Paroles d'Arbres - Claude Cuvelier - E-Book

Paroles d'Arbres E-Book

Claude Cuvelier

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Beschreibung

L’arbre est né dans l’univers avant l’Homme. Celui-ci, animal pensant, s’est vite identifié à la structure de son prédécesseur végétal, jusqu’à y voir son modèle corporel. Des racines, tronc et feuillage de l’un, les jambes, buste et tête de l’autre. Les millénaires traversés jusqu’à nos jours, il ne manquait que la parole à l’arbre : Claude Cuvelier lui offre au long de ce livre original, confirmant - son riche imaginaire à l’appui - l’intelligence communicante prêtée à cette plante.
Au fil de trente et un récits ouverts au dialogue philosophique, est mise en scène toute une diversité qui verdoie la planète, du majestueux cèdre des forêts libanaises aux cyprès, ifs et acacias méditerranéens, du saule pleureur au tremble élancé, du gland devenu chêne au bouleau et pommier de France, du banian des Indes au gracieux bonsaï des plaines vietnamiennes.
Au vrai, c’est l’histoire de l’Homme qui est ici contée. Si l’arbre constitue le lien symbolique entre terre et ciel dans de nombreuses mythologies, il est également, parmi d’autres, l’arbre de la Connaissance au jardin d’Eden, l’arbre séphirothique de la Kabbale et l’Arbre à palabres des africains. La légende sort de la Bible pour côtoyer le réel.
Accompagné par le poétique chant des oiseaux en fond sonore, l’auteur nous renvoie à la franc-maçonnerie. Celle du bois, de la pierre et du verre conjuguées. Sans les frères forestiers, fendeurs de charpentes et étais, sans les frères verriers, créateurs de lumières, les frères bâtisseurs n’auraient jamais pu lancer les flèches des magnifiques cathédrales aux vitraux miroitants, dans les ciels de l’Europe médiévale.
Avec l’arbre en majesté, voici un ouvrage « vivant », orné des trois dimensions du temps. Y apparaissent ensemble les racines du passé, les frondaisons du présent et les fruits du futur.
Partant, chaque arbre invite à l’élévation spirituelle dans une harmonieuse clarté : Il devient alors, dit joliment Claude Cuvelier, l’élan d’une âme vers l’origine divine.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Claude Cuvelier - Architecte International, résidant aujourd’hui au Vietnam est un Franc-Maçon tant opératif que spéculatif depuis quarante cinq ans. Il a été fondateur en 1993 de la Respectable Loge l’ARBRE à Paris et de la Respectable Loge CAY DOI (Arbre de Vie) en 2012 à Hanoi.
Ses nombreux essais ont concerné en général la Franc-Maçonnerie et divers aspects de l’ésotérisme dans les Rites qu’il a pratiqués ; une partie de ses écrits fut consacrée à l’Arbre depuis la création de la première Loge portant ce nom.

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Seitenzahl: 232

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Claude CUVELIER

Paroles d’Arbres

NUMÉRILIVRE - ÉDITIONS DES BORDS DE SEINE

Pour que les arbres et les plantes s’épanouissent, pour que les animaux qui s’en nourrissent prospèrent, pour que les hommes vivent, il faut que la terre soit honorée.

Manifeste pour la terre et l’humanisme : pour une insurrection des consciences - Pierre Rabhi

Sommaire

PréfaceIntroduction : L’arbre philosopheLégendes d’arbresArbres de Vie, Arbres de MortLes Pépins de la ColèreDeux petits contes d’Arbres divins : l’Arbre sans fin et l’Arbre de NoéL’Arbre aux oiseauxDes Arbres et des hommesLe Journal d’un AvatarL’Arbre tombé du CielLes Arbres engloutisSymbolisme de l’arbre et franc-maçonnerie Les Trois ArbresLe chant de l’ArbreLa Croix, le Tau et l’ArbreL’Arbre couché et l’égaréLa rencontre de l’Arbre inversé avec l’Arbre du voyageurPèlerinage d’ArbresL’École des ArbresLe Miroir de l’ArbreLes Arbres d’HénochL’Arbre sans fin de BrancusiLe Sommet des TroisInitiation et Sagesse d’un arbreL’Arbre, la Source et le RocherLe Chêne et le CousinUne Métamorphose d’ArbreLes arbres en eux-mêmesL’Ésotérisme d’un parcLe Banian : Arbre sacréLe manguier (voyage onirique)Le Bonsaï enchantéLe conte de l’Arbre citéL’Arbre de cristalConclusion : L’Âme des Arbres

