Libère-moi de mes démons - Tome 1 - Aline Cooper - E-Book

Libère-moi de mes démons - Tome 1 E-Book

Aline Cooper

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Beschreibung

Alice souffre depuis toujours. Une rencontre inattendue lui donne l’espoir de se reconstruire… mais cet espoir pourrait bien se transformer en doute.

Alice. C’est ainsi que ma mère a décidé de m’appeler, pensant que ma vie serait comme celle d’une princesse. Mais ma réalité ressemble davantage à un cauchemar sans fin. Je suis une jeune fille brisée, piégée dans une vie marquée par la violence et la peur. La mort rôde, et la paix me semble hors de portée. Les coups pleuvent, la terreur m’envahit, et chaque jour qui passe efface un peu plus mon âme. Mais une rencontre inattendue bouleverse tout. Cet homme n’était pas prêt à me sortir du gouffre dans lequel je m’enfonçais, et pourtant, malgré mes tentatives pour le repousser, il s’accroche, cherchant à pénétrer mon cœur ravagé par le désespoir. Qui est cet homme ? Parviendra-t-il à sauver Alice, ou la laissera-t-il sombrer davantage ? Découvrez le premier tome d’une saga de romance sombre et bouleversante.

EXTRAIT

Comment peut-on aimer et haïr au même moment ? Ce portail du lycée représente à la fois ma liberté et mon enfermement. Mes journées se résument à scruter l’obscurité, cette même obscurité qui m’entoure depuis l’enfance. Ma vie est vide, froide et effrayante… Je suis là, incapable de franchir le seuil de ma maison, paralysée par ce que je sais être inévitable. La porte s’ouvre brusquement. Mon cœur s’emballe. Je LE vois, imposant, dans l’encadrement de la porte, sa force physique et son regard dominateur me figent sur place. Je sais ce qu’il attend de moi, mais je refuse de le satisfaire. Chaque pas que je fais en sa direction est une torture, chaque espace réduit entre nous me prive un peu plus de liberté…

À PROPOS DE L'AUTEURE

Aline Cooper est étudiante en psychologie et passionnée par la lecture et l’écriture depuis l’adolescence. Elle explore des thèmes profonds et poignants à travers ses écrits, cherchant à comprendre plutôt qu’à juger. Aline écrit pour libérer son âme et exprimer ses émotions, et c’est grâce à cette passion qu’elle se sent vivante. Pour elle, l’écriture est bien plus qu’un passe-temps : c’est une nécessité.

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Seitenzahl: 264

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Libère-moi de mes démons

Tome un

Aline Cooper

 

Romance

Editions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Val

 

 

 

Chapitre un

 

Inspirer. Expirer. Bloquer.

C'est comme si le monde s'écroule sur moi et je ne crois pas si bien dire. Je sens une sueur froide dégouliner le long de mon dos. J'ai tout débranché, je n'entends rien, je ne vois rien, je ne respire pas, je ne sais même plus comment faire. J'ai le sentiment d'être enterrée vivante, avec l'odeur de la chair brûlée qui m'étouffe et qui me fait perdre pied. C'est un sentiment dévastateur. Se sentir mourir, lentement, très lentement, ne plus sentir l'air s’infiltrer dans ses poumons, ressentir le manque, le besoin d'oxygène, garder espoir jusqu'au dernier instant... Je suis dans le noir complet, c'est comme un bourdonnement, je distingue le monde tourner autour de moi et la mort approcher, je laisse une effroyable torpeur m'envahir et mon esprit sombrer dans le néant...

~

Tout est flou, des milliers de visages m'observent, je dois être un drôle d'animal, je ne sais plus où je suis, ni qui je suis. Pourtant mon esprit reste bloqué sur une pensée : la mort. C'est comme si même en perdant mon identité, mon inconscient garde les séquelles de mon dernier vestige. Suis-je au paradis ?

Une chose attire mon attention, j'ai un objet dans la main, un téléphone. Comme par enchantement, tout devient clair, je ne suis pas au paradis, loin de là, je suis dans le début de la fin, le début de la mort, le début de mon enfer !

— Mademoiselle, vous allez bien ?

