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Les "Œuvres de Napoléon Bonaparte (Tome I-V)" constituent un recueil monumental où l'Empereur met en lumière ses réflexions stratégiques, ses mémoires et ses pensées politiques. L'écriture de Napoléon se caractérise par un style direct et incisif, témoignant de son génie militaire et de sa vision pan-européenne. Dans un contexte littéraire marqué par les bouleversements révolutionnaires et les guerres napoléoniennes, ces œuvres se présentent comme un miroir de son époque, articulant des idées novatrices sur le leadership, l'État et la guerre, tout en soulignant sa quête de légitimité et d'immortalité au travers des mots. Napoléon Bonaparte, né en Corse en 1769, a été façonné par des événements tumultueux et une ambition assidue. Sa formation militaire et son ascension politique lui ont permis d'acquérir une compréhension astucieuse des dynamiques de pouvoir et des conflits. Ces expériences ont indubitablement influencé ses écrits, leur conférant une portée à la fois historique et philosophique, révélant ainsi la complexité d'un personnage aux multiples facettes, oscillant entre héros et tyran. Je recommande vivement la lecture de ce recueil aux amateurs d'histoire, de stratégie militaire et de réflexion politique. Les "Œuvres" de Napoléon sont essentielles pour quiconque s'intéresse à l'impact durable d'un des leaders les plus influents de l'histoire moderne, offrant un éclairage fascinant sur le passé et des leçons pour l'avenir. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction approfondie décrit les caractéristiques unifiantes, les thèmes ou les évolutions stylistiques de ces œuvres sélectionnées. - La Biographie de l'auteur met en lumière les jalons personnels et les influences littéraires qui marquent l'ensemble de son œuvre. - Une section dédiée au Contexte historique situe les œuvres dans leur époque, évoquant courants sociaux, tendances culturelles и événements clés qui ont influencé leur création. - Un court Synopsis (Sélection) offre un aperçu accessible des textes inclus, aidant le lecteur à comprendre les intrigues et les idées principales sans révéler les retournements cruciaux. - Une Analyse unifiée étudie les motifs récurrents et les marques stylistiques à travers la collection, tout en soulignant les forces propres à chaque texte. - Des questions de réflexion vous invitent à approfondir le message global de l'auteur, à établir des liens entre les différentes œuvres et à les replacer dans des contextes modernes. - Enfin, nos Citations mémorables soigneusement choisies synthétisent les lignes et points critiques, servant de repères pour les thèmes centraux de la collection.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
Œuvres de Napoléon Bonaparte (Tome I-V) rassemble, en un ensemble cohérent, des textes caractéristiques d’un chef d’État et de guerre qui fit de l’écrit un instrument d’action. Plutôt qu’une « littérature » au sens traditionnel, cette collection offre un corpus d’intervention, de gouvernement et de mémoire. Elle embrasse l’arc biographique et politique de Napoléon Bonaparte, de ses premières prises de plume jusqu’aux dernières années d’exil. L’objectif est double : donner accès à des pièces majeures dans leur diversité et éclairer, par la continuité du regard, la manière dont un acteur historique a pensé, ordonné et transmis son expérience par le texte.
Les genres réunis reflètent la multiplicité des situations auxquelles Napoléon fut confronté. On y trouve des lettres privées et publiques, des proclamations, des bulletins, des ordres et instructions, des notes et projets, des écrits politiques destinés à persuader, ainsi que des textes dictés à Sainte-Hélène et recueillis par ses proches. À côté de ce corpus d’action, figure une rare incursion dans la fiction de jeunesse, qui montre un autre registre d’expression. L’ensemble compose une cartographie des usages de l’écrit à la charnière de la Révolution, du Consulat, de l’Empire et de l’exil.
Le parcours proposé est chronologique et thématique, afin de laisser apparaître l’évolution d’une voix et d’une posture. Des années révolutionnaires aux responsabilités suprêmes, l’écriture suit l’ascension d’un officier devenu Premier Consul, puis Empereur, avant de se faire plus rétrospective à l’île d’Elbe, puis à Sainte-Hélène. Les textes ne se lisent pas seulement comme des documents, mais comme des actes, situés dans des contextes précis de décision, de mobilisation, de justification. Chaque période donne à voir des contraintes et des objectifs différents, qui affectent le ton, la forme et la visée de l’énonciation.
Unité de ce vaste ensemble, l’idée que l’écriture fait partie de la bataille, de la loi et de l’image. L’ordre écrit prépare, coordonne et contrôle ; la proclamation persuade et galvanise ; la lettre négocie, arbitre et scelle. Chez Napoléon, la plume et l’épée ne se dissocient jamais. Les textes rassemblés montrent comment le langage construit l’autorité et légitime l’action publique, comment il articule la décision à la responsabilité. Ils témoignent aussi d’un soin constant à inscrire l’événement dans une compréhension plus large, soucieuse de continuité historique et de postérité.
Le style, immédiatement reconnaissable, conjugue netteté, densité et cadence. L’impératif y domine, mais sans emphase vaine : phrases brèves, lexique concret, enchaînements logiques, précision des délais et des moyens. Les proclamations mobilisent une rhétorique de l’énergie et de l’horizon commun, tandis que les lettres et instructions privilégient la clarté opératoire. À Sainte-Hélène, le ton se fait plus ample, analytique, parfois polémique, mais garde la volonté de convaincre par la structure de l’argument. La concision, alliée à la projection stratégique, demeure une marque constante.
Les écrits politiques et administratifs dévoilent l’atelier d’un gouvernement. On y lit la centralité de la loi, l’exigence d’ordre et d’efficacité, la promotion du mérite, la rationalisation des circuits de décision. Ces textes ne prétendent pas couvrir la totalité des chantiers institutionnels, mais ils en éclairent la fabrique au quotidien : méthode, calendrier, interlocuteurs, priorités. Ils permettent de saisir comment une doctrine de l’État s’expérimente et s’ajuste, au fil des circonstances, dans la langue même de la décision et dans l’économie de la preuve administrative.
La part militaire du corpus montre un art d’exposer une intention, d’ordonner des mouvements, d’anticiper des issues. Bulletins, ordres du jour, instructions et rapports composent une pédagogie de la manœuvre et du renseignement. La précision géographique, la hiérarchie des objectifs, l’attention aux lignes de communication et au moral y sont constantes. Sans détailler les opérations au-delà de leur prémisse, ces textes donnent à voir la manière dont une stratégie se formule pour être exécutée, puis racontée à destination des troupes et du public.
La correspondance, foisonnante, constitue un fil transversal. Adressée à des ministres, des officiers, des savants, des proches, elle articule le privé et le public, l’urgence et la réflexion. Elle révèle l’art d’assigner une tâche, de demander compte, d’exprimer une confiance ou un blâme mesuré, de négocier avec des autorités civiles et militaires. Elle n’est pas seulement un échange d’informations ; c’est une grammaire de la responsabilité, où la rigueur des consignes se joint à une compréhension pragmatique des réalités locales et des caractères.
Les textes dictés et rassemblés à Sainte-Hélène occupent une place singulière. Rédigés dans un temps de retrait imposé, ils réévaluent les choix passés, construisent un récit, répondent aux critiques et fixent une mémoire. Leur genèse, souvent médiée par des secrétaires et compagnons, n’enlève rien à l’intérêt d’une voix qui cherche à ordonner l’expérience pour la transmettre. Ces pages se lisent comme une réflexion sur le pouvoir, la guerre et l’Europe, attentive à la causalité des événements et au rôle de l’individu dans le mouvement de l’histoire.
À côté de ces documents d’action et de mémoire, figurent des pièces plus singulières qui rappellent l’étendue des registres. Un écrit de controverse politique comme Le Souper de Beaucaire illustre la persuasion en temps de crise. Une nouvelle de jeunesse, Clisson et Eugénie, témoigne d’une sensibilité narrative et d’une curiosité pour les passions, sans que l’on s’éloigne des préoccupations morales et sociales de l’époque. Ces œuvres, par leur brièveté et leur densité, éclairent la formation d’une plume avant l’exercice du pouvoir.
