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Désormais orphelins de leur mentor et débarrassés provisoirement de Baldur, Orlan et Byggvir poursuivent leur voyage qui doit leur permettre de rejoindre l’Orghovie. De la forêt de Landead à la montagne du pouvoir en passant par Forgom, un long chemin les mènera à travers l’empire pour retrouver leur liberté.Un parcours semé d’embuches les attendra tout au long de leur aventure où ils devront trouver en eux des ressources insoupçonnées pour affronter les épreuves qui se dresseront sur leur route.À la recherche de la vérité sur leur passé, Orlan et Byggvir rencontreront tout au long de leur périple, de nouveaux amis qui les aideront dans leur quête les menant à la mythique montagne du pouvoir. Réussiront-ils à survivre à la terrifiante brume qui domine son sommet depuis la nuit des temps, empêchant quiconque de la traverser ?
À PROPOS DE L'AUTEUR
François Curchod, écrivain suisse né en 1987, se découvre vers l’âge de 12 ans une passion pour les livres fantastiques tels qu’
Harry Potter,
Le monde de Narnia ou
Le seigneur des anneaux. Ce n’est que vers l’âge de 20 ans qu’il commence à inventer des histoires dans sa tête. Puis à 28 ans, il décide de les écrire pour les partager.
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Seitenzahl: 544
Veröffentlichungsjahr: 2021
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François Curchod
Orlan & Byggvir
La montagne du pouvoir
Du même auteur
– Orlan & Byggvir, Une vérité inattendue
Roman, 5 Sens Editions, 2018
Cet ouvrage, je le dédie à mon compère de toujours. Celui qui a tout vécu avec ma famille et moi. Toi, mon meilleur ami, mon témoin de mariage ou encore le parrain de ma fille, tu nous manques. Jérôme, sans toi la vie n’a plus tout à fait la même saveur.
PROLOGUE
Cela faisait près de deux jours qu’Orlan et Byggvir avaient laissé derrière eux le corps sans vie de M. Saeming, à l’entrée de la forêt de Landead. Ils avaient avancé de plus en plus loin à travers la végétation, pratiquement sans pause. La peur de se faire repérer par les soldats ou bien pire, par Baldur, les avait maintenus debout depuis tout ce temps.
À force de s’enfoncer dans la forêt, ils avaient fini par perdre toute notion du temps. Il ne leur était pas possible de voir le soleil, ce qui les empêchait de connaître l’heure, même approximativement. Ils avaient aussi beaucoup de peine à se repérer. Le chemin que leur avait indiqué M. Saeming n’était plus emprunté depuis fort longtemps et il était parfois compliqué de le suivre dans les hautes herbes.
Orlan se retourna tout en continuant à avancer et il remarqua que Byggvir était plusieurs mètres derrière lui. Orlan avait maintenu une bonne cadence jusque-là et son ami l’avait suivi sans broncher. D’ailleurs, ils n’avaient pas échangé non plus le moindre mot depuis leur départ.
– Nous devons trouver un endroit pour nous reposer, dit-il lorsque son compagnon arriva à sa hauteur.
– Non, nous devons continuer.
Orlan repassa rapidement devant Byggvir et au bout de quelques minutes, il le distança à nouveau. Il se mit donc en quête d’une place où ils pourraient s’arrêter. Au bout de plusieurs minutes, ils atteignirent le bas d’un imposant promontoire, où Orlan remarqua une cavité.
– Attends-moi ici, dit-il en s’en approchant l’épée levée, prêt à se défendre.
Il se concentra pour faire apparaître des flammes, mais il ne se passa rien.
Il fouilla la grotte sans trouver la moindre trace de passage. Satisfait, il retourna chercher son ami et ils se dirigèrent vers la caverne où ils déposèrent lourdement leur chargement.
Ils sortirent les peaux de bête des sacs et s’installèrent confortablement sur le sol. Ensuite, Byggvir insista pour qu’Orlan avale quelque chose puis ils se couchèrent rapidement. Orlan regarda le peu de ciel qu’il pouvait distinguer à l’extérieur de la caverne entre les arbres et il se demanda si le soleil allait bientôt faire place à la lune.
Il resta encore réveillé pendant plusieurs heures avant de voir la nuit s’installer. Légèrement plus rassuré par l’obscurité qui les rendait moins détectables, il réussit finalement à s’endormir.
CHAPITRE 1
LA FORÊT DE LANDEAD
Le lendemain matin, Orlan fut réveillé par des bruits de sifflement. Il remarqua la couche de Byggvir vide et il se leva pour chercher son ami. Il le découvrit à l’extérieur de la grotte, un arc à la main.
– Tu fais quoi ?
– J’apprends à m’en servir, lui indiqua-t-il sans un regard dans sa direction.
Le jeune homme décocha une flèche qui vint se planter dans un arbre à presque trente mètres de distance, puis il se tourna vers Orlan :
– Maintenant que nous sommes seuls, nous devons pouvoir nous défendre. Pour toi qui t’en es sorti face à Baldur, je ne me fais pas de souci, mais moi je dois progresser.
– Je comprends, répondit Orlan en jetant un œil dans les environs. Tu as pris le temps de contrôler qu’il n’y avait personne dans le coin ?
– Oui, ça fait près d’une heure que je suis levé et il n’y a pas âme qui vive dans les environs. Nous sommes dans une espèce de crevasse. Pour en sortir, nous serons obligés de rebrousser chemin sur plusieurs centaines de mètres. D’ailleurs, le sentier que nous devons suivre pour rejoindre Forgom serpente autour de nous, donc si des hommes approchent, nous les entendrons arriver. Mais nous sommes protégés par les épais feuillages, on est pour ainsi dire invisibles.
Byggvir reprit une flèche et continua son exercice tandis qu’Orlan retournait dans la caverne pour trouver de quoi calmer son estomac. Il rejoignit son ami et s’installa sur une pierre avec son pique-nique. Il resta près de quinze minutes à le regarder enchainer les tirs précis et puissants.
– Depuis quand sais-tu tirer à l’arc ?
– Ça fait trente minutes que je m’y suis mis.
– Non, pas ce matin. Tu as appris à tirer quand tu étais petit ?
– Avant aujourd’hui, je n’avais jamais touché à l’une de ces armes. Pourquoi ?
– Pour rien, à part que tu dois déjà être meilleur que la plupart des archers de l’empereur. J’en ai vu quelques-uns tirer à près de deux cents mètres de distance, mais ils ont des années d’entraînement, pas trente minutes.
– Ben quoi ? il suffit de tendre la corde au maximum et de relâcher.
– Pas vraiment. Par exemple, la position des bras est très importante. Il y a aussi ta respiration ou encore ta façon de bander ton arc. Mais toi, ta position est déjà parfaite.
– Franchement, essaye, tu verras que c’est très facile, répondit Byggvir en le tendant à Orlan.
– Merci, mais non. Il m’est arrivé plusieurs fois de tirer à l’arc et je suis très mauvais.
– Montre-moi ça ! insista Byggvir en le lui mettant dans la main.
– D’accord, mais alors tu te places derrière moi. Je n’ai pas envie de te toucher et même comme ça je ne suis pas sûr que tu sois totalement à l’abri de prendre une flèche perdue.
Orlan prit quelques secondes pour se concentrer en essayant d’être le plus juste possible dans son geste et il relâcha la corde. Le projectile siffla et Orlan le vit passer à près de deux mètres de l’endroit où il visait. La flèche continua sa course dans la forêt et au bout de quelques instants, il la perdit de vue. Il regarda Byggvir qui l’encouragea à recommencer. Orlan s’exécuta à contrecœur avec pratiquement le même résultat.
– Bon, on va arrêter les frais avant que tu les envoies toutes à l’autre bout de la forêt, dit Byggvir en se dépêchant de récupérer l’arc pour que son ami n’encoche pas à nouveau.
– Je t’avais prévenu. Alors, c’est vrai que je ne suis pas un bon tireur, mais toi tu as un don.
– Pas sûr que ça suffise quand on aura des ennemis en face de nous, répondit Byggvir en reprenant son entraînement.
– On verra bien, conclut Orlan en retournant à l’intérieur de la grotte.
