Les parts tendres - Tome 3 - J. M. Forest - E-Book

Les parts tendres - Tome 3 E-Book

J. M. Forest

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Beschreibung

Un homme d’une trentaine d’années, le jour de l’enterrement de son père, par un étonnant coup du destin, découvre d’une part l’existence de sa mère qu’il n’a pas connue et d’autre part le journal intime qu’elle a écrit – d’une façon ou d’une autre pour lui – tout au long de sa vie tumultueuse. "In Memoriam" est l’ultime volet de la saga "Les parts tendres", dont le premier s’intitule "Le Belvédère des Soubises" et le deuxième "Forever".




À PROPOS DE L'AUTEUR




Depuis l’adolescence, de manière intimiste, J. M. Forest consacre une partie de son temps libre à l’écriture, tout en menant une carrière professionnelle dans l’architecture d’intérieur. "In Memoriam" est le troisième et dernier volet d’une histoire où les vies, destins et amours de trois personnages ne cessent de se croiser. Il a regroupé les trois opus qui composent cette histoire sous l’intitulé "Les parts tendres".

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Seitenzahl: 312

Veröffentlichungsjahr: 2023

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J. M. Forest

Les parts tendres III

In Memoriam

Roman

© Lys Bleu Éditions – J. M. Forest

ISBN : 979-10-422-1076-2

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Pour Hana

Certaines choses et certains êtres ont besoin de la distance qui les sépare de nous, et que cette distance demeure infranchissable. Ils y puisent leur nourriture.

Ch. Bobin

Voilà, il y a trois jours j’ai enterré papa comme un chien.

C’est lui qui l’a voulu ainsi et très franchement, je ne vois pas bien comment j’aurais pu faire autrement.

Au plus loin dans mes souvenirs, je me revois, ma petite main au creux de la sienne, marchant au-delà de notre belvédère jusqu’à cette partie de la propriété, Dieu sait pourquoi, laissée à l’abandon et où – je peux bien le dire dès à présent – il a toujours voulu être enterré.

Pour être sincère, durant toute mon enfance sans lui je ne m’y aventurais jamais : bien trop de garrigues, de lavandes et de genévriers agressifs, surtout avant d’arriver à cette terrible ombre bleue glacée des grands cyprès colonnes tous piqués là, en bordure de terrain.

En revanche, ma main bien dans la sienne, sans aucune appréhension je pouvais y aller.

D’ailleurs – je peux bien le dévoiler aujourd’hui – enfant, je serais allé n’importe où avec lui.

Cette fois-là, je crois bien la première, à peine la lisière de cette friche atteinte, il m’a pris dans ses bras pour que j’arrive plus vite et surtout sans griffure au pied des cyprès. Après, nous nous sommes faufilés tant bien que mal entre leur ventre replet pour, comme à notre habitude, regarder le village en contrebas. Par bonheur, il m’a gardé encore dans ses bras et même si je frissonnais un peu, je me sentais drôlement bien. Là – comme il le fit presque chaque fois par la suite – papa, de sa voix un peu sourde et aussi de sa main libre au large de mes yeux, a pris le temps de me raconter notre village avec en particulier son temple, son église et entre eux deux le Mas des Vignes « notre maison d’antan » comme il disait toujours. Maison où il était né, son père avant lui et encore avant le père de son père. Après ce petit survol de notre histoire, il a laissé un instant le silence s’installer entre nous et puis, il a tourné son regard vers moi et tout en me caressant la joue, a repris.

« Vois-tu, nous ne sommes ni d’un clocher ni d’un autre. Nous appartenons à la terre, l’eau et l’air au même titre que les fleurs, les fruits, les chats, les chiens et ça ! il faut vraiment que tu le comprennes, mon petit. C’est très important pour ta vie et surtout pour ton avenir. »

Ensuite, comme de toute évidence ces phrases étaient sans appel, lentement et bien prudemment nous sommes ressortis de nos cyprès colonnes sans dire un mot.

Et puis voilà qu’avant de repartir vers la maison, il a voulu faire un arrêt au cœur de leur ombre glacée. Là, doucement il m’a reposé à terre, m’a repris la main et tout simplement après, s’est remis à me parler.

« Cette bonne madame Pelle raconte qu’ici avant, on enterrait les chiens de la maison lorsqu’ils venaient à mourir. Eh bien Tanguy, quand le moment sera venu pour moi, je voudrais aussi qu’on m’enterre ici, comme les chiens ».

Je n’avais que sept ans, alors forcément, ces phrases, pour moi, ne voulaient pas dire grand-chose. J’étais bien trop enfant pour savoir ce que signifiait réellement mourir et aussi quel était le rapport avec la terre.

