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Astrid entre au collège cette année, c'est un gros changement, elle n'a pas le temps de s'ennuyer. Et pourtant, elle ne peut se résoudre à oublier Magna Terra Floris. Elle aimerait bien y retourner mais la fluorite reste désespérément éteinte jusqu'au jour où elle brille enfin. Seulement, le moment est vraiment mal choisi ! Justement le jour où son correspondant anglais, Alistair, est chez elle ! Mais une promesse est une promesse et c'est en nombre qu'Astrid et Monsieur Léon répondent à l'appel de la reine Anna-Luce Fleur de Lotus. Et cette fois, l'affaire est grave. Les fleurs sont atteintes d'un mal étrange que rien ne semble arrêter. Tellement ont déjà péri, comment faire pour trouver le remède ? Entre urgence et révélations, nos amis ne sont pas au bout de leurs peines. Et pour couronner le tout, le doute s'installe : et si, cette fois-ci, ils ne pouvaient rien faire pour Magna Terra Floris ?
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Seitenzahl: 185
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Où est le poison, la nature a voulu que l’on trouvât le contre-poison : là où est la maladie, on peut trouver le remède.
Alexandre Dumas Père
Pour tous ceux qui n’abandonnent jamais,
Page de copyright
Epigraphe
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Plus d'infos
REMERCIEMENTS
DIMANCHE 28 AOÛT 2022
Mon cher journal, hier c’était mon anniversaire. J’ai eu onze ans. Je m’appelle Astrid et toi, tu es le cadeau que maman m’a fait. En me tendant le paquet, elle m’a dit que je pourrai tout te confier. Mes interrogations, mes angoisses, mes secrets. Tu es mon premier journal, alors je ne sais pas si je fais les choses comme il faut mais ce n’est pas grave puisque personne d’autre que moi n’a le droit de te lire. Je suis très contente que maman ait fait ce choix. Tu es le meilleur cadeau dont je pouvais rêver. Tu te demandes peut-être pourquoi ? Eh bien, c’est parce qu’il s’est passé tellement de choses dans ma vie ces derniers mois, des choses extraordinaires que je ne peux pas raconter à mes amies. Je dois garder le secret et ce n’est pas facile tous les jours.
LUNDI 29 AOÛT 2022
J’ai bien réfléchi et je crois que je vais te donner un nom, qu’en penses-tu ? Mon cher journal, ça fait un peu dépassé, tu ne trouves pas ? Si je t’appelais Bernardo ? Tu sais, comme dans Zorro. Ou, non, plutôt Secrétor, ça claque ! Non, ça y est, je sais. Je vais t’appeler Motus.
MARDI 30 AOÛT 2022
Bonjour Motus ! Aujourd’hui, je suis allée chez Jade. Jade, c’est ma meilleure amie depuis que je suis arrivée à sa fête d’anniversaire avec le plus beau des déguisements ! C’était au printemps dernier. Juste après ma petite escapade à Magna Terra Floris. Magna Terra Floris ! C’est justement un des secrets que je voudrais partager avec toi. Bon, je me lance !
Au printemps dernier, maman m’a déposée chez notre voisin Monsieur Léon pour quelques jours. Elle devait aller travailler. Je ne te l’ai pas encore dit mais maman est infirmière, elle s’appelle Evelyne Dupré et nous vivons toutes les deux. Donc, quand elle ne peut pas s’occuper de moi, c’est Monsieur Léon qui s’en charge. Il m’avait autorisée à jeter un œil dans son grenier pour trouver un costume pour cette fameuse fête. Le thème, c’était les fleurs. J’ai été servie ! J’ai trouvé une chemise top dans les affaires de Monsieur Léon. Mais, pas que. J’ai également découvert un miroir magnifique qui nous a ouvert un passage vers un monde parallèle : Magna Terra Floris. Un monde où les fleurs parlent, où elles marchent, où elles courent, où elles volent même ! Je sais que c’est difficile à croire et c’est pour ça que la reine Anna-Luce Fleur de Lotus nous a demandé de garder le silence sur leur existence. La reine qui avait disparu juste avant son couronnement et que nous avons retrouvée avec Monsieur Léon, les violettes, et la compagnie des Bleuets. Nous avons voyagé dans les airs grâce aux arbres catapultes ou aux mouches velues, les abeilles. J’ai adoré ça !
