Les Tribulations affectives - Santiago Galera - E-Book

Les Tribulations affectives E-Book

Santiago Galera

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Beschreibung

Qu'en est-il des femmes émancipées? Dans notre société où certaines ont décidé de prendre leur destin en main, Anna et Béatrice Monceau se sont affranchies de l'autorité masculine. En dépit de leur père qui s'inquiète du célibat de ses filles, il s'interroge sur la destinée des femmes modernes. Pourtant, la dernière de ses filles bouscule les conventions du féminisme. Contre vents et marées, Cécile Monceau - cette insoumise secoue les paradigmes de la génération féministe. Parfois, elle fait preuve d'ironie, car cette hussarde méprise les idoles du progressisme. Au programme : l'affaire Weinstein, Jacqueline Sauvage, la publicité des rasoirs Gillette, bref, une histoire dans une histoire. Dans ce livre où Maxence devient, sous la plume du narrateur, un écrivain qui s'accomplit dans le cadre des lettres françaises, il se félicite de sa résistance à l'échec.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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SOMMAIRE

Prologue

Chance ou hasard ?

PREMIÈRE PARTIE

La question du féminisme

Les femmes modernes

La sologamie

Le docteur Freud

La masculinisation des femmes

Conceptrice-rédactrice

Le tableau de Courbet

Une typologie d’hommes

DEUXIÈME PARTIE

La mort du patriarcat

La liberté d’aimer

L’obsolescence de l’homme

Qu’est-ce que la normalité ?

L’égotisme au féminin

Les illusions de la liberté

La devise confucéenne

La perfection au masculin

TROISIÈME PARTIE

L’éternel féminin

Premier janvier

La question du simulacre

La crise des berceaux

La différenciation des sexes

Les femmes ukrainiennes

Choisir sa vie !

Un géniteur sur catalogue

Épilogue

L’éternel feuilleton

«Après trente années passées à étudier la psychologie féminine, je n’ai toujours pas trouvé de réponse à la grande question : que veulent-elles au juste?»

Sigmund FREUD

Prologue

Chance ou hasard ?

Ce jour-là, à Paris où le froid surprenait les Parisiens, une rencontre devant un cinéma allait déterminer une vie. Peut-on parler de chance ou de hasard ? Par une journée d’hiver, Boris Monceau, vêtu d’un manteau en tweed, attendait depuis une vingtaine de minutes une jeune femme qui ne vint jamais. À quelques pas de lui, une jeune femme pas plus âgée que lui attendait un jeune homme qui ne se présenta jamais non plus. Bref, les regards se croisèrent et, chance ou hasard, l’un et l’autre échangèrent quelques mots et, sans savoir pourquoi, entrèrent dans ce cinéma. Les années ont passé. Depuis ce jour-là, ils continuent d’en parler, car selon Boris Monceau, la chance est un heureux concours de circonstance, tandis que sa femme Isabelle, c’est le hasard qui a déterminé leur rencontre. Aujourd’hui, ils sont fiers de leurs filles. L’aînée s’appelle Anna, la cadette Béatrice, et la dernière, Cécile. Le choix d’un prénom n’est jamais une histoire de hasard. Chez les anciens, l’attribution d’un prénom signifiait transmettre une force, une personnalité. Quelques mois avant la naissance de leur fille aînée, Boris et Isabelle décidèrent de l’appeler Anna, en pensant à l’œuvre lyrique Don Giovanni de Wolfgang Amadeus Mozart ; l’année suivante, lors de la deuxième grossesse, en hommage à La Divine comédie de Dante, c’est le prénom de Béatrice qu’ils choisirent ; au mois d’octobre de l’année suivante, ils décidèrent d’appeler la dernière de leurs filles, Cécile, se rappelant une œuvre d’Alfred de Musset. Ce pendant, leur père aurait souhaité un fils, mais les dieux en décidèrent autrement.

