Limérente - Lorena Veln - E-Book

Limérente E-Book

Lorena Veln

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Beschreibung

« C est l histoire du plus haut building de New-York qui se plaignait d être tout seul dans les hauteurs, puis un jour il rencontra plus grand que lui, et il pleura, Dégouté. » Recueil de poésie postmoderne.

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Seitenzahl: 58

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Elle était une fuite permanente.

Comme une grossesse extra-utérine.

— La République des Corneilles

TABLE

L’égoïste

L’abandonnée

Tempérance

Dialogue sur hypocrite

Pas touche

Les filles que personne n’aimait

Bénitier

Silence

Fille à maman

Multiple

Soirées nulles

Impératrice

Ma sœur

Dasein

Valmy

Alinéa

Schizophrénique

Tsunami

Requiem du Léthé

Pauvre humaine

Dialogue avec Deus

Malaise

Limérente

Admonition du mari

Dialogue avec Diabolus

L’ÉGOÏSTE

— Peut-être que je l’ai mal aimé, après tout. Lui qui m’était pourtant si doux. Peut-être que j’ai été cruelle.

Le garçon lui lança un regard noir, agacé, et lui dit des mots d’une douceur qu’elle n’avait rêvée qu’en écrit.

— Tu sais où il est, ton amour ? Pas dans tes mots, pas dans tes blagues, même pas sur tes lèvres. Non. Tu sais où il est, où il était ? répéta-t-il.

Elle attendit. Comme si elle se préparait à pleurer. Mais elle avait peur que ce soit trop tendre pour le mériter.

Il dit quand même :

— Ton amour, ma belle, il était dans le souffle avec lequel tu tentais de combler les carences qu’il te laissait. Il était dans cet espoir, dans cet exact désir. Il était dans tes explications, tes décorticages. Il était dans tes essais de quatre pages pour lui expliquer comment résoudre les problèmes qu’il laissait s’étaler. Il était dans tes tutos, ton amour. Dans toutes ces solutions que tu lui mettais dans les mains. Tu te crois douce avec toi-même, tu l’es souvent dans ton intelligence. Mais là, ma belle, que tu es dur. Que tu as la mémoire courte ! Tu te crois égoïste ? Mais avant, n’as-tu pas essayé d’être pour lui la plus solide, la plus sucrée, la plus maternelle des amante ? Où était-il, ton égoïsme plaisir, toutes ces fois où tu jouais la patiente ? Toi, qui es venu te calmer dans tes angoisses, tes tourments ? Lui as-tu reproché son aridité, son inconscience ? Hein, dis-moi qui t’a pleuré pour tes sensibilités écrasées ? Qui s’est senti coupable pour tes petites estocades, tes déchirures, tes humiliations, tes éraflures ?

Puis,

— Elle était moins visible, ta tristesse. Mais qu’est-ce qu’elle était épaisse, ta solitude ! Penses-tu qu’il aurait fait tant d’efforts plongé dans cette espèce d’incertitude ?

Plus véhément encore, plus enflammé,

— Tu l’as aimé comme il ne l’aurait jamais fait pour toi : tu l’as aimé sans amour. Tu l’as aimé à la seule force de ta tendresse. Crois-moi sur parole, jolie, il ne te suivra pas longtemps le jour où il te verra sans ivresse. Il ne fera pas la moitié de tes efforts le jour où il ne t’admirera plus. Alors n’oublie pas, et ne te sois pas trop assidue. Ne va pas confondre son amour d’évidence avec le tien combattu. Oui, tu l’as aimé comme il n’y a que les femmes pour le faire. Un amour difficile, arbitraire. J’espère qu’il l’a vu — que tes caresses se cachaient sous tes prières. Non, ne le laisse pas te le dire, et surtout ne te laisse pas y croire, que tu es égoïste.

Il la regarda,

sourit.

Elle pleurait.

— Ton amour, il était dans cette envie que tu avais de continuer à l’aimer ? Alors comment lire tous tes efforts, puis ta défaite, et te la reprocher ? N’as-tu pas essayé d’être exemplaire ? N’as-tu pas tout essayé pour sortir votre histoire du désert ? Oh, ma chérie, tu as été si seule, et si fidèle. Tu as été si femme, ma belle. Alors maintenant embrasse-toi, beauté, et sais : je ne vois en toi aucune forme de cruauté.