Cette édition se veut lisible et fidèle aux textes dans leur diversité, en respectant leur nature et leur destination initiales. Elle privilégie des pièces attestées par des sources identifiables et signale, par l’organisation d’ensemble, les continuités plutôt que les ruptures. Le lecteur peut ainsi cheminer sans présupposer une « intégrale » impossible, mais en rencontrant un corpus représentatif, qui laisse parler la variété des situations et des supports. Rien n’y est ajouté qui outrerait le document ; tout y concourt à montrer l’usage concret de l’écrit au service d’une action.
La portée de cette collection est de replacer l’œuvre écrite de Napoléon dans la longue durée de sa réception. Ces textes ont circulé largement, par les journaux officiels, les correspondances recopiées, les recueils postérieurs, et ils ont contribué à façonner des pratiques de communication politique et militaire. Leur intérêt ne tient pas seulement à la célébrité de leur auteur, mais à la rigueur d’une pensée opératoire. Lire ces cinq tomes, c’est suivre la trajectoire d’une voix qui gouverne, persuade, raconte et se juge, et mesurer l’actualité d’une écriture où l’idée se prouve par l’action.
Napoléon Bonaparte (1769-1821) fut un stratège militaire, homme d’État et législateur dont l’action transforma durablement la France et l’Europe. Général de la Révolution devenu Premier Consul, puis empereur des Français, il incarna à la fois l’héritage des Lumières et la centralisation d’un pouvoir modernisateur. Son œuvre institutionnelle — codification du droit, réforme administrative, relance de l’instruction — s’adossa à des campagnes qui redessinèrent frontières et alliances. Cette biographie, fondée sur une collection en cinq tomes, suit sa trajectoire depuis la Corse jusqu’à l’exil atlantique, en articulant les dimensions politiques, militaires et juridiques qui structurent son parcours et sa postérité.
Les cinq volumes — TOME PREMIER à TOME CINQUIÈME — déploient une narration chronologique et thématique, replaçant chaque décision dans ses contextes idéologiques, administratifs et géostratégiques. L’ensemble examine l’ascension révolutionnaire, l’expérimentation consulaire, l’institution impériale, les guerres européennes et l’exil, en croisant sources de l’époque et relectures postérieures. La collection souligne la tension constante entre ambition personnelle, stabilisation de l’État et contraintes internationales. Elle s’attache à démêler les faits des légendes, montrant comment la construction d’un récit national s’est greffée sur une carrière exceptionnelle, puis controversée. Ainsi, elle propose un cadre robuste pour comprendre l’itinéraire et la mémoire de Napoléon.
Né à Ajaccio en 1769, dans une île alors récemment rattachée à la France, Napoléon grandit entre sociabilités corses et horizons continentaux. Envoyé sur le continent, il étudia dans des écoles militaires, notamment à Brienne-le-Château puis à Paris, où il se spécialisa dans l’artillerie à la fin des années 1780. Cette formation, exigeante et technique, nourrit une pensée structurée par le calcul, la logistique et l’organisation. Le jeune officier s’adapta au français écrit et oratoire, tout en conservant une identité insulaire marquée. À la veille de la Révolution, il disposait déjà d’outils conceptuels et pratiques pour une carrière rapide.
Les influences intellectuelles retenues par la collection s’inscrivent dans l’horizon des Lumières finissantes et des traditions classiques. La discipline mathématique et l’art des fortifications orientèrent son approche des problèmes, tandis que l’étude de l’histoire romaine offrit des modèles de commandement et de droit public. La Révolution, avec ses idées de souveraineté nationale, d’égalité civile et de laïcité, fournit un vocabulaire politique que ses réformes traduisirent en institutions. L’ensemble souligne aussi un pragmatisme constant, apte à combiner idéaux et contraintes. Ainsi, la codification juridique, la promotion du mérite et la centralisation administrative découlent autant d’un cadre intellectuel que d’une nécessité d’État.
Le TOME PREMIER suit l’émergence du jeune officier pendant la décennie révolutionnaire. Il montre comment la maîtrise de l’artillerie, la capacité à agir vite et à tirer parti des circonstances firent éclore un chef. Le siège de Toulon en 1793, puis la répression de l’insurrection parisienne en 1795, jalonnent cette ascension et installent une réputation d’efficacité implacable. Le volume restitue le théâtre mouvant de la Révolution, avec ses enjeux civils et militaires indissociables, et éclaire la transition d’un soldat de formation technique vers un commandement politique. S’y dessine déjà l’alliance entre ordre public, audace tactique et légitimité naissante.
Le TOME DEUXIÈME déploie les campagnes d’Italie et l’expédition d’Égypte, où s’affirme un génie opératif soucieux de mobilité, de concentration des forces et de communication. Les victoires italiennes renforcent son prestige et ouvrent une phase diplomatique nouvelle. En Égypte, l’entreprise militaire se double d’une ambition scientifique et symbolique, mais la maîtrise des mers lui échappe et isole l’armée. Le récit souligne la dualité entre conquête et connaissance, célébrité et vulnérabilité stratégique. Au retour, la figure du général victorieux s’impose à Paris, préparant le basculement institutionnel à venir et un rapport renouvelé entre armée, opinion publique et gouvernement.
Le TOME TROISIÈME couvre le Consulat et la genèse de l’Empire. Le coup d’État de 1799 installe un exécutif resserré qui s’emploie à pacifier, codifier et moderniser. S’y inscrivent la réorganisation administrative, la création ou consolidation d’institutions financières, l’essor des lycées et la signature d’un Concordat qui normalise les relations avec le culte tout en affirmant l’autorité de l’État. La codification civile, emblématique, fixe des principes d’égalité devant la loi et de propriété, promus comme fondements de l’ordre public. La proclamation impériale en 1804 formalise une nouvelle légitimité, bientôt testée sur les champs de bataille où se confirme la supériorité opérative.
Le TOME QUATRIÈME s’attache à l’apogée et aux limites de l’Empire, à travers une série de campagnes européennes et de recompositions territoriales. Les succès contre des monarchies coalisées entraînent des réformes dans les pays satellites et l’imposition d’un blocus économique, qui suscite résistances et contournements. La guerre dans la péninsule Ibérique révèle l’usure d’une domination contrariée par les soulèvements et la guerre irrégulière. L’invasion de la Russie puis la retraite marquent un tournant stratégique. L’Empire affronte ensuite une coalition renforcée, jusqu’à l’abdication et à l’exil initial. Le volume analyse l’écart croissant entre ressources disponibles, ambitions et réalités géopolitiques.
Le TOME CINQUIÈME clôt l’ensemble avec le retour éphémère au pouvoir, la défaite finale et l’exil atlantique. Les Cent-Jours reconfigurent brièvement l’équilibre politique avant l’affrontement décisif qui scelle le destin de l’ancien empereur. Livré à la surveillance d’une puissance maritime, il se trouve relégué loin de l’Europe, où son image se transforme en sujet de débats et de récits. Le volume s’intéresse à la gestion quotidienne d’un isolement prolongé, à la mise en ordre des souvenirs et à la naissance d’une mémoire contradictoire. Il interroge aussi les usages politiques ultérieurs de sa figure, entre héroïsation et critique.
Les convictions et pratiques publiques mises en évidence par la collection dessinent une synthèse singulière. Napoléon promeut la stabilité par le droit, la reconnaissance du mérite et une administration hiérarchisée, tout en recourant aux plébiscites pour asseoir la légitimité. La laïcité d’État est tempérée par un accord religieux destiné à pacifier la société. Il privilégie l’unité du marché et des règles, soutient l’enseignement secondaire et professionnel, et surveille étroitement l’information. Sa diplomatie articule grandeur nationale et calcul des rapports de forces. Cet ensemble révèle une vision où l’efficacité gouvernementale prime, tout en s’exposant aux critiques d’autoritarisme et d’usure guerrière.
