Orlan & Bygvvir - François Curchod - E-Book

Orlan & Bygvvir E-Book

François Curchod

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Beschreibung

Les menaces pèsent sur les chevaliers Orlan et Byggvir.

Orlan accompagné par son ami Byggvir va bientôt quitter le petit village de Morneséjour où ils ne se sont jamais sentis à leur place, pour rejoindre la capitale Catagalm. Son objectif, remporter le tournoi des aspirants chevaliers et entrer au service de l’empereur pour partir combattre les Orghoviens. Pourrait-il réaliser son rêve ou sera-t-il rattrapé par les étranges évènements qui se déclenchent autour de lui, de son ami et de Baldur, le terrible ministre de la guerre qui semble avoir une dent contre eux ?

Découvrez sans plus attendre les aventures des deux amis Orlan et Byggvir dans un roman de chevalerie rempli d'aventures.

EXTRAIT

Les deux jours qui suivirent se passèrent normalement. Orlan et Byggvir se rendirent aux cours puis s’entrainèrent avant d’aller aider Mme Mava et de rentrer à la maison. L’avant-dernier jour de cours, ils se rendirent une dernière fois à l’auberge pour prendre congé de la patronne et à leur grand étonnement, elle leur tomba dans les bras en pleurant. Il se passa un moment avant qu’elle ne réussisse à se reprendre et à aligner deux mots. Elle leur demanda de passer le matin de leur départ, car elle souhaitait leur préparer le pique-nique qu’ils allaient emporter jusqu’à la capitale. Ils acceptèrent volontiers en se rendant compte qu’ils n’avaient pas vraiment prévu de nourriture pour le voyage qui allait leur prendre tout de même une journée entière. Ensuite, ils avaient décidé d’aller rendre une dernière visite à Hilde. Elle était la doyenne du village et était avec M. Saeming la seule personne qui se montrait amicale avec eux. En réalité, elle n’habitait pas à proprement parler dans le village. Sa maison se trouvait de l’autre côté de la rivière Pariass. Comme elle habitait juste après l’endroit où la rivière était séparée en deux, il fallait traverser deux très vieux ponts en bois qui avaient dû vivre toutes les guerres du monde. Il n’y avait guère qu’Orlan et Byggvir qui lui rendaient visite. Les autres habitants ne l’approchaient pas pour d’obscures raisons. Même lorsqu’elle venait au village pour ses courses, les gens l’évitaient le plus possible et ils la suivaient du regard. Il est vrai qu’au premier coup d’œil elle semblait un peu folle, elle était toujours habillée d’une vieille toge pas très propre et de colliers faits de petits os d’animaux.

À PROPOS DE L'AUTEUR

François Curchod, écrivain suisse né en 1987, se découvre vers l’âge de 12 ans une passion pour les livres fantastiques tels qu’Harry Potter, le monde de Narnia ou le seigneur des anneaux. Ce n’est que vers l’âge de 20 ans qu’il commence à inventer des histoires dans sa tête. Puis à 28 ans, il décide de les écrire pour les partager.

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Seitenzahl: 360

Veröffentlichungsjahr: 2018

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François Curchod

Orlan & Byggvir

Une vérité inattendue

 

Je dédie ce livre à ma fille Hailey sans qui je ne serais surement jamais allé au bout et à mon amie Wanda partie trop tôt. J’aimerais tant que tu sois encore là pour partager ce moment avec toi qui aimais tant lire et écrire.

CHAPITRE 1

MORNESEJOUR

– Debout ! Tu vas à nouveau être en retard, cria Mirlus en tirant la couverture en bas du lit de son fils qui dormait jusque-là profondément.

Elle quitta rapidement la pièce après avoir encore rabroué Orlan et il resta ainsi seul dans ses pensées.

C’était tous les matins le même manège, elle prenait un malin plaisir à le réveiller au dernier moment, ce qui le mettait en retard avant même d’être levé.

Au bout de quelques dizaines de secondes, il sortit de son lit et il se traina en bâillant jusqu’à la fenêtre qu’il ouvrit, pour laisser entrer la chaleur extérieure et la lumière. Orlan se cacha les yeux le temps de s’y habituer et il profita des quelques instants de tranquillité qu’il avait pour respirer à plein poumon la bonne odeur de sapin qui se trouvait derrière la maison. Lorsqu’il se retourna pour chercher ses habits des yeux, il entendit sa mère lui crier de se dépêcher. Orlan passa rapidement ses vieux vêtements tachés et sa légère armure de cuir que lui avait fabriquée son ami pour son anniversaire.

Orlan était un jeune homme tout ce qu’il y a de plus normal. Il avait seize ans, des yeux brun foncé et des cheveux d’un noir de jais qui lui allait jusqu’aux épaules. Il était de taille moyenne et plutôt costaud. Sa musculature, développée était due aux nombreuses et intenses sessions d’entrainements qu’il pratiquait quotidiennement avec son seul véritable ami, Byggvir. Orlan rêvait de devenir chevalier et pour cela il voulait mettre toutes les chances de son côté. Byggvir avait le même âge et depuis aussi loin qu’ils se souvenaient, ils avaient toujours trainé ensemble. Une profonde amitié les liait, en partie parce qu’ils se ressemblaient.