Je savais seulement que Tania, notre chienne, parfois sous un des grands rosiers du belvédère grattait profond la terre pour retrouver un os ; que madame Pelle la creusait pour mettre ses oignons de tulipes autour des acacias et que moi, dans mes jeux, après une terrible bataille pour défendre le portail des Soubises, il m’arrivait de cacher sous le gravier du perron un trésor que personne, non personne – jamais – ne devrait trouver. Voilà ni plus, ni moins ce que signifiait pour moi être enterré et, comment dire, alors c’était bien ainsi.

Quoi qu’il en soit, ce que mon père me dit ce jour-là, entre les froids cyprès et la garrigue brûlée par le soleil, eh bien je ne l’ai jamais oublié.

Après, au fil des ans, je dois dire que tous les deux nous aimions bien marcher jusqu’à nos cyprès et je dois dire aussi qu’en ce qui me concerne c’était un vrai moment de bonheur durant lequel plus rien n’avait de prise sur moi.

Enfant, en marchant à ses côtés dans notre garrigue, je l’écoutais encore et toujours me raconter son théâtre qui semblait être le cœur de sa vie. Très franchement, il n’était pas facile pour moi de le suivre dans ses histoires de telle ou telle pièce ou encore de tel comédien ou comédienne. Mais voilà, je le compris plus tard, c’était sa façon à lui de m’apprendre à marcher dans la vie.

C’est pour cette raison qu’adolescent puis jeune homme et même adulte, lorsque je déprimais fort – ce qui malheureusement m’arrivait parfois – s’il était aux Soubises et moi aussi, alors je lui proposais une marche sur notre chemin pour tout lui dire de mes souffrances avec l’envie, avec l’espoir, qu’ensuite il me raconterait une de ses anecdotes de théâtre que je connaissais bien sûr par cœur, mais qui pourtant, je le savais, me ferait un bien fou et m’empêcherait de trébucher, voire de tomber.

Plus ou moins cent mètres séparaient la maison du bout de la propriété et donc des cyprès colonnes. Je le sais parce que petit, papa souvent me poussait à compter nos pas pour apprendre les chiffres.

Ces cent mètres que nous parcourions, débutaient devant la maison et se poursuivaient au-delà du belvédère par une très vaste garrigue qui n’était en vérité qu’un embroussaillement d’ajoncs, genêts, romarins, lavandins et genévriers aussi bien sûr.

Tout au bout, juste quelques piquets de frênes supportant un grillage rouillé et totalement envahi de mûrier-ronces marquaient la limite de propriété des Soubises. Au-delà, de toute façon, c’était une autre garrigue tout aussi vaste et évidemment bien semblable à la nôtre.

Pour rejoindre la haie de cyprès donc, il nous fallait traverser tant bien que mal cet embrouillamini sauvage. Pour faciliter notre marche, nous nous appliquions à toujours passer par les mêmes buissons et arbrisseaux. Alors bien sûr, forcément avec le temps la nature s’était pliée et nous avions fini par tracer une sorte de sentier.

Un été, il y a quelques années, papa a demandé au mari de madame Pelle, qui faisait office de jardinier aux Soubises, de matérialiser pour de bon notre chemin avec son petit motoculteur et aussi au bout, juste dans l’ombre des cyprès bien sûr, il a voulu lui faire creuser une grande fosse. À l’évidence, il s’agissait pour lui de concrétiser son vieux rêve d’être enterré aux pieds de ces grands arbres ventrus qui dominaient à la fois le temple et l’église.

En ce qui me concerne – ayant toujours en mémoire ce qu’il m’avait dit enfant – tout ça était parfaitement logique et cohérent.

De toute façon comment aurais-je pu oublier sa volonté, étant donné que plusieurs fois par an, d’une manière ou d’une autre, dès que nous approchions l’ombre glacée de nos cyprès colonnes, il me répétait sans aucune variante les mêmes sempiternelles paroles :

« N’oublie pas Tanguy, quand je mourrai il faudra m’enterrer ici, comme les chiens ».

Pour le mari de madame Pelle, le travail était bien trop conséquent. Papa lui ayant demandé pour la fosse de faire les choses comme il l’entendait et surtout dans les normes et lois en vigueur.

En effet, il voulait lui faire creuser un trou de trois mètres au carré par deux de profondeur dont il devait coffrer et armer chaque paroi ainsi que le sol afin de pouvoir y couler du ciment pour la rendre totalement hermétique et prête à recevoir sur le dessus une belle grande dalle de granit. Tout ça n’était pas réalisable par un jardinier alors, papa a fini par faire appel à une entreprise.

À l’époque de cette mise en œuvre, je n’étais pas aux Soubises et bien heureusement, car vraiment ça ne m’aurait pas plu d’assister à une telle opération.

