Parcours ombragés - Collectif d'Auteurs - E-Book

Parcours ombragés E-Book

Collectif d'Auteurs

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Beschreibung

Dans les histoires abordées dans ce recueil de nouvelles, on ne circule pas sur la route de l’humour bête et méchant ni dans les sentiers de la tragédie catastrophique. Oui, ici, il y a des drames, à l’échelle humaine. On les vit, on les raconte, et on apprend comment on peut en sortir grandis.
Chemin faisant, on prend conscience de la force de la vie. Les obstacles que nous surmontons peuvent nous redonner de la vigueur, de la résistance.
D’où le titre de ce recueil de nouvelles, Parcours ombragés, qui propose une série de textes avec des péripéties variées et hautes en couleur.
Huit auteures et auteurs amateurs se sont donné le mot pour écrire chacun et chacune un récit original. Le projet s’est déroulé dans le cadre d’un Atelier de rédaction offert à l’hiver 2020 par l’Association pour le développement des aînés à l’UQAR (ADAUQAR).
Nous vous invitons à lire les textes préparés par : Danielle Albert, Nicole Fournier, Rose-Marie Gallagher, Claudette Lévesque, Colombe Michaud, Louise Petitpas, Mario Bélanger et Alexandre Clément.
Bonne lecture!

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Seitenzahl: 142

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Table des matières

Préface

Danielle Albert,

Samy

Nicole Fournier

Cauchemar dans le blizzard

Rose-Marie Gallagher

Le grand dilemme : partir ou rester… ?

Claudette Lévesque

Partir en douce…

Colombe Michaud

Un corps accord avec notre fil d’Amour

Louise Petitpas

Une nouvelle vie après l’épreuve

Mario Bélanger

La garderie des Petits-monstres

Alexandre Clément

Félicité

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre: Parcours ombragés / [textes de] Claudette Lévesque, Louise Petitpas, Colombe Michaud, Mario Bélanger, Rose-Marie Gallagher, Nicole Fournier, Danielle Albert, Alexandre Clément.

Noms: Lévesque, Claudette, 1941- auteur. | Petitpas, Louise, 1950- auteur. | Michaud, Colombe, 1953- auteur. | Bélanger, Mario, auteur. | Gallagher, Rose-Marie, 1948- auteur. | Fournier, Nicole, 1947- auteur. | Albert, Danielle, 1956- auteur. | Clément, Alexandre, 1955- auteur.

Description: Nouvelles.

Identifiants: Canadiana 20200086006 | ISBN 9782898090677

Vedettes-matière: RVM: Nouvelles québécoises—Québec (Province)—Bas-Saint-Laurent. | RVM: Écrits de personnes âgées québécois—Québec (Province)—Bas-Saint-Laurent. | RVM: Nouvelles québécoises—21e siècle.

Classification: LCC PS8329.5.Q4 P37 2020 | CDD C843/.010806—dc23

Tous droits réservés.

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement des Auteurs, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.

©2020 Éditions du Tullinois

www.editionsdutullinois.ca

ISBN papier : 978-2-89809-067-7

ISBN E-Pdf : 978-2-89809-

ISBN E-Pub : 978-2-89809-

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque et Archives du Canada

Dépôt légal papier: 3e trimestre 2020

Dépôt légal E-Pdf: 2e trimestre 2021

Dépôt légal E-Pub: 2e trimestre 2021

Illustration de la couverture :Mario BÉLANGERTendance EIM

Imprimé au Canada

Première impression : Août 2020

Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.

SODEC - QUÉBEC

Préface

Parcours ombragés

Recueil de nouvelles dramatiques

L’univers de la comédie est généralement marrant, frivole, pâlot. Quant à la tragédie, elle se veut triste, bouleversante, plutôt sombre.

À mi-chemin entre les deux, c’est le drame qui convient le mieux pour décrire la vie comme elle existe. La vie avec ses hauts et ses bas. La vraie vie, quoi, avec ses accidents imprévisibles, ses malheurs incommodants et ses peurs ténébreuses… Mais aussi la vie avec ses éclaircies, ses heureuses surprises et ses dénouements surprenants. Raconter un drame, c’est montrer la vie qui nous bouscule, comme dans des montagnes russes, en nous faisant traverser des obscurités et des zones de lumière.