Il s’installa sur sa peau de bête et resta à méditer pendant un long moment. Ensuite, il s’assit et sortit de la nourriture ainsi que la petite casserole qu’ils avaient embarquée. Il passa les trente minutes suivantes à préparer le repas alors que Byggvir continuait inlassablement à tirer des flèches dans le même arbre, qui semblait maintenant être rongé par les termites. Finalement, il appela Byggvir qui vint s’installer en face de lui et qui le remercia lorsqu’Orlan lui tendit un bol. Les deux amis mangèrent en silence pendant un bon moment avant que Byggvir ne reste là, le regard dans le vide sans bouger. Orlan termina son repas et il demanda :
– Ça va ?
– Non, j’aimerais savoir si tu vas me parler de ce qui s’est passé sur le pont.
– Tu as vu la même chose que moi. Baldur nous a retrouvés et il nous a attaqués en tirant sur M. Saeming.
– Oui, j’étais là. Mais après tu m’as demandé d’avancer vers la forêt et à part des bruits d’épées qui s’entrechoquent, je ne sais pas ce qui s’est passé. Alors j’espère que tu vas m’expliquer comment tu as réussi à mettre en déroute une vingtaine de cavaliers et Baldur, dit Byggvir en se levant et en se dirigeant vers l’extérieur de la caverne.
Orlan resta allongé là, pendant un long moment à contempler le plafond de leur abri de fortune, perdu dans ses pensées. Il savait très bien qu’il allait devoir expliquer à son ami ce qui lui était arrivé sur le pont, mais il avait peur de sa réaction. Il n’avait pas envie de revivre les mêmes moments qu’à la capitale. Il espérait vraiment que Byggvir allait le croire.
Lorsque la nuit tomba, il n’avait toujours pas réapparu. Orlan commença à se faire du souci sans pour autant se mettre à sa recherche. À la place, il décida de sortir de quoi manger et il n’attendit pas le retour de son ami pour se sustenter. Après avoir fini le repas, il quitta la caverne pour prendre l’air et pour chercher Byggvir du regard.
Après quelques instants, il entendit des bruits de sabots et il vit au loin des lumières de torches se rapprocher. Il se mit à couvert derrière un arbuste et il suivit des yeux les cavaliers qui venaient du chemin qu’ils allaient devoir emprunter en direction de Forgom.
La densité de la forêt l’empêcha de distinguer ceux qui les poursuivaient plus de quelques secondes, mais elles lui furent suffisantes pour se rendre compte qu’ils ressemblaient fortement à ceux qui étaient avec Baldur. Cependant, il ne lui sembla pas apercevoir le ministre parmi les hommes même s’il n’en mettrait pas sa main à couper.
Lorsque les lumières et les bruits de sabots disparurent, il sortit de sa cachette et il retourna dans la caverne pour s’équiper de son Kukri.
– Orlan, les cavaliers de Baldur sont à nos trousses, s’écria Byggvir à bout de souffle en pénétrant dans la cavité.
– C’est ce que j’ai vu, répondit Orlan en montrant la direction de Morneséjour. Ils viennent de passer dans cette direction. Demain matin, nous allons devoir partir et nous éloigner le plus rapidement de la zone. Il faudra que nous effacions les traces de notre camp le mieux possible.
Byggvir acquiesça de la tête et il s’installa sur sa peau de bête encore essoufflé.
– D’ailleurs, tu étais où tout ce temps ? le questionna Orlan.
– J’ai marché jusqu’en haut de la côte et je suis monté le long d’un tronc pour essayer de trouver notre chemin. Malheureusement, impossible de distinguer quoi que ce soit dans cette fichue forêt.
– Et tu as mis toute l’après-midi pour ça ? demanda Orlan surpris.
– Non. Alors que je m’apprêtais à redescendre de l’arbre, les cavaliers sont arrivés. Ils ont sillonné le sentier durant tout ce temps donc je me suis retrouvé coincé là-haut. Dès qu’ils sont repartis dans ta direction, je me suis précipité derrière eux en espérant qu’ils ne remarqueraient rien d’anormal.
– La caverne est éloignée de l’ancien chemin, avec un peu de chance ils passeront à chaque fois tout droit, analysa Orlan.
– Oui, peut-être, mais tu as raison il faut quitter cet endroit dès l’aube. Nous avons déjà assez traîné dans le coin et nous avons beaucoup de chemin à parcourir avant d’arriver à Forgom.
Le lendemain matin, alors que la lumière était encore faible, Orlan et Byggvir préparèrent leur départ. Ils prirent bien le temps d’effacer au mieux leurs traces tout en étant certains que si les hommes de Baldur examinaient minutieusement la zone, ils sauraient qu’ils s’y étaient arrêtés. Il n’y avait qu’à regarder l’état de l’arbre que Byggvir avait pris pour cible pour détecter une présence humaine.
Après avoir mis leurs sacs et s’être assurés qu’il n’y avait pas de bruit venant du chemin, ils reprirent la route. Orlan marcha dans les traces de son ami qui était parti en éclaireur la veille. Ils rebroussèrent chemin sur près d’un kilomètre puis Byggvir bifurqua sur la droite. Orlan le suivit sans hésiter et ils perdirent le sentier pendant un bon moment avant de finalement le retrouver lorsque la pente se mit à s’élever progressivement. Le début de la montée fut simple et agréable, mais au bout de quelques minutes, ils commencèrent à sentir leur pouls s’accélérer. Après vingt minutes interminables, Byggvir s’arrêta un instant pour reprendre son souffle. Il se retourna vers Orlan et les deux amis se regardèrent. Ils n’avaient pas échangé un mot depuis leur départ et l’ambiance était pesante. Ils étaient extrêmement concentrés, car ils avaient peur de ne pas entendre quelqu’un arriver.
– Tu crois qu’ils vont revenir ? demanda Byggvir en parlant des cavaliers.
– C’est bien possible. Quand ils sont passés hier soir, ils ont dû aller jusqu’au pont puis longer la berge. Notre chance c’est que cette forêt est dense, mais surtout qu’elle est très grande. Si nous réussissons à nous repérer comme il faut, nous n’aurons même pas besoin d’en sortir pour rejoindre Forgom.
Orlan profita de la petite pause pour poser son sac un instant. Il l’ouvrit et il en extirpa une vieille carte en mauvais état.
– Elle était dans les affaires de M. Saeming, je me suis dit qu’elle nous serait utile. Par contre, elle est très ancienne, car il n’y a pas de frontière entre Galyangar et l’Orghovie.
Il la tendit à Byggvir qui l’examina un petit moment pendant que son ami surveillait les alentours.
– C’est quoi ce point entre nous et Forgom ? demanda-t-il en pointant du doigt un endroit sur la carte.
– Je me suis posé la même question quand je l’ai découvert. La seule façon de le savoir, c’est de continuer à avancer prudemment et on verra bien sur quoi on tombe, répondit-il en remettant son sac dans son dos. Byggvir en fit de même tout en glissant la vieille carte dans sa poche de pantalon.
Ils reprirent leur chemin, qui montait pendant près d’une heure avant que la pente ne commence à se radoucir rapidement.
– On est en haut, dit Byggvir à nouveau essoufflé. Je te propose de quitter le sentier, car nous allons arriver sur le chemin où j’ai croisé les cavaliers.
Orlan suivit son ami dans les fourrés et ils restèrent un moment accroupis sans un bruit pour essayer de capter le moindre son. Après plusieurs minutes de silence, ils se redressèrent et prirent le sentier qui leur semblait le bon. Ils marchèrent ainsi pendant plusieurs heures sans s’arrêter ou échanger un seul mot.
Alors que Byggvir commençait à se sentir fatigué et que son attention déclinait progressivement, il fut attrapé par le bras et tiré énergiquement derrière une grosse pierre.
– Qu’est-ce qu’il te prend ? demanda-t-il à son ami.
– Tu n’entends pas les bruits de chevaux qui se rapprochent ?
Byggvir tendit l’oreille et au bout d’un moment il perçut un léger son au loin qu’il reconnut.
– Tu as une sacrée ouïe, lui répondit-il.
– J’étais simplement plus attentif que toi.
– Dis tout de suite que je n’écoute pas ce qu’il se passe autour de nous ! s’énerva Byggvir en lui jetant un regard noir.
– Non, je dis juste que j’ai senti que tu commençais à être fatigué, c’est tout. Ne le prends pas mal.
