Mémento 2e degré du R.E.A.A. - Pierre Pelle Le Croisa - E-Book

Mémento 2e degré du R.E.A.A. E-Book

Pierre Pelle Le Croisa

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Beschreibung

Le grade de Compagnon est l’un des plus complexes, parce que c’est l’un des degrés symboliques les plus riches en thèmes du « Rite Écossais Ancien et Accepté ». Le Compagnon opératif et le Compagnon spéculatif, le grain de blé qui devient graine d’homme, les deux sphères entre Ciel et Terre, les arts libéraux entre tradition et modernité, le temple qui se construit par la géométrie et par les nombres, la pierre cubique à tailler, l’étoile flamboyante qui s’illumine… tout, à ce degré, fait appel à la Connaissance.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Initié au « Grand Orient de France » en 1981, Pierre Pelle Le Croisa est membre actif de la GL-AMF Passionné par la recherche dans les domaines de la science, de la philosophie, de la littérature et surtout de l’ésotérisme initiatique, écrivain engagé, il a publié une vingtaine d’ouvrages destinés au grand public (romans, essais littéraires et sociologiques, poésies, livres professionnels) et aux Francs-maçons (langages symboliques, mémentos du REAA, les couleurs des rites, Liberté-Égalité-Fraternité, humour maçonnique, etc.) Il écrit aussi dans les médias, et plus particulièrement dans de nombreuses revues et magazines maçonniques.

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Seitenzahl: 297

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Pierre PELLE LE CROISA

MÉMENTO 2e DEGRÉ

PAROLES DE COMPAGNON

« Dans les épreuves de la réception au grade de Compagnon, vous allez être mis en possession des moyens et des objets de la Connaissance pour vous réaliser. »