Préface

Dans ce recueil sont proposées trente et une « nouvelles » mettant en scène l’Arbre.

Image de l’Homme debout, il relie la Terre au Ciel et peut illustrer un Art dit royal, dont les racines se sont nourries de la Maçonnerie « Opérative », des Philosophies et des Religions.

Son Tronc réunit les branches de celle « Spéculative » dans sa diversité, concernant tant les pays et leurs Obédiences que les Rites.

Si la Franc-maçonnerie, sous certains aspects et malgré sa vocation première, n’atteint pas l’Universalité promise, les Arbres eux sont des symboles universels.

Si quelques essais peuvent paraître seulement le fruit de l’imagination et donc profanes, ils cachent tous néanmoins une signification ésotérique à différents niveaux.

Claude CUVELIER

INTRODUCTION : L’arbre philosophe

On a beaucoup écrit quant à la place de l’Arbre dans les croyances et religions ainsi qu’en philosophie ou dans les principes alchimiques et l’occultisme, sans oublier l’arborescence généalogique, scientifique et encore celle liée au numérique en informatique.

Si l’homme utilise l’Arbre symboliquement comme squelette, support ou système de pensée, que peuvent ressentir les Arbres de manière encore aujourd’hui en partie imaginaire et sans doute réelle selon les plus récentes recherches ?

J’ai voulu ici prendre la place de l’Arbre primordial et philosophe selon moi au sens de ses connexions naturelles et non ce qu’on lui prête souvent de manière allégorique.

Transportons-nous chez l’un d’entre eux dans une forêt primaire inaccessible, sanctuaire de son espèce, où il existerait depuis plus de trois mille ans, fort heureusement inconnu de l’homme, et qui aurait reçu un don d’intelligence supérieure à d’autres, que le Très-Haut donne à certaines de ses créations pour des raisons mystérieuses.

La fiction que je propose est la rencontre avec ce vieil Arbre qui vivait sur la partie la plus élevée de lieux encore inviolés ; la noblesse que lui conférait son âge et sa taille en faisaient un maître, sinon en quelque sorte un roi, que respectait toute la nature environnante, quelles que soient les espèces qui la composaient.

Tel un Sage, arrivé à cette grande maturité, en ayant une expérience qui avait été forgée en lui par des pensées naturelles et existentielles, il pouvait faire en quelque sorte un bilan et un testament philosophique à la fois ; s’adressant tout d’abord à son Auteur Divin, il lui dit :

« Grand créateur de ce qui m’est connu, en dessous de moi, au-dessus de moi et dans ce qui m’entoure, contrairement à certains qui voudraient peut-être savoir ce qu’ils font ici-bas et comprendre les motifs de leur arrivée, comme ce que serait leur avenir à l’heure de leur mort, je ne veux pas, pour ma part, imaginer ce que je ne peux connaître. Je veux te rendre grâce pour tes bienfaits paternels en te demandant de me les accorder encore selon tes vues, comme tu le jugeras utile, et de m’éclairer pour fortifier mon âme. »

Alors, un souffle céleste caressa ses branches alors qu’un oiseau minuscule et multicolore se mit à chanter divinement au cœur de notre Orant arboré, dont la multitude de bras s’offrait à la lumière.