– Tu sais, j’ai toujours indiqué que je n’étais pas fait pour la vie au grand air. Je n’ai pas tellement choisi d’être ici.
– Tu aurais pu rester à la capitale et vivre comme tu l’avais imaginé, lui rétorqua Orlan en guettant les cavaliers qui s’approchaient au loin.
– Tu crois vraiment que Baldur m’aurait laissé tranquille après ce qu’il s’est passé ? À l’heure actuelle, je serais dans une cellule en train de me faire torturer.
– OK, j’ai compris. C’est ma faute si on est là ! répondit Orlan pour mettre fin au débat.
– Non, c’est grâce à toi. Je suis très content que tu aies découvert la vérité et je ne regrette pas d’être parti. Je te demande juste d’être un peu tolérant avec moi, car je sais que je vais être un boulet.
– Premièrement, tu n’es pas un boulet et deuxièmement si j’ai redoublé de vigilance tout à l’heure, c’est uniquement pour te laisser un moment de répit.
Byggvir s’apprêtait à répondre, mais Orlan lui fit signe de se taire d’un geste de la main. Il jeta un coup d’œil au sentier et vit quatre cavaliers s’approcher du chemin dans la direction qu’ils devaient prendre. Arrivés devant eux, les chevaux s’arrêtèrent et après quelques secondes, les hommes mirent pied à terre.
Les deux amis se regardèrent parés au combat. Orlan attrapa sans bruit son Kukri et Byggvir agrippa son carquois et son arc, prêt à décocher une flèche. Les quatre cavaliers échangèrent quelques banalités et restèrent ainsi, semblant attendre quelque chose.
Après quelques minutes, de nouveaux échos de sabots se firent entendre depuis la forêt. Le son se rapprocha progressivement et ils finirent par voir apparaître du sentier qu’ils avaient emprunté, une dizaine d’autres cavaliers. Le chemin se trouvait à peine à cinquante mètres d’eux. Les deux amis se terrèrent le plus possible contre leurs cailloux en priant pour qu’ils ne regardent pas dans leur direction.
– Vous êtes allé jusqu’à Bevauralm ? demanda l’un des hommes restés en selle.
– Oui capitaine, nous avons fait le tour du village. Nous avons questionné tout le monde, mais pas de trace des deux garçons.
– Continuez de chercher. Tant que nous ne les aurons pas trouvés, nous ne nous reposerons pas.
– Mais enfin capitaine, cela fait trois jours que nous n’avons pas pu dormir. Nous ne tiendrons pas longtemps ainsi, sans parler des bêtes !
– Ça m’est égal, répondit-il en élevant la voix. Vous reprenez les recherches, c’est un ordre.
Les deux amis entendirent l’un des chevaux hennir et la dizaine de cavaliers repartit dans la direction que devaient suivre Orlan et Byggvir.
– Je n’en peux plus, dit l’un de ceux restés en arrière. Je vais bientôt tomber de fatigue.
– Tu préfères continuer à chercher ou que le capitaine nous fasse la même chose qu’au dernier qu’il a attrapé ?
– La question ne se pose pas, répondit l’autre en remontant sur son cheval.
Ils reprirent la route dans la direction inverse de leur capitaine et au bout de quelques minutes les deux amis se détendirent.
Ils restèrent encore un moment là, à retrouver leurs esprits, puis Orlan se releva suivi par Byggvir. Ils se remirent en marche, tout en prenant soin de ne pas être à découvert.
– Tu le connais ce capitaine ? demanda Byggvir.
– Oui, c’est Rukkral, le bras droit de Baldur. Je crois que personne n’a jamais pu déterminer lequel des deux est le plus cruel. Malheureusement, je ne sais plus ce qu’il fait à ses victimes, répondit Orlan en cherchant dans son esprit.
– Ce n’est pas grave, cela nous fera une surprise s’il nous attrape ! ironisa Byggvir en suivant son ami qui s’enfonçait à nouveau dans la forêt à la recherche d’un abri pour la nuit.
CHAPITRE 2
EMBUSCADE
Le lendemain matin, Orlan se réveilla tôt en essayant de faire le moins de bruit possible. Il s’habilla en silence et quitta le campement pour s’enfoncer encore un peu plus dans la forêt. Depuis qu’ils avaient rejoint l’ancienne route, ils n’avaient pas arrêté de zigzaguer. Selon la carte, ils auraient dû mettre moins de trois jours pour rallier un petit village, mais cela faisait maintenant cinq jours qu’ils avaient laissé M. Saeming et Orlan était perdu.
Il s’installa dos à un arbre et resta ainsi un moment dans ses pensées puis, il sentit les larmes monter. Il n’essaya pas de les retenir. Il les attendait depuis plusieurs jours et dès qu’elles furent taries, il éprouva bien moins de colère et de chagrin, presque revigoré.
Il se releva et se mit en chasse de ce qui l’avait fait quitter son lit. Si sa mémoire ne lui jouait pas de tour, c’était l’anniversaire de son ami et il était bien décidé à lui préparer quelque chose, même s’il savait que ce serait compliqué dans cette forêt.
Selon plusieurs légendes, elle serait habitée par de petits êtres qui s’y cacheraient des hommes. Peu de gens les auraient véritablement vus, car la plupart ne seraient plus là pour en parler. Les autorités de la région avaient l’habitude de retrouver des corps sans vie aux abords de la route principale, qu’ils associaient souvent à ces créatures.
Orlan resta sur ses gardes et il investigua la zone à la recherche des fruits ou autre sorte de nourriture. Il savait qu’à cette période de l’année, il était facile de trouver de quoi se sustenter aux abords de la forêt vers Morneséjour et il imagina que les choses ne devaient pas être bien différentes par là.
Il ne lui fallut que quelques minutes pour tomber sur plusieurs arbustes fruitiers dont le nier et l’iapaler. Orlan s’empressa de remplir ses poches et il repartit en direction du campement. Sur le chemin, il remarqua une ruche abandonnée dans laquelle il trouva du miel qu’il récupéra avant de filer rapidement.
Arrivé au camp, il découvrit son ami réveillé et, semble-t-il, légèrement paniqué.
– Enfin ! Tu étais passé où ?
– Je suis allé chercher de quoi nous remplir l’estomac, répondit-il avec un grand sourire.
– Pour quoi faire ? Nous avons tout ce dont nous avons besoin dans le sac, dit Byggvir en sortant un morceau de viande séchée.
– Non, nous n’avons pas de quoi fêter ton anniversaire, affirma Orlan en vidant une partie de son bagage. Aujourd’hui est un jour spécial !
– Ah, oui c’est vrai, confirma Byggvir sans que cela ne semble lui faire ni chaud ni froid.
– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Orlan. Tu n’es pas content ?
– Ben quitte à choisir, je n’aurais pas désigné cet endroit pour festoyer !
– Écoute, je te l’ai déjà dit, je suis désolé de t’avoir entraîné là-dedans, mais je ne pouvais pas faire autrement. Je n’aurais pas pu vivre avec ce mensonge toute ma vie, tenta de se justifier Orlan.
– Je le sais bien. C’est juste que j’ai peur. Nous devions avoir un guide et voilà que l’on se retrouve seuls dans cette forêt maudite à devoir slalomer entre les patrouilles pour ne pas nous faire attraper.
– Tu penses que je suis en confiance ? demanda Orlan. Je suis autant terrifié que toi. En revanche, je ne me laisse pas abattre. C’est l’unique moyen d’avancer et d’avoir une chance de sortir vivants de cet endroit.
Les deux amis restèrent silencieux un instant puis Orlan continua :
– Nous allons manger, puis nous rejoindrons le bord du chemin. Ensuite, nous marcherons jusqu’au village qui est sur la carte et que nous devrions atteindre d’ici ce soir. Il nous faudra trouver un moyen pour y entrer et rester inaperçus.
Il tendit un ni à son ami, que celui-ci s’empressa d’attraper avant de mordre dedans. Un liquide jaune s’échappa de ce dernier et vint atterrir sur le vêtement qu’il portait. Orlan rigola légèrement et il en prit un à son tour en mettant la sphère de plusieurs centimètres entièrement dans sa bouche. Il ferma la mâchoire et du jus gicla plus d’un mètre en avant, ce qui fit presque s’étouffer Byggvir.