Éditions Numérilivre

SOMMAIRE

LES FONCTIONS ET LES FINALITÉS DU RITUELRappeler les définitionsQuelle est la fonction du rituel ?Les moyens du rituelLE COMPAGNON ET LE COMPAGNONNAGELes sources de la Franc-maçonnerieQue dit le rituel ?Un bref historiqueL’héritage compagnonniqueLes analogies de la Franc-maçonnerie avec la tradition compagnonniqueDe l’histoire au mytheLA PRÉPARATION DU RÉCIPIENDAIRELes sens du dévêtementLes points de différenciation avec l’initiation« SCHIBBOLETH »Le mot de passe du CompagnonMais pourquoi un mot de passe ?Que signifie-t-il ?Les Mystères d’ÉleusisL’esprit du bléLa « parabole du semeur et de la semence »« Schibboleth », un mot de passage vers le Compagnonnage ?LES OUTILSLe Compagnon possède le mot de passeLe métier de Franc-maçonTrois outils complémentairesLe cordeauLa « divine proportion » du triangle pythagoricienL’enjambéeLa symbolique de la perpendiculaire, du niveau et de l’équerreLes outils du perfectionnementLES DEUX SPHÈRESL’ouvrier de la vieLe globe céleste et le globe terrestre« Ordo ab Chao »Le monde et moiLes tracés finis de l’infiniLE PREMIER SERMENTLes secrets du métierLa sacralité du sermentL’objet du sermentLE PREMIER VOYAGE. LES SENSUn discours d’initiationLe monde de l’actionLes médiateurs de la conscienceLe cartouche des cinq sensLa science des sensPenser avec le corpsLe miroir de la conscienceLe maillet et le ciseauLE DEUXIÈME VOYAGE. L’ARCHITECTURELa beauté du cosmosL’Art royal du Grand Architecte De L’UniversL’art du traitLes cinq ordres d’architectureUne colonne vivanteDu plan au volumeLa règleLe levierLE TROISIÈME VOYAGE. LES ARTS LIBÉRAUXL’intelligence des hommes parfaitsL’ensemble des arts et des sciencesDu savoir-faire au savoir-êtreLa roue divineL’histoire des arts libérauxLa connaissance parfaiteLE TROISIÈME VOYAGE. LE « QUADRIVIUM »Le « quadrivium »Les arts des chosesLE TROISIÈME VOYAGE. LA GÉOMÉTRIELes rayons de l’hommeLe Grand GéomètreL’architecture du ciel et de la terreCarrés, carrés long et rectangles d’or des temples antiquesLe carré long des temples maçonniquesL’homme inscrit dans le templeLE TROISIÈME VOYAGE. L’ARITHMÉTIQUELe nombre fait l’ordreLe principe de toutes chosesL’arithmétique, l’arithmologie et l’arithmogéométrieLe langage des nombresLe 1Le 2Le 3Le 4Le 5Le 10LE TROISIÈME VOYAGE. L’ASTRONOMIELe chant des astresL’histoire de la géométrie et de l’arithmétique cosmiquesLe géocentrismeLes astres parfaits« Eppur’si muove ! »En tombant dans les pommes…Une pomme de TerreLa cosmomnèse, ou la connaissance de l’ordreLE TROISIÈME VOYAGE. LA MUSIQUELa musique en résonanceLes nombres sonoresL’eurythmie de l’âmeLes dix rythmes de l’être intérieurL’arithmétique secrèteLa musique et les paramètres du nombreLE TROISIÈME VOYAGE. LE « TRIVIUM »Des êtres de paroleUn souffle parlantLes signes, mots et attouchementLa triple voie de la connaissanceLes rapports du « trivium » avec le « quadrivium »LE TROISIÈME VOYAGE. LA GRAMMAIRELa racine et le fruitLa lettre et l’espritLes contremarquesLa cosmogonie des lettresLa mélodie des motsL’architecture du langageLE TROISIÈME VOYAGE. LA DIALECTIQUE (OU LOGIQUE).La dialectiqueLa parole, créatrice de l’hommeLe critère d’évidenceLes faits et les propositionsLa raison et la véritéLes principes directeursDes principes a priori, nécessaires et universelsDe l’empirisme au rationalismeRaisonnerLa logiqueL’analyse formelle du langageLe syllogismeLes universauxLes jeux de langageLE TROISIÈME VOYAGE. LA RHÉTORIQUE.L’art de l’éloquenceBien vivre et bien parlerLa rhétoriqueLE TROISIÈME VOYAGE. LES OUTILS.Par perpendiculaires et horizontalesLe fil à plombLe niveauLA MODERNITÉ DES ARTS LIBÉRAUX.La mauvaise étoile des dinosauresLes fossiles se rebellentLa leçon de la traditionLE QUATRIÈME VOYAGE. LES GRANDS INITIÉS.Les NumineuxQu’est-ce qu’un Grand Initié ?La mimèsis et l’exemplaritéPourquoi plusieurs Grands Initiés ?JésusMoïsePythagoreSocrate et PlatonConfuciusLes messages des Grands InitiésOù sont les Grands Initiés d’aujourd’hui ?Du niveau et du fil à plomb à l’équerreLE CINQUIÈME VOYAGE. LE TRAVAIL.Les mains libres« Gloire au travail ! »« Nous sommes appelés au travail »Le labeurRéhabiliter le travailL’amour du travailLe travail d’amourL’ÉTOILE FLAMBOYANTE.L’étoile mystérieuseLa géométrie de l’étoile flamboyanteMais laquelle ?La lettre « G »Les cinq sens de la lettre « G »La GénérationLa GéométrieLa GravitationLe GénieLa GnoseLa géométrie de la lettre « G »L’ENTRECROISEMENT DE L’ÉQUERRE ET DU COMPAS.Les outils opératifs et les outils symboliquesLa symbolique des représentationsLa symbolique des représentations de l’équerreLa symbolique des représentations du compasLa symbolique des représentations combinées de l’équerre et du compasLE SECOND SERMENT.« De ma propre et libre volonté… »« Sur les trois grandes lumières de la Franc-maçonnerie… »Les signesL’injonctionLa pénalisationLa mémorisationLA RÉCEPTION AU GRADE DE COMPAGNON.L’adoubementLa réceptionLA PIERRE CUBIQUE À POINTE ET LE PREMIER TRAVAIL DU COMPAGNON.La pierre cubique à pointePierre de nature ou pierre de culture ?Un édifice spirituelLa pierre fondamentaleLa hacheLe grand symbole du CompagnonLa pierre cubique à pointe dans le templeLA COLONNE « JAKIN » ET LE SALAIRE DU COMPAGNON.En pleine lumièreEn lui la forceL’INSTRUCTION DU NOUVEAU COMPAGNON.Sur le chemin du CompagnonL’instruction du gradeLa gestuelleLe signe d’ordreLe signe de reconnaissanceLa marche du CompagnonLA VÊTURE DU COMPAGNON.La bavette rabaisséeLes progrès du CompagnonDU COMPAGNONNAGE À LA MAÎTRISE.La tentation du partantLa passion du bel ouvrageLE TABLEAU SYNOPTIQUE DU 2E DEGRÉ.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUESDU MÊME AUTEUR

LES FONCTIONS ET LES FINALITÉS DU RITUEL

Rappeler les définitions

Tout rite repose sur un ou (des) mythe(s) qui en constitue (nt) la trame narrative.

Au deuxième degré du « R.E.A.A. », le mythe transpose sur un plan spéculatif la tradition opérative du perfectionnement au métier des « Compagnons du Tour de France » : cinq voyages symbolisent la progression spirituelle de l’initié vers la Connaissance.

Un mythe est composé de mythèmes : ce sont les plus petites unités de sens (les thèmes) qui forment le mythe. Par exemple, le rithème du premier voyage - qui se rapporte aux sens – souligne le fait qu’il ne peut y avoir de compréhension du monde sans perception des choses, que toute prise de conscience passe par l’emprise des sens.

