Les roses volées - Alexandre Geoffroy - E-Book

Les roses volées E-Book

Alexandre Geoffroy

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Beschreibung

Un homme à la recherche du meurtrier de sa fille.

Un soir de pluie glaciale à Biarritz, un homme recherche le meurtrier de sa petite fille. Cloîtré dans sa voiture, avec une bouteille de vodka pour seule compagnie, ce père se demande s'il sera capable d'ôter la vie à celui qui a détruit sa famille. Une chasse à l'homme désespérée, un face à face gluant, où chaque round plonge Paul toujours plus profond dans la folie. La sienne et celle des autres…

Découvrez un thriller haletant et suivez le parcours de Paul, un homme désespéré qui sera plongé toujours plus profond dans la folie, la sienne et celle des autres.

EXTRAIT

Me suis éveillé, enfin, échoué dans cette maudite bagnole. Pas la peine de checker : mal de crâne, ébloui, assoiffé.
La même gueule de bois depuis des mois. Peut-être même une année. Je coule toujours plus profond, ancré à un énorme rocher. Pas moyen de savoir quand sera la fin. Que je la rejoigne enfin.
Ciel d’hiver, vent incessant et pluie glaciale, pas de doute le mois de février tient ses promesses. Et ici, à Biarritz, dans le magnifique quartier de l’hôtel du Palais, à minuit c’est le no man’s land. Les restaurants saisonniers sont bouclés comme des tombeaux, leurs terrasses pleines l’été ressemblent ce soir à un cimetière de chaises. Pas même une vieille dame pour promener son cabot. À croire que les petits chiens, ici plus qu’ailleurs, ont une plus grosse vessie, de quoi tenir jusqu’au matin.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Alexandre Geoffroy est issu d'une famille de restaurateurs, diplômé de l'École Hôtelière de Bordeaux, il a marché dans les pas de ses parents en ouvrant son propre restaurant à Agen. Une première vie courte, mais passionnante, qui sera le décor de son premier roman.
Aujourd'hui, à 37 ans, il vit au Pays Basque. En grand fondu de Polars, l'idée originale a mûri dans son esprit pendant des années ; avant qu’il ne libère et prenne le temps de figer sur le papier cette histoire brute, éprouvante et viscérale.

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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Table des matières

Les roses volées4

PROLOGUE7

Lui et Nous9

Son Plan13

Deuil18

La Traque23

Vincent28

La Croupière35

Monsieur Viard40

Le Restaurant Fantôme44

Rousseau51

Ma Femme57

Le Commandant Masif63

Lolitalolita68

Les Roseaux74

Abracadabra79

Mes Aveux84

Case Prison89

Louis, alias Marc95

Monsieur Latour Père105

Louise110

Dans la même collection112

Résumé

Un soir de pluie glaciale à Biarritz, un homme recherche le meurtrier de sa petite fille.

Cloîtré dans sa voiture, avec une bouteille de vodka pour seule compagnie, ce père se demande s'il sera capable d'ôter la vie à celui qui a détruit sa famille.

Une chasse à l'homme désespérée, un face à face gluant, où chaque round plonge Paul toujours plus profond dans la folie.

La sienne et celle des autres…

Alexandre Geoffroy est issu d'une famille de restaurateurs, diplômé de l'École Hôtelière de Bordeaux, il a marché dans les pas de ses parents en ouvrant son propre restaurant à Agen. Une première vie courte, mais passionnante, qui sera le décor de son premier roman.

Aujourd'hui, à 37 ans, il vit au Pays Basque.

En grand fondu de Polars, l'idée originale a mûri dans son esprit pendant des années ; avant qu’il ne libère et prenne le temps de figer sur le papier cette histoire brute, éprouvante et viscérale.

Alexandre Geoffroy

Les roses volées

Thriller

ISBN : 978-2-35962-657-5

Collection Rouge

ISSN : 2108-6273

Dépôt légal octobre 2014

©couverture Ex Aequo

« TOUT MON AMOUR »

Devrais-je tomber hors d’amour, mon feu dans la lumière

Pour chasser une plume dans le vent, dans la lueur qui tisse un manteau de plaisir bouge encore un fil sans fin.

