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Anna, jeune femme mariée, plutôt timide et peu sûre d'elle, se rend pour la première fois à un congrès professionnel. Durant ce voyage, elle fait la connaissance de Hugo, bel homme de trente-quatre ans, marié, qui n'est autre que son responsable hiérarchique. Très vite, les deux jeunes gens deviennent amants, amis, complices et partagent un passion dévorante. Malheureusement, pour Anna, cette liaison est loin d'être sans conséquences...
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Seitenzahl: 822
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Merci à mes parents, à mes sœurs et à toute ma famille pour leurs encouragements.
Merci à mon mari qui, grâce à son immense amour, m’a beaucoup inspiré pour écrire cette histoire.
Merci à mes enfants qui supportent très souvent une maman en parfait décalage avec la vie réelle.
Un merci tout particulier à ma nièce, qui a réalisé cette très jolie couverture. Bravo, Cassandre, tu es une véritable artiste.
Merci à tous mes amis qui ont joué les critiques littéraires sans jamais se plaindre.
Merci à mes bloggeuses préférées qui n’ont jamais cessé de me soutenir et de m’encourager dans la suite de ce roman.
Et enfin, merci à toutes mes lectrices qui me donnent encore et toujours l’envie d’écrire.
A mon mari, A mes trois fils,
Chapitre premier
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
06 h 00 – Aéroport de Roissy Charles de Gaulle – Paris.
Lundi 28 mai
En pénétrant dans cet immense aéroport parisien, j’avoue avoir du mal à cacher mon bel enthousiasme. D’ailleurs, je souris comme une idiote en regardant autour de moi. Parmi la foule, j’aperçois Claire, meilleure amie et collègue de travail. En riant bêtement, nous nous embrassons affectueusement sur les joues, tout excitées par notre prochain voyage. Nous partons six jours à un congrès professionnel, à l’île Maurice. Moi, rien que d’y penser, j’en ai la chair de poule car je n’ai pas pour habitude de voyager. Je vais souvent chez mes parents, à Isigny-sur-Mer, mais ce n’est qu’à quatre cents kilomètres de chez moi, rien d’exceptionnel. Je ne vais jamais dans les grandes villes, et surtout pas à Paris. Je ne suis pas très à l’aise pour conduire dans la capitale, ou même pour prendre le métro. Je n’ai jamais pris l’avion, je n’ai jamais quitté la France, alors partir à l’île Maurice, c’est un vrai événement. C’est même un véritable chamboulement dans ma petite vie ordinaire. C’est pour cette raison que je suis morte de trouille. Excitée mais morte de trouille. Heureusement, Claire, qui voyage à l’étranger chaque année et qui, elle, n’a pas peur du changement, est là pour me rassurer et gérer les choses. C’est ce qu’elle est déjà en train de faire en m’entraînant vers le Terminal A, là où nous avons rendez-vous avec les autres.
Tu vas voir, Anna, me dit-elle en me pressant le bras, on va s’amuser comme des petites folles !
J’espère bien ! je ris gaiement, avec une pointe de nervosité dans la voix.
Il y a des tas de mecs canon ! ajoute-t-elle en riant.
Je suis mariée, je lui rappelle gentiment.
Et alors ?
Je ris en lui faisant les gros yeux.
Je suis mariée et je compte le rester,
moi
!
Claire, à trente-deux ans, a déjà divorcé deux fois !
T’es trop coincée, ma petite mère ! rit-elle sans s’offenser par mes paroles.
Un instant plus tard, nous arrivons dans le Terminal A. Quand je découvre les autres, je perds légèrement mon euphorie. Etant une grande timide et me sentant la plupart du temps assez maladroite, je suis souvent en train de rougir, surtout lorsqu’un inconnu s’adresse à moi. Je regarde alors droit devant moi et suis Claire jusqu’au Comptoir Evasion, l’agence qui est chargée de notre voyage à l’île Maurice. J’aperçois néanmoins des têtes que je connais. Mon responsable, Lucas Lebelle et sa femme Céline se tiennent debout près de Sophie Dekinsa, une collègue de Cholet. Cette fille, plutôt jolie avec des cheveux bruns coupés très court et des yeux noirs en amande, est toujours célibataire à trente-trois ans mais Claire m’a raconté qu’elle collectionnait les conquêtes amoureuses. Elle profite d’ailleurs des congrès annuels pour faire de nouvelles rencontres, et s’envoyer en l’air quand l’occasion se présente, m’a également précisé Claire en riant gaiement. Lorsque nous allons la saluer, Claire et moi nous jetons un regard significatif. Sophie me salue brièvement, nous ne sommes pas très copines toutes les deux.
Alors, Anna, fait Lucas en me souriant gentiment, prête pour le grand saut ?
En essayant de rigoler, mais c’est peine perdue, je hausse les épaules sans oser lui avouer mes soudaines angoisses à l’idée de rencontrer les autres, soit quatre cent cinquante personnes faisant partie de Bricodeal’s. Quatre cent cinquante personnes appelées « adhérents ».
Bricodeal’s est un Groupe de bricolage, installé à Toulouse, qui gère quatre-vingts magasins intégrés, tenus par des directeurs, et qui possède quarante-deux magasins, tenus par des indépendants, propriétaires de leur fonds de commerce. Ces cent vingt-deux magasins de bricolage sont répartis dans la France entière. L’homme qui a créé ce Groupe est François-Xavier Gersse mais aujourd’hui, c’est son fils François qui dirige ce petit bijou de cinq cent millions d’euros de chiffres d’affaires. Moi, j’ai été engagée comme assistante de direction dans le nouveau magasin intégré de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée, il y a exactement six mois. Je travaille sous les ordres de Lucas. Le magasin a ouvert en décembre et fonctionne plutôt bien, voire même très bien malgré la concurrence. D’ailleurs, François Gersse nous a complimentés quant aux excellents résultats.
Je ne connais qu’une partie de l’équipe de direction du Groupe car trois « hauts » responsables étaient absents à l’inauguration du magasin. En tant que « simple » assistante de direction, je n’ai pas eu l’occasion de discuter avec ceux présents, mais ces hommes « importants » m’ont semblé vraiment très… hautains. Bien entendu, je me suis gardé de le dire à Lucas mais, depuis, j’appréhende de les revoir. Toujours à cause de cette timidité maladive, je ne me sens pas très à l’aise parmi ces personnes. J’ai toujours peur de bégayer ou de dire une bêtise. Je suis pourtant une bonne assistante de direction, rapide et efficace, mais je perds facilement confiance lorsque je me retrouve face à des hommes ou des femmes de la « haute » direction. Je sais, c’est complètement idiot mais c’est vraiment un problème pour moi.
En ce qui concerne le congrès Bricodeal’s, François Gersse l’organise chaque année à l’étranger, souvent dans des endroits paradisiaques, m’a-t-on dit, pour présenter à chaque adhérent du Groupe les résultats de chaque magasin, les prévisions de chaque magasin, les futurs projets de chaque magasin, les prochaines ouvertures de magasin, etc., etc. Je sais que ce voyage va être superbe et qu’il n’y a aucune raison de stresser mais c’est plus fort que moi. Partir seule à l’étranger avec de parfaits inconnus m’angoisse littéralement. En plus, le congrès est organisé pour chaque adhérent, avec son conjoint respectif, mais mon mari, Antoine, a refusé de m’accompagner. Tous ceux que je connais dans le Groupe savent que je suis mariée, que je viens de faire construire une ravissante petite maison en face de la mer, j’ai fait l’erreur d’en discuter un peu, mais Antoine n’a pas voulu venir, prétextant ses nombreux déplacements dans l’année. Bon, c’est vrai, je le reconnais, il voyage beaucoup. Non, je dirais plutôt qu’il n’est jamais à la maison mais quand même, c’est mon premier congrès, il aurait pu faire un effort et reporter son séjour en Allemagne. Je n’aime pas me faire remarquer, je déteste me faire remarquer et Claire m’a dit que les femmes seules étaient toujours remarquées. Une Claire qui continue de jouer les guides touristiques et qui m’accompagne au Comptoir Evasion pour récupérer mes papiers : bon de réservation pour le vol, différents détails sur l’hôtel, planning des six prochains jours et liste des participants. J’en ai le vertige quand je jette un œil sur la liste, elle fait trois pages !!!