Ils avaient toujours eu des relations très compliquées avec leurs parents sans pour autant en trouver la raison. Orlan s’était souvent demandé pourquoi ses parents lui en voulaient autant. Sa mère passait son temps à le rabrouer et à lui crier dessus. Son père de son côté n’avait jamais voulu prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre. Si Orlan avait très bien cerné la personnalité antipathique de sa mère, celle de son père restait un mystère. Il se rappelait avoir passé quelques bons moments en sa compagnie, mais le plus souvent il restait muet et semblait être ailleurs. Les fins de mois étaient plutôt difficiles pour Orlan et ses parents. Il faut dire que le travail de paysan que son père exerçait ne rapportait pas de quoi vivre décemment. Alors qu’Orlan avait huit ans, il avait essayé de proposer à son père de diversifier les activités de la ferme pour mieux vivre en achetant quelques vaches laitières. Son père qui était fier de son travail malgré leur précarité lui avait mis une claque en lui disant : « Mes grands-parents cultivaient déjà cette terre avant ta naissance, et que tu le veuilles ou non tu la laboureras aussi. Des vaches laitières, tu plaisantes j’espère ? Nous ne sommes pas de simples éleveurs de bêtes. »

Une violente dispute concernant l’avenir professionnel d’Orlan avait éclaté et elle s’était terminée par une lourde punition. Pendant deux mois, il avait dû aider son père à la ferme dès la fin des cours et jusqu’à la tombée de la nuit, ce qui lui avait fait rater tous les entrainements prévus avec Byggvir. Il faut dire que la ferme était la seule possession de la famille, si Orlan ne reprenait pas le flambeau qui le ferait ? Malgré tout, au fil des années, son père s’était gentiment fait à l’idée que son fils ne lui succéderait pas. Orlan ne pouvait pas dire qu’il se sentait soutenu dans son choix de carrière, mais au moins son père ne l’obligerait pas à rester travailler à la ferme à la fin de sa scolarité.

Orlan prépara rapidement ses affaires et il descendit le vieil escalier qui menaçait de s’écrouler. Il avait l’intention d’aller chercher dans la cuisine de quoi se caler l’estomac. Il prit deux pommes et se dirigea vers la porte, quand il remarqua que Mirlus était en train de coudre bien installée dans son vieux fauteuil de bois brun. On l’y distinguait à peine tellement elle était petite. Son nom, donnait souvent lieu à quelques plaisanteries de la part des autres villageois qui la surnommaient Minus dans son dos. Ils n’auraient jamais osé le lui dire en face, car la plupart des gens en avaient peur. Elle était unanimement réputée pour sa froideur et son extrême méchanceté. C’était le genre de personne qui n’hésitait pas à hurler et même parfois à en venir aux mains si la situation ne lui convenait pas. Mirlus avait des cheveux qui lui descendaient jusqu’au bas du dos et son visage donnait l’impression qu’elle n’avait pas trente-huit ans, mais cinquante-cinq. Elle passait ses journées dans la petite maison familiale à faire de la broderie ou à raccommoder les vieux habits de la famille. Sa vue commençait vraiment à décliner et elle avait de plus en plus de peine à se concentrer pour réussir son travail. Elle passait aussi beaucoup de temps au bord de la rivière avec les autres femmes du village pour laver le linge. La lessive lui servait d’excuse pour se plaindre de son mari et de son fils.

– Ah, tu es enfin levé ! entendit Orlan dans son dos alors qu’il s’était avancé vers la porte pour s’en aller.

– Mère, vous venez constamment me réveiller au dernier moment, dit-il en se retournant pour la regarder.

– Je t’interdis de me parler ainsi. Tu me dois le respect, je suis ta mère, cria-t-elle de sa voix aigüe et perçante qui fit vriller les tympans d’Orlan. Il lui répondit sur un ton se voulant apaisant :

– Je ne veux pas vous manquer de respect, mais…

– Alors, tais-toi et va suivre ton instruction. Sinon je demanderai à ton père de s’occuper de toi en rentrant, dit Mirlus qui lui fit comprendre d’un geste de la main la sentence qui pourrait s’abattre sur lui en cas de refus.

– Bien mère, lui répondit-il à contrecœur en croquant dans l’une des deux pommes.

Il n’avait pas peur de son père, car il levait parfois la voix, mais il n’était pas violent. Orlan avait l’habitude de faire le dos rond, il essayait toujours de ne pas envenimer les choses afin de ne pas être privé de sortie. Il devait absolument pouvoir s’entrainer pour le tournoi de samedi.

Il sortit de la maison sous un soleil de plomb. Il était encore tôt, mais il faisait déjà chaud. L’été arrivait à grands pas avec sa vague de chaleur. Il n’avait pas plu une goutte depuis dix-sept jours ce qui avait considérablement asséché le lit des deux rivières. Les champs et le sentier du village qui était habituellement boueux, soulevaient maintenant un tas de poussière à chaque pas. Orlan commença à marcher, lorsqu’il entendit une fenêtre s’ouvrir à côté de lui. Il savait pertinemment que c’était Mirlus qui avait encore quelque chose à lui reprocher. Orlan fit mine de ne pas l’avoir remarquée en espérant ainsi éviter un nouveau conflit.

– Et tu rentres immédiatement après les cours. Je ne veux pas te voir trainer avec Brigir, cria-t-elle en refermant la fenêtre avec fracas.

Orlan ricana en se disant que sa mère ne connaissait même pas le nom de son ami. Il se mit en marche en direction de la maison de Byggvir. Orlan habitait la dernière maison du village en direction de Taravil, la cité la plus à l’ouest du monde connu. Pour se rendre à l’école, il devait traverser l’intégralité du village, car le bâtiment se trouvait à l’autre extrémité. Morneséjour était une bourgade de paysans et de petits commerçants comptant seulement quelques dizaines d’habitants. Tout le monde se connaissait et comme Orlan n’était pas très apprécié, il passait beaucoup de temps avec Byggvir près du vieil arbre.