Docteur ès lettres, il fit ses études à la Sorbonne, tandis que leur mère Isabelle étudia à l’École du Louvre. En revanche, leurs filles choisirent de suivre des études allant à l’encontre de leurs parents, sauf Béatrice qui préféra marcher dans le sillage de sa mère. Depuis six ans, l’aînée travaille dans une banque, la cadette exerce une activité dans l’édition, et la dernière exerce la profession de conceptrice-rédactrice. Au grand désarroi de leurs parents, leurs filles sont d’éternelles célibataires, et aucune d’entre elles n’envisage de transmettre la vie, c’est-à-dire de devenir mère. Les femmes des temps modernes ont une destinée, et sans le savoir, de gré ou de force, elles bousculent l’archétype de la femme traditionnelle. L’aînée refuse de porter des jupes et prétexte, que dans un univers composé d’hommes, elle doit être à l’image d’une femme conquérante professionnellement. Elle refoule sa féminité. Devenue une sorte de mâle d’excellence qui étouffe au quotidien ses émotions, elle ignore qu’elle a transformé sa féminité en une arme de guerre. Qu’en est-il de Béatrice ? Alors que de lourds nuages pèsent sur la capitale, dans un bureau qui se situe dans le VIe arrondissement, crayon en main, les jambes croisées, elle relit un manuscrit. Elle travaille depuis l’année dernière dans une maison d’édition et prend à cœur ses responsabilités. Parfois, elle n’hésite pas à venir au bureau le week-end, car l’édition demande du temps et du silence, de la concentration et de la solitude.

Depuis Gutenberg, le livre a permis de diffuser des idées, et depuis qu’elle travaille dans l’édition, elle pense que les ouvrages d’art permettent aux amateurs de découvrir les chefs-d’œuvre de l’humanité. Les filles Monceau ont du caractère ! Leurs parents leur ont inculqué le sens de l’effort, de la concentration et de la prise de décision. Le jour où la dernière de leur fille décida devenir conceptrice-rédactrice, les parents Monceau ne comprirent pas ni le pourquoi ni le comment. Au départ, Isabelle et Boris ont eu le sentiment que leur fille transgressait les valeurs familiales. Déjà, l’un et l’autre n’avaient guère apprécié qu’Anna fasse carrière dans le secteur bancaire et, voilà que Cécile allait de venir conceptrice-rédactrice. Les jours où elle veut refaire le monde, elle met des jupes courtes et, à la différence d’Anna qui porte chaque jour des pantalons, Cécile prétend que travailler dans la publicité lui permet de vivre de ses passions. En somme, elles vivent leur vie et ne parviennent pas toujours à s’entendre. En revanche, la studieuse Béatrice décida, dès sa vingtième année, de vivre sa féminité de manière classique. Elle porte des jupes à la hauteur des genoux et prétend que cette longueur universelle permet d’allonger sa silhouette.

PREMIÈRE PARTIELA QUESTION DU FÉMINISME

I

Les femmes modernes

La modernité a sapé les valeurs familiales. Depuis les années 1970, beaucoup de jeunes femmes ont décidé de prendre leur destin en main, et certaines n’hésitent pas à remettre en question l’institution matrimoniale et patriarcale. Que se passe-t-il dans la famille Monceau ? Les parents se désolent du célibat de leurs filles. Chacune est autonome financièrement et a son logement propre. Leur père s’interroge et pense que chacune de ses filles veut vivre sa vie. Dans une chaise longue de sa maison de campagne, il profite des beaux jours de mai. En ces jours printaniers, ses filles font honneur au soleil, car chacune a mis des vêtements demi-saison. Dans son bureau, Anna Monceau ne peut profiter de l’éclat du ciel, puisque la jeune trentenaire, le nez rivé sur l’écran de son ordinateur, consulte les comptes bancaires de ses clients. Pour optimiser son image, chaque jour, elle dissimule son teint blanc par la magie du maquillage et ne cesse de penser que la beauté est le reflet de l’âme. Elle soigne au quotidien ses tenues vestimentaires, et en ce jour où elle porte une veste working, elle affectionne ses mocassins couleur camel.

Après son baccalauréat, Anna avait préparé un BTS commercial durant une année dans une école de commerce parisienne. Six mois plus tard, elle commençait un contrat de qualification et, à l’issue de sa formation, obtenait un certificat de compétence professionnelle de conseiller financier.

