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Romain Rolland

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Beschreibung

Dans 'Musiciens d'autrefois', Romain Rolland offre une série de portraits biographiques fascinants mettant en lumière la vie et l'œuvre de compositeurs emblématiques tels que Bach, Beethoven et Wagner. Ce recueil, empreint de lyrisme et d'une profonde sensibilité, témoigne de l'engagement de l'auteur envers la musique comme art transcendant. Le style littéraire de Rolland se caractérise par une richesse de détails et une quête de compréhension des émotions humaines à travers la mélodie. Contexte littéraire de l'époque, ce livre s'inscrit dans un courant de valorisation de l'humanisme et de la culture européenne, miroir d'une société en pleine mutation au début du XXe siècle. Romain Rolland, écrivain engagé et lauréat du prix Nobel de littérature en 1915, était passionné par la musique et la spiritualité. Son attachement à la musique s'explique par une formation musicologique et une expérience personnelle avec des compositeurs. Rolland cherchait à établir un dialogue entre les arts, et son choix d'évoquer des figures musicales enrichit sa propre vision des luttes humaines, tant individuelles que collectives, en période de crise. 'Musiciens d'autrefois' est une œuvre incontournable qui séduira tant les amateurs de musique que les passionnés de littérature. Ce livre n'est pas seulement un hommage à des artistes d'une autre époque, c'est également une invitation à réfléchir sur la nature de l'art et son impact sur la condition humaine. Une lecture enrichissante qui offre des clefs de compréhension sur notre rapport à la musique et à la vie. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Biographie de l'auteur met en lumière les étapes marquantes de sa vie, éclairant les réflexions personnelles derrière le texte. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Romain Rolland

Musiciens d'autrefois

Édition enrichie. Exploration des grands compositeurs classiques du XVIIIe siècle
Introduction, études et commentaires par Brice Perrot
Édité et publié par Good Press, 2022
EAN 4064066081867

Table des matières

Introduction
Synopsis
Contexte historique
Biographie de l’auteur
Musiciens d'autrefois
Analyse
Réflexion
Citations mémorables
Notes

Introduction

Table des matières

Revenir aux mélodies d’hier, c’est démentir le silence du temps et entendre, au cœur du présent, la respiration obstinée de vies créatrices. Dès les premières pages, Musiciens d’autrefois propose cette remontée du courant, non par nostalgie, mais pour éclairer notre écoute. Le livre se déploie comme une traversée réflexive, attentive aux gestes, aux styles et aux milieux qui ont façonné des œuvres durables. Sa dynamique n’oppose pas passé et modernité : elle les fait dialoguer. Ce mouvement inaugural, net et sobre, installe une promesse critique et sensible qui guide la lecture sans la contraindre, invitant à une disponibilité d’oreille et d’esprit.

Romain Rolland, écrivain et musicologue français, a composé Musiciens d’autrefois au début du XXe siècle, au moment où se constitue une conscience historique de la musique à l’échelle européenne. Connu pour son humanisme exigeant et sa curiosité méthodique, il y conjugue la rigueur de l’enquête et l’art du portrait. Ce volume appartient à l’ensemble de ses écrits musicaux, qui l’ont imposé comme un passeur majeur entre l’histoire des œuvres et la vie des artistes. L’ouvrage s’inscrit ainsi dans une trajectoire créatrice où la littérature, l’érudition et l’engagement intellectuel forment une seule et même démarche de connaissance.

La prémisse centrale est claire sans être réductrice : explorer des figures de compositeurs des siècles passés pour comprendre, par leurs œuvres et leurs contextes, ce que l’art transmet d’une époque à l’autre. Ni hagiographie ni simple guide d’écoute, le livre s’attache à restituer des milieux, à lire les sources, à démêler les filiations esthétiques. Il ne raconte pas tout et ne prétend pas conclure ; il propose des voies d’accès. En ce sens, Musiciens d’autrefois se présente comme un art de la médiation, attentif aux formes comme aux gestes sociaux qui donnent sens à la musique.