Morneséjour avait été construit le long de la route reliant Taravil à la capitale. Elle suivait une rivière qui se séparait en deux bras près du village. L’un des bras partait à l’est vers les montagnes et l’autre rejoignait la capitale au sud. Selon la légende, le village avait été construit par des pêcheurs. Ils avaient quitté la grande ville à cause d’une pénurie de poissons dans la mer Taritte. Ils en avaient découvert beaucoup dans le bras de la rivière et s’étaient donc établis ici. Ils avaient utilisé les ressources de la rivière pendant longtemps. Elles étaient transportées à la capitale, jusqu’au jour où il y eut à nouveau des poissons en suffisance dans la mer. Les pêcheurs de Morneséjour comprirent qu’ils allaient devoir retourner travailler à la capitale. La proximité des poissons de la mer rendait ceux du village beaucoup trop chers. L’endroit se retrouva abandonné jusqu’au jour où l’expansion de la capitale obligea les habitants à trouver de nouvelles terres à cultiver. La légende raconte que le premier fermier qui s’installa dans le village prononça la phrase suivante : « Les terres ont l’air bonnes, mais le séjour sera morne. Depuis ce jour, le village porte le nom de Morneséjour. »

Orlan arriva devant la maison de son ami qui l’attendait, assit au soleil les jambes croisées et les yeux clos, habillé de ses habituels vêtements noirs. Il avait acheté tous ses habits de cette couleur, car selon lui c’était la seule couleur qui lui allait à peu près. Comme les gens le voyaient toujours vêtu de la même manière, ils pensaient qu’il n’en changeait jamais, mais ce n’était pas le cas. Physiquement, il ne ressemblait pas du tout à son ami. Il était blond, les cheveux courts et il était plus petit d’au moins une tête. Son visage juvénile et ses taches de rousseur lui donnaient treize ou quatorze ans maximum.

Quand il entendit Orlan arriver il tourna la tête dans sa direction, il ouvrit un œil pour s’assurer que c’était bien lui et il dit :

– Salut, dis donc elle est en forme ta mère aujourd’hui. Je l’ai entendu crier jusqu’ici.

– Oui en effet, je me suis de nouveau fait disputer, car il semblerait que ce soit ma faute si elle ne me réveille pas à l’heure.

Orlan attrapa la main que lui tendait son ami et l’aida à se relever.

– Moi, je fais trop de bruit avec ma tartine ce qui dérange mon père dans ses « réflexions du petit déjeuner », dit Byggvir en faisant des guillemets avec ses doigts. Il avait trop bu hier soir, comme d’habitude.

Le père de Byggvir qui se prénommait Delf n’avait pas toujours habité ici contrairement à la plupart des habitants. Autrefois, il avait été chevalier au service de l’empereur. Il avait participé aux prémices de la guerre qui avait éclaté contre les Orghoviens. Un jour, alors qu’il dirigeait ses troupes sur le champ de bataille, il avait reçu une flèche dans le bas-ventre qui l’avait fait tomber de son cheval. Alors qu’il se relevait, un ennemi lui avait envoyé un coup de masse qu’il avait vainement tenté d’éviter. Celle-ci était entrée en contact avec son genou qui avait été détruit sous le choc. Il s’en était sorti grâce au courage de ses hommes, mais la réparation totale de son genou n’était pas possible et les médecins lui avaient annoncé qu’il ne pourrait plus jamais se battre. Depuis ce jour, il lui était impossible de se déplacer sans ses béquilles. Personne ne savait vraiment comment Delf et sa femme Drusyde étaient arrivés à Morneséjour. En ce temps-là, Delf essayait encore de voir le bon côté des choses. Mais tout avait changé lorsque sa femme était morte en donnant naissance à leur fils. Il avait commencé à boire et ne se déplaçait plus qu’à l’auberge où il passait ses journées à dépenser la pension qu’il recevait tous les mois de l’empire en compensation de sa blessure. Byggvir devait donc très souvent se débrouiller tout seul pour se nourrir ou laver ses vêtements. Heureusement, il pouvait compter sur son ami qui l’aidait dès qu’il en avait l’occasion.

Orlan sourit à Byggvir et lui dit :

– Quelle chance, nous avons chacun nos rengaines du matin.

Comme ils avaient déjà fait le tour du sujet à de maintes reprises, Byggvir lui demanda :

– Tu te sens prêt pour samedi ?

– J’attends cela depuis mon enfance. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu devenir chevalier.

– Donc tu es prêt, répéta Byggvir pour essayer d’avoir une réponse claire.

– Oui, je suis prêt. Tu vois même si je n’ai pas eu la chance de suivre les entrainements d’un maître d’armes comme d’autres, j’ai la chance d’avoir un bon partenaire et un ami. Ça, c’est beaucoup plus précieux si tu veux mon avis, répondit Orlan en lançant un clin d’œil à Byggvir.

– Je fais ça pour t’aider et exclusivement pour ça. Tu sais que je n’aime pas vraiment me battre.

– Je sais. Toi tu iras travailler à la forge royale de Catagalm dès la rentrée, dit Orlan.

– Eh oui, quand on a du talent, on n’a pas besoin de passer d’épreuve, lui répondit-il.

– Arrête, tu es le seul qui veuille bien aller taper sur des barres de fer toute la journée sans y être contraint par la force, ironisa Orlan avec un sourire.

– Comment vas-tu aller te battre si personne ne te fabrique une épée et une armure, lui rétorqua Byggvir.

– Tu as raison, répondit Orlan après réflexion. Toi tu la forges et moi je pars repousser les Orghoviens avec.

– Tu es en train de me dire que tu vas me laisser seul, lui demanda-t-il en le regardant stupéfait.

– Eh bien, je vais devenir chevalier, alors oui je vais devoir aller combattre.

– Tu ne peux pas demander à être en poste à la capitale ?

– Les nouveaux partent combattre les Orghoviens au pied de la montagne du pouvoir et c’est pour cela que je veux m’enrôler, pour défendre l’empire.

– Combien de temps durent les affectations ? demanda Byggvir en se pinçant la lèvre.

– Au minimum cinq ans, répondit Orlan qui se demandait si son ami n’était pas en train de paniquer à l’idée de se retrouver seul dans une ville qu’il ne connaissait pas.

Byggvir ne mit pas longtemps à prendre sa décision. Il l’annonça aussitôt à son ami :

– Bon, très bien alors je viens avec toi sur le front.

– Tu es sûr ? Les postes avancés sont des endroits dangereux, demanda Orlan qui s’arrêta de marcher, surpris par son ami.

Byggvir n’avait jamais aimé se battre alors, aller passer cinq ans dans un camp militaire, cela ne lui ressemblait pas.