Les deux amis passèrent encore un petit moment à rire et à manger leurs nis, puis ils remballèrent les iapals qu’ils gardèrent pour plus tard. Orlan cacha les rayons de miel qu’il avait trouvés en espérant pouvoir faire une surprise à Byggvir qui en raffolait et ils se remirent en route. Ils marchèrent ainsi une heure aux abords du chemin, sans croiser ni entendre le moindre bruit.
Tout à coup, Orlan s’arrêta, les sens en alerte. Son ami qui le suivait de près, lui rentra dedans et alors qu’il allait se plaindre, Orlan se retourna pour lui signifier de se taire. Il ne savait pas bien pourquoi, mais il avait senti comme une présence. Au lieu de continuer le long du chemin, il s’accroupit et progressa lentement sur le côté en faisant le moins de bruit possible. Avec les hautes herbes, ils étaient presque invisibles. Orlan resta là, sans faire un geste pendant un bon moment et après presque cinq minutes il vit enfin un mouvement. Bien caché en face d’eux, quelqu’un avait bougé et le soleil venait de briller sur une surface réflectrice. Orlan crut reconnaître un casque un métal, mais il n’en était pas sûr.
– C’est quoi ? demanda Byggvir en sentant son pouls s’accélérer dans sa poitrine.
– J’ai l’impression qu’il s’agit de soldats. Ils devaient attendre là, en espérant que nous n’étions pas encore passés.
– C’était moins une.
– Oui. Si nous n’avions pas eu cet arbre pour nous cacher de la route qui tourne sur la droite, nous aurions été vus à plusieurs dizaines de mètres, constata Orlan en détaillant les environs. Il faut qu’on les contourne avec précaution. Attends-toi à devoir te battre, ajouta-t-il en dégainant son kukri.
Byggvir sortit subtilement une flèche de son carquois qu’il se prépara à encocher au moindre bruit. Il suivit son ami qui serpenta lentement et intelligemment entre les arbustes pour déplacer le moins d’herbe haute possible. Il leur fallut près de quarante-cinq minutes d’efforts intenses, sous une chaleur qui devenait de plus en plus étouffante pour réussir à passer derrière les gardes. Ils étaient au moins à vingt mètres, mais depuis leur position ils ne pouvaient pas les louper.
Ils étaient deux, assis dans l’herbe en train de contempler tour à tour le chemin. Orlan remarqua qu’ils étaient équipés d’arbalètes, qui étaient posées à portée de main.
Byggvir regarda son ami surveiller les soldats pendant plusieurs minutes. Il eut l’impression d’être en chasse depuis une éternité. Il commençait à ressentir des douleurs aux genoux à force d’être accroupi et il se demanda ce qu’Orlan pouvait avoir en tête. Il hésita à le questionner, puis finalement ayant vraiment trop mal il dit tout bas :
– Tu comptes faire quoi ? Parce que moi je sens bientôt plus mes jambes.
– On ne peut pas les laisser là. Au bout d’un moment, ils vont comprendre qu’on est déjà passé et ils vont nous suivre, dit-il les yeux toujours braqués sur eux.
Sans prévenir, il se leva et il courut contre les soldats. Dès qu’ils l’entendirent, ils se retournèrent, mais celui de droite n’eut même pas le temps de bouger le bras avant qu’Orlan lui assène un coup de genou dans la tête. L’homme s’effondra en arrière dans un bruit sourd et Orlan pivota vers le deuxième qui paniqué, tenta vainement d’attraper son arbalète. Orlan lui marcha sur la main et il se plaça face à lui, sa lame de Kukri prête à frapper.
– Tu veux vraiment essayer ? demanda-t-il en le tenant bien en joue. Byggvir, viens m’aider.
Son ami se précipita hors des hautes herbes où il ramassa les deux arbalètes après avoir remis son arc dans le dos. Il en tendit une à Orlan qui recula en pointant maintenant son ennemi avec sa nouvelle arme.
– Lève-toi et attrape-le, ordonna Orlan en désignant le soldat évanoui.
L’homme s’exécuta en silence, et après avoir calé son camarade sur son épaule, suivit les instructions d’Orlan en ouvrant la marche. Après une dizaine de minutes à travers les feuillages et les branchages, il le somma de s’arrêter. Ils étaient au bord d’un petit ruisseau où Orlan fit halte un moment pour décider du sort de leurs prisonniers.
– Bien, pose ton ami contre cette pierre, recule de dix pas et mets-toi à genoux.
L’homme s’exécuta, toujours dans un total mutisme et Orlan contrôla les alentours pour s’assurer qu’on ne les avait pas suivis.
– Comment tu t’appelles ? demanda Byggvir au soldat qui finissait de sangler son compagnon d’armes.
– Axeval, dit-il sans ajouter le moindre mot.
– Détends-toi, indiqua Byggvir en s’approchant de lui. On ne va pas te faire de mal.
Avant qu’il ait pu être à portée de main du jeune homme, Orlan le retint du bras et son ami le dévisagea un instant.
– Pour être franc, on ne sait pas encore ce qu’on va faire de vous deux.
Il regarda Byggvir avec un air autoritaire et il ajouta :
– Tiens-le en joue pendant que je l’attache. S’il tente quelque chose, tu n’hésites pas à lui tirer dessus. C’est clair ?
– Oui, répondit-il simplement après l’avoir défié des yeux quelques instants.
Orlan s’exécuta et après s’être assuré que les deux hommes ne pouvaient plus bouger, il les bâillonna avec l’un des derniers vêtements propres qu’il trouva dans son sac. Puis il attrapa gentiment son ami par l’épaule et s’éloigna des prisonniers.
– Byggvir, tu ne peux pas lui promettre une chose pareille. Ces hommes sont des soldats. Si nous étions passés directement sur le chemin, ils n’auraient pas hésité à nous abattre.
– Et alors ? Nous ne devons pas nous abaisser à ça. Je refuse de les tuer uniquement parce qu’ils faisaient leur devoir.
– Tu ne comprends pas, répondit Orlan. Si nous les libérons, ils iront directement voir Rukkral et il ne mettra pas bien longtemps avant de nous retrouver.
– Je comprends très bien, répliqua Byggvir toujours pas complètement convaincu. Mais je ne suis pas d’accord de tuer un homme de sang-froid. Dans le feu de l’action ou par nécessité, je le ferai, mais pas comme ça.
– Tu veux les laisser là ? demanda Orlan en ricanant légèrement.
Byggvir regarda son ami d’un air sévère et il dit :
– Oui, je pense que c’est la meilleure solution.
CHAPITRE 3
UN PLAN INSENSÉ
Orlan passa la demi-heure suivante à essayer de convaincre son ami, mais il n’y parvint pas.
Byggvir était bien décidé à mettre son plan à exécution, même si Orlan devait ronchonner jusqu’à Forgom. Il le lui avait expliqué quelques minutes auparavant et depuis, il n’avait pas pipé mot.
Ils retournèrent vers les deux soldats qui n’avaient pas bougé et Byggvir s’approcha d’eux sous l’œil réprobateur de son ami.
– Axeval, j’aimerais autant que possible, éviter de devoir te tuer. Je vais t’enlever ton bâillon, mais si tu fais le moindre bruit, je ne répondrai plus des actes de mon camarade. Tu comprends ?
Le soldat qui semblait épouvanté acquiesça de la tête et Byggvir lui libéra la bouche pour qu’ils puissent échanger.
– Bien, je vais te détacher et tu vas retirer ton armure, ainsi que celle de ton ami. Ensuite, je te rattacherai et nous partirons, expliqua-t-il le plus naturellement du monde.
– Mais, vous ne pouvez pas nous laisser là ! Il n’y a pas de passage dans cette forêt. Nous allons mourir de faim ou nous serons dévorés par des bêtes. Ou pire encore, nous serons enlevés par les petits êtres, répondit Axeval paniqué, après quelques secondes de réflexion.
– Non, dit Byggvir en cherchant une solution. Nous trouverons un moyen pour que les autres soldats vous retrouvent.
– Pourquoi ne pas directement aller toquer au poste de garde le plus proche et nous rendre ? proposa Orlan contrarié.