Un trou pour un chien recouvert de chaux et de terre ça ne portait pas à conséquence, mais une tombe, comme ça au fond d’une propriété, c’était bien autre chose. Quelque chose que pour ma part je ne pouvais pas encore intégrer à mes pensées. Quelque chose de l’ordre de la découverte d’un passage obligé, certes, mais qu’il valait mieux atteindre et emprunter le plus tard possible.

Quoi qu’il en soit, tout a été fait dans les règles de l’art comme papa le souhaitait et quand je suis revenu à la maison, bien sûr l’ouvrage était achevé.

En fait, si à l’époque je n’étais pas aux Soubises, c’était parce que j’avais tout simplement décidé de m’émanciper de papa. Oui, de m’émanciper de lui afin de découvrir la vie par moi-même et qui sait, peut-être aussi qui j’étais.

En faisant des petits boulots, j’ai réussi à voyager de par le monde pendant près de cinq ans. Ça n’a pas toujours été facile et en fin de compte je ne m’étais peut-être pas « découvert » comme on dit, mais au cours de mes pérégrinations, j’avais par bonheur rencontré ma petite Mila et ensuite, assez vite je dois dire, notre fils Tim était né. Alors, évidemment quelque temps après sa naissance, et après quand même de longues tergiversations, nous avons finalement décidé qu’il valait mieux pour le petit, arrêter le voyage et rentrer pour de bon aux Soubises, auprès de papa.

Maintenant, dix ans viennent de s’écouler durant lesquels chacun de nous a fini par trouver son rôle, son équilibre, sa place en quelque sorte.

En ce qui me concerne, j’ai repris tout le travail sur le théâtre de papa à Ramatuelle, ce qui m’oblige à y être une semaine sur deux. Mila, quant à elle, jour et nuit peint toutes les couleurs d’ici qu’elle a le bonheur d’exposer deux fois par an ailleurs. L’hiver à Paris dans une petite galerie de la place des Vosges et l’été à Rome, au Palazzio Callisto. Papa, depuis quelques mois a entrepris d’écrire ses mémoires et aussi, donne bénévolement deux fois par semaine des cours de théâtre aux jeunes gens de Puyrocher, pour leur plus grand bonheur.

Et puis, voilà qu’il y a huit jours, ce parfait équilibre a vacillé parce que le cœur de Papa s’est bêtement arrêté, comme ça, au cours d’une répétition par ses élèves de la Cerisaie de Tchekhov et malgré les pompiers, le SAMU et son médecin, il n’a pas pu être réanimé.

Il y a trois jours nous l’avons enterré, comme il le voulait au fond de la propriété, devant ses cyprès colonnes, sur ce petit promontoire qui domine à la fois le temple et l’église.

J’écris « nous l’avons enterré » parce que contre toute attente beaucoup, mais vraiment beaucoup de personnes du monde du théâtre se sont déplacées pour un dernier hommage, comme on dit dans ces circonstances.

Ce jour-là, le ciel était merveilleusement dégagé, ce qui n’était pas évident pour un mois de mars. C’était parfait, parce que papa n’aurait pas aimé être enterré avec la pluie.

Six de ses élèves avaient tenu à porter son cercueil jusqu’aux cyprès. Après, les fossoyeurs l’avaient pris en charge, inhumé rapidement et tout aussi rapidement refermé le caveau, comme je le voulais.

Il était dix heures. Le soleil éclairait bien la totalité de la dalle de granit, faisant ainsi joliment chatoyer son quartz et son mica. Mila, Tim et moi avec quelques-uns de ses amis les plus proches et madame Pelle bien sûr nous étions autour.

Les autres, trop nombreux, beaucoup trop nombreux, se tenaient serrés tout le long de notre petit sentier et même au-delà, sur tout notre belvédère.

Évidemment – mais comment aurait-il pu en être autrement, papa étant un homme de théâtre –, le mistral s’est soudainement arrêté de souffler, les cigales se sont tues et un silence pesant s’est alors installé. C’était vraiment émouvant, mais quand même, c’est devenu vite insoutenable alors, après un moment, je me suis décidé à rompre ce silence avec les quelques mots que j’avais préparés.

J’ai posé une main sur le cou de Tim en larmes devant moi, l’autre, bien sûr, tenait le bras de Mila et je me suis lancé.

