine.
Mais là, presque de suite, j’ai voulu dépasser nos habitudes pour quelque chose de plus important pour moi, pour lui, enfin pour nous. En fait, plusieurs mois s’étant écoulés depuis la mort de Tomin comme je viens de l’écrire, j’ai pensé que le temps était venu de tout raconter à Tanguy. De toute façon, il m’était impossible de garder plus longtemps toute cette histoire rien que pour moi.
Alors, j’ai profité ce soir-là de notre bien-être à tous les deux sous les étoiles – lui, bien calé dans l’éternel fauteuil en osier de Marie-Pierre, moi dans mon vieux transat – pour lui retracer les derniers jours, pour ne pas dire les dernières heures de son père dans mon atelier sous les toits avec ma petite personne.
Il m’a fallu tout lui dire, sans rien oublier alors forcément, ça a été un peu long. Malgré tout, il m’a écoutée jusqu’au bout, sans m’interrompre une seule fois, et même après, pendant un petit moment, il est resté muet.
Sur le coup, j’ai cru l’avoir contrarié avec toute cette histoire et peut-être même un peu fâché, mais en fait, bien heureusement, il n’en était rien. C’était juste qu’il réfléchissait. Il réfléchissait, à mes révélations sur la mort de son père bien sûr, mais aussi à cette inimaginable conclusion de l’histoire d’amour de ses parents que je venais de lui révéler. Une histoire qui avait débuté dans les années soixante, pour ne se terminer qu’à la fin de l’hiver dernier, avec le décès de son père, précédée juste d’un tout petit jour par celui de Laure, sa mère.
En fait, comme me le dit ton papa après son petit silence, il était grâce à moi enfin apaisé parce que je venais sans le savoir de lui apporter les dernières pièces d’un puzzle qui occupait sa vie depuis des mois.
Pour que je comprenne mieux ce qu’il voulait dire avec cette histoire de puzzle et d’apaisement, il m’expliqua que tout avait commencé pour lui avec la lecture de quelques pages du journal intime de son père. Pages qu’il lui avait données à son retour près de lui aux Soubises, après un long voyage de cinq ans à travers le monde. Il les lui avait données, accompagnées de plusieurs lettres de son ami d’enfance Tony et d’autres de Laure, bien évidemment. En confiant tous ces documents, Tomin lui avait seulement dit que c’était la plus grande preuve d’amour qu’il pouvait lui donner.
Ensuite, me dit Tanguy, après les décès pour le moins inattendus de ses parents, il avait bien cru être enfin arrivé au terme de leur histoire en lisant le volumineux journal de la vie mouvementée de Laure, retrouvé par hasard dans ses affaires après sa mort. Mais, en fin de compte, c’était moi, en lui racontant les dernières confidences de son père qui venait vraiment de mettre un point final à tout ça.
Il aurait pu m’en vouloir, mais non, bien au contraire. Pour lui, ce point final, il le voyait comme l’indispensable et ultime pierre de fondation de notre famille. À partir de là, me dit-il avec enthousiasme, nous allions pouvoir respirer à l’air libre et surtout, nous allions pouvoir enfin avec toi, mon Tim, nous construire un avenir. Mais, ajouta-t-il de suite après, pour y arriver il ne fallait surtout pas commettre les mêmes erreurs que son père. Alors, précisa-t-il, dès que tu serais en âge, il faudrait non seulement tout te raconter, mais aussi et surtout, te faire lire le journal de son grand-père, celui de sa grand-mère ainsi que toutes les lettres s’y rattachant. Mais, s’empressa-t-il de préciser, pour que tout soit vraiment clair, il faudrait y ajouter les ultimes confidences de Tomin que je venais de lui raconter et pour lui évidemment, j’étais la seule à pouvoir mettre tout ça noir sur blanc.