– Laisse-moi faire, implora son compère en le regardant impassiblement dans les yeux. Pour une fois, est-ce que tu pourrais me faire confiance, comme moi je l’ai fait à Catagalm ?
Orlan resta sans voix. Il aurait voulu répondre, mais l’argument de Byggvir le coupa dans son élan. Il pensa à toutes les fois où son ami l’avait suivi et il se demanda si de son côté, il en avait déjà fait de même sans le remettre en question à tout moment.
– D’accord, dit-il. Par contre, au moindre mouvement suspect, je n’hésiterai pas à l’éliminer.
– Je te fais confiance sur ce point-là, confirma Byggvir avant de se retourner vers le soldat. Tu as entendu mon ami. Un seul geste anormal et je ne répondrai plus de lui.
Axeval acquiesça d’un signe de la tête, puis il commença à retirer l’armure de son collègue toujours inconscient en demandant :
– Pourquoi est-ce que vous ne nous avez pas tués ?
– J’ai bon espoir de vous faire changer d’avis sur nous, répondit Byggvir en s’accroupissant pour être à la même hauteur que son interlocuteur. Tu sais, nous n’avons rien fait de mal. Baldur nous traque parce que nous essayons de comprendre ce qu’il nous est arrivé lorsque nous étions enfants.
– Vous êtes des traîtres, vous avez tenté de dérober des informations de la plus haute importance pour les transmettre aux Orghoviens.
– N’importe quoi, le coupa Orlan. Baldur nous cherche pour nous éliminer avant que nous découvrions toute la vérité sur ce qui a déclenché la guerre.
– Quelle vérité ? demanda Axeval en terminant de retirer l’armure de l’autre soldat.
– Nous savons tous que Baldur était en voyage diplomatique avec l’empereur. Nous avons appris que lors de son retour, il était accompagné de marchands qu’il a payés pour ne pas raconter ce qu’il avait ramené dans ses bagages.
– Il avait apporté quoi ?
– Il a enlevé deux jeunes enfants, expliqua Byggvir pour couper le blanc laissé par son ami.
Axeval les dévisagea et après quelques secondes il comprit.
– Vous deux ? demanda-t-il en connaissant déjà la réponse. Mais pourquoi ?
– Nous ne savons pas, indiqua Byggvir en récupérant l’armure au sol. Mais nous comptons bien le découvrir, ajouta-t-il en se la passant sur les épaules.
– Vous ne trouvez pas que votre histoire est un peu farfelue ?
– Libre à toi de nous croire, répliqua Orlan en lui faisant signe de retirer son matériel.
Le silence retomba sur les trois jeunes hommes et Axeval entreprit d’ôter son armure avant de la tendre à Orlan qui s’en équipa. Byggvir attrapa l’un des deux casques laissés au sol par le soldat et il regarda son ami en demandant :
– Est-ce que tu arrives encore à me reconnaitre ?
– Oui, répondit-il. Baisse légèrement la tête pour voir ce que ça donne.
Son ami s’exécuta et Orlan ne le distingua plus.
Ils finirent de se préparer et Orlan dut se rendre à l’évidence que l’idée de son ami pouvait fonctionner. Au fond de lui il n’avait pas envie d’abattre les deux soldats, mais s’il avait été seul, il n’aurait pas hésité. Il espérait ne pas faire une erreur en les laissant en vie. Dès l’instant où les deux hommes seraient découverts, leur déguisement deviendrait inutile et Orlan n’avait aucun contrôle sur le moment où ça allait se produire.
Ils rattachèrent solidement les deux prisonniers, au moment où le deuxième soldat commença à reprendre connaissance. Ils se relevèrent et Byggvir s’approcha une dernière fois d’Axeval pour lui dire :
– J’espère que nous nous recroiserons un jour dans de meilleures dispositions. Tu sais, nous n’avons pas demandé à vivre cela. Ça nous est tombé dessus et nous devons faire avec.
Il plaça le bâillon sur la bouche du soldat et ajouta encore :
– Nous allons laisser des indices à l’endroit où vous étiez cachés pour que l’on vous retrouve. Nous avons pu surveiller les allées et venues des cavaliers le long du chemin et vous devriez être libérés au plus tard demain soir. Je sais que c’est beaucoup demander et que tu ne nous dois rien, mais si tu pouvais les mettre sur une fausse piste, nous te serions éternellement reconnaissants. Adieu.
Il se releva et il tapota l’épaule d’Orlan avant de se diriger vers le chemin et de laisser les deux soldats à leur sort.
Ils marchèrent seulement quelques minutes avant d’apercevoir le sentier. Ils retrouvèrent facilement la zone où ils étaient cachés et Byggvir s’appliqua à fabriquer une flèche pour indiquer le sens dans lequel se trouvaient les deux soldats et il inscrivit encore le mot prisonnier dans le sol. Ensuite, il rejoignit Orlan quelques mètres plus loin qui avait monté la garde en attendant et ils se mirent en marche en direction de Bevauralm.
Ils progressèrent seulement deux heures avant de regretter leur choix. Dans leur armure, ils se sentaient oppressés et ils commencèrent à avoir rapidement très chaud. Ils avaient une simple tunique de cuir, mais cette dernière n’était pas vraiment à leur taille et elle les serrait sacrément. En plus, pour passer inaperçus, ils avaient dû laisser quelques provisions sur place pour n’avoir qu’un sac chacun. Ils voulaient être le plus discret possible et pour cela ils devaient ressembler au maximum aux autres archers de l’empire. Il n’était pas rare que ces derniers se déplacent à pied, avec leurs provisions pour aller relever un poste de garde. En plus de tout cela, Byggvir transportait son arc et Orlan l’arbalète qui était en possession du soldat. Ce qui lui déplaisait était de devoir porter une arme aussi lourde et de savoir qu’il n’allait pas s’en servir, car il avait son épée cachée le mieux possible dans son dos.
Le soleil commença légèrement à décliner lorsque la forêt se fit moins dense. Ils marchèrent encore quelques minutes et ils virent apparaître dans le ciel devant eux, des volutes de fumée. Le village n’était plus qu’à quelques centaines de mètres et ils avaient hâte d’arriver, même si la peur commençait à se faire sentir. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’ils allaient y trouver. Byggvir se demanda si ce qu’il avait mis en place tenait la route et s’ils n’allaient pas être accueillis au village par une garnison entière. Tout à coup, il entendit des bruits de sabots derrière lui et il s’apprêta à mettre son plan à l’épreuve.
Quelques instants plus tard, un cavalier apparut sur le chemin derrière eux. Il s’approcha rapidement des deux jeunes hommes et une fois à leur hauteur, il ralentit. Il resta un moment à les suivre puis il se plaça devant eux pour leur barrer la route. Les deux amis s’arrêtèrent, toujours la tête en bas et le cœur battant la chamade.
– Soldats, déclinez votre identité, ordonna le cavalier qu’Orlan reconnut immédiatement.
– Je m’appelle Lannaure et mon compagnon se nomme Laudur, capitaine Rukkral.
– Bizarre, je n’ai jamais entendu parler de vous.
Il se mit à leur tourner autour, toujours assis sur son cheval et il continua.
– Et vous allez où comme cela ?
– Nous nous rendons à Bevauralm, pour prendre la relève de nos compagnons, indiqua Byggvir en espérant qu’il y avait bien des soldats dans cette bourgade.
– Ah bon, répondit Rukkral visiblement étonné, alors qu’un autre cavalier semblait s’approcher de leur position depuis le village. Mais, la relève ce n’est pas dans quatre jours ?
– Capitaine Rukkral, les coupa l’inconnu. Je suis désolé de vous déranger, mais j’ai des informations pour vous.
– Je vous écoute, répondit-il en portant son attention au nouvel arrivant.
– Les deux enfants que vous recherchez ont été aperçus en direction de Quép.
– Quép ? demanda Rukkral étonné. Mais, ce n’est pas du tout la direction de l’Orghovie. Qu’est-ce qu’ils iraient faire dans ce coin ?
– J’ai entendu dire qu’il était possible de suivre la rivière jusqu’au lac du bout du monde avant d’essayer de descendre à travers la cascade de Toaliiss.
– Pour aller où ? interrogea Rukkral en rigolant. Ils comptent les rejoindre à la nage ?