MERCREDI 31 AOÛT 2022
Dernier jour de vacances ! Tu te rends compte, Motus ? Demain, je rentre en sixième ! J’espère que ça va bien se passer. J’ai visité le collège avec l’école en juin. C’est super grand ! J’espère que je serai dans la même classe que Jade ! Je suis un peu stressée mais je me dis que ça ne peut pas être pire que lorsqu’on a débarqué chez les fleurs la première fois et qu’on a fini en prison ! C’est rassurant. Bon, je te laisse. Il faut que je prépare mes affaires pour demain !
JEUDI 1er SEPTEMBRE 2022
Ça y est ! C’est fait ! Je suis officiellement une nouvelle élève de la classe de sixième B du collège Charles DARWIN. C’est super, Motus, je suis dans la même classe que Jade !
VENDREDI 2 SEPTEMBRE 2022
Ça rigole pas la sixième ! J’ai déjà toute une tartine de devoirs à faire alors que je n’ai même pas rencontré tous mes professeurs ! Maman m’a dit qu’il allait falloir apprendre à s’organiser. Il ne faut pas attendre le dernier moment pour se mettre au travail. Ce n’est pas facile ! Enfin, je suppose que je vais m’y faire.
SAMEDI 3 SEPTEMBRE 2022
J’ai fait mes devoirs ce matin. Ce n’était pas très compliqué, tant mieux ! On fait des révisions pour l’instant. On doit aller à la mer cet après-midi avec maman et Adrien. Ils passent de plus en plus de temps ensemble ces deux-là ! Monsieur Léon préfère rester au calme. Il a besoin de repos. C’est un vieux monsieur, après tout !
VENDREDI 9 SEPTEMBRE 2022
Excuse-moi Motus, ça fait une semaine que je ne t’ai pas écrit mais je n’ai pas eu une minute à moi entre les courses pour compléter ma liste de fournitures et les devoirs. Ça y est, j’ai rencontré tous mes professeurs. Ils ont l’air gentil sauf monsieur Cadiou, mon prof d’EPS. Il a des sourcils énormes, on dirait un hibou. Il me fait un peu peur. Et pour le premier cours, il nous a fait courir autour du plateau pour voir ce qu’on valait en endurance, comme il dit. Je déteste courir en rond, sans but. Et en plus, il a un sifflet. Je trouve qu’il s’en sert un peu trop. Il ne m’a fait aucune réflexion mais il a dit à Jade qu’elle avait beaucoup de progrès à faire. Elle s’en fiche, elle n’aime pas le sport de toute façon et le sport le lui rend bien ! Mais, de mon point de vue, ce n’est certainement pas comme ça qu’elle va l’apprécier. Moi, j’ai trouvé ça tellement injuste. Tu crois qu’il a déjà voltigé dans les airs, Motus ? Parce que moi, oui ! À Magna Terra Floris ! Et je me demande bien comment monsieur Cadiou aurait fait là-bas…
LUNDI 19 SEPTEMBRE 2022
Je sais que je ne t’écris pas aussi souvent que je le devrais, mais ne m’en veux pas. Je suis super occupée ! Entre le collège et les activités qui ont repris, je ne m’ennuie pas ! Je me suis inscrite dans un club d’escalade, j’y vais les mercredis et les samedis après-midi. C’est cool ! J’adore grimper ! Pour l’instant, c’est en intérieur. Mais le moniteur nous a dit qu’on pourrait très bientôt aller en milieu naturel, j’ai trop hâte, je suis sûre que ça va être super méga cool !
VENDREDI 30 SEPTEMBRE 2022
Ça fait un mois que je suis en sixième. J’ai déjà eu quelques contrôles. Je ne m’en suis pas trop mal tirée. Surtout en anglais. J’adore madame Caldwell. Elle est super gentille et avec elle, je fais de gros progrès. Elle m’a dit que si maman était d’accord, je pourrais aller en Angleterre pendant les vacances, sa sœur habite du côté de Carlisle, je ne sais pas où c’est mais j’ai très envie de le découvrir.