Les dernières années, telles que restituées dans le dernier volume, s’ouvrent sur l’abdication, un exil dicté par les vainqueurs et un bref retour qui s’achève en défaite. Transféré loin du continent, l’ancien souverain voit sa santé décliner, pendant que s’élabore, autour de lui, un récit de soi qui cherchera à peser sur la mémoire future. Le texte s’attarde sur les conditions matérielles de l’éloignement, les routines d’étude et de discussion, et l’observation à distance d’une Europe recomposée. Il montre un acteur soucieux de l’après-coup, confronté à la durée, à la surveillance et à la perspective d’une fin inéluctable.
L’épilogue met en perspective une postérité foisonnante. Les institutions civiles et administratives façonnées sous son gouvernement ont exercé une influence durable au-delà de la France. La figure de Napoléon alimente un imaginaire européen fait de réformes, de conquêtes et de controverses. Sa mémoire a connu des recompositions politiques, depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours, avec notamment le transfert solennel de ses restes à Paris au milieu du XIXe siècle. La collection insiste sur l’ambivalence d’un héritage partagé: rationalisation de l’État et modernisation économique d’une part; centralisation du pouvoir, censure et coût humain des guerres, d’autre part.
La collection Œuvres de Napoléon Bonaparte (Tome I-V) rassemble des textes politiques, militaires et administratifs couvrant une trajectoire qui va des guerres révolutionnaires à l’exil à Sainte-Hélène. On y rencontre proclamations, bulletins, correspondances, projets constitutionnels et décrets qui inscrivent la voix de l’auteur dans les bouleversements de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Les volumes reflètent généralement un fil chronologique : années révolutionnaires et premières campagnes, Consulat et réformes, puis Empire, guerres continentales, déclin et commentaire rétrospectif. L’ensemble documente un exercice du pouvoir façonné par la guerre, l’administration centralisée, la communication politique et l’ambition d’un ordre juridique durable.
Le contexte fondateur est la Révolution française, qui renverse l’Ancien Régime à partir de 1789, radicalise le conflit européen et militarise la société. La loi Jourdan-Delbrel de 1798 instaure la conscription, cadre qui nourrit la rhétorique des proclamations à l’armée. Les années du Directoire (1795-1799) voient la montée de Bonaparte, dont les lettres et ordres témoignent d’une articulation entre initiative personnelle et tutelle politique. Dans ce climat, les textes adressés au pouvoir exécutif, aux municipalités nouvellement créées et aux peuples « libérés » traduisent une volonté d’exporter des institutions révolutionnaires tout en mobilisant des ressources au service de la guerre.
Les campagnes d’Italie (1796-1797) forment un premier laboratoire politique. Les proclamations à l’Armée d’Italie lient discipline, butin, réforme et libération des territoires. Les bulletins y célèbrent Lodi, Arcole ou Rivoli, tandis que la correspondance négocie subsistances, contributions et armistices. Le traité de Campo-Formio (1797) entérine la réorganisation de l’Italie du Nord et la création de la République cisalpine, thèmes que reflètent instructions et adresses aux autorités locales. Ces documents montrent comment l’écriture officielle combine persuasion, récompense et menace, et comment l’outil administratif accompagne l’avancée militaire et la recomposition des pouvoirs dans la péninsule.
L’expédition d’Égypte (1798-1799) déploie une écriture qui conjugue guerre, politique et science. Les proclamations aux Égyptiens adoptent un registre d’apaisement religieux tout en affirmant l’autorité française. La création de l’Institut d’Égypte (1798) et les bulletins sur les travaux savants révèlent l’ambition d’inscrire la conquête dans l’héritage des Lumières. La campagne, marquée par Aboukir et la présence britannique, génère des ordres logistiques détaillés et une correspondance sur la sécurité intérieure. Le retour en France s’accompagne de textes qui justifient l’entreprise, cadrent l’information et préparent la bascule institutionnelle que fixera la séquence de Brumaire.
Le coup d’État du 18 Brumaire an VIII (novembre 1799) ouvre le Consulat et ancre une grammaire de gouvernement centralisé dont attestent constitutions, arrêtés et sénatus-consultes. La Constitution de l’an VIII établit le pouvoir des consuls, la hiérarchie administrative et l’outil du plébiscite. Des textes fondateurs accompagnent la mise en place des préfets par la loi du 28 pluviôse an VIII (février 1800), articulant département, sous-préfecture et contrôle du centre. Correspondances aux ministres et instructions aux autorités locales fixent un style de commandement précis, chiffré, soucieux de surveillance et de rapidité d’exécution.
Les réformes du Consulat irriguent les écrits normatifs. Le Concordat conclu en 1801, promulgué en 1802, réorganise les rapports Église-État et s’adosse à des articles organiques détaillés. Le Code civil des Français (1804) synthétise principes révolutionnaires et stabilisation sociale; les messages y insistent sur propriété, contrat, filiation et égalité civile masculine. La Banque de France (1800) et la centralisation fiscale apparaissent dans décrets et correspondances financières. Ces textes témoignent d’un État rationalisateur qui s’appuie sur des corps techniques et fixe une langue administrative appelée à se diffuser dans l’Europe sous influence française.
La politique de l’opinion se lit dans bulletins, proclamations et réglementations de la presse. Le Moniteur universel sert d’organe de publication des lois et de mise en scène des victoires. Les Bulletins de la Grande Armée mêlent faits militaires, pédagogie politique et exaltation patriotique. Le décret impérial de 1810 sur l’imprimerie et la librairie encadre étroitement l’édition, limitant les journaux autorisés et soumettant les imprimeurs à agrément. La correspondance révèle une attention constante aux rumeurs, à la circulation des nouvelles et à la fabrication d’un récit cohérent, instrument central de la légitimation du régime.
La proclamation de l’Empire par sénatus-consulte en mai 1804 s’inscrit dans une continuité institutionnelle dont attestent serments, cérémonial et textes sur la dignité impériale. Les guerres contre les coalitions trouvent un écho dans les bulletins relatant Austerlitz (1805), Iéna (1806) ou Friedland (1807), puis dans les correspondances diplomatiques menant à Tilsit (1807. Ces documents soulignent l’entrelacement des objectifs militaires et de la recomposition territoriale. Ils exposent aussi l’usage des traités pour installer des royaumes alliés, réviser frontières et contributions, et insérer la domination française dans un réseau d’États satellites.
La guerre économique prend forme avec le Système continental. Le décret de Berlin (1806) et celui de Milan (1807) organisent le blocus contre la Grande-Bretagne. Dans les lettres aux ministres des Finances et de la Police, licences, saisies et douanes occupent une place centrale. Les textes encadrent la contrebande, ciblent les ports neutres et réforment les administrations maritimes. Cette velléité de fermeture commerciale s’accompagne d’ajustements incessants, révélant la tension entre objectifs stratégiques et réalités locales. Les proclamations cherchent à convaincre que la victoire économique complète la victoire militaire et prépare une paix avantageuse.
La péninsule Ibérique devient un foyer de crise durable. Les abdications de Bayonne (1808), l’insurrection du Dos de Mayo à Madrid et la nomination de Joseph Bonaparte à la couronne d’Espagne suscitent des proclamations de justification et d’ordre. Les correspondances détaillent la difficulté à tenir le terrain face aux guérillas et à la présence britannique. Les textes adressés aux généraux insistent sur la coordination, la répression des bandes et l’administration provinciale. Ils exposent la fragilité de la légitimité imposée et l’usure des troupes, tout en cherchant à maintenir un récit d’intégration réformiste dans un espace traversé par des résistances multiformes.
La campagne de 1809 contre l’Autriche et la victoire de Wagram débouchent sur Schönbrunn, puis sur une diplomatie dynastique avec le mariage de 1810 avec Marie-Louise d’Autriche. La naissance du « roi de Rome » en 1811 est célébrée par adresses et messages qui articulent continuité dynastique et stabilité de l’Empire. Des textes normatifs structurent parallèlement l’enseignement avec l’Université impériale (loi de 1806, organisation en 1808) et administrent les territoires annexés. Ce faisceau d’écrits lie conquête, alliance, éducation et codification, montrant un projet d’intégration politique autant que militaire.