D’où le titre de ce recueil de nouvelles, Parcours ombragés, qui propose une série de textes à saveur dramatique, avec des péripéties variées et hautes en couleur.

-o0o-

Huit auteures et auteurs amateurs se sont donné le mot pour écrire chacun et chacune un récit original. Le projet s’est déroulé dans le cadre d’un Atelier de rédaction que j’ai dirigé à l’hiver 2020, dans le cadre des activités de l’Association pour le développement des aînés à l’UQAR (ADAUQAR).

Ces auteures et auteurs avaient un intérêt marqué pour l’écriture. Tous avaient le désir d’imaginer ou de raconter une histoire, avec des personnages crédibles, une intrigue soutenue, des rebondissements surprenants, un style d'écriture raffiné...

Qu’est-ce qu’on y trouve ? Il sera question d’une noyade, d’une chicane de famille, d’un déménagement difficile, d’un accident d'avion, de la disparition d'un adolescent, d’un suicide, d’un cas de corruption, d’une aventure paranormale… Bref, ça ne va pas bien du tout! Mais les histoires sont bien racontées et… finissent par bien aboutir.

Un grand merci à ceux et celles qui ont osé prendre la plume : Danielle Albert, Nicole Fournier, Rose-Marie Gallagher, Claudette Lévesque, Colombe Michaud, Louise Petitpas, Mario Bélanger et Alexandre Clément.

Dans les histoires abordées dans ce recueil de nouvelles, on ne circule pas sur la route de l’humour bête et méchant ni dans les sentiers de la tragédie catastrophique. Oui, ici, il y a des drames, à l’échelle humaine. On les vit, on les raconte, et on apprend comment on peut en sortir grandis.

Chemin faisant, on prend conscience de la force de la vie. Les obstacles que nous surmontons peuvent nous redonner de la vigueur, de la résistance. Au tournant d’une épreuve fleurissent parfois la maturité et la sagesse.

Nous vous invitons à partager ces histoires avec nous. Bonne lecture!

Mario Bélanger

Danielle Albert,

nous fait côtoyer une femme dont la cupidité la mènera dans un lieu peu orthodoxe.

Samy entretient un rapport obsessionnel avec l’argent. Sa crainte irraisonnée d’en manquer lui fait poser des gestes mesquins.

Où sa cupidité la conduira-t-elle ? Parfois, les aléas de la vie mènent vers des volte-face déconcertantes. 

Danielle Albert

Samy

Samy rentre tout juste d’un long séjour en Belgique. Ce soir, les amis soulignent le 50e anniversaire de son ex, Louis. Elle est un peu fatiguée, mais la perspective de le voir lui redonne de l’énergie. Elle ne manquerait ça pour rien au monde. Sur le pas de la porte, elle constate que l’ambiance est festive, les discussions entre amis vont bon train. Elle ajuste sa veste Oska, vérifie son rouge à lèvres et son khôl, puis elle entre dans la salle, le dos bien droit, la poitrine portée haut. 

Samy scrute la salle du regard et repère rapidement Louis qui discute avec les copains. À sa vue, un sourire s’esquisse malgré elle sur son visage… Puis, elle se fige alors qu’elle voit une inconnue lui murmurer à l’oreille quelque chose qui le fait rire. Troublée, Samy se rend à la cuisine se servir un verre de vin. À peine a-t-elle terminé de se servir que l’inconnue arrive derrière elle et l’interpelle amicalement : 

— Allo Samy ! Louis m’a beaucoup parlé de toi, il apprécie ton amitié.

— Ah ! Tu vois, il n’a jamais mentionné ton nom lors de nos derniers échanges. 

Rassérénée, Samy quitte la cuisine, et va rejoindre l’ancien maire du village, qu’elle connaît bien. 