En regardant cet inconnu, une envie subite de me réfugier dans ses bras me serre la poitrine et pourtant, je reste immobile, l'observant avec certainement un air ahuri et ne sais quoi lui répondre. Comment puis-je bien aller ? J'ai tout perdu, je suis seule et abandonnée. C'est en voyant partir plusieurs personnes ayant perdues patience que je remarque qu'un troupeau d'humains s'était formé autour de moi, à coup sûr ils étaient venus pour observer la bête de foire, pour observer la folle que je dois laisser paraître, pour en rire, pour juger, pour combler le manque de leurs pathétiques vies.

Cet homme insiste en me posant la même question, tout en m'aidant à me relever, jusque-là je n'avais pas remarqué que j'étais allongée, recroquevillée sur moi-même, en pleine ville, sur un trottoir. Une fois les pieds bien ancrés au sol, je dégage rageusement mon bras de son emprise puis je pars en courant vers une ruelle. Je cours sans destination précise, je pleure sans pouvoir m'arrêter, je trébuche sans pouvoir me relever. Assise, le dos contre une porte d'un vieil appartement, je réponds au numéro qui me harcèle depuis, il me semble, une éternité. Malheureusement je sais parfaitement qui se trouve derrière ce numéro inconnu et ce qu'il allait me dire, mon souhait le plus fort est que tout ceci soit faux, un mythe, un cauchemar. Je ne veux pas les entendre, je ne veux pas lui parler mais j'ai l'obligation de répondre, je lui dois.

— Oui ? soufflais-je d'une toute petite voix.

— Mademoiselle Porter ?

— C'est moi.

— Je suis officier de police, monsieur Scott. Je ne sais pas si vous avez pu entendre ce que je vous ai annoncé tout à l'heure. Cet appel concerne ... hum... votre mère... est... euh... a été poignardée dans sa chambre. Votre beau-père vous attend à l'hôpital. Vous devriez le rejoindre. Une voiture de police vient vous chercher, où êtes-vous ?

Les larmes roulant le long de mes joues, je reste incapable de prononcer un seul mot. Pendant un quart de seconde mes pensées dérivent vers l'espoir, l'espoir que ce Scott se soit trompé de numéro. Mais chaque seconde qui suit creuse un énorme vide sous ma propre existence, sous ce monde cruel et difforme. Je ne peux parler, je ne peux aller à ce stupide hôpital que je connais trop bien, cela rendrait ma misérable vie et cette perte, réelle et je ne peux le supporter.

J'agis donc sans conscience, simplement par automatisme et raccroche pour mieux m'effondrer sur le sol, les souvenirs défilants devant mes yeux.

~

— Maman, pourquoi papa ne revient pas ?

— Ma chérie, ton papa était très fatigué, il s'est endormi profondément puis il s'est envolé avec les petits oiseaux, vers le ciel.

— Mais je veux qu'il revienne moi, les oiseaux auraient dû le laisser ici, je l'aurai aidé, je l'aurai laissé se reposer. Je lui aurai lu une histoire avant qu'il dorme et je l'aurai bordé, comme il le fait avec moi.

— Mon cœur, il ne pouvait pas accepter ton aide, tu es petite, mais lui il était grand et savait ce qu'il faisait. Mais regarde le ciel, tu as vu le soleil ? cela veut dire qu'il est heureux de nous voir vivre, il veille sur nous.

— Mais quand il pleut c'est qu'il est malheureux ?

— Ma biche, quand il pleut c'est quand les autres papas sont tristes, mais le tien est toujours heureux, tu te rappelles quand il te disait : « ma belle, souviens-toi que tu dois toujours sourire à la vie car elle ne le fera pas à ta place », dis-toi qu'il sera toujours avec toi, dans ton cœur, mais aussi à côté de toi, si tu te concentres bien, tu sentiras toujours sa présence.

— Je sais maman, mais je ne le reverrais plus, il me manque déjà.

— Mon ange, un jour tu le reverras, mais dans longtemps, quand toi aussi tu auras eu tes enfants. Tiens, c'est un collier que ton papa m'avait offert un jour en me soufflant « quand la vie nous donnera la chance d'avoir un enfant, tu lui donneras ce bijou qui signifiera l'amour que nous lui porterons tous les deux. ». Eh bien je pense que le temps est venu que tu le portes à ton tour.

— Merci maman, mais promets-moi de ne pas t'endormir toi aussi.

— Je te le promets, je serai toujours éveillée pour te protéger mon cœur.