Nous allons ensuite enregistrer nos bagages. Je fais la grimace en découvrant la file de voyageurs, il y a au moins une heure d’attente. Bon, en essayant de rester décontractée, je me mets dans le rang et regarde les adhérents autour de moi, en souriant. En grimaçant plutôt quand j’aperçois tous les couples. Mon Dieu, sur environ quatre cent cinquante personnes, je n’aperçois qu’une dizaine de personnes seules et pratiquement que des hommes. J’en ai un haut-le-cœur. Claire rit en voyant ma tête et se moque gentiment de mon célibat forcé, qui, soit dit en passant, l’arrange bien. Je crois qu’elle a l’intention de me dévergonder pendant ce congrès, ce dont elle rêve depuis de longues années. Mais il va falloir qu’elle s’accroche, la petite blonde, je ne suis pas si influençable qu’elle semble le penser !
Premier congrès, premier faux pas ! me glisse-t-elle à l’oreille, taquine.
Premier congrès, première impression ! je réplique le plus sérieusement possible.
Claire éclate de rire, amusée par mon sens du devoir. Attention, moi, avec le boulot, je ne rigole pas. Mon père m’a toujours appris qu’il ne fallait pas mélanger le travail et le sexe. Si j’ai envie de m’envoyer en l’air avec un homme autre que mon mari, surtout pas au boulot. N’est-ce pas, papa ?!!!
§§§
Ça y est ! Après deux heures d’attente, deux heures, je suis enfin débarrassée de mes bagages. Il était temps car j’ai très envie d’aller me rafraîchir. Pendant tout ce temps d’attente, j’ai discuté avec de nombreux voyageurs et j’ai bien rigolé. Mais là, il y a urgence. Je plante Claire et marche très vite jusqu’aux toilettes, que j’aperçois à quelques mètres.
Un instant plus tard, tout en me lavant les mains, je me regarde dans le miroir et fais un peu la grimace. Je ne me trouve pas très belle. Je me doute que je ne suis pas vilaine car beaucoup d’hommes, sans aucune prétention de ma part, me font souvent la cour mais je n’aime pasmon reflet dans le miroir et ce, depuis bien longtemps maintenant. Déjà, je ne suis pas très grande. Enfin, dans ma famille, je suis considérée comme la « petite » car je fais à peine un mètre soixante-dix. J’ai trois sœurs et elles font chacune un mètre soixante-quinze, si ce n’est plus. La nature n’est pas juste. J’ai des cheveux bruns épais mais raides alors que mes sœurs ont de ravissantes boucles blondes. Pourquoi ? Aucune idée. Nous sommes vraiment sœurs, pas de coucheries extraconjugales entre mes parents, ce n’est pas imaginable dans la famille. Enfin bref, je trouve que je suis trop petite, que mes cheveux bruns sont affreux, et qu’ils mériteraient une bonne coupe chez le coiffeur. Je trouve également que j’ai des traits quelconques et d’affreuses rondeurs, à cause de quelques kilos en trop, que je n’arrive pas à perdre. Mes sœurs, encore elles, ont une véritable taille mannequin. Je les déteste pour ça ! Par contre, je crois que j’ai de beaux yeux. J’avoue que l’on me le dit très souvent. Très, très souvent même. Pour je ne sais quelle raison encore, alors que toute ma famille a les yeux bleus, j’ai des yeux verts mais très clairs, très, très clairs. Bizarrement clairs, dit Antoine. Je n’ai jamais su si c’était un compliment de sa part. Enfin, ils sont très verts, très clairs avec de longs cils noirs. Mon père appelle mes cils des « balais à chiottes » !!! Bon, en attendant, je me regarde dans le miroir et me répète pour la énième fois que je suis le vilain petit canard de la famille. En poussant un soupir résigné, je recoiffe mes cheveux en un souple chignon, ça fait sérieux, ça me vieillit un peu mais ça fait sérieux. En plus, Antoine déteste me voir avec les cheveux raides sur les épaules, il dit que je ressemble à un colley mouillé. Je me rends compte que mon mari est plein de délicatesse ! En grimaçant, je me repoudre le bout du nez, histoire de redonner un peu d’éclat à mon teint mais je crois que c’est peine perdue, je ressemble à une fleur fanée. Cela fait rire Antoine quand je le lui dis, il ne cherche même pas à me contredire. Evitant de penser à ce petit détail désagréable parmi tant d’autres, je vérifie une dernière fois mon apparence avant de me décider à quitter les toilettes, cela fait plus de quinze minutes que je suis enfermée à l’intérieur de ces lieux. Il est temps d’aller rejoindre les autres et Claire va se demander où je suis passée.
En marchant tranquillement vers le hall d’embarquement, je décide soudain de prendre mon passeport et ma carte de vol en apercevant la douane, soudain stressée. Je ne suis jamais à l’aise devant ces bonshommes. Je n’ai rien à me reprocher mais dès que j’aperçois un gendarme ou un policier, je panique. Alors devant la douane, c’est l’angoisse totale !
Où sont ces fichus papiers ?
Bien sûr, dans mon sac, je ne trouve rien. Agacée, en équilibre sur un pied, je cherche plus énergiquement, en râlant. Je suis assez râleuse dans la vie, je râle souvent pour pas grand-chose. Antoine dit que je rouspète beaucoup mais que je ne suis pas méchante. Bien entendu, je prends ça pour un compliment. Ah, ça y est ! J’ai trouvé mon passeport et ma carte de vol. Du coup, je relève la tête et reprends mon chemin vers le hall d’embarquement. Je croise alors un homme d’une beauté vraiment… exceptionnelle, le genre de type que l’on voit souvent dans les magazines de mode ou placardé sur les panneaux publicitaires. Je ne peux m’empêcher de lever la tête vers lui, il est très grand, vraiment très grand. Je rencontre aussitôt deux yeux bleus, très clairs, très, très clairs. Etrangement clairs, comme dirait Antoine, et… ça me fait bizarre. On se regarde, une seconde, une toute petite seconde seulement mais j’ai un drôle de frisson dans le dos… Je n’ai jamais de frisson dans le dos. Je continue mon chemin, je ne me retourne pas mais en arrivant devant la douane, je me rends compte que je suis… troublée.Oui, c’est le mot, je suis troublée. Etrange, la façon dont cet inconnu m’a regardée…
« Bah, n’importe quoi ! », je me dis rapidement avec un petit rire idiot. Voilà, à peine séparée d’Antoine, je pars dans des délires de jeune fille. Elle est pas mal, la femme mariée et coincée ! Mais tout de même, il est clair qu’un parfait inconnu, dans un grand aéroport parisien, a réussi à me troubler, bien plus que je n’oserais l’admettre. Je me demande comment réagirait mon cher mari en l’apprenant ?!!!
§§§
Dans le hall d’embarquement, je retrouve tous les adhérents. Bon sang, ça fait du monde ! Lucas s’approche aussitôt de moi en souriant. Nous nous entendons vraiment bien tous les deux. Nous discutons souvent de sujets autres que le boulot et nous rigolons beaucoup. Parfois, il me fait penser à mon frère malheureusement décédé, et à cette complicité qui nous liait. J’aime bien ces moments-là.
Anna, il faut que je te présente aux adhérents, me dit-il avec un sourire encourageant. Tu es notre petite dernière !
