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Le 5ème degré de Maître Parfait et le 6ème de Secrétaire Intime font partie des «degrés de la Connaissance» (qui regroupent la série du 4ème au 8ème degrés). Mais à l’intérieur de ces grades, le 5ème degré s’explique par ce qu’on appelait autrefois «la petite maîtrise» (elle réunissait les 3ème, 4ème et 5ème degrés). C’est dans cette perspective que nous introduisons les 5ème et 6ème degrés. En effet, ils forment eux-mêmes un ensemble de légendes qui deviennent lumineuses sous l’éclairage que leur donne la kabbale, en considérant notamment les colonnes de l’«Arbre de Vie».
À PROPOS DE L'AUTEUR
Initié au « Grand Orient de France » en 1981,
Pierre Pelle Le Croisa est membre actif de la GL-AMF Passionné par la recherche dans les domaines de la science, de la philosophie, de la littérature et surtout de l’ésotérisme initiatique, écrivain engagé, il a publié une vingtaine d’ouvrages destinés au grand public (romans, essais littéraires et sociologiques, poésies, livres professionnels) et aux Francs-maçons (langages symboliques, mémentos du REAA, les couleurs des rites, Liberté-Égalité-Fraternité, humour maçonnique, etc.) Il écrit aussi dans les médias, et plus particulièrement dans de nombreuses revues et magazines maçonniques.
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Seitenzahl: 168
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Pierre PELLE LE CROISA
MÉMENTO 5e ET 6e DEGRÉS DU R.E.A.A.
PAROLES DE MAÎTRE PARFAIT ET SECRÉTAIRE INTIME
Éditions Numérilivre
Hiram est mort, et bien mort – quoi qu’en disent ceux qui voudraient le voir renaître dans un nouveau maître !
En l’occurrence, il s’agit seulement d’une « palingénésie », dans les trois acceptions que recouvre ce terme ; à savoir : Hiram est tué et revivifié à chaque exaltation ; à l’instar de la pensée stoïcienne, les mêmes événements se reproduisent systématiquement (les travaux d’ouverture, de fermeture et le rituel du degré sont toujours les mêmes) ; et les initiés perçoivent cette régénération comme une entéléchie1, une source d’évolution et de perfectionnement2.
S’il est mort, des questions restent en suspens : Que sont devenus les mauvais compagnons ? Le crime va-t-il rester impuni ? Ne relève-t-il pas de la justice des hommes ? Et Hiram, repose-t-il toujours sous son monticule ou son corps a-t-il été transféré dans un tombeau digne de lui ? L’architecte est décédé, mais n’y a-t-il personne pour le remplacer ? Finalement, le temple va-t-il rester inachevé ?
Les questions appellent des réponses : les grades de perfection vont y répondre en poursuivant l’histoire…
Mais avant d’y entrer, voyons comment il convient de les aborder.
Le rituel, en contrepoint, expose : « Vous allez, dans cette Loge de perfection, accomplir un nouvel apprentissage. »
Voilà, le mot est lâché ! Nous étions apprentis au 1er degré, nous le sommes à nouveau au 4e ! Qu’est-ce à dire ? Nous avons été initiés une bonne fois pour toutes, il est impossible d’y revenir. Alors…
Alors cet apprentissage nous invite, non pas à recommencer une nouvelle initiation, mais à commencer, avec les hauts grades, un nouveau cycle initiatique. Et pour bien nous montrer que l’analogie est réelle – mais qu’elle se situe sur un autre plan –, nous retrouvons des ingrédients communs, réunis cependant dans une optique différente : nous vivons la même attente sur les parvis avant d’être introduits pour la cérémonie (mais nous ne sommes plus dénudés), nos yeux sont bandés (ce n’est qu’un voile pour nous signifier qu’initiés, nous avons reçu la lumière mais que nous ne la voyons pas distinctement) et le silence nous est recommandé (par les lèvres scellées du secret au 4e degré, alors qu’il était imposé au 1er degré).
Mais s’il y a différence dans l’apprentissage, qu’est-ce qui le rend spécifique à ce grade ?
Dans les ateliers symboliques, l’apprentissage est opératif : nous construisons, avec nos frères, un temple extérieur (celui qui voisine la loge dans laquelle nous nous réunissons). Dans les degrés de perfection, nous construisons, comme nous frères, notre temple intérieur (celui sur lequel s’exerce notre spiritualité). Nous passons ainsi du silence de l’écoute au silence de la méditation : c’est lui, à présent, qui accompagne nos pas.
Au 1er degré, le rituel aiguillonne différentes parties du corps afin que cette stimulation physique excite psychiquement l’intellect de l’apprenti pour le conduire à s’interroger3.
Au 2e degré, les sens sont à l’honneur, les savoirs avec les arts libéraux et les êtres exemplaires avec les grands initiés4.
Au 3e degré, le sacrifice du héros, la transmission de son message et l’élévation par le cœur infusent le grade de maître5.
Cette élévation se poursuit par l’esprit dans les degrés salomoniens. En ce sens, les ateliers symboliques préparent aux loges de perfection (l’histoire continue et s’explique), comme dans l’antiquité grecque les petits mystères annonçaient les grands mystères.