Le rite ordonnance et formalise les messages que porte le mythe : il les théâtralise.

Le rituel est le canal par lequel s’exprime la « mise en ordre » du rite. Il le scénarise. Il est son « modus operandi », son mode opératoire (il mentionne les didascalies, il répartit les rôles, il distribue les jeux des acteurs).

À son tour, le rite se décompose en petites unités structurelles, les rithèmes (ou thèmes du rite). Un rithème est la partie du rituel qui image et représente un mythème.

Ainsi, le premier travail du Compagnon sur la pierre cubique lui montre qu’en taillant la matière, il œuvre, il crée ; et puisque, symboliquement, il s’identifie à la pierre, il l’incite à œuvrer sur lui-même, à se retailler, à se recréer.

Les symboles, quant à eux, transforment en images les idées qu’exprime le mythe : ils se voient (ils font appel à la mémoire visuelle) et ils s’expliquent (ils mobilisent la mémoire auditive).

Résumons : le rite image un mythe à travers des symboles qu’un rituel met en forme.

Dans toute démarche initiatique, le mythe est la référence (il raconte). Le rite ordonnance (il structure) et le rituel agence (il représente). Les mythèmes portent les messages (sur le fond, par la parole), des rithèmes les scénarisent (sur la forme, pour l’action), des héros (ou des archétypes) les modélisent, par l’exemple, comme idéaux humains.

Quelle est la fonction du rituel ?

Les actes rituels purifient le néophyte. Ils l’éclairent sur les errements de son existence passée : en s’éprouvant dans des épreuves, il prouve - et se prouve - qu’il est capable d’en triompher.

Libéré par la fonction purificatrice, cathartique du rituel, il apprend à vivre comme un « homme nouveau » dans ce « nouveau monde » qu’il découvre (celui du degré auquel il accède). L’instruction du grade éclaire sa progression dans le rite.

Les moyens du rituel

Si les fonctions du rituel sont explicites, il nous reste à déterminer quels sont les moyens dont il dispose pour les accomplir. Nous savons qu’il est bâti sur une séquence chronologique des rithèmes. Pour l’élévation au grade de Compagnon, elle est la suivante :

1.   Le Compagnon et le Compagnonnage.

2.   La préparation du récipiendaire.

3.   « Shibbolet ».

4.   Les outils.

5.   Les deux sphères.

6.   Le premier serment.

7.   Le premier voyage. Les sens.

8.   Le deuxième voyage. L’architecture.

9.   Le troisième voyage. Les arts libéraux.

10.  Le quatrième voyage. Les Grands Initiés.

11.  Le cinquième voyage. Le travail.

12.  L’étoile flamboyante.

13.  L’entrecroisement de l’équerre et du compas.

14.  Le second serment.

15.  La réception au grade de Compagnon.

16.  La pierre cubique à pointe et le premier travail du Compagnon.

17.  La colonne « Jakin » et le salaire du Compagnon.

18.  L’instruction du nouveau Compagnon.

19.  La vêture du Compagnon.

Le milieu est sacralisé : les paroles y deviennent des messages, des mots et des noms sacrés ; les actes se font attitudes, mouvements, marches, gestes et attouchements ; les objets finalisent des décors et des outils symboliques.

Dans ce contexte, le cadre situe l’action, les personnages l’animent, l’intrigue la dénoue. Le mythe relate, le symbole manifeste, le rituel représente. Leur constance, leur reproduction et leur répétition ordonnent, règlent et pérennisent le rite.1

1. Pour une étude plus approfondie des « Fonctions et finalités du rituel », voir le premier chapitre du « Mémento 1er degré du R.E.A.A. Paroles d’Apprenti. : « Le postulant, rituellement préparé, demande à être admis aux mystères et privilèges de la Franc-maçonnerie » (PELLE LE CROISA P., éd. Numérilivre, 2014).

LE COMPAGNON ET LE COMPAGNONNAGE

Les sources de la Franc-maçonnerie

Les rites maçonniques reposent sur une mythologie, dont les différents mythes constituent la tradition.

Cette tradition a de nombreuses sources : elle s’appuie sur les sources culturelles des hommes qui en ont écrit l’histoire,2 mais aussi sur d’autres registres, souvent proches, parfois éloignés : mystères égyptiens, initiations grecques, kabbale hébraïque, exégèse biblique et mythologie proto-testamentaire, fraternité compagnonnique, rites chevaleresques et épopée templière, pratique alchimique, thèses rosicruciennes, gnose hermétique, magie occultiste, doctrines mystiques et/ou illuministes – pour ne citer que les plus apparentes.