– Écoute, tu sais qu’à part toi, je n’ai personne. Je n’ai pas envie de me retrouver seul à la capitale.

– Je te comprends, lui dit Orlan en le prenant par l’épaule. Il le regarda dans les yeux et continua. Mais ton rêve est d’aller étudier à la forge royale et à la capitale, tu n’auras pas ton père sur le dos.

– Non, mais je me retrouverais tout de même seul dans une très grande ville et puis tu ne me feras pas changer d’avis. J’ai décidé que je viendrai avec toi, un point c’est tout. Il faudra juste que tu veilles sur moi, dit Byggvir en souriant.

Orlan lâcha le bras de son ami et lui répondit :

– Évidemment, tu sais que je serai toujours là pour toi. On ne s’est jamais séparé, ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer.

– Parfait. Bon, dépêchons-nous d’aller en cours. Nous allons à nouveau être en retard.

Orlan remarqua qu’ils s’étaient arrêtés devant l’église du village qui se trouvait presque au centre de Morneséjour. C’était une vieille église qui était à l’origine blanche, mais qui, avec le nombre des années, avait plutôt tourné au gris. Elle était pleine de mousse et en quelques endroits les murs étaient même pourris et noircis. Les habitants du village s’y rendaient une fois par semaine pour prier la bonne fortune ou la chance, mais Orlan et Byggvir ne s’y arrêtaient jamais, ils ne croyaient pas que prier pouvait améliorer les récoltes ou remplir le portefeuille. À la place, ils avaient décidé de prendre leur vie en mains et ils tentaient de réaliser leurs rêves eux-mêmes.

Ils accélérèrent donc le pas, car ils étaient déjà en retard et il leur restait encore la moitié du village à traverser. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent devant la maison qui servait d’école. Elle avait été construite il y a longtemps par l’un des ancêtres de l’empereur. C’était un bâtiment de deux étages construit en pierre. Elle aussi avait été peinte en blanc, mais à la différence de l’église, elle était bien entretenue. Il était facile de reconnaitre les bâtiments dont l’empire avait la charge, car ils étaient les seuls à avoir été construits en matériaux solides et étaient toujours maintenus en bon état. Les autres bâtiments du village avaient été construits avec les moyens du bord. En bois, en paille ou en chaux, ils n’étaient pas très solides et ils étaient délabrés, la priorité de ces habitants était de pouvoir manger tous les jours. Ils n’avaient pas le temps de prendre soin des bâtiments du village ni de leurs maisons. Ils entrèrent dans la cour, qui n’était en réalité qu’un simple jardin, passèrent la porte et montèrent l’escalier afin de rejoindre leur classe qui se trouvait au premier étage de la maison.

CHAPITRE 2

LA MORT FOLLE

Tous les élèves étaient déjà assis à leur place quand Orlan et Byggvir arrivèrent en classe. Ils écoutaient attentivement un homme qu’ils n’avaient jamais rencontré. L’homme leur ordonna froidement de s’installer à leur place avant de reprendre son explication là où il s’était arrêté.

– Comme je le disais, reprit-il en regardant Orlan et Byggvir d’un regard noir rejoindre leurs chaises au milieu de la salle. Mon nom est Baldur, je suis le ministre impérial de la guerre et c’est moi qui vais juger le tournoi des aspirants chevaliers cette année.

En disant cela, il écarta les bras comme s’il venait de leur annoncer une nouvelle qui méritait d’être fêtée. Orlan avait entendu dire que le ministre était quelqu’un d’arrogant, mais il ne pensait pas à ce point-là. Il regarda les autres élèves qui discutaient entre eux, troublés par l’annonce du ministre. L’empereur considérait les coutumes comme indispensables au bon fonctionnement de l’empire. Mais selon la rumeur, depuis qu’il était au pouvoir il ne respectait plus que celles qui l’arrangeaient et Orlan se demanda pourquoi cette année il avait décidé de les contourner. Habituellement, le tournoi était jugé et arbitré par Netus le responsable de la formation des chevaliers, mais aussi le directeur de l’académie. Il avait la cinquantaine et n’était pas apprécié par les élèves qui le trouvaient inflexible et désagréable. Mais le ministre, lui ne regardait que les résultats et pour cela, Netus était le meilleur. Tous les élèves qui entraient dans l’académie devenaient des soldats ou des chevaliers émérites. Baldur referma les bras et se lança sur le bureau du maitre qui craqua sous son poids.

– Comme vous le savez, le tournoi se déroulera ce samedi à l’académie des soldats et des chevaliers. Il regarda les élèves qui étaient pendus à ses lèvres. Vous vous demandez pourquoi je suis là n’est-ce pas ?

N’attendant pas vraiment de réponse il continua :

– Eh bien c’est simple, je fais le tour des écoles afin de vous annoncer que malheureusement pour vous, cette année il n’y aura pas de la place pour tout le monde. Il est vrai qu’habituellement ceux qui échouent au tournoi deviennent soldats, mais cette année la situation n’est plus la même.

Toujours assis sur le bureau, il dévisagea les élèves tour à tour et continua.

– La guerre contre les Orghoviens est en train de tourner à notre avantage. Nous progressons lentement et nos pertes sont de moins en moins importantes. Ce qui a comme conséquence pour vous de voir le nombre de places à l’académie se limiter.

Baldur se releva et se mit à faire des allers et retours dans la classe.

– Comme vous le savez surement, habituellement nous formons environ trente chevaliers et deux cent cinquante soldats. Mais cette année, il ne sera question que de deux chevaliers et une quarantaine de soldats. Les autres seront bons pour aller retourner la terre ou couper du bois dans leurs familles. À moins que vous ne préfériez aller battre le fer dans la chaleur étouffante d’une forge !

Les élèves commencèrent à parler entre eux et Orlan entendit son ami pouffer de rire discrètement à côté de lui, mais pas suffisamment pour que les discussions couvrent la réaction de Byggvir, car le ministre qui se trouvait maintenant au fond de la classe se retourna et vint à sa hauteur. Il le regarda avec des yeux noirs et lui dit d’un ton grave :

– Oui, jeune homme, une observation ?