~

A cette époque j'avais six ans, il y a huit ans de cela, j'avais cru comprendre ce qu'elle m'avait dit, mais je sais maintenant que ce n'était pas le cas, elle sera toujours là dans mon cœur, son âme avec moi, mais sa présence physique ne sera plus là et je ne suis pas prête à l'accepter. Pourtant je l'ai vu sombrer, j'ai vu sa tristesse l'envahir et cela à cause de cette ordure, son mari. Elle s'est remariée avec lui quatre ans après, au début il la rendait heureuse puis j'ai vu son sourire s'effacer de jour en jour, mais elle ne voulait pas le quitter, pourquoi ? L'argent bien entendu ! Ou les menaces...

C'était horrible, je l'entendais pleurer le soir, parfois j'entendais des cris. Chaque matin, après chaque soir de cris, je voyais les marques qu'elle portait, les hématomes, les coupures, les brûlures... J'ai toujours su qu'elle n'était pas aussi maladroite qu'elle me le faisait croire. Elle essayait toujours d'être de bonne humeur avec moi. Comment le faisait-elle ? Sa vie était de loin ce qu'elle espérait mais avec moi elle ne laissait pas transparaître sa douleur. Sauf une fois, je me rappelle que je jouais avec mon demi-frère quand plusieurs hurlements se sont fais entendre, Tim pleurait et moi j'essayais de le réconforter du mieux que je le pouvais mais il m'a posé une question. La question qui a consolidé mes doutes. Il m'a dit et je m'en rappelle mot pour mot. « Qu’est-ce qu'il se passe ? pourquoi hurlent-ils tout le temps ? ils jouent tu crois ? mais moi j'ai peur »

Il était courageux. Il avait dit tout en haut ce que je n'osais demander. C'est à ce moment précis que je les ai vus. Je suis sortie de ma chambre, marchant sur la pointe des pieds pour ne pas me faire entendre et en arrivant devant les escaliers, mon visage a blêmi. Maman hurlait. Je crois qu'elle lui disait d'arrêter quand IL lui a pris sa gorge d'une main puis elle devenue rouge peu longtemps après. Je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas si c'était grave. J'étais comme paralysée, je me répétais en boucle dans ma tête « que faire ? que faire ? aidez-la ». Alors je me suis mise en boule sur les marches et je tanguais au rythme de leurs cris et des bruits des coups donnés. Mais elle m'a vue, elle a ouvert ses yeux ronds comme ceux des chats et a chuchoté mon prénom, faiblement mais assez fortement pour que je l'entende. Et c'est ce soir-là que j'ai eu la plus grosse peur de ma vie, c'est quand il s'est retourné et m'a fusillée du regard que j'ai eu de la peine pour maman. Mais il est parti dans sa cave, passant par la porte en pierre noire. Et il l'a fermée à clé. Je pourrais entendre ce bruit toute ma vie. Il m'a longtemps hanté et il me hante encore. Je faisais des cauchemars où il entrait dans ma chambre, la déverrouillant en faisant ce même bruit. Ma mère était faible, j'ai dû l'aider à s'allonger dans mon lit. Je me souviens lui avoir mis un gant d'eau fraîche sur son front. Puis je l'ai recouverte à l'aide de ma couverture et je lui chantais une comptine inversant ainsi nos rôles. Pendant une semaine je lui donnais à manger dans mon lit, et je l'aidais à s'habiller. Finalement je pense que cette heure devait être sa mort, mais je l'ai peut-être sauvée non ? A quoi bon. J'ai seulement reculé sa mort. En aucun cas je l'ai sauvée... Un bruit me fit ouvrir les yeux et sortir de mes pensées. C'était seulement un chat fouillant dans une poubelle. Il fait nuit, j'ai froid, je sanglote, la main sur mon collier en forme d’ange, je frissonne sous la neige. Une peur idiote me prend aux tripes. Est-ce que ma mère a- elle aussi froid ? Est-ce que ces flocons sont censés être un message ? Est-elle en colère ? Triste ou heureuse ? A-t-elle rejoint mon père ? C'est avec ces questions sans réponse, réponse que je n'aurai probablement jamais que je décide de prendre un taxi pour me diriger vers l'hôpital, vers l'enfer qui m'était destiné.