En effet, après avoir symboliquement affronté la mort en Maître, l’initié aborde en Maître Secret une nouvelle dimension de son être : le divin qui est en lui.6 Le cartouche du 4e degré, avec son cercle (le ciel) qui entoure le delta du Grand Architecte (ou de Dieu), ne laisse aucune doute sur l’interprétation qui doit en être faite.
Voilà pourquoi l’« Introduction » au « Rituel de Maître Parfait » recommande de « décrypter les messages légués par nos anciens afin de découvrir les trésors qui y sont enfermés. Un effort de réflexion et de compréhension sur les rituels des degrés non pratiqués, mais seulement communiqués, doit permettre de tirer profit de leurs enseignements. Ces grades traditionnels constituent en effet la transition nécessaire à l’accès à une spiritualité plus élevée ».
Les loges de perfection racontent l’histoire de la construction et de la destruction du temple de Jérusalem édifié par Salomon.
Les degrés, du 4e au 8e, sont des grades de Connaissance : avec la mort d’Hiram, la parole qui devait animer le temple s’étant perdue, c’est dans des noms substitués (au nom divin) que l’esprit cherchera à retrouver la lumière qui s’est dissipée (en lui).
En reprenant les travaux du temple, abandonnés à la suite du meurtre de l’architecte, le franc-maçon renouvelle l’alliance que David avait contractée avec l’Éternel et que son fils Salomon avait entreprise. Avec la reprise du chantier, l’engagement est consolidé.
Même s’ils sont bien distingués, les 4e et 5e degrés forment un ensemble qui, autrefois, introduisait aux loges de perfection. Conçus dans la première moitié du XVIIIe siècle, ils prolongent le grade de Maître, dont ils sont le complément.
D’ailleurs, initialement, le degré de Maître Parfait (qui image les funérailles d’Hiram) précédait celui de Maître Secret (qui formule des recommandations sur la Connaissance7) ; ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que la séparation entre les deux grades s’est opérée, conjointement avec l’inversion de leur positionnement respectif : le 4e reste le seul pratiqué tandis que le 5e n’est plus que communiqué.
La prolongation du grade de Maître dans celui de Maître Parfait est flagrante pour celui qui s’attache au texte d’« Introduction particulière aux 5e, 6e, 7e, 8e degrés, et 10e, 11e degrés, grades conférés par communication » : le rappel des noms des colonnes du temple et du mot de maître (attribués ici à des personnages), le mot de passe et la suite donnée à l’histoire confirment la parenté entre les 3e et 5e degrés8. En voici l’« Instruction » :
- Q. - Quel était le nom du Premier Maître des Apprentis ?
- R. - Son nom était « Boaz9 ». Il était de la tribu de Juda et de la famille de David. Estimé et respecté par Salomon, celui-ci appela de son nom la colonne du côté gauche du porche.
- Q. - Comment était appelé le Maître des Compagnons ?
- R. - Son nom était « Jakin », et Salomon lui fit l’honneur d’appeler de son nom la colonne du côté droit du porche.
- Q. - Quel était le nom du Maître des Maîtres maçons ?
- R. - Son nom était « Mohabon », homme vertueux, tenu en haute estime par Salomon. Il était un des principaux intendants des bâtiments et ami intime d’Hiram Abi, ce qui amena Salomon à l’envoyer à la recherche du corps de son ami disparu après que les précédentes tentatives s’étaient révélées vaines. Salomon exigea de lui trois points : lui rapporter le bijou du respectable Maître, ramener mort ou vif cet homme si regretté, découvrir les auteurs de cet acte horrible.
- Q. - Mohabon répondit-il à cette mission ?
- R. - Non, il ne put répondre qu’aux deux premiers points.
- Q. - Faites-m’en le récit.
- R. - Mohabon, accompagné de quinze maîtres choisis pour l’aider dans sa recherche, vint d’abord au Temple où, voyant du sang répandu en plusieurs endroits, il suivit les traces jusqu’au puits dans la partie septentrionale du temple. Il conclut qu’Hiram Abi avait été tué là et, peut-être, jeté dans le puits. Encouragé par la présence d’une lumineuse clarté, comme un météore au-dessus du puits, il décida de le mettre à sec. Ceci fait, il descendit mais n’y trouva pas comme espéré le corps du Maître ; cependant il fut assez heureux d’y découvrir son bijou, semblable à celui des autres maîtres. Il lui parut vraisemblable que, lors de l’attaque par les scélérats, le Maître eut la précaution de jeter son bijou dans le puits pour qu’il ne tombât pas dans leurs mains. Mohabon bénit le ciel et, avec les maîtres qui l’accompagnaient, adressa une prière de remerciement pour un succès aussi insigne.
Puis conformément à l’ordre reçu, il poursuivit sa recherche. Toujours miraculeusement précédé par le météore, il s’arrêta sur une petite colline10 pour se reposer un moment. Ce fut là que le frère Stolkin découvrit le corps comme il est mentionné dans le grade de maître.
- Q. - Quel est le mot de passe ?
