Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Au fil des pages, ce joli livre tisse un dialogue unique entre l'innocence de l'enfant et la vocation médicale. À travers des dessins d'enfants, offerts avec émotion à leur médecin, se dévoilent des regards pleins de confiance, de gratitude et d'imaginaire. Ces œuvres spontanées, vibrantes de couleurs et d'émotions, capturent la relation singulière entre jeunes patients et soignants.
En écho, des écrivains de renom, des médecins, des femmes et hommes de média, de communication, de scène et d'Église, explorent le thème "enfance et médecine" dans des textes souvent émouvants, évidemment drôles, toujours tendres. Nouvelles, poèmes et réflexions mêlent souvent souvenirs d'hopitâl, espoirs fragiles et instants de résilience, offrant une mosaïque littéraire où l'humanité triomphe.
Ce recueil, à la croisée de l'art et des mots, célèbre le lien précieux qui unit les enfants aux médecins, ces héros du quotidien. Un ouvrage touchant, à offrir ou à savourer, pour se rappeler que guérir, c'est aussi écouter le cœur des plus petits.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 165
Veröffentlichungsjahr: 2025
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Page de titre
Collectif d’auteurs sous la direction du Doc JJ et du Doc Maz
Dessine-moi un médecin !
Dessins d’enfants & mémoire d’écrivains
Les Passagères
Dédicace
À tous les pipis que j’ai essuyés
À toutes les larmes que j’ai séchées
À tous les rires qui m’ont enchanté
À toute cette affection que j’ai reçue
À tout ce réconfort que j’ai donné
À tous ces dessins qui m’ont été offerts
À mes enfants que j’aime.
Préface
L’ouvrage de Jean-Jacques offre à notre regard ces « petits dessins » d’enfants, témoins de l’immense amour et reconnaissance qu’ils témoignent pour leur médecin et leur offre la pérennité.
Ces témoignages existent aussi pour les adultes, je suis toujours surpris et ému de recevoir ces retours de la part de mes patients. Présents artistiques ou littéraires, sucrés ou liquides, ils sont le plus souvent formels et réfléchis après un long parcours. Ils sont rarement exposés publiquement.
À l’inverse, les dessins des enfants sont si spontanés, innocents et touchants exprimant librement admiration, confiance et remerciements pour les médecins et les équipes soignantes. Il est habituel de les diffuser largement au sein des services, comme JJ le fait dans son cabinet, en reconnaissance de leur courage.
Ce projet de Jean-Jacques est un magnifique témoignage de son attachement à tous ses petits patients, à toutes ces heures de bonheur partagées. Ces moments dans le parcours d’un médecin qui les accompagne sont source de réconfort, de sens du métier, et parfois font tenir devant les adversités.
Que ce livre soit la découverte des émotions et rêves sans retenue des enfants qui sont des exemples de confiance et d’optimisme dont nous devons réapprendre souvent.
Merci JJ pour cet ouvrage, ton engagement et ta générosité…
Didier
Professeur Didier Peiffert
Directeur Général
Institut de Cancérologie de Lorraine
Avant-propos
Les médecins reçoivent souvent des dessins de leurs petits patients. C’est une marque d’amour autant que de confiance. On voit se pointer une petite bouille timide, cachée derrière une œuvre d’art. L’enfant a donné de son temps, a mis tout son cœur, pour y apporter des couleurs, des animaux, des personnages. Et il est tellement fier de nous l’offrir…
Que faire ensuite de ces dessins ? Ils finiront souvent par jaunir, disparaître parfois dans l’oubli, alors que chacun d’entre eux nous raconte une histoire liée à l’enfance. Une histoire unique.
***
Les murs blancs et austères de mon cabinet sont recouverts de ces dessins.
L’enfant, l’adolescent, cet adulte en devenir, entre dans mon bureau : bulle de silence. Silence et secrets absolus. La première chose qu’il cherche des yeux, c’est son dessin. Celui qu’il a offert tel un trésor quelques mois, parfois quelques années auparavant.
Il sourit de plaisir, de confiance. S’ouvrent alors les portes du colloque singulier.
– Oh ! Vous l’avez encore, lâche-t-il, rose de bonheur.
– Mais crois-tu que je puisse m’en débarrasser ?
– Je vous adore, Doc JJ !