Le statut de classique tient d’abord à l’alliage rare de précision et de clarté. Rolland déploie une prose limpide, nourrie d’archives et d’une écoute patiente, qui ouvre sans simplifier. Chaque étude articule un récit intelligible et une réflexion sur les méthodes de l’historien de la musique. La langue, ferme et souple, parle autant au lecteur curieux qu’au musicien. Cette lisibilité, jamais complaisante, a assuré au livre une longue fortune critique et pédagogique. Elle montre comment l’essai peut embrasser la complexité sans renoncer au plaisir du texte, qualité décisive pour la postérité d’une œuvre d’idées.

Son impact littéraire se mesure à la place qu’il occupe à la croisée des genres : biographie, critique, histoire culturelle. En refusant les cloisonnements, Rolland a élargi le territoire de l’essai musical en langue française. Musiciens d’autrefois illustre une voix d’auteur qui n’efface ni l’archive ni l’émotion, et qui conçoit la musique comme un fait d’humanité. Cette manière a durablement orienté l’écriture sur la musique, en consolidant une tradition de narration savante, empathique et précise. Elle a aussi légitimé, auprès d’un public large, la conviction que l’exigence documentaire peut cohabiter avec l’élan poétique.

Les thèmes durables qui traversent l’ouvrage expliquent sa résistance au temps. On y lit le dialogue entre l’artiste et la cité, la circulation des formes à travers l’Europe, la tension entre règles héritées et liberté inventive. Rolland interroge le travail, la discipline, la patience qui façonnent une voix musicale, et la part d’invisible qui s’impose au-delà des intentions. Ce faisceau de questions, constamment réactivé par l’actualité de l’écoute, rend le livre disponible à des générations diverses. La permanence de ces thèmes, plus que l’anecdote, porte l’universalité discrète de Musiciens d’autrefois.

La méthode donne une autre clé de sa valeur classique. Rolland avance avec prudence critique : il confronte, compare, situe sans anachronisme. Il préfère l’éclairage progressif aux jugements péremptoires, et s’autorise des hypothèses seulement lorsqu’elles restent étayées. Ce respect des seuils de certitude, conjugué à une écriture incarnée, constitue un modèle de probité intellectuelle. Le lecteur y trouve non des dogmes, mais des instruments de lecture. Ce souci de méthode explique que l’ouvrage, en dépit des changements de paradigmes musicologiques, demeure un repère pour comprendre ce que peut une histoire sensible de la musique.

Le contexte d’écriture importe : au tournant du XXe siècle, la redécouverte et l’édition de nombreux corpus favorisent une histoire musicale plus ample. Rolland, futur lauréat du prix Nobel de littérature en 1915, participe à cette modernité de la connaissance en l’ouvrant au grand public cultivé. Musiciens d’autrefois témoigne de cette ambition de transmission : rendre accessible sans appauvrir, transmettre sans travestir. La période voit également se multiplier les échanges transnationaux ; l’ouvrage en accueille la fécondité, en observant la circulation des styles et des idées à l’échelle du continent, sans sacrifier la singularité des œuvres.

L’un des mérites du livre est de proposer une écoute historienne. Plutôt que d’ériger l’évidence d’un goût absolu, il apprend à reconnaître la logique interne d’une forme, les contraintes d’un langage, la cohérence d’un métier. Cette pédagogie de l’attention transforme la lecture en apprentissage des nuances. Elle forme le jugement au lieu de le flatter, et rappelle que comprendre n’est pas seulement admirer. De là, une promesse durable : après ces pages, on n’entend plus les œuvres anciennes comme avant, non parce qu’elles auraient changé, mais parce que le regard s’est accru.

Musiciens d’autrefois brille aussi par son art du portrait. Rolland ne réduit pas les musiciens à des emblèmes ; il les approche dans leur effort quotidien, leurs liens d’amitié, leurs horizons intellectuels. L’existence n’y est ni romancée ni sèche : elle est traversée par le travail de la mémoire et des sources. Cette juste distance permet de faire apparaître la part vivante de la tradition, celle qui respire à travers les œuvres. Le portrait, ici, n’est pas un piédestal : c’est un chemin d’accès, qui rend l’altérité d’hier hospitalière à la sensibilité d’aujourd’hui.