Sur le coup, je dois dire que ça m’a surprise et même un peu embarrassée. Je ne m’attendais pas du tout à une telle demande, car, comme tu le sais, je suis artiste peintre et seulement artiste peintre. Toutefois après réflexion, j’ai trouvé que c’était finalement assez sensé et même cohérent. En fait, Tanguy avait raison, qui d’autre que moi pouvait retranscrire cette histoire telle qu’elle s’était réellement déroulée ? Alors, du fond de mon transat, non seulement j’ai accepté, mais je lui ai assuré que dès le lendemain je laisserais mes pinceaux pour la plume et écrirais tant bien que mal cet ultime épisode de l’histoire de Laure et Tomin pour toi bien sûr, mais aussi pour en terminer une bonne fois pour toutes avec tout ça.
Permets-moi encore quelques mots, avant de commencer cette histoire.
Voilà Tim, Timou, mon Timothée, après ce petit préambule que tu viens de lire, je vais donc écrire pour toi le dernier épisode d’une bien belle histoire d’amour qui, comme me l’a dit ton père quand je lui ai raconté, rassemble les toutes dernières pièces d’un puzzle géant. Tu sais, ces pièces que l’on veut toujours garder, comme ça, un peu longtemps aux creux des mains pour prolonger au maximum le moment de la fin.
J’ai toujours pensé qu’une fin, en elle-même, ne présentait aucun intérêt, mais en revanche, le moment qui la précédait, devait être non seulement unique, mais aussi merveilleusement élégant. En aucun cas, il ne devait être minimisé ou sous-estimé, bien au contraire.
Pour moi vois-tu, et je t’écris ça en toute sincérité, ces dernières pièces de puzzle sont un peu comme les touches ultimes de peinture sur une toile ou la montée du soir sur une plage ou encore, le départ attendu d’un amant.
C’est à la fois insupportable et merveilleux. Insupportable, parce qu’évidemment ces moments-là laissent toujours des doutes, des inquiétudes et parfois même des regrets. Mais d’un autre côté, ils permettent d’imaginer de nouveaux possibles, de nouvelles rencontres, le début d’une nouvelle vie en quelque sorte. Et ça, c’est vraiment sublime parce qu’à chaque fois, ça fait drôlement battre le cœur.
Aujourd’hui, alors que tu lis ces pages, je ne sais pas quel est précisément ton âge. Je veux dire que là maintenant ni ton père ni moi, nous ne savons bien quand ce sera le moment idéal pour toi d’en prendre connaissance. En revanche, nous en avons la profonde conviction, cela doit arriver.
Ça ! C’est notre principal impératif.
Pour nous, pour toi, pour l’avenir, il nous est impossible de faire l’impasse là-dessus.
Pour autant, ce qui est certain, c’est que tu lis aujourd’hui ces pages probablement bien longtemps après que j’ai terminé de les écrire. C’est un paradoxe qui, les années faisant, est devenu comme une habitude, un leitmotiv et même une sorte de manière d’être et d’agir pour nous.
Ça, vois-tu, je l’ai appris petit à petit en vivant au côté de ton père et par là même, en faisant mienne sa famille.
Il semble que nous – je peux dire nous, maintenant – nous ayons le besoin intrinsèque d’un support pour dire les choses qui nous tiennent à cœur. Mais voilà, il se trouve que cette façon de communiquer est de loin la plus compliquée. Elle prend beaucoup de notre temps et surtout énormément de notre énergie. Alors, de ce fait, nous avons un peu, pour ne pas dire énormément de mal à saisir de façon naturelle le bonheur. C’est tant pis ou c’est tant mieux, je n’en sais rien. C’est comme ça, voilà tout.
C’est donc ainsi, avec des petits récits, des journaux intimes, des lettres parfois maladroites et je peux ajouter aussi maintenant, des touches de couleurs sur les toiles, nous arrivons à dire notre façon de respirer la vie à cet autre à la fois si près et si loin nous. Cet autre si tellement indispensable à notre vie et que pourtant nous avons tant de mal à aimer tout simplement.
Voilà l’histoire Tim, telle qu’elle s’est déroulée.
Et pour être bien précise avec toi, je dirais qu’elle a commencé le samedi 17 septembre 2016.
Va savoir pourquoi, ce jour-là, je suis montée à mon atelier sans entrain, sans conviction, par habitude en quelque sorte. Alors, pour retrouver du cœur à l’ouvrage, pour me donner « più di grinta », comme disent les Romains, j’ai de suite ouvert la fenêtre ainsi que les trois velux du toit. Comme ça, j’ai laissé entrer, oh ! Pas le mistral ! Il ne soufflait pas ce matin-là, mais juste cette petite brise des montagnes qui, toute nue, toute pure, toute fraîche, de façon malicieuse prend toujours sa place quand il n’est pas là.