MERCREDI 12 OCTOBRE 2022
Bon, ben c’est tombé à l’eau pour l’Angleterre. Maman ne veut pas me laisser partir toute seule. J’ai tout essayé. Je lui ai fait remarquer que j’étais bien allée à Magna Terra Floris par deux fois et qu’elle n’était pas là ! Tant pis. Maintenant, il faut que je le dise à madame Caldwell.
JEUDI 13 OCTOBRE 2022
Ça fait trois mois aujourd’hui que nous sommes revenus de Magna Terra Floris. Et je me demande comment ça se passe là-bas. Je vérifie tous les jours la fluorite. Et tous les jours, elle reste invariablement terne. Elle ne brille plus. J’aimerais bien y retourner.
VENDREDI 14 OCTOBRE 2022
C’est génial Motus ! Madame Caldwell a eu une idée fantastique. Sans rien nous dire elle a organisé un jumelage avec un collège en Angleterre. Et nous allons recevoir nos correspondants pendant les vacances de la Toussaint ! Tu te rends compte ? Les vacances, c’est la semaine prochaine ! C’est trop bien ! Et au printemps, c’est nous qui irons les voir !
Et ce qui est encore plus génial, c’est que maman est d’accord ! C’est bizarre d’ailleurs comment elle a changé d’avis. Je me demande si Adrien n’est pas derrière tout ça.
Mais au fait, je ne t’ai pas parlé d’Adrien ! Adrien est le fils de Monsieur Léon. Il avait disparu il y a des années. Je ne connaissais même pas son existence il y a encore peu ! Tout ce temps, il était coincé en Terra Tribuli, chez les ennemis de Magna Terra Floris. Nous l’avons fait évader de prison cet été et on a réglé leur compte aux Chardons. C’était dangereux, évidemment, et bien plus que lors de notre premier voyage finalement. Mais grâce à ce second voyage, j’ai découvert que j’étais claustrophobe.
LUNDI 17 OCTOBRE 2022
Madame Caldwell nous a donné le nom de nos correspondants aujourd’hui. Le mien s’appelle Alistair Gardner. Nous avons préparé une petite fiche pour nous présenter. Il me tarde d’être à vendredi !
JEUDI 20 OCTOBRE 2022
Je ne sais pas si je vais dormir cette nuit, Motus. C’est demain que les Anglais débarquent ! Nous allons passer toute la journée ensemble et puis, Alistair rentrera à la maison avec moi. J’espère qu’on va bien s’entendre. Maman a préparé la chambre d’amis, il doit rester une semaine.
Samedi, Monsieur Léon et Adrien doivent venir manger à la maison. On devrait passer toute la semaine prochaine ensemble. Maman a réussi à avoir des vacances. Ça va être les meilleures vacances de toute ma vie !
VENDREDI 21 OCTOBRE 2022
Ça y est : Alistair est à la maison. Il est super gentil ! Il parle un peu français et moi un peu anglais. On arrive à se débrouiller ! Et puis maman est là pour nous aider quand ça devient trop compliqué. Et en plus, il est super mignon ! Les cheveux clairs, les yeux bleus et des taches de rousseurs sur les joues. Il rougit quand il n’arrive pas à se faire comprendre. Je ne sais pas si je suis en train de tomber amoureuse. En tout cas, je me sens toute bizarre. J’ai comme des papillons dans le ventre. Je me demande si je lui plais.
SAMEDI 22 OCTOBRE 2022
Alistair vient avec moi à l’escalade cet après-midi. Il en fait en Angleterre, du moins, c’est ce que j’ai compris. On va bien s’amuser ! Et ce soir, on mange des crêpes !
— Maman, c’est nous ! On est revenus !