Pour les nombreuses heures et les jours qui passent bientôt le cours du temps a fait s’estomper la flamme finalement le bras est droit, la main sur le manche

Est-ce pour en finir ou pour commencer à peine ?

Tout mon amour, tout mon amour pour toi

La tasse est remplie, le toast est déjà prêt une voix claire s’élève au-dessus du vacarme fier aryen, un mot, ma volonté pour supporter pour moi, le drap à enrouler encore une fois tout mon amour, tout mon amour pour toi

Le drap est tien, mienne est la main qui coud le temps

Sienne est la force qui se trouve à l’intérieur

Notre est le feu, toute la chaleur que nous pouvons trouver

Il est une plume dans le vent

PROLOGUE

Me suis éveillé, enfin, échoué dans cette maudite bagnole. Pas la peine de checker : mal de crâne, ébloui, assoiffé.

La même gueule de bois depuis des mois. Peut-être même une année. Je coule toujours plus profond, ancré à un énorme rocher. Pas moyen de savoir quand sera la fin. Que je la rejoigne enfin.

Ciel d’hiver, vent incessant et pluie glaciale, pas de doute le mois de février tient ses promesses. Et ici, à Biarritz, dans le magnifique quartier de l’hôtel du Palais, à minuit c’est le no man’s land. Les restaurants saisonniers sont bouclés comme des tombeaux, leurs terrasses pleines l’été ressemblent ce soir à un cimetière de chaises. Pas même une vieille dame pour promener son cabot. À croire que les petits chiens, ici plus qu’ailleurs, ont une plus grosse vessie, de quoi tenir jusqu’au matin.

Les rafales d’eau frappent les vitres de la voiture, le vent siffle sur la carrosserie, les essuie-glaces ne fonctionnent plus. Batterie à plat. L’impression d’être dans un aquarium, mais avec l’eau à l’extérieur.

J’y étais presque pourtant. JE L’AI VU ! JUSTE-LA ! Devant moi ! Son assassin. Ça faisait un moment que j’attendais, caché dans cette maudite bagnole avec mes fonds de bouteilles.

Cet homme qui m’a volé ma fille, ma princesse, Louise. Là, devant moi. Enfin presque. Au bout de la rue. Suffisamment proche pour le haïr, mais trop loin pour l’attraper.

Il m’a vu et démarré en trombe. Mais je n’ai pu le suivre : putain de bagnole ! Impossible de la mettre en route, pas de contact. Il a disparu. Et mes derniers espoirs aussi. Maintenant, il prendra moins de risques. Je l’ai retrouvé, et il sait pourquoi.

Marc Latour imagine bien pourquoi j’étais là, à l’épier. Il sait bien mon désir de vengeance. Et doit même deviner que je suis armé. Prêt à tirer, sans sommations. Et vu sa tête quand il m’a aperçu, je ne dois pas être dans ses projets. De toute façon, c’est fini. Il va encore se terrer je ne sais où. Je n’ai plus la force de le traquer. J’abandonne.

Rien ne soulagera plus ma douleur. Je viens de le comprendre à l’instant, en me réveillant engourdi. Dans cette maudite bagnole refusant de démarrer. Dans cette maudite bagnole qui pue la vodka. Dans ma maudite bagnole, mon cercueil.

En retrouvant Louise là-haut, je pourrai lui dire que j’ai essayé. En vain certes, mais j’aurais lutté de toutes mes forces, jusqu’aux dernières. En vain. Je n’aurais pas réussi à la venger.

Je lui dirai aussi que la Justice n’a pas non plus fait son devoir. Qu’elle a laissé filer son assassin. Mais je ne lui dirai pas que c’est à cause du juge. Qu’il n’y avait plus d’encre dans son fax. Et qu’alors la Justice n’a pas pu faire autrement. Je lui dirai que c’est comme ça, ma princesse, mais Papa t’aime quand même. Tu vois, je suis là, maintenant.