– Non, visiblement les Orghoviens attendraient avec une barque pour les emmener, répondit simplement l’inconnu.
Un long silence s’installa où le capitaine sembla hésiter. Pendant tout ce temps qui leur parut une éternité, les deux amis n’osèrent pas bouger d’un pouce. Ils ne savaient pas qui était l’autre cavalier, mais il était peut-être en train de leur sauver la vie.
– Vous en êtes certain ? demanda finalement Rukkral à l’inconnu.
– Oui, d’ailleurs vous devriez vous dépêcher, car ils devraient arriver au lac d’ici un ou deux jours.
– Et dire qu’on les cherche sur ce chemin depuis leur départ de la capitale, rétorqua le capitaine visiblement excédé. Tu as intérêt à ne pas me dire n’importe quoi, continua-t-il en prenant un ton beaucoup plus menaçant. Je sais où tu vis et si tu me mens, je te retrouverai et je te ferai pendre sur la place du village. Est-ce que c’est clair ? ajouta-t-il encore après un instant de pause.
– Limpide ! répondit l’inconnu en s’inclinant légèrement.
Rukkral jeta un dernier coup d’œil aux deux soldats postés juste devant lui, puis il fit demi-tour et il partit au galop, accompagné d’une épaisse fumée qui recouvrit les trois hommes pendant un long moment.
Orlan contempla son ami et il se demanda s’ils ne devaient pas fausser compagnie au soldat, avant que la fumée ne se dissipe. Byggvir sembla déceler quelque chose dans le regard de son compagnon, sans savoir quoi. Puis, après avoir essayé de comprendre, il se retourna vers l’inconnu et il questionna :
– Qui êtes-vous et qu’est-ce que vous nous voulez ?
Le cavalier sauta à terre et il s’approcha de Byggvir pour lui tendre la main.
– Je me nomme Elias. Joshua a dû vous parler de moi !
– Absolument pas !
– Ah bon ? Comment ça se fait ? demanda-t-il visiblement très déçu. D’ailleurs où est-il ?
– Excusez-moi d’insister, mais vous êtes qui ? répéta Orlan.
– Je m’appelle Elias Saeming. Je suis le frère de Joshua.
CHAPITRE 4
LA FAMILLE SAEMING
Byggvir regarda son ami bouche bée qui dit :
– Vous avez un endroit où nous pouvons discuter en sécurité ?
– Oui, suivez-moi, répondit-il en mettant une claque sur la fesse de son cheval qui partit au galop en direction du village. Cela fait presque quatre jours que j’attends votre venue. J’avais fini par croire que vous aviez été pris par la garde. Mais je suis quand même monté dans mon arbre cet après-midi pour guetter votre arrivée et visiblement, j’ai bien fait.
Les trois hommes se dirigèrent rapidement en direction du hameau qu’ils atteignirent en quelques minutes.
Bevauralm était une petite bourgade d’une bonne dizaine de maisons. Elle était érigée le long de la nouvelle route qui reliait Catagalm à Forgom. Toutes les bâtisses se ressemblaient. Elles étaient construites en bois massif et les toitures étaient en chaume.
En entrant dans le village, Orlan remarqua que les ruines qui les entouraient semblaient appartenir à d’anciennes habitations. Elias anticipa sa question, car il dit :
– Avant la guerre, il y avait de très belles maisons à la place de ces tas de pierres. Mais quand ils ont construit la nouvelle route et qu’ils ont abandonné celle que nous empruntons actuellement, les habitants les ont laissées se dégrader et ils ont rebâti au plus près du nouveau chemin. Il ne reste guère que la mienne, ajouta-t-il en se dirigeant vers la seule maison encore debout le long de l’ancienne route. Les autres ne comprennent pas pourquoi je tiens tant à l’entretenir, mais elle est très pratique pour surveiller le vieux sentier.
Il leur sourit, puis il ouvrit la porte d’entrée avant de les inviter à se glisser à l’intérieur. Les deux amis ne se firent pas prier et ils s’engagèrent rapidement dans la maison. Ils pénétrèrent dans un petit salon tout ce qu’il y a de plus normal. Orlan sentit tout de suite que l’endroit n’était pas très chaleureux. Il ne semblait y avoir aucun objet personnel dans cet espace où régnait un sacré désordre. Il y avait uniquement un canapé et des fauteuils dans la pièce et tous les murs étaient nus, sans décorations.
– Excusez le capharnaüm, je ne croyais plus à votre venue et je commençais à me demander quoi faire. Vous comprendrez que dans ces conditions, l’ordre n’était pas ma priorité, se justifia-t-il en lançant les vêtements disposés sur le sofa dans un coin, pour qu’ils puissent s’asseoir.
– Nous comprenons très bien, assura Byggvir en commençant à retirer son armure, immédiatement suivi par Orlan.
– Vous souhaitez boire quelque chose ? demanda-t-il en se dirigeant vers ce qui semblait être la cuisine.
– Oui, merci ! cria Orlan pour qu’il puisse l’entendre. Tu ne trouves pas l’endroit bizarre ? questionna-t-il en direction de Byggvir, après s’être assuré qu’Elias ne soit pas en mesure de l’écouter. La pièce est totalement impersonnelle.
– Ça me donne la même sensation que lorsque nous étions chez M. Saeming, approuva Byggvir en jetant un coup d’œil autour de lui. Avec le désordre en plus bien sûr.
– C’est parce que nous sommes toujours prêts au départ, annonça Elias en revenant de la cuisine. Joshua et moi avons tous les deux eu une vie difficile et depuis le début de la guerre, nous n’avons jamais réussi à nous sentir chez nous quelque part.
Il leur servit un grand pichet d’eau et leur tendit du jambon et du fromage avant de demander :
– Dites-moi, qu’est-il arrivé à mon frère ?
Les deux amis se regardèrent, les mains et la bouche pleines et Elias continua :
– Quand j’ai vu que vous n’étiez que deux, j’ai senti qu’il s’était passé quelque chose, mais j’ai refusé de le croire. J’ai pensé que peut-être, vous aviez dû vous séparer. Mais lorsque je vous ai indiqué mon nom, j’ai vu la tristesse dans vos yeux.
Byggvir continua à regarder Orlan et au bout d’un long silence, il lui dit :
– Allez mon vieux, tu sais que c’est à toi de raconter ce qui s’est déroulé. Moi je n’y étais pas vraiment.
Orlan resta encore muet un petit moment, puis il finit par se résoudre à parler malgré la douleur qui l’habitait :
– Nous avions décidé de passer par Morneséjour et traverser les deux vieux ponts pour rejoindre l’ancienne route. Grâce à l’un de nos amis, nous avons pu quitter la capitale sans être remarqués et prendre de l’avance sur Baldur. Quand nous sommes arrivés au village, nous avons cru que la partie était gagnée et que nous allions pouvoir nous cacher dans la forêt pour rejoindre Forgom. Malheureusement, nous avons été rattrapés lorsque nous traversions les deux vieux ponts et c’est là que M. Saeming a été transpercé par une flèche.
Orlan fit une petite pause pour puiser en lui les douloureux souvenirs ainsi que la force de continuer son récit.
– Ensuite, mon ami Byggvir a réussi à traîner votre frère en direction de la forêt pendant que j’affrontais Baldur pour leur permettre de se cacher.
– Et tu en es sorti vivant ? questionna Elias sidéré.
– Oui.
Le silence s’installa de nouveau un moment puis Elias demanda :
– Je ne veux surtout pas remettre en cause ton récit, mais je trouve cela bizarre. Comment as-tu pu survivre à ce combat ? Tu as été aux prises avec le plus grand guerrier jamais connu et tu t’en sors sans une égratignure ? Permets-moi d’en douter !
– Vous ne me croiriez pas, indiqua Orlan en se levant et en s’approchant de la fenêtre.
– Ah bon, demanda Byggvir furieux. Tu penses vraiment qu’après tout ce qu’on a pu vivre, je te prendrais pour un fou ?