La campagne de Russie (1812) marque un tournant que reflètent proclamations d’entrée en campagne, ordres logistiques et bulletins. Les instructions sur vivres, remontes et pontonniers témoignent de l’ampleur des moyens mobilisés. Le célèbre 29e Bulletin de la Grande Armée, publié en décembre 1812, reconnaît l’ampleur des pertes et infléchit la tonalité habituellement triomphale. Les correspondances montrent la dépendance croissante aux contingents alliés et la difficulté à maintenir le ravitaillement. Les textes postérieurs cherchent à réaffirmer discipline et moral, tout en réorganisant la défense des frontières de l’Empire.
Les années 1813-1814 voient la montée d’une coalition élargie. Les bulletins et ordres du jour couvrent Lützen, Bautzen, Dresde, puis Leipzig, où la défaite engage la retraite générale. Les correspondances avec les maréchaux, les instructions aux préfets et les messages au Sénat s’efforcent de mobiliser hommes et ressources, d’organiser la garde nationale et de soutenir l’arrière. Les textes de 1814, entre négociation et défense, aboutissent à l’abdication d’avril. Proclamations d’adieu et dispositions sur la garde rapportent un moment de bascule, où l’écriture officielle devient à la fois testament opérationnel et tentative de sauvegarde du prestige.
Le retour de 1815, les Cent-Jours, réactivent l’outillage constitutionnel et la rhétorique d’appel à la nation. L’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire (avril 1815), inspiré par Benjamin Constant, introduit des garanties libérales tout en préservant l’exécutif fort. Proclamations au peuple français et à l’armée encadrent le plébiscite et le Champ-de-Mai. Les ordres de bataille et messages diplomatiques précèdent Waterloo et la seconde abdication. Ces textes mettent en scène un équilibre recherché entre légitimité populaire, efficacité militaire et urgence, avant de basculer vers la justification et l’organisation de la reddition.
L’exil à Sainte-Hélène (1815-1821) transforme l’écriture en instrument mémoriel et politique. Lettres aux proches, notes, dictées historiques et considérations stratégiques visent à commenter les campagnes, à critiquer la politique britannique et à fixer une version des événements. Le « testament » rédigé peu avant la mort règle des dispositions personnelles et politiques. Si le Mémorial de Sainte-Hélène est l’œuvre de Las Cases, il s’appuie sur des dictées de Napoléon et dialoguera avec les pièces rédigées et signées par l’empereur. Les éditeurs postérieurs ont souvent intégré des fragments d’analyses et de correspondances de cette période.
Les mutations culturelles et technologiques environnent ces textes. Le télégraphe optique de Chappe accélère les décisions; l’imprimerie militaire et le Moniteur uniformisent la publication des normes. Le cadastre parcellaire, lancé en 1807, rationalise l’impôt foncier, et les réformes de l’Université renforcent la formation des cadres. L’unification des poids et mesures et la codification juridique témoignent d’une volonté d’ordre. Ces transformations nourrissent la langue administrative des décrets, l’obsession statistique des correspondances et l’argumentaire des proclamations, qui revendiquent efficacité, clarté et utilité publique dans un contexte de mobilisation permanente.
Une part des Œuvres reflète la circulation européenne des modèles. Le Code civil, exporté ou adapté, influence l’Italie, la rive gauche du Rhin, les Pays-Bas et au-delà; les correspondances sur l’organisation judiciaire ou municipale montrent l’essaimage d’une bureaucratie hiérarchisée. Les royaumes alliés et les États annexés reçoivent instructions, catéchismes civiques et calendriers administratifs. La tension entre uniformisation voulue et résistances locales traverse les textes, où l’on ajuste règles de conscription, fiscalité, police et éducation. Ainsi, l’écrit napoléonien apparaît comme vecteur de transferts institutionnels autant que comme outil de domination politique et militaire.—? Correction remove stray punctuation. We'll ensure no errors.— Wait I cannot edit after final; but I can still correct here before final. Continue writing remaining paragraphs.
Ce volume met en scène un auteur qui se définit par l’action rapide et la clarté du commandement. S’y dessine un programme mêlant rationalité militaire, appel à l’énergie collective et justification d’une autorité naissante. Le ton est incisif et volontariste, avec une emphase sur l’ordre, la discipline et la mobilité stratégique.
Le deuxième tome approfondit l’articulation entre conquête et organisation, en soulignant les dispositifs administratifs et les règles de fonctionnement. Les arguments visent à légitimer la centralisation par l’efficacité et par la promesse d’un bénéfice public mesurable. Le ton se fait plus juridique et gestionnaire, sans renoncer aux accents de mobilisation.
Ce tome met en avant la pensée stratégique à grande échelle et la communication comme instrument de gouvernement. Les développements réaffirment la compatibilité entre gloire nationale et rationalité des opérations, tout en fixant des normes de conduite pour les corps civils et militaires. L’écriture alterne directives nettes, maximes d’expérience et panoramas d’ensemble.
Ici domine la gestion des revers et l’effort de reconfiguration du pouvoir face à l’imprévu. Les textes débattent de la responsabilité, des limites de la contrainte et des voies de redressement, avec un usage plus visible de la justification politique. Le ton oscille entre fermeté doctrinale et inflexions plus introspectives.
Dernier volet qui cristallise une vision d’ensemble, ce tome met l’accent sur la mémoire, la doctrine et la transmission. Les arguments convertissent l’expérience en principes, cherchant à fixer des règles de conduite, des critères de mérite et une philosophie de l’État. La voix devient plus méditative, didactique, soucieuse de tirer des leçons durables.
À travers l’ensemble, reviennent les thèmes de la légitimité par les résultats, de la hiérarchie comme condition d’une liberté ordonnée, et de la fusion entre gloire et utilité publique. La signature stylistique mêle netteté opérationnelle, raisonnement juridique et rhétorique mobilisatrice. L’évolution va d’une énergie conquérante et prescriptive vers une réflexion plus synthétique et normative.
NAPOLÉON BONAPARTE n'existe plus, sa vie appartient à l'histoire; peut-être ne convient-il pas de l'écrire encore, bien des faits doivent être appréciés, bien des passions calmées, bien des intérêts satisfaits, beaucoup d'affections et beaucoup d'inimitiés éteintes avant que l'on puisse parler avec impartialité et raison d'un homme aussi remarquable dans une période d'événemens si extraordinaires.
Beaucoup de faits sont connus, sans doute, mais leur origine est loin d'être éclaircie, et ces faits ne peuvent être jugés qu'en appréciant sa position, qui l'a toujours commandé, la nature de son génie, qui lui a fait produire de grandes choses et commettre des fautes.
Ce qu'il a écrit, ce qu'il a dit dans les diverses circonstances de son existence militaire et politique, servira mieux à le faire connaître que les discours de ses amis ou de ses ennemis.
Son génie est empreint tout entier dans ses lettres écrites durant les campagnes d'Italie et d'Égypte: les lettres se succédaient chaque jour, sa pensée était partout. Sa correspondance durant le consulat n'a pas été moins active; nous y avons réuni les notes qu'il faisait alors insérer dans les journaux, et que plusieurs guides sûrs nous ont fait connaître.
Nous publierons ensuite ses messages durant le gouvernement impérial, ses ordres du jour, ses proclamations, ses réponses aux députations, ses lettres aux divers souverains, et ces bulletins écrits, sous sa dictée, sur le champ même de bataille, un moment après la victoire.
Nous y joindrons quelques actes émanés de sa seule volonté, et qui ont été comme les bases de son gouvernement et de sa politique intérieure, soit pour récompenser ceux qu'il aimait, soit pour punir ceux qu'il craignait.
Nous ferons connaître, dans la dernière partie, les détails de ses entretiens familiers lors de sa plus grande élévation, ou dans son exil, et nous terminerons par plusieurs morceaux qu'il écrivit à Sainte-Hélène, et par des lettres confidentielles qui lui furent adressées à diverses époques.
