Les plus folles histoires d'amour - Marc Pasteger - E-Book

Les plus folles histoires d'amour E-Book

Marc Pasteger

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Beschreibung

La vie réserve parfois de belles surprises...

Incroyables, dramatiques, irrésistibles et parfois presque magiques, voici les aventures d’une centaine d’hommes et de femmes, des stars, des personnages historiques, mais aussi Monsieur et Madame Toutlemonde qui ont été touchés par les folies de l’amour! Parmi ces histoires étonnantes :

– Sur le bord d’une autoroute en France, un homme de quarante-quatre ans retrouve un amour de jeunesse vingt ans après l’avoir perdu. Il plaque tout pour vivre avec elle...

– En Bulgarie, deux étudiants se rencontrent et se plaisent tellement qu’ils décident de se marier. Ils se découvrent des tas de points communs : ils ont perdu leurs parents lorsqu’ils étaient bébés, ont été adoptés et sont nés le même jour ! Le lendemain des noces, ils apprennent qu’ils sont jumeaux...

– Amnésique, il retrouve la mémoire grâce à une fille qu’il ne connaissait pas et qui a été victime du même accident de voiture que lui. Ils ne se quitteront plus.

– Une visiteuse de prison tombe amoureuse d’un détenu. Elle l’attend, puis l’épouse. Le lascar récidive en braquant une banque. Elle l’attend encore. Il sort et replonge. Mais, cette fois, la dame se fait accuser à sa place afin qu’il se rende compte de ce qu’elle a enduré à deux reprises... Il sera à jamais guéri !

– Afin de faire plaisir à son fiancé, alors qu’elle a d’abord refusé, une Américaine accepte de se faire gonfler la poitrine. Plus tard, pour son travail, elle se retrouve en Israël. Par malheur, elle traverse une rue lorsqu’éclatent des tirs de roquette. Elle est touchée... et sauvée par ses implants mammaires qui ont empêché la balle d’atteindre son cœur!


Découvrez les récits extraordinaires d’une centaine d’hommes et de femmes, des stars, des personnages historiques, mais aussi Monsieur et Madame Toutlemonde.


EXTRAIT


En redescendant, l’engin subitement diabolique tombe sur le visage d’une demoiselle et lui abîme un œil. Sa mère, se trouvant à quelques mètres, vole à son secours. Trop vite, car, à cinquante centimètres de sa fille, elle s’étale et se brise la cheville ! Autour d’elles, la foule s’est mise à paniquer. Une ambulance a été appelée, mais le chauffeur, inexpérimenté ou stressé, manque de renverser plusieurs piétons avant de pouvoir s’occuper des patientes ! Au milieu de cette agitation, Wouter demeure immobile, se persuadant que s’il entreprend encore quoi que ce soit, il va provoquer une nouvelle catastrophe... Convaincu de traverser un jour de très grande malchance, il rentre chez lui au plus vite, avale un somnifère et s’endort


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Seitenzahl: 264

Veröffentlichungsjahr: 2018

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© La Boîte à Pandore

Paris

http ://www.laboiteapandore.fr

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ISBN : 978-2-39009-148-6 – EAN : 9782390091486

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

Marc pasteger

les plus

folles histoires

d’amour

Introduction

L’amour : la belle, la grande et essentielle affaire !

Les récits insolites qui suivent se rapportent à ce sujet qui nous occupe tous. Ils concernent des gens connus et incon­nus, aujourd’hui ou dans des temps parfois anciens.

Par souci de protection de la vie privée, certains patro­nymes et noms de lieux ont été changés.

Ces textes sont souvent romancés dans leur forme, mais reposent sur des bases authentiques.

Voici les aventures de centaines d’hommes et de femmes qui, au moins un jour dans leur vie, ont été touchés par les folies de l’amour !

Il y est beaucoup question de coups de foudre, de ren­contres inattendues, de destins sentimentaux exceptionnels et de belles histoires qui, pour certaines, se poursuivent en­core sous le regard toujours attendri de Cupidon...

M.P.

À Michèle

Accident

Deux corps sur des civières

Le 14 mars 1967, Jean-Pierre Maillard, trente ans, roule tranquillement sur la départementale quasi déserte qui doit l’amener à Rennes. Il est 19 h 35 et il vient de voir le pan­neau indiquant qu’il lui reste dix-sept kilomètres à parcourir avant d’arriver chez lui.