 

Chapitre deux

 

C'est le moment. Le moment d'être forte, le moment de me diriger vers mon pire cauchemar, le moment de rejoindre la pire des ordures, le moment d'accepter le fait d'être orpheline. Je me souviens qu'au décès de mon père, les personnes parlaient tout bas en me fixant, elles parlaient derrière mon dos. Quelles étaient leurs paroles ? Leurs messes basses ? Tout simplement que j'étais orpheline de père. A l'époque je ne comprenais pas bien ce terme, pour moi la douleur était affreuse, le manque s'installait plus vite que lorsqu'il partait voir un match de foot et qu'il s'absentait une soirée. Parce qu'à la minute où l'on vous dit que vous ne verrez plus jamais votre papa, vous comprenez, vous comprenez que vous ne verrez plus jamais ses sourires, vous ne pourrez plus jamais le voir, il ne vous réconfortera plus jamais, mais ce n'est pas seulement ça. Ce qu'il va vous manquer, c'est lui, c'est sa présence, son odeur, son parfum... C'est savoir qu'il ne rentrera plus jamais. C'est le mot JAMAIS qui fait peur, qui créé des insomnies, des doutes. Ce mot nous paraît impossible. Pour la communauté d'humains, ce mot est en quelque sorte dénué de sens. Jamais veut-il vraiment dire jamais ?

Le vide que l'on ressent lors d'une perte n'est pas une métaphore. Lorsque nous avons l'habitude d'avoir de l'aide, du soutien, de la tendresse d'une personne, c'est un vide immense que nous ressentons. Nous sentons le déchirement de sa mort, nous ressentons tout ce que cette personne nous apportait, se briser, effritant notre cœur, laissant le sang couler après son passage et avec cette hémorragie qui ne peut s'arrêter, nous suffoquons et respirons avec un obstacle permanent. Le manque d'air est présent et notre cœur bat moins fort car il doit se battre contre un douloureux vide, un fossé créé, une cascade d'émotions néfastes. Ainsi le deuxième parent devient mère et père, et devient donc le seul pilier capable de mettre un pansement sur cette douleur, de faire revenir le soleil à la cascade...

Mais quand nous perdons notre deuxième parent, quand nous savons que personne ne remplacera leur rôle, que cette fois-ci c'est fini, que l'orage restera éternel : la douleur n'est pas seulement irrespirable, elle est mortelle, elle est ingérable, impossible à définir tant elle semble affreusement douloureuse. Comment vivre avec ce type de douleur à vie ? Comment ne pas vouloir la supprimer en se supprimant soi-même ? Comment ne pas s'étouffer au point de perdre la tête, de devenir quelqu'un d'autre ? Cette douleur est pire que toutes les blessures physiques. Il n'y a pas pire que se sentir déchirée de l'intérieur, se sentir dévastée, sentir que le monde s'écroule, sentir cette angoisse, cette haine, cette tristesse, cette douleur monter en nous, sentir que toutes ces choses creusent leur tombe au plus profond de nous, sentir que toutes ces émotions ne partiront jamais, sentir la solitude et la détresse nous envahir... C'est donc à ce moment précis que j'ai compris ce que signifiait le mot orphelin et pourtant, ce mot n'est pas assez fort et puissant pour décrire ce que je vis, je ne peux en mettre aucun sur cette absence qui me crève le cœur, sur cette plaie dont aucun traitement n'est possible. Et le pire ? C'est savoir qu'ils m'ont été arrachés. Comment peut-on lacérer les parents à un enfant ? Et surtout, pourquoi ?

En arrivant à l'hôpital, IL m'oblige à regarder ma mère morte… Sa main visqueuse se pose sur mon épaule, feignant d'être un père compréhensif, ce geste a le don de me donner des frissons, ce geste si hypocrite et cruel me terrifie. Je frissonne non seulement de peur mais aussi de rage et de désarroi. Ses lèvres s'approchent de mon oreille pour cracher son venin. Visuellement ce geste montre un beau-père compréhensif, un beau-père aimant qui rassure sa fille. Or, la vérité en est très, très éloignée :

— Regarde là, regarde ce que tu lui as fait, tout est ta faute ! elle est morte par TA faute !