Les somnifères sont toujours dans ma poche. Boîte pleine. Parfait. La nuit est lourdement tombée. Plus personne dans les rues. Buée sur les vitres du cercueil. Dernière rasade de vodka pour accompagner les pilules. Dernière rasade de vodka pour accompagner la mort. Aller simple. Et surtout plus jamais d’escale.

Il parait qu’avant de mourir on traverse un tunnel sombre et qu’une lumière très forte se trouve en son bout. Resplendissante. Il parait aussi que pendant ce temps on voit défiler les moments importants de sa vie. Les gens que l’on aime. Comme un résumé, ou un bilan.

Alors, je vais vous dire ce que, moi, Paul Gontrand, j’ai vu dans ce tunnel.

Lui et Nous

Le restaurant est plein, comme tous les midis. Je fais la cuisine et Nathalie sert les clients en salle. Nous nous sommes rencontrés à l’école hôtelière sur Bordeaux, et ne nous quittons plus depuis dix ans. Elle, exilée d’un petit village landais et moi du pays du pruneau.

La trentaine tonique, Nathalie est souriante et avenante avec nos clients. Tous issus de la petite bourgeoisie locale, petits provinciaux, mais grand train de vie : avocats, dentistes, journalistes, politiciens, commerçants...

Je suis sûr qu’on aurait eu moins de clients si Nat n’avait pas été aussi jolie, en tout cas pas la même clientèle. Et j’avoue être assez fier de partager ma vie avec elle. Et croyez-moi, le fantasme de la serveuse, ça existe. Je le vois bien depuis ma cuisine ouverte, certains ne se gênent pas pour mater…

Ma femme — je l’appelle ainsi, mais nous ne sommes pas mariés —, me comble, m’aime comme si j’étais le seul homme sur Terre. Et j’ose y croire.

Fraîchement diplômés de l’école, nous avons ouvert notre restaurant à Agen. Je pense que nous avons réussi notre pari. Ma famille de commerçants avait une petite réputation ici. Alors nous avons profité de cette notoriété en nous installant dans cette petite ville. Une ville que j’ai voulu quitter toute mon adolescence. Ce que j’avais réussi à faire le temps de mes études et de mes stages.

Huit ans que notre rêve d’entrepreneurs se réalise. Beaucoup de boulot, mais ça nous plait. On voit du monde, on rigole, on vit. Chaque jour suffit à sa peine, mais c’est avec enthousiasme que nous régalons les clients.

Comble du bonheur, une petite fille nous a rejoints deux ans après l’ouverture du restaurant. Louise. Notre princesse. Toujours souriante comme sa maman. Mignonne à croquer, elle est vite devenue la mascotte du restaurant. Par commodité et souci d’économie, Louise ne nous quittait jamais. Dans son berceau, puis à quatre pattes, et enfin de table en table avec les clients, ramassant quelques pourboires en aidant sa maman. Une enfant de la balle !

Joli tableau, non ? On ne se rendait pas trop compte de ce bonheur. Tout le temps la tête dans le guidon. Peu de temps pour nous, mais qu’importe, ce qui nous plaisait c’était de voir du monde et de profiter. Avec le temps et à force de les côtoyer, certains clients sont devenus des amis. Nous étions entourés d’une tribu d’épicuriens, comme nous. Avec eux, nous passions le plus clair de notre temps libre, et même nos vacances.

Et dans cette bande de nouveaux copains, y’avait un mec bizarre, mais il était sympa et marrant.

Personne ne savait réellement quel était son métier. Un peu mythomane le garçon, mais son bagout ensorcelait tout le monde. Et au final, plus personne ne cherchait à comprendre le fin mot de ses histoires.

Ce qu’il faut surtout retenir c’est qu’il connaissait tout le monde. Fils de bonne famille, raffiné et élégant, il avait pourtant une réputation de branleur (pour un trentenaire), et de coureur (de strings). Il nous avait eus à la bonne dès notre arrivée ici. Et ainsi, notre restaurant était devenu son QG.