Dans sa vie professionnelle, elle est satisfaite et, au quotidien, ne ménage pas ses efforts. En revanche, dans sa vie personnelle, elle cherche désespérément l’homme de sa vie, car elle confond ses rêves et la réalité. Parfois, les week-ends, elle se réfugie dans la mélancolie ou passe ses soirées sur les sites de rencontres. En réalité, elle semble confondre le virtuel et le réel. Son dernier amour en date remonte à l’année dernière. Certes, elle était amoureuse ! Pourtant, elle l’a abandonné, car elle jugeait que Maxence n’avait pas d’envergure professionnelle. Au départ, elle était charmée par son physique et sa culture livresque. Au fil des mois, elle découvrit qu’il vivait d’emplois précaires et préférait passer ses heures libres à écrire des romans sempiternellement refusés par les maisons d’édition. Bref, elle versa encore des larmes, et le week-end suivant, pour oublier son chagrin, elle partagea son lit avec un parfait inconnu. Toutefois, Maxence n’oublia pas son mépris à son égard, et la croisant dans le quartier où elle exerce son activé professionnelle, il lui adressa quelques mots. Au fond, Maxence porte un regard ironique sur la gent féminine, car il pense que les femmes modernes sont victimes de leur ambition. Il ne suffit pas d’être fort, protecteur et courageux pour satisfaire la femme des temps modernes ; il faut être beau, stylé, fidèle comme un animal domestique, dynamique et ambitieux, bien membré, musclé, sensible comme un poète et accepter la rude loi de la concurrence des autres mâles qui mesurent leur performance à la hauteur de leur compte bancaire. En somme, Anna vit dans un univers virtuel et, chaque soir, sur les réseaux sociaux, vêtue d’un peignoir, stupéfaite, elle découvre qu’elle a un choix infini d’hommes qui ne demandent qu’à la séduire. En vérité, elle a l’illusion d’être une femme d’exception, mais elle ignore que, dans son studio parisien, les internautes qui lui envoient des courriers électroniques sont des hommes sans caractère confondant virtuel et réel. Pourtant, elle avait aimé le message électronique que Maxence lui avait envoyé. L’immense majorité des internautes qui tentent en vain de courtiser les femmes sur les réseaux sociaux sont, au sens propre du terme, des laissés-pour-compte du sexe et de l’amour. Ce soir-là, en buvant une tisane, elle avait découvert sur l’écran de son ordinateur un texte qui l’avait interrogée fortement. Elle avait relu plusieurs fois ce message qui lui avait procuré, dès la première lecture, une joie indicible : « L’exception est ma règle ! Que cherchez-vous ? Le plaisir ou l’excellence ? Peut-être les deux à la fois ? L’amour est primordial, et le mieux pour prévenir de la morosité ou de l’ennui, c’est de transformer le virtuel en réel. » Cet inconnu qui dissimulait son identité sous le pseudonyme d’un personnage romanesque d’Honoré de Balzac – le fameux Rastignac – visiblement, savait manier la langue de Voltaire. Savait-il faire vibrer sous la couette l’organe du plaisir féminin ? Entre l’usage du verbe et la sexualité, la vie n’est qu’une longue histoire de séduction. Selon les sexologues, il existe autant de clitoris que de femmes dans le monde. Le jour où elle l’avait rencontré, elle avait aimé son charme. Immédiatement, elle avait pensé à son père, car à la fin de ses études, il avait rédigé une thèse sur l’œuvre de Roger Nimier. Son paternel avait passé sa vie à enseigner la littérature et à rédiger des articles sur les écrivains de droite que lui commandaient certains rédacteurs en chef.

Ce jour-là, dans un café du XIIIe arrondissement parisien, par une journée d’été, Anna avait le sentiment que Maxence était la providence de sa vie. Les femmes prennent souvent leurs rêves pour la réalité. Quelques jours après leur rencontre, elle avait fini dans les bras de ce terrible séducteur. Néanmoins, elle avait vite découvert qu’il vivait précairement, ayant renoncé à vivre comme le commun des mortels, c’est-à-dire à travailler. Il s’adonnait à l’écriture et souhaitait faire carrière. Toutefois, les directeurs de collections des grandes maisons d’édition n’accordaient pas la moindre attention à ses manuscrits. Ainsi, à chaque fois qu’elle rencontre un prétendant, les illusions d’Anna se heurt à la réalité. Alors, les jours où elle déprime, elle s’enferme dans son studio, verse des larmes, ne consulte pas sa messagerie privée.