De là à faire remonter la Franc-maçonnerie aux origines du monde, il n’y avait qu’un pas que les premiers écrits maçonniques ont franchi (manuscrits « Regius » et « Cooke ») en la raccrochant à Adam par la filiation de Tubal-Caïn, et que les derniers écrits ont entériné en se référant à une « tradition primordiale » que René Guénon et ses successeurs ont validée en s’arc-boutant sur d’autres sources (indiennes et orientales).3

Si autant de lignes tirées ont permis aux Francs-maçons de remplir leurs paniers d’une pêche qui pourrait être qualifiée de « miraculeuse », il n’est pas étonnant que certains sceptiques comme Nefontaine se soient offusqué de ce « consternant florilège où l’extraordinaire le dispute à l’invraisemblable : la Maçonnerie dériverait des cultes à mystères, comme ceux de Mithra ou d’Éleusis ; elle serait tantôt une secte gnostique, tantôt une fille du Catharisme ; elle remonterait à l’Égypte ou à la Grèce antique, ou même… à la création du monde ! »4

Les excès du « florilège » fondant la critique, il est utile d’en revenir aux fondamentaux, c’est-à-dire aux textes des rituels pour dégager les seuls éléments qui doivent nous intéresser : ceux relatifs à « l’élévation au grade de Compagnon ».

Que dit le rituel ?

Le rituel précise que le « grand art de la Maçonnerie » est « un art sacré » : c’est celui de « la construction, par lequel nos prédécesseurs réalisaient l’enseignement traditionnel. » Voilà donc quel est le cœur de notre tradition.

Mais qui étaient nos prédécesseurs ? Les Compagnons opératifs étaient nos devanciers, nos précurseurs - affirme le rituel.

Leurs outils de travail sont devenus nos outils de pensées ; et nos voyages autour de la loge symbolisent leur Tour de France.

La tradition maçonnique fait donc formellement référence à la tradition compagnonnique.

Examinons-la.

Un bref historique

Avec l’essor des chantiers de construction d’églises et de cathédrales au Moyen-âge, le clergé fait appel à des laïcs compétents en matière d’œuvres sacrales : les « magister operis », les maîtres d’œuvre. Ces derniers recrutent une main-d’œuvre d’ouvriers qualifiés. Compagnons francs, libres de se déplacer de chantier en chantier, ils se regroupent en corporations de métiers. Ces corporations s’organisent et se fédèrent en « Devoirs ».

Le manuscrit « Regius » - le plus ancien recueil d’instruction connu de la maçonnerie opérative (1390) - évoque leurs règles.

Les dignitaires de l’Église, bien qu’utilisant les services des Compagnons, se méfient de ces confréries. En prêtant serment sur les « Évangiles », elles engagent leurs membres à garder le silence le plus absolu sur les pratiques de leurs loges et à « ne révéler ni à père, ni à mère, femme ni enfants, ni confesseur » les secrets de leurs rites. Pire ! Les prélats accusent leurs adeptes de dauber les mystères les plus sacrés : « Ils choisissent à l’initié un parrain, une marraine, lui donnent un nouveau nom, le baptisant par dérision et font les autres maudites cérémonies de réception particulières à leur métier selon leurs traditions diaboliques. »5

Frappées de la malédiction divine, les confréries sont condamnées à plusieurs reprises. Le 2 mars 1791 par la loi d’Allarde, puis le 14 juin de la même année par la loi Le Chapelier, la « Constituante » fait interdiction « à tous citoyens de même état ou profession, aux ouvriers et compagnons d’un art quelconque, de former des règlements sur leurs prétendus intérêts communs. »

Malgré ces dictats, le Compagnonnage continuera de progresser, tout en évoluant : la période de son apogée se situe dans la première moitié du XIXe siècle, notamment après la publication de l’ouvrage d’Agricol Perdiguier : « Le Livre du Compagnonnage ».

Enfin, consécration ultime : En 2010, le Compagnonnage est reconnu par l’U.N.ES.C.O. comme « patrimoine culturel immatériel » de l’humanité.

L’héritage compagnonnique

Y a-t-il filiation entre le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie ?

L’abbé Grandidier est le premier à l’affirmer (1782). S’inspirant de rituels de réception de 1245 (qui regroupent des secrets de métier, une instruction dialoguée, des voyages rituels), il associe l’avènement de la Franc-maçonnerie opérative aux dispositions prises par l’assemblée générale des tailleurs de pierre et des maçons de la cathédrale de Strasbourg (1315). Confirmés le 25 avril 1459 par l’assemblée générale de Ratisbonne, puis approuvés par l’empereur Maximilien en 1498, ces statuts unissent les quatre principales loges de la confrérie (Strasbourg, Cologne, Berne et Vienne).