Depuis ce matin, Jean-Pierre, représentant de commerce, a travaillé à Saint-Malo et dans les environs. Satisfait des contrats signés, constatant, en plus, que le beau temps dou­cement revenu rend tout plus agréable, il s’est mis à chantonner dans sa berline bleu ciel de marque française.

Depuis environ dix minutes, Catherine Merlot, vingt-huit ans, le suit, sans le vouloir et sans le connaître. Au volant de sa petite voiture beige venant d’Allemagne, Catherine, coif­feuse habitant dans la région de Rennes, vient en ville dire bonjour à ses parents. Elle a rejoint la route principale il y a une quinzaine de minutes et, comme Jean-Pierre, se réjouit des bienfaits des prémices du printemps.

Il n’est pas encore 19 h 45 quand, brusquement, un camion venant en sens inverse, se déplace dangereusement vers la gauche. Il roule tellement vite qu’il n’a pas la possibilité d’éviter le véhicule de Jean-Pierre. Catherine, elle, ne peut freiner. Il s’ensuit une série de chocs terribles.

Le poids lourd a traversé la chaussée pour s’écraser contre un arbre, mais, entre-temps, il a défoncé l’avant de l’automobile de Jean-Pierre dans laquelle, par l’arrière, est entré violemment le véhicule de Catherine !

Les alentours sont déserts. Mal en point, Jean-Pierre par­vient à s’extirper du tas de ferraille. Il s’avance vers la demoiselle inconsciente, la tête sur le volant. Plus loin, le chauffeur imprudent ne bouge plus. Jean-Pierre ressent des douleurs multiples et a l’impression qu’il va s’évanouir. Mais, au plus profond de lui-même, il puise quelques forces et se traîne jusqu’à la cabine téléphonique qu’il vient d’apercevoir.

Les secours arrivent rapidement sur place. En les atten­dant, Jean-Pierre retourne sur le lieu de l’accident. Cathe­rine, toujours immobile, respire. Ce qui, d’après ce que Jean-Pierre peut constater, n’est plus le cas de l’inconnu.

Assis sur le bord de la route où, maintenant, des curieux se sont arrêtés, Maillard accuse le coup et murmure :

— C’est un miracle ; je devrais être mort...

Sur la civière où les ambulanciers l’ont placé, il jette un dernier coup d’œil sur ce décor de tragédie et, à un mètre de lui, également étendue, passe Catherine, les yeux mi-clos. À cet instant précis, et malgré l’espèce de brouillard envahissant son esprit, Jean-Pierre, dont le cœur se met à battre très fort, dit à voix basse :

— C’est la femme de ma vie !

Puis il perd connaissance.

Dans une chambre aux murs qui, il y a longtemps, ont dû être blancs, Catherine lutte contre la migraine qui, depuis son réveil, ne la quitte plus. Lorsque sa mère lui a apporté un miroir et qu’elle s’y est croisée, elle a presque eu peur. Elle a découvert une fille lui ressemblant, certes encore un peu, mais à ce point dissimulée derrière les bandages, sans oublier la minerve, qu’elle pourrait évoquer une momie !

Les médecins, qui soignent Catherine depuis trois jours, lui ont expliqué que, lors de l’accident, la tête avait été projetée vers l’avant, endommageant le crâne et les vertèbres cervicales.

Sa maman lui a lu l’article qu’un journal local a consacré à ce fait divers titré : « Un mort et deux blessés graves ». Et notamment ces phrases : « Malgré l’état critique dans lequel il se trouvait, Jean-Pierre Maillard a fait preuve d’un courage exceptionnel puisqu’il a réussi à marcher jusqu’au téléphone le plus proche. C’est grâce à lui que Mlle Merlot et lui-même ont pu être pris en charge aussi rapidement. On espère que ce geste héroïque ne lui sera pas préjudiciable, car, au moment où nous mettons sous presse, la vie de Jean-Pierre Maillard ne tient qu’à un fil. »

Le jeune homme a en effet été admis aux urgences dans le coma. Après avoir – on ne sait trop comment – tenu debout de longues minutes après le drame, il a sombré, comme s’il venait de dépasser outrageusement ses limites.

Ses parents, ses frères et sœurs se relayent à son chevet, mais, au fil du temps, ils sont bien obligés d’admettre que la situation n’évolue pas.

Au bout du couloir, Catherine, elle, reprend du poil de la bête. Le toubib lui a assuré qu’avec de la patience, elle s’en sortirait et qu’il y avait quatre-vingt-quinze pour cent de chance qu’elle ne garde aucune séquelle.

Après un peu plus de deux semaines d’hospitalisation, elle peut regagner son domicile, en l’occurrence celui de sa maman et de son papa désirant la dorloter durant sa conva­lescence.