– Non mon seigneur, répondit Byggvir qui se sentit bête de sa réaction et qui se demandait maintenant comment il allait se sortir de cette situation.

– Alors, taisez-vous. Vous avez déjà l’audace d’être en retard le jour de MA présentation et vous vous permettez encore de m’interrompre ? Vu le nombre de places dans l’armée et votre réaction à l’instant, il ne vous sert à rien de vous présenter samedi au tournoi. Je ne voudrais pas d’un tel soldat dans MON armée.

Orlan se demanda ce que penserait l’empereur s’il savait que Baldur s’appropriait ainsi l’armée de l’empire. Même s’il était le ministre de la guerre, officiellement l’armée était sous le contrôle de l’empereur. Mais il était de notoriété publique de Baldur ne se satisfaisait pas de son poste.

– De toute manière, je serai là uniquement pour soutenir mon ami, dit Byggvir en mettant la main sur l’épaule d’Orlan. Je travaillerai à la forge royale dès la fin de ma scolarité.

– Et cela te donne le droit de m’interrompre ? demanda Baldur qui avait changé de ton.

– Non, veuillez m’excuser.

– Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il encore sèchement.

– Byggvir mon seigneur.

– By… Byggvir, demanda-t-il en s’étouffant à moitié.

– Oui en effet.

Baldur regarda les deux amis et pointa Orlan en lui disant :

– Et toi tu t’appelles Orlan ?

– Heu… oui, répondit Orlan surpris que le ministre connaisse son nom. Comment le savez-vous ?

Baldur regarda successivement les deux amis à plusieurs reprises, il avait l’air particulièrement déconcerté. Orlan regarda Baldur et Byggvir et se demanda lequel des deux était le plus mal à l’aise. Pourtant le ministre Baldur avait de quoi faire peur. Les traits de son visage faisaient penser à une tête de mort. Pour ne rien arranger, il était chauve, les oreilles percées d’une multitude d’anneaux et il avait une balafre qui lui traversait le visage de l’œil droit à l’oreille gauche. Même ses yeux avaient quelque chose d’inquiétant. L’un était brun, l’autre était rouge et gorgé de sang, surement à cause du coup d’épée qu’il devait avoir reçu au visage. Il était grand et très imposant. Il portait une cape en peau d’ours par-dessus une armure bleu nuit faite d’écailles. Dès qu’il les avait vues, il avait su qu’elles provenaient d’un Léviathan. Il avait lu le récit d’un explorateur qui les avait défiés dans la mer noire. Ces créatures marines impressionnantes étaient incroyablement difficiles à tuer. Elles avaient les écailles dures comme de la pierre, des crocs acérés et elles étaient aussi grandes qu’une montagne. Il avait même entendu dire qu’elles pouvaient voler, mais cela il ne voulait pas y croire. Comment des créatures aussi impressionnantes pouvaient-elles aussi avoir le don de voler.

Orlan fut ramené à la réalité par le ministre qui répondit enfin :

– Je… l’ai lu quelque part…

Orlan ne crut pas un instant à la réponse de Baldur. Quand Byggvir s’était présenté, l’attitude du ministre avait complètement changé. Il avait semblé avoir peur. Oui, c’était bien de la peur qu’Orlan eût vu dans les yeux de Baldur, il en était sûr. Il ne comprenait pas en quoi le prénom de deux adolescents inconnus pouvait être à ce point traumatisant, mais il se promit d’en parler à Byggvir plus tard. Baldur reprit ses esprits et il continua son intervention :

– Bien, je crois que vous avez toutes les informations utiles pour le tournoi. Ah, un dernier point. Je serai sur la place du village cette après-midi des quatorze heures afin de remettre les médailles de l’honneur impériales aux soldats qui ont été blessés dans la bataille de Dal’Honor et vous y êtes tous conviés, dit-il en ouvrant à nouveau les bras, mais cette fois-ci en signe d’accueil

Il les referma et s’apprêta à quitter la classe précipitamment, lorsque leur professeur M. Saeming s’avança vers Baldur en lui disant :

– Mon seigneur, à cette heure-là ils seront en cours, car nous n’avons pas tout à fait terminé le programme scolaire il me reste à leur montrer les…

– Je m’en contre-fiche ! Vous les laissez sortir à midi, lui répondit Baldur qui avait à nouveau élevé la voix.

– Mais mon seigneur, j’ai un programme à terminer, et si je les laisse sortir avant…

– Tais-toi. Veux-tu que je te rappelle qui je suis ? demanda Baldur qui bomba fièrement le torse.

– Non…

– Alors, fais ce que je te demande.

– Oui mon seigneur veuillez m’excuser, répondit M. Saeming qui s’était tellement penché en avant qu’Orlan se demandât comment il allait se relever.

– Sinon je pense qu’il me sera facile de te trouver une place dans les geôles du palais, annonça Baldur qui sortit son couteau et qui l’utilisa pour se curer les ongles.

– Non cela ne sera pas nécessaire mon seigneur, confirma M. Saeming qui se mit à genoux aux pieds du ministre pour lui affirmer sa soumission.

Celui-ci en profita pour lui assener une claque du revers de la main qui le fit tomber sur le côté. Orlan remarqua du sang s’échapper des mains du professeur qui se tenait le visage. Le ministre continua comme si de rien n’était :

– Messieurs, je compte sur vous cette après-midi à quatorze heures au centre du village, dit-il en les pointant avec son couteau.

Baldur le rangea et se tourna pour s’en aller. En se dirigeant vers la porte, il prit le temps de faire un écart pour aller écraser les lunettes de M. Saeming qui avaient volé vers l’entrée de la pièce et il disparut dans l’escalier.

Orlan se leva, immédiatement imité par Byggvir et quelques autres élèves pour aller aider M. Saeming qui leur demanda de se rassoir. Il leur indiqua des exercices à exécuter et il sortit à son tour pour changer de lunettes. Il réapparut quelques minutes plus tard avec une paire neuve en indiquant aux élèves surpris, que ce n’était pas la première fois qu’il avait affaire à lui.