L’influence de l’ouvrage se mesure à sa capacité à rendre communicative la passion du savoir. De nombreux lecteurs y ont trouvé un modèle d’exigence aimable, où l’intelligence n’exclut pas la chaleur. En légitimant une écriture de connaissance qui assume sa dimension littéraire, le livre a conforté la place de l’essai musical dans la culture générale. Cette influence ne se décrète pas : elle se constate dans la persistance des lectures, des rééditions et des échos critiques qui redonnent vie aux questions posées. Le temps, juge discret, a confirmé la portée de cette voie médiane entre science et art.

Aujourd’hui, l’ouvrage conserve une pertinence singulière. À l’heure des flux rapides, il propose le rythme long de la compréhension et l’éthique d’une écoute responsable. Il rappelle que la culture, pour être partagée, doit être patiemment acquise ; que la tradition n’est pas un musée, mais un courant vivant ; que les œuvres anciennes nourrissent les inventions de demain. Musiciens d’autrefois demeure ainsi un compagnon de route pour qui veut unir curiosité et discernement. Sa force d’accueil, sa méthode et sa langue claire en font une lecture durable, capable de renouveler notre manière d’entendre le passé dans le présent.

Synopsis

Table des matières

Musiciens d’autrefois rassemble des études où Romain Rolland, écrivain et musicologue, explore des créateurs issus de siècles antérieurs à l’époque moderne. Le livre n’entend ni célébrer mécaniquement des « grands hommes » ni dresser un inventaire encyclopédique, mais approcher des œuvres et des vies dans leur densité historique. D’une plume claire et sereine, Rolland replace la musique dans la société qui la porte, attentive aux usages liturgiques, civils et théâtraux. Il propose au lecteur un parcours qui conjugue histoire des formes, portraits de musiciens et réflexion sur l’écoute, afin de ressaisir, derrière les étiquettes scolaires, la présence vivante de ces artistes.

L’ouvrage se caractérise par une méthode exigeante, attentive aux sources et au contexte. Rolland s’appuie sur des documents d’époque, sur les pratiques de la vie musicale et sur des lectures critiques pour dissiper les brouillards d’une légende trop commode. Il privilégie la cohérence intérieure des œuvres, les conditions de leur création et les contraintes institutionnelles qui en ont modelé l’allure. Cette approche permet d’articuler l’histoire des styles à celle des milieux de production et de diffusion, en évitant l’illusion d’une musique prétendument hors du temps. Le critique, sans dogmatisme, éclaire les œuvres par leurs fonctions et leurs publics.

Une part notable du parcours s’attache à la musique liée au culte et aux rites, cadre majeur de la création pendant des siècles. Rolland y montre comment l’architecture des chapelles, les usages liturgiques et la discipline des chanteurs forment une matrice d’invention, où la ferveur spirituelle n’exclut pas la recherche formelle. Les chapitres insistent sur la complémentarité entre texte et musique, sur le rôle des chœurs et sur l’équilibre entre tradition et nouveauté. Il en ressort l’idée d’une poétique du service et de la dévotion, où l’art se nourrit des exigences collectives autant que de la singularité des maîtres.

L’auteur observe ensuite la musique façonnée par les cours, les villes et la scène, où prestige et divertissement cohabitent. Le mécénat, la vie urbaine et la fête civile créent de nouveaux espaces pour l’invention musicale, du cérémonial public à la représentation dramatique. Rolland souligne les circulations entre ces sphères, les obligations imposées par les protecteurs, et la liberté qu’y trouvent néanmoins certains créateurs. Il met en évidence la naissance d’une dramaturgie spécifique, réglée par les voix, les danses et l’architecture des actes, sans dissocier l’évolution des formes de la concurrence des lieux et des publics.

