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Les "Œuvres complètes de François Villon" regroupent les poésies et ballades d'un des plus illustres poètes du Moyen Âge français. Villon écrit dans un style à la fois lyrique et vernaculaire, alliant la musique des vers à des thèmes sombres tels que la mort, l'exil, et les injustices sociales. Son contexte littéraire est celui d'une époque marquée par les troubles politiques et les inégalités, où son art devient une voix pour les opprimés, offrant un contraste saisissant avec la courtoisie des poètes contemporains. À travers une approche autobiographique, Villon nous livre ses réflexions sur la condition humaine, l'amour, et la fugacité de la vie, caractérisant un tourbillon d'émotions et de pensées. Né vers 1431 à Paris, François Villon a profondément été influencé par son environnement tumultueux, mais également par sa formation à l'université de Paris. Connu pour son esprit rebelle et ses mésaventures avec la loi, Villon a connu l'emprisonnement et l'exil, événements marquants qui nourrissent ses écrits. Le poète se distingue ainsi par sa capacité à canaliser ses souffrances personnelles et sociétales dans son œuvre, transformant son vécu en réflexions universelles. Les "Œuvres complètes" sont une porte d'entrée fascinante dans l'univers complexe de Villon. Ce recueil est une lecture essentielle pour quiconque s'intéresse à la poésie française, offrant à la fois des réflexions poignantes et des images vivantes de la vie au XVe siècle. Sa pertinence réside dans la résonance de ses thèmes au-delà des siècles, rendant son œuvre intemporelle et toujours actuelle. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction approfondie décrit les caractéristiques unifiantes, les thèmes ou les évolutions stylistiques de ces œuvres sélectionnées. - La Biographie de l'auteur met en lumière les jalons personnels et les influences littéraires qui marquent l'ensemble de son œuvre. - Une section dédiée au Contexte historique situe les œuvres dans leur époque, évoquant courants sociaux, tendances culturelles и événements clés qui ont influencé leur création. - Un court Synopsis (Sélection) offre un aperçu accessible des textes inclus, aidant le lecteur à comprendre les intrigues et les idées principales sans révéler les retournements cruciaux. - Une Analyse unifiée étudie les motifs récurrents et les marques stylistiques à travers la collection, tout en soulignant les forces propres à chaque texte. - Des questions de réflexion vous invitent à approfondir le message global de l'auteur, à établir des liens entre les différentes œuvres et à les replacer dans des contextes modernes. - Enfin, nos Citations mémorables soigneusement choisies synthétisent les lignes et points critiques, servant de repères pour les thèmes centraux de la collection.
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Veröffentlichungsjahr: 2020
Intitulée Œuvres complètes de François Villon, cette collection réunit, sous l’autorité d’un seul auteur, des textes et paratextes destinés à présenter l’œuvre de Villon avec clarté, continuité et repères de lecture. Elle articule un noyau poétique et un appareil d’accompagnement, afin d’offrir au lecteur un accès fiable à une langue et à une époque dont l’étrangeté est réelle. L’objectif est double : restituer l’expression d’un poète majeur du XVe siècle et fournir les instruments nécessaires pour en saisir le sens, l’ironie et la portée, sans dissocier la saveur de la lettre de la compréhension historique et stylistique qu’exige une telle œuvre.
Les types de textes représentés éclairent d’emblée la variété des approches. Le Petit Testament de Maistre François Villon est un poème narratif en vers qui emprunte ses formes à l’écriture juridique pour mieux les détourner. Il est encadré par une Préface, qui guide l’entrée dans l’œuvre et précise les perspectives d’interprétation, et par un texte de Clément Marot de Cahors, varlet de chambre du roi, témoin de la réception renaissante de Villon. Un Glossaire-Index complète l’ensemble, offrant les clés lexicographiques, historiques et onomastiques utiles à la lecture du moyen français.
La dénomination d’Œuvres complètes indique l’ambition de présenter Villon dans l’intégrité de sa voix, telle qu’elle s’est transmise et comprise au fil des siècles. Poète parisien de la fin du Moyen Âge, figure marquante par la vigueur de sa langue et l’acuité de son regard, Villon occupe une place singulière au sein de la tradition française. Sa réputation s’est d’abord appuyée sur des pièces en vers où se mêlent autoportrait, satire et méditation. Cette édition privilégie la continuité de lecture et la contextualisation, afin que chaque texte soit entendu dans son milieu social et intellectuel autant que dans sa pure valeur poétique.
Le Petit Testament, également connu sous le titre de Lais, se présente comme un legs fictif en vers. Le poète y distribue, avec une ironie aiguë, des dons symboliques qui mettent en scène ses rapports avec la ville, la communauté estudiantine, l’amitié et l’adversité. La forme testamentaire, empruntant aux codes du droit, devient l’outil d’un théâtre de paroles où la générosité affichée croise la satire et la plainte. L’enjeu n’est pas de conduire une intrigue, mais de déployer une voix : celle d’un sujet qui se mesure au manque, à l’instabilité et au désir de laisser trace, en jouant des contrastes du rire et du sérieux.
La présence d’un texte de Clément Marot de Cahors, varlet de chambre du roi, inscrit la lecture de Villon dans l’histoire de sa transmission. Poète de la Renaissance, Marot a contribué à faire connaître Villon et à en fixer la fortune postérieure. Sa voix d’éditeur et de lecteur précoce témoigne des manières dont l’époque moderne a relu le poète médiéval, entre admiration pour la verve et attention à la langue. Ce document, placé au cœur de la collection, rappelle que l’autorité de Villon s’est aussi construite dans le regard de ses premiers héritiers, et qu’une œuvre se prolonge par ses réceptions successives.
La Préface ouvre le volume en posant un cadre de lecture clair et mesuré. Elle situe l’œuvre dans son contexte culturel et littéraire, en signalant les principaux axes d’intelligibilité sans imposer un sens unique. Elle rappelle la datation générale, l’environnement parisien et l’état de la tradition, en insistant sur ce que la poésie gagne à être entendue avec les mots d’alors et l’oreille d’aujourd’hui. Cette entrée en matière propose des repères méthodiques, afin de lire Villon sans anachronisme, de reconnaître les conventions qu’il détourne et d’apprécier la précision des formes qu’il manie, du récit en vers aux jeux d’allocution.