Encore sous le choc des évènements qui venaient de se passer, Byggvir se tourna vers son ami et lui dit :

– Quel affreux personnage, et dire qu’il sera le juge du tournoi !

– J’ai déjà entendu parler de lui. Sur le champ de bataille, il est apparemment sans pitié pour ses ennemis. Les gens racontent qu’il absorbe l’âme de certains combattants.

– Moi j’ai entendu dire qu’il pouvait lancer des boules de feu, continua Byggvir qui fut parcouru de frissons.

– Tu sais comme moi qu’il n’absorbe pas d’âme, ce ne sont que des ragots et il n’envoie pas non plus de boule de feu, dit Orlan en tenant son ami par l’épaule.

– Je sais, répondit Byggvir avec un petit sourire crispé.

Les paroles d’Orlan le rassurèrent un peu, mais il avait peur de Baldur. Byggvir savait bien cerner les gens, mais il n’y arrivait pas avec Baldur qui était narcissique, incontrôlable et changeait très facilement d’humeur. L’enseignant reprit tant bien que mal le cours normal de sa classe malgré sa chemise pleine de sang, mais Orlan n’était pas concentré sur ce qui se disait. Il repensa au ministre Baldur. Il devait faire peur à tout le royaume et il avait pourtant été troublé par Byggvir. Pourquoi avait-il autant désorienté le ministre ? Lorsque le cours se termina, il se posait encore la question.

Ils furent finalement autorisés à s’en aller à midi selon la demande du ministre, malgré les ronchonnements que leur professeur avait faits toute la matinée. Les deux amis sortirent de l’école et ils s’arrêtèrent dans la cour afin de décider où ils voulaient manger et comment ils allaient occuper leurs deux heures de libres.

– Bon, on va où ? demanda Byggvir.

– Si on allait faire quelques passes d’armes, répondit Orlan en mimant des coups d’épée sous l’air légèrement étonné de ses camarades de classe qui prenaient la direction de leurs maisons.

– Ok, si tu veux, dit Byggvir à contrecœur.

Même s’il n’appréciait pas trop les entrainements avec son ami, il savait pertinemment qu’Orlan avait besoin de s’exercer pour le tournoi. Il ne se sentait pas comme un homme d’action, mais plutôt comme un stratège. Les combats allaient trop vite, il n’avait pas le temps de réfléchir tout était instinctif. Il préférait prévoir les choses, mais en combats singuliers ce n’était pas possible.

– Mince, j’ai oublié mon sac en haut, dit Orlan en le cherchant du regard pour s’assurer qu’il ne l’avait finalement pas pris. Tu vas déjà au vieil arbre ?

– Si tu veux. Mais il faut que tu te concentres sur ce que tu fais. Depuis que nous avons croisé la mort folle, tu es distrait.

– La mort folle ? demanda Orlan interloqué.

– Oui Baldur, je trouve qu’il ressemble à une tête de mort et il est complètement dingue.

– Ah oui tu as raison, ce surnom lui va bien je trouve. Bon, je remonte en classe.

– Ok, je pars devant. Ne traine pas trop avec M. Saeming, dit Byggvir en lui faisant un clin d’œil.

Orlan regarda son ami partir en direction du vieil arbre et il retourna au premier étage pour prendre ses affaires. Il tenta d’ouvrir la porte de la classe, mais celle-ci était déjà fermée à clé. Il se demanda où pouvait bien se trouver M. Saeming, car au premier étage, il n’y avait guère que la salle de classe qui était utilisée. Les filles n’étaient pas autorisées à étudier alors ils n’avaient pas besoin de plus de place. Orlan redescendit au rez-de-chaussée pour frapper à la porte du logement de fonction du professeur. Au bout de plusieurs secondes, il entendit de l’autre côté, des bruits de pas se rapprocher. La porte s’ouvrit et M. Saeming apparut. Il avait changé de chemise et s’était débarbouillé du sang qu’il avait. En voyant Orlan, il prit quelque chose posé à ses côtés et le lui lança gentiment. Orlan attrapa son sac au vol et M. Saeming dit :

– J’imagine que tu venais rechercher ceci ?

– Oui M. en effet, merci.

M. Saeming avait toujours été distant avec Orlan et Byggvir lorsqu’ils étaient entourés d’autres élèves ou d’autres habitants du village. Mais lorsqu’ils se retrouvaient que les trois, M. Saeming n’avait pas le même comportement. Il devenait soudain cordial et aimable avec eux. Il passait passablement de temps à leur raconter des blagues, ce qui plaisait beaucoup aux deux adolescents. La conduite de M. Saeming les troublait depuis très longtemps et il avait tenté en vain de lui en parler à de très nombreuses reprises sans succès. Mais, lorsque le sujet était amené, il changeait rapidement et subtilement de discussion. À force, ils avaient compris qu’ils n’auraient surement jamais de réponse alors, ils avaient laissé tomber.

M. Saeming était petit, gros et roux. Les dents qui lui restaient étaient jaunes et il portait de larges et épaisses lunettes rondes reliées ensemble par-dessus le nez sans lesquelles il ne distinguait même pas les formes. Sa corpulence et son aspect repoussant le faisaient passer pour un faible et un idiot, mais c’était tout le contraire. Il était très malin et connaissait beaucoup de choses. La plupart des élèves qui étaient passés par sa classe avaient commencé par se moquer de lui avant de le respecter énormément à la fin de leur enseignement. M. Saeming regarda Orlan quelques instants et lui dit :

– J’ai remarqué que tu avais été troublé par la présence du ministre tout à l’heure.

– Ah ben c’est sûr, il vous a frappé !

– Ça, ce n’est rien. Je le connais depuis très longtemps et il a toujours été ainsi, ne te fais pas de souci pour moi.