Maintenant ? je rougis aussitôt.
Bien entendu ! rit Lucas en pensant probablement que je plaisante… mais je ne plaisante pas, loin de là.
« Petite dernière » : je suis la dernière à avoir été embauchée dans le Groupe Bricodeal’s, ce qui veut dire que je ne connais pratiquement personne et vice versa. Je ne suis pas certaine qu’être la « petite dernière » soit un privilège. En tout cas, pas pour moi. Je m’efforce cependant de suivre Lucas vers de nombreux adhérents, un sourire un peu crispé sur le visage. Il me présente à un tas de monde, je serre beaucoup de mains, retiens très peu de noms, mais ce n’est pas grave, j’ai l’impression que la plupart des adhérents se moquent royalement de savoir qui je suis. J’essaie cependant d’être souriante et agréable et lorsque je retrouve enfin Claire, celle-ci ne peut s’empêcher de se moquer de mon sérieux.
Je suis une professionnelle ! je réponds en riant.
Un peu coincée ! ajoute mon amie, amusée.
Claire et moi sommes amies depuis de longues années. Nous nous sommes rencontrées au lycée, à Paris. Nous étions toutes les deux internes. Nous avons fait pratiquement toutes nos études ensemble puis Claire est retournée chez ses parents à Angers, moi à Isigny-sur-Mer, en Normandie. Nous sommes toujours restées en contact et à chaque période de vacances, on se retrouvait pour faire la fête. Puis Claire est rentrée chez Bricodeal’s, comme assistante de direction à Orléans, avant de revenir à Angers. Elle y a rencontré son premier mari, a divorcé un an après. C’était un véritable abruti. Ensuite, j’ai rencontré Antoine à Paris et on s’est marié deux ans plus tard avant de s’installer en Vendée, Antoine y est né et désirait y retourner vivre définitivement. Claire était ma demoiselle d’honneur. Puis elle a épousé David, un type sympa mais un peu coureur, il a même tenté sa chance avec moi. Mon amie l’a fichu dehors deux ans plus tard. Depuis, elle vit seule, s’envoie en l’air de temps en temps et semble plutôt heureuse de son célibat. Je lui souhaite néanmoins de rencontrer un homme sérieux qui réussira à la rendre heureuse, elle le mérite.
Enfin, tandis que Claire travaillait chez Bricodeal’s, moi je galérais avec des petits boulots sans avenir certain, j’ai fait l’erreur d’arrêter mes études juste après avoir obtenu mon BTS. Il y a un an, lorsque le magasin de Saint-Gilles-Croix-de-Vie recherchait du personnel, elle m’a proposé, non ordonné, dirais-je, de déposer ma candidature comme assistante de direction. Après deux entretiens plutôt réussis, j’ai été prise. J’avoue qu’aujourd’hui, je suis très reconnaissante envers mon amie. Grâce à elle, j’ai un boulot vraiment sympa et plutôt bien payé. Heureusement d’ailleurs car, avec les frais de notre nouvelle maison, les fins de mois ne sont pas toujours faciles. Enfin, grâce à mon statut de nouvelle adhérente « cadre », j’ai droit au congrès annuel, entièrement pris en charge par le Groupe. Les congrès sont organisés pour tous les propriétaires de magasins, les directeurs des magasins intégrés et toute l’équipe de direction de l’entreprise, une tradition familiale dans le Groupe depuis de longues années. Je suis une nouvelle adhérente cadre alors je fais désormais partie du voyage. N’est-ce pas merveilleux une semaine de vacances aux frais de Bricodeal’s ? Ce ne sont pas vraiment des vacances mais je sens que ces quelques jours vont me faire du bien. J’en ai besoin, vraiment besoin.
Anna, m’appelle encore Lucas en revenant vers moi, viens, je vais te présenter l’équipe de direction.
Je rougis violemment, soudain paniquée.
Oh ! Je… euh…
Ils ne vont pas te bouffer ! me souffle Claire en pouffant de rire.
Je ne suis pas à l’aise face à tous ces gens hautains, je gémis tout bas.
Ils sont peut-être hautains mais il y en a un qui est carrément canon ! me murmure-t-elle encore en me poussant vers Lucas, sans me laisser le temps de réagir.
Une deuxième fois, je dois me résoudre à suivre mon responsable vers de parfaits inconnus. Mais là, je suis vraiment mal à l’aise. Car ce ne sont que des hommes, plus ou moins jeunes, qui discutent entre eux, uniquement entre eux. Il est clair que ces gens ne se mélangent pas avec le petit personnel.
Je rencontre Xavier Anton, l’adjoint de François Gersse. Il était l’un des responsables absents à l’inauguration du magasin. A peine deux mots échangés avec cet homme d’une quarantaine d’années au charme révolu, je me dis que c’est un véritable abruti. Il est arrogant, prétentieux et me prend probablement pour une dinde prête à coucher avec le premier venu, ou avec lui, éventuellement. Je déteste sa façon de loucher sur mon décolleté. Heureusement, Edmond Patterson, notre directeur des ressources humaines, jeune anglais plutôt bel homme, la trentaine, également absent à l’inauguration, m’accueille avec un large sourire et me souhaite chaleureusement la bienvenue, avec un fort joli accent. Je le trouve tout de suite sympa. Le directeur financier, le directeur régional de la région Ouest et le directeur de la région Est, quant à eux, m’accueillent gentiment mais sans cesser de discuter entre eux. Bon, d’accord, nous avons déjà eu l’occasion de nous rencontrer à l’inauguration mais tout de même, quel manque de savoir vivre !, je trouve aussitôt, légèrement frustrée par leur comportement.
François Gersse n’est pas là ? je demande à Lucas lorsque nous nous éloignons.
Bien sûr que si ! rigole-t-il, franchement amusé par cette remarque incongrue. Il est certainement en train de saluer tous les adhérents.
Ah, oui, c’est sûr ! je fais en me sentant un peu bête.
Je m’apprête alors à aller retrouver Claire quand, brusquement, je me retrouve devant un homme très grand, voire carrément immense pour moi. Je ne peux m’empêcher de sursauter, surprise. Je ne l’ai pas vu arriver celui-là. Pourtant, je comprends très vite qu’il est quelqu’un « d’important » car je vois mon chef s’agiter devant l’inconnu, soudain très nerveux. Je le regarde donc, l’inconnu. L’homme est vraiment très grand, au moins un mètre quatre-vingt-huit, si ce n’est plus. Je trouve qu’il a une carrure très imposante et… Ouah, un sacré charisme ! Je ne peux m’empêcher de le détailler plus attentivement alors que les deux hommes se saluent. Il a une voix grave à vous donner des frissons dans le dos. J’ai des frissons dans le dos. Je l’observe encore plus scrupuleusement. Il porte un beau costume noir, sûrement d’un grand couturier, sur une chemise blanche et une cravate en soie noire. Il est chaussé de magnifiques chaussures en cuir noir qui doivent certainement valoir une fortune. Il est assez jeune, pas plus de trente ans, je dirais. Il a des cheveux bruns, épais, qui bouclent légèrement. Ils sont bien coupés, assez courts mais pas trop. J’adore la longueur de ses pattes. Il a un visage… Oh, bon sang, qu’est-ce qu’il est beau !!! Mais qu’est-ce qu’il ressemble à… à… Oh, c’est pas vrai, c’est lui !!! C’est le type de l’aéroport, enfin le type que j’ai croisé dans le Terminal A après m’être observée dans le miroir pendant quinze minutes en me disant que je n’étais vraiment pas belle. Non mais c’est incroyable !!! Je croise un magnifique inconnu dans un aéroport, on se regarde une seconde, je suis bizarrement troublée et… et… Oh, mais… mais c’est qui cet homme ??? Je ne l’ai jamais vu. Je comprends cependant qu’il fait partie du Groupe Bricodeal’s et que nous sommes probablement « collègues ».