***
« Crois-tu que je puisse m’en débarrasser ? ». Grands Dieux jamais ! Ils sont les témoins discrets des rires, des larmes, des pipis sur le drap d’examen, des cris, des confidences intimes. Se sont dessinés ainsi la joie ou la crainte de venir me voir, des formes cathartiques, des cœurs immenses, des cartes de géographie, des saynètes de leur vie et même ma voiture ! Ces dessins de petits patients sont aussi venus rejoindre ceux de mes enfants. Ces œuvres naïves, parfois étonnantes, souvent maladroites, toujours appliquées et généreuses, me plongent dans la nostalgie de la clepsydre qui se vide trop vite.
Un jour viendra, il sera nécessaire de quitter mon cabinet. De gré ou de force. Mon successeur, si jamais successeur il y a, prendra possession des lieux, voudra y mettre sa touche personnelle, probablement retirer tous ces dessins qui ne représenteront rien pour lui.
Une idée m’est venue alors ! Rassembler ces dessins dans un ouvrage pour qu’ils effleurent une forme de postérité, en rejoignant l’éternité d’un livre. J’ai lancé un appel aux confrères, et ils m’ont envoyé leurs dessins personnels. Ceux qui les avaient le plus émus.
Mais qu’est-ce un dessin seul, sans les mots qui s’y rattachent ?
***
Avec mon bel ami romancier, le docteur Franck Mazière, nous avons battu le rappel de nos relations : écrivains immenses, récompensés ou à l’avenir radieux, médecins écrivains, écrivains médecins, poètes, journalistes, dessinateurs de presse, acteurs, chanteurs, saltimbanques, essayistes, femmes et hommes de communication, ou de loi, tous ont répondu présents et nous ont offert un joli texte sur le thème « enfance et médecins ».
***
Franck et moi, espérons que ce livre vous touchera, vous fera rire, vous replongera dans la douceur de l’enfance ; cette douceur que chaque enfant devrait vivre et dont chaque « grande personne » devrait se souvenir.
Grâce à votre belle et bonne action, tous les bénéfices de ce livre, seront reversés à un Institut de Cancérologie afin d’apporter un peu de joie aux enfants malades.
Ces enfants malades qui nous étonneront toujours par leur force, leur joie, leur espoir. Car les enfants ont toujours l’espoir. Et si nous le perdons, si certains parents le perdent, ou se découragent, ce sont eux qui nous redonnent le sourire, car les enfants sont la lumière du monde.
Que les douleurs s’effacent, que les couleurs s’entremêlent joyeusement aux mots, jamais aux maux.
Doc JJ et Doc Maz
Antoine Chereau
Antoine Chereau,
cartoonist et jokes manager !
Né à Paris en juin 1959, études au Lycée Lavoisier puis étudiant aux Métiers d’art (ENSAAMA)
Commence à travailler pour FR3 en tant que dessinateur de presse pour une émission d’actualités hebdomadaire en 1981. Dès 1984, publie ses premiers dessins dans la presse (L’étudiant, La Vie Française, Le journal des Finances, Le Particulier Immobilier, l’Événement du Jeudi, L’autre Journal, Vous et votre argent, le Quotidien de 1789, Le Temps de la Finance, Le Quotidien de Paris, l’Arche, Courrier Cadres, Guerre & Histoire, Actuel RH, Resto, What’sUp Doc, RHF Magazine et bien d’autres)
Commence à travailler en 1986 pour la communication corporate pour de nombreux grands groupes et devient un spécialiste du dessin en direct.
Publie son premier album de dessins d’humour en 2012.
Neuf albums publiés à ce jour chez Pixel Fever Éditions.
www.antoinechereau.fr
Damien Glez
Damien Glez est dessinateur de presse franco-burkinabè, éditorialiste, parolier et scénariste de séries télévisuelles. Ancien directeur de publication de l’hebdomadaire satirique Journal du jeudi, il est également l’auteur du comic strip Divine comedy. Il est membre de la Fondation Cartooning for peace.
En 2014, Damien Glez apparaît dans le documentaire « Caricaturistes, fantassins de la démocratie » de Stéphanie Valloatto, en sélection officielle au festival de Cannes. Pour la chaîne de télévision Arte, il réalise le BD-reportage « Breidjing, la vie suspendue » dans un camp de réfugiés du Darfour.
Ses dessins ont été publiés dans Rolling Stone, Courrier international, Vita Non Profit Magazine, Slate, World Policy Journal, Jeune Afrique ou encore Le 1.