Je vais m'effondrer, comment peut-IL faire preuve d'une telle cruauté ? Je sais qu'IL me déteste, mais ses paroles me prouvent que mon enfer allait être pire que ce que je croyais. NON je ne l'ai pas tuée. Je ne l'ai pas tuée. C'est TOI ! TOI ! TOI ! Comment exprimer une telle rage ? Je n'arrive pas à me concentrer sur une seule émotion, tant elles sont trop fortes et trop sanguinolentes. Je suis énervée. Non. Ce n'est pas le bon terme, je suis enragée, je ne crois pas que l'on puisse me comprendre. J'ai la rage contre celui qui m'a rendue orpheline, contre celui qui a torturé ma mère, la seule personne que j'avais, la seule qui m'aimait. J'ai la rage parce que je l'ai perdue mais aussi parce que maintenant je ne vais plus recevoir d'amour par quiconque. Mais je suis aussi triste, triste à un point inimaginable. Au point d'oublier comment respirer, comment arrêter de pleurer. Je suis dévastée comme je ne l'ai jamais été. Je suis désespérée. Comment vais-je vivre ? Seule ? Comment faire ? Je suis aussi terrifiée. Quel sera mon avenir ? Vais-je survivre ? Si oui, pendant combien de temps ?

Arrivés chez nous, IL me pousse en traversant la porte et me frappe la joue de plein fouet. Son regard me transperce le corps entier, droit dans les yeux, IL m'empoigne les cheveux et me traîne dans la chambre de ma mère. Je sens chaque virage comme un ouragan. IL marche à des allures de géants, non en réalité IL marche et je coure.

Le dos cambré, je suis tortillée dans la posture qu'IL m'impose, ma tête saigne, mes pieds se bousculent les uns aux autres... IL va si vite que je tombe à chaque pas que j'effectue, je patine, le sol me brûle le dos, IL me traîne si vite qu'au moment où je réussis à me relever, mes pieds me font trébucher, je m'étale au sol, mais ce n'est pas cela qui l'arrête. Je peux apercevoir son ombre sur le sol, son ombre qui domine la mienne, c'est l'image même de l'enfer. Deux ombres se battent, l’une est petite, ses pieds dansent, ses jambes se secouent, entremêlées les unes aux autres, son dos pointe quelque chose, il se courbe, ses bras miment le papillon pour échapper à la deuxième ombre. Les mains de la terrifiante ombre sont le guide, elles s'agrippent à sa tête, qui se retrouve bloquée dans un étau, une poigne de main la serre fermement. Cette ombre cache la petite, la domine, la surplombe hautainement. Ses jambes sont fines et longues. Elles sprintent comme un coureur de marathon, son dos épais est droit comme un I, cela donne l'impression que ses jambes ne sont pas connectées au dos, ce dernier ne paraît pas fatigué, un bras étant à sa gauche, il rabaisse la petite personne et son deuxième, le droit, dirige la course, son équilibre vient de celui-ci qui épouse le moindre de ses mouvements. Il joue au tennis, en bougeant son bras de haut en bas, de droite à gauche, en fonction du côté des virages dans lesquelles il mène le combat.

IL me dirige vers son lieu fatidique, comme si sa vie en dépendait et qu'il fallait se dépêcher. Ce parcours m'anéantit complètement, passant par les escaliers principaux, ces escaliers à quarts tournants en fer, sans sécurités. Passant aussi par ce couloir sombre, lâchant de sa voix calme et posée, ce qui est bien plus angoissant qu'un hurlement :

— N'imagine même pas une seconde que tu iras à son enterrement ! je vais y aller Seul, étant donné que je n'ai jamais pu avoir ton soutient. Mais cette fois-ci tu vas m'aider, tu vas aller dans la chambre de ta mère morte, tu vas tout nettoyer, tout ranger pour que je puisse m'y reposer tranquillement. Tu ne pourras pas sortir d'ici sans me le demander, maintenant commence et ne traîne pas ! moi je vais m'occuper des papiers, après j'irai à la banque pour récupérer son argent !

Quoi ? Nettoyer la chambre dans laquelle elle est décédée ?

Cette ordure fait bien attention de prononcer chaque mot, insistant sur chaque syllabe. Pourquoi ? Pour me faire comprendre que j'ai raison. Mon enfer commence maintenant...

— Oh tu croyais que tu allais toucher son héritage ? ah qu'est-ce que tu as cru ? tu n'auras rien ! compris ? tu es si naïve ma pauvre…

A la fin de sa phrase si constructive, sa folie le pousse à me donner un coup de poing dans le dos ce qui me propulse vers sa chambre, son ombre disparaissant à travers la noirceur de la maison.