Il nous présentait des gens importants. Nous rameutait sans cesse de nouveaux clients, et organisait mêmes des soirées privées. Je le revois encore arrivant au restaurant, saluant tout le monde. Il faut donc avouer que sans lui, sans Marc Latour, l’assassin de ma fille, notre affaire n’aurait peut-être pas été aussi rentable.

Nat et moi avions eu pourtant deux alertes concernant ce type, sur sa réelle personnalité. Pas de quoi prédire l’avenir, mais deux indices qui auraient dû nous mettre la puce à l’oreille.

Première alerte : quand un esprit (pas si) mal placé avait cru bon de nous informer de cette histoire de détournement de fonds. Marc, tout juste diplômé d’une école de commerce fils-à-papa- « fais-moi un chèque t’auras ton diplôme », était alors conseiller bancaire dans un trou paumé du Lot-et-Garonne, où, les seuls clients de l’agence sont des agriculteurs. Riches, mais pas si bon en maths.

Pendant des mois, il a donc prélevé des dizaines de milliers d’euros sur les comptes de ses clients. En créant simplement des frais de gestion imaginaires. Son smic+10% ne devait pas suffire à combler ses dépenses de playboy à la manque. Puis, un maquignon à la retraite, entre deux parties de chasse, fit ses comptes pour la première fois de sa vie. Divorce oblige. Le bougre leva le lièvre : huit mille euros manquent à l’appel, répartis sur dix-huit mois. Seulement, l’éleveur de veaux connait du monde, et en moins de deux, Marc est en garde à vue.

Sale quart d’heure à la gendarmerie, le temps que papa arrive accompagné de son avocat. Un avocat de province, certes, mais qui passe régulièrement à la télévision. Associé à un grand nom national, il a participé à la défense dans des procès surmédiatisés, et par conséquent profite maintenant d’une forte célébrité locale. Je vous présente Maître Mory, qui deviendra par la suite un de mes meilleurs clients au restaurant, grâce à Marc.

Libéré sous caution, Marc se terre dans la maison de campagne familiale en attendant le procès. L’addiction aux jeux sera sa première défense. Puis, l’on jouera sur sa personnalité, joviale, aimée de tous, il ne se rendait pas compte du mal causé. Bla-bla-bla. Maître Mory sait où il va. Plaidera coupable et obtiendra la clémence du juge en échange de l’indemnisation immédiate des victimes. Deux ans de prison avec sursis. Libre comme l’air. Et papa s’est allégé un peu de l’assurance vie.

Deuxième alerte : Marc a depuis rejoint la capitale, Agen. Son père l’a bombardé à la direction commerciale d’une de ses PME. Une entreprise de menuiserie, pose de fenêtres, truc dans le genre. Je me souviens juste qu’une petite armée de jeunes commerciaux arpentait les campagnes et proposait aux petits vieux une vie de rêve : moins de chauffage, plus de confort, moins de bruit. Un cercueil avant l’heure.

Ce job, ce n’était pas le glamour qu’attendait Marc, mais la responsabilité et l’argent frais permettaient à nouveau de resplendir aux yeux des autres. Belle bagnole, fringues à la mode, sorties hebdomadaires dans les restos et boîtes du coin. Quelques grammes de coke offerts aux parasites. Le caïd est en place. Enchaîne les aventures sans se fixer. Il lui faut les plus jolies, qui pour la plupart sont encore serveuses, vendeuses ou étudiantes. Elles deviendront plus tard de bonnes bourgeoises ou quitteront la ville. Ses coups d’un soir seront ses trophées de chasse, plus pour se vanter que par plaisir personnel. Mais ça je ne l’ai compris que plus tard.