Ils ont été primés au festival BD’Farafina 2002, à la Muestra Internacional de Humor Grafico de FECO Argentina, au Salon international du livre de Genève 2006, à la Cartoon Competition de Banja Luka en 2008, à la Hadaf Somalia Cartoon Competition en 2011, à la premio Satira Politica de Forte Dei Marmi en 2016 et au Sommet Désertif’actions 2019.
Alice Bergerac
Alice Bergerac est médecin généraliste près de Dijon. Elle a écrit par ailleurs des chroniques de consultations sous forme de deux recueils : « Alors, qu’est-ce qui vous amène ? » et « Alors, comment ça va depuis la dernière fois ? »
J’ai plaqué l’enfant avec mon coude tandis que sa maman le ceinturait.
Les stratégies antérieures utilisées pour tenter de le vacciner avaient été de cuisants échecs.
J’avais pourtant abattu toutes mes cartes :
– Ludique : Des bulles de savon ta reum va souffler, tandis qu’avec l’alcool à soixante ta cuisse je vais fraternellement maroufler
– Animal : Suspends-toi, petit koala, au cou de ta génitrice ! À la une à la deux à la trois, voici l’injection perturbatrice !
– Mathématique : Il te faut compter de vingt jusqu’à dix à l’envers, et rapidement ignorer les proches environs de ton derrière.
– Scientifique : vois-tu enfançon, il s’agit du Boostrixtetra, à n’en point douter ! On y reconnaît aisément les antigènes microbiens inactivés !
– Blagueur : Est-ce ton nombril, ce petit limaçon tout rentré ? Et là, caché dans ma main, hop, est-ce ton nez ?
– Raisonnable : Allons, il faut bien y passer. Abandonne ton courroux, minuscule citoyen, tout est maîtrisé.
– Musical : Je vais te conter la chanson du cervidé, lequel se trouvait en demeure et par l’embrasure le petit lagomorphe guettait.
Échec, échec, réchec. Il se débat et grogne.
Nous nous retrouvons avec la maman à chevaucher le sujet, pauvre hère, sur le divan d’examen et bim ! Je lui injecte le vaccin dans la cuisse.
La mère et moi sommes bien mal à l’aise. L’impression d’avoir trahi, forcé, d’avoir rompu durablement la confiance. Nous nous excusons, expliquons.
Marceau pleure, Marceau crie, Marceau est en légitime colère et va réfugier son petit corps de deux ans d’âge dans un coin de la pièce. Suis mortifiée.
Marceau va faire pipi. Je souffle un grand coup.
Marceau revient, je l’entends rire avec sa mère et lui dire « J’aime bien. »
« Ah ah Marceau, je t’entends coquin… En fait tu aimes bien les vaccins ? » lui dis-je en m’accroupissant en face de lui.
Il pose son doigt sur ma poitrine.
« Non, j’aime bien toi. »
Conversations pédiatriques sur la destinée
Il est parfois difficile pour un enfant d’aller chez le doqueuteur.
La confiance de ces chétifs citoyens s’émousse habituellement après la première brouettée de vaccins infantiles dans le cuissot.
Il va donc de soi que pour restaurer la relation, la consultation autour de la santé de l’enfant ne doit pas se départir de bavardages légers autour de sujets enfantins tels que la couleur préférée, le nom du meilleur copain, le kaméhaméha de force pure et les paris en ligne.
C’est ce que nous faisons avec Timothée qui a développé une passion pour le domaine culinaire avant que d’avoir complètement développé sept années d’existence. Il veut être cuisinier.
Nous avons tous deux en commun une passion pour un camion itinérant de restauration, lequel fournit des burgers pharamineux contenant des fromages locaux assommants en quantité décadente.
La précision de nos échanges s’accroît de consultation en consultation et, le gars ayant pris la confiance, il est venu la dernière fois avec une petite liste contenant la description détaillée comparative des différents burgers, basée sur une prise de notes évaluant la cuisson, la texture, l’harmonie des saveurs, l’affinage des fromages et la note globale artistique. Nous sommes tombés d’accord sur la supériorité nette du burger à l’époisses, dont les cromesquis fourrés au fromage coulant et brûlant se marient hyper bien avec le steak charollais juste en dessous, et la compotée aux oignons qui n’en demandait pas tant.
Il est un peu plus délicat d’étayer un lien fort avec Gabriel, qui n’a en commun avec son prédécesseur que le nombre d’années au compteur et autour duquel les consultations ne sont jamais simples.