Le Glossaire-Index fournit l’outil indispensable à toute édition destinée au public contemporain. Y sont expliqués les termes du moyen français, les noms propres, les allusions historiques ou scripturaires, ainsi que les références topographiques qui structurent l’imaginaire de la ville. Cet appareil aide à démêler les réseaux de sens, à repérer les motifs récurrents et à suivre la logique des enchaînements. Il accompagne le lecteur sans se substituer à lui : loin d’encadrer de trop près, il clarifie. Par lui, la richesse lexicale et la densité culturelle de Villon deviennent accessibles, sans simplification ni appauvrissement de la lettre poétique.
Plusieurs thèmes unifient l’ensemble et justifient la réunion de ces pièces. La précarité de l’existence, l’errance, l’attirance et la défiance envers la ville, la mémoire et l’oubli, la fraternité et la trahison, l’ombre de la mort et l’élan de la jeunesse composent un champ d’expérience où la subjectivité se met à nu. Le legs en vers offre un miroir ironique aux valeurs et aux rites sociaux. Dans cette matière, le poète cultive une voix qui refuse la pose héroïque tout en assumant la gravité du destin humain. L’œuvre parle ainsi à la fois des réalités de son temps et des constances de la condition.
La force durable de Villon tient à des traits stylistiques immédiatement perceptibles. Sa poésie organise une rencontre entre registres : vigueur familière et raffinement formel s’y nouent sans hiérarchie. La maîtrise du vers court, la précision rythmique, l’art de l’énumération et l’adresse directe au lecteur produisent une parole vive, concrète, mémorable. Les procédés de reprise et de variation, l’usage de refrains et la tension entre solennité et dérision composent une signature. Cette alliance rare de discipline métrique et de liberté tonale explique que la langue de Villon demeure lisible et frappante, même à distance historique.
La culture de Villon, nourrie de droit, de traditions scolaires et de matière proverbiale, irrigue le poème sans pesanteur. Les références savantes s’y recomposent au contact des expériences ordinaires, dans un va-et-vient entre les salles d’études et la rue. Le texte joue des conventions juridiques pour mieux en révéler les angles morts, et transforme le formulaire en théâtre de la mémoire. Cette intelligence des formes, jamais ostensiblement démonstrative, donne au lecteur la sensation d’une parole qui se sait héritière, mais qui se réserve la liberté d’écorner les bords, d’ouvrir des passages et d’inventer des usages neufs à la tradition.
La composition éditoriale retenue souligne la dynamique de transmission. Le dialogue entre une Préface contemporaine, un témoignage renaissant dû à Clément Marot et le poème de Villon permet d’entendre plusieurs couches d’écoute. On y perçoit la mobilité du texte à travers le temps, les questions qu’il n’a cessé de susciter et les solutions de lecture proposées. Cette stratification rappelle que l’œuvre de Villon n’est pas un bloc : c’est un faisceau de voix, d’usages et de gestes critiques. L’édition assume cette complexité en ordonnant les pièces, en les laissant résonner et en guidant sans prescrire.
Cette collection veut ainsi concilier fidélité et accessibilité. Elle s’adresse au lecteur qui découvre Villon comme à celui qui le reprend avec des instruments plus sûrs. Parcourir ces pages, c’est d’abord entrer par la Préface, entendre ensuite la voix de Marot, se confronter enfin au Petit Testament, avant de revenir au Glossaire-Index pour préciser un sens ou vérifier une allusion. On y gagne une lecture continue et informée, attentive à la matière verbale autant qu’au contexte. Le dessein est sobre et franc : offrir un passage net vers une œuvre dont l’actualité ne tient pas à l’air du temps, mais à la justesse de la voix.
François Villon, né à Paris vers 1431 et disparu des archives après 1463, incarne la voix la plus singulière de la poésie française tardo-médiévale. Son œuvre associe l’érudition des écoles à l’expérience urbaine, dans un climat de fin de guerre, d’insécurité et de renouveau spirituel. Maître des formes fixes et de l’ironie, il compose un art de la confession mêlé de satire, où la méditation sur la mort se confronte aux réalités de la rue. La collection présentée retient comme pièce majeure le Petit Testament, entouré d’un appareil critique (préface, notice de Clément Marot, glossaire-index) qui en facilite la lecture et la contextualisation.
La formation de Villon s’inscrit dans le creuset de l’Université de Paris, où il acquiert, au début des années 1450, une maîtrise des arts libéraux et de la rhétorique. Ce cadre lui donne accès aux traditions latines, aux sermons exemplaires et aux exercices de disputation qui nourrissent son goût de la controverse et du double sens. Il perfectionne l’usage de formes comme la ballade et le rondeau, alliant virtuosité métrique et ressources de la langue parlée. Cette culture livresque, mise à l’épreuve d’un milieu urbain contrasté, favorise chez lui une poésie de l’écart, attentive aux contradictions morales et au comique grinçant.
Vers 1456, Villon compose le Petit Testament, également appelé Lais, dont la collection offre le texte. Parodique et grave à la fois, l’ouvrage imite la forme juridique du legs pour distribuer, sur le mode satirique, biens imaginaires et souvenirs, à des personnes ou figures évoquées. La tension entre l’allure de jeu et la lucidité sur la précarité de l’existence donne au poème son timbre singulier. S’y lisent l’art de la pointe, une connaissance précise des formules notariales et la maîtrise des strophes à refrain. Cette pièce, brève et compacte, annonce le mélange d’autodérision et de méditation qui marque le reste de son œuvre.