Entérinée par Étienne Martin Saint-Léon à l’aube du XXe siècle, cette thèse devient profession de foi : « Il existe une institution dont l’antiquité n’est pas contestable et qui semble avoir présenté à l’origine des caractères voisins de ceux qui distinguent le Compagnonnage, si même elle ne s’est pas confondue tout d’abord avec notre institution : nous voulons parler de la Franc-maçonnerie. »

Poussant le raisonnement plus loin, d’autres chercheurs expliquent comment s’est vraisemblablement opéré le distinguo entre Compagnonnage et Franc-maçonnerie opérative. Ainsi Jean-Pierre Bayard écrit-il : « Selon ma thèse, ces deux sociétés ne formaient initialement qu’un seul groupe : ce n’est qu’au moment de l’essor architectural, lorsque les « ouvriers Passants »6 sont devenus fort nombreux, que les loges - ces abris de chantier où l’on étale les plans en discutant l’esprit de la construction - ont été trop exiguës, qu’une séparation s’est sans doute produite. […] On peut fort bien admettre que le Compagnonnage conserve ses ouvriers opératifs, alors que la Franc-maçonnerie opérative reçoit maîtres d’œuvre, architectes, patrons d’entreprises, sculpteurs, propriétaires de carrières et de forêts, transporteurs… tout un groupe plus instruit qui assume des responsabilités et qui a une position sociale plus élevée. » Au fil du temps, « les « spéculatifs » deviennent de plus en plus nombreux jusqu’à faire oublier à la Franc-maçonnerie opérative son origine manuelle. »

Le schéma de pensée est désormais tracé : C’est par la séparation du Compagnonnage et de la Franc-maçonnerie opérative, puis par l’adoption de plus en plus fréquente d’intellectuels dans la Franc-maçonnerie opérative (les « Maçons acceptés ») que l’on serait progressivement passé d’une Franc-maçonnerie initiatique de métier à une Franc-maçonnerie initiatique de pensée (ou spéculative).

Les analogies de la Franc-maçonnerie avec la tradition compagnonnique

La Franc-maçonnerie utilise donc de façon symbolique les outils du Compagnonnage. D’autres analogies, aussi marquées, renforcent l’identité : elles portent sur l’invocation au Grand Architecte De L’Univers, sur l’orientation du temple et de ses deux colonnes, sur les heures symboliques, les serments, les rituels, les instructions, etc.

Certains auteurs, cependant, se sont demandé si les concordances entre le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie ne résulteraient pas, comme dans beaucoup d’autres traditions, du simple fait qu’ils analysent le même objet, tout simplement : la taille de la pierre (sur un plan opératif pour l’un, sur un plan spéculatif pour l’autre).

Éric Ward conteste ainsi l’étymologie classique « Freemason » de la traduction française « Franc-maçon ». Il allègue que ce terme anglais est la contraction en un mot de l’expression « Freestone mason », « maçon de pierre franche » ; celle-ci désignerait l’ouvrier qui travaille la pierre telle qu’elle est, c’est-à-dire naturelle, brute.

Dès lors, les histoires du Compagnonnage et de la Franc-maçonnerie ne seraient pas complémentaires, mais parallèles.

C’est donc avec malice que Roger Dachez souligne que « repérer entre des organisations liées aux métiers du bâtiment – mais pas exclusivement pour le Compagnonnage – des similitudes de formes et d’usages, n’a pas de quoi surprendre ; mais selon l’adage que doit toujours conserver à l’esprit tout historien scrupuleux : « comparaison n’est pas raison » »7 .

Effectivement, des symboles communs aux deux institutions ont une source plus ancienne, dans laquelle elles ont puisé : c’est le cas par exemple du pentagramme, l’étoile à cinq branches des guildes.

Mais le Compagnonnage a emprunté aussi à la Franc-maçonnerie.

Étienne Martin Saint-Léon - pourtant farouche partisan d’une filiation de la Franc-maçonnerie avec le Compagnonnage - l’accrédite sans détour : « Nous inclinons à penser que les rituels du Compagnonnage moderne ainsi que l’Instruction et le Catéchisme ont été calqués au commencement de ce siècle8 sur les formulaires similaires de la Maçonnerie, formulaires sans doute rédigés au commencement du XVIIIe siècle par les loges anglaises et adoptés par la suite par les loges du continent. On sait, en effet, par le témoignage de Perdiguier dans l’« Histoire d’une scission », que, sous le Premier Empire, la Maçonnerie a commencé à exercer sur le Compagnonnage, tout en le tenant du reste à distance, une certaine influence, qui s’est traduite notamment chez les « Gavots » par la création d’un nouveau grade réservé aux Compagnons Francs-maçons. Si l’action maçonnique, comme il est permis de le supposer, s’est fait sentir également dans le « Devoir de Maître Jacques », il est fort possible que la Maçonnerie ait transmis aux cayennes de ce « Devoir » le dépôt de ses formules et de ses rites, facilement adaptés à leur destination nouvelle. »

Sont concernés par ce constat - entre autres - les trois points, l’œil dans le delta, le pavé mosaïque (ou damier), la chaîne d’union (transposée en « chaîne d’alliance »), l’adoption de l’aspirant (associée à la symbolique du labyrinthe9 et de la tour de Babel10 ), la lettre « G » dans l’étoile flamboyante, la légende d’Hiram, l’acronyme « L.D.P. »,11 l’allégorie du pélican…12

Quelle est la raison de cette influence inverse de la Franc-maçonnerie sur le Compagnonnage ?