Je claque la porte d’entrée. Ça sent bon ! Ça sent les crêpes ! Alistair ferme les yeux et hume l’air, le menton relevé et les narines frétillantes :
— It smells really good ! What is it ? Euh, je veux dire… le odeur…
— Les crêpes, ça sent les crêpes. Tonight, we…eat crêpes.
Alistair a les yeux qui s’illuminent. On dirait que le menu lui convient. J’adore son accent. Je pousse un petit soupir tout en l’observant. Maman sort de la cuisine en essuyant ses mains sur son tablier.
— Alors, les enfants c’était bien l’escalade ? Was it good, Alistair, climbing ?
— Oh, yes madam, it was terrific !
— On s’est bien amusé maman ! Et on a grand faim !
Je regarde Alistair qui confirme en hochant la tête. Maman reprend en repartant vers la cuisine :
— Alors, allez vous doucher et vous changer. Monsieur Léon et Adrien ne vont pas tarder. Go and have a shower, our guests are about to arrive.
Nous montons quatre à quatre les escaliers. L’élégance britannique n’est pas un mythe. Alistair me laisse passer en premier à la douche. Il me dit qu’il va envoyer un message à sa famille pendant ce temps-là. Je lui promets de faire vite :
— Quick. I do quick.
Il me sourit. Je ne sais pas s’il a compris. Je m’enferme dans la salle de bains. Je me déshabille et me jette sous la douche. L’eau chaude délasse mes muscles endoloris par la séance d’aujourd’hui. Une idée qui m’arrache un sourire me passe alors par la tête, je me dis qu’Edouard s’entendrait super bien avec Alistair ! Je coupe l’eau et m’enroule dans une serviette épaisse. Je m’essuie rapidement, me passe un coup de brosse dans les cheveux puis j’enfile mon peignoir. J’ouvre la fenêtre pour évacuer la buée. Je m’asperge de déodorant puis jette un coup d’œil à mon reflet dans le miroir. Ce que je vois me satisfait, je sors. Je n’ai pas dû mettre plus d’un quart d’heure. C’est un record ! J’appelle Alistair :
— Alistair ! You can go !
Il me répond à travers la porte de sa chambre légèrement entrouverte :
— Oh, thank you Astrid !
Je m’engouffre dans ma chambre tandis que j’entends ses pas se diriger vers la salle de bains. J’ai le cœur qui s’emballe. Je me secoue :
— Allons, ma grande ! Redescends un peu !
Pour la première fois de ma vie, je me soucie de mon apparence. J’ai envie de plaire à ce garçon. Je ne vais certainement pas me mettre en pyjama, de quoi j’aurais l’air ? Je mettrais bien ma robe que la reine m’a offerte mais j’ai peur que ça fasse trop habillé. J’étale quelques tenues sur mon lit comme je l’ai déjà vu faire dans des films. Je ne comprenais pas alors pourquoi elles se mettaient dans un état pareil. Je commence à comprendre ! Je ne sais que choisir. J’entends la porte de la salle de bains s’ouvrir à nouveau. Oh mon Dieu ! Alistair va être prêt avant moi ! J’opte donc pour un joli pantalon en toile noire et un chemisier à fleurs – évidemment ! – roses et bleues. J’enfile mes ballerines de Magna Terra Floris. Je n’ai pas le temps de ranger tout mon bazar qu’on frappe à la porte. C’est Alistair :
— Astrid ! Tu es ready ?
Je jette les vêtements sous mon lit puis cours jusqu’à la porte que j’ouvre d’un coup.
— Yes ! On descend ?
Je referme prestement la porte, je n’ai pas envie qu’il s’imagine que je suis une souillon ! Nous sommes dans l’escalier quand la sonnette retentit. Je crie en direction de la cuisine :
— J’y vais maman !
— Merci Astrid ! J’ai presque fini ! Tu peux installer tout le monde dans la salle à manger, s’il te plaît ?
— Bien sûr !