En cette journée de samedi où le soleil brille, c’est l’occasion de profiter des excellentes conditions météorologiques. À la terrasse d’un café du VIe arrondissement, deux célibattantes, les jambes croisées, parlent encore et encore de leur célibat. Aujourd’hui, Béatrice porte une jupe droite, l’alliée de toutes les silhouettes. Par exemple, elle déteste les mini-jupes et prétend qu’il faudrait réglementer les hauteurs des mini-jupes.

— Le célibat n’est pas une maladie ! affirme sereinement Anna.

— Nous avons la liberté de choisir, répond Béatrice.

— En quoi croyons-nous ? demande Anna, qui observe sa sœur.

— Toujours en nous ! reprend Béatrice sérieusement.

En d’autres termes, elles sont des célibattantes. Selon un magazine féminin, le mot « célibattante » se compose de deux mots : « célibataire » et « battante ». L’une et l’autre affichent la joie de vivre, profitent de leur liberté et, malgré tout, rêvent du prince charmant. Ainsi, Béatrice fait rêver les hommes, et sur les trottoirs parisiens, au sens propre comme au sens figuré, elle se fait aborder. Son dernier amour s’est soldé par un échec. Séduisant, le beau Antoine n’avait pas une situation à la hauteur de ses aspirations. Alors, les bourgeoises rêvent-elles comme partenaire sexuel d’un certain George Clooney ? Certes, il est riche, séduisant et charismatique. Selon Béatrice, il représente l’archétype de l’homme parfait. Dans l’imaginaire collectif, les femmes attendent d’un homme qu’il soit un héros des temps modernes. Bien que les féministes ne cessent de revendiquer l’égalité homme-femme, elles choisissent des partenaires qu’elles admirent. En somme, elles cherchent un homme qui se démarque des autres hommes. Au moment où Anna s’apprête à boire une gorgée de café, elle s’arrête un instant de parler, regarde sa sœur, et lui annonce qu’elle ne rencontrera jamais l’homme à la hauteur de ses rêves. Pourtant, à chaque pas qu’elle fait dans les rues parisiennes et sur les réseaux sociaux, elle croise des hommes. Cette féministe a lu Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir et prétend que la philosophe a compris la nature intrinsèque des femmes.

— Pas de mari ! lance-t-elle d’un ton lointain.

— Je veux un homme, répond Béatrice, qui rêve de sa vie future.

— Les années passent, dit Anna, qui s’inquiète.

— Croyons en notre destin ! reprend Béatrice sérieusement.

Cherchent-elles un homme à forte valeur ajoutée ? En réalité, le marketing a envahi notre société. Que ce soit dans le secteur de l’agroalimentaire, de l’automobile, le secteur bancaire ou du tourisme, dans un univers concurrentiel féroce, les sociétés cotées au CAC 40 cherchent des leviers de compétitivité afin d’optimiser leur image de marque et leur chiffre d’affaires. Qu’est-ce qu’un époux à forte valeur ajoutée ? Elles cherchent un mari supérieur à elles-mêmes, tant physiquement, socialement que financièrement. Elles se regardent, évitent de penser à leur vie future. À chaque fois, elles vivent des échecs d’ordre affectif et mettent ces échecs sur leur partenaire sexuel. Ainsi, la femme des temps modernes est devenue responsable de sa vie. Depuis que les femmes exercent une activité professionnelle, elles ne se rendent pas compte qu’elles n’ont plus besoin d’un homme pour vivre au sens littéral du terme.

— Parfois, je pense à Maxence, dit Anna, qui regarde sa sœur.

— Quoi Maxence ? demande Béatrice, qui ne comprend pas.

— Gentil, cultivé… reprend-elle sans finir sa phrase.

— Un rêveur désargenté ! lance Béatrice à brûle-pourpoint.