Laurent Bastard (Directeur du « Musée du Compagnonnage de Tours ») explique que « le Compagnonnage perd de sa vitalité à partir de 1840 ». Nombre de Compagnons (surtout les sédentaires) vont alors chercher dans les loges maçonniques une quête spirituelle qui complète les enseignements de leur voie professionnelle : « Le Compagnonnage s’oriente vers la Maçonnerie et transforme quelques-uns de ses rituels pour se restructurer. Ainsi Compagnons et Francs-maçons ont-ils en commun invocations et symboles, des rituels actuels bien semblables sans que l’on puisse affirmer qui a précédé l’autre. […] Au XIXe siècle, le Compagnonnage s’inspire des rites maçonniques, mêlant ainsi encore plus étroitement les deux organisations. […] Est-il besoin d’ajouter que, contrairement à une idée bien ancrée chez les Francs-maçons, les Compagnonnages ne sont pas les ancêtres de leur ordre ? De même, chez les Compagnons, l’affirmation selon laquelle les Francs-maçons leur ont « pillé » leurs rites et leurs symboles est une contre-vérité, puisque c’est tout le contraire qui s’est produit au XIXe siècle. »13

De l’histoire au mythe

La tradition compagnonnique et la tradition maçonnique se sont donc nourries l’une l’autre sans qu’il soit possible – ni même souhaitable – d’authentifier tous les apports de l’une envers l’autre.

Pourquoi ? Parce que si, pour l’historien, les sources permettent de définir le point d’origine des fils qui tissent la trame du récit pour donner un sens à l’Histoire, pour l’initié il n’en va pas de même. En effet, celui-ci n’a nul besoin que le récit soit réel ou pas… du moment que le mythe auquel il se réfère, le soit. Et puisque son rituel de Compagnon affirme la filiation, il la crée et la reconnaît comme réalité dans la démarche initiatique, qu’elle soit vraie ou non historiquement.

Dans le cadre du rite, les controverses historiques perdent leur sens : elles font partie de ces faux problèmes qui, s’ils intéressent l’initié sur le plan de son information, n’apportent rien, et même compliquent sa progression initiatique.

Toutefois, cette digression a permis de recentrer le débat sur ce qui fait le cœur même de notre tradition : le mythe compagnonnique et le rituel du Compagnon.

Par rapport à sa petite histoire, l’homme cherche souvent un sens dans la grande Histoire – la plupart du temps, sans l’y trouver. Le mythe ritualise l’une et l’autre en les intégrant dans une continuité de sens, car il renferme un message qui porte toujours une vérité ; et c’est par rapport à cette vérité qu’a posteriori il construit un récit (dit mythique) dont l’origine justifie à rebours le sens de la vérité qu’il délivre. La symbolique du passé des hommes éclaire la pratique du présent de l’homme. Elle devient un modèle de vie qui confère un sens sacral à l’histoire de sa vie : ses pensées, ses gestes, ses actes, ses rites reconstruisent son histoire, ils la con-sacrent.

En apportant des réponses aux questions qu’il se pose, en présentant une vision unifiée de l’homme dans le monde, le mythe fonde le rite qui le met en scène.14

2. Voir à ce sujet PELLE LE CROISA (P.), « La Pré-Histoire des Francs-maçons – Les mythes fondateurs ou Pierre d’Étoile » (Lyon, éd. du Cosmogone, 2007).
3. Voir PELLE LE CROISA (P.), « Le temps de l’origine », ch. « Les fonctions et les finalités du rituel » in « Mémento 1er degré du R.E.A.A. Paroles d’Apprenti » : « Le postulant, rituellement préparé, demande à être admis aux mystères et privilèges de la Franc-maçonnerie » (éd. Numérilivre, 2014).
4. NEUVILLE, cité par LANGLET (P.) in «Les deux colonnes de la Franc-maçonnerie ».
5. « Préambule de la sentence prononcée par la Faculté de théologie en Sorbonne le 14 mars 1655 ».
6. Les « Passants » désignent les Compagnons tailleurs de pierre « Enfants de Maître Jacques ».
7. Voir DACHEZ (R.), « Les origines de la Maçonnerie spéculative : état des théories actuelles » in « Revue Traditionnelle », n° 77 (p. 1-45) et n° 83 (p. 161-202).
8. Il s’agit du début du XXe siècle.
9. Nous retrouvons une symbolique comparable en Franc-maçonnerie avec le cabinet de réflexion et la formule « V.I.T.R.I.O.L. ».
10. Le mythe de la tour de Babel est repris au XXIe degré du « Rite Écossais Ancien et Accepté » : « Noachite ou Chevalier prussien ».
11. « L.D.P. » ou « Liberté De Passer », devise du XVe degré du « Rite Écossais Ancien et Accepté » : « Chevalier d’Orient ou de l’Épée ».
12. Il s’agit du XVIIIe degré de « Chevalier Rose-Croix » du « Rite Écossais Ancien et Accepté ».
13. Voir l’historique de Laurent Bastard in BASTARD (L.) et DELPIROUX (D.), « Être Compagnon aujourd’hui. Les métiers – La Formation – Les rituels – Le Tour de France » (Fédération Compagnonnique des Métiers du Bâtiment, éd. Privat, 2013).
14. Voir PELLE LE CROISA (P.), « Mythes, types et rites », article de la revue « Points de Vue Initiatiques », n° 159 de mars 2011.