Le livre adopte un panorama européen où se croisent traditions régionales et échanges constants. Les écoles façonnées par les institutions locales dialoguent avec des influences venues d’ailleurs, révélant une Europe musicale faite de voyages, d’imitations et de reformulations. Rolland insiste sur l’originalité qui naît du frottement entre idiomes, plutôt que d’un isolement national. Il suit les lignes de force qui, d’un centre à l’autre, transmettent des procédés d’écriture, des répertoires et des manières d’entendre. Cette cartographie souple offre un fil pour comprendre comment des styles réputés antagonistes s’enrichissent mutuellement au fil du temps.

Sur le plan des formes, l’analyse met à nu des principes d’organisation qui traversent les époques: l’entrelacs des voix, les jeux de symétrie, la tension entre rigueur contrapuntique et élan expressif. Rolland décrit comment certaines structures répondent à des fonctions précises – procession, célébration, théâtre – et comment elles se transforment sans rompre avec leurs origines. Les pages consacrées à la rhétorique musicale soulignent l’attention au mot, au geste mélodique et au rythme comme ressorts d’intelligibilité. Loin de la technicité sèche, l’examen formel vise à rendre sensibles les raisons internes qui donnent aux œuvres leur force.

La question de l’interprétation occupe une place constante: effectifs, lieux d’exécution, pratiques d’ornementation et d’accentuation façonnent l’écoute. Rolland argumente pour une compréhension qui tienne compte des conditions d’origine, sans pour autant figer la musique dans un musée du passé. Il discute les difficultés que posent les notations anciennes, la transmission des sources et les choix éditoriaux, rappelant que chaque restitution est déjà une lecture. Cette attention au faire musical conduit à considérer la performance comme un acte de pensée, où le respect informé du style ouvre la voie à une expression authentique.

À mesure que l’enquête avance, l’auteur rectifie des idées reçues qui ont aplati l’histoire: oppositions simplistes, hiérarchies arbitraires, réputations bâties sur quelques clichés. Il réévalue des pans entiers du répertoire et redonne une profondeur humaine à des figures parfois figées. Les portraits, sans complaisance, montrent des créateurs pris dans un réseau d’obligations, de croyances et d’aspirations, où l’originalité s’élabore patiemment. Rolland met en lumière des continuités plus que des ruptures, et suit la manière dont des trouvailles techniques deviennent des évidences stylistiques, influençant durablement l’écriture et l’écoute des générations suivantes.

L’ouvrage se clôt sur une invitation à entendre ces musiques avec un esprit dégagé des mythes et des routines. Sans céder au culte du passé, Rolland plaide pour une curiosité informée, où l’on mesure la distance historique sans l’ériger en mur. Son message plus large tient dans l’alliance entre humanisme et précision: comprendre les œuvres pour mieux les faire vivre, et reconnaître, au-delà des modes, la dignité d’expériences artistiques qui nous parlent encore. Musiciens d’autrefois demeure ainsi un appel à relier savoir et sensibilité, histoire et présence, au service d’une écoute plus juste et plus libre.

Contexte historique

Table des matières

Musiciens d’autrefois paraît dans la France de la Troisième République, au tournant du XXe siècle, alors que Paris concentre universités, bibliothèques et sociétés savantes qui refaçonnent l’étude du passé musical. Romain Rolland, écrivain et historien de la musique, y observe les mondes de la Renaissance et du Baroque européens en s’appuyant sur des institutions clés de ces époques: chapelles princières et pontificales, cours absolutistes, académies royales, premières salles d’opéra et marchés urbains du spectacle. Son livre pose d’emblée que la musique d’« autrefois » ne se comprend qu’à travers ces structures sociales, politiques et religieuses qui nourrissent, orientent ou contraignent la création et la circulation des œuvres.

La formation de Rolland éclaire sa méthode. Agrégé d’histoire à la fin des années 1880, pensionnaire de l’École française de Rome vers 1889–1891, il mène des recherches d’archives sur les origines de l’opéra et la vie musicale italienne des XVIe–XVIIe siècles. De retour à Paris, il contribue à installer, au début des années 1900, un enseignement d’histoire de la musique à l’Université. Cette double assise – érudition documentaire et pédagogie publique – nourrit Musiciens d’autrefois: portraits fondés sur sources, refus de l’anecdote gratuite, attention aux milieux professionnels et aux textes juridiques, administratifs ou liturgiques qui cadrent l’activité des compositeurs.