Certes, sa sœur l’affectionne. Toutefois, elle ne peut se contenter d’un écrivain qui ne parvient pas à se faire éditer. Il a le profil type de l’homme qui fait rêver les femmes. Beau gosse, cet éternel dilettante a compris que le succès se gagne à la sueur de son front. Les grandes carrières se font à l’abri des regards. Elles ignorent que Maxence est audacieux et qu’il a une forte résistance à l’échec. Quelques instants plus tard, elles règlent les cafés et décident de faire les boutiques. Enfin, elles se lèvent, parlent vêtements. Parfois, elles s’arrêtent devant un magasin, échangent quelques mots concernant une jupe ou un tailleur. Les femmes sont ancrées dans la réalité, et à la différence de leurs homologues masculins, elles sont plus vivantes, et par conséquent, reliées à la vie. Au moment où Béatrice regarde avec sa sœur une vitrine de magasin, elle ne peut s’empêcher de penser à une expression de Marx, le « fétichisme » de la marchandise.

— Que de choix ! dit-elle en prenant le bras de sa soeur.

— J’aime les grandes marques, répond Anna, qui observe Béatrice.

— La religion de la marchandise, répond-elle ironiquement.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demande-t-elle, surprise.

Parmi les gens qui passent sur le trottoir, elles s’arrêtent de temps à autre, regardent la devanture d’un magasin de maroquinerie ou continuent de marcher sans se soucier des excellentes conditions météorologiques de la journée. Une chose est sûre : Béatrice ne pense plus à l’expression de Karl Marx et se moque de la dimension quasi religieuse que représentent les grandes marques dans le monde moderne. Elle aime les livres et, dans le cadre de ses études, ressemble à ses parents. Aujourd’hui, elles veulent s’oublier, ne pas penser à leurs obligations professionnelles et à l’échec de leur vie amoureuse. Elles veulent se faire belles, car le propre de la femme, c’est de séduire la gent masculine. Dans un magasin de vêtements, Béatrice ne peut s’empêcher de regarder quelques robes. Parfois, elle fait la difficile et prétend qu’il n’y a pas de choix. Ainsi, elle cherche toujours la pièce rare, mais au moment où elle trouve un vêtement à son goût, elle dit ne pas avoir l’argent pour l’acheter. De toute évidence, elle cherche un vêtement ou un mari comme un collectionneur cherche une pièce rare.

Depuis l’année dernière, elle traîne dans des soirées organisées par un célèbre site de rencontres, dialogue avec plusieurs hommes célibataires. Une fois la soirée terminée, dans son studio, mécontente, elle prétend que les hommes se font rares. Alors, souffre-t-elle de ses limites propres ou d’un phénomène de société qui s’appelle l’individualisme. La trentaine, nettement esseulée, Béatrice et Anna cherchent un mari qui se situe en haut de la pyramide sociale. Dans la cabine d’essayage, Béatrice enfile une robe et, quelques minutes plus tard, se découvre devant le miroir.

— Je n’aime pas, dit-elle à la vendeuse.

— Pourtant, elle te va à merveille, précise sa soeur.