« Rien de plus universel que la mort, rien de plus primordial que la vie... Souvent, papa disait ça... Il disait aussi que cette fatalité permettait d’imaginer, d’inventer, de créer et que si l’on avait cette conscience-là, alors on pouvait bien se lever le matin avec tout un barda de soucis, on ferait belle la vie... Voilà... c’est fini... et moi là maintenant, je ne peux que vous dire à vous tous ici présents... Amis du jour et de la nuit, de la vie et du théâtre, d’ici et d’ailleurs... merci d’être là... merci d’être venus... près de lui... une dernière fois... et merci aussi d’être à nos côtés. »

Après – Oh mon Dieu ! je ne m’y attendais pas, je ne savais pas – Tim, comme ça de lui-même, s’est avancé et a déposé au centre de la dalle le vieux chapeau de paille de papa, que depuis la maison il tenait caché sous son pull, tout contre son cœur.

Il pleurait, moi aussi alors je l’ai pris dans mes bras et sans doute parce que papa, parce que le théâtre, parce que nous, je lui ai dit à l’oreille, « c’est bien Tim, la valeur n’attend pas le nombre des années ».

Ensuite, évidemment j’ai serré des mains, accepté des accolades, écouté de superlatifs, des évocations et des regrets le concernant.

Mais voilà, rien ne me touchait, car alors, je peux bien le dire, j’étais parti bien loin. Oui, bien, bien loin ailleurs avec lui...

« ... Vois-tu Tanguy, dans une île, quelque part à l’autre bout du monde, il y a une toute petite peuplade de quelques milliers d’âmes qui a une façon bien à elle d’accepter, comment te dire, la règle des départs. Je pense et suis même sûr que tu vois parfaitement de quoi je veux te parler.

Alors voilà, écoute-moi bien. S’il en forme le vœu clairement, chaque enfant de chaque famille, disons vers l’âge de sept ou huit ans parfois neuf, va avec son père et sa mère se choisir un arbre dans la forêt. En général, il s’agit d’un grand Mara. Évidemment, il convient ensuite de le couper et de le transporter à un endroit choisi précisément et exclusivement par l’enfant. Cela peut être au sommet d’un petit mont ou d’une butte de terre ou encore mieux, sur une dune de sable face à l’orient et l’immensité de l’océan.

Après, cela fait impérativement partie du rite, l’enfant doit partir seul dans l’île à la recherche de la toute première pierre qui lui sera nécessaire pour creuser l’arbre et ainsi façonner une pirogue, mais attention ! pas n’importe quelle pirogue, la sienne, la pirogue de sa vie.

Pour cette pierre, tout est important : sa forme, sa taille, sa dureté, sa couleur. En fait, la pierre et lui doivent se rencontrer et ça, vois-tu, ça peut prendre du temps. Parfois plusieurs jours, plusieurs nuits même. Quand enfin ils se sont trouvés la pierre et lui, il ne reste plus à l’enfant qu’à rejoindre son arbre, l’ébrancher, l’écorcer et commencer à le creuser. Mais là encore attention ! il doit apprendre à creuser à son rythme parce que, vois-tu, cette pirogue, il va y travailler toute sa vie.

Au bout de cette vie-là, lorsque la personne en question est devenue bien, bien vieille – un jour choisi par elle seule – elle doit déclarer à tous que son travail est achevé et que sa pirogue est prête à naviguer. Alors, accompagnée de tous les siens, elle la descend sur la plage où là sans attendre, pour la première et la dernière fois, elle la met à l’eau, avant de se lover dans sa coque et de commencer à pagayer vers le large. Après ? Eh bien après c’est toujours pareil. Lorsque la pirogue a dépassé la grande barrière de corail – et il faut absolument qu’elle la passe cette barrière – un feu est allumé sur la plage autour duquel, famille et amis mangent et boivent en racontant tout plein d’anecdotes sur la vie de celui ou celle parti sur l’océan. Ce moment doit impérativement être une fête. Alors, il y a des tambours, des flutes et des danses, on organise des jeux pour les enfants avec des petits présents pour chacun et puis aussi pour qu’ils ne soient pas tristes, on leur raconte que cette personne qu’ils ont aimée est juste partie sur une autre île où la vie est douce pour ceux de son âge. Rien de plus, rien de moins.

Voilà, Tanguy, pour moi c’est une merveilleuse façon de quitter la vie. C’est vrai qu’ici, pour l’océan, le grand Mara et tout le reste ce n’est pas l’idéal, mais après tout, avec un peu d’imagination, près de nos cyprès ventrus il y a peut-être tout ça. »

Les amis, les relations et tous ses copains du village ont fini par rentrer chez eux. Tous les trois, nous sommes restés encore un petit moment avec madame Pelle qui arrangeait joliment les roses autour du vieux chapeau de paille de papa sur la dalle de granit.

Après, nous aussi on est partis. Nous aussi on est rentrés à la maison.

Là, comme si c’était une évidence, on est montés dans mon bureau et on s’est blottis tous les trois sur le petit lit Napoléon. Tim m’a dit :

— Dis, papa, c’est comme un bateau ce lit.