L’ouvrage rassemble des études consacrées à des créateurs de l’Europe des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, italiens, français, germaniques ou anglais. Rolland ne sépare pas la « vie » et l’« œuvre »: il montre comment contrats, privilèges, statuts de chapelle, mécénat princier ou municipal définissent des possibilités esthétiques. Dans cette perspective, le livre scrute les effets de l’autorité religieuse, des monarchies centralisées et des marchés urbains du spectacle sur les genres (messe, motet, cantate, ballet, opéra, oratorio). Il interroge ainsi les récits héroïsants pour restituer des pratiques collectives, des compromis et des luttes de métiers.

Le XVIe siècle sacré constitue un repère majeur. Après le Concile de Trente (1545–1563), la musique liturgique catholique fait l’objet de recommandations visant l’intelligibilité du texte et la décence des usages. Des chapelles comme la Sixtine à Rome imposent des normes de formation et d’exécution. La figure de Palestrina devient, aux XIXe–XXe siècles, un symbole de « réforme » réussie. Rolland, s’appuyant sur la documentation disponible, rappelle la pluralité des réponses locales et la continuité des pratiques polyphoniques, loin du mythe d’une interdiction générale de la polyphonie, et replace les compositeurs dans les contraintes concrètes du culte et de ses espaces.

À la charnière des XVIe et XVIIe siècles, l’invention de l’opéra naît des expériences de la Camerata florentine et des humanistes italiens, soucieux de renouveler la déclamation dramatique. Les premières œuvres scéniques apparaissent à Florence vers 1600, avant l’ouverture à Venise, en 1637, de théâtres d’opéra publics financés par l’abonnement. Rolland, qui avait étudié les origines du théâtre lyrique, réinscrit ces innovations dans la culture du spectacle urbain, le goût aristocratique pour l’allégorie et la rhétorique, et les cadres matériels des scènes italiennes, plutôt que dans l’exception d’un « génie » isolé.

En France, la monarchie de Louis XIV (règne effectif 1661–1715) fait de la musique un instrument de représentation. L’Académie royale de musique (l’Opéra), fondée par lettres patentes en 1669, fonctionne par privilèges et monopoles; l’organisation du ballet de cour et des spectacles à Paris et à Versailles met les artistes au service de l’État. Musiciens d’autrefois analyse ce système: mécénat, censure, hiérarchies de charges, et leurs effets sur la dramaturgie, la danse, le chœur et l’orchestre. Rolland y voit un laboratoire où s’expérimente une esthétique de l’éloquence publique façonnée par l’appareil administratif.

Le XVIIIe siècle français ajoute au cadre curial un espace de concerts payants. Fondé en 1725, le Concert Spirituel ouvre aux Parisiens une salle régulière hors calendrier théâtral, où se programment œuvres religieuses et instrumentales. Plus tard, la Querelle des Bouffons (1752–1754) oppose partisans de la tradition lyrique française aux défenseurs de l’opéra italien. Rolland lit ces conflits comme révélateurs d’enjeux sociaux – publics concurrents, presse, marchés éditoriaux – et non comme simples querelles d’école. Il montre comment discours esthétiques, pratiques professionnelles et dispositifs de diffusion se co-déterminent.

Dans les territoires de langue allemande, la Réforme luthérienne établit un lien durable entre musique et pédagogie civique. Les villes entretiennent des Kantoren, les écoles gèrent des chœurs, les Collegia Musica organisent des concerts. À Leipzig, la fonction de Thomaskantor illustre la place municipale du musicien. Aux XIXe–XXe siècles, l’édition critique transforme la réception: la Bach-Gesellschaft publie les œuvres de Bach entre 1850 et 1900. Rolland s’appuie sur ces corpus pour dépasser la légende romantique et situer les maîtres « anciens » dans les réalités ecclésiales, scolaires et urbaines qui ont porté leur art.