L’ABANDONNÉ(e)

À la dérobée

On m’a demandé

“Il te manque ?”

Et j’ai répondu, avec ce genre de sourire plein de peine.

“Bien sûr qu’il me manque

Dans les souvenirs

Plus que les douleurs présentes.

Il me manque

Comme on pleure une mélodie constante.”

Mais ce qui me manque plus que tout, ce n’est même pas ça. Ni ton prénom, ni ton rire, ni tes draps. Ce qui me brûle, Moi, Et qu’ils ne comprendraient pas, C’est que j’ai tourné le dos Dans notre distance À une partie de essence. J’ai perdu ma fonction, Mon soin, Ma tendresse en religion.

J’ai regardé l’amer ronger la mère, Tempérer le feu qui permettait ma lumière. Je me suis vue te remettre les clés de ta veille dont j’étais titulaire. Et je me demande Maintenant Qui calme tes enfers, Qui vient arroser tes déserts, Qui vient pointer du doigts les rayons de l’enfant solaire ? J’ai mal Au silence qui t’enrobe. J’ai mal Sur tes plaies claustrophobes. Comment discuter Cette impression

De manquer à mon rôle. Comme une sainte Reposant l’auréole. Cette impression d’avoir tourné le dos Au fils dont j’ai épaissi les fardeaux. Non, Bien sûr, Que je ne m’en excuserai pas. Car mon premier né, Mon plus grand protégé, Ne sera personne d’autre que moi. Mais l’élixir qui me sert de douleur est une fusion de trop de couleurs et ma certitude ne s’est jamais vraiment faite.

Cette part de moi,

Qui aimait vivre pour toi,

Ce bout d’immense que je tissais sur tes doigts,

A dû écouter les sermons

de mon autoritaire componction.

L’adulte qu’est ma préservation

A encadré l’enfant de ma dédication.

Par amour, il l’a sauvé de lui-même,

mais pour le sauver, il l’a arraché à lui-même.

Comprenez :

On a protégé la grande

En y tuant la belle.

Celle qui était à toi est devenue tellement autre

Qu’elle me manque parfois, la douce morte.

Me sens-tu encore familière

Derrière les froides palissades

de ma citadelle ?

Rare créature

Pour qui j’aurais pu m’imposer toutes les peines,

Je n’aurais jamais cru un jour

Devoir me préserver de toi.

Où est donc passée cette maison

Qui s’établissait dans tes bras ?

Si jamais vent nous ressoude,

Si jamais arabesque n’est dessinée par la foudre,

Tu auras toujours pour toi le plus doux des présent.

Oui,

Amour,

Tu auras eu de moi le parent

Et tu auras eu de moi l’enfant.

Toute la caresse

Et la patience

Et la tendresse

Au plus féminin de ma substance

Vivra ou mourra sur la scène qui l’a faite exprimer.

TEMPÉRANCE

Tempérez,

Oh, nos femelles.

Soyez plus grandes,

Plus fortes que nous.

Faites la révolution doucement, nos petites éternelles !

Oui,

Cherchez plus loin que le dégoût

ou que la haine de nous

pour habiller

Vos somptueuses prunelles !

Non,

Féministes,

Soyez intelligentes,

Soyez réfléchies,

Ne brulez pas vos récits

Dans la haine soudaine

De vos genoux fléchis.

Et si vous brûlez,

Perlez doucement sur les flammes.

Non,

Surtout,

N’hurlez pas.

N’alimentez pas la haine

Qu’on crache dans nos débats.

Nos quatre milliards de christ,

Nos beautés en délices,

Soyez meilleures que vos bourreaux.

Alors,

Ne divisez rien.

Aimez-nous,

Encore,

Apprenez-nous

Par de subtils accords.

Oui,

Vous êtes trop meilleures,

Pour répondre avec aigreur

À vos divines douleurs.

Oui, oui,

Nos déesses,

Réfléchissez-nous.

Retournez le monde d’une caresse.

Ravalez votre détresse.

Oui

Soyez malignes,

Mes féminines.

Soyez patientes,

Mes parentes.

Soyez logiques

Dans votre douleur.

Soyez politiques

Dans votre peur.

Soyez Amour

Sur notre mépris.

Oui,