- R. - Acacia.
Au 4e degré, les tentures noires aux larmes d’argent évoquent le deuil d’Hiram, que le 5e degré illustre par les obsèques du Maître et l’édification d’un mausolée de marbre blanc et noir. Les deux colonnes, Jakin et Boaz, ne sont plus dressées : allongées sur le sol, elles s’entrecroisent sur le tableau de loge.
Mais l’acacia reverdit au grade de Maître Parfait : sa couleur imprègne les tentures de la loge, symbole d’espérance et de renouveau dans la vie.
Le 3e degré le prédisait. En effet, le Maître n’est-il pas relevé par les cinq points parfaits de la maîtrise ? Et ne « revoit-il pas le jour » en « renaissant en la personne »… d’un nouveau maître11 ? Or les cinq points parfaits se maintiennent au 5e degré, comme l’importance accordée au nombre 5 – nous le verrons ultérieurement –.
De Maître à Maître Parfait, le même continuum développe une histoire commune dans la trilogie de ces grades charnières, regroupés autrefois sous la dénomination de « Petite Maîtrise » ; des grades qui récupèrent et amplifient les enseignements des ateliers symboliques :
- D. - Qu’avez-vous vu encore en entrant ?
- R. - J’ai appris à régler mes pas en passant de l’Apprenti au Compagnon et du Compagnon au Maître, en croisant les deux colonnes.
- D. - Pourquoi cela ?
- R. - Pour rappeler à ma mémoire qu’il faut passer par ces grades pour parvenir au Maître Parfait.
- D. - N’y a-t-il pas d’autre mystère dans cette signification ?
- R. - Elle nous apprend aussi que nous ne pouvons pas atteindre le Saint des Saints sans connaître la droiture et la discrétion qui nous ont été enseignées dans nos premiers grades12. »
En définitive, les degrés de perfection ne seraient-ils que la perpétuation et l’extension des degrés antérieurs ?
Oui et non. Oui, car la symbolique antérieure est reprise, mais pour être projetée dans un autre contexte. Non, car s’il y a perpétuation et extension, il y a aussi une réelle rupture avec le champ dans lequel s’exerçait la réflexion jusqu’ici.
Avec l’enjambement du corps d’Hiram, le grade de Maître nous avisait déjà que notre étude changeait de plan, que nous passions « de l’équerre au compas » et, avec la substitution des outils, « du domaine sensible à celui des idées ».
Le 5e degré l’instille sans équivoque quand il prétend apporter la réponse à la question posée par le 4e degré, à savoir : Comment résoudre la quadrature du cercle ?
Les mathématiciens ont démontré que ce problème n’avait pas de solution. S’il n’en a pas, c’est qu’il est impossible à résoudre. Et s’il est impossible à résoudre et que le Maître Parfait s’y emploie pourtant, c’est que sa résolution doit se trouver ailleurs – nous y reviendrons.
L’idée qui en ressort, c’est que pour tenter l’impossible, l’homme doit se dépasser.
Mais le franc-maçon est un être fini (dans l’espace) et relatif (dans le temps). Pourquoi s’intéresserait-il à ce qui le dépasse, l’absoluité de l’infini et de l’éternité ? La mort impose une frontière à la vie. Il est vain d’espérer la franchir : pour celui qui est, l’au-delà de soi n’a pas de réalité.
…sauf par la pensée. L’homme est un être double qui, physiquement, évolue et vit dans le monde de la matière ; mais qui, psychiquement, revendique un monde de mystères. Il cherche au-delà de lui-même un au-delà de son être, un au-delà-de-l’être, de son imperfection et de sa finitude, de son inachèvement et de son incomplétude ; il recherche une entéléchie, un état de perfection qui serait l’accomplissement de soi13.
Avec la mort, le Maître reconnaît sa finitude.
Le voile des illusions déforme la vue du Maître Secret. Dans cet état intermédiaire qui n’est plus celui du trépas mais qui n’est pas encore véritablement celui d’une vie nouvelle, dans cette période de latence où il se situe mal encore, il comprend que la finitude de son corps peut être dépassée par l’infinitude que lui ouvre son esprit : l’imagination n’est plus la « folle du logis », mais une « morosophie », une douce « folie qui loge dans le sage » - celle qu’Érasme appelait de ses vœux.
Avec le Maître Parfait la limite que fixe la matière est dépassée, l’impossible est rendu possible, l’esprit s’éveille et nous réveille.
L’« Introduction aux grades de perfection » confirme cette évolution :
« L’initié, en franchissant les degrés de perfection, coopère à la construction légendaire du temple de Salomon et construit, dans le même temps, le temple de l’esprit, en lui-même et au profit de l’humanité, dans la mesure où il abandonne ses métaux et retrouve l’étincelle divine qui est en lui. » Ainsi, « tout en édifiant en lui son temple spirituel, il parcourt toutes les étapes de la construction du temple de Salomon ».
Il y retrouve le divin, la lumière de la flamme que ses ténèbres ont étouffée. Le lumignon sommeille, mais il brille encore. Le feu ne demande qu’à se rallumer…