Régulièrement, Catherine demande aux infirmières :

— Et le garçon qui a été si formidable, il va mieux ?

Mais, à chaque fois, elle a droit aux mêmes nouvelles plutôt pessimistes.

Près d’un mois s’écoule avant que Jean-Pierre n’émerge enfin du coma. Sa famille, qui avait du mal à croire encore à une issue heureuse, applaudit à tout rompre. Malheureuse­ment, elle déchante partiellement quand elle se rend compte que Jean-Pierre est amnésique.

L’un après l’autre, chaque membre du clan y va de ses histoires, de ses anecdotes, de ses bonnes blagues, de sa collection de photos.

— Tu te souviens, Jean-Pierre ? Ça, tu ne peux pas l’avoir oublié ?

Mais si ! C’est comme si le disque dur – que l’on ignore encore à l’époque – était vide ! Le tout gros bogue, quoi !

Ne présentant plus que des hématomes secondaires, Jean-Pierre est autorisé à regagner son domicile, sous surveillance. Très faible, Maillard dort beaucoup. Lorsqu’il se lève, il demeure des heures entières prostré dans un fauteuil. Puis il se recouche ! Lui, autrefois si bavard, ne prononce pas plus de vingt ou trente phrases sur une journée !

Il lit un peu, suit distraitement une émission de télévision et retombe dans les bras de Morphée. Mireille, sa mère, déjà défaitiste quand aucun problème ne point à l’horizon, se lamente du matin au soir, réussissant à déprimer davantage ses proches que Jean-Pierre lui-même !

En fait, Mireille adore qu’on la plaigne. Alors, chez les commerçants du quartier, elle raconte ses malheurs en boucle. Si bien qu’on finit par ne plus entendre que des mots du genre :

— Cette pauvre Mme Maillard !

Ou bien :

— Elle ne méritait pas ça !

Et c’est d’ailleurs en se répandant à la boulangerie, à la boucherie, à la maison de la presse et à la pharmacie que, sans le vouloir, Mireille transmet les informations concer­nant son fils à un journaliste client d’une des boutiques.

— Jean-Pierre Maillard ? C’est bien le gars qui a eu un comportement exceptionnel après s’être fait massacrer parun chauffard ?

C’est bien lui ! Alors, le plumitif fonce chez Mireille et l’interviewe. La brave dame, qui voit là un moyen d’aug­menter considérablement le public devant lequel elle jouera le rôle de la victime, en remet dans le pathos. Après quoi, elle convainc Jean-Pierre de se laisser photographier avec elle.

Et le lendemain, Mireille Maillard découvre un cliché im­primé en dessous d’un titre courant sur cinq colonnes :

« Le héros a perdu la mémoire ! »

À quelques kilomètres de là, la gazette en main, les Merlot s’apitoient eux aussi, mais plus sur le sort de Jean-Pierre. Catherine découvre enfin son visage.

— Il a vraiment l’air triste. Je voudrais tellement pouvoir l’aider !

Après deux jours de réflexion, et ne sachant pas s’il est bon qu’un amnésique boive du vin ou du champagne, Catherine décide d’offrir à Jean-Pierre des chocolats qu’elle lui fait déposer.

Touchée de l’attention, Mireille explique à son fils :

— C’est de la part de la jeune fille qui roulait derrière toi. Je t’en ai déjà parlé...

Jean-Pierre fait un signe de la tête, s’octroie une ou deux friandises en soulignant qu’elles sont très bonnes. Puis replonge dans ses pensées.

Une quinzaine de jours plus tard, n’en pouvant plus de se tracasser pour ce Jean-Pierre qu’elle a désormais l’impression de connaître, Catherine appelle Mireille.

— Veuillez m’excuser de vous déranger, je devine que vous devez être débordée, mais voilà...

Ravie de cette compagnie, lui manquant depuis deux heures qu’elle était rentrée de sa tournée des magasins, Mireille la remercie pour le cadeau ayant tellement plu à son fils qu’il a vidé la boîte en quatre jours ! Ensuite, et surtout, Mme Maillard s’étend sur son sujet préféré : elle-même ! Son discours parfaitement rodé est ponctué de :

— Ah ! Si vous saviez comme ce n’est pas facile pour moi...

Ou de:

— À mon âge, vous comprenez, c’est trop dur !

Ou bien encore :

— Imaginez que ça ne s’arrange pas ! Eh bien, je ne pourrai même pas mourir en paix... Après tout ce que j’ai donné à mes enfants et à mon mari, ce serait vraiment injuste !