Alors, la petite Angélique, coiffeuse de son état, belle comme un cœur, mais conne comme une malle, n’avait peut-être pas assez bu quand les doigts de Marc grattèrent dans sa petite culotte. Assise dans le coupé sport, sur le parking de la boîte à la mode (les boîtes en province ont des parkings), il lui avait proposé quelques rails de cocaïne, tranquilles, tous les deux dans la voiture. Une amie, passée à la casserole quelques mois auparavant, lui avait bien dit que Marc faisait tout ce qu’il pouvait pour arriver à ses fins. Qu’elle avait cédé à ses avances, meilleur moyen d’en finir. Et puis, il était plutôt beau gosse. Une petite baise et chacun repart de son côté.

Sauf ce soir-là. Angélique trouve la voiture trop éclairée sur le parking, et trop proche de l’entrée de l’établissement. Elle ne veut pas se retrouver le cul à l’air devant les videurs. Elle n’a pas assez bu. Angie repousse gentiment Marc, elle vient tout de même de lui sniffer trois heures de SMIC. Il insiste, prévisible. Et quand, après un ultime sourire carnivore mêlé d’agacement, il ne gratte plus, mais force brutalement le passage étroit et intime avec ses doigts, Angie se met à hurler, de peur ou de douleur, suivant la version des faits. Il la retient par le bras et tente de la faire taire. Peine perdue. Même si les videurs sont habitués aux scènes de querelles amoureuses dans les voitures, l’un d’eux en pince pour la petite et surtout, il déteste Marc. S’ensuivent cris, larmes, baffes, et course-poursuite. Marc finira par lui échapper. Le cerbère fera donc un peu de zèle et témoignera avoir vu, en plus de la fille en pleurs, des coups portés sur elle.

Bis repetita : Maître Mory et chèque de papa. Plainte retirée cette fois-ci. Il le fallait, une peine avec sursis planait au-dessus de sa tête. Marc repart à ses habitudes avec un bon sermon. Rien ne semble lui faire peur, surtout pas le patriarche, dont les maitresses sont connues de tous. Peu de personnes seront au courant de cette affaire de mœurs, mais suffisamment pour que Nat et moi soyons au courant. Et lorsque Marc deviendra un « ami », jamais nous n’en parlerons ni n’en ferons allusion.

Nos nouveaux amis, nous les recevons surtout en fin de service. Longues discussions, les bouteilles s’enchaînent, on tire les rideaux et on fume quelques joints. La bande de potes refait le monde pendant que Louise dort à l’étage, dans l’appartement au-dessus du restaurant.

Et Marc fait partie de cette bande, en est même un des leaders. Avec le recul, je ne peux pas dire que je n’appréciais pas Marc. Sa joie communicative, ses idées saugrenues, son humour ravageur. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un tel diable l’habitait, même en étant au courant de ses déboires judiciaires. Il a même passé quelques nuits sur notre canapé, trop fatigué pour rentrer chez lui. Je n’ose imaginer si c’est à ce moment-là qu’il renifla pour la première fois sa proie, ma fille.

La question n’est pas de savoir si cela aurait pu être évité. Nul ne pouvait imaginer ce sinistre scénario. Nat et moi payons le prix fort pour avoir fait entrer Marc Latour dans notre vie. La culpabilité est là, au plus profond de nos entrailles. Et pourtant, nous ne lui avons pas offert notre fille. Il nous l’a prise. Un soir, pendant notre service. Louise dormait à l’étage, comme d’habitude. Son plan était parfait.

Son Plan

L’étage du restaurant comporte des toilettes (les seules pour tout l’établissement) ainsi qu’un sas avec notre appartement. Ce sas était toujours verrouillé. La clé était cachée au-dessus d’un tableau à proximité immédiate, facilitant les allées-venues. Et bien entendu, personne ne peut monter ou descendre l’escalier sans qu’une partie de la salle — et donc des clients — l’aperçoive. Encore moins avec une fillette de six ans sous les bras.

L’accès à l’appartement, par les parties communes de l’immeuble, est condamné. Nous ne l’utilisons jamais, alors l’entrée de l’appartement nous sert de cellier, bien encombré. Marc était parfaitement au courant de tout cela puisqu’il y avait passé quelques fins de soirées. Il savait donc où trouver la clé, seul et unique sésame pour ouvrir notre appartement.