Je me retrouve donc ici, devant la porte fermée n'osant pas l'ouvrir par peur de découvrir ce qu'il se trouve à l'intérieur. Que faire ? Est-ce qu'il s'en rendra compte si je vais dans ma chambre sans rien faire ? Sûrement oui... Et ce sera bien pire. Je dois simplement respirer intensément et tout se passera bien.

Je reste au moins deux minutes devant cette porte, les larmes dégoulinantes, le corps bien droit, la main tremblante sur la poignée et le reste ne bougeant pas.

Comme si le monde s'était arrêté de tourner. Une éternité passe avant que je daigne ouvrir. Le silence recouvrait toute la maison. Le silence devient flippant, il me gèle le sang, il émet seulement les battements de mon cœur. Boum boum. Boum boum. Boum boum.

Dans les films quand l'actrice reste longtemps devant une porte puis qu'elle l'ouvre en grand avec curiosité, une grande lumière l'éblouit et elle trouve un trésor à l'intérieur, une pièce lumineuse, avec un parfum à l'eau de rose l'embaumant...

Je m'imaginais une pièce comme celle-ci, mais c’est l'odeur qui me fait revenir à la réalité. La pièce lumineuse s'assombrit jusqu'à ce qu'elle se transforme en une chambre d'horreur. Comment notre esprit fonctionne ? Comment pouvons-nous passer de la beauté à la laideur en regardant la même pièce ? Comment pouvons-nous passer du paradis à l'enfer en ne bougeant pas d'un millimètre ?

Car c'est exactement ce qu'il se produit à ce moment même. La lumière devient noire. Ce que j'imaginais être une fenêtre ouverte donnant sur un champ rempli de chevaux se transforme en une fenêtre, sans carreaux, avec une lumière naturelle de faible intensité faisant ainsi ressortir le rouge, le sang, la terreur, la mort.

Le lit possédant une majestueuse couverture qui à première vue était de la soie, me fait cligner des yeux. Après que mes paupières s’ouvrent de nouveau, je tombe. Je tombe au sol tant la douleur est terriblement affligeante. Le lit est démoli, seul le matelas poussiéreux, moisi et troué comportant une couverture pour chien est visible. Le parquet gris, soigneux et brillant que je m'étais représenté dans mon imaginaire est en réalité un parquet... Marron ? Noir ? Ou gris ? Il m'est impossible de le deviner tant le sang qui le recouvre cache son état d’origine. Le pire n'est pas la vue qui s'impose en face de moi, non, le pire c'est l'odeur, le parfum frais et fleuri de ma maman parfumait autrefois la maison, maintenant la seule odeur reconnaissable est comparable à un effluve de sang rouillé, de cadavre, de décomposition, de mort... Je respire l'odeur de la mort. Le simple fait de me dire que c'est l'odeur de ma mère. C'est l'odeur de son cadavre que j'inspire et expire me donne envie de vomir tout mon dégoût. Je ne me souviens même plus de son parfum, cette fragrance infecte qui me prend à la gorge m'arrache tout ce à quoi je tiens le plus. L'odeur d'une maman, de la douceur de sa peau, de sa senteur si tendre, si réconfortante, si apaisante, si douce.

Comment nettoyer cela ? C'est impossible. C'est horrible. Je ne peux pas. Je dois d'abord enlever le sang. Celui de ma mère... Le sang de ma mère. Il y en a tellement. Elle a certainement dû se vider de son sang. Elle a dû souffrir le martyre. Je n'ose imaginer ses dernières pensées. Elles devaient être empreintes de profonds tourments et d'impuissance... ne sachant quoi faire, je reste à même le sol, tachant mes vêtements du sang et de la terre. Mes genoux enroulés de mes bras, mes yeux balayent la pièce, calmant les battements de mon cœur. Je rentre dans une bulle mettant ainsi de côté mes sentiments haineux. Par où commencer ? J'ai envie de hurler à l’agonie. Tout mon être entier se débat contre moi-même, contre mon corps qui me force à faire ce qu’IL m’oblige à faire. Je ne veux pas mais je n'ai le choix. Alors je me lève, prends la serpillière et nettoie le sol. Accroupie, j'essore le maximum de sang que mes forces peuvent supporter, le maximum de quantité que ma serpillière peut éponger, le maximum de litre que ma bassine peut contenir, la vider puis recommencer, recommencer et encore recommencer jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'épaisseur. Mes larmes se mélangent avec ce sang, me brouillant la vue. Chaque mouvement me remplit la bouche de vomi. À chaque geste que j’effectue, à chaque moment que je touche le sang, cela fait remonter l'odeur de chair brûlée à la surface. Mais je continue, je prends un torchon pour enlever ce qui reste comme saleté. Je prends une nouvelle bassine, je la remplis d'eau chaude ainsi que du produit pour sol, la serpillière en main, je nettoie le parquet. Je frotte, je frotte, je frotte encore plus fort. Le sang s'est incrusté dans les jointures du vieux parquet délabré. Je reprends donc de l'eau savonneuse et frotte avec toutes mes forces, à genoux, les écorchant, éponge en main, je frotte, frotte, frotte, et m'épuise. Mes muscles se crispent au moindre mouvement tant j'ai mal et tant j'ai peur. À chaque craquement de bois, je me retourne en sursaut craignant qu'IL soit derrière moi. Je l'imagine m'observer, dans mon dos, un couteau à la main, me surplombant. Je l'imagine rire se moquant de moi comme il en a l'habitude. Je l'imagine attendre que ma tâche soit accomplie pour m'achever très lentement, me torturant ainsi davantage.