LA PRÉPARATION DU RÉCIPIENDAIRE

Les sens du dévêtement

C’est dans ce contexte que l’Apprenti se prépare à son élévation au grade de Compagnon.

Le Vénérable Maître s’adresse aux Frères Expert et Maître des Cérémonies :

« Veuillez vous rendre auprès du candidat et vous assurer qu’il est préparé convenablement pour sa réception, comme suit : le bras droit, le sein droit et le genou gauche découverts, le pied droit en pantoufle.

Il sera revêtu du tablier d’Apprenti et portera la règle à 24 divisions sur son épaule gauche.

Vous le conduirez ensuite à la porte du temple où vous le ferez frapper en Apprenti Franc-maçon. »

Nous retrouvons, dans la préparation vestimentaire du récipiendaire, les mêmes dispositions que lors du dévêtement du profane, avant son entrée dans le temple pour la cérémonie d’initiation15 – mais le sens en est inversé ; à savoir :

- Le bras droit est découvert (et non le gauche, comme dans l’initiation) :

Le bras est le symbole de l’action. Le choix du membre droit signifie que l’initié se dirige désormais dans le bons sens (« dextrorsum »), alors que le gauche (ou senestre - qui a donné « sinistre ») pointait les mauvais agissements du profane. S’il est découvert, c’est parce que le néophyte s’est dépouillé devant ses frères ; il s’est mis à nu devant eux, il n’a rien à leur cacher.

- Le sein droit est découvert (et non le gauche, comme dans l’initiation) :

Le sein est l’organe maternel qui nourrit le nouveau-né. En symbolique, il désigne le lait spirituel que le néophyte reçoit de la Terre mère : il annonce que la démarche du Franc-maçon devient spirituelle.

Le cœur est découvert pour bien montrer qu’il est ouvert (à la démarche). La même remarque que pour le bras est applicable pour les sens de la gauche et de la droite.

- Le genou gauche est découvert (et non le droit, comme dans l’initiation) :

Tandis que le genou droit est le siège symbolique de l’agressivité, le genou gauche est celui de la soumission, de l’humilité.

Le genou dénudé est l’un des apanages de la justice ; mais il est plus encore l’articulation qui joint le haut et le bas du corps dans la marche, le céleste et le terrestre, la « porte des dieux » qu’ouvre Saturne, le dieu du Temps : il annonce ainsi la régénération de celui qui était mort (à la vie profane).

- Le pied droit porte une pantoufle (et non le gauche, comme dans l’initiation) :

La pantoufle oblige le postulant à boiter (par rapport à l’autre pied, qui est chaussé) : cette claudication évoque le dieu boiteux Vulcain, maître du royaume des Enfers, qui vit sous la terre (l’impétrant doit chasser ses démons). En passant du côté gauche au côté droit, le néophyte inverse le sens maléfique du profane et le retourne en sens bénéfique pour l’initié.

Enfin, dans l’esprit de la tradition biblique, le temple est un lieu sacré qui ne doit pas être souillé : « N’approche pas d’ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte », commande l’Éternel à Moïse.16 Avec le même respect, les Musulmans se déchaussent avant d’entrer dans une mosquée.

Les points de différenciation avec l’initiation

Cette corrélation dans la préparation des cérémonies aux grades d’Apprenti et de Compagnon – et la continuité qui en résulte - s’explique par le fait que les deux degrés n’en formaient qu’un avant 1730 : ils ont conservé des éléments communs.

Néanmoins, deux points de différenciation importants sont à relever entre les deux rituels :

- D’abord, le futur Compagnon a les yeux ouverts tandis que le futur Apprenti a les yeux bandés (celui-ci est encore dans les ténèbres, puisqu’il est profane ; celui-là a reçu la lumière, il est initié). Alors que le monde maçonnique est révélé au second, il reste toujours caché au premier.