21h30 ce soir paisible de décembre, Louise est couchée depuis déjà une heure, voire une heure et demie. Et doit dormir paisiblement. Comme d’habitude, nous nous inquiétons seulement les premières minutes en surveillant le baby-phone chacun notre tour. Puis le service et le travail aidant, nous n’y tendons l’oreille que ponctuellement. C’est souvent moi, finissant mon travail en premier qui monte vérifier si tout va bien dans la chambre de la petite. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait ce soir-là, aux alentours de 22H00. L’un des plus grands vertiges de ma vie. Tout défile à une vitesse folle. Les jambes flanchent, les questions fusent. Pourquoi Louise n’est ni dans son lit ni dans le salon, nulle part ? Le baby-phone est débranché et la porte est fermée de l’extérieur.

Marc, qui dîne au restaurant ce soir-là, monte aux toilettes vers 21h30. Ouvre le sas avec la clé. Débranche le baby-phone. J’imagine qu’il « endort » ma fille avec cette substance que l’on trouvera dans son corps lors de l’autopsie. Ouvre la fenêtre et dépose Louise sur l’échafaudage qui couvre toutes les façades de l’immeuble. Préférant, je pense, celle à l’arrière, côté cuisine, donnant dans une petite rue. Il ne lui reste plus qu’à sortir de l’appartement, remettre la clé en place, payer son addition (je me rappelle même lui avoir offert la bouteille de vin), puis sortir du restaurant et récupérer ma fille par l’arrière. Ni vu ni connu.

Il l’amènera je ne sais où, pendant que moi paniqué comme jamais je hurle et cours dans tous les sens, Nat se demandant ce qui peut bien me rendre fou à ce point. Un client mécontent ? Une embrouille avec quelqu’un ? Jusqu’à ce que j’arrive enfin à articuler et lui dire que notre fille a disparu.

Je vous laisse imaginer le moment où une mère entend ces paroles. Je peux vous raconter toute cette histoire, mais je ferai l’impasse sur cette heure-là. Entre 22h00 et 23H00, jusqu’à l’arrivée de la Police. Tout ce que je peux vous dire, c’est que les clients présents ont été priés d’aller voir ailleurs (premier reproche de la Police qui aurait préféré les interroger). Et, à l’arrivée des cowboys, Nat a repris un instant ses esprits et a fait preuve de détermination et a rassemblé, et les éléments dont ils avaient besoin et la chronologie de la soirée. Alors que moi, après avoir couru dans tout le quartier en hurlant le nom de ma fille, et en injuriant Dieu, je comprenais maintenant la vérité en regardant les flics s’affairer, seul un client a pu enlever Louise.

Mais lequel ? Ce soir-là nous avions fait plus de trente couverts — dont les trois quarts entre 21h00 et 22h00. Au moins les deux tiers de la salle étaient des inconnus, ou du moins je ne saurais vous dire qui ils étaient. Mettez-vous à ma place, et a posteriori essayez de deviner lequel est un psychopathe. Impossible de désigner un coupable. Les flics relèvent les empreintes dans l’appartement, fouillent le livre de réservations, feuillètent les chèques et les tickets de cartes bleues, interrogent les personnes encore présentes et celles trainant dans le quartier. Bref, il est trois heures du matin, Nat est toujours en discussion avec un responsable, et mon soupçon touche enfin Marc.

Mais pourquoi aurait-il fait ça ? À nous ? Il n’a pourtant pas le profil d’un pervers, d’un kidnappeur d’enfant. A l’air heureux dans sa vie. Une fillette de six ans bordel ! Tout ça n’a pas de sens. J’oublie vite cette piste. L’heure n’est plus à l’inquiétude, mais aux interrogations, et aux cowboys de maintenant attaquer la partie bien dégueulasse : celle qui consiste à soupçonner les parents.