Une sueur froide coule le long de ma colonne vertébrale, des frissons me parcourent la nuque, le dos, les jambes, mon corps entier. Des crampes au bassin et dans les hanches me bloquent tout mouvement éreintant. Je suis à bout, autant physiquement que mentalement. J'ai peur de tourner le dos à la porte. Je me retourne alors sans cesse pour vérifier qu'il ne soit pas là. Je suis beaucoup trop nerveuse pour réussir mon travail en une étape, ce qui me fait effectuer plusieurs fois le même geste. La porte claque ce qui me vaut un sursaut, m'ouvrant par la même occasion le coude et le mollet. Ce n'est pas la porte de la chambre qui s'est ouverte, ce n'est pas LUI qui est dans la même pièce que moi, c'est seulement la fenêtre que j'avais ouverte pour faire évacuer l'odeur néfaste, qui a cognée contre le mur ayant pour cause la puissance du vent. Je crois que toutes tensions quittent mon corps, me faisant pleurer sans pouvoir m'arrêter. Je suis une loque. Une loque dévastée. Je deviens folle, je n'ai personne pour m'aider. Je me sens tellement seule. Je déteste vivre cette situation. Je déteste ma vie. Je me déteste et je LE déteste mille fois plus que quiconque.

Les larmes dévalent sur mon visage, tombent et se mêlent aux traces de sang inondant le parquet. Je n'ai qu'un mot à dire pour résumer la situation amère que je vis : détresse.

Je ressens un vide puissant dans la poitrine, un manque éternel, une boule dans la gorge m'empêchant de respirer, un barrage dans mon nez, un barrage qui ne souhaite pas s'ouvrir pour laisser passer l'air dont j'ai besoin. Tout en souffrant, je continue mes tâches. Je sèche le sol puis je mets les bouts de verre à la poubelle, je pose les draps dans la machine à laver, je mets du spray sur le matelas pour désincruster les tâches, lave le miroir où les éclaboussures de sang avait giclées, en priant pour que l'odeur disparaisse. Je retourne le matelas pour laver le dessous quand une odeur de peau scarifiée mélangée à une autre encore plus horrible me fait littéralement vomir.

Je sens mes tripes se vider, et mon œsophage évacuer le surplus d'amertume, de haine et d’humiliation. À la suite de cela, je cours dans la salle de bain me laver les dents et le visage. Mortification. Je suis complètement répugnante à regarder. Face à mon miroir, l'image qu'il renvoie me déshonore. Je ne suis plus une adolescente au teint lumineux mais une servante au teint rougeâtre et tout simplement inhumain. Je suis détruite. Je suis brisée.

Sur cette dernière pensée, je prends mon courage à deux mains pour y retourner et laver le reste, en commençant par mon vomi. Qu'est-ce que c'est déplaisant à dire et à faire.

L'entendant arriver, je décide de me mettre dans l'encadrement de la porte et de l'attendre.

Inspirer. Expirer. Bloquer.

Entrant dans la chambre, son premier regard est pour ma personne. Il fouille mon âme. Il voit certainement mes déboires, s'en réjouissant à coup sûr.