Le premier volume, qui paraîtra plus tard, fera connaître sa généalogie; cette pièce assez étendue a été extraite des registres de San-Miniato; elle se compose de vingt pièces, remonte jusqu'à 1268, et contient l'histoire de tous ses ascendans, elle n'avait jamais été publiée; nous y placerons une histoire chronologique très-détaillée de Bonaparte, et présentant tous les faits qui lui sont personnels, sans aucune observation critique. On pourra ainsi faire concorder les faits avec ses lettres, ses messages et ses discours1.
Ce Recueil pourra être placé à côté des Commentaires de César, et des oeuvres de plusieurs illustres souverains. Il rappellera aux militaires les ordres qui ont dicté la victoire; à beaucoup d'autres personnes, les lettres qui leur ont envoyé des faveurs et qui les ont élevées à un rang dont elles jouissent aujourd'hui.
Sans doute sa carrière si brillante a été ternie par des actions blâmables; mais que ceux qui seront les moins indulgens se rappellent cette captivité si longue supportée avec dignité, et cette mort reçue avec calme au milieu de la solitude de l'Océan; cette mort de celui dont tous les rois et leurs cours devaient porter le deuil; qu'ils se rappellent ces paroles du souverain qui fera plus par sa sagesse et par le temps pour le bonheur de la France, que Napoléon ne fit par sa rapidité et par ses armes, qui eut réellement le plus à s'en plaindre, et qui, parlant au fils adoptif de Bonaparte, lui dit: J'ai souvent admiré celui que vous aimez.
1 Nous espérons aussi placer dans ce premier volume un discours que Bonaparte envoya fort jeune pour concourir à un prix proposé par l'Académie de Besançon. On nous a donné l'assurance de nous le faire connaître. Ce retard nous a forcé à différer la publication du tome premier.
MONSIEUR,
Depuis Bonifacio au cap Corse, depuis Ajaccio à Bastia, ce n'est qu'un chorus d'imprécations contre vous. Vos amis se cachent, vos parens vous désavouent, et le sage même, qui ne se laisse jamais maîtriser par l'opinion populaire, est entraîné cette fois par l'effervescence générale.
Qu'avez-vous donc fait? Quels sont donc les délits qui puissent justifier une indignation si universelle, un abandon si complet? C'est, monsieur, ce que je me plais à rechercher, en m'éclairant avec vous.
L'histoire de votre vie, depuis au moins que vous vous êtes lancé sur le théâtre des affaires, est connue. Ses principaux traits en sont tracés ici en lettres de sang. Cependant, il est des détails plus ignorés: je pourrais alors me tromper; mais je compte sur votre indulgence et espère dans vos renseignemens.
Entré au service de France, vous revîntes voir vos parens: vous trouvâtes les tyrans battus, le gouvernement national établi, et les Corses, maîtrisés par les grands sentimens, concourir à l'envi, par des sacrifices journaliers, à la prospérité de la chose publique. Vous ne vous laissâtes pas séduire par la fermentation générale: bien loin de là, vous ne vîtes qu'avec pitié ce bavardage de patrie, de liberté, d'indépendance, de constitution, dont l'on avait boursouflé jusqu'à nos derniers paysans. Une profonde méditation vous avait dès lors appris à apprécier ces sentimens factices, qui ne se soutiennent qu'au détriment commun. Dans le fait, le paysan doit travailler, et non pas faire le héros, si l'on veut qu'il ne meure pas de faim, qu'il élève sa famille, qu'il respecte l'autorité. Quant aux personnes appelées par leur rang et leur fortune au commandement, il n'est pas possible qu'elles soient long-temps dupes, pour sacrifier à une chimère leurs commodités, leur considération; et qu'elles s'abaissent à courtoiser un savetier, pour finale de faire les Brutus. Cependant, comme il entrait dans vos projets de vous captiver M. Paoli, vous dûtes dissimuler: M. Paoli était le centre de tous les mouvemens du corps politique. Nous ne lui refuserons pas du talent, même un certain génie: il avait en peu de temps mis les affaires de l'île dans un bon système: il avait fondé une université où, la première fois peut-être depuis la création, l'on enseignait dans nos montagnes les sciences utiles au développement de notre raison. Il avait établi une fonderie, des moulins à poudre, des fortifications qui augmentaient les moyens de défense: il avait ouvert des ports qui, encourageant le commerce, perfectionnaient l'agriculture: il avait créé une marine qui protégeait nos communications, en nuisant extrêmement aux ennemis. Tous ces établissemens, dans leur naissance, n'étaient que le présage de ce qu'il eût fait un jour. L'union, la paix, la liberté étaient les avant-coureurs de la prospérité nationale, si toutefois un gouvernement mal organisé, fondé sur de fausses bases, n'eût été un préjugé encore plus certain des malheurs, de l'anéantissement total où tout serait tombé.
M. Paoli avait rêvé de faire le Solon; mais il avait mal copié son original: il avait tout mis entre les mains du peuple ou de ses représentans, de sorte qu'on ne pouvait exister qu'en lui plaisant. Étrange erreur! qui soumet à un brutal, à un mercenaire, l'homme qui, par son éducation, l'illustration de sa naissance, sa fortune, est seul fait pour gouverner. À la longue, un bouleversement de raison si palpable ne peut manquer d'entraîner la ruine et la dissolution du corps politique, après l'avoir tourmenté par tous les genres de maux.
Vous réussîtes à souhait. M. Paoli, sans cesse entouré d'enthousiastes ou de têtes exaltées, ne s'imagine pas que l'on pût avoir une autre passion que le fanatisme de la liberté et de l'indépendance.
Vous trouvant de certaines connaissances de la France, il ne daigna pas observer de plus près que vos paroles, les principes de votre morale: il vous fit nommer pour traiter à Versailles de l'accommodement qui s'entamait sous la médiation de ce cabinet. M. de Choiseul vous vit et vous connut: les âmes d'une certaine trempe sont d'abord appréciées. Bientôt, au lieu du représentant d'un peuple libre, vous vous transformâtes en commis d'un satrape: vous lui communiquâtes les instructions, les projets, les secrets du cabinet de Corse.
Cette conduite, qu'ici l'on trouve basse et atroce, me paraît à moi toute simple; mais c'est qu'en toute espèce d'affaire, il s'agit de s'entendre et de raisonner avec flegme.
La prude juge la coquette et en est persiflée; c'est en peu de mots votre histoire.
L'homme à principes vous juge au pire; mais vous ne croyez pas à l'homme à principes. Le vulgaire, toujours séduit par de vertueux démagogues, ne peut être apprécié par vous, qui ne croyez pas à la vertu. Il n'est permis de vous condamner que par vos principes, comme un criminel par les lois; mais ceux qui en connaissent le raffinement, ne trouvent dans votre conduite rien que de très-simple. Cela revient donc à ce que nous avons dit, que, dans toute espèce d'affaires, il faut d'abord s'entendre, et puis raisonner avec flegme. Vous avez d'ailleurs par devers vous une sous-défense non moins victorieuse, cas vous n'aspirez pas à la réputation de Caton ou de Catinat: il vous suffit d'être comme un certain monde; et, dans ce certain monde, il est convenu que celui qui peut avoir de l'argent sans, en profiter est un nigaud; car l'argent procure tous les plaisirs des sens, et les plaisirs des sens sont les seuls. Or, M. de Choiseul, qui était très libéral, ne vous permettait pas de lui résister, lorsque surtout votre ridicule patrie vous payait de vos services, selon sa plaisante coutume, de l'honneur de la servir.
Le traité de Compiègne conclu, M. de Chauvelin et vingt-quatre bataillons débarquèrent sur nos bords. M. de Choiseul, à qui la célérité de l'expédition importait majeurement, avait des inquiétudes que, dans ses épanchemens, il ne pouvait vous dissimuler. Vous lui suggérâtes de vous y envoyer avec quelques millions. Comme Philippe prenait les villes avec sa mule, vous lui promîtes de tout soumettre sans obstacle... Aussitôt dit, aussitôt fait, et vous voici repassant la mer, jetant le masque, l'or et le brevet à la main, entamant des négociations avec ceux que vous jugeâtes les plus faciles.