Le lendemain matin, un dimanche blanc de fin novembre, Samy appelle Louis :

— Salut Louis ! C’était très réussi ta petite fête. Sauf que j’sais pas qui a eu l’idée d’inviter ta nouvelle flamme… Une parfaite inconnue pour tout l’monde. Elle avait l’air de pas se sentir à sa place. Pis, pour dire vrai, elle m’a pas trop impressionnée.  

Bref silence… 

— As-tu vraiment envie de continuer à la fréquenter ?

— Ben voyons Samy, tu trouves pas que tu juges un peu vite, non ? Elle m’a dit que vous avez échangé à peine deux phrases.

— Ah ! Pourtant, tu m’connais assez pour savoir que j’ai l’œil pour cerner une inconnue. En tout cas, on en reparlera dans quelques mois… Si t’es toujours avec elle. J’reprends mon habitude, j’te rappelle mardi. Salut !

— Samy, attends ! J’ai demandé à Emma de venir habiter avec moi. Nous nous fréquentons depuis quelque temps déjà. Nous nous plaisons vraiment. Nous avons plein d’intérêts communs.

— Ah oui ! quoi donc ?

— Ben, la randonnée à cheval… Les travaux de la ferme… L’érablière… Le jardinage… Visiter des parcs… La cuisine…

— En tout cas, certainement pas les voyages. T’as jamais voulu sortir de ton village. Ben disons, de larégion.

— Qu’on ait plusieurs intérêts en commun, ça nous empêche pas d’avoir des loisirs chacun de notre côté. Samy ! Quand Emma aura emménagé avec moi, j’pense que ce serait mieux que tu cesses de m’appeler tous les deux matins. Autrement, ça serait malaisant pour Emma.

— Louis, j’ai l’impression que tu veux créer une distance entre nous.

— C’est pas vrai ! Tu seras toujours une bonne amie. Mais là, j’ai quelqu’un dans ma vie et je sens que je peux faire un bout d’chemin avec elle. Ça fait longtemps que j’ai pas ressenti ça… Depuis ton départ, j’dirais. 

Sur un ton sarcastique :

— Tant mieux pour toi ! Sur ce, j’te laisse. Mais, sois certain que je ne disparaîtrai pas de ta vie comme ça. 

Samy a raccroché. On sonne à sa porte, c’est jour de guignolée. Contrariée, elle fouille dans son sac à main, en sort un 10 $, puis se ravise. Elle attrape un vieux huard dans le bocal près du téléviseur et le tend au jeune garçon. Durant quelques secondes, elle se sent mal à l’aise par rapport au geste qu’elle vient de poser… 

Pendant ce temps, seul chez lui, Louis, un peu perturbé par la tournure de la conversation, se prépare un gin bien chaud avec du miel.  

Et comme elle l’avait promis, Samy continue, au cours des deux années qui suivent cet échange, de rendre régulièrement visite à Louis les fins de semaine, sous prétexte de faire de la randonnée dans l’érablière. Elle s’invite à la maison, ce qui agace Emma. Mais Louis, de son côté, y trouve un certain plaisir.

-o0o-

Un jour de novembre, la mère de Samy, Jeanne, décède à la suite d'une longue maladie. La relation entre les deux femmes a toujours été un peu tumultueuse. Et là, Samy éprouve un sentiment mitigé, entre la peine et une certaine indifférence… Elle ne saurait dire et, en vérité, elle n’a pas trop envie de se questionner. Mais elle ne peut s’empêcher de penser à ce qui l’attend après sa propre mort. 

À la sortie du salon funéraire, sur le chemin la menant chez son père, elle repense à ses deux tantes religieuses rencontrées au salon, qui vivent dans le dénuement complet et qui semblent si sereines.  