Je lui ai répondu :

— Tu as raison mon Tim et tu sais ton grand-père a fait avec lui sans doute ses plus beaux voyages. Bientôt, je te ferais lire ses pièces et tu verras.

Madame Pelle nous a rejoints avec un plateau chargé de charcuteries et de fromages.

Je n’avais goût à rien, mais j’ai fait semblant pour Tim.

Tout en mangeant, pour meubler le silence ou simplement parce qu’elle en éprouvait le besoin, elle nous a raconté des histoires de « son Tomin à elle », lorsqu’il était petit. Mais voilà, malgré ça, le silence a fini par s’imposer alors, madame Pelle a tout rangé sur son plateau et elle est partie à la cuisine.

Quelques minutes plus tard, Mila et Tim, dans les bras l’un de l’autre, se sont endormis alors moi, je me suis levé tout doucement, sans faire de bruit et suis sorti pour aller lire en bas dehors, sous les acacias.

Dans le milieu de l’après-midi, le téléphone du salon au rez-de-chaussée a sonné. Ça m’a surpris ou plutôt étonné parce que depuis que tout le monde a des portables ici, ce téléphone ne sonne plus trop souvent. La plupart du temps, ce sont des démarcheurs qui appellent ou l’administration, parfois des journalistes en tout cas jamais les intimes, ni même des amis.

— Bonjour, je suis bien chez monsieur Tomin Lagarde ?
— Oui.
— C’est vous peut-être ?
— Non
— Je pourrais lui parler, s’il vous plaît ?
— Non.
— Non ?
— Non, non madame, c’est son fils à l’appareil et vous ne pouvez pas lui parler parce que j’ai enterré mon père ce matin.
— Oh ! Je vous prie de m’excuser, je ne savais pas, toutes mes condoléances.
— Merci.
— Excusez-moi encore, mais c’est vraiment incroyable ! Voyez-vous, comment vous dire, je l’appelais pour lui annoncer un décès.
— Un décès ? Mais vous êtes qui au juste, madame ?
— Je suis Béatrice Langlois, la directrice des Oliviers, la maison de retraite de Puyrocher.
— Et donc ?
— Et donc, nous avions une résidente, madame Laure Pellegrin que je crois enfin, je pense, votre père devait connaître.
— Laure Pellegrin !
— Oui.
— Mais qu’est-ce que vous me dites là, Laure Pellegrin, c’est ma mère.

Et madame Langlois m’apprit alors que maman était décédée le matin même, vers dix heures. Le médecin de garde qui avait constaté son décès avait déclaré tout de suite qu’il était dû à un infarctus du myocarde. Comme à la fin de l’hiver, elle avait eu une angine de poitrine dont elle ne s’était pas complètement remise, ceci expliquait sans doute cela. Mais bien heureusement, me dit la directrice, votre mère n’a pas souffert. Son infirmière a déclaré que tout était allé très vite. À peine, le temps d’appeler le médecin et elle était partie.

Elle m’apprit ensuite que maman était dans l’établissement depuis un peu plus d’un an. Malheureusement, elle n’en savait pas plus, étant directrice des Oliviers depuis seulement quelques mois. Mais, si je voulais, elle pourrait faire des recherches.

En fait, elle avait téléphoné ici sans trop savoir qui elle appelait.

Dans la chambre de maman, sous son lit, il y avait une grosse caisse en bois, bien clouée de tous côtés avec juste une feuille scotchée dessus sur laquelle était écrit sur trois lignes :

À n’ouvrir sous aucun prétexte

Puis au-dessous :

À remettre exclusivement à Monsieur Tomin LAGARDE.

Et enfin en troisième ligne, juste un numéro de téléphone :

O4 75 65 43 21

Alors, comme maman ne recevait jamais aucune visite et que dans son dossier il n’y avait aucun nom, adresse ou numéro de téléphone de parents ou amis à joindre en cas de problème, Madame Langlois a décidé d’appeler le numéro inscrit sur cette caisse, en l’associant au nom bien évidemment.

Très franchement, tout ça est vraiment incroyable, car, de maman, de ma mère je ne sais rien ou presque.

J’avais deux ans quand elle m’a laissé à papa.

Pratiquement tout ce que je sais d’elle, je le tiens de lui, de son journal intime et de quelques lettres qu’il m’a donné à lire il y a une dizaine d’années pour que je sache quand même un peu de mon histoire et de ma naissance.

Dans mon enfance, il ne m’en a jamais parlé, mais de mon côté je ne lui ai jamais rien demandé non plus.

Je crois que j’avais peur de savoir.