N'imaginant pas qu'un Corse pût se préférer à la patrie, le cabinet de Corse vous avait chargé de ses intérêts. N'imaginant pas, de votre côté, qu'un homme pût ne pas préférer l'argent et soi à la patrie, vous vous vendîtes, et espérâtes les acheter tous. Moraliste profond, vous saviez ce que le fanatisme d'un chacun valait; quelques livres d'or de plus ou de moins nuançant à vos yeux la disparité des caractères.
Vous vous trompâtes cependant: le faible fut bien ébranlé, mais fut épouvanté par l'horrible idée de déchirer le sein de la patrie. Il s'imagina voir le père, le frère, l'ami, qui périt en la défendant, lever la tête de la tombe sépulcrale, pour l'accabler de malédictions. Ces ridicules préjugés furent assez puissans pour vous arrêter dans votre course: vous gémîtes d'avoir à faire à un peuple enfant. Mais, monsieur, ce raffinement de sentiment n'est pas donné à la multitude; aussi vit-elle dans la pauvreté et la misère; au lieu que l'homme bien appris, pour peu que les circonstances le favorisent, sait bien vite s'élever. C'est à peu près la morale de votre histoire.
En rendant compte des obstacles qui s'opposaient à la réalisation de vos promesses, vous proposâtes de faire venir le régiment Royal-Corse. Vous espériez que son exemple désabuserait nos trop simples et trop bons paysans; les accoutumerait à une chose où ils trouvaient tant de répugnance: vous fûtes encore trompé dans cette espérance. Les Rossi, Marengo, et quelques autres fous, ne vont-ils pas enthousiasmer ce régiment, au point que les officiers unis protestent, par un acte authentique, de renvoyer leurs brevets, plutôt que de violer leurs sermens, ou des devoirs plus sacrés encore?
Vous vous trouvâtes réduit à votre seul exemple. Sans vous déconcerter, à la tête de quelques amis et d'un détachement français, vous vous jetâtes dans Vescovato; mais le terrible Clémente 2 vous en dénicha. Vous vous repliâtes sur Bastia avec vos compagnons d'aventure et leur famille. Cette petite affaire vous fit peu d'honneur: votre maison et celle de vos associés furent brûlées. En lieu de sûreté, vous vous moquâtes de ces efforts impuissans.
L'on veut ici vous imputer à défi, d'avoir voulu armer Royal-Corse contre ses frères. L'on veut également entacher votre courage, du peu de résistance de Vescovato. Ces accusations sont très-peu fondées; car la première est une conséquence immédiate, c'est un moyen d'exécution de vos projets; et comme nous avons prouvé que votre conduite était toute simple, il s'ensuit que cette inculpation incidente est détruite. Quant au défaut de courage, je ne vois pas que l'action de Vescovato puisse l'arrêter: vous n'allâtes pas là pour faire sérieusement la guerre, mais pour encourager, par votre exemple, ceux qui vacillaient dans le parti opposé. Et puis, quel droit a-t-on d'exiger que vous eussiez risqué le fruit de deux ans de bonne conduite, pour vous faire tuer comme un soldat!
Mais vous deviez être ému, de voir votre maison et celles de vos amis en proie aux flammes... Bon Dieu! quand sera-ce que les gens bornés cesseront de vouloir tout apprécier? Laissant brûler votre maison, vous mettiez M. de Choiseul dans la nécessité de vous indemniser. L'expérience a prouvé la justesse de vos calculs: on vous remit bien au-delà de l'évalué des pertes. Il est vrai que l'on se plaint que vous gardâtes tout pour vous, ne donnant qu'une bagatelle aux misérables que vous aviez séduits. Pour justifier si vous l'avez dû faire, il ne s'agit que de savoir si vous l'avez pu faire avec sûreté. Or, de pauvres gens, qui avaient si besoin de votre protection, n'étaient ni dans le cas de réclamer, ni même dans celui de connaître bien clairement le tort qu'on leur faisait. Ils ne pouvaient pas faire les mécontens, et se révolter contre votre autorité: en horreur à leurs compatriotes, leur retour n'eût pas été plus sincère. Il est donc bien naturel qu'ayant ainsi trouvé quelques milliers d'écus, vous ne les ayez pas laissé échapper: c'eût été une duperie.
Les Français, battus malgré leur or, leurs brevets, la discipline de leurs nombreux bataillons, la légèreté de leurs escadrons, l'adresse de leurs artilleurs; défaits à la Penta, à Vescovato, à Loretto, à San-Nicolao, à Borgo, à Barbaggio, à Oletta, se retranchèrent excessivement découragés. L'hiver, le moment de leur repos, fut pour vous, monsieur, celui du plus grand travail; et si vous ne pûtes triompher de l'obstination des préjugés profondément enracinés dans l'esprit du peuple, vous parvîntes à en séduire quelques chefs, auxquels vous réussîtes, quoique avec peine, à inculquer les bons sentimens; ce qui, joint aux trente bataillons qu'au printemps suivant M. de Vaux conduisît avec lui, soumit la Corse au joug, obligea Paoli et les plus fanatiques à la retraite.
Une partie des patriotes étaient morts en défendant leur indépendance; l'autre avait fui une terre proscrite, désormais hideux nid des tyrans. Mais un grand nombre n'avaient dû ni mourir ni fuir: ils furent l'objet des persécutions. Des âmes que l'on n'avait pu corrompre étaient d'une autre trempe: l'on ne pouvait asseoir l'empire français que sur leur anéantissement absolu. Hélas! ce plan ne fut que trop ponctuellement exécuté. Les uns périrent victimes des crimes qu'on leur supposa; les autres, trahis par l'hospitalité, par la confiance, expièrent sur l'échafaud les soupirs, les larmes surprises à leur dissimulation; un grand nombre, entassés par Narbonne-Fridzelar dans la tour de Toulon; empoisonnés par les alimens, tourmentés par leurs chaînes; accablés par les plus indignes traitemens; ils ne vécurent quelque temps dans leurs soupirs, que pour voir la mort s'avancer à pas lents... Dieu, témoin de leur innocence, comment ne te rendis-tu pas leur vengeur!
Au milieu de ce désastre général, au sein des cris et des gémissemens de cet infortuné peuple, vous, cependant, commençâtes à jouir du fruit de vos peines: honneurs, dignités, pensions, tout vous fut prodigué. Vos prospérités se seraient encore plus rapidement accrues, lorsque la Dubarri culbuta M. de Choiseul, vous priva d'un protecteur, d'un appréciateur de vos services. Ce coup ne vous découragea pas: vous vous tournâtes du côté des bureaux; vous sentîtes seulement la nécessité d'être plus assidu. Ils en furent flattés: vos services étaient si notoires! Tout vous fut accordé. Non content de l'étang de Biguglia, vous demandâtes une partie des terres de plusieurs communautés. Pourquoi les en vouliez-vous dépouiller, dit-on? Je demande, à mon tour, quels égards deviez-vous avoir pour une nation que vous saviez vous détester?
Votre projet favori était de partager l'île entre dix barons. Comment! non content d'avoir aidé à forger les chaînes où votre patrie était retenue, vous vouliez encore l'asujétir à l'absurde régime féodal! Mais je vous loue d'avoir fait aux Corses le plus de mal que vous pouviez: vous étiez dans un état de guerre avec eux; et, dans l'état de guerre, faire le mal pour son profit est un axiôme.
Mais passons sur toutes ces misères-là: arrivons au moment actuel, et finissons une lettre qui, par son épouvantable longueur, ne peut manquer de vous fatiguer.
L'état des affaires de France présageait des événemens extraordinaires. Vous en craignîtes le contre-coup en Corse. Le même délire dont nous étions possédés avant la guerre, à votre grand scandale, commença à ématir cet aimable peuple. Vous en comprîtes les conséquences; car, si les grands sentimens maîtrisaient l'opinion, vous ne deveniez plus qu'un traître, au lieu d'un homme de bon sens. Pis encore; si les grands sentimens revenaient à agiter le sang de nos chauds compatriotes; si jamais un gouvernement national s'ensuivait; que deveniez-vous? Votre conscience alors commença à vous épouvanter: inquiet, affligé, vous ne vous y abandonnâtes pas; vous résolûtes de jouer le tout pour le tout, mais vous le fîtes en homme de tête. Vous vous mariâtes, pour accroître vos appuis. Un honnête homme qui avait, sur votre parole, donné sa soeur à votre neveu, se trouva abusé. Votre neveu, dont vous aviez englouti le patrimoine pour accroître un héritage qui devait être le sien, s'est trouvé réduit dans la misère avec une nombreuse famille.