Pleine d’indulgence, Catherine prend Mireille en sympathie.

— Si vous le souhaitez, je pourrais peut-être venir vous dire un petit bonjour...

— Volontiers ! Disons demain à 16 heures ? Je vous prépa­rerai un gâteau !

L’après-midi de ce 19 juillet 1967 est chaude, et même lourde. Un orage éclaterait que cela ne gênerait pas grand monde.

Mireille Maillard profite de son petit jardin où Jean-Pierre somnole dans une chaise longue.

Lorsqu’on sonne, la dame s’exclame :

— Mon invitée est là !

Ce qui ne provoque aucune réaction.

Catherine Merlot, vêtue d’une robe blanche légère ornée de motifs bleu marine, a apporté un gros bouquet de fleurs. Mireille s’extasie :

— Elles sont ravissantes ! Puis :

— Mais pas autant que vous !

Elle guide Catherine à travers le living et la cuisine.

— Nous allons manger dehors.

En mettant les pieds à l’extérieur, Mireille s’adresse à Jean-Pierre :

— Mon chéri, tu viens à table avec nous ?

Comme il ne prononce pas un mot, Catherine s’approche de lui et, spontanément, se présente :

— Bonjour, je suis Catherine. Et je crois que sans vous, je ne serais peut-être pas ici aujourd’hui...

Jean-Pierre se redresse, relève le chapeau de paille qui lui tombait sur le nez, observe la demoiselle de la tête aux pieds et s’exclame :

— C’est la femme de ma vie !

Interloquée, Catherine sourit tandis que Mireille intervient.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Tu délires !

— Non ! Ça y est ! Je me souviens ! J’étais au bord de la route. On m’a embarqué sur une civière et, juste avant le trou noir,je vous ai aperçue. Vous veniez d’être prise en charge. Nous nous sommes frôlés. Et j’ai murmuré : « C’est la femme de ma vie ! » Il bondit de joie !

— J’y suis ! Le camion, la voiture derrière moi, vous la tête sur le volant sans bouger, le téléphone si près, mais si loin pour moi à bout de force, les secours et, surtout, oui surtout, vos yeux mi-clos, votre silhouette fragile et troublante. Et ce coup de foudre ! Quand était-ce ?...

— Le 14 mars, répond doucement Catherine troublée.

— Et quel jour sommes-nous ?

— Le 19 juillet.

— Quatre mois ! Je sais ce qu’au fond de ma mémoire défaillante j’ai cherché pendant tout ce temps. C’était votre image, Catherine...

La demoiselle eut du mal à avaler le gâteau de Mireille, non pas qu’il fût mauvais, au contraire, mais l’émotion lui avait coupé l’appétit.

Passablement perturbée, Mireille improvisa un dîner en l’honneur de Jean-Pierre, revenu à lui, et de Catherine qui n’eut pas le choix et dut rester chez les Maillard. Entre-temps, le père rentra de son boulot. Quant aux frères et sœurs, ils furent convoqués sur-le-champ !

Il était deux heures du matin lorsque Jean-Pierre se pro­posa de raccompagner Catherine.

— Je ne veux pas vous étouffer, ni vous accaparer, ce que nous avons fait ce soir... Cela ne se reproduira plus. Je désire seulement que vous pensiez aux sentiments que j’éprouve à votre égard, à l’histoire incroyable que nous avons commen­cée et que nous pouvons poursuivre ensemble...

Catherine Merlot se força à s’accorder du recul après le bouleversement dont elle avait été la cause. Pourtant, dès le lendemain, elle envoya une lettre à Jean-Pierre dans laquelle elle lui promettait de le revoir très vite.

Petit à petit, elle se laissa conquérir. Le 19 juillet, sub­mergée, un peu par l’émotion et un peu par le champagne, elle avait failli tomber dans les bras de Jean-Pierre qu’en plus, elle trouvait plein de charme. Mais soucieuse de ne pas abîmer ce qui pourrait être un conte de fées des temps modernes, elle choisit de construire leur relation comme une maison : méthodiquement et sans précipitation. Moyennant quoi, lorsque l’équivalent de la pose du toit fut achevé, Catherine accepta de pendre la crémaillère, c’est-à-dire d’épouser Jean-Pierre...

Âge

Le client à la choucroute

13 octobre 2004, dans une brasserie parisienne du sixième arrondissement, Patricia Carlin, quarante-huit ans, femme distinguée et pleine de charme, dîne avec Florence, sa meilleure amie du même âge, à qui, comme souvent, elle confie ses soucis personnels. Ce soir-là, il est question de Vincent, son mari.