Je crois que je préférais, comme au cours de mes lectures d’enfant, imaginer tous les possibles, possibles. Comme ça, au fil des années, au gré de mes humeurs, de mes rêves et de mes attentes, elle a toujours été parfaitement idéale. Cela dit, je peux bien l’avouer, depuis mon retour aux Soubises je n’y pensais plus vraiment. Ici, Mila, Tim, papa, son théâtre et madame Pelle ont réussi à combler ce vide de ma vie passée.

Mais pourquoi, pourquoi donc était-elle venue mourir dans cette maison de retraite à Puyrocher ?

En fin d’après-midi, la directrice et l’infirmière de maman sont venues aux Soubises m’apporter cette fameuse caisse. Je ne sais trop pour quelle raison je ne les ai pas fait rentrer dans la maison. Alors, nous sommes restés comme ça, tous les trois à l’ombre des acacias.

Là, l’infirmière m’a dit des choses gentilles sur maman.

Elle m’a raconté que jusqu’à la fin, bien qu’elle parût avoir un peu perdu de ses facultés, elle était restée très élégante, gracieuse et même pimpante. Par exemple, me dit-elle, tous les matins, c’était le même rituel. D’abord, elle prenait un long bain bouillant et parfumé. Ensuite habillée juste d’un peignoir, elle s’asseyait sur son lit et brossait lentement ses longs cheveux blancs, tout en fredonnant des chansons italiennes des années 50, 60. Enfin, après s’être habillée pour le déjeuner, elle s’installait avec un livre dans son fauteuil, face à la baie vitrée de la chambre. Généralement, elle ne l’ouvrait pas ce livre, elle se contentait de poser ses mains dessus bien à plat et de rêver en regardant le ciel. Elle me dit aussi que maman ne parlait pas beaucoup et en tout cas ne se confiait à personne. Enfin, dit-elle, les derniers jours, après la sieste en fin d’après-midi, bien installée dans son fauteuil, elle avait pris l’habitude de chantonner. Mais là, me précisa l’infirmière, rien à voir avec les airs italiens du matin. C’était une seule et unique chanson, toujours la même, une douce comptine qui devait aider un petit enfant, peut-être même un bébé à s’endormir. Elle termina en me disant que pour elle, il devait s’appeler Tanguy cet enfant ou ce bébé.

Je dois dire que ces derniers mots de l’infirmière m’ont totalement bouleversé.

Comme je ne voulais pas le montrer, je me suis retourné et mis à marcher sur l’allée de gravier menant au portail de la maison. Toutes les deux ont dû penser que je voulais qu’elles partent alors, elles m’ont suivi. Bien vite, la directrice m’a rejoint et en me prenant délicatement le bras, elle me dit d’une voix chargée de compassion.

— Monsieur, je comprends votre douleur et permettez-moi de vous dire que je la partage un peu. Votre maman va nous manquer. C’était une jeune mamie exceptionnelle et je l’appréciais vraiment beaucoup, d’ailleurs tout le monde l’aimait aux Oliviers aussi bien le personnel que les autres résidents. Cela dit, excusez ma brutalité, mais, vous savez, vous êtes son seul parent alors, il faudrait nous dire ce que vous comptez faire enfin, ce que vous souhaitez que nous fassions pour elle maintenant. Dans tous les cas, je suis vraiment désolée, mais nous ne pourrons pas la garder comme ça très longtemps. Il faut nous comprendre, Monsieur. Nous avons des protocoles, vous savez ? Nous avons des règles à suivre, des impératifs à respecter.

Arrivés à leur voiture, je lui ai dit que oui, que bien sûr, que je comprenais et que je l’appellerais au plus vite. Ma réponse n’a pas dû la satisfaire, car elle a repris et insisté plus clairement et surtout plus fermement.

— Pour être vraiment franche et sincère avec vous Monsieur, nous sommes vendredi et quoi que vous décidiez, en ce qui nous concerne, nous ne pourrons pas garder votre maman bien longtemps après le week-end. Peut-être un ou deux jours, mais guère plus. D’ailleurs, c’est comme pour ses affaires, vêtements, livres et autres, il faut rapidement, très rapidement nous dire ce que vous comptez en faire. Vous me comprenez n’est-ce pas ? Je compte vraiment sur vous et surtout j’attends votre appel au plus tard lundi matin. Si vous voulez, vous pouvez m’appeler samedi et même dimanche aux Oliviers, c’est mon week-end de garde.

Tout en me disant ça, elle a rapidement griffonné son nom et un numéro de téléphone sur un bout de papier qu’elle m’a ensuite tendu. Je l’ai pris et après un sourire poli, sans plus attendre je suis reparti en direction de la caisse en bois de maman abandonnée par les deux femmes au pied des acacias.

Elle était bien lourde cette caisse, mais, j’ai réussi malgré tout à la porter à l’intérieur de la maison, jusqu’à la table de la salle à manger.