Descente aux enfers. Les pires questions que l’on peut poser à un homme. Sous-entendre des saloperies parait si facile dans leurs bouches. Suis-je un pédophile, un père incestueux ? Ces questions ridicules me rappellent le questionnaire américain que l’on doit remplir dans l’avion avant d’atterrir sur le sol U.S. Du genre : êtes-vous un terroriste ? Ou encore : Comptez-vous assassiner le président ?

MDR. Vert de rage. Je m’efforce de répondre sans m’énerver, et demande régulièrement comment ils comptent s’y prendre pour retrouver Louise. Le temps perdu, à nous poser des questions, m’agace. Je tourne en rond dans le restaurant, dans lequel les uniformes ont remplacé les clients, et les lumières des gyrophares cadencent tel l’éclairage d’une piste de danse.

Un agent me demande finalement, si je connais un certain Marc Latour. Bingo ! Un de ses collègues se souvient qu’il n’y a pas si longtemps il a été mêlé à une histoire de mœurs et son nom apparait sur le cahier de réservation. Je lui réponds que oui, et que c’est même un ami. Connaissait-il l’emplacement de la clé ? Encore oui. À cet instant, l’info s’est répandue entre eux, et la moitié des flics présents foncent dans leurs voitures. J’apprendrai plus tard que la gamine tripotée par Marc dans sa voiture n’avait que quinze ans.

Nous restons, Nat et moi, à disposition des agents encore sur place. Semble rester qu’un superviseur et l’équipe scientifique. Leur radio émet sans discontinuer des bips et des voix que seuls eux peuvent déchiffrer. Je m’attèle à rassurer Nat, lui dire que tout va bien se finir, mais je n’y crois pas. Quel intérêt d’enlever une fillette et de la relâcher ensuite ? Le coup de canon reçu en pleine gueule tout à l’heure laisse place à un trou béant, le vide absolu. Je suis en mode automatique, assommé.

Les heures défilent, bientôt le lever du jour, et le restaurant ressemble toujours aux coulisses d’un commissariat. Nous sommes installés au fond de la salle, épiant toutes les conversations. Nat tremble toujours autant. Le mutisme a remplacé les sanglots. Je ne la regarde plus dans les yeux, je ne veux pas qu’elle y voie mon pessimisme.

D’un coup le silence s’installe, du moins les flics semblent écouter la conversation du superviseur avec sa radio. Celui-ci nous regarde. J’ai compris.

Le son de ses pas résonne encore dans ma tête. Le temps qu’il nous rejoigne au fond de la salle me parait interminable, comme au ralenti. Il s’assoit et sans sommation nous révèle que le 4X4 BMW de Marc a été retrouvé par la BAC à la sortie de la ville, accidenté, dans un fossé. La voiture est vide. Seul occupant : son téléphone portable, coupé. Toute l’équipe est à sa recherche. Promet de nous tenir informés. Fin de transmission. Tout le monde lève l’ancre. Je chuchote à Nat que je vais les suivre.

Ils prennent clairement le chemin de sa villa, à seulement dix minutes du centre-ville. Je les file à bonne distance, c’est facile il n’y a pas beaucoup de circulation à cette heure. On passe devant une remorqueuse extirpant la BMW du fossé, à moins d’un kilomètre de chez lui.

Arrivé sur place, le jardin et le parking grouillent des mêmes voitures de Police auparavant stationnées devant le restaurant, mais cette fois-ci gyrophares éteints. Je reste à l’extérieur de la propriété, dans ma voiture, et scrute les mouvements. Pas de panique ni d’agitation. Beaucoup sont au téléphone. Je reste ainsi plusieurs minutes. Mon avis : Marc n’est pas chez lui, ils sont en train de fouiller la maison. Ou bien l’interrogent-ils ? Je commence à m’impatienter et trépigne dans la voiture. J’ose enfin sortir et m’approcher de la porte d’entrée, plus que quelques mètres. Je semble passer inaperçu. Je reste à distance tentant d’écouter les conversations, dos à eux, mais face au garage grand ouvert.