— Je ne me pose même plus la question de savoir s’il me trompe. Cela fait longtemps que je ne nourris plus la moindre illusion à ce sujet.

— Et tu as déjà su avec qui c’était arrivé ?

— Je ne possède aucun nom, mais le critère essentiel est clair : moins de quarante ans ! Depuis qu’il a passé ce cap-là, Vincent court après sa jeunesse, évidemment à jamais perdue. Quel idiot ! Au lieu de savourer les plaisirs de chaque étape de la vie... Sa bêtise me fatigue !

— Es-tu jalouse de tes rivales ?

Patricia éclate de rire.

— Pas le moins du monde ! Que leur apporte Vincent ? Son fric ! Il perçoit un salaire très confortable, certes. Pour le reste... Ses angoisses de quinquagénaire ? Franche­ment, qu’elles les gardent !

La dame avale une gorgée d’eau et poursuit un ton plus bas.

— Quant à ses exploits sexuels, je peux bien t’avouer qu’ils n’ont jamais existé ! Comme tous les hommes se vouant une admiration sans bornes et manquant, forcément, de lucidité à leur propos, Vincent est convaincu d’être une affaire au lit. Autrefois, c’était juste passable ; aujourd’hui, c’est calamiteux ; et demain, ce sera honteux !

Et les deux complices de se marrer avec une évidente jubilation.

— Tu devrais le voir dans son numéro devant les petites nanas, continue Patricia. Il se croit irrésistible ; il est simplement grotesque ! L’autre jour, il faisait de l’œil à la vendeuse d’une boutique où nous achetions un pull. La gamine avait à tout casser vingt-cinq ans. Lui, avec ses rides et sa calvitie, on aurait pu le prendre pour son grand-père ! Se moquant éperdument de ma présence, il a minaudé : « Je vais revenir un de ces midis, quand je serai seul et que je disposerai davantage de temps ! » L’autre, bonne commerçante, a souri poliment, sans plus. Mais le grand crétin a dû s’assurer que la petite allait le guetter tous les jours ! Tu te rends compte ? Se comporter de la sorte à cinquante-deux ans !

À cet instant précis, une voix masculine se fait entendre :

— Cinquante-deux ans ? Seulement ? Il fait plus !

Médusées, Patricia et Florence se tournent vers la table la plus proche de la leur se trouvant à leur droite et y découvrent un homme d’environ quarante-cinq ans, seul, le regard pétillant et mâchant consciencieusement un bout de saucisse qu’il vient de piquer dans une assiette remplie de choucroute.

— Vous... Vous connaissez Vincent ? s’inquiète Patricia.

— Pas directement, répond l’inconnu. Mais je suis d’accord avec vous ! Sa façon de s’habiller cloche aussi : faux jeune, mais, si vous me permettez, vrai vieux con !

Un rien nerveuses, les deux femmes font mine de se détendre.

— Et je ne parle évidemment pas de la voiture ! Il a tou­jours son cabriolet où, dès qu’un rayon de soleil apparaît, ses trois cheveux volent au vent au risque, d’ailleurs, de se barrer ?...

Patricia commence à s’amuser.

— Il la sort du garage à la première occasion, c’est vrai.

— Il finira par prendre froid, décrète l’étranger. Et, à son grand âge, on guérit plus lentement !

Puis, posant ses couverts, il se présente :

— Christophe Mercaut...

— Enchantée, Patricia Carlin. Et voici Florence...

— Veuillez m’excuser de me mêler de votre conversation, mais c’était trop tentant. Ah ! ce cher Vincent ; on ne le changera plus ! Le problème, c’est que son cas va évidem­ment s’aggraver...

— S’aggraver ? répète Patricia.

— Oui, plus il vieillira, plus il s’intéressera à des filles plus jeunes.

Patricia s’adresse à Florence :

— Il finira par courir après les copines de notre fils. D’ailleurs, il en mate déjà certaines !

— Pas étonnant !, s’exclame Christophe.

— Gabriel n’a que quinze ans !, corrige Patricia.

— Disons que, dans le meilleur des cas, il attendra qu’elles soient majeures, en rajoute Christophe.

— Je crains que Monsieur n’ait pas tort, soupire Florence.