À proprement dit, elle ne voit pas la robe. Assurément, elle aurait voulu un physique à la Romy Schneider ou à la Grace Kelly, c’est-à-dire un visage qui lui aurait permis de rencontrer des hommes riches. Dans son journal intime, elle a écrit : « Le temps passe, et je n’ai pas trouvé l’élu de mon cœur. Chaque matin, j’ai envie de rattraper toutes ces années où la solitude m’accompagne au fil des semaines. Je veux vivre une complicité naturelle avec un homme que j’aime. Dans cette relation, je cherche une certaine fluidité, une complémentarité avec un être vrai et authentique. » Devant le miroir, elle ne répond pas à sa sœur, ne regarde pas la vendeuse. Son visage exprime une certaine colère, et dans la cabine d’essayage, elle retire le vêtement sans se soucier de la robe en question. L’amour serait-il devenu du marketing ? Chacun cherche sa valeur ajoutée, et Béatrice Monceau, au fond d’elle-même, s’en veut que la nature ne lui ait pas donné un visage qui fascine les hommes qui s’imposent socialement. Elle s’exprime comme une parfaite intellectuelle. En revanche, elle ignore que la publicité pervertit les riches et les pauvres. Quelques minutes plus tard, elles sortent du magasin, et Anna ne comprend pas le comportement de sa sœur. Elle ignore que quatrevingts pour cent des femmes regardent les vingt pour cent des hommes les plus riches. En somme, elles réclament l’égalité, mais paradoxalement, veulent des hommes ayant un statut social plus important que le leur. Elles peuvent chercher un homme sur internet, elles peuvent fréquenter les bars à la mode, elles ignorent que les hommes supérieurs sont harcelés par les femmes. Elles se quittent à deux pas du pont de l’Alma, et dans le brouhaha de la capitale, Anna ne peut s’empêcher de regarder sa sœur. Elles s’embrassent et échangent quelques mots sans importance. Quand elle se retrouve seule, Béatrice marche d’un pas moins décidé qu’à son habitude. Le regard projeté vers l’intérieur d’elle-même, elle semble ignorer la fameuse loi de Pareto, les 20/80. En quelque sorte, les femmes seraient des hypergamistes, et malgré les lois concernant le droit de vote, le droit de travailler, le droit à l’interruption volontaire de grossesse ou la liberté de faire des études, au plus profond d’elles-mêmes, elles cherchent un homme qui représente la meilleure option génétique et économique. Elle regarde sa montre et s’apprête à entrer dans le hall de l’immeuble où elle réside depuis l’année dernière.

II

La sologamie

Les personnalités ne sont pas unes et indéfinies ! Dans cette famille, les filles Monceau sont comme l’eau et le feu, car question caractère, elles sont à l’image du monde moderne, en perpétuel mouvement. Qu’en est-il de Cécile ? Au départ, elle se cherchait et, à proprement dit, ne trouvait pas sa voie. Le jour où elle annonça à ses parents qu’elle voulait faire une formation dans les métiers de la communication, son père ne put s’empêcher de rire. Durant sa formation, elle fit plusieurs stages dans des agences-conseil en communication. À partir du moment où elle fut diplômée, l’agence qui l’avait remarquée lors de son stage en entreprise n’hésita pas un instant à l’embaucher en qualité de conceptrice-rédactrice. À chaque client, elle cherchait un angle et en parlait fréquemment à son directeur de création. Généralement, Monsieur Urban faisait le lien entre le directeur de clientèle et les graphistes. Bref, Cécile aime écrire et trouver des idées qui sortent des sentiers battus. Qualités : rigueur, écoute, ouverture d’esprit et une forte capacité à se renouveler. Deux années plus tard, elle décida de changer d’entreprise et, sans plus attendre, se fit embaucher dans une agence située dans le XVIIe arrondissement parisien. Spécialisée dans la publicité, le marketing direct, l’édition d’entreprise, l’événementiel et les relations de presse, elle commença au fil des mois à travailler sur des dossiers de première importance. Lors de son vingt-neuvième anniversaire, elle décida de donner une nouvelle orientation à sa carrière, car elle voulait devenir maître de sa vie. Depuis ses premières missions, elle travaille en portage salarial. Ce statut lui permet de bénéficier d’une protection sociale complète et de ne pas avoir à supporter les frais d’un cabinet d’expertise comptable qui lui facturerait des honoraires.

Aujourd’hui, vêtue d’une mini-jupe blanche et d’un blouson en jean, elle ne se soucie guère de la saison. Au fur et à mesure que son client parle de sa société, elle prend des notes. Il s’appelle Monsieur Foch et, depuis plusieurs mois, il s’interroge concernant l’avenir de sa société. Le visage rectangulaire et les joues saillantes, il veut optimiser l’image de marque de celle-ci. Son chiffre d’affaires à sept chiffres ne lui fait pas tourner la tête. Cette société française existe depuis une soixantaine d’années. Il veut renouveler son positionnement sur le marché et avant de réaliser les travaux graphiques et web, il attend d’une consultante des idées qui bousculent le statu quo de sa société. Ses enfants ne cessent de lui répéter que l’image de marque de sa société est vieillissante, et ses fils lui présentent des publicités et des sites internet de sociétés concurrentes. Les bras croisés, il finit par dire le fond de sa pensée.

— Je suis dubitatif en matière de publicité, dit-il franchement.

— Pourquoi ? demande Cécile en l’interrogeant du regard.