– Je ne sais pas pourquoi, mais cet homme me fait peur. C’est la première fois de ma vie que je ressens ce genre d’émotion.

– Il fait cet effet-là à tout le monde, tu sais. Je pense que même l’empereur ne lui fait pas totalement confiance. Si tu veux mon avis, je ne serais pas étonné qu’il lui fasse peur à lui aussi.

– Alors pourquoi est-il son bras droit et le ministre de la Guerre ? demanda Orlan.

– Il est puissant et très dangereux. L’empereur doit se dire qu’il est préférable d’avoir un homme comme lui avec soi que contre soi.

– Je comprends. J’espère juste que je n’aurai pas trop affaire à lui.

– Je pense que si malheureusement, répondit M. Saeming.

– Comment ? Pourquoi vais-je particulièrement avoir affaire à lui ?

– Heu… eh bien… il sera le juge du tournoi de samedi et… tu risques de le recroiser quand tu seras chevalier, lui dit M. Saeming qui semblait avoir cherché la réponse.

– Vous allez bien, Monsieur ? demanda Orlan surpris de voir son professeur chercher ainsi ses mots.

– Oui, oui, ne t’en fais pas. Ce n’est que superficiel lui, dit-il en se touchant l’endroit sur son front où il avait saigné.

– Je ne parle pas de ceci, mais de votre regard à l’instant, répondit Orlan.

– Mon regard ? Mais qu’est-ce qu’il a de spécial ? demanda M. Saeming qui changea de comportement.

Orlan qui connaissait bien son professeur savait pertinemment qu’il n’aurait pas plus de réponses sur ce qui venait de se passer. Tout à coup, il pensa à Byggvir qui était parti devant depuis près de cinq minutes. Orlan sourit à son professeur et lui dit :

– Je vais vous laisser, je dois rentrer.

– Très bien, mais je vois bien que cela t’a affecté. Alors si tu as besoin de quelque chose, sache que tu peux compter sur moi.

– Merci Monsieur. Je vous souhaite une bonne après-midi, conclut Orlan en se dirigeant vers la porte.

Il sortit du bâtiment et se dirigea rapidement en direction du vieil arbre avec une sensation bizarre dans le ventre comme si une mauvaise chose était en train de se produire alors il accéléra encore le pas.

CHAPITRE 3

LES TRIPLES

Pendant ce temps, Byggvir s’était lentement rendu au vieil arbre qui n’était pas loin de l’école. Il fallait simplement remonter le village en direction du centre et tourner à gauche avant l’auberge. Ensuite, il suffisait de suivre un petit chemin qui ne pouvait mener qu’au vieil arbre. Les autres habitants du village ne s’y rendaient pas souvent, car l’endroit leur faisait peur. C’était en fait une minuscule clairière carrée d’une quinzaine de mètres de large et de long, entourés par la forêt. Lorsque l’on entrait dans la clairière, on pouvait distinguer un très vieux saule pleureur en piteux état dont les branches trainaient par terre en recouvrant une bonne partie de la clairière. L’été, le vieil arbre ressemblait plus ou moins à quelque chose avec ses feuilles vertes, mais lorsque l’automne approchait et que l’arbre perdait ses feuilles, l’endroit devenait terriblement lugubre. Le peu de lumière n’arrangeait rien au côté glauque du site. Il y avait aussi une légende selon laquelle cet endroit serait magique, mais personne n’avait pu le vérifier. Les seules personnes à s’y aventurer volontiers étaient Byggvir, Orlan et la vieille Hilde. Orlan et Byggvir y venaient tous les jours après les cours afin de s’entrainer avec des épées en bois qu’ils avaient eux-mêmes confectionnées en vue du tournoi.

Byggvir décida d’attendre son ami en faisant une petite sieste. Il était resté éveillé tard afin de terminer la surprise qu’il réservait à Orlan pour le tournoi. Il alla donc s’allonger vers le caillou auprès duquel il avait l’habitude de s’étendre. La pierre était fraiche et faisait du bien, car il était midi et la chaleur était étouffante.

Alors qu’il ferma les yeux, il entendit des bruits de pas à l’entrée de la clairière. Il rouvrit les yeux en disant :

– Tu es déjà là ? Tu as fait vite pour reprendre ton…

À cet instant précis, il se rendit compte que ce n’était pas son ami, mais les triplés Zadarine, trempés de sueur, qui se tenaient debout face à lui en lui bloquant la seule voie de fuite existante.

– Tiens, tiens. Un petit forgeron tout seul dans la forêt, dit Kvasir le frère dominant de la fratrie en faisant quelques pas en direction de Byggvir. Il était grand, blond et très musclé. Issu d’une grande famille de chevaliers, il avait un destin tout tracé. Pour cela, il était entrainé par le meilleur maitre d’armes de l’empire qui était son oncle, chez qui les trois frères habitaient. Leurs parents vivaient à la capitale où leur père servait l’empereur comme général. Ses frères, Kurthul et Kelnazz n’étaient pour lui que des exécutants. Il donnait les ordres et eux, ils agissaient. Ils rêvaient aussi de devenir chevaliers, mais depuis qu’ils avaient appris que l’académie ne recruterait que deux élèves chevaliers ils ne se faisaient plus tellement d’illusion. Ils allaient participer au tournoi, mais ils savaient très bien qu’ils se feraient battre par d’autres élèves et qu’ils deviendraient au mieux de simples soldats. Les triplés étaient les terreurs du village. Orlan et Byggvir avaient toujours fait en sorte de ne pas se trouver seuls en face d’eux afin d’éviter la confrontation. Mais aujourd’hui, Byggvir n’avait pas regardé derrière lui avant de quitter le chemin du village. Ils avaient pu le suivre discrètement jusqu’à la clairière et ils avaient attendu que Byggvir se couche afin de ne pas lui laisser le temps de s’enfuir par la forêt.

– Vous ne devriez pas être en train de vous préparer pour le tournoi de samedi, demanda Byggvir paniqué.

