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« Prunelles dans prunelles, bien narcissique, elle admire son propre corps, soupèse cette savoureuse lueur méchante derrière ses yeux : elle, quelle monarque, elle, le seul gros mâle bien viril qui l'aura jamais conquise." Recueil de poésies éparses
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Seitenzahl: 61
Veröffentlichungsjahr: 2024
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La beauté sera convulsive, ou ne sera pas.
« Nadja », André Breton
Jeunesse dépravée
Mauvaises aimantes
Flemme
Mariée de parodie
En
nuit
Dialogue sur mélomane
Fin’amor
Dissemblance
La monstrueuse
L’ocytocine est morte, l’éternel un peu partout
Imbéciles, gentils amants
Pétasse d’opéra
L’Amour et l’Aimé
Souveraine
Cette nuit
Vingt ans
L’insatisfaite
Juin
Quête
Arrogance
Insomnie
Mélodie, Mélancolie
Mâle
Délicatesse
Panique de la morale
Lettre d’amour à la littérature
La mort de l’ego
Vogue au balcon
Vin blanc
X
Slow motion
Stryge
Fiole de laudanum
Heintzman de cristal
Sorgue
On critique souvent la Jeunesse pour son manque de finesse.
Les générations antérieurs doivent nous trouver gras, ronds, lourds. On a pas lu les pléiades, on aime le rap qui crache les asphalteuses, on a saigné du watpad, on a perdu nos heures sur l’humour de YouTube, on a gavé nos egos sur les applis de rencontre, on s’est chauffé sur PH, on film les concerts qu’on a devant les yeux, on se met en scène, on s’invente bien, on compte les likes tombés sur nos parades soignées.
Les générations antérieurs nous prennent en pitié, comme attristées de nous voir vivre dans le Monde qu’elles ont ensemencé. Et bien, générations antérieurs, ne soyez pas trop sévères, car il y a tant de choses que vous ne savez voir. Notre Jeunesse n’est pas juste grasse, elle est sémillante. Elle est l’adolescente immortelle, terrifiée à l’idée de s’endormir. Elle est l’ultra vigilante à qui on a arraché l’innocence. Elle est celle qui parvient encore à rêver, du matin jusqu’au soir, sur un sol en feu. Elle est celle qui pleure, mais qui se soulève.
Non, nos langages n’ont plus la patience des classiques du XVIIe. Pas d’arguties, que des engueules. On a la douceur des faux caïd, l’empressement des gamins, mais les chaleurs des PAM. On est les artistes pécheurs, capable de redonner les subtilités aux mains des évidences.
Non, on n’a pas le gout du travail, juste celui de la Passion. Et si la société n’a pas assez de place pour nos fantasmes minables, on la réinventera. Parce qu’on est les enfants de Narcisse, et que ça ne nous fait pas plus égoïstes. Parce qu’on se prend tous pour des personnages principaux, et que nos interactions en deviennent caustiques.
On est la Jeunesse désorganisée, aux amours frelatés.
Oh, parents, mif, anciens, oncles lointains, ne crachez pas trop sur nos amours. N’ignorez pas la crevasse entre vos mariages et les nôtres. Notre Jeunesse se disperse sous la Terreur du choix, la votre n’avait que des évidences. Le destin nous a lâché, et l’horoscope ne nous sauvera pas. On peut toujours avoir mieux, avoir plus. Nos organes sont les sales seaux des danaïdes. Et puis vos ratés nous donnent envie de tout recréer, d’extraire une nouvelle essence de sous les draps, les distances, et les désillusions.
Notre romance est loin d’être morte. On a toujours nos lettres, nos poèmes, nos messages du soir, nos gloussements imbéciles. Seulement le sacrifice est un lyrisme délavé. L’un pour deux est une tragédie surannée. On veut aimer sans rien perdre, et on veut vous prouvez que c’est possible.
Alors respectez nos amours, car ils ont bien du courage.