— Bravo tu as réussi ! maintenant je vais pouvoir installer mon bureau ici. Quoi ? tu croyais que c'était ma chambre ? non c'était seulement celle de ta mère ! je n'aurais jamais dormi ni dans une saleté comme cela ni avec cette catin.

Je viens de réaliser que je n'avais jamais mis un pied dans la chambre de ma mère, j'ignorais tout de leur vie de couple. Profitant du repos qu'il m'accorde, je m'allonge de tout mon long dans mon lit. Je ne peux dormir, je me répète en boucle, comme un mantra, la phrase qui allait changer ma vie, cette phrase si sanglante, cette phrase qui vous détruit avec de simples mots. « Votre mère a été poignardée dans sa chambre, toutes mes condoléances ». Pourquoi ? Pourquoi elle ? Elle était belle et douce, gentille et aimable, elle n'avait aucun ennemi. Je ne comprends pas pourquoi Georges, mon beau-père, le monstre, a pu forcer la gendarmerie de nous laisser dormir dans notre maison après cet événement. Les images défilent sous mes yeux, je vois le visage de ma mère, ses yeux clos, ses cils noirs et épais, ses cheveux marron en batailles, les marques des larmes qui avaient séchées sur ses joues brûlées, le sang sur son corps, sur ses bras, sur ses mains, sur sa poitrine... Les marques de SES grosses mains, les hématomes... Je ne l'ai pas reconnue, on aurait dit une sauvageonne, une lionne brutalement arrachée à son bébé. Elle a dû souffrir atrocement. IL me dégoûte, la rage m'envahit, j'aimerais pouvoir hurler mais je ne peux pas, je dois être silencieuse, je suis beaucoup trop oppressée pour ne pas faire de crise de claustrophobie. J'ai le sentiment d'être condamnée à être muette puisque je ne peux rien dire. Je ne suis ni aveugle ni idiote. J'ai compris, j'ai tout compris.

Perdue dans mes pensées, ce qui m'en fait sortir se sont des gémissements.

Sortant de ma chambre sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller le monstre, j'aperçois mon demi-frère Tim au pied de la chambre de notre mère, je le prends donc dans mes bras pour essayer de le réconforter sachant parfaitement ce qu'il ressentait. Je ne suis qu'une impuissante, il a perdu sa mère au même âge où j'ai perdu mon père. À cet instant je pourrai tout faire pour qu'il ne lui arrive pas la même chose que moi, il ne peut pas perdre aussi son père, malgré SA cruauté, Tim n'y est pour rien. Je suis alors condamnée à me taire, à encaisser et à être forte pour mon petit poussin. Après l'avoir déposé dans sa chambre et avoir pleuré jusqu'à ce que plus aucune larme ne puisse sortir de mes orbites, l'épuisement finit par me gagner et me faire sombrer dans une nuit éternelle, entraînant ma paix et mon innocence avec elle.

 

Chapitre trois

Trois ans plus tard

 

Les yeux humides, la gorge serrée, j'attends le prochain coup, les larmes roulants sur mes joues. Je ne suis pas faible, je supporte juste toute cette souffrance pour Tim. Voilà la seule pensée capable de me laisser maltraiter. Voici la seule pensée capable de contenir mon instinct primitif : la défense. Les esclaves n'ont pas survécu en proclamant la guerre contre leurs geôliers, mais en se soumettant et en obéissant à toutes les demandes ordonnées. S'ils ont survécu, je survivrai.

Et pourtant mes pensées s'envolent à la seconde même où SA main s'agrippe à mes cheveux et me jette au sol. Je me protège le visage quand IL me donne des coups de pieds dans mon ventre, dans mes jambes, dans mon dos, dans ma nuque... Après les coups viennent les paroles sanglantes, « tu n'es qu'une merde, même ta mère a crevé à cause de toi, tu ne l'as jamais aidé, les coups de poignard étaient ceux que tu lui infligeais au quotidien ! tu as détruit notre famille ! Tim n'a plus de mère... ! »

J'ai appris à connaître ces paroles par cœur et à les boire à grande gorgée. Seulement, elles me déchirent toujours autant les tripes. À cause de cet homme monstrueux et dénué d'âme, je ne vis pas, j'attends la mort en souffrant. Même si Tim est mon demi-frère, un lien très fort nous unit : notre mère. Seulement je suis seule, sans famille, ce n'est pas lui qui peut m'aider, nous aider, c'est à moi de le faire.