À Londres, au XVIIIe siècle, l’économie du spectacle s’oriente vers l’entreprise commerciale. La Royal Academy of Music, fondée vers 1719, mobilise capitaux aristocratiques pour produire l’opéra italien; les oratorios trouvent un public large, notamment pendant le Carême lorsque l’opéra est suspendu. La concurrence des théâtres, la publicité et l’abonnement façonnent le goût. Rolland s’intéresse à cette mutation: du service de cour au marché urbain, le statut du compositeur devient celui d’un entrepreneur culturel. Musiciens d’autrefois compare ces régimes pour éclairer les formes et les durées d’un succès.

La trame économique du métier structure l’ouvrage. Chapelles, cours et municipalités offrent des postes stables (maître de chapelle, Kapellmeister), tandis que les scènes publiques imposent des risques et des stratégies propres (troupes, souscriptions, privilèges). Les autorités régulent par censures et règlements; les litiges contractuels jalonnent des carrières. Rolland montre comment certaines contraintes – effectifs disponibles, obligations liturgiques, calendriers festivaliers – dictent formats, tonalités, effectifs et même sujets. Ainsi la biographie devient, chez lui, une sociologie des pratiques, attentive aux conditions matérielles et au droit du spectacle.

La circulation des œuvres repose sur des technologies éditoriales que l’ouvrage replace au centre. L’imprimerie musicale naît à Venise avec Petrucci (début XVIe siècle) et se diversifie avec l’édition française (Attaingnant dans les années 1530, puis la dynastie des Ballard aux XVIIe–XVIIIe siècles). La gravure sur plaque permet l’essor des partitions orchestrales; ailleurs persistent copies manuscrites et parties séparées. Cette infrastructure conditionne la diffusion paneuropéenne des styles. Rolland suit ces canaux, s’appuyant sur catalogues, privilèges d’imprimeurs et rééditions, pour retracer comment des formes naissent localement puis voyagent et se transforment.

Les pratiques d’exécution et les lieux sont également historicisés. Basilique, chapelle, salle à l’italienne, théâtre de cour ou espace de concert n’imposent pas les mêmes effectifs, tempi ou équilibres. Le rôle des voix – y compris les castrats dans l’Italie et la Rome pontificale – et l’instrumentarium évoluent selon calendriers religieux et obligations théâtrales. Rolland insiste sur ces cadres sonores pour prévenir l’anachronisme: comprendre une messe, un motet, un divertissement ou un acte d’opéra exige de restituer l’acoustique, les usages et la hiérarchie des fonctions qui les ont portés.

La redécouverte moderne des répertoires anciens fournit à Rolland sources et auditoires. À Paris, la Schola Cantorum (fondée en 1894) promeut la polyphonie de la Renaissance et le classicisme français en éditions et concerts. En Allemagne et en Autriche, des collectes monumentales (Denkmäler deutscher Tonkunst, dès 1892) et les sociétés d’édition (Händel-Gesellschaft à partir des années 1850) stabilisent des textes. L’édition intégrale de Palestrina, menée à partir du XIXe siècle, contribue pareillement. Musiciens d’autrefois s’inscrit dans ce moment éditorial: l’accès à des sources fiables permet de corriger traditions et légendes tenaces.

Le climat intellectuel français d’avant 1914 est traversé par des tensions nationales, héritées de 1870 et ravivées par l’Affaire Dreyfus (années 1890–1906), ainsi que par les polémiques esthétiques autour du wagnérisme. Rolland, humaniste et internationaliste, propose une histoire décentrée: l’Europe musicale se lit comme un réseau d’échanges plutôt que comme une série de généalogies nationales closes. Musiciens d’autrefois met en regard écoles françaises, italiennes et germaniques pour relativiser les discours de supériorité et déjouer les récupérations identitaires d’auteurs « anciens ». Cette posture confère au livre une portée critique contemporaine.