On est la Jeunesse du vrai Spleen, avide de tout, qui à défaut de faire du pur, fera du Beau.
Nos peaux lisses et nos hormones agitées méritent bien votre foi.
Certaines créatures ont déjà dévoré leurs âmes sœurs.
Trop plein pour être des amoureux talentueux, ils se laissent aimer de loin, comme déployant une grâce présidentielle, un prêt d’intimité hermétique. Ils ne calculent rien en captant tout, tellement peu concernés par l’affection qu’on leur porte. Flattés, bien sûr, mais tellement peu concernés. Et ce ni du scepticisme, ni du trauma collant, seulement un manque de place entre leurs tripes pour croire personnel un autre. Une neutralité à toute épreuve qui jouerait presque avec les limites d’une violation de consentement. Sirotant les affections comme une boisson non essentielle, le lyrisme des amants caustiques fume entre leurs doigts. L’interdépendance passionnelle est à sens unique, car l’hymen s’est déjà tissé entre l’âtre et l’être.
Voilà leur grand malheur : il ne leur manque rien.
Tarrare, tu as déjà englouti ton grand amour. Fidèle à toi-même — comme ces filles gentilles qui ne regardent que leur époux car ils leur suffisent. Ton âme déborde d’une ancienne union, maintenant tu ne pourras jamais être une compagne dévouée, seulement une souveraine tiède qui se laisse aimer en s’aimant.
Candide, j’en ai marre de cultiver des jardins.
Je rêve des messages sans forme, des passions sans travail. J’ai tant de chose à dire, et si peu de manière pour.
Le trou du talent par lequel on filtre nos mille et une philosophies, il est trop étroit. J’ai envie de l’arracher, de le distendre jusqu’à l’absurde. C’est trop frustrant, de devoir raconter des couleurs pareilles avec des armes si pauvres.
Art, tu es trop lent. Public, tu es trop sec.
Je veux cesser les détours subtils, les alchimies discrètes, les techniques de plume. Parfois, j’ai juste envie d’exposer la fin avant le début.
Mais je les connais les limites de cette flemme impatiente. Vouloir tout dire d’un coup, c’est rester statique. Et si Dieu l’avait eu, je ne serais pas là pour me plaindre.
« — Mais pourquoi ? M’épouser ? Se marier ? Déraisonnable heureuse, c’est trop facile. Explique, justifie, élabore. Quel pourcentage de réussite, quels risques que ça fuite ? Quels projets de taxes foncières, quels lieux, quel notaire ? Dans une Eglise, pourquoi, es-tu croyante ? N’essais pas d’être épouse si tu ne joue qu’à l’amante ! Merde ! La folie en arrière-plan lointain, d’accord ! L’extravagance pour des détails, entendu ! Mais des choix de folie ? Immature gamine, c’est parce que tu ne sais encore rien que tu peux être si colorée. Car s’offrir une douceur si facile, tout le monde sait bien que c’est un fantasme d’arriérée ! Où est donc notre labeur ? Où se cacheraient nos pleurs ? Pourquoi en as-tu besoin, putain ? Combien d’enfants promets-tu de pondre ? Combien de noëls dans la famille seconde ? Pourquoi vouloir ça, bêtasse ? Avec quels relevés sociologiques innocenter ton audace ? Soit tu es niaise, soit tu es malade. Alors ? Viens blanchir ton anomalie, réhabiliter ta magie ! Explique, dieu diable, parents, pourquoi donc ?
— Parce que c’est joli. »
«— Moi je l’emmerde ton mélodramatisme de pouilleux. Ce n’est pas mon problème si tu n’as pas le courage de te donner les moyens d’être heureux. De La La Land, je ne garderais que la danse du début, où ils chantent sur les capots des voitures, et au diable le reste. Parce que être triste, ça ne m’amuse pas plus qu’une semaine. Et si tu ne veux pas me suivre, je partirais toute seule. »