Alistair reste planté au milieu de l’escalier ne sachant s’il doit descendre ou bien retourner se cacher dans sa chambre ou peut-être même dans un trou de souris. Je lui fais de grands gestes pour qu’il me rejoigne. Deuxième coup de sonnette, nos visiteurs s’impatientent. Je ne sais pas ce qu’il me prend alors, je rebrousse chemin et viens glisser ma main dans celle de mon correspondant. Il est gêné. Moi, aussi. Je le tire jusqu’à la porte d’entrée. Mon cœur risque de rompre à tout moment. Je n’ai pas envie de retirer ma main mais il le faut bien. J’ouvre la porte et je m’exclame :
— Monsieur Léon ! Adrien ! Entrez ! On n’attendait plus que vous !
Je suis sincèrement ravie de voir mes voisins. Ils entrent sans faire de manières et suspendent leur veste à la patère. Tout en recoiffant les quelques mèches de cheveux qu’il lui reste, Monsieur Léon souffle :
— Brrr ! Quel temps de canard !
Adrien me fait un clin d’œil et ajoute :
— Un froid de chien !
Je souris. Ils forment un beau duo. Je suis contente qu’ils se soient retrouvés et je repense à tout ce par quoi nous avons dû passer pour en arriver là. Je me perds dans mes pensées jusqu’à en oublier que je tiens toujours un garçon par la main. Adrien me bouscule, il attend que je fasse les présentations.
— Euh, oui… Adrien, Monsieur Léon, je vous présente Alistair, mon correspondant anglais.
Je me tourne alors vers Alistair et dis d’une voix que j’aurais aimée plus assurée :
— Alistair, this is Adrien and Monsieur Léon, they live in the house next door.
Adrien tend la main à Alistair, un sourire franc aux lèvres :
— Nice to meet you Alistair. I hope you’ll enjoy your stay in Brittany.
— Thank you, Sir.
Alistair est intimidé par Adrien. Monsieur Léon à son tour s’approche du jeune garçon et lui tapote l’épaule :
— Bienvenue mon gars ! Je suis sûr que tu vas te plaire parmi nous !
— Merci, Monsieur Léone.
— C’est mignon ton accent mais je m’appelle Léon, pas Léone.
— Oui, Monsieur Léone.
En chassant l’air avec sa main, il dit :
— Laisse tomber. Je ne parle pas anglais alors t’as intérêt à te débrouiller en français. C’est pour ça que t’es venu de toute façon, non ? Sinon, mon fils va devoir faire l’intermédiaire et ça ne m’enchante pas plus que ça !
À voir la mine concentrée d’Alistair, j’en déduis qu’il n’a pas tout compris. Adrien me devance et lui explique :
— My father said that he doesn’t speak English but I do and I will be glad to translate if you need to.
— Thank you so much !
Puis Adrien s’adresse à son père :
— Papa ! Tu exagères ! Tu pourrais faire un effort, tu ne crois pas ?
Monsieur Léon hausse les épaules puis répond :
— Je ne vois pas ce que je peux y faire, je ne sais pas parler anglais ! Je n’ai pas eu le loisir de l’apprendre à l’école, moi ! Et de toute façon, à quoi cela m’aurait bien servi ? Je ne suis jamais sorti de France.
Je sens que la discussion risque de tourner au vinaigre. Je suis démunie. Je ne sais pas quoi faire pour éviter qu’ils abordent un sujet sensible : Adrien, deuxième du nom, le père de Monsieur Léon et par conséquent, le grand-père d’Adrien. Maman a des antennes, j’en suis sûre ! Elle arrive à point. Elle serre Monsieur Léon dans ses bras et embrasse tendrement Adrien sur la joue. Elle est toute gaie. J’aime tellement la voir comme ça. Elle claironne :
— J’ai fait des crêpes pour tout un régiment ! Qui a faim ?
La barrière de la langue n’est pas bien épaisse quand il s’agit d’écouter son ventre ! Tout le monde comprend qu’il est temps de passer à table !
Monsieur Léon, Alistair et moi nous dirigeons vers la salle à manger tandis qu’Adrien part aider maman à la cuisine. Nous nous installons autour de la table et j’entreprends de servir une boisson à nos invités.
— Monsieur Léon, qu’est-ce que tu bois ? Du whisky, comme d’habitude ?