Parallèlement, la musicologie se professionnalise. Dès 1885, Guido Adler théorise la discipline; des revues spécialisées naissent; à Paris, la Société internationale de musique est fondée en 1899, facilitant comparaisons et éditions. L’Université renforce l’histoire de la musique dans ses cursus. Rolland participe à cet ancrage en France: ses études combinent philologie, histoire sociale et écriture claire. Musiciens d’autrefois illustre cette ambition: rendre accessibles des recherches de première main sans sacrifier la précision documentaire, tout en reliant les dossiers musicaux à des débats plus larges sur l’art, l’État et la société.

Des évolutions techniques changent aussi l’écoute au début du XXe siècle. Le disque et le piano mécanique diffusent des fragments du répertoire, mais l’enregistrement reste limité pour les musiques antérieures, et les éditions critiques, les bibliothèques et les concerts de redécouverte demeurent essentiels. Rolland écrit pour un public qui lit des partitions, fréquente des cycles consacrés aux « maîtres anciens » et débat dans la presse. Musiciens d’autrefois joue alors un rôle de médiateur: il offre des clés historiques pour orienter l’écoute moderne et éviter de projeter des goûts contemporains sur des œuvres nées d’autres régimes d’audition.

L’ouvrage accorde enfin une place centrale à l’éthique de la recherche. Contre l’hagiographie, Rolland privilégie des portraits « situés » et la vérification par les sources. Contre l’illusion d’une autonomie absolue de l’art, il documente les contrats, les pratiques de répétition, la fabrique des spectacles. Contre le chauvinisme, il montre la transnationalité des carrières et des styles. Cette triple exigence – probité documentaire, sociologie des institutions, horizon européen – donne à Musiciens d’autrefois sa force argumentative et sa valeur durable comme outil critique de la mémoire musicale collective de l’Europe moderne et de la France républicaine qui la relit.

Biographie de l’auteur

Table des matières

Romain Rolland (1866-1944) est un écrivain, dramaturge, essayiste et biographe français, figure majeure de l’humanisme européen. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1915, il a marqué la première moitié du XXe siècle par une oeuvre ample, traversant roman-fleuve, théâtre, essais d’histoire de l’art et de la musique, et biographies d’artistes et de guides spirituels. Son nom reste associé à une conception exigeante de la culture, envisagée comme force morale et lien entre les peuples. Par la portée transnationale de ses sujets et la clarté de sa prose, il a contribué à façonner une idée de la littérature comme service public de l’esprit.

Né à Clamecy en Bourgogne, formé à Paris à la fin des années 1880, il suit le cursus de l’École normale supérieure, où il acquiert une solide base d’histoire et d’esthétique. Un séjour prolongé à l’École française de Rome, à la charnière des années 1890, l’immerge dans l’étude de la Renaissance italienne et du théâtre des origines. De retour en France, il se consacre à la recherche et à l’enseignement, tout en amorçant une oeuvre dramatique. Il milite pour un théâtre populaire, pédagogique et civique, conçu pour élargir le public de la scène. Ces années installent son double ancrage: érudition et création.

Son grand roman-fleuve, Jean-Christophe, paraît en plusieurs volumes entre le début et le milieu des années 1900. Cette vaste fresque suit la formation d’un musicien et, à travers elle, explore les échanges culturels européens et la quête d’une conscience libre. La réception est rapidement internationale: la critique salue l’ampleur architecturale, le souffle musical de la prose et l’ambition morale du projet. L’oeuvre contribue fortement à sa renommée et à la reconnaissance dont témoignera son Nobel. Jean-Christophe installe Rolland parmi les romanciers qui articulent récit individuel et horizon historique, avec une attention constante aux tensions et réconciliations entre nations voisines.

Après la guerre, il diversifie encore son oeuvre de fiction. Colas Breugnon propose la verve d’un artisan bourguignon et un art de vivre solaire. Pierre et Luce condense, dans une forme brève, une méditation sur la jeunesse et la violence du temps. Clérambault, histoire d’une conscience pendant la guerre, interroge l’engagement individuel face au conflit. Parallèlement, le cycle L’Âme enchantée, développé durant l’entre-deux-guerres, prolonge sa réflexion romanesque sur la liberté intérieure et les épreuves de l’époque. Ces livres confirment sa maîtrise des formes longues et courtes, ainsi qu’une constante attention au lien entre destin personnel et histoire collective.