— ‘Y a pas mal de mecs à qui il faudrait une bonne fois pour toutes ouvrir les yeux !, enchaîne Christophe. Quand leur compagne parvient à la quarantaine, ils ne se gênent pas pour leur envoyer en pleine poire des remarques blessantes, ou carrément odieuses, sur les marques que le temps a pu laisser chez elles. D’abord, ils oublient que celles-ci peuvent ajouter à leur charme. Ensuite, ils omettent en­core plus de s’autoanalyser et de s’attarder sur les pectoraux vachement planqués sous la graisse ou le bide franchement encombrant quand il s’agit de fermer le jean censé plaire aux minettes !

Patricia se retient d’applaudir.

— Ce discours-là est plutôt rare au sein de la gent mascu­line !, souligne-t-elle.

Et elle se dit que, malgré la choucroute dont il semble aimer abuser, Christophe ne doit pas cacher un physique disgracieux joliment mis en valeur par une chemise beige et un complet marron.

Quand il s’en va, Mercaut laisse sa carte à Patricia et Flo­rence, en précisant :

— Si, un jour, vous estimez que je peux vous rendre ser­vice, n’hésitez pas !

En rentrant chez elle, Mme Carlin est ravie de sa soirée, même si elle constate une fois encore que son mari est absent. Mais elle s’en moque, car elle brûle d’envie d’appeler ce Christophe qui lui a fait le meilleur effet. Il est 23 h 35 quand elle compose son numéro.

— Vous êtes toujours prêt à me rendre service ? susurre-t-elle.

— Je n’ai pas pu réviser mon jugement en aussi peu de temps...

— Vous êtes loin du restaurant de tout à l’heure ?

— Dix minutes.

— Le premier arrivé attend l’autre ?

— Top chrono !

Christophe croit qu’il a gagné la compétition. En fait, voulant éviter un possible affront, Patricia guettait son arri­vée, dissimulée dans l’entrée d’un immeuble.

En s’approchant de lui, elle ressent comme une excitation qui n’exclut pas les taquineries.

— Vous allez commander une nouvelle choucroute ?

— Pourquoi pas ? Mais à emporter pour mon petit-déjeuner !

— C’est sympa d’être venu...

— Comment résister à pareille invitation ?

— En répondant, par exemple, que vous étiez fatigué, que vous aviez un travail urgent à terminer, que votre épouse vous réclamait...

— Je suis en pleine forme, je m’interdis de bosser après 22 heures et je n’ai pas de femme...

— C’est plutôt bien ça !

Se rendant compte qu’elle va peut-être vite en besogne, Patricia rectifie plus ou moins adroitement.

— Enfin, je voulais dire que c’était plutôt bien d’être en pleine forme... Et aussi de ne pas bosser après 22 heures...

— Mais pas de ne pas avoir de femme ?

Patricia bredouille.

— Euh... Non... Ou oui... Enfin, ça dépend si on les aime !

— Je les adore !

— Voilà qui est mieux !, souffle Patricia.

— Et surtout lorsqu’elles ont votre beauté...

Il pose la main sur la sienne ; elle n’oppose aucune résis­tance.

— Une seule question avant de parler d’autre chose...

— Ai-je droit à un joker ?

— Non!

— J’accepte le jeu quand même !

— Comment connaissez-vous mon mari ?

— J’allais vous proposer d’éliminer ce sujet, effective­ment... Ce soir, en dînant, sans vous espionner ou même vous écouter, j’ai entendu des bribes de votre conversation. L’idée farfelue d’intervenir de manière un rien surréaliste m’a traversé l’esprit. J’ai attendu quelques secondes, c’est-à-dire le moment propice. Quand vous avez évoqué l’âge de Vincent, j’ai embrayé !

Il rit.

— Après ça, j’y suis allé au pif ! Les mecs ayant les com­portements de votre époux sont légion et fonctionnent sur les mêmes schémas. Les fringues devant rajeunir et qui, en réalité, ne font qu’accentuer le décalage entre leur date de naissance et la cible à laquelle s’adressent réellement les vêtements qu’ils portent... La bagnole censée « faire dans le coup », etc. C’était assez simple à imaginer. J’aurais dû m’en tenir à une remarque puis retourner à ma purée et mon chou. Mais voilà, j’ai croisé votre regard et j’y ai décelé comme une incitation à continuer... Donc, pour répondre clairement : je n’ai jamais vu ce cher Vincent !

Court silence. Il interroge.

— Vous m’en voulez ?

— Pas le moins du monde ! Puis-je risquer une seconde question ?

— Et toujours pas de joker ?

— Toujours pas !

— Banco !

— Et la carte de visite, dans quel but me l’avez-vous donnée ?