Soit on galère avec son asthme pour lequel le traitement de fond inhalé n’est donné qu’une fois sur quatre, sur fond de guégerre nauséabonde post-séparation parentale dans laquelle l’enfant n’est qu’un objet de conflit supplémentaire (« C’est toi qui ne lui a pas donné son traitement de l’asthme pendant que tu l’avais en week-end ! Non, c’est toi ! Tu ne t’en occupes jamais ! C’est de ta faute s’il ne respire pas bien ! »…)
Soit on galère avec cette séparation, sur fond de probable future implication des services sociaux et du riant procès de la mère contre le père, du père contre la mère, ou inversement proportionnel ou égal, pour tout motif et son contraire.
Bref : pas bien gai et pas fourré à l’époisses.
Tâchant d’amener un peu de légèreté dans la consultation après que la mère accompagnée de sa propre mère m’eut demandé un certificat pour appuyer ses propos dans le procès (la réponse est non, mais bien tenté), je demande au petit mouflet telle un Jacques Martin sans la cravate :
– Et toi mon petit Gabriel, qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ?
L’enfant se dresse et répond fièrement sans hésitation aucune :
– Jean-Luc !
L’instant se fige puis tous les adultes présents dans la pièce partent dans un fou rire incontrôlable. Après que chacun se soit remis en ordre de marche, la maman me fait part de sa sidération, ne connaissant aucun Jean-Luc dans son entourage proche ou lointain et doutant que son fils ait ne serait-ce que conscience de l’existence des comparses Delarue, Mélenchon, Lahaie ou Lagardère.
Peu importe finalement, cet enfant fragile à la curieuse inspiration se doit d’être étayé comme les autres. Encore plus que les autres. Si l’ambition fait l’homme, et si la motivation et l’engagement doivent régir le monde, alors il faut que nous mettions un point d’honneur collectif à ce qu’un jour, à force d’efforts et de sacrifices, Gabriel soit fier d’être embauché quelque part en tant que « Jean Luc ».
En plus, je suis certaine qu’il fera un très bon Jean Luc.
Anne Goscinny
Née en mai 68, Anne Goscinny, titulaire d’un DEA de littérature comparée, est écrivain.
Après la disparition de ses parents, l’unique ayant-droit de René Goscinny partage avec les co-créateurs de l’œuvre de son père, la responsabilité d’Astérix, du Petit Nicolas, d’Iznogoud, et de Lucky Luke. Elle accomplit un important travail de mémoire et de valorisation de l’œuvre de son père.
En 2004, elle crée IMAV éditions qui a publié avec succès notamment les trois volumes des Histoires Inédites du Petit Nicolas.
Romancière, elle a signé huit romans chez Grasset et un texte chez NIL.
Elle est également l’auteur d’une série pour la jeunesse chez Gallimard, « le monde de Lucrèce » dont le 9e volume a été publié en septembre 2024.
Elle a signé le texte d’une chanson intitulée « Lettre à Olivier » pour Serge Reggiani qui figure sur le disque « Reggiani 95 ».
Elle est également co-auteur du scénario du film d’animation : « Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux » (en salle le 12 octobre 2022) récompensé notamment par une sélection officielle au Festival de Cannes en 2022 ainsi que par le Cristal du long-métrage à Annecy en 2022, le prix Lumières 2022 et une nomination aux César.
Elle est Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.
Bibliographie
Le bureau des solitudes (Grasset 2002)
Le Voleur de mère (Grasset 2004)
Le père éternel (Grasset 2006) Prix Wizo
Le banc des soupirs (Grasset 2011)
Le bruit des clefs (Nil 2012)
Le sommeil le plus doux (Grasset 2016)
Sous tes baisers (Grasset 2017)
Romance (Grasset 2022)
Mille façons d’aimer (Grasset 2024)
Le monde de Lucrèce, volume 1 (Gallimard Jeunesse 2018)
Le monde de Lucrèce, volume 2 (Gallimard Jeunesse 2018)
Le monde de Lucrèce, volume 3 (Gallimard Jeunesse 2019)
Le monde de Lucrèce, volume 4 (Gallimard Jeunesse 2019)
Le monde de Lucrèce, volume 5 (Gallimard Jeunesse 2020)
Le monde de Lucrèce, volume 6 (Gallimard Jeunesse 2021)
Le monde de Lucrèce, volume 7 (Gallimard Jeunesse 2022)
Le monde de Lucrèce, volume 8 (Gallimard Jeunesse 2023)
Le monde de Lucrèce, volume 9 (Gallimard Jeunesse 2025)
Vaccins on the rocks !