« Je crois en toi, reprit l’Arbre, car j’existe, de mes pieds ancrés dans ma mère nourricière à mon sommet qui reçoit les rayons des luminaires célestes. Les raisons de ma venue, ce que je vis ici, celles de ma fin et de ce que serait un au-delà t’appartiennent ; je sais seulement que je fais partie d’un tout dont les éléments sont liés et ne suis qu’un de ceux-ci dont tu es le seul maître. Je n’ai pas à obéir ou désobéir, car je suis entre tes mains ; je n’ai pas à ne pas croire en Toi, car sans Toi je ne serais rien. Sans te connaître, je n’ai rien à connaître, mais sans toi rien ne serait ni le jour, ni la nuit par exemple, ni de me tenir debout allant avec amour vers Toi. »

À la voix de bois répondit celle venant de l’univers aux sources indécelables que seul un Arbre d’exception peut capter. Il entendit le Maître absolu qui lui disait :

« Ta sagesse est celle de ta juste place dans la nature. Elle est celle des choses que j’ai créés et ordonnancées, leur donnant vie ; dans la droiture, l’humilité et l’amour qui te magnifient, tu trouveras, si tu le désires, la réponse au voyage de ton existence ; que la paix règne en Toi et sur Toi, sur les tiens et ceux que tu respectes auxquels tu dois enseigner la vérité, celle qui a guidé ta pensée jusqu’à ce jour. »

L’Arbre pensa qu’il recevait peut-être en quelque sorte la mission de propager ces vertus et principes de l’ordre voulu par Dieu. Comme étant un centre d’où partiraient des ondes concentriques, il invita les espèces de la nature voisine tout entière à l’écouter en acceptant et en célébrant la beauté du monde :

« Il n’y a, dit-il, de règles et de philosophie que celles venant de notre Mère la nature, ce sont les nôtres simples, vitales et passagères plus pour certains que pour d’autres.

Souvenons-nous que le Temps divin n’est pas le même pour tous et que la joie d’exister ne se mesure pas à la durée, car elle est de différentes sortes pour les uns par rapport aux autres.

Notre présence personnelle est harmonisée avec celle des autres, selon les plans du Créateur et par sa volonté qu’il ne nous appartient pas de connaître, car elle dépasse notre entendement.

Les matières qui nous font vivre et mourir et que nous connaissons sont elles aussi vivantes, comme toutes celles cachées qui ont leur propre existence.

Nous venons d’un inconnu et y retournerons sans doute dans le cycle d’une conception incompréhensible pour nous.

Ayons confiance en la nécessité d’être chacun à sa place, car elle fait partie d’une œuvre dont l’immensité demande à tous une modestie totale, tout en reconnaissant notre utilité passagère. »

Plus il parlait, plus il sentait qu’il traduisait, certes en l’imaginant, la voie secrète qu’il ressentait.

Pendant qu’il parlait, outre l’oiseau-mouche initial, d’autres de la gent ailée étaient venus l’entendre, tout comme la faune attroupée l’environnant et ses frères arbres, même les plus lointains, en incluant ici toute la végétation voisine qui avait la faculté de le comprendre.

Il continua ce prêche qui lui semblait être voulu et dicté par son créateur en donnant ensuite comme exemple sa propre philosophie, celle de sa longue existence.

« Je vous parle avec l’expérience d’un vieil Arbre qui a vu naître, vivre et mourir beaucoup de vos ancêtres en en acceptant les règles comme une nécessité, afin que cette grande œuvre dont nous sommes les acteurs et les spectateurs se poursuive selon les vues et désirs de notre père à tous.

Sachez que je suis heureux et remercie ce dernier à chaque instant lorsque je me nourris de la terre et de l’eau des entrailles maternelles, de l’air et de la lumière où je baigne, tout comme de la pluie qui me vivifie parfois ; il en est de même lorsque je vois la beauté de ce qui m’entoure et celle de mes frondaisons, en y accueillant tous ceux qui m’habitent avec bonheur, comme ceux qui me rongent.

Je ne demande rien et me satisfais de ce que je donne et reçois, en souhaitant qu’il en soit ainsi pour tous.

Le