- Ensuite, au cours de ses voyages, le récipiendaire porte symboliquement une règle comme outil de Compagnon. « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui existent et de leur nature ; de celles qui ne sont pas et de l’explication de leur non-existence », expose Protagoras.17 Or cet outil, comme ses précurseurs que furent la corde à nœuds, le bâton de mesure ou de tracé, la canne des bâtisseurs ou canne des maîtres de l’œuvre, servaient à évaluer longueurs, distances et proportions sur la base de « lignes »18 ayant pour référents les mesures humaines ; il s’agit de la « quine », qui regroupe cinq éléments : la paume,19 le palme,20 l’empan,21 le pied22 et la coudée.23 S’y ajoutaient le pouce24 et la toise.25

Par notre dévêtement et par notre sein dénudé, nous sommes entrés dans le monde de la spiritualité, le cœur et les yeux ouverts, prêts à en prendre la mesure avec nos outils d’homme.

La quine des bâtisseurs

La canne des bâtisseurs, ou canne des maîtres de l’œuvre

15. Voir PELLE LE CROISA (P.), « Le dévêtement du récipiendaire »in « Mémento 1er degré du R.E.A.A. Paroles d’Apprenti » : « Le postulant, rituellement préparé, demande à être admis aux mystères et privilèges de la Franc-maçonnerie » (éd. Numérilivre, 2014).
16. « Exode », III, 5 (« La Sainte Bible », trad. Louis Segond, 1931).
17. « La vérité, ou Discours destructifs » de Protagoras.
18. La ligne vaut 0,2247 cm, arrondi à 2,25 mm.
19. La paume vaut 34 lignes, soit 7,64 cm.
20. Le palme est la mesure de l’index à l’auriculaire, doigts écartés. Il vaut 55 lignes, soit 12,36 cm.
21. L’empan est la mesure du pouce à l’auriculaire, doigts écartés. Il vaut 89 lignes, soit 20 cm : c’est la mesure de référence de la règle, encore appelée « double décimètre » (10 cm x 2 fois).
22. Le pied vaut 144 lignes, soit 32,36 cm.
23. La coudée est la mesure de l’avant-bras et de la main (jusqu’à la pointe du majeur). Elle vaut 233 lignes, soit 52,36 cm.
24. Le pouce vaut 12 lignes, soit 2,70 cm (ou 1/12 de pied).
25. La toise vaut 864 lignes, soit194,14 cm (ou 6 pieds).

« SCHIBBOLETH »

Le mot de passe du Compagnon

- Le Frère Couvreur : Apprenti, donnez-moi le mot depasse des Compagnons.

- Le Récipiendaire (de l’extérieur) : Shibboleth.

- Le Frère Couvreur (se mettant à l’ordre de Compagnon) : Vénérable Maître, l’Apprenti est en possession du mot de passe des Compagnons.

- Le Vénérable Maître : Puisqu’il en est ainsi, qu’il passe.

- Le Frère Couvreur (en ouvrant la porte) : Passe, Schibboleth !

Si « Schibboleth » est le mot de passe du Compagnon Franc-maçon, il l’est aussi pour les « Compagnons du Devoir » - nous dévoile Étienne Martin Saint-Léon.26 Il est donc l’un des termes de la transition entre le Compagnonnage opératif et la Franc-maçonnerie spéculative.

Mais pourquoi un mot de passe ?

Son origine est fort ancienne, elle remonte à l’Antiquité : c’est, par exemple, le « synthema » des « Petits Mystères » athéniens ; ou encore, dans la tradition hébraïque, le mot que le « meqoubal » (« celui qui reçoit », le Kabbaliste) doit posséder pour que son âme puisse poursuivre son voyage ascensionnel de palais céleste en palais céleste…

Par suite, initiatique ou religieux, le mot de passe présente un caractère éminemment sacré.

Que signifie-t-il ?

Le manuel d’instruction répond : « Il signifie « épi », et il est représenté par un épi de blé à côté d’un cours d’eau, allusion à un épisode relaté par la « Bible » au « Livre des Juges » (XII, 5-6). »

Le passage incriminé est le suivant : « Galaad s’empara des gués du Jourdain du côté d’Éphraïm. Et quand l’un des fuyards d’Éphraïm disait : « Laissez-moi passer ! », les hommes de Galaad lui demandaient : « Es-tu Éphraïmite ? ». Il répondait : « Non ». Ils lui disaient alors : « Hé bien, dis Schibboleth ». Et il disait : « Sibboleth », car il ne pouvait pas bien prononcer. Sur quoi les hommes de Galaad le saisissaient, et l’égorgeaient près des gués du Jourdain. Il périt en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Éphraïm. »27

La « Bible » transforme le mot de passe en un mot de mort.

Qu’enseigne ce passage ?