Orlan s’apprêta à lui répondre que c’était déjà arrivé, puis il se ravisa. Son ami lui avait fait confiance depuis lors et il n’avait aucune raison de douter du contraire. Il prit une profonde inspiration et il lâcha en retournant au sofa :
– Baldur allait m’abattre avec son épée, mais j’ai réussi à parer au-dessus de ma tête en fermant les yeux. J’étais sûr que ma dernière heure était arrivée, pourtant contre toute attente, j’ai senti la force que mettait Baldur se réduire. Quand j’ai rouvert les yeux, j’ai découvert des flammes le long de ma claymore. Ce n’était pas des flammes naturelles. Elles dansaient sur le bord de la lame et elles semblaient faire partie intégrante de l’arme.
Orlan marqua une nouvelle pause, durant laquelle il dévisagea les deux autres qui l’écoutaient attentivement, puis il finit par reprendre :
– Ensuite, j’ai vu les archers qui commençaient à me tirer dessus et je me suis dit qu’un mur de flammes devant moi serait très pratique pour me protéger. J’ai juste eu le temps de reculer avant qu’un immense brasier vienne se dresser entre Baldur et moi. Il a rongé le pont en quelques secondes et le ministre s’est retrouvé emporté par la rivière. Je suis encore resté là quelques instants à le voir s’éloigner sous les flèches des archers qui ne pouvaient plus m’atteindre avant de rejoindre Byggvir et M. Saeming dans les bois où ils s’étaient cachés.
– Pendant ce temps, je me suis enfoncé dans la forêt avec votre frère et nous avons attendu, continua Byggvir après un moment de flottement. Quand Orlan est arrivé, il a rapidement compris qu’il ne survivrait pas longtemps. Nous sommes restés avec lui jusqu’à la fin, puis avec un immense chagrin, nous avons repris la route.
Les deux garçons se regardèrent un instant avant de reporter leur attention sur Elias. Il n’avait pas bougé d’un pouce visiblement très affecté par la nouvelle. Des larmes commencèrent à apparaître au coin de ses yeux puis il renifla en les séchant d’un mouvement du bras.
– J’ai toujours su que cette histoire finirait mal pour l’un d’entre nous. Mais je n’avais jamais pensé que ce serait Joshua qui s’en irait le premier.
Orlan et Byggvir échangèrent un regard interrogateur qu’Elias sembla percevoir, car il ajouta :
– J’imagine qu’il ne vous a pas parlé non plus de nos trois frères ?
– Pour tout vous dire, il a toujours été très secret avec nous. Il m’a juste expliqué qu’il venait d’un petit village Orghovien proche de la frontière et qu’il ne savait pas si d’autres habitants avaient survécu, indiqua Orlan.
– C’était tout lui, ironisa Elias. Pour ne pas nous mettre en danger, il a pris la liberté de raconter cette histoire à toutes les personnes avec qui il liait un semblant d’amitié.
– Je comprends, mais il aurait pu nous le dire avant de mourir.
– Ne le prenez pas mal, mais les probabilités que vous vous fassiez attraper étaient beaucoup plus importantes après sa mort. Il avait sûrement peur qu’une patrouille vous arrête et que vous divulguiez ces informations.
– Vous êtes tous des rebelles ? demanda Byggvir en connaissant déjà la réponse.
Elias confirma d’un signe de la tête et il se leva pour s’approcher à son tour de la fenêtre. Il guetta l’extérieur et il reprit :
– Cela faisait seulement quelques jours que l’empereur avait été exécuté lorsque la première vague de soldats arriva chez nous. La nouvelle de sa mort avait atteint le village deux jours auparavant. Nous avons tout de suite compris ce que cela signifiait. La guerre avait immédiatement été proclamée par Baldur et ce dernier s’était dépêché de rejoindre son pays pour nous attaquer. Par contre, il était impossible d’imaginer que nous allions devoir subir ses assauts aussi rapidement. L’armée Orghovienne n’avait pas eu le temps de se préparer, que déjà notre village était à feu et à sang. Nous avons été balayés en à peine une vingtaine de minutes. Heureusement, la tour de guet les a vus arriver assez tôt et une petite partie des femmes et des enfants ont pu se mettre à l’abri. Quand ils sont sortis de leur cachette, ils ont retrouvé un tas de cendres et de cadavres à la place de notre village.
Les deux amis se regardèrent à nouveau hébétés, la bouche grande ouverte et Elias termina :
– Ensuite, tout le monde a voulu retourner dans la capitale Orghovienne sauf nous cinq. Nous nous sommes fait le serment de faire tomber l’empire, même si pour cela nous devions donner notre vie.
– Je ne comprends pas, dit Byggvir après quelques secondes. Il y a vingt ans, vous n’étiez pas un enfant. Alors comment avez-vous pu survivre à cette tragédie ?
– Mes frères et moi étions dans l’armée d’Orghovie. Nous avions été appelés à la capitale pour former les garnisons et quand nous avons marché sur le village, le massacre avait déjà eu lieu. Nous avons immédiatement déserté et l’on s’est séparé sur le territoire Orghovien. Aujourd’hui aux yeux de nos compatriotes, nous sommes des traîtres.
– Je trouve ça injuste, indiqua Byggvir visiblement accablé.
– C’est le prix à payer pour avoir un jour, la chance d’être à nouveau libre.
CHAPITRE 5
BEVAURALM
Les trois compagnons bavardèrent pendant un long moment des souvenirs qu’ils avaient de Joshua Saeming et finalement Elias aiguilla la discussion sur la suite de leur voyage.
– Nous devons atteindre Forgom et trouver Ostanès l’ancien, annonça Orlan.
– Je vois très bien par où Joshua voulait vous faire traverser, mais vous n’êtes pas prêts !
– Nous avons réussi à vous rejoindre sans encombre, s’agaça Byggvir.
– Selon ce que vous m’avez expliqué, votre arrivée doit plus à de la chance qu’à votre habileté à passer inaperçus, soupira Elias. D’ailleurs, si je n’étais pas intervenu, vous auriez sans aucun doute été capturés par Rukkral !
– En parlant de cela, c’était quoi ces noms ? demanda Byggvir en se retournant vers son ami. Lannaure et Laudur ? Toi tu inverses ton prénom et pour moi, tu ne trouves pas mieux que celui de ton père ?
Elias se frappa le visage des deux mains, puis il lança :
– Vous voyez, c’est exactement ce que je voulais dire ! Vous ne pouvez pas continuer comme cela, sinon vous serez pris avant de quitter le village.
– Je comprends, répondit Orlan légèrement excédé. Mais contrairement à vous, nous n’avons pas reçu d’éducation militaire et nous n’avons passé que deux jours avec votre frère hors des murs de la capitale avant qu’il ne se fasse abattre. Nous n’avons pas vraiment eu le temps de peaufiner les techniques de survie !
– Vous avez raison, admit-il en levant les mains face à lui pour le calmer. Parfois, j’oublie que la plupart des gens ne sont pas formés à ce genre d’évènements.
Il se redressa et commença à faire les cent pas dans le salon en se rongeant les ongles. Les deux amis le laissèrent réfléchir un moment, puis il se tourna vers eux et dit :
– Bien. Je vous conduirai jusqu’aux ruines et ensuite vous devrez vous débrouiller tout seuls. Je dois malheureusement m’en aller très rapidement, avant que Rukkral ne me retrouve.
– Quelles ruines ? demanda Byggvir.
– Celles qui se trouvent un peu plus loin en direction de Forgom, indiqua Elias en pointant l’endroit de l’index à travers la pièce.
– Elles sont grandes ? questionna Orlan en sortant la carte. Car elles ne sont pas présentes là-dessus.
– Si, c’est juste ici, montra Elias en apposant son doigt sur le point que les deux amis avaient pris pour Bevauralm. Je reconnaitrais cette carte entre mille. C’était celle de Joshua et je sais qu’elle est très vieille. Il l’a découverte dans une malle il y a fort longtemps et il était persuadé qu’elle avait appartenu à un ancien peuple. Si vous regardez bien, il y a quatre points qui ne sont pas de la même couleur que les autres. Un, ce sont les ruines, le deuxième se situe dans le désert près de Qasém, le troisième se trouve dans les montagnes orghoviennes et le dernier sur l’île des Talliens.
– Et ça représente quoi ? demanda Byggvir fasciné.
– Joshua pensait qu’il y avait quelque chose de caché à ces endroits, mais pour moi ce n’est rien du tout. J’ai passé pas mal de temps dans le désert avec lui et nous n’avons jamais rien trouvé.