— Je vous aurais bien demandé la vôtre, mais j’aurais paru un peu lourd, surtout que vous n’étiez pas seule. Alors, j’ai utilisé la technique de la bouteille à la mer. J’ai jeté mon pe­tit message ! Et, miracle, ça a marché ! La femme à laquelle je ne cessais de penser depuis plus d’une heure a appelé !

Patricia et Christophe passèrent la fin de la soirée et une grande partie de la nuit, d’abord dans la brasserie, ensuite dans un hôtel voisin, à se raconter mille choses et à s’extasier sur la circonstance de leur coup de foudre.

Puis, quelques jours plus tard, Patricia laissa un mot à Vincent. Il disait ceci :

« J’ai fini par admettre que je suis trop vieille pour toi. Je ne t’intéresse plus. Et, finalement, c’est réciproque. Nous voilà quittes ! Je te rends officiellement ta liberté ; j’ai re­pris la mienne. J’en fais un usage savoureux. Je t’en souhaite autant. »

Vincent mit du temps à comprendre. Beaucoup plus en tout cas que Patricia à saisir le vrai bonheur qui, mine de rien, surgit un soir dans sa vie sous l’allure d’un clin d’œil.

Annonce

Seul sur les routes

C’est le jour de ses quarante-deux ans que Joseph Trautmann ressent comme un choc. En soufflant sur les bougies du gâteau que sa vieille maman lui a confectionné, il mesure à quel point sa vie est idiote ! Le lendemain, il confie à Jürgen, son meilleur ami, les fruits d’une réflexion qui l’a laissé éveillé à peu près toute la nuit :

— D’autres ont du mal à passer le cap des quarante ans, moi je viens seulement de prendre le coup sur la tête ! J’ai dressé le bilan : pas de quoi être fier ! Je passe le plus clair de mon temps sur les routes, je vends ma camelote et je rentre chez moi où je suis seul. Épouvantablement seul...

Depuis plus de vingt ans, Joseph Trautmann est représen­tant de commerce, spécialisé dans le textile. Ses qualités lui ont valu des offres flatteuses auxquelles il a quelquefois ré­pondu favorablement, ce qui lui permet d’empocher chaque mois des sommes confortables. Jusqu’ici, Joseph acceptait facilement de parcourir une partie de l’Allemagne de l’Ouest parce qu’il savait que, financièrement, il y trouvait largement son compte. Et la maison qu’il a pu s’offrir à Munich prouve à quel point ses revenus sont importants. De plus, Joseph a toujours aimé se balader, voir du pays et discuter avec des gens très différents. Il n’y a pas encore si longtemps, il jurait avoir trouvé le métier idéal. Certes, il n’avait jamais ressenti la moindre vocation pour le commerce, mais, un jour, par hasard, devant travailler, il se présenta devant un patron sé­duit par le baratin et la bonne bouille de Joseph. Ce type-là avait du flair, car il jura à Joseph :

— Je suis sûr que vous irez loin !

La prédiction se réalisa dans tous les sens du terme. Car, des milliers et des milliers de kilomètres, Joseph en avala. Cependant, un tel boulot ne lui facilita pas nécessairement l’organisation d’un jardin secret.

Voilà dix ans, Trautmann se mit en ménage avec une fille ravissante en croyant dur comme pierre que leur union tien­drait jusqu’au bout de l’éternité.

Un jour, Joseph voulut lui faire une surprise. Alors qu’il avait prévu de rentrer chez lui un vendredi soir, grâce à deux clients qui se décommandèrent, il surgit à son domicile avec vingt-quatre heures d’avance.

La surprise fut partagée, car, si sa compagne ne s’attendait pas à le voir débarquer si tôt, lui n’imaginait pas un seul instant qu’il la trouverait au lit avec un autre homme ! Cette scène, digne d’un banal vaudeville, constitua un choc plutôt rude pour Joseph qui se mit à se méfier des femmes. Mais, les années passant, il revint à de meilleurs sentiments à leur égard. Il entretint deux ou trois liaisons passagères dont il se contenta parfaitement. Jusqu’à ses quarante-deux ans...

Subitement, Joseph prend conscience qu’il y a comme une urgence à changer d’existence. Lui qui autrefois rêvait d’avoir des enfants réalise que, s’il ne se dépêche pas de dé­nicher leur mère, il risquera, dans le meilleur des cas, de les voir naître quand il aura l’âge d’être leur grand-père !