Je sens que je deviens rouge écarlate en réalisant soudain que ce superbe inconnu me fixe depuis quelques secondes, en fronçant les sourcils. Il semble surpris. Se pourrait-il qu’il m’ait reconnue ? Qu’il se souvienne de moi ? Ou peut-être est-il tout simplement étonné par mon étrange comportement ?
Je le regarde alors, droit dans les yeux. Oui, j’ose le faire ! Je trouve ses yeux encore plus beaux que tout à l’heure. Ils sont vraiment clairs, j’ai l’impression de voir un ciel d’été en Vendée. Très vite, cela me fait vraiment bizarre la façon dont on s’observe. Ce n’est pas « normal » de se dévisager ainsi. Pourtant, moi, je ne peux m’empêcher de le dévorer du regard, le souffle court. Il est tellement beau, tellement grand, tellement puissant. Il est clair que c’est un homme qui prend soin de son corps. Il est vraiment canon, comme dirait Claire. Est-ce de lui dont elle parlait ?
Anna, fait Lucas avant même que je remette les pieds sur terre, je voudrais te présenter Hugo Delaroche. Tu te rappelles, bien entendu, que Monsieur Delaroche est notre directeur France des magasins intégrés, ajoute-t-il le plus sérieusement possible.
Hugo Delaroche. C’est bizarre, ce nom me dit quelque chose mais j’avoue avoir le cerveau complètement embrouillé. Je me rappelle pourtant l’avoir eu au téléphone, à plusieurs reprises même. J’aimais bien sa voix au téléphone et il se montrait toujours très correct avec moi, ce qui n’était pas le cas de tout le monde… Je crois qu’il a un poste important dans le Groupe… Oh non, c’est le grand patron de Lucas, et le troisième « haut » responsable absent à l’inauguration du magasin !!!
D’ailleurs, Lucas est si coincé devant cet homme particulièrement beau qu’il me donne envie de rire. Je serre immédiatement les lèvres afin de me retenir mais Hugo Delaroche s’en rend compte, j’en suis sûre. J’aperçois son léger haussement de sourcils.
Monsieur Delaroche, dit encore Lucas, voici mon assistante, Anna Beaumont.
Nous continuons de nous regarder, un long moment, un très long moment, un trop long moment peut-être… et j’avoue que j’oublie immédiatement qui est cet homme et où je me trouve. C’est étrange cette impression de flotter au-dessus du sol, d’entendre en sourdine les bruits qui vous entourent, de ne plus voir la foule autour de vous mais seulement deux yeux bleus qui vous dévisagent fixement. Il va falloir que je me bouge pourtant, que je dise quelque chose. Je sens soudain Lucas qui nous regarde bizarrement. Hugo Delaroche doit s’en rendre compte aussi car, brusquement, il se ressaisit et me tend une main ferme et droite. Il paraît… déconcerté. Cela ne fait que m’embarrasser davantage.
Alors, c’est vous, Anna Beaumont, me dit-il de sa belle voix grave.
C’est bizarre, alors que je devrais plutôt m’interroger sur la signification de ces quelques mots, je ne peux m’empêcher de ressentir un délicieux petit frisson dans le creux du dos.
Je suis ravi de vous connaître,
enfin
, ajoute-t-il plus lentement sans cesser de me fixer, comme s’il cherchait à graver mes traits dans sa mémoire.
En… Enchantée, je bredouille en rougissant encore.
Je lui prends la main comme si je m’accrochais à une bouée de sauvetage. Je trouve qu’il a les mains fraîches, mais c’est agréable, très agréable. Elles ne sont pas moites comme celles d’Antoine. Antoine a toujours les mains moites et je déteste ça. Non, là, c’est vraiment agréable. En plus, il me serre délicatement les doigts. Sa poignée de main est franche mais il a la courtoisie de ne pas m’écraser les phalanges.
Alors que nous nous saluons, j’avoue ressentir comme un léger vertige. Je me sens étourdie, déjà parce que je suis littéralement ensorcelée par un homme que je ne connais pas, et ensuite parce que cet homme me regarde aussi avec insistance et semble franchement confus. D’ailleurs, il me tient toujours la main et n’a pas l’air de s’en rendre compte.
Ravi de vous connaître, me répète-t-il tout bas.
De… de même…
On se dévisage encore, encore, encore… et c’est très, très… troublant.
Soudain, Lucas toussote, mal à l’aise avec l’impression désagréable d’être de trop. Cela suffit à provoquer un déclic brutal entre Hugo Delaroche et moi. Nous nous lâchons aussitôt la main et nous écartons l’un de l’autre en rougissant violemment, et ce tous les deux. Deux secondes après, moi, je me sens très confuse en rencontrant le regard surpris de mon responsable. Hugo Delaroche, lui, semble déstabilisé. Il se reprend néanmoins très vite et entame une discussion avec Lucas. Je trouve cependant sa voix un peu altérée. J’évite de le regarder. J’ai le cœur qui bat à cent à l’heure et, horreur, j’ai les mains moites !
Je les écoute alors discuter d’une oreille distraite. Je devrais me joindre à la conversation mais j’en suis incapable. Je me sens complètement chamboulée. Jamais un homme de cette beauté, de cette prestance, n’avait daigné poser les yeux sur moi. JAMAIS. D’ailleurs, je n’arrive pas bien à comprendre ce qui vient de se passer avec ce jeune directeur France mais je ne suis pas stupide, je sais que notre rencontre n’était pas « normale ». Je n’ai pas rêvé, ce n’est pas un fantasme de ma part et cette réalité me met dans un drôle d’état. Je me sens soudain très mal à l’aise en réalisant que Hugo Delaroche est une personne importante dans le Groupe. Directeur France des magasins intégrés, ce n’est pas rien comme poste. Cet homme est responsable de quatre-vingts magasins de bricolage. Bon sang, je me suis fait remarquer par un membre haut placé de la direction ! Je ne sais pas si je dois m’en réjouir, ou, au contraire, m’en inquiéter mais une chose est sûre : mon moral vient de remonter d’un cran, et cela me fait un bien fou !
Bon, en attendant, je fais semblant de les écouter mais, au bout de quelques minutes, je finis par m’excuser pour aller rejoindre Claire et Sophie. J’ai l’air un peu bête près d’eux sans prononcer un mot. En plus, devant mon silence, Lucas semble au bord de l’apoplexie. Voilà un moment qu’il essaie de me joindre à leur discussion mais c’est une vraie catastrophe, je ne suis pas fichue de réagir. En plus, Hugo Delaroche semble aussi gêné que je puisse l’être et évite de me regarder. Il s’est complètement ressaisi et a retrouvé un visage impassible mais lorsque je croise involontairement son regard, juste avant de me détourner, il est apparemment incapable de me dire un mot et rougit encore, même si ce n’est que légèrement. Je m’empresse de m’éloigner, les jambes tremblantes.
Claire et Sophie m’accueillent avec le sourire. Je sais que celui de Claire est sincère mais j’ai déjà moins confiance dans celui de Sophie. D’ailleurs, celle-ci s’empresse de m’interroger en rigolant exagérément.
Alors, comment tu trouves Hugo Delaroche, il est beau, hein ?!!!
Bon sang, j’ai l’impression qu’elle bave littéralement d’admiration devant cet homme.
Oui, je dis cependant. Il est très beau.
Comment pourrais-je certifier le contraire ? On me prendrait sûrement pour une menteuse ou une mijaurée.
Ne t’avais-je pas dit que nous avions un homme canon ? sourit Claire, amusée.
Si, j’approuve en essayant de rire mais je me sens étrangement mal à l’aise.
Cet homme est beau comme un Dieu ! renchérit Sophie en l’observant de loin, comme de nombreuses femmes présentes dans cet aéroport, je remarque alors. Dommage qu’il soit marié !