Elle ouvre la porte et là, la fumée de cigarette lui pique les yeux. Son père Julien se tient tant bien que mal devant le comptoir, affaibli depuis quelques années déjà par une angine de poitrine. Il se sert un énième verre de rouge et s’allume une cigarette avant de retourner s’asseoir au bout de la table. Il se racle la gorge et, pour briser le silence, s’exclame : « Faites-vous pas d’idées. Attendez-vous pas à devenir riches à ma mort. Avec onze héritiers, ça fera pas beaucoup à chacun. » 

Samy est sous le choc. Elle était certaine que sa sœur aînée Dorothée, née hors mariage, ne faisait pas partie des héritiers. Elle ne s’éternise pas et rentre directement chez elle, angoissée. Un message de Louis l’attend sur le répondeur : il veut la voir rapidement. Elle se sent soudainement moins seule. Apaisée, elle saisit le téléphone et l’invite à la rejoindre chez elle. 

Louis se sent nerveux. Il sonne à la porte.

— Salut !

— Bonjour Louis.

— On s’assoit à table ?

— Comme tu veux. Prendrais-tu un café ?

— Non merci. De l’eau peut-être…  

D’un ton posé, malgré sa nervosité, Louis enchaîne :

— Écoute Samy, ça fait déjà deux ans qu’Emma partage ma vie. Elle travaille autant à la ferme qu’à l’érablière avec moi, en plus d’assumer entièrement toute la gestion de l’entreprise. J’pense modifier mon testament pour faire d’Emma mon héritière.   

Samy blêmit.

— C’est une blague Louis ? Ç’a toujours été moi, et que moi !

— Non, Samy, j’suis sérieux. J’ai pas pris cette décision sur un coup d’tête. Ça fait un bout d’temps que j’y pense.

— Mais j’me fous que tu y penses depuis un bout d’temps. Tu peux pas me faire ça. Jamais j’accepterai ça. Tu peux être certain que j’vais défendre mes droits. 

Louis fait un énorme effort pour garder son calme.

— Tu sais parfaitement que t’as aucun droit. Les choses ont changé pour moi. Ma vie, je la partage avec Emma maintenant. On pense vendre la vieille maison pour en construire une nouvelle. J’peux t’faire une offre : 50 % du montant d’la vente d’la vieillemaison… 

Vexée et en colère, Samy lui montre la porte.

— Louis, va-t'en ! 

Samy est dans tous ses états. Elle a l’impression que le monde s’écroule sous ses pieds. Elle se sent trahie. Rien ne se passe comme elle l’avait prévu, ni avec Louis, ni avec sa famille. Elle croyait qu’au moins, Louis serait toujours là pour elle, qu’il assurerait son bien-être matériel à tout jamais. Il le lui avait promis… Cette crainte indicible de se retrouver dans la dèche l’envahit à nouveau. 

Exaspérée, elle tente de joindre son avocate et amie Catherine, mais une boîte vocale lui rappelle qu’elle est à l’extérieur du pays pour une semaine. Confuse et désemparée, elle fait les cent pas dans son appartement, puis s’assoit à la table. Elle rédige alors un chapelet de revendications qu’elle soumettra à Louis. 

Deux semaines après leur dernière conversation, Samy se rend chez Louis et le somme de s’asseoir avec elle. Le menton haut, crispée, droite sur sa chaise, elle dépose fermement sa requête sur la table. 

— En sortant d’ici, j’me rends chez mon avocate pour faire valider ça.  

En feuilletant le document, Louis, stupéfié, se demande si c’est bien la femme avec qui il s’était marié il y a une vingt-aine d’années, qui est assise là, à sa table. 

— Voyons, Samy, la multiplication des pains, c’est une belle histoire dans la Bible… Mais la valeur de c’que j’possède n’a pas augmenté de façon exponentielle au cours des dernières années. Tu demandes plus que tout c’que vaut l’entreprise ! 

Un brin arrogante, Samy rétorque :

— Peut-être que ç’a pas augmenté autant, mais tes actifs ont une valeur qu’ils auraient jamais eue si j’avais pas été là pour te conseiller… Avec l’aide de mesavocats. 

La tension est tangible. 

— Samy, j’te l’répète, t’as aucun droit sur mes biens. Mon offre tient toujours pour la moitié d’la valeur d’la vieille maison. Pas plus ! 