Vos affaires domestiques arrangées, vous jetâtes un coup d'oeil sur le pays: vous le vîtes fumant du sang de ses martyrs, jonché de victimes multipliées, n'inspirer à tous pas, que des idées de vengeance. Mais vous y vîtes l'atroce militaire, l'impertinent robin, l'avide publicain, y régner sans contradictions, et le Corse accablé sous ses triples chaînes, n'oser ni penser à ce qu'il fut, ni réfléchir sur ce qu'il pouvait être encore. Vous vous dîtes, dans la joie de votre coeur: les choses vont bien, il ne s'agit que de les maintenir; et aussitôt vous vous liguâtes avec le militaire, le robin et le publicain. Il ne fut plus question que de s'occuper à avoir des députés qui fussent animés par ces sentimens; car pour vous, vous ne pouviez pas soupçonner qu'une nation, votre ennemie, vous choisît pour la représenter. Mais vous dûtes changer d'opinion, lorsque les lettres de convocation, par une absurdité peut-être faite à dessein, déterminèrent que le député de la noblesse serait nommé dans une assemblée composée seulement de vingt-deux personnes: il ne s'agissait que d'obtenir douze suffrages, Vos co-associés du conseil supérieur travaillèrent avec activité: menaces, promesses, caresses, argent, tout fut mis en jeu: vous réussîtes. Les vôtres ne furent pas si heureux dans les communes: le premier président échoua; et deux hommes exaltés dans leurs idées, l'un fils, frère, neveu des plus zélés défenseurs de la cause commune; l'autre avait vu Sionville et Narbonne; en gémissant sur son impuissance, son esprit était plein des horreurs qu'il avait vu commettre: ces deux hommes furent proclamés, et rencontrèrent le voeu de la nation, dont ils devinrent l'espoir. Le dépit secret, la rage que votre nomination fit dévorer à tous, fait l'éloge de vos manoeuvres et du crédit de votre ligue.
Arrivé Versailles, vous fûtes zélé royaliste: arrivé à Paris, vous dûtes voir avec un sensible chagrin que le gouvernement que l'on voulait organiser sur tant de débris, était le même que celui que l'on avait chez nous noyé dans tant de sang.
Les efforts des méchans furent impuissans: la nouvelle constitution, admirée de l'Europe, et devenue la sollicitude de tout être pensant; il ne vous resta plus qu'une ressource; ce fut de faire croire que cette constitution ne convenait pas à notre île, quand elle était exactement la même que celle qui opéra de si bons effets, et qu'il fallut tant de sang pour nous l'arracher.
Tous les délégués de l'ancienne administration, qui entraient naturellement dans votre cabale, vous servirent avec toute la chaleur de l'intérêt personnel: l'on dressa des mémoires où l'on prétendit prouver l'avantage dont était pour nous le gouvernement actuel, et où l'on établissait que tout changement contrarierait le voeu de la nation. Dans ce même temps, la ville d'Ajaccio eut indice de ce qui se tramait: elle leva le front, forma sa garde nationale, organisa son comité. Cet incident inattendu vous alarma: la fermentation se communiquait partout. Vous persuadâtes aux ministres, sur qui vous aviez pris de l'ascendant pour les affaires de Corse, qu'il était éminent d'y envoyer votre beau-père, M. Gaffory, avec un commandement; et voici M. Gaffory, digne précurseur de M. Narbonne, qui prétend, à la tête de ses troupes, maintenir par la force, la tyrannie que feu son père, de glorieuse mémoire, avait combattue et confondue par son génie. Des bévues sans nombre ne permirent pas de dissimuler la médiocrité des talens de votre beau-père: il n'avait que l'art de se faire des ennemis. L'on se ralliait de tous côtés contre lui. Dans ce pressant danger, vous levâtes vos regards, et vîtes Narbonne! Narbonne, mettant à profit un moment de faveur, avait projeté de fixer dans une île qu'il avait dévastée par des cruautés inouies, le despotisme qui le rongeait. Vous vous concertâtes: le projet est arrêté; cinq mille hommes ont reçu les ordres; les brevets pour accroître d'un bataillon le régiment provincial, sont expédiés; Narbonne est parti. Cette pauvre nation, sans armes, sans courage, est livrée, sans espoir et sans ressource, aux mains de celui qui en fut le bourreau.
O infortunés compatriotes! de quelle trame odieuse alliez-vous être victimes? Vous vous en seriez aperçu, lorsqu'il n'eût plus été temps. Quel moyen de résister, sans armes, à dix mille hommes? Vous eussiez vous-mêmes signé l'acte de votre avilissement: l'espoir se serait enfui, l'espérance éteinte; et des jours de malheur se seraient succédés sans interruption. La France libre vous eût regardée avec mépris; l'Italie affligée, avec indignation; et l'Europe étonnée de ce degré sans exemple d'avilissement, eût effacé de ses annales, les traits qui font honneur à votre vertu. Mais vos députés des communes pénétrèrent le projet, et vous avertirent à temps. Un roi qui ne désira jamais que le bonheur de ses compatriotes, éclairé par M. Lafayette, ce constant ami de la liberté, sut dissiper les intrigues d'un ministre perfide, que la vengeance inspira toujours à vous nuire. Ajaccio montra de la résolution dans son adresse, où était peint, avec tant d'énergie, l'état misérable auquel vous avait réduit le plus oppressif des gouvernemens. Bastia, engourdie jusqu'alors, se réveilla au bruit du danger, et prit les armes avec cette résolution qui l'a toujours distinguée. Arena vint de Paris en Balagne, plein de ces sentimens qui portent à tout entreprendre, à n'estimer aucun danger. Les armes d'une main, les décrets de l'assemblée nationale de l'autre, il fit pâlir les ennemis publics. Achille Meurati, le conquérant de Caprara, qui porta la désolation jusque dans Gênes, à qui il ne manqua, pour être un Turenne, que des circonstances et un théâtre plus vaste, fit ressouvenir aux compagnons de sa gloire, qu'il était temps d'en acquérir encore; que la patrie en danger avait besoin, non d'intrigues où il ne s'entendit jamais, mais du fer et du feu. Au bruit d'une secousse si générale, Gaffory rentra dans le néant, d'où, mal à propos, l'intrigue l'avait fait sortir: il trembla dans la forteresse de Corte. Narbonne, de Lyon, courut ensevelir dans Rome, sa honte et ses projets infernaux. Peu de jours après, la Corse est intégrée à la France, Paoli rappelé, et dans un instant la perspective change, et vous offre une carrière que vous n'eussiez jamais osé espérer.
Pardonnez, monsieur, pardonnez: j'ai pris la plume pour vous défendre; mais mon coeur s'est violemment révolté contre un système si suivi de trahison et d'horreur. Eh quoi! fils de cette même patrie, ne sentîtes-vous jamais rien pour elle? Eh quoi! votre coeur fut-il donc sans mouvement à la vue des rochers, des arbres, des maisons, des sites, théâtres des jeux de votre enfance? Arrivé au monde, elle vous porta sur son sein, elle vous nourrit de ses fruits: arrivé à l'âge de raison, elle mit en vous son espoir; elle vous honora de sa confiance, elle vous dit: «Mon fils, vous voyez l'état de misère où m'a réduite l'injustice des hommes: concentrée dans ma chaleur, je reprends des forces qui me promettent un prompt et infaillible rétablissement: mais l'on me menace encore? Volez, mon fils, volez à Versailles, éclairez le grand roi, dissipez ses soupçons, demandez-lui son amitié.»