Ah ! je fais en rougissant.
Hugo Delaroche n’est pas pour nous, poursuit la jolie brune en continuant de rigoler bêtement. Nous ne sommes pas du tout du même monde : pas assez belles, pas assez riches, pas assez intelligentes… Pas pour lui, quoi !!! termine-t-elle en grimaçant.
Je jurerais la voir mauvaise en prononçant ces paroles. Aurait-elle aperçu quelque chose ? Je préfère ne pas relever. De toute façon, je me sens soudain très mal. J’ai l’impression d’avoir commis une faute et d’être dévisagée par de nombreux adhérents. Mais lorsque je regarde autour de moi, je me rends compte que personne ne m’observe. Mon Dieu, je suis si perturbée que j’imagine des trucs débiles. Et cette Sophie Dekinsa, avait-elle besoin de me préciser que Hugo Delaroche était marié ? Je n’ai même pas pensé à regarder son annulaire, quelle idiote je fais. Je me sens vraiment mal maintenant. Je me sens coupable envers sa femme. Franchement, je n’aimerais pas qu’une autre femme dévisage ainsi Antoine. Je rougis subitement. Moi aussi, je l’ai dévisagé attentivement. Très attentivement. Mais cet homme doit certainement être un coureur, c’estévident. Un homme fidèle ne regarde pas ainsi de parfaites inconnues. Il est jeune, il est beau, il en profite, normal. Mais il ne m’a pas dragué. Il m’a juste regardé avec insistance et serré la main un peu plus longtemps que la normale, rien de particulier à ça. En plus, ce genre d’homme, beau comme un Dieu, ne s’intéresse sûrement pas à une fille comme moi. Sophie a raison, je ne suis pas assez belle, pas assez riche, pas assez intelligente… et suis mariée à un homme depuis six ans. Ce petit détail suffit à me remettre dans le droit chemin et soudain, je me sens ridicule, complètement ridicule. « Anna Beaumont, je me dis alors en reprenant une discussion sérieuse avec Claire, tu vas te calmer, reprendre tes esprits et arrêter de fantasmer sur ton directeur France. Tu es mariée, tu es assistante de direction et tu pars six jours à l’île Maurice… Que du sérieux ! ».
Mais je ne suis pas folle et je ne fantasme pas. Durant l’attente avant notre prochain vol, je croise plusieurs fois le regard de ce fascinant Hugo Delaroche. Il me regarde souvent, discrètement mais souvent. Je le vois même rougir en le surprenant en train de m’observer de la tête aux pieds. Il paraît assez… troublé. C’est prétentieux de le dire mais il paraît vraiment troublé par ma présence. Ma présence. Je ne sais que penser de cette situation et ça me met les nerfs à vif. Du coup, je suis très maladroite. Il y a encore un instant, j’ai voulu m’acheter un magazine dans une presse et j’ai malencontreusement fait tomber une gondole remplie du dernier livre d’un romancier à la mode. Ça a fait un boucan d’enfer et la vendeuse a vraiment été très méchante avec moi malgré mes innombrables excuses. J’ai vraiment eu honte en me rendant compte que le jeune directeur France avait observé la scène, amusé et agacé. Agacé contre qui ? Ma maladresse ou la vendeuse désagréable ?
Bon, afin d’éviter de faire d’autres bêtises, je m’installe sur un banc et décide d’attendre sagement l’embarquement. Les mains croisées sur ma poitrine, je me contente de regarder les différents voyageurs et de sourire à ceux qui me sourient. Claire, qui était partie faire des achats avec Sophie dans les magasins détaxés, vient me rejoindre quelque temps plus tard. Alors que je rêve de lui poser des tonnes de questions sur le directeur France, il se tient assis à quelques mètres de moi en compagnie des directeurs régionaux et ignore superbement la ribambelle de jolies filles qui le dévorent littéralement du regard, je me contente de discuter de sujets banals.
§§§
Je suis en train de ranger mon sac dans le compartiment réservé à cet effet quand j’aperçois Hugo Delaroche monter à bord de l’avion. Je me sens soudain complètement paniquée et me dépêche d’aller m’asseoir sur mon siège. Je n’ai vraiment pas envie de croiser une nouvelle fois son regard. J’ai de la chance, je suis près du hublot. Je me fais toute petite alors qu’il s’avance dans l’allée et passe près de mon siège, sans me voir. Afin de recouvrer mon calme, je m’efforce un moment de fixer l’extérieur de l’avion mais apercevoir tous ces hommes autour de l’appareil me rend nerveuse. Heureusement, je découvre bientôt mes futurs voisins et souris immédiatement en reconnaissant les Brissan, un jeune couple de Nantes avec qui j’ai travaillé plusieurs fois, en direct ou par téléphone. Marine et Tom Brissan se sont pratiquement mariés en même temps que moi et viennent d’avoir un petit garçon. Ils sont propriétaires d’un Bricodeal’s dans la banlieue de Nantes et cherchent une maison à acheter. « Une vraie galère », me disent-ils en grimaçant. Les prix sont si élevés dans la région nantaise qu’ils ne réussissent pas à trouver leur bonheur. Nous continuons de discuter jusqu’au décollage. Quand l’avion prend enfin son envol, je ne peux m’empêcher de m’accrocher aux accoudoirs, en me crispant, j’ai tellement la trouille. Antoine m’a raconté que les crashs se produisaient souvent au moment du décollage, je l’aurais tué quand il m’a dit ça. J’essaie alors de me concentrer en respirant à fond, les yeux fixés droit devant moi. Heureusement, l’appareil atteint rapidement son altitude de croisière et lorsque je vois les hôtesses recommencer leurs va-et-vient, je me sens aussitôt rassurée. Je sais que c’est idiot mais s’il y avait un problème, elles ne seraient pas si décontractées. Du moins, je l’espère !
Bon, en attendant que les heures s’écoulent les unes après les autres, je discute gaiement avec mes voisins. Je mange, je dors, je mange encore. Je tente de suivre un film en anglais mais comme je ne comprends pas grand-chose, je n’ai pas l’occasion de pratiquer cette langue, je me lasse assez vite. Ça m’énerve alors je redors, je remange et je re-regarde un film que je ne comprends toujours pas. Un peu galère les vols long-courriers.
§§§
En entendant Tom Brissan rire tout bas, je lève soudain une paupière. C’est bizarre, je ne me rappelle pas m’être endormie mais en me redressant d’un bond, je m’aperçois qu’il fait nuit dans l’avion. Tous les volets ont été abaissés et seules quelques veilleuses éclairent la cabine. En bâillant discrètement, je regarde mes voisins.
Je crois avoir dormi des heures ! je fais en m’étirant.
Je suis tout engourdie, c’est horrible. Je dois avoir les cheveux en bataille et j’imagine aisément que mon maquillage a coulé. « Bah, ce n’est pas grave », je me dis en essayant de refaire mon chignon, je ne suis pas là pour plaire. Pourtant, quand je vois Tom rire encore en voyant mes traits légèrement tirés, je ne peux m’empêcher de grimacer. Apparemment, je suis affreuse. Tout de même, il est gonflé de se moquer de moi. Je finis néanmoins par rire aussi, je ne suis pas méchante comme fille.
Est-ce que tu veux aller prendre un café ? me demande Marine en se penchant vers moi. Nous pourrons nous dégourdir les jambes.
Volontiers, je réponds en me levant déjà.