La trajectoire de Villon est bientôt heurtée par des épisodes de violence et d’exil. Après une rixe survenue en 1455 et des démêlés judiciaires en 1456, il connaît des errances dont ses textes gardent l’empreinte. L’incarcération à Meung-sur-Loire, suivie d’une libération liée à un changement de règne, précède une période de création intense. Le Grand Testament, fréquemment daté de 1461–1462, approfondit les thèmes de la vieillesse, de la faute et de la miséricorde, mêlant complaintes, ballades et envois. Sans renoncer à la verve satirique, la voix s’y fait plus grave, travaillée par le sentiment de la finitude et la mémoire des épreuves.
Les archives mentionnent ensuite une arrestation à Paris en 1462, un jugement sévère et, au début de 1463, une commutation de peine assortie d’un bannissement. Au-delà, Villon disparaît des sources, et nul témoignage certain ne documente ses dernières années ni les circonstances de sa mort. Cette lacune éclaire la posture d’un auteur dont l’œuvre, si personnelle, n’en demeure pas moins ancrée dans des pratiques textuelles collectives—formes fixes héritées, allusions juridiques, chants populaires—et dans une ville dont il capte la diversité sociale sans se livrer à une autobiographie exhaustive.
La réception de Villon s’affirme tôt par les manuscrits et les premiers imprimés. Au XVIe siècle, Clément Marot, poète de Cahors et varlet de chambre du roi, joue un rôle décisif dans la reconnaissance du poète, dont il favorise la lecture et la transmission. La présente collection intègre un texte de Marot, ainsi qu’une Préface qui situe Villon dans son époque et rappelle l’état des témoignages. Un Glossaire-Index y éclaire le vocabulaire technique, l’argot et les allusions juridiques, éléments indispensables pour saisir la précision lexicale et l’ironie savante du Petit Testament et, plus largement, l’ingéniosité verbale de Villon.
L’héritage de Villon tient à la fusion rare de l’art métrique, de la mémoire des formes médiévales et d’une conscience aiguë des fragilités humaines. Sa manière de conjuguer humour noir, repentir, satire des puissants et compassion pour les vaincus a durablement marqué la poésie française, de la Renaissance à l’époque moderne. Le Petit Testament, tel qu’il se lit ici, offre une porte d’entrée privilégiée vers cet univers: rythmes maîtrisés, figures d’esprit et regard sans complaisance sur la misère, la gloire et le temps. Cette actualité tient à la netteté de la langue et à une lucidité qui parle encore aux lecteurs d’aujourd’hui.
La collection Œuvres complètes de François Villon rassemble des textes et des paratextes qui font dialoguer le XVe siècle de l’auteur avec la Renaissance qui l’a relu, puis avec l’érudition moderne. Elle met au centre Le Petit Testament de Maistre François Villon, tandis qu’une préface et une notice sur Clément Marot, valet de chambre du roi, encadrent historiquement la réception. Un glossaire-index éclaire la langue du moyen français. L’ensemble permet de mesurer comment une voix urbaine et marginale née dans le Paris de l’après-guerre de Cent Ans a été réinterprétée par l’humanisme du XVIe siècle, puis stabilisée par l’édition savante des XIXe et XXe siècles.
Villon naît vers 1431, année marquée par l’exécution de Jeanne d’Arc, à la fin d’un long cycle de conflits. Paris a connu l’occupation anglaise et bourguignonne jusqu’à sa libération en 1436, puis un lent redressement sous Charles VII. La capitale, meurtrie par la guerre, la fiscalité et les épidémies, reste un espace de fortes inégalités, de mobilité et de violence. C’est dans ce cadre d’incertitudes politiques et sociales que se forme la sensibilité de Villon, où se mêlent compassion pour les humbles, ironie corrosive et méditation sur l’instabilité des fortunes humaines et la proximité de la mort.
L’Université de Paris, pôle majeur du royaume, structure la jeunesse de Villon. Il y obtient des grades vers 1449 et 1452, dans un milieu d’écoles, de collèges, de procureurs et d’écrivains publics. Le quartier universitaire concentre tavernes, libraires, clercs et étudiants, avec une frontière poreuse entre savoir, satire et débrouille. Le registre latin et la culture scolastique irriguent la rhétorique de Villon, mais sa poésie revendique la vivacité d’une langue urbaine. Les pratiques de compilation en recueils manuscrits, la circulation par chansonniers et la performance orale forment le terreau où ses ballades et complaintes prennent écho.
La justice et les peines au XVe siècle constituent un contexte décisif. Le Châtelet de Paris concentre tribunal, geôle et supplices; le bannissement et les lettres de rémission sont des instruments courants. Villon connaît la grâce royale après un homicide survenu en 1455 et vit en fuite après un vol commis en 1456 au Collège de Navarre. Il subit prison et menaces d’échafaud. L’expérience des cachots ecclésiastiques, notamment à Meung-sur-Loire, et la libération survenue peu après l’avènement de Louis XI en 1461, nourrissent une poésie qui observe les rouages de la punition, implore la miséricorde et interroge la justice des hommes.
La marginalité urbaine, nourrie par la guerre et la disette, façonne un monde d’errance, de métiers instables et de petites bandes. Des procès en Bourgogne dans les années 1450 attestent l’existence de groupes appelés Coquillards, avec leurs argots. La poésie en jargon et certaines ballades se font l’écho, direct ou réélaboré, de ces sociabilités. Sans attribuer de manière péremptoire des appartenances, on peut affirmer que Villon exploite, avec savoir-faire, registres criminels et codes d’initiés pour élaborer une satire des hiérarchies, moquer la morgue des puissants et souligner la précarité des gagne-petit dans la grande ville.
Le Petit Testament, aussi nommé Le Lais, est composé vers 1457. Il s’inscrit dans la tradition médiévale des testaments parodiques, qui détournent la solennité juridique pour régler des legs imaginaires, régler des comptes et dresser un autoportrait ironique. Le dispositif des legs permet d’évoquer le réseau social d’un poète en partance, ses dettes, ses rancœurs et quelques gestes de charité. L’obsession de la mort, l’errance forcée et la satire des notables y coexistent. Dans la conjoncture d’un Paris encore convalescent, l’écriture du Lais met en scène l’instabilité des protections et l’ambivalence des solidarités urbaines.