Samy n’a pas l’habitude de voir Louis lui résister ainsi. Elle sent les larmes lui monter aux yeux et sa gorge s’enrouer. Muette, elle sort sans le saluer, et claque la porte derrière elle. Sur le chemin du retour, elle sent la migraine envahir son crâne. « Peut-être qu’une courte méditation m’aiderait à retrouver un semblant de sérénité », se dit Samy.

-o0o- 

Samy a finalement compris que son coup de bluff auprès de Louis était un coup d’épée dans l’eau, et qu’elle ne retire-rait pas grand-chose de lui. Elle se tourne alors vers Julien, son père.  

Depuis le décès de sa mère, Samy rend visite à son paternel tous les vendredis après-midi. Elle a établi un rituel. À chaque visite, elle se rend au comptoir de la banque avec lui pour qu’il retire une somme de 1000 $. Le relevé bancaire lui permet ainsi de suivre de près les transactions effectuées semaine après semaine. Alors que Julien sent que la maladie le fragilise de plus en plus, autant physiquement que sur le plan cognitif, il confie à Samy, la seule de ses cinq filles qui le visite régulièrement, une procuration sur son compte bancaire. Elle n’en demandait pas tant à l’univers. Elle seule y a accès. 

-o0o- 

Alors que la famille ne s’y attend pas, Julien décède. Son cœur a flanché. Torturée par la division de l’héritage à venir, Samy se résout à demander conseil à Louis, malgré les dernières rencontres plutôt désagréables. Il accepte de la rencontrer le jour même, au restaurant de Pointe-du-Lac.  

— Bonjour, Louis, comment vas-tu ?

— Je vais bien. T’es chic. T’arrives d’où ?

— De l’église.

— T’es allée à la messe ?

— Oui. J’y vais, parfois, pour réfléchir, pour méditer, après l’office. Toi ?

— Ça fait un moment que je n’ai pas mis les pieds dans une église. Bon, j’imagine que tu ne voulais pas me rencontrer pour me parler de pratique religieuse !

— Bien, depuis le décès de papa, j’ai un souci. Enfin, comme j’te l’ai dit au téléphone, j’ai besoin d’un conseil. Dans le testament de mon père, les onze enfants héritent. Comme tu sais, Dorothée est née hors mariage. Je m’demandais si c’était légal, enfin j’veux dire, penses-tu que c’est possible de contester ça, d’la soustraire des héritiers ?  

Louis est consterné.  

— Ben voyons donc, Samy ! T’es pas sérieuse ? Pourquoi veux-tu faire ça à Dorothée ? Qu’est-ce qu’elle t’a fait pour que tu lui en veuilles au point de souhaiter l’exclure des héritiers ?

— Elle ne porte pas le nom de mon père. Il ne l’a pas adoptée légalement. Elle a toujours été la préférée de ma mère. Les parents l’ont appuyée financièrement durant toutes ses études. Alors que les autres ont dû se débrouiller. Et ne me demande pas pourquoi, j’en ai aucune idée... Elle l’a eu son héritage, avant tous les autres.

— Je sais tout ça, mais ce n’est toujours pas de sa faute si tes parents ont décidé de l’aider durant sesétudes.

— Ce n’est pas de ma faute non plus !

— De toute façon Samy, quelle différence ça peut faire que vous soyez dix ou onze héritiers ? Tu m’as dit que la fortune de ton père ne se compte même pas dans les six chiffres. 

D’un air mal assuré, Samy réplique :  

— Facile à comprendre pourtant : moins il y a d’héritiers, plus la part de chacun augmente.

— Et ben là, tu me scies les jambes. Tu vas foutre le bordel dans ta famille pour quelques milliers de dollars ? De toute façon, Samy, au bout de tout ça, c’est certainement pas toi qui vas décider qui a droit ou non à l’héritage.  

Catastrophé, les joues empourprées par la colère… ou la déception, Louis se lève et quitte le restaurant sans la saluer. 

Samy ne s’attendait pas à cette réaction de la part de Louis. « Y me comprend pas, se dit-elle. Y peut pas me com-prendre, il a tout, lui : l’aisance financière, l’amour. Moi, ma vie n’a plus aucun sens. » 

-o0o-