— Je suis d’une autre époque, répond-il calmement.

— Justement, vous êtes réactif ! rétorque la jeune femme.

Devant son client, elle contrôle son émotivité et parvient à prendre des notes malgré l’objection. Elle le regarde, lui pose encore des questions d’usage, tandis qu’il répond évasivement. Visiblement, elle prend son courage à deux mains et transforme la réunion de travail en une réunion constructive. Au fil des minutes, Monsieur Foch parvient à se détendre et trouve le moyen de rire. Au moment où Monsieur Buffet entre dans la salle de réunion, il se lève et lui présente son responsable marketing. Il travaille dans la société depuis trois décennies et a de nombreuses responsabilités. Il s’exprime posément et parle des produits. À certains moments, elle pose des questions et, au fil des minutes, découvre les attentes de la société, puisqu’à plusieurs reprises, l’un et l’autre parlent d’un concurrent qui règne sans partage. Parfois, elle reformule les propos de son client et comprend les enjeux stratégiques de Monsieur Foch. En sortant de la société, elle donne une poignée de main chaleureuse à son client. Au volant de sa voiture, elle rejoint Paris et ne pense plus à Monsieur Foch.

Question personnalité, elle n’est pas une féministe et à la différence de ses sœurs, elle prétend que les féministes sont en train de tuer les mâles au sens propre du terme. Elle a aimé le livre d’Eugénie Bastié, Adieu mademoiselle, et a compris que la jeune journaliste du Figaro secoue les paradigmes de sa génération. Contrairement à ses sœurs, elle pense que la famille est porteuse de valeurs et rejette la vision du couple des temps modernes qui finit, un jour ou l’autre par divorcer. À ses yeux, la famille représente un partenariat dans lequel un homme et une femme vont dans la même direction, se soutiennent les jours où les difficultés menacent l’un ou l’autre, dialoguent au quotidien, s’aiment et transmettent la vie. En fin de matinée, elle entre dans son studio, retire son blouson, boit une gorgée d’eau, consulte sa messagerie et, au fil des courriers électroniques, souffle de lassitude. Depuis trois semaines environ, l’un de ses clients lui demande pour la énième fois de modifier chacun des paragraphes qu’elle a écrits. Elle se lève de la chaise, proteste en elle-même, ne parvient pas à se calmer. Ce consultant spécialisé en recrutement, en formation commerciale, en management et en efficacité professionnelle ne se rend pas compte, à l’évidence, qu’elle donne le meilleur d’elle-même. Il souhaite que sa future plaquette lui permette, lors de ses rendez-vous professionnels, d’optimiser ses compétences. Dans son éditorial, elle a écrit : « Dans une époque de challenges, rester performant, motiver sa force de vente nous oblige à cultiver notre différence. Leader en notre domaine, chacune de nos formations répond à notre devise : agir ensemble pour contribuer aux ambitions de demain. Nous sommes des consultants chevronnés et, depuis une décennie, nous accompagnons les PMI qui souhaitent développer leur chiffre d’affaires. » Elle referme sa messagerie électronique, pense à son client, Monsieur Gauvain. Cet homme originaire de Pau a de grandes exigences, et lui-même ne ménage pas ses efforts. Ainsi, il travaille les dimanches et, lors de leur entretien téléphonique, il a exigé un style qui s’apparente au marketing direct. Lasse de sa matinée, elle oublie son client, se prépare à déjeuner et évite de penser à cet après-midi. Son espace de vie est à l’image de sa vie amoureuse. Ses vingt-huit mètres carrés lui font ressentir les limites de sa propre vie. Depuis qu’elle ne partage plus sa vie avec un certain Jérôme, la solitude l’effraie, mais elle se refuse à changer sporadiquement d’homme. Elle n’a pas dressé un cahier des charges et, à la différence de ses sœurs, ne cherche pas un homme d’exception. Objectivement, la femme des temps modernes n’a plus besoin de la gent masculine, car elle s’assume professionnellement. Elle refuse de porter des pantalons qui sont à ses yeux synonymes de pouvoir. Contrairement à ses sœurs, elle pense que les hommes et les femmes qui s’inscrivent sur les sites de rencontres cherchent à oublier leur amour précédent. Un jour, elle a lancé à ses sœurs une formule qui lui a glacé le cœur : la fameuse théorie de l’homme interchangeable. Qu’est-ce qu’un homme interchangeable ? À une époque où internet a bousculé les notions traditionnelles des rapports homme et femme, sur les sites de rencontres, les femmes font leurs emplettes. Chaque homme devient un produit et selon Cécile, le marketing amoureux sur internet a dénaturé les relations humaines. Parfois, elle dit en riant : « Je doute, donc je suis. » Bref, elle ne se prend pas au sérieux et pense que la publicité n’est qu’une tromperie universelle.