La fin du Moyen Âge français affectionne les formes fixes de la ballade, du rondeau et du chant royal. Des poètes comme Eustache Deschamps et Charles d’Orléans ont raffiné ces cadres que Villon emploie avec virtuosité. La danse macabre, l’art de bien mourir et la littérature des moralités traversent la culture visuelle et littéraire, renforcés par les souvenirs de pestes. Dans cette atmosphère, le rire acide et la prière se répondent. L’économie serrée des refrains, l’énigme des envois et l’adresse à des juges, princes ou dames rappellent la présence d’un public qui goûte autant le jeu rhétorique que la gravité spirituelle.
La religiosité de l’époque est à la fois institutionnelle et populaire. Processions, confréries, indulgences et pèlerinages répondent aux angoisses existentielles. La poésie de Villon navigue dans ce milieu de dévotions et de sermons. Elle multiplie appels à la Vierge, demandes de pardon et invectives contre l’hypocrisie. Loin d’une doctrine systématique, elle reflète la culture pénitentielle et le souci du salut, tout en dévoilant les écarts entre l’idéal chrétien et les pratiques sociales. La satire ne nie pas la foi; elle la mesure à l’aune des injustices quotidiennes et de la fragilité des corps promis à la fosse commune.
La vie matérielle du XVe siècle, marquée par réformes monétaires, impôts de guerre et reprise économique inégale, irrigue l’arrière-plan du Lais. La valeur de l’écu, la rareté des biens durables et l’importante circulation d’objets usagés structurent imaginaires et transactions. Le testament, instrument juridique et rituel social, ordonne charité, funérailles et dettes. En parodiant ces pratiques, la poésie montre les tensions entre droit écrit et arrangements pratiques, entre biens possédés et biens rêvés. Le rire dévoile la vulnérabilité d’un statut social incertain, particulièrement pour les clercs pauvres, étudiants, scribes et petites gens de plume.
La transmission des textes bascule au XVe siècle du manuscrit au livre imprimé. À Paris, l’imprimerie s’installe dès 1470 au Collège de Sorbonne; elle accélère la diffusion des auteurs français. Les poèmes de Villon, d’abord recopiés en recueils, paraissent en édition imprimée en 1489 chez Pierre Levet, ce qui fixe un ensemble et amplifie la réception. Cette stabilisation reste partielle: variantes, lacunes et modernisations s’accumulent. L’essor des ateliers de Paris et de Lyon au début du XVIe siècle facilite la relecture humaniste, tandis que la pluralité des états textuels nourrit le travail des éditeurs modernes.
Clément Marot, né vers 1496 et mort en 1544, sert François Ier comme valet de chambre. Poète de cour et humaniste, il s’attache à rééditer des auteurs français antérieurs pour en régulariser la langue et en affirmer la dignité. Dans les années 1530, il donne une édition de Villon, accompagnée de remarques qui louent l’invention tout en polissant l’orthographe et certains tours jugés obscurs. Son intervention inscrit Villon dans un canon naissant de poésie française, au moment où le pouvoir royal soutient une politique de prestige littéraire et où l’imprimé multiplie les publics lettrés.
Le geste éditorial de Marot s’inscrit dans un contexte chargé: réformes religieuses, débats sur la traduction des textes sacrés, censure accrue après 1534. Sans faire de Villon un étendard confessionnel, Marot promeut une intelligibilité accrue de la langue et défend un patrimoine poétique français. Il modernise l’orthographe et propose une lecture morale et esthétique qui tempère l’âpreté de l’argot et de la satire. Ce travail reflète la tension renaissance entre respect des autorités anciennes et ambition de clarté, ainsi qu’un désir de discipliner la tradition médiévale au profit d’un français plus régulier.
La préface de la collection, quelle que soit sa date précise, prolonge cette histoire des médiations. Elle situe l’œuvre dans ses temps, justifie des choix de texte et adresse le lecteur moderne. Depuis le XIXe siècle, l’édition critique s’appuie sur chartes, registres judiciaires et comparaisons des témoins manuscrits et imprimés. Des éditeurs comme Auguste Longnon ont œuvré à établir des versions fiables, assorties de notes. La préface résume souvent ces chantiers, rappelle la chronologie probable du Lais et du Grand Testament, et souligne la prudence nécessaire face aux attributions litigieuses, aux lacunes et aux variantes contradictoires.
Le Glossaire-Index est un outil historique autant que linguistique. Il documente le moyen français du XVe siècle, période de fortes variations graphiques et lexicales. Il éclaire des termes de droit, de religion, de métiers, d’argot urbain et de réalités matérielles, ainsi que des toponymes parisiens. En guidant le lecteur à travers des formes graphiques instables et des sens disparus ou déplacés, il retrace les déplacements du français vers la norme classique. Il met aussi en évidence la diversité sociale et culturelle contenue dans la langue de Villon, où coexistent latinismes, parlers d’ateliers, formules liturgiques et gouaille de taverne.
La tradition satirique tardomédiévale offre un autre horizon. Farces, sotties et sermons joyeux circulent à Paris, notamment autour des clercs de la Basoche, qui pratiquent théâtre parodique et procès burlesques. Cette culture de performance, mêlant droit et rire, résonne avec le dispositif testamentaire détourné et avec l’adresse à des juges réels ou fictifs. Les jeux d’autorité, les convocations de témoins et la rhétorique judiciaire, omniprésents dans les rues et les salles d’audience, donnent à la poésie une scansion procédurale où le je revendique, plaide, confesse et se rétracte, en écho à une société procédurière.
La postérité de Villon connaît des éclipses et des retours. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les poètes médiévaux restent lus dans des milieux érudits, mais la norme classique préfère d’autres modèles. Des anthologies subsistent toutefois, et l’imprimé maintient un filet de transmission. Les bouleversements politiques de la fin du XVIIIe siècle déplacent les horizons d’attente, sans encore rendre à Villon la centralité qu’il gagnera plus tard. Le maintien d’un intérêt érudit pour la langue ancienne et la curiosité antiquaire préparent, timidement, les renaissances romantiques et philologiques du siècle suivant.