Quelque peu paniqué, il décide d’agir et le démontre d’une façon originale. Sur les vitres latérales arrière de sa voiture, il colle une affichette où on peut lire :

« Je suis désespéré ! J’ai 42 ans et je recherche une femme pour fonder une famille. Pitié, ne me laissez pas seul ! »

L’écriteau attire évidemment les regards. Mais pas for­cément les propositions sérieuses. Les semaines et les mois s’écoulent ainsi. Joseph se décourage, mais, par principe, il continue à miser sur son insolite moyen de se faire remarquer de l’âme sœur tant désirée.

Le 23 octobre 1982, assez tard dans la soirée, il dîne dans une brasserie de Munich où il ne s’est jamais rendu. Kristen, la serveuse qui s’occupe de lui, l’a aperçu descendre de son véhicule et, de loin, a vu l’annonce, il est vrai rédigée en gros caractères. D’emblée, elle trouve Joseph sympathique et, comme celui-ci est de bonne humeur, ils plaisantent à l’une ou l’autre reprise.

Kristen, trente-cinq ans, blonde aux yeux bleus, est tom­bée sous le charme. Elle termine son service alors que Joseph n’a pas encore avalé son ultime café.

— Une de mes collègues va prendre le relais. Bonsoir... Joseph la salue en regrettant qu’elle s’éloigne si vite.

De son côté, Kristen file vers le vestiaire, se change puis, discrètement, réapparaît devant la table de Joseph. Qui n’en revient pas.

— Durant les heures de service, explique-t-elle, le règle­ment du personnel de l’établissement m’interdit de mélanger le professionnel et le privé. Il est 23 h 35, je ne travaille plus et je suis donc autorisée à vous apprendre que je suis très intéressée par l’annonce...

Joseph en demeure silencieux. Ce qui arrange bien Kristen.

— Il reste que je préférerais que nous en discutions ailleurs. Je vous suggère donc de me retrouver au bistrot juste à côté. Est-ce que cela vous convient ?

Tout en ouvrant son portefeuille, Joseph réagit.

— J’ai un meilleur plan. Je paye illico presto et nous partons ensemble ! Je ne veux pas courir le risque de vous perdre !

Kristen n’en espérait pas tant.

La nuit leur parut courte, très courte, tellement ils par­lèrent, au bistrot, dans la rue, puis chez Joseph où ils s’embrassèrent tendrement avant de s’écrouler de fatigue dans le divan. Le lendemain, ils n’attendirent pas d’avoir les idées claires pour décréter qu’ils ne se quitteraient plus. Joseph voulut arracher ses écriteaux à son automobile, mais, finalement, il se retint. Afin d’exprimer son bonheur tout neuf, il les barra d’un trait au marqueur rouge et les recou­vrit d’un nouveau message :

« J’aime Kristen ! »

Automobile

Tout feu, tout flamme pour Gwendolene

James Partridge a deux amours. Dans l’ordre : sa femme et sa voiture.

Emma, l’heureuse élue, a connu James lorsqu’il était étu­diant. Il terminait ses études de droit. Elle l’a aidé, coaché, comme l’on ne disait pas encore dans les années ‘60. Et si James, gamin issu d’un milieu modeste, est devenu un avo­cat d’affaires ayant pignon sur rue, c’est en partie grâce à Emma.

Mais pas du genre ingrat et sachant ce qu’il doit à la belle rousse, à qui il a eu la chance de passer la bague au doigt, il ne manque jamais une occasion de le souligner. D’autant que vingt ans plus tard, son épouse continue à le guider, car, brillant dans son métier, en dehors, James est souvent paumé.

Les Partridge ont des jumeaux, Elroy et Ellen, douze ans, auxquels ils consacrent le plus de temps possible. Puis il y a Gwendolene...

Gwendolene, c’est la Jaguar ! Bronze métallisé, intérieur cuir, dotée des derniers gadgets à la mode, elle a tout pour plaire à James qui, dans un moment d’excitation intense, lui a un jour donné un prénom !

Il aime contempler pendant de longues minutes le beau joujou, et en frotter délicatement à peu près chaque soir les vitres ainsi que la carrosserie. Lorsqu’il se promène en com­pagnie de Gwendolene, Partridge ne cache pas sa fierté... Il s’agit de son signe de réussite sociale le plus ostentatoire, et il y tient presque comme à la prunelle de ses yeux.

Un jour d’été, en 1987, vers midi, James range son super­be véhicule dans le garage à côté de la maison. Il rentre chez lui, pose son imperméable dans l’entrée, gagne la cuisine et s’installe à table où l’attendent femme et enfants.