Tout de suite, ça a été agréable et bien tonique, exactement comme je l’espérais. Du coup, sans attendre, j’ai mis ma blouse blanche, parce que, comme tu le sais Timou, il est impensable pour moi de travailler sans elle. Après – ça aussi c’est incontournable – j’ai préparé ma petite cafetière pour mon premier café et dans le même temps, j’ai mis ce CD qui date je sais mais que j’adore, de Simon and Garfunkel.
Depuis quelques semaines, c’est avec eux que je partage ma solitude ici dans l’atelier. Quand je peins, je n’arrête pas de les écouter ces deux-là. Je ne sais trop pourquoi, leur façon de chanter à la fois m’apaise et me stimule. Ma ! – comme on dit chez moi – Chi se ne frega ! C’est comme ça et ça ne sert à rien de se poser des tas de questions là-dessus.
Donc avec ma blouse, mon petit café et cette super chanson « Scarborough Fair » de mes copains de palette, j’étais parée pour peindre. Mais voilà qu’à ce moment précis, Tomin, oui Tomin ton grand-père a surgi par surprise dans l’atelier en braillant, et crois-moi, le terme n’est pas exagéré :
« BUONGIORNO !… COME STAI ? »
À ma connaissance, c’était l’une des rares phrases qu’il savait dire en italien. Mais bon, j’aimais bien et puis en m’apostrophant ainsi tous les matins lorsqu’on se rencontrait ici ou là il faisait mine de parler couramment ma langue. C’était un truc qui avait l’air drôlement important pour lui et de plus, à l’évidence, ça semblait le rendre heureux. C’est d’ailleurs pour cette raison que moi, à chaque fois, je joue le jeu en lui répondant « Ma ! adesso sto bene »,avec mon plus pur accent romain.
Donc, ce matin-là n’a pas fait exception à la règle et comme d’habitude nous avons interprété notre petite scénette à la perfection. Ensuite, comme toujours aussi, il s’est avancé jusqu’à moi et m’a embrassée sur le front avant de reprendre.
« Ma petite Mila, vous noterez que ce n’est pas souvent que je monte vous déranger si tôt le matin. Mais voyez-vous, c’est parce qu’aujourd’hui, comment vous dire, j’ai quelque chose de spécial à vous demander. »
Ah oui ! C’est vrai, ça, tu ne le sais pas mon Timou, mais, tous les deux on s’est toujours vouvoyés. En ce qui me concerne, je dirais que c’était par respect pour l’homme, son âge et son travail aussi. Pour lui en revanche, c’est beaucoup plus complexe. Je dirais que ce n’était pas par timidité, mais plus sûrement par délicatesse. Il était comme ça Tomin, ton grand-père, un subtil mélange d’élégance et de réserve. En fait, pour moi, ça va sans doute te faire sourire, mais je l’ai toujours vu comme une sorte de Milanais des années 60 qui aurait fait ses études à Oxford.
Enfin bon, ce matin-là, il avait donc à me faire une demande qui à n’en pas douter semblait bien difficile. Alors, voyant son embarras, à ma façon j’ai essayé de l’aider.
« Vous savez bien Tomin que dès l’instant où vous ne venez pas me demander de quitter Tanguy ou, ce qui serait encore plus fou, de vous abandonner, mon Timothée, vous pouvez bien me demander ce que vous voulez, je vous l’accorderai sans aucun problème. »
Ça l’a détendu et de ce fait, il a tout de suite répliqué.
« Oh Mila ! Comment pouvez-vous imaginer des choses pareilles ? Vous ! Qui avez fait revenir Tanguy aux Soubises. Vous ! La mère de Timothée, mon petit-fils. Comment ne voyez-vous pas à quel point, non seulement vous avez ramené la vie dans cette maison, mais aussi à quel point vous m’êtes, à moi, indispensable. Vous savez, je ne devrais pas vous le dire, mais vous venez de m’offrir de merveilleux