En milieu d’après-midi, elle s’entretient au téléphone avec un prospect qui lui demande un rendez-vous professionnel. Spécialisé dans la sécurité routière, il désire un éditorial qui présenterait sa société et souhaite aussi des fiches produits. Elle lui demande des précisions et voudrait en savoir plus afin de ne pas se tromper con cernant la tarification. Elle lui demande également un cahier des charges, car elle ne s’engage pas à la légère. Au moment où elle note sur son agenda le lieu et l’heure du rendez-vous, elle exprime sur son visage une certaine hilarité. Depuis qu’elle s’est inscrite sur un annuaire relatif aux métiers de la communication, ce site dépasse ses attentes en matière professionnelle. Depuis quelques semaines, elle est régulièrement contactée par des annonceurs.

Devant le miroir, vers dix-huit heures, elle se met du rouge à lèvres, change de jupe. Finalement, elle sort du studio. Une fois dehors, elle marche sans regarder le ciel. Depuis plusieurs années, elle entretient son réseau. Au moment où elle arrive devant le café, elle voit Aline qui attend sa venue. Âgée de vingt-huit ans, son amie a choisi l’année dernière de vivre sa vie, et au comble des convenances, contre toute attente, elle a fait le choix de s’épouser elle-même. Qu’est-ce que la sologamie ? Selon Cécile, qui s’amuse à décrypter la société, les sologames sont des narcissiques incapables de s’investir amoureusement. Pourtant, elle a aimé Romain et n’a pas supporté leur rupture.

— Je sors de chez mon psychiatre, annonce-t-elle simplement.

— Confesse-toi ! répond-elle en riant.

— Je suis une névrosée qui s’assume, reprend-elle sérieusement.

Devant Cécile, elle s’exprime en toute liberté. Parfois, elle se déplace en trottinette et, d’après Cécile, joue à l’adolescente. Elle prétend que les Gémeaux sont des personnes aussi intenses que ravissantes. Le jour où elle rencontrera un homme qui la séduira, divorcera-t-elle ? La sologamie n’est que la conséquence de l’individualisme. Depuis l’année dernière, elle prétend que les partenaires sexuels qu’elle a connus n’étaient que des goujats. À une époque, elle changeait d’amant comme de jupe. Elle traînait dans les bars à la mode, cherchait du regard les hommes, et ces mêmes hommes profitaient de cette jolie femme qui n’avait que faire de la morale. Ses parents vivent en province, et le jour où ils apprirent qu’elle souhaitait se marier à elle-même, ils eurent le sentiment que le ciel venait de leur tomber sur la tête. Un midi, elle n’a pas supporté qu’un homme l’invite à déjeuner dans une sandwicherie, considérant qu’un sandwich était une insulte à sa féminité. Bref, elle veut être l’actrice de sa vie. En qualité de femme sologame, elle boit uniquement de l’eau minérale et se refuse à fumer. Depuis plusieurs années, elle prétend que les femmes se masculinisent.

— Je suis dépassée, dit-elle franchement.

— Moi, je décrypte les codes, répond Cécile, qui l’observe.

— Normal, tu es dans la publicité, reprend-elle du même ton.

— C’est mon gagne-pain, lance-t-elle à la va-vite.

— Je t’envie, affirme-t-elle sans arrière-pensée.

Depuis qu’elle exerce sa profession, elle n’a cessé de voir le meilleur et le pire, car certains clients sont angoissés. Les annonceurs ne savent pas ce qu’ils veulent. Lors des entretiens professionnels, elle s’appuie sur sa solide