Un frisson me traverse instantanément : la Porsche décapotable n’y est pas. Son petit bolide, qu’il chérit tant, n’est plus dans le garage. Les flics sont-ils au courant qu’il manque une voiture ? J’en doute. Ils n’en sont pas encore à éplucher les cartes grises de Marc. Et le garage immaculé, où seule trône une machine de torture pour la musculation, ne peut laisser penser que d’habitude s’y trouve le joujou allemand.

J’hésite à signaler ma présence et à donner l’info, puis l’excitation prend le dessus. Sans me retourner, je me dirige vers ma voiture. Où a-t -il pu amener Louise ? Je n’ai qu’une idée, une seule.

Je file vers la maison de campagne de Marc, propriété de la famille, seulement occupée pendant les beaux jours, et certains week-ends pour des réunions entre amis. Lieu de joie et de plaisir. À quelque 40 minutes au sud, à Lectoure.

Cette propriété de plusieurs hectares est perchée sur une colline, le corps principal, en pierre blanche, est typique de la région et bénéficie d’un calme absolu : les premiers voisins et routes étant à plusieurs centaines de mètres. Vais-je y découvrir l’impensable ? Le théâtre des fêtes entre amis sera-t-il remplacé par une scène d’horreur. La question m’obsède tout le trajet, et une once d’espoir apparait. Le verdict n’est pas encore tombé après tout. Peut-être stoppera-t-il sa folie, abandonnant Louise au bord de la route, ou dans une cave, endormie, mais vivante ? Mon esprit fait du yo-yo. J’alterne frisson d’effroi et adrénaline de happy-end. Seul mon téléphone qui sonne me sort de ma torpeur. C’est le commandant Masif. Le gars du restaurant. Il veut me voir rapidement. Il a des questions à me poser sur Marc Latour. Je lui mens en disant que je suis déjà en route.

J’arrive au pied du grand portail. Je ne saurais dire si d’ordinaire celui-ci est ouvert, comme maintenant. En tout cas, je ne pouvais imaginer que le chemin de terre menant à la demeure se transformait en serpent boueux pendant l’hiver. Je n’ai mis les pieds ici que quelques week-ends d’été suffocants, où l’on venait prendre l’air et profiter de la fraîcheur de l’immense piscine, et des repas interminables dans le parc, à l’ombre des cèdres.

Ma voiture patine, et une autre a patiné avant moi, les traces sont fraîches. Cependant j’avance quand même et finis par apercevoir la Porsche garée dans la vieille grange. Je stoppe net et la voiture dérape aussitôt sur quelques mètres, silencieusement, façon pierre de curling. Tous les volets sont fermés. Mon cœur bat à tout rompre, j’hésite à appeler les flics ou à entrer seul. Je ferai les deux.

Je sors mon téléphone et appelle le commandant. Quand je l’informe que Marc est sûrement à quelques mètres de moi, comme l’atteste la présence de sa deuxième voiture, celui-ci gueule à en faire grésiller le haut-parleur. Juste le temps de lui donner l’adresse et je raccroche.

L’envie de connaître la vérité est trop forte. Je déboule dans l’entrée, avec un courage que je n’imaginais pas. Il est peut-être armé. Tant pis. Peut-être même m’a-t-il vu arriver et m’attend, caché, prêt à attaquer. Re-tant pis. Je hurle de toutes mes forces : « Louise ! Marc ! » dans toutes les pièces que je traverse. La plupart sont dans la pénombre, seulement quelques rayons de lumière traversent les volets les moins bien fermés. Rien. Pas de Louise, pas de Marc. Pas de bruit, pas de trace de leur passage. J’entends soudain un bruit sourd à l’étage. J’essaie de me rappeler l’emplacement de l’escalier. Dans l’entrée ! Et me souviens aussi qu’il est impossible de le monter sans faire grincer les marches, trop anciennes. Qu’importe s’il m’entend monter et me rapprocher de lui, de toute façon j’ai hurlé au rez-de-chaussée. Ce qui compte tout de suite c’est de revoir Louise.