Je me rends compte alors que la plupart des voyageurs sont en train de dormir et qu’il y a un silence de plomb dans l’avion. Il y a quand même quelques adhérents qui regardent un film, ou d’autres qui travaillent sur leur ordinateur portable, mais cela fait bizarre, c’est vraiment calme. Je suis mes collègues en tâchant de ne réveiller personne. Qu’est-ce que cela fait du bien de marcher un peu. J’essaie de faire de grands pas pour me dégourdir les membres et… zut, j’ai oublié de remettre mes chaussures. Je m’apprête à faire demi-tour puis y renonce. Après tout, qu’est-ce que cela peut bien faire ? Je suis certaine que personne dans cet avion ne fera attention à mes pieds nus. Je me remets donc en marche vers le bar.
Le bar ? Je me demande un instant s’il ne s’agit pas d’une blague. En fait, le bar est une toute petite table installée au fin fond de l’avion, où sont rassemblées quelques personnes de Bricodeal’s, pas trop sinon on finit les uns sur les autres. Les quelques voyageurs présents sont en train de siroter une boisson chaude ou un jus de fruits servis par un Stewart aux manières un peu féminines. En arrivant dans le fameux bar, je salue les adhérents d’un sourire puis commande rapidement un thé avant d’aller me mettre dans un petit coin pour ne gêner personne. C’est vraiment tout petit et je trouve que l’on a l’air ridicule mais bon, cela fait du bien d’être debout. Je discute avec mes voisins, observe les autres adhérents discuter de tondeuses à gazon, de tables de camping dernier cri, savoure ma boisson chaude… et manque soudain de m’étrangler en apercevant Hugo Delaroche en personne arriver dans ce minuscule espace.
C’est étrange, toutes les personnes présentes autour de moi se figent dans la seconde en écarquillant les yeux. Ils semblent tous ébahis par cette « visite » impromptue. Moi, je me contente de regarder le directeur France approcher et je le trouve super sexy. Il a les cheveux en bataille et les traits un peu tirés comme quelqu’un qui vient de se réveiller ou qui n’a pas assez dormi. Il a retiré sa veste, sa cravate, a déboutonné les deux premiers boutons de sa chemise et a remonté ses manches. Il me paraît plus… accessible.
Alors que tous les adhérents baissent les yeux pour cacher leur embarras, je continue de le regarder et je le trouve encore plus attirant. Je rougis néanmoins quand il pose sur moi son regard clair. Intimidée, je baisse précipitamment les yeux tandis qu’il me regarde avec insistance. Je ne peux m’empêcher de me dire que je dois être vraiment affreuse. La honte !
Le jeune homme commande un café avant de venir se poster… tout près de moi. Je trouve cette proximité assez excitante mais je me sens de plus en plus gênée, surtout quand je vois tous les regards converger vers moi, apparemment surpris. Ils sont surpris mais, « moi aussi ! », ai-je envie de leur crier. Je me contente de me faire toute petite.
Bonsoir, me dit alors Hugo Delaroche.
Bonsoir.
Vous allez bien ?
Oui, merci, je réponds sans oser lever les yeux vers lui.
Je sens mon cœur faire un bond dans ma poitrine en réalisant qu’il ne s’adresse qu’à moi. Je m’efforce cependant de prendre un air détaché, je ne voudrais pas que cet homme pense qu’il me plaît… alors qu’il me plaît, ce dont je suis parfaitement consciente.
Avez-vous réussi à dormir un peu ? me demande-t-il d’une voix, je l’avoue, très, très agréable.
Oui, un peu, je fais, laconique.
Tous ces regards posés sur moi me mettent les nerfs à vif alors je garde une expression quasi indifférente devant ce beau directeur. Je n’ai pas envie que l’on raconte que je suis tout émoustillée devant lui. Lui qui jette un regard autour de lui avant de revenir rapidement vers moi, le visage impassible. Il semble totalement indifférent à cet accueil plus ou moins embarrassant, mais cet homme ne doit pas être facile à déstabiliser. J’en suis persuadée en l’observant discrètement.
Connaissez-vous l’île Maurice ? poursuit-il doucement.
Non.
Pas très aimable, la nana !!!
Il faut pourtant que je réagisse. Hugo Delaroche est mon supérieur hiérarchique, je lui dois un minimum de courtoisie. Et en plus, ce type ne m’a rien fait. A voir la réaction des autres adhérents, je réalise que ce n’est pas une habitude chez lui de venir discuter avec une nouvelle adhérente mais est-ce une raison pour me montrer grossière ? J’essaie alors d’oublier toutes ces commères autour de moi et relève enfin la tête pour le regarder. Qu’est-ce que je suis petite à ses côtés mais, bon sang, qu’est-ce qu’il est beau ! Je ne peux m’empêcher de devenir écarlate en rencontrant ses yeux si étrangement clairs. Nous nous dévisageons quelques secondes, quelques secondes seulement mais c’est étrange, je sens immédiatement un… courant passer entre nous. Je sais, cela fait un peu cliché de dire ça mais j’ai vraiment l’impression que quelque chose passe entre nous, et cette impression me fait tout drôle dans le creux du dos.
Combien d’heures reste-il avant notre arrivée ? je lui demande précipitamment.
Je n’ai rien trouvé d’autre à lui demander et me trouve aussitôt un peu idiote. Sur les écrans installés devant chaque fauteuil défile le chemin parcouru et le temps de vol restant. « Mon » compagnon regarde néanmoins sa montre et me répond très gentiment. Je le trouve charmant.
Il nous reste environ quatre heures de vol.
C’est long, je murmure en faisant une petite grimace.
Mais le paradis nous attend à notre descente d’avion ! souffle-t-il avec un petit rire.
Il vient de remarquer mes pieds nus et semble amusé. C’est vrai que je suis la seule à être sans chaussures. Mon Dieu, que doit-il penser ? Plutôt négligée, l’assistante de direction, mais c’est bizarre, j’ai l’impression qu’il apprécie mon côté « simple et naturel ». Et moi, je me sens tout émoustillée avec ses « nous ». Ça me met dans un drôle d’état.
Vous, vous connaissez l’île Maurice ? j’ose lui demander encore.
Il se penche légèrement vers moi afin de ne pas être entendu des autres adhérents lorsqu’il me répond tout bas :
Ma sœur s’est mariée là-bas, il y a quelques années. Vous verrez, c’est tout simplement magnifique.
Ah ! je fais simplement, troublée par ce corps si près du mien.
Il est si près de moi que je sens l’odeur de son after-shave. Mal à l’aise, je termine mon thé et rougis en me rendant compte que ma main tremble comme une feuille. Hugo Delaroche le remarque aussi. Il me fixe durant quelques secondes comme s’il cherchait à lire dans les profondeurs de mon âme puis finit son café d’une seule gorgée, le visage impénétrable. Je n’ose plus bouger. Avant de retourner à sa place, il se permet de me souffler à l’oreille :
Rendez-vous au paradis, Anna Beaumont !
Je deviens écarlate. C’est vachement osé de sa part, je trouve en le regardant s’éloigner, sans prendre la peine de saluer les adhérents. Mais j’avoue que ces quelques mots me font frissonner, ils ressemblaient étrangement à une invitation. Je n’ai pas le temps cependant de m’épancher sur ces derniers mots car je me rends compte que chaque adhérent présent me regarde d’un air interrogateur. Je me sens soudain très mal en croisant le regard de mes voisins. Mon Dieu, je les avais complètement oubliés, ces deux-là ! Rougissant une nouvelle fois, je m’empresse de retourner m’asseoir afin d’éviter des questions embarrassantes. Mais Tom et Marine me rejoignent très vite, pressés de me parler.
Dis donc, t’as la cote ! s’exclame Marine en riant franchement. Hugo Delaroche n’avait d’yeux que pour toi ! ajoute-t-elle en cachant difficilement son étonnement.
Suis-je si laide que ça ?
Oh ! Euh… Je… Je suis nouvelle alors… je bafouille comme une dinde.
Alors il nous a complètement ignorés ! rigole Tom en faisant un clin d’œil à sa femme.