Au XIXe siècle, l’essor de la médiévalisation romantique, l’histoire urbaine de Paris et la philologie d’archives renouvellent la lecture. Des critiques et poètes mettent en avant la sincérité nerveuse de Villon, parfois sous l’étiquette de poète maudit. Des éditeurs établissent des textes plus sûrs, collationnent les premiers imprimés et les manuscrits, et commentent l’argot, la justice et les réalités matérielles. Cette relecture ancre la poésie dans ses contextes sociaux et judiciaires, tout en soulignant sa modernité d’accent. Elle influence durablement les anthologies scolaires et l’image de Villon auprès d’un large public lettré et curieux.」「Les études du XXe et du début du XXIe siècle approfondissent l’ancrage documentaire: lettres de rémission, registres du Châtelet, actes universitaires et pratiques de dévotion y sont mobilisés. On distingue mieux les voix éditoriales et les strates textuelles. Les lectures croisent histoire sociale, histoire du livre et poétique des formes fixes. Le Petit Testament y apparaît comme un laboratoire où s’entrecroisent satire, prière et auto-mise en scène. Les éditeurs contemporains explicitent le rôle des témoins imprimés de 1489 et du XVIe siècle, et saisissent la part d’incertitude qui subsiste sur certaines attributions ou datations.」「La collection, en juxtaposant Préface, notice sur Clément Marot, Le Petit Testament et Glossaire-Index, montre comment un texte médiéval se constitue en patrimoine. Elle expose les effets des contextes successifs: la sortie de guerre au XVe siècle y imprime l’obsession du risque, la Renaissance humaniste normalise et célèbre, et l’édition critique moderne vérifie, annote et nuance. Ces médiations ne gomment pas les tensions de l’œuvre; elles en rendent lisibles les strates de temps. Pour le lecteur d’aujourd’hui, l’ensemble propose une traversée des façons d’habiter l’histoire par la langue, du rire acerbe à la prière inquiète.
Introduction qui situe François Villon dans une tradition poétique où l’ironie côtoie la méditation morale, et qui propose des clés pour aborder ses registres mêlés. Elle éclaire le rôle des formes parodiques et des allusions juridiques, en préparant le lecteur à reconnaître le jeu des voix et l’ambivalence des postures.
Texte consacré à la figure de Clément Marot, envisagé comme poète lié à l’univers de cour. Il met en regard l’art poétique et les exigences du service princier, offrant un contrepoint qui souligne continuités et écarts avec la veine satirique et urbaine associée à Villon.
Poème en forme de testament fictif, où des legs imaginaires deviennent portraits, clins d’œil et règlements de comptes enjoués. La voix alterne sarcasme et mélancolie pour interroger amitié, fortune, justice et fuite du temps, tout en détournant avec verve le vocabulaire juridique et les usages sociaux.
Outil de repérage des mots rares, toponymes, patronymes et allusions, permettant d’éclairer les strates du lexique médiéval et les jeux du langage. Il précise argot, archaïsmes et tournures techniques, et facilite la navigation dans les réseaux de motifs et de noms proprement villoniens.
L’ensemble fait apparaître une poésie de contrastes, où le burlesque frôle la méditation sur la perte, la précarité et la mémoire. Reviennent la parodie des formes juridiques, l’adresse directe, les silhouettes de la ville et une voix qui oscille entre bravade et remords, nourrie d’un sens aigu du détail concret et d’un humour sombre.
On ne sait guère de la vie de François Villon que ce qu'il en dit lui-même, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser de décrire, après tant d'autres1, cette existence peu édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa biographie est la clef de ses oeuvres.
François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la foi d'une pièce que Fauchet, dans son traité de l'Origine des chevaliers, imprimé en 1599, dit avoir trouvée dans un manuscrit de sa bibliothèque 2, on a mis en doute le lieu de la naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré à des conjectures ingénieuses pour concilier les renseignements fournis par lui-même avec les indications de Fauchet, pour expliquer comment il pouvait s'appeler à la fois Corbueil et Villon, être à la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres, qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification maladroite de l'épitaphe en quatre vers 3. Ce n'est pas sur une pareille autorité qu'on peut substituer le nom de Corbueil à celui de Villon, que notre poète se donne lui-même en vingt endroits de ses oeuvres 4.
Je suis Françoys, dont ce me poise,
Nommé Corbueil en mon surnom,
Natif d'Auvers emprès Pontoise,
Et du commun nommé Villon.
Or, d'une corde d'une toise
Sauroit mon col que mon cul poise,
Se ne fut un joli appel.
Le jeu ne me sembloit point bel.
L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce vers de Villon:
Né de Paris emprès Pontoise;
C'est pourquoi il le fait gravement naître à Auvers, qui est en effet près de Pontoise. Mais une preuve certaine de la composition tardive de cette pièce, c'est qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde moitié du XVe siècle, et certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont les rimes soient distribuées comme dans celui-là. Dans tous les huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec le troisième, le second avec le quatrième, le cinquième et le septième, et le sixième avec le huitième. Les faussaires ne pensent jamais à tout.
Les parents de Villon étaient pauvres5. Sa mère était illettrée6; son père était vraisemblablement un homme de métier, et peut-être, ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un ouvrier en cuir, un cordouennier7.
Poussé par le désir de s'élever au-dessus de la triste condition de ses parents, ou plutôt par ce besoin de savoir qui tourmente les natures comme la sienne, Villon étudia. Il connut les misères de l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de renseignements certains sur le genre d'études auquel il se livra ni sur les progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de maître ès arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus tard, de sa «nomination qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais ce legs pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas le grade de maître en théologie, but suprême des études du temps8.