– Il n’y a rien dans les ruines ? insista Byggvir.
– Non, elles ont beau être incroyablement grandes, elles sont totalement vides. Vous vous en rendrez compte par vous-même d’ici deux ou trois jours, indiqua Elias en ouvrant une armoire au fond de la pièce.
Il chercha un moment puis il en extirpa des capes vertes qu’il leur lança à travers le salon.
– Quand vous sortirez, vous les mettrez. Elles ont l’avantage d’être de la même couleur que la végétation. Avec cela, vous serez beaucoup moins visibles.
– Merci, dit Orlan en la passant sur ses épaules un instant.
– J’ai été dur avec vous tout à l’heure et je m’en excuse. Vous savez, lorsque j’ai reçu le message de Joshua, j’ai ressenti de l’excitation à travers ses écrits. Il croyait énormément en vous et il voulait absolument que vous atteigniez l’Orghovie. Quand vous m’avez fait part de votre récit, j’ai pensé que vous aviez pris cette tâche à la légère, mais je me suis trompé.
– Pas de problème.
– Reposez-vous un peu. Nous partirons cette nuit pour ne pas perdre de temps.
Il leur indiqua l’emplacement de deux lits et il s’éclipsa rapidement après les avoir prévenus qu’il allait préparer des affaires. Ils s’allongèrent et discutèrent un moment d’Elias, avant que Byggvir ne finisse par sombrer dans le sommeil. De son côté, Orlan resta réveillé, incapable de s’endormir. Tout ce qu’il avait vécu sur le pont lui était revenu en pleine figure et même s’il avait été soulagé d’avoir été pris au sérieux par son ami, il ne se sentait pas vraiment mieux. Il ne comprenait pas comment une chose pareille avait pu se produire et comme il n’avait jamais réussi à le refaire, il doutait lui-même de son récit. Après une heure à cogiter dans son lit, il décida d’employer son temps libre pour faire quelque chose d’utile au lieu de ressasser. Il se leva, chercha leur bourse dans l’un des deux sacs, il passa la cape et sortit de la maison.
Orlan jeta un œil au ciel et en déduisit que l’après-midi était plutôt bien avancée. Il profita quelques instants du soleil qui n’était pas caché par les arbres, puis il se rappela la mise en garde d’Elias. Il se dépêcha de s’abriter sous sa capuche, avant de rejoindre l’échoppe la plus proche.
Il prit son temps, pour faire le tour des marchandises et pour acheter un beau morceau de viande avant de se diriger vers le maraîcher. Il fit son choix et en profita pour sélectionner un ou deux fruits qu’il s’empressa d’avaler en retournant à la maison d’Elias.
Il chercha la cuisine parmi les nombreuses pièces que comptait la bâtisse et il se mit à ouvrir les armoires où il découvrit un ensemble impressionnant d’ustensiles et autres objets en tout genre. Orlan se servit et commença le repas après avoir récupéré le miel et les Iapals. Il passa près de deux heures derrière le fourneau à surveiller minutieusement toutes les étapes de la cuisson. Une formidable odeur se propagea dans la maison et alors qu’il s’apprêtait à aller réveiller son ami, Orlan entendit des pas se rapprocher et il le vit apparaître par l’ouverture de la porte :
– C’est quoi cette délicieuse odeur ? demanda-t-il en reniflant l’air de la pièce.
– Le jour de ton anniversaire, j’ai trouvé du miel que j’ai mis de côté pour te concocter ton menu favori, indiqua Orlan en touillant une dernière fois. D’ailleurs, c’est prêt.
Il prépara deux assiettes et ils s’installèrent à table. Ils échangèrent un regard, avant d’attaquer leur repas.
– C’est super bon ! dit Byggvir la bouche encore à moitié pleine.
Les deux amis sursautèrent lorsque la porte d’entrée s’ouvrit et ils virent rapidement apparaître Elias, lui aussi visiblement happé par l’odeur alléchante. Il prit de quoi se sustenter dans la marmite et s’installa à la table en leur compagnie.
– Je ne sais pas qui a préparé ce bon repas, mais merci. Depuis que je suis là, je n’ai pas vraiment le temps de m’occuper de la nourriture et je mange quand et comme je peux.
– Vous n’habitez pas toujours ici ? demanda Byggvir qui ne mâchait même pas ses morceaux de viande.
– Non, je vis habituellement à Qasém, répondit-il.
– Chez les bandits ?
– Oui, affirma-t-il avec un air très sérieux. Ce n’est pas le plus bel endroit du monde, mais c’est là que j’ai rencontré ma femme et où nous avons fondé notre famille.
– Donc cette maison n’est pas la vôtre ? demanda Orlan.
– Cette bâtisse a été abandonnée comme les autres lors de la construction de la nouvelle route et avec mes frères, nous l’avons entretenue toutes ces années pour un cas comme celui que nous sommes en train de vivre. Auparavant, elle devait appartenir à une famille plutôt fortunée, indiqua-t-il en pointant les buffets. C’est la seule maison où les habitants sont partis en laissant tout sur place. C’est d’ailleurs pour cela que nous nous sommes installés là !
Les trois hommes passèrent un long moment à table à manger et à discuter avant qu’Orlan ne sente la fatigue le gagner. Il prit congé et se dirigea vers la chambre pour se coucher.
De son côté, Byggvir aida Elias à débarrasser et à nettoyer. Après quelques minutes de silence, il lui demanda :
– Ce n’est pas trop difficile d’être éloigné des personnes que vous aimez ?
– Ma femme et mes filles me manquent continuellement, mais j’ai surtout peur qu’il leur arrive quelque chose. À Qasém, nous sommes à l’abri du reste du royaume, mais il y a quelques individus peu recommandables dans la cité qui veulent ma peau. J’ai malheureusement froissé des personnes importantes par le passé et aujourd’hui encore j’en paye le prix.
Le silence retomba quelques instants sur la cuisine, puis Byggvir dit :
– Je me suis permis de vous demander cela, car je m’interroge sur mon avenir. Vous comprenez, depuis notre départ nous avons déjà dû échapper plusieurs fois à la mort et ce n’est pas comme cela que j’avais envisagé ma vie. Je me voyais à la forge royale, en train de fabriquer des armes ou des armures et pourquoi pas avec une femme !
– C’est sûr que pour la forge royale, c’est râpé, confirma-t-il. Par contre pour le reste, rien n’est perdu. Tu dois croire en toi.
– Je sais très bien que je ne suis pas fait pour cette vie. J’ai toujours aspiré à une existence tranquille où je ne m’occuperais que de moi, de ma famille et de mes amis.
Byggvir rangea la dernière assiette dans l’armoire pendant qu’Elias reprenait la parole :
– Tu n’en as pas conscience, mais c’est ce que tu es en train de faire. Je suis sûr qu’au fond de toi tu le sais, ton avenir n’était pas à Catagalm. Ce sera peut-être long, mais tu dois trouver ton chemin tout seul.
– Non, répondit immédiatement Byggvir. Orlan et moi sommes inséparables. Je ne le laisserai pas tomber et je suis certain qu’il en fera autant pour moi.
– Ce n’est pas ce que je veux dire. J’ai juste la sensation que ton ami sait où il va, alors que pour toi cela semble beaucoup plus flou. Pour le moment, ce n’est pas très important, car il t’emmène avec lui vers votre destinée, mais un jour, ce ne sera peut-être plus le cas et ce sera à toi de prendre tes responsabilités.
Byggvir s’apprêta à répondre, mais quelque chose au fond de lui l’en dissuada. Il se sentait complètement perdu depuis leur départ et encore plus depuis la mort de leur professeur. La seule chose qui lui permettait de tenir était l’amitié qui le liait à Orlan. Dans la forêt, ce dernier avait pour la première fois laissé Byggvir gérer une situation et cela lui avait fait énormément de bien au moral.
– Vous devez avoir raison, indiqua-t-il après plusieurs minutes, alors qu’ils étaient retournés dans le salon pour s’écrouler sur les divans.
Elias ne répondit pas. Il se contenta de regarder Byggvir et de lui sourire.
CHAPITRE 6
INAPERÇUS
La journée se termina lentement, pendant que les deux amis se reposaient en vue de leur voyage. Byggvir avait fini par se rendormir sur le sofa tout en digérant son repas.