J’ai eu du mal à l’ouvrir aussi. Avec madame Pelle et ses outils, cela aurait été un jeu d’enfant, mais voilà, à cette heure-là, évidemment, elle était encore chez elle. Alors, tant bien que mal, j’ai fini par venir à bout des clous du couvercle avec un couteau de cuisine.

Là, en découvrant ce qu’elle contenait, j’ai vraiment été surpris. Oui, surpris, car il n’y avait à l’intérieur, entassé, serré et même compressé, rien d’autre que, ce que de prime abord je pris pour de simples livres. Forcément, je n’en voyais que les dos et ces dos-là étaient tous parfaitement identiques : reliés d’un cuir vert très dense, mais lumineux, légèrement grainé et juste boursouflé par cinq nerfs répartis également sur chaque surface légèrement bombée. À part ça, aucun titre, pas la moindre inscription. Non, rien de plus.

Avec difficulté, j’ai sorti un premier livre au hasard. Il n’était pas très grand, peut-être la moitié d’une feuille de papier. En revanche, je l’ai trouvé bien épais pour sa taille. J’ai remarqué tout de suite que les deux faces extérieures de la couverture étaient reliées du même cuir que le dos. Seule différence, sur le recto était collée une petite étiquette, pareille à celles des cahiers d’écoliers. Sur cette étiquette était inscrite à l’encre bleu turquoise une suite de quatre chiffres. Tout de suite, j’ai pensé que cela devait-être, une année. C’était 1969. J’ai ouvert au hasard le petit livre. Les deux pages que je découvrais alors étaient manuscrites. J’ai lu en haut de celle de gauche une date : Lundi 21 juillet.

Au-dessous,remplissant la presque totalité de la page, un long texte à l’encre, elle aussi bleu turquoise comme pour la date. L’écriture était plutôt ronde et bien appliquée. J’ai commencé à lire :

… 6 heures 10, le jour se lève, je n’ai pas dormi de toute la nuit. Sur un transat du jardin, bien emmitouflée dans le plaid en mohair de maman avec mon transistor sur l’oreille et les jumelles de papa sur les yeux, je n’ai pas arrêté de regarder le ciel étoilé, parce qu’un homme au-dessus de ma tête, là-haut sur la lune, oui sur la lune a fait ses premiers pas. C’est le premier homme de toute la vie à faire ça, il s’appelle Neil Armstrong, c’est fou non ! Il était 4 heures, oui 4 heures du matin quand il a posé ses pieds là-haut et commencé à marcher. Oh mon Dieu ! moi aussi je veux y aller un jour. Quand je serais grande j’irais, oui j’irais c’est sûr.

À 9 heures, les parents m’ont dit qu’on irait voir les images au café de Murville, c’est le seul qui a un poste de télévision au village. Je suis trop excitée, j’ai trop envie d’y être, mais il n’est encore que 7 heures...

J’ai tourné les pages. D’autres dates, d’autres textes plus ou moins longs. Nerveusement ou plutôt un peu fiévreusement, j’ai posé ce premier livre pour en prendre un second. Sur l’étiquette de celui-là était inscrit « 1972 », je l’ai posé sans l’ouvrir pour en prendre un autre « 1980 » et un autre encore « 1981 » jusqu’à un dernier sur lequel je lus « 2015 ».

Sur chacun, sans exception, était donc manuscrit une date, toujours sur une petite étiquette et toujours à l’encre bleu turquoise. Alors, j’ai compris que tous ces petits livres ensemble formaient un journal, le journal intime de maman. Le journal de toute sa vie.

Je dois dire qu’à cet instant-là mon cœur battait, battait comme jamais. Mais très franchement, comment aurait-il pu en être autrement, j’avais là, devant moi dans cette caisse, toute la vie de maman.

Avant que Mila et Tim ne rentrent de la ville et que Madame Pelle n’arrive pour préparer le repas, j’ai tant bien que mal tout remis en place et monté la caisse dans le bureau Napoléon, au premier.

Le soir, au dîner, bien sûr j’écoutais Mila et Tim me raconter leur journée de courses et de visites en ville, mais pour être franc, j’avais la tête ailleurs. En fait, je n’avais qu’une envie : Rejoindre maman et vivre avec elle – enfin ! – chaque page de sa vie.

Le journal de Laure

Lu dans le cahier 1964

Jeudi 13 août

8 heures du soir. J’en peux plus d’attendre. J’ai trop envie de commencer à écrire des choses dans mon cahier, je veux commencer maintenant, même si c’est bientôt l’heure d’aller au lit pour dormir.