Mon père, en bonne mère juive, avait fait de mon pédiatre, son meilleur ami.
Ainsi, quand ils partaient en voyage, défendre un album ou un film d’animation, mes parents me confiaient à leur ami le plus proche, mon pédiatre. J’étais donc, pour mon plus grand bonheur, le troisième enfant de Julien et Maïté. Je n’ai par conséquent jamais eu peur de la salle d’attente, antichambre du vaccin redouté, puisqu’elle servait également de salon à la famille élargie de laquelle je faisais joyeusement partie. Bien sûr, Julien m’a plus d’une fois examinée, piquée, éclairé la gorge et les oreilles. Bien souvent il a collé son stéthoscope froid sur mon torse fiévreux. Mais toujours, avant d’agir, pour me rassurer, il examinait son copain, mon père, lequel se prêtait volontiers au jeu, ne ratant pas une occasion de rire et faire rire. Aussi, je revois mon père, allongé sur le divan recouvert de velours côtelé du cabinet de Julien, tirant la langue pour que mon pédiatre puisse le rassurer tout à fait sur la bonne santé de ses amygdales.
Julien, en avance sur son temps, considérait les enfants comme des sujets. Il prenait soin d’expliquer chaque geste, ne minimisait pas la douleur rapide d’une piqûre mais la justifiait en exposant clairement tout ce à quoi on échappait grâce à ce fugace et minuscule désagrément.
Il n’était plus question alors de pleurer. Si mon père détournait les yeux quand Julien me piquait, Oscar mon cochon en crochet argentin vert et rose, était lui bien plus courageux. Mon père alors faisait des grimaces, mimant la souffrance, roulant des yeux, tirant la langue et terminait le spectacle en s’écroulant sur le divan, poussant des cris absurdes qui déclenchaient l’hilarité de Julien, et mon agacement. J’imaginais la tête des enfants dans la salle d’attente, entendant les cris pour rire d’un adulte, mon père.
Et Julien réconfortait alors d’un sparadrap l’endroit de la piqûre. Il ne manquait jamais d’en coller un sur la patte d’Oscar, une patte qui ressemblait à un petit jambon, et un troisième pansement enfin, guérissait mon père de ma toute petite douleur.
Nous ressortions alors du bureau de Julien, Oscar le cochon, mon père et moi, arborant fièrement nos sparadraps. Maïté, d’un whisky on the rocks, savait réconforter mon père !
Il m’arrivait d’être malade, une angine, une poussée de fièvre, une otite, et Julien venait alors m’examiner à la maison. J’aimais sa voix grave et rassurante. À peine avait-il franchi le seuil de ma chambre, que tout allait mieux, à commencer par mon père ! Il venait me voir en général en tout début de soirée, mon angine devenait alors le prétexte à un dîner à quatre qui réunissait mes parents, Julien et Maïté et souvent, bien souvent, pour mon plus grand bonheur, leurs enfants, Gilles et Tita.
Julien était le pédiatre que le Tout-Paris s’arrachait, mais Julien c’était surtout l’ami d’enfance que mon père s’était fait à l’âge adulte. L’ami comme on n’en a qu’un, celui auquel on ne cache rien de ses chagrins, de ses angoisses, de ses bonheurs, celui qui se réjouit et qui compatit avec le cœur.
Quand mon père est mort, Julien a été orphelin de cette amitié folle. Plus de cris de singe dans son bureau, plus de whisky on the rocks post-vaccins.
Quand à mon tour j’ai eu des enfants, j’ai pris bien soin de ne jamais me lier d’amitié avec leur pédiatre parce que dans ma vie, de pédiatre, il n’y en aura eu qu’un seul, il s’appelait Julien Cohen-Solal, et je l’ai aimé de cet amour qu’éprouvent les enfants pour qui leur veut du bien.
Aurelie Tardieu
Aurelie Tardieu est maître de conférences en droit public à l’Université de Caen Normandie, spécialisée en droit international public. Elle est vice-président du Réseau francophone de droit international.
Dans mon jeune temps, avant l’institution du médecin traitant – qui pourra m’expliquer à quoi peut ressembler un médecin non traitant ? – il y avait le médecin de famille. C’est un titre nobiliaire en soi qui couronne un certain nombre d’années de pratique de la médecine et de la famille.
Notre médecin de famille était le docteur Calvet.