Historien de la musique et passeur de cultures, Rolland publie des études et biographies qui restent des portes d’entrée accessibles. Vie de Beethoven, Michel-Ange et Tolstoï témoignent de son goût pour les grandes figures créatrices et morales. Des recueils critiques sur les musiciens, parus au début du XXe siècle, s’attachent à éclairer l’écoute et le contexte des oeuvres. Plus tard, son intérêt pour l’Inde moderne et la spiritualité se traduit par des ouvrages sur Gandhi, ainsi que sur Ramakrishna et Vivekananda. Dans cette veine, il met en avant les affinités entre exigence artistique, quête éthique et fraternité entre traditions.

La Première Guerre mondiale est un tournant. Installé en Suisse durant le conflit, Rolland publie des articles rassemblés sous le titre Au-dessus de la mêlée, appel à la lucidité et à la solidarité des consciences au-delà des frontières. La controverse est vive, mais son plaidoyer pacifiste trouve un écho durable. À la sortie de la guerre, il promeut l’indépendance de l’esprit face aux passions nationales, notamment par une déclaration diffusée en 1919. Le prix Nobel de littérature, décerné en 1915, consacre à la fois une oeuvre déjà ample et un rôle d’écrivain public, soucieux de responsabilité et de circulation des idées.

Dans l’entre-deux-guerres, il poursuit romans, essais et échanges avec des intellectuels européens, tout en soutenant des initiatives internationalistes et antifascistes. Observateur attentif des expériences sociales de son temps, il défend la liberté de conscience et la dignité humaine, positions qui irriguent ses livres tardifs. À la fin des années 1930, il se retire en Bourgogne, à Vézelay, où il meurt en 1944. Son héritage réside dans l’alliance rare d’érudition musicale, curiosité universelle et sens civique. On lit encore Romain Rolland pour la force d’orientation morale de ses pages, son cosmopolitisme exigeant et sa vision confiante des échanges culturels.

Musiciens d'autrefois

Table des Matières Principale
MUSICIENS D’AUTREFOIS
INTRODUCTION DE LA PLACE DE LA MUSIQUE DANS L’HISTOIRE GÉNÉRALE
L’OPÉRA AVANT L’OPÉRA
I LES «SACRE RAPPRESENTAZIONI» DE FLORENCE, ET LES «MAI» DE LA CAMPAGNE TOSCANE
II LES COMÉDIES LATINES ET LES REPRÉSENTATIONS A L’ANTIQUE
III LES PASTORALES EN MUSIQUE ET TORQUATO TASSO
LE PREMIER OPÉRA JOUÉ A PARIS: «L’ORFEO» DE LUIGI ROSSI
I MAZARIN ET LA MUSIQUE
II LES BARBERINI EN FRANCE
III LUIGI ROSSI AVANT SON ARRIVÉE EN FRANCE
IV LA REPRÉSENTATION D’ORFEO A PARIS ET L’OPPOSITION RELIGIEUSE ET POLITIQUE A L’OPÉRA
V L’ORFEO
VI LUIGI ROSSI APRÈS L’«ORFEO»
I L’HOMME
II LE MUSICIEN
III LE RÉCITATIF DE LULLY ET LA DÉCLAMATION DE RACINE
IV ÉLÉMENTS HÉTÉROGÈNES DE L’OPÉRA DE LULLY
V LES SYMPHONIES DE LULLY
VI GRANDEUR ET POPULARITÉ DE L’ART DE LULLY
GLUCK
A PROPOS D’«ALCESTE».
I
II
GRÉTRY
MOZART D’APRÈS SES LETTRES
Supplément musical L’Orfeo de Luigi Rossi (1647) Désespoir d’Orphée
TABLE DES MATIÈRES