— Oui, ma grande, s’il te plaît.
— And you, Alistair ? Apple juice ?
— Yes, please Astrid.
Je m’éclipse alors pour aller chercher le jus de pomme au frigo. Je pousse la porte de la cuisine en pestant :
— Maman, pourquoi t’as fermé la porte ? C’est pas pratique pour amener les plats ! Ben, qu’est-ce que t’as ? T’es toute rouge.
— J’ai chaud Astrid ! C’est toutes ces crêpes, ça m’a donné chaud.
— Ah… bon, vous venez ?
Adrien attrape le plat de crêpes et fonce vers la salle à manger. Maman le suit avec les confitures et autres pâtes à tartiner. Elle me demande de ramener le jus de pomme, le cidre et la chantilly.
Quand j’arrive, tout le monde m’attend. Monsieur Léon et Adrien se sont servi un verre de whisky tandis que maman attend le cidre pour compléter son verre où elle a déjà versé de la crème de cassis. Quand on mange des crêpes, elle prend toujours un kir breton. Je ne l’ai jamais vu boire un autre alcool. Alistair me sourit quand il me voit avec la bouteille qui nous est destinée à la main.
— Breton apple juice ! dis-je fièrement.
Je nous sers puis nous levons tous nos verres au plaisir de se retrouver et de faire de nouvelles connaissances. Puis, nous nous jetons goulûment sur le plat de crêpes. Alistair, tout en retenue au début du repas, finit par nous imiter. Les adultes bavardent. Nous mangeons en silence. Nous ne savons pas de quoi parler. Même si Adrien a bien essayé de faire la conversation avec Alistair, ils n’ont pas les mêmes centres d’intérêt.
Et puis, ce n’est pas facile de s’exprimer dans une autre langue. Soudain, j’ai une idée ! On réfléchit mieux le ventre plein !
— Maman, est-ce que je peux aller chercher la tablette dans ta chambre pour pouvoir discuter avec Alistair, s’il te plaît ? Ce sera plus facile avec le traducteur.
— Bien sûr, Astrid. On aurait dû y penser plus tôt !
C’est vrai ça ! Il faut bien que la technologie nous serve à quelque chose !
— Merci maman. Euh, on peut rester à l’étage, s’il te plaît ? Vous serez plus tranquilles comme ça...
Maman me regarde d’un air entendu puis me dit que c’est d’accord.
— Alistair ? You come with me ?
— Sure, Astrid !
Et voilà que nous quittons la table pour aller au premier converser entre jeunes. Alors que nous arrivons au pied de l’escalier, j’entends maman et Adrien rire ; aux dépens de Monsieur Léon sans doute. Nous montons les marches. Je demande à Alistair de m’attendre sur le palier le temps que j’aille récupérer la tablette. Quand je reviens, il me dit quelque chose que je n’arrive pas à saisir. Il me prend alors par la main et m’emmène jusque devant ma chambre. Mon cerveau est en pleine ébullition. Qu’est-ce qu’il veut ? Quand on stoppe devant ma porte, il me fait signe de regarder dessous :
— Look ! The light ! Under your door ! What is it ?
Je le regarde, paniquée. Je regarde la lumière qui filtre sous la porte. Je le regarde de nouveau. Je n’ai pas le temps de réfléchir. J’entre dans ma chambre en bazar. Alistair va s’en rendre compte, tant pis. Il faut que je sache. J’ouvre le premier tiroir de ma commode et j’ai la confirmation de ce que je craignais.
— Monsieur Léon ! Adrien ! Maman !
Je dévale l’escalier. J’appelle. Alistair est resté scotché dans ma chambre. Je n’ai pas pris le temps de lui expliquer ce qu’il se passait. Les adultes déboulent dans l’entrée, l’air inquiet.
— Qu’est-ce qui se passe, Astrid ?
Quand ils aperçoivent ce que je tiens dans la main, ils deviennent aussi blancs que le mur derrière eux. Le premier à réagir est Monsieur Léon :
— Oh non, ça ne va pas recommencer ! C’est plus de mon âge tout ça !