En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants étaient exposés à bien des tentations. Villon n'y sut pas résister. En contact avec des jeunes gens sans préjugés d'aucune sorte et dépourvus d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et façons de vivre. Bientôt il devint leur chef et leur providence9. Les Repues franches, singulier monument élevé à sa gloire par quelqu'un de ses disciples, nous font connaître par quelles combinaisons ingénieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de mener joyeuse vie. Leurs friponneries étaient tout à fait dans les moeurs du temps, et ne dépassaient sans doute pas les proportions de ce qu'on serait volontiers tenté d'appeler des bons tours; mais ils étaient sur une pente glissante, et la justice n'entendait pas raillerie.
C'estoit la mère nourricière[1q]
De ceux qui n'avoient point d'argent;
A tromper devant et derrière
Estoit un homme diligent. (P. 190.)
Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à partir avec elle à cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parlé de ses deux procès: il en eut au moins trois, bien constatés par ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir jusqu'à présent, est le seul dont le sujet soit indiqué d'une manière certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.
Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes perdues dont la Ballade de la Grosse Margot10 nous donne l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, l'amour naïf et timide11. Quel fut l'objet de cette passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble damoiselle, il paraît certain que c'était une coquette. Elle l'écouta d'abord, l'encouragea12 et finit par le rebuter. Il s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes qu'ils fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et qui se moquèrent de lui13. Villon s'emporta contre sa belle, lui fit des avanies, lui dit des injures, composa peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait volontiers les choses sacrées14. La belle dame se plaignit; la juridiction ecclésiastique s'en mêla15, et Villon fut bel et bien condamné au fouet16.
Quoy que je luy voulsisse dire,
Elle estoit preste d'escouter, etc. (P. 47.)
... qui partout m'appelle
L'amant remys et renié. (P. 48.)
Quant chicanner me feit Denise,
Disant que je l'avoye mauldite. P. 69.
J'en fus batu, comme à ru telles,
Tout nud... (P. 46, v. 24-25.)
C'est à la suite de cette sentence que Villon, décidé à quitter Paris, composa les Lays ou legs auxquels on a donné depuis le titre de Petit Testament.
Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va à Angers. Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses relations, sa misère, le retinrent à Paris ou aux environs. C'était en 1456. Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui suivit sa condamnation fut assurément l'époque la plus honteuse de sa vie. En 1457, il était dans les prisons du Châtelet, et le Parlement, après lui avoir fait appliquer la question de l'eau17, le condamnait à mort. On ignore le motif de cette condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime commis à Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns furent pendus18. Cette supposition paraît fondée. Quant au crime commis, il n'était peut-être pas d'une extrême gravité. Les lois étaient sévères, et les compagnons de Villon devaient avoir, comme lui, des antécédents fâcheux.
On ne m'eust, parmi ce drapel,
Faict boyre à celle escorcherie.
Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il appela de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; puis, du moins ceci paraît certain, à l'occasion de la naissance d'une princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du père de cette princesse. Cette démarche lui réussit: le prince intercéda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du bannissement. Villon se montra pénétré de reconnaissance. Il adressa une requête au Parlement, pour lui rendre grâces autant que pour lui demander un délai de trois jours pour quitter Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naître des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette princesse était Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, née le 13 février 1457; mais c'était une erreur. M. Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre d'années une édition de Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orléans, fille du poète Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, et M. Campeaux a clairement démontré que cette opinion était fondée.
A partir du moment où Villon quitte Paris, en exécution de l'arrêt du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461. A cette époque nous le trouvons dans les prisons de Meung-sur-Loire, où le détient Thibault d'Aussigny, évêque d'Orléans. Quel nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui supposent qu'il avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas pris garde que la punition de ce crime était exclusivement du ressort des juges séculiers. Dans le Débat du coeur et du corps de Villon, composé dans sa prison, le poète attribue sa détention à sa folle plaisance.
Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être quelque propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque plaisanterie sentant le sacrilège, quelque aventure galante par trop scandaleuse, toutes choses dont il était bien capable et dont la répression regardait la justice ecclésiastique. Il y a lieu de croire que le délit n'était pas en rapport avec la punition, car Villon, qui n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet, qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait jugé par fausserie, fit preuve de la plus violente rancune contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même certain que cette mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de Bourbon.
Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et à l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait été rendue contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le conduire lentement à une mort certaine. Heureusement Louis XI, qui venait de succéder à Charles VII, alla à Meung dans l'automne de 1461, et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce, ainsi que le dit M. Campeaux, par suite «du don de joyeux avènement qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une ville où le roi entrait après son sacre?» Je serais plutôt porté à croire, malgré l'absence de preuves, que Villon fut personnellement l'objet d'une mesure de clémence de la part du roi; la façon dont il en témoigne sa reconnaissance me paraît justifier cette supposition 19.
En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins en partie, le Grand Testament, dans lequel sont intercalées des pièces qui se rapportent à diverses époques de sa vie, et dont quelques-unes ont dû être composées beaucoup plus tard.
Il est probable, en effet, que Villon vécut encore longtemps; mais on ne sait rien de précis à cet égard. Les conjectures sur lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480 et 1489 ne sont, en définitive, que des conjectures. Quant aux voyages qu'on lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai, Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localités dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit qu'il les a visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour en Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite au roi Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgré mon respect pour celui qui s'en est fait l'historien 20. Ce qui me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de la France, où semblait l'attirer quelque chose qui nous est inconnu, peut-être quelque relation de famille. Dans le Petit Testament, il annonce qu'il va à Angers21; il en revenait peut-être lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le Grand Testament, il dit qu'il «parle un peu poictevin 22.» La Ballade Villon (p. 109) et la Double ballade (p. 107) prouvent qu'il séjourna quelque temps à Blois, à la cour de Charles d'Orléans, et le vers de la page 111:
Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir.
autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du prince une de ces charges qu'on donnait aux poètes de cour. Ainsi, par le Dit de la naissance Marie, Villon n'avait pas seulement échappé au dernier supplice; il s'était de plus acquis la faveur de Charles d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, arrivée en 1465.
Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui lui faisait de «gracieux prêts 23.»
Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que «maistre François Villon, sus ses vieux jours, se retira à Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien, abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin 24.» Ce témoignage n'est pas irrécusable; mais pourquoi ne pas l'accepter? Après une vie aussi agitée, on aime à se représenter le pauvre poète enfin tranquille, à l'abri du besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques, auxquels il avait dû probablement, dans d'autres temps, demander son pain 25.
En pénétrant dans les mystères de cette existence misérable, on est frappé de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerça pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, Villon conserve des sentiments élevés. Il est plein d'amour et de respect pour sa mère 26, de reconnaissance pour quiconque l'a secouru 27, de vénération pour ceux qui ont fait de grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable qu'elle était rare en ce temps-là 28; il regrette les erreurs de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employé 29; voilà qui doit lui faire pardonner bien des choses.
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Qu'Anglois brulèrent à Rouen,
lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque où il les écrivit des gens éclairés regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et les Anglais avaient en France de nombreux partisans.
Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poète30! Formé, comme on dit aujourd'hui, à l'école du malheur, il vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie tout à fait nouvelle. Il rompit en visière à l'Allégorie, qui régnait alors en souveraine, à toutes les afféteries de la poésie rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du temps. Il fut le premier poète réaliste[2q]. Que l'on compare avec ses autres oeuvres les quelques pièces qu'il a composées selon la poétique de ses contemporains, la Ballade Villon (p. 109), la Requeste au Parlement (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera point tenté de «regretter, avec Clément Marot, qu'il n'ait pas été «nourry en la court des rois et princes, où les jugemens s'amendent et les langaiges se pollissent,» car il y eût certainement plus perdu que gagné.
Travail mes lubres sentemens,
Esguisez comme une pelote,
M'ouvrist plus que tous les Commens
D'Averroys sur Aristote. (P. 25.)
M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé le rôle de Villon dans la poésie française. Je ne puis mieux faire que de lui emprunter ces quelques lignes:
«... Au moment où parut Villon, la littérature française en était précisément à cette période de transformation; de la poésie générale elle passait à la poésie personnelle; ses contemporains, subissant à leur insu cette phase littéraire, s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort que de bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est là, et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, sous ce rapport, offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a été reconnue de tous, et le succès qui l'accueillit ne s'arrêta pas. François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une édition de ses poésies par Clément Marot, qui le combla de ses louanges. Un peu plus tard, il est vrai, l'école de Ronsard protesta. Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'émerveille que Marot ait osé «louer un si goffe ouvrier et faire cas de ce qui ne vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que la force partiale du préjugé; la Pléiade, qui est en réalité aussi aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans se condamner elle-même; mais, ce moment passé, le charme recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue; Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire; Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe et du XVIIIe siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbé Massieu, l'abbé Goujet, parlent de lui comme il convient, en même temps que Coustelier et Formey le réimpriment, que La Monnoye l'annote, et que Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. De nos jours, une justice encore plus éclatante lui a été rendue. L'édition de Prompsault, à laquelle M. Lacroix est venu ajouter, pourrait être acceptée comme définitive, au moins quant au texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des précédentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui ont parlé incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres encore, l'ont bien caractérisé. En même temps qu'eux, M. Daunou a écrit sur notre poète une longue étude, insérée dans le Journal des Savants, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne Revue française, des pages vives, aussi justes que pleines de verve, qui ont été recueillies dans ses Grotesques. Enfin, en 1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel, ont pris Villon pour sujet d'un travail spécial; l'année dernière (1859), M. Campeaux lui a consacré un excellent travail, auquel, pour être meilleur, il ne manque peut-être qu'une plus ancienne et plus familière connaissance des alentours. Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître l'originalité, la valeur aisée et puissante, la force et l'humanité de la poésie de Villon. Pour eux tous, et ce jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement le poète supérieur du XVe siècle, mais il est aussi le premier poète, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et il s'est écoulé un long temps avant que d'autres fussent dignes d'être mis à côté de lui. L'appréciation est maintenant juste et complète; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus ou moins solide ou brillante; mais désormais les traits de la figure de Villon sont arrêtés de façon à ne plus changer, et ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans la vérité qu'à la condition de s'en tenir aux mêmes contours.»
Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant légèrement sur le Petit Testament, «qui n'est que spirituel, » et sur quelques pièces qu'il regrette de trouver dans le Grand Testament, ajoute:
«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez à quel point le mérite de la pensée et de la forme y est inestimable. Le sentiment en est étrange, et aussi touchant que pittoresque dans sa sincérité; Villon peint presque sans le savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même des regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, mais dont il ne peut se défendre, il ne les montre que pour en détourner. Je connais même peu de leçons plus fortes que la ballade: Tout aux tavernes et aux filles. La bouffonnerie, dans ses vers, se mêle à la gravité, l'émotion à la raillerie, la tristesse à la débauche; le trait piquant se termine avec mélancolie; le sentiment du néant des choses et des êtres est mêlé d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style suit la pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le vêtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles, qui écrivait: Il n'est bon bec que de Paris, a recueilli dans les rues et qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique ou si légère, que cette langue colorée reçoit de son génie l'élégance et même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la vigueur et le charme, la clarté et l'éclat, la variété et l'unité, la gravité et l'esprit, la brièveté incisive du trait et la plénitude du sens, la souplesse capricieuse et la fougue violente, la qualité contemporaine et l'éternelle humanité. Il faut aller jusqu'à Rabelais pour trouver un maître qu'on puisse lui comparer, et qui écrive le français avec la science et l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps...»