Je vous rappelle qu’il est marié ! je proteste après un silence, gênée et quelque peu agacée.
« Toi aussi, t’es mariée », je pense après un instant. Mon Dieu, je l’avais oublié !!!
Excuse-nous, Anna, reprend Marine plus sérieusement. Hugo Delaroche n’est pas du genre à venir discuter avec un adhérent et encore moins avec une femme. Nous sommes assez surpris.
Est-ce que… Est-ce que sa femme est au congrès ? je demande alors en m’agitant sur mon siège, me sentant de plus en plus nerveuse.
Non, elle ne vient jamais, me répond Tom avant d’ajouter après un moment : nous l’avons vu une fois, il y a quatre ans environ. Une belle femme, très grande, très mince, très froide… Le genre de femme qui correspond bien à Delaroche ! ricane-t-il avec, dans la voix, une pointe de méchanceté ou… de jalousie peut-être ?
Je préfère ne pas relever. C’est étrange, je n’ai pas ressenti une quelconque fierté chez le beau jeune homme, pas une once d’orgueil dans son comportement. Il m’a paru plutôt sympathique. Je n’aime pas les réflexions de Tom, cela m’agace prodigieusement. Pour clore la conversation, je fais mine de bâiller et me tourne vers le hublot. J’ai besoin de réfléchir, je me sens vraiment perturbée et ce n’est pasmon genre. Je ne sais que penser du comportement du jeune directeur. Apparemment, je lui plais. J’ai beaucoup de mal à y croire mais à moins d’être aveugle ou stupide, je dois me rendre à l’évidence : je lui plais vraiment. Je ne peux m’empêcher de penser que ce type est tordu. Il semblerait qu’il soit marié à une superbe femme mais il n’a aucun scrupule à me faire la cour avec ses regards appuyés et ses paroles déplacées. Il va falloir que j’en discute avec Claire. Dommage qu’elle soit à l’opposé de mon siège, je l’aurais bien interrogée maintenant. Il faut que je me reprenne pourtant. Ce Hugo Delaroche est certainement un dragueur alors je ne dois pas me mettre dans des états pareils, je ne dois pas m’exciter comme une jeune fille. Et surtout, je suis mariée, mariée depuis six ans. Mais il faut être honnête, qu’une fille comme moi puisse plaire à cet homme est plutôt flatteur. Flatteur… mais terriblement perturbant.
J’ai immédiatement pensé à Hugo Delaroche en arrivant au Sugar Beach Resort Hôtel. « Le paradis nous attend à notre descente d’avion », m’a-t-il dit. Je dois me rendre à l’évidence, il avait totalement raison.
De style colonial, le hall d’entrée, tout en marbre, a un charme typique des îles. Grandiose, il s’ouvre naturellement sur un magnifique escalier donnant accès au… Paradis. Une haie d’honneur, faite de palmiers plus ou moins grands, invite les voyageurs à traverser un jardin verdoyant aux splendides fleurs tropicales afin de se rendre sur une plage privée, à seulement quelques pas. Sur la droite, on aperçoit une piscine aux dimensions irréelles. Un restaurant éclairé de mille feux surplombe le bassin, rendant l’endroit tout simplement féérique.
A notre descente d’autocars, nous sommes accueillis par de nombreux Mauriciens en costume traditionnel, qui nous mettent autour du cou un collier de fleurs naturelles. Tout en nous souhaitant chaleureusement la bienvenue, ils nous conduisent directement sur une terrasse, posée presque naturellement sur une plage de sable blanc, où nous attend un cocktail de bienvenue. C’est le dépaysement total. J’ai l’impression d’être dans un rêve en suivant les adhérents. Je ne peux m’empêcher de sourire bêtement en découvrant des tables déjà dressées aux nappes d’une blancheur éclatante. Un immense buffet, où sont présentés de façon grandiose une multitude de mets, dégage des odeurs alléchantes. De nombreux serveurs, en file indienne, attendent le feu vert afin de nous servir, un sourire franchement contagieux sur le visage. Sur une musique très rythmée, des danseurs et danseuses créoles se déhanchent sur le sable encore chaud avec, entre les mains, des torches allumées. La musique et l’ambiance de folie nous donne immédiatement envie de danser.
J’aperçois les chambres, donnant toutes sur le lagon. Toujours de style colonial, elles ressemblent à de petits chalets posés sur un gazon impeccable. Chaque chalet comporte deux chambres séparées par une terrasse commune. Il y a des fleurs partout, des palmiers, des cocotiers, des arbres du voyageur… L’endroit est vraiment paradisiaque.
Un cocktail à base de rhum à la main, je retrouve Claire et Sophie. On rit comme des idiotes, tout étourdies par la beauté des lieux. Bon sang, on va vivre six jours de rêve dans un endroit de rêve ! On retrouve cependant notre sérieux quand le grand patron arrive avec sa femme, Angèle. Il est accompagné de toute son équipe de direction. En évitant de regarder Hugo Delaroche, je m’empresse d’aller le saluer, je ne l’ai pas vu à l’aéroport. François Gersse me souhaite chaleureusement la bienvenue, son épouse me dit quelques mots banals mais sympathiques. Je trouve ce couple plutôt simple mais François Gersse est un homme simple et proche de ses adhérents. J’ai déjà eu l’occasion de le rencontrer deux fois et je l’ai toujours trouvé aimable. Je ne peux m’empêcher de me dire que ses conseillers devraient l’imiter. Ils sont tous là à discuter entre eux, un verre à la main et accompagnés de leurs femmes parées comme des sapins de Noël. Aucun ne fait l’effort d’aller converser avec les adhérents de façon détendue et amicale. Je trouve ce comportement vraiment déplaisant. En m’éloignant avec Claire, je ne peux m’empêcher d’observer discrètement le jeune directeur France. Mais je ne suis pas la seule, je m’en rends compte très vite. De très nombreuses femmes, célibataires ou même mariées, tout comme moi, le regardent comme s’il s’agissait d’un gâteau au chocolat qu’elles s’apprêtent à dévorer. Cet homme est tellement beau qu’il est impossible de ne pas le remarquer… et de souhaiter follement se faire remarquer par ses beaux yeux bleus. Il discute avec Edmond Patterson et… moi, je deviens écarlate en croisant son regard. Je le vois rougir aussi, légèrement. Mais, malgré notre embarras évident, nous nous dévisageons quelques secondes. Je finis cependant par me détourner, mal à l’aise. Ses regards deviennent carrément gênants. Est-ce une habitude chez lui de regarder les femmes de la sorte ? Est-ce un jeu ? Ne sachant que penser, j’entraîne soudain Claire à l’écart et lui demande brutalement :
Parle-moi de Hugo Delaroche, c’est un coureur de jupons ?
Tu rigoles ! s’étrangle Claire en ouvrant de grands yeux, surprise par cette étrange question.
Cet homme est bizarre, je reprends en essayant de me calmer. Il n’arrête pas de me regarder.
Ouah ! fait mon amie en rigolant, gentiment moqueuse. Quelle horreur !
Ce n’est pas drôle ! je proteste vivement. C’est franchement gênant.
Claire me regarde fixement durant un petit moment, sans prononcer un mot, puis finit par éclater de rire. Elle me donne l’impression d’avoir affaire à une folle.
Anna, t’es sérieuse ?
Mais oui ! je fais le plus sérieusement possible, sans remarquer son air de plus en plus éberlué. Il est venu discuter avec moi dans l’avion et je l’ai trouvé franchement… euh… bizarre.
Il est venu discuter avec toi dans l’avion ! répète mon amie en écarquillant une nouvelle fois les yeux.
Mais oui ! je persiste en me demandant si elle le fait exprès d’être à ce point obtus.