Hé bien! un peu d'or vous fit trahir sa confiance; et bientôt, pour un peu d'or, l'on vous vit, le fer parricide à la main, entre-déchirer ses entrailles. Ah! monsieur, je suis loin de vous désirer du mal; mais craignez...; il est des remords vengeurs! Vos compatriotes, à qui vous êtes en horreur, éclaireront la France. Les biens, les pensions, fruit de vos trahisons, vous seront ôtés. Dans la décrépitude de la vieillesse et de la misère, dans l'affreuse solitude du crime, vous vivrez assez longtemps pour être tourmenté par votre conscience. Le père vous montrera à son fils, le précepteur à son élève, en leur disant: «Jeunes gens, apprenez à respecter la patrie, la vertu, la foi, l'humanité.»
Et vous, de qui l'on prostitua la jeunesse, les grâces et l'innocence, votre coeur pur et chaste palpite donc sous une main criminelle? femme respectable et infortunée! Dans ces momens que la nature commande à l'amour, lorsqu'arrachés aux chimères de la vie, des plaisirs sans mélange se succèdent rapidement; lorsque l'âme, agrandie par le feu du sentiment, ne jouit que de faire jouir, ne sent que de faire sentir; vous pressez contre votre coeur, vous vous identifiez à l'homme froid, à l'égoïste qui ne se démentit jamais, et qui, dans le cours de soixante ans, ne connut que les calculs de son intérêt, l'instinct de la destruction, l'avidité la plus infâme, les plaisirs, les vils plaisirs des sens! Bientôt la cohue des honneurs, les lambris de l'opulence, vont disparaître; le mépris des hommes vous accablera. Chercherez-vous dans le sein de celui qui en est l'auteur, une consolation indispensable à votre âme douce et aimante? Chercherez-vous sur ses yeux, des larmes pour mélanger aux vôtres? Votre main défaillante, placée sur son sein, cherchera-t-elle à se retracer l'agitation du vôtre? Hélas! si vous lui surprenez des larmes, ce seront celles du remords: si son sein s'agite, ce sera des convulsions du méchant qui meurt en abhorrant la nature, lui et la main qui le guide.
0 Lameth! ô Robespierre! ô Peithyon! ô Volney! ô Mirabeau! ô Barnave! ô Bailly! ô Lafayette! voilà l'homme qui ose s'asseoir à côté de vous! tout dégouttant du sang de ses frères, souillé par des crimes de toute espèce, il se présente avec confiance sous une veste de général, inique récompense de ses forfaits! il ose se dire représentant de la nation, lui qui la vendit, et vous le souffrez! il ose lever les yeux, prêter les oreilles à vos discours, et vous le souffrez! Si c'est la voix du peuple, il n'eut jamais que celle de douze nobles; si c'est la voix du peuple, Ajaccio, Bastia, et la plupart des cantons ont fait à son effigie, ce qu'ils eussent voulu faire à sa personne.
Mais vous, que l'erreur du moment, peut-être les abus de l'instant, portent à vous opposer aux nouveaux changemens; pourrez-vous souffrir un traître? celui qui, sous l'extérieur froid d'un homme sensé, renferme, cache une avidité de valet? je ne saurais l'imaginer. Vous serez les premiers à le chasser ignominieusement, dès que l'on vous aura instruits du tissu d'horreurs dont il a été l'artisan.
J'ai l'honneur, etc.
BUONAPARTE.
De mon cabinet de Millelli, le 23 janvier, l'an II.
2 Clément Paoli, frère aîné du général Paoli, bon guerrier, excellent citoyen, vrai philosophe. Au commencement d'une action, il ne pouvait jamais se résoudre à se battre personnellement: il donnait ses ordres avec ce sang-froid qui caractérise le capitaine. Mais dès qu'il avait vu tomber quelqu'un des siens, il saisissait ses armes, avec cette convulsion d'un homme indigné, en faisait usage, en s'écriant: «hommes injustes! pourquoi franchissez-vous les barrières de la nature? pourquoi faut-il que vous soyez les ennemis de la patrie?» Austère dans ses moeurs, simple dans sa vie privée, il a toujours vécu retiré. Ce n'était que dans les grands besoins qu'il venait aussi donner son avis, dont on s'écartait rarement.
MONSIEUR,
Le club patriotique ayant pris connaissance de l'écrit où vous dévoilez avec autant de finesse que de force et de vérité, les menées obscures de l'infâme Buttafoco3, en a voté l'impression. Il m'a chargé, par une délibération dont je vous envoie copie, de vous prier d'y donner votre assentiment: il juge l'impression de cet écrit utile au bien public. C'est une raison qui ne vous permet point d'excuse.
Je suis, etc. MASSÉRIA,
Président du club patriotique.
3 Le club patriotique, profondément indigné de la conduite criminelle et scandaleuse, de l'impudence sans exemple, de la calomnie la plus atroce, que ce député de la défunte noblesse a osé afficher, même dans la tribune de l'Assemblée nationale; considérant que journellement, dans des brochures, il ne cesse de déchirer son pays et tout ce qu'il a de plus précieux; a arrêté, que désormais il ne serait plus appelé que l'infâme Buttafoco. (Extrait des procès-verbaux des séances de la Société patriotique.)
Je me trouvais à Beaucaire le dernier jour de la foire; le hasard me fit avoir pour convives à souper, deux négocians marseillais, un Nimois et un fabricant de Mont-Sellier. Après plusieurs momens employés à nous reconnaître, l'on sut que je venais d'Avignon, et que j'étais militaire. Les esprits de mes convives, qui avaient été toute la semaine fixés sur le cours du négoce qui accroît les fortunes, l'étaient dans ce moment sur l'issue des événemens présens, d'où en dépend la conservation; ils cherchaient à connaître mon opinion, pour, en la comparant à la leur, pouvoir se rectifier et acquérir des probabilités sur l'avenir, qui nous affectait différemment; les Marseillais surtout paraissaient être moins pétulans: l'évacuation d'Avignon leur avait appris à douter de tout; il ne leur restait qu'une grande sollicitude sur leur sort: la confiance nous eut bientôt rendu babillards, et nous commençâmes un entretien à peu près en ces termes.
LE NIMOIS.
L'armée de Cartaux est-elle forte? L'on dit qu'elle a perdu bien du monde à l'attaque; mais s'il est vrai qu'elle ait été repoussée, pourquoi les Marseillais ont-ils évacué Avignon?
LE MILITAIRE.
L'armée était forte de 4,000 hommes lorsqu'elle a attaqué Avignon, elle est aujourd'hui à 6,000 hommes, elle sera avant quatre jours à 10,000 hommes; elle a perdu cinq hommes et quatre blessés; elle n'a point été repoussée, puisqu'elle n'a fait aucune attaque en forme: elle a voltigé autour de la place, a cherché à forcer les portes, en y attachant des pétards; elle a tiré quelques coups de canon pour essayer la contenance de la garnison; elle a dû ensuite se retirer dans son camp pour combiner son attaque pour la nuit suivante. Les Marseillais étaient 3,600 hommes; ils avaient une artillerie plus nombreuse et de plus fort calibre, et cependant ils ont été contraints à repasser la Durance; cela vous étonne beaucoup: mais c'est qu'il n'appartient qu'à de vieilles troupes de résister aux incertitudes d'un siège; nous étions maîtres du Rhône, de Villeneuve et de la campagne, nous eussions intercepté toutes leurs communications. Ils ont dû évacuer la ville; la cavalerie les a poursuivis dans leur retraite; ils ont eu beaucoup de prisonniers et ont perdu deux pièces de canon.
LE MARSEILLAIS.
Ce n'est pas là la relation que l'on nous a donnée; je ne veux pas vous le contester, puisque vous étiez présent; mais avouez que cela ne vous conduira à rien: notre armée est à Aix, trois bons généraux sont venus remplacer les premiers; on lève à Marseille de nouveaux bataillons, nous avons un nouveau train d'artillerie, plusieurs pièces de 24; sous peu de jours nous serons dans le cas de reprendre Avignon, ou du moins nous resterons maîtres de la Durance.
LE MILITAIRE.