On ne connaît certainement pas la totalité des oeuvres de Villon, du moins sous son nom. Il est évident que le Petit Testament n'est pas son coup d'essai. Lors de son second procès, en 1457, il était probablement connu par d'autres compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orléans fût intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eût fait grâce de la vie. Lorsqu'il composa le Grand Testament, il y fit entrer quelques pièces qui n'en faisaient pas nécessairement partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y trouve pas une ballade, pas un rondeau composés antérieurement au Petit Testament. Villon ne paraît pas avoir été très-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans doute perdues; d'autres sont disséminées dans des recueils manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de les reconnaître, soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit parce qu'elles sont attribuées à d'autres. On ne connaît pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement lui appartenir. Les premières éditions, qui furent faites sans son concours et probablement après sa mort, ne contiennent que le Grand et le Petit Testament, le Jargon, et un petit nombre de pièces détachées. Jean de Calais, l'éditeur présumé du Jardin de plaisance, dont la première édition est de 1499 ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est qu'on doive prendre au sérieux les huitains CLX et CLXI du Grand Testament. Il fit entrer dans son recueil diverses pièces connues comme étant de Villon et beaucoup d'autres qu'on lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire des unes ni des autres qu'elles étaient de lui.
M. Brunet a donné, dans la dernière édition du Manuel du Libraire, une excellente notice des éditions de Villon. La première avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°. Il en parut plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, in-8, est la première à laquelle on ait joint les Repues franches, le Monologue du franc archier de Baignolet et le Dialogue des seigneurs de Mallepaye et de Baillevent31
L'année suivante, le même Galiot Du Pré publia la première édition des oeuvres de Villon revues par Clément Marot.
En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, avec les remarques d'Eusèbe de Laurière et une lettre du P. Du Cerceau.
Les oeuvres de Villon furent réimprimées en 1742, à la Haye, avec les remarques de Laurière, Le Duchat et Formey, des mémoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du Mercure de février 1724.
En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues et laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne méritait pas le discrédit dont elle a été frappée pendant longtemps.
Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault a été revu, notablement amélioré, élucidé par des notes où brillent l'érudition et la sagacité bien connues de leur auteur.
Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié le texte des deux Testaments d'après un manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette intéressante publication, d'abord parce que l'impression de mon édition était trop avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté.
On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, il avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. Cet exemplaire, dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a été retrouvé, en 1858, au British Museum, par M. Gustave Masson, qui m'a gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye.
En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce titre, qui nous fait connaître le plan d'une vaste collection qu'il projetait:
L'Histoire et les Chefs de la poésie françoise, avec la liste des poètes provençaux et françois, accompagnée de remarques sur le caractère de leurs ouvrages.
Puis vient ce titre particulier:
Poésies de François Villon et de ses disciples, revues sur les différentes éditions, corrigées et augmentées sur le manuscrit de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies d'un grand nombre de pièces, avec des notes historiques et critiques.
La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière main à son édition de Villon. Son travail ne porta que sur l'établissement du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes éditions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait donner d'excellents résultats. J'ai reproduit scrupuleusement, sauf deux ou trois exceptions indiquées dans les notes, le texte tel qu'il a été arrêté par lui, et ce texte est assurément le meilleur qu'on ait donné jusqu'à présent.
La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'édition de 1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas encore été publiés, et qui ont paru pour la première fois dans l'édition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre de mon mieux à son plan, je donne à la fin du volume dix-sept pièces tirées du Jardin de plaisance. M. Campeaux en avait publié un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix, et si les pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont au moins de son école, et souvent dignes de lui.
Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, je n'avais qu'une chose à faire: suivre la leçon adoptée par lui. A l'égard des pièces dont il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les éditions originales.
A défaut des notes historiques et critiques promises par La Monnoye, et sans avoir la prétention de les suppléer, je donne à la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru nécessaires, puis un Glossaire-Index, dans lequel j'ai tenté d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce travail servira du moins de table.
Une édition de Villon n'est pas facile à faire. J'ai largement mis à profit les travaux de mes devanciers, et je me plais à le reconnaître. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis contenté de les corriger. Je crois que cette édition vaut mieux que celles qui l'ont précédée. D'autres viendront après moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner l'exemple de l'indulgence.
P. JANNET.
REMARQUES PHILOLOGIQUES.
La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue française, riche et simple, claire, naturelle, à l'allure vive et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie, mais presque entièrement préservée de l'invasion des mots pédantesques forgés dans la seconde moitié du XVe siècle. Le Glossaire, dont l'étendue est grande relativement à celle du livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable.
Villon était très-sévère pour la rime. Aussi, lorsque nous rencontrons à la fin de ses vers quelque chose qui nous paraît anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une négligence du poëte. Il faut chercher d'autres raisons; cela peut amener des observations intéressantes.
Par exemple, lorsqu'il fait rimer e avec a32, cela prouve, ainsi que Marot l'a remarqué, que Villon prononçait, à la parisienne, a pour e.
Lorsqu'il fait rimer oi, oy, avec ai, ay, é33, cela prouve que ce que nous appelons la diphtongue oi se prononçait é ou è.
S'il fait rimer Changon, Nygon, escourgon, avec donjon34, c'est que, dans certains cas, le g se prononçait j.
S'il fait rimer fuste avec fusse, prophètes avec fesses35, c'est encore une affaire de prononciation parisienne.
Il en est de même d'ancien, Valérien, paroissien, rimant avec an36.
Lorsqu'il écrit soullon pour rimer avec Roussillon37, il entend que les deux ll seront mouillées, et prononcées comme telles, sans être précédées d'un i comme en espagnol.
Comment faut-il prononcer le nom de Villon?
La Ballade de la page 99, l'Epistre de la page 111, le Problème ou Ballade de la page 120, etc., ne laissent aucun doute à cet égard. On doit le prononcer comme les deux dernières syllabes du mot paVILLON, c'est-à-dire comme on pourra. En France, ce n'est guère que dans le Midi qu'on sait prononcer les ll mouillées. Les Parisiens diront Viyon; les Picards, Vilion....
Mais bel est fol et lunaticque
Qui de ce fait sermon si long;
Peu nuit à la chose publicque
Se Brussiens disent Filon.
Il ne m'en chaut gueres si l'on
Choisit de ces façons la pire,
Et bien veuil qu'on dise selon
Que dès pieça l'on souloit dire.
AUX LECTEURS.