– Si si, d’ailleurs on est là pour s’entrainer. Je pense vraiment que de te cogner va me permettre de canaliser mon énergie pour mettre une bonne grosse raclée à ta petite copine pendant le tournoi.

Kvasir avait dit cela avec un immense sourire et en faisant un geste de haut en bas avec ses bras, les yeux fermés pour montrer l’apaisement que cela allait lui procurer.

– Je ne te permets pas de parler d’Orlan ainsi, répliqua Byggvir en menaçant les trois frères des poings.

Kurthul commença à contourner Byggvir par la gauche alors que son frère Kelnazz en fit de même sur la droite afin de limiter ses possibilités de fuites. Byggvir réfléchit à la situation. Il était seul contre trois et il ne s’était encore jamais battu en dehors des entrainements avec Orlan. Il savait qu’il n’avait aucune chance contre eux. La seule possibilité était de fuir, mais par où ? Sa seule solution était de détourner leur attention pendant quelques instants ce qui pourrait lui permettre d’escalader le vieil arbre et de fuir par la forêt. Il chercha désespérément un chemin à travers le feuillage, mais il dut se rendre à l’évidence que malgré la chaleur, la clairière restait très humide et que l’escalade de l’arbre était impossible. Il fut tiré de ses pensées par Kvasir qui lui demanda :

– Tu comptes aller où ? Le seul chemin par lequel tu pourrais t’enfuir comme un lâche se trouve derrière moi.

Il montra l’étroit chemin qui serpentait vers le village à Byggvir et il tourna la tête vers lui avec un sourire sournois qui en disait long sur ses intentions. Byggvir sentit son cœur prêt à exploser dans sa poitrine. Il commença à trembler de peur à l’idée de devoir se battre, mais il réussit à prendre le dessus. Sa morphologie ne pouvait pas faire peur aux trois frères, il était tout fin et pas très grand. Il possédait cependant une force physique intéressante. Mais son véritable problème était qu’il manquait de courage. Il avait toujours dit que dans une armée il ne servirait à rien à part à amener la soupe au général. D’ailleurs avant la discussion qu’il avait eue avec Orlan, il n’avait jamais imaginé partir si loin. Son rêve était d’aller à la forge royale, pas de fabriquer des épées à la chaine dans une petite forge de fortune près du mur et des ennemis. Quand il était petit, il voulait devenir écuyer, car son père possédait un cheval qu’il montait avec son ami pour aller se promener en forêt. Puis à neuf ans, alors qu’il accompagnait son père à la capitale, il avait été autorisé à se promener librement. Après quelques minutes, il était tombé nez à nez avec un bâtiment construit dans la montagne qui possédait une cheminée d’où s’échappait une épaisse fumée grise qui avait intrigué Byggvir. Il y était entré et avait regardé les hommes travailler et tailler les différents métaux pendant un moment avant que quelqu’un ne l’aperçoive. C’était Maître Herriel qui l’avait remarqué le premier et qui s’était approché de lui. À l’époque, il avait trente-six ans et il venait de devenir maitre de la forge au décès de son père. Ce poste se transmettait dans la famille depuis bon nombre de générations, mais Maître Herriel n’avait pas de fils et il n’était pas près d’en avoir. Il avait appris bien des années plus tôt qu’il ne pouvait pas concevoir, alors quand il avait vu la fascination qu’avait Byggvir dans les yeux, il s’était dit qu’il serait peut-être la personne parfaite pour lui succéder. Il avait donc entrepris de le former dès que Byggvir avait l’occasion de passer quelques heures en ville. Comme la capitale était assez éloignée de Morneséjour, Byggvir passait le plus clair de son temps à la forge du village. Le forgeron était M. Mibith, qui lui faisait bien comprendre qu’il ne l’accueillait pas avec plaisir dans son établissement. M. Mibith profitait pleinement des talents de Byggvir. Celui-ci lui faisait croire qu’il n’était pas encore au niveau de la forge royale et lui faisait recommencer les mêmes pièces à plusieurs reprises et les revendait chères, car elles étaient d’une qualité que lui n’arriverait jamais à fabriquer. Lors de sa dernière visite, Maître Herriel lui avait dit qu’il n’avait jamais vu un apprenti aussi brillant et qu’il voulait absolument qu’il vienne travailler au plus vite. Normalement, les élèves retournaient dans leurs familles après le tournoi des aspirants chevaliers pour l’été, avant d’entrer définitivement dans une vie active dont ils ne sortiraient plus jamais. Mais comme ils n’avaient pas beaucoup d’attaches au village, Byggvir et Orlan avaient rapidement décidé de rester dans la capitale pour l’été. Byggvir avait droit à un logement en tant qu’apprenti de la forge royale où les deux amis avaient décidé d’emménager.

– Je préférais ne pas avoir besoin de vous casser les dents, répliqua finalement Byggvir après plusieurs secondes en se mettant en position de combat.

Les trois frères se mirent à rire bruyamment en se tenant les côtes. Byggvir sentit que le moment était venu de tenter sa chance pour se sauver. Il courut le plus vite possible vers la gauche là où il y avait le moins de racines et il sauta par-dessus le dernier buisson qui le séparait du chemin et du village. À ce moment-là, il imagina qu’il allait pouvoir s’enfuir, mais Kurthul l’attrapa par le bras et il lui fit faire un demi-tour sans toucher terre pour le ramener vers le centre de la clairière ou Byggvir s’écrasa lourdement au sol à moins d’un mètre de son point de départ. Une douleur impressionnante lui fit penser que Kurthul lui avait arraché le bras, mais celui-ci le lui saisit à nouveau et le serra. Il se releva rapidement en se débattant tandis que Kelnazz lui prit l’autre bras afin qu’il ne puisse pas lâcher la prise.

– Ok, maintenant fini de rire, passons aux choses sérieuses. Mettez-le à terre les gars. Je vais lui éclater la tête, dit-il avec un grand sourire.

Il se trouvait maintenant juste devant Byggvir et fit craquer ses doigts en attendant que ses frères exécutent son ordre.