Papa dit qu’il faut d’abord mettre la date et l’heure pour se souvenir, pour plus tard et aussi dire où on est. Comme en haut j’ai déjà mis la date et l’heure maintenant, pour de vrai, je peux vraiment commencer mon journal de ma vie.

Bon, je sais pas trop quoi encore écrire. Je crois que je vais commencer par mon nom même si c’est bête puisque comme a dit papa, c’est rien que pour moi ce que j’écris là, dans ce cahier, mais ça fait rien, tant pis, c’est comme ça que je commence, pour commencer et après ça je trouverais des idées.

Alors, je m’appelle Laure. Pour les parents c’est plutôt souvent, Lo ou Loli. Quand c’est Laure, c’est pas bon, c’est pour me gronder d’un truc que j’ai pas fait ou pas bien fait, mais toute façon je m’en fiche un peu. Ah oui, j’ai aussi un autre prénom, mais celui-là je le dis à personne, même pas là, dans le journal parce que c’est un de garçon.

Oh, et puis zut, c’est Joseph. Maman dit que c’est à cause de mon grand-père tué là-haut, au mas de Pierre-fendre pendant la guerre par de méchants soldats allemands qui avaient trop bu. Mais j’m’en fiche, c’est pas mon histoire, moi je m’appelle Laure et puis c’est tout. À aussi, j’ai pas de frère et même pas de sœur. Je suis toute seule avec les parents et tous les trois nous habitons la grande maison rose à la sortie du village. Elle est chouette, y a un super grand jardin avec au fond un garage, même que j’aime bien monter sur le toit tout plat avec l’échelle qu’on laisse toujours là. J’ai pas le droit, mais j’y monte quand même et en plus, souvent avec Tic mon ours et Toc mon chien et là-haut on regarde chez les voisins et aussi on mange des figues, parce que dans le coin au fond y a grand figuier avec des branches qui dépassent chez nous. Y en a toujours plein dessus l’été et en plus c’est chouette, ces branches-là ont de grandes feuilles qui nous cachent bien tous les trois.

8 heures du soir et demie.

Ça fait déjà du temps que j’écris, alors je me suis mis dans mon lit parce que je suis mieux.

J’ai pas tout dit et en plus c’est le plus important que j’ai pas dit.

Aujourd’hui, j’ai 10 ANS. 10 ANS PILE et c’était mon ANNIVERSAIRE toute la journée. Les parents m’ont réveillée super tôt avec mes cadeaux. Ils font toujours ça et ça, c’est rudement chouette.

Papa m’a offert l’album de Caroline à la mer, mais y s’est trompé, celui-là je l’ai déjà. Maman elle, c’est drôlement mieux, c’est un appareil pour faire des photos.

Elle m’a dit tout de suite que c’était un Kodak pour dire que c’était le mieux et qu’avec je pouvais faire des photos de ce que je veux. En fait, c’est un Kodak Brownie. Je le sais parce qu’il est là devant moi et que je peux copier pour l’écrire. C’est maman qui a mis dedans la pellicule. La pellicule c’est le truc qui fait qu’on peut faire les photos. Enfin bon, elle l’a mise dedans parce que c’était trop dur pour moi et comme ça, avant le petit déjeuner j’ai pu en faire plusieurs. Elle a dit que je pouvais en faire jusqu’à vingt-quatre. Pour ça, c’est facile, on met l’appareil sur le ventre, on regarde dans la petite vitre au-dessus où on voit tout et hop, on appuie sur le bouton. Quand y en aura plus, maman dit qu’elle ira chez le marchand avec moi les faire tirer sur des papiers spéciaux et comme ça je pourrais les voir pour de vrai. Toute la matinée, j’en ai fait encore de papa et maman, mais quand même, j’en ai gardé pour mon vrai anniversaire de l’après-midi avec Pipa, Pablo son frère, Aline, Camille et aussi Tomin.

9 heures du soir et 10 minutes.

Toujours bien calée dans mon lit et puis j’ai allumé la lampe de la table de nuit, mais je crois que les parents vont arriver alors vite, je continue.

Pour mon anniversaire, Pipa, Pablo, Aline, Camille et Tomin sont tous venus tôt après le déjeuner. On a joué dans le jardin et y a eu mon gros gâteau au chocolat avec mes dix bougies. Là, c’est maman qui a fait les photos quand j’ai soufflé. Après, tous les parents sont revenus. Alors nous, on s’est tous caché partout et ils nous ont pas trouvés. On a bien rigolé et puis tout le monde est reparti chez eux. C’était vraiment chouette mon anniversaire.

Là, sur ma montre, c’est 9 heures du soir et un peu plus de 35 minutes. Bien toujours dans mon lit, mais j’ai vraiment presque plus le temps à cause des parents qui vont arriver pour éteindre alors vite, vite, j’écris ça, c’est super-important.