Bon sang, t’as dû vraiment lui taper dans l’œil ! s’écrie-t-elle en ayant apparemment du mal à le croire. Hugo Delaroche ne se mélange jamais aux adhérents, ne prend jamais la peine de discuter avec nous. Il est froid comme un iceberg. Tu sais, cela fait huit ans que je travaille dans le Groupe, je ne lui ai jamais parlé. Tu imagines ?!!!
Mais…
Franchement, Anna, reprend Claire après un silence, si tu plais à cet homme, tu es une sacrée veinarde. J’aimerais bien que ce type daigne poser les yeux sur moi mais il est fidèle à sa femme comme un chien à son maître !
Ce n’est pas un coureur, alors ? je dis faiblement, ne sachant que penser.
Sûrement pas ! proteste-t-elle avec véhémence. Je ne l’ai jamais vu accorder le moindre regard ou geste déplacé envers une femme.
JA-MAIS
.
Après cette discussion avec Claire, j’avoue que je reste un moment sur un petit nuage. « Est-ce possible ? », je me demande de nombreuses fois en sirotant mon cocktail. Se peut-il qu’un homme beau comme un Dieu puisse me trouver « intéressante » au point de se comporter étrangement aux yeux des adhérents ? J’ai envie d’y croire même si je sais que cela n’est pas raisonnable. Ce type est marié, je suis mariée. Nous sommes à un congrès professionnel, mon responsable est présent, le grand patron est présent. Je n’ai aucune envie de me faire remarquer. Les regards sidérés des adhérents dans l’avion m’ont suffi. J’imagine un peu les réflexions : « La petite dernière adhérente a le béguin pour notre directeur France ». Je sais que les cancans vont vite dans le Groupe, je n’ai pas envie d’en faire les frais. Non, merci, très peu pour moi.
En regardant les danseurs faire leur chorégraphie, je me promets alors d’éviter ce type. Je ne suis pas certaine d’être capable de lui résister longtemps. Oui, je sais, cela peut choquer mais l’endroit me rend tellement euphorique que je ne sais pas si je réussirai à rester maîtresse de mes faits et gestes. En six ans de mariage, je n’ai jamais, jamais, trompé Antoine. Je n’y ai même jamais pensé, mais Hugo Delaroche me met dans un drôle d’état. Face à lui, je me sens étrangement… différente. Je crois que je serais prête à faire une bêtise avec lui. Mais qui ne craquerait pas devant tant de beauté et de charisme ?
« Non, non, je ne suis plus une gamine ! », je me raisonne très vite. Je suis mariée et j’ai toujours été une femme fidèle. Je dois être capable de contrôler mes hormones. Je dois oublier ces frissons dans le creux de mon dos, ces bouffées de chaleur lorsque je sens son regard bleu glisser sur moi, ces petites crampes à l’estomac… Je dois l’éviter, impérativement.
Bonsoir, fait soudain une voix grave juste derrière moi, interrompant brutalement mes pensées indécentes.
Avant même de me retourner, je reconnais sa voix et ne peux m’empêcher de devenir toute rouge en lui faisant face d’un bond. Hugo Delaroche se tient devant moi avec un verre dans chaque main tout en affichant un air décontracté. Pourtant, lorsque nos yeux se rencontrent, je vois bien qu’il est loin d’être aussi à l’aise qu’il veut bien me le montrer. En sentant mon cœur s’emballer sous son regard clair, je fixe sa petite fossette sur le menton, je la trouve vraiment craquante. Bon, d’accord. J’ai dit il y a un instant qu’il fallait que je l’évite mais là, tout de suite, j’avoue que je rêverais plutôt de lui passer les bras autour du cou. J’oublie instantanément les regards sidérés des adhérents autour de moi. Je ne vois même pas Claire et Sophie se pétrifier sur place, abasourdies.
Merci, je dis en prenant machinalement le cocktail qu’il me tend.
Vous avez fait bon voyage ? me demande-t-il en trinquant son verre contre le mien.
Très bien, merci, je réponds avant de m’enfiler une grande gorgée d’alcool.
Je vais être complètement saoule, je n’ai pas pour habitude de boire et c’est mon troisième cocktail. Hugo Delaroche me fixe en portant son verre à ses lèvres. Mon Dieu, que va-t-il penser ?! J’ai vraiment l’impression d’être une ivrogne, une femme sans aucune classe. J’aperçois néanmoins une petite lueur pétillante au fond de son regard. Il semble franchement amusé par mon comportement. Ou gentiment moqueur ? Je ne sais pas.
Vous aviez raison, je dis enfin après un silence, c’est le paradis ici !
Je ris soudain. Bon sang, cet homme est sympa, j’en reste convaincue. Je ne vois pas pourquoi je devrais rester si coincée avec lui. Après tout, je lui plais, pourquoi ne pas en profiter ? Flirter gentiment avec lui ne me déplairait pas. Bon, je crois que je suis un peu pompette, là ! Mon Dieu, si Antoine m’entendait.
Humm… le paradis, sourit-il en me fixant toujours. Dites-moi, enchaîne-t-il abruptement, depuis quand travaillez-vous pour le Groupe ?
Depuis six mois.
Comment se fait-il que nous ne nous soyons jamais rencontrés ? s’étonne-t-il.
Vous étiez absent à l’inauguration du magasin, je lui dis en le regardant droit dans les yeux.
… Effectivement, affirme-t-il après un silence. J’étais à l’étranger.
C’est étrange, j’ai l’impression qu’il tient absolument à se justifier devant moi.
Etes-vous de Vendée ? me demande-t-il, vraisemblablement très curieux.
Non, je suis née et j’ai grandi en Normandie, à Isigny-sur-Mer, je lui explique avant d’ajouter en riant : je suis certaine que vous n’avez jamais entendu parler de cette petite ville !
Je… non, effectivement, m’avoue-t-il en émettant un petit rire tout simplement craquant.
Nous buvons encore une gorgée de notre cocktail, sans nous quitter des yeux. Je le trouve vraiment sympa et de plus en plus attirant. D’ailleurs, je sens que ce sentiment s’avère réciproque. Il est clair qu’il ressent exactement ce que je ressens à cet instant présent : une folle envie de nous connaître personnellement, une folle envie de nous connaître… intimement…
Voyagez-vous souvent, Anna Beaumont ? me demande-t-il précipitamment, apparemment troublé.
Non, pas trop.
Je ris doucement. Je pense que nos fins de mois ne sont pas tout à fait identiques. Avec Antoine, qui est aussi panier percé que moi, nous galérons souvent pour boucler les fins de mois. Alors voyager...
Je suis folle de joie d’être ici ! je dis en essayant de prendre un air dégagé.
Tu n’imagines pas à quel point, mon gars !
C’est vrai que cet hôtel est magnifique.
Les congrès se passent toujours dans ce genre d’endroit ?
Non, François Gersse a fait très fort cette année.
Alors j’ai de la chance ! je souris en regardant autour de moi avec des yeux brillants.
Oh non ! Je me rends compte avec horreur que de nombreux adhérents nous observent avec incrédulité et semblent se poser beaucoup de questions. C’est affreux, j’ai l’impression d’être surveillée comme une personne fautive, une allumeuse, ou pire. Je retrouve aussitôt tous mes esprits.
Ma présence près de vous surprend beaucoup de monde, remarque Hugo Delaroche en se rendant compte de mon changement d’humeur.
Je me sens effrayée par tous ces regards.
Je n’ai pas pour habitude de discuter avec les adhérents, s’excuse-t-il vivement, comme pour se justifier. J’espère que cela ne vous ennuie pas ?
Que dois-je lui répondre ? J’avoue que discuter avec lui est fort agréable mais tous ces gens qui nous regardent comme si nous faisions quelque chose de mal me refroidissent considérablement.
Nous ne faisons que discuter, n’est-ce pas ? ajoute-t-il en me dévisageant attentivement.
Quelle étrange question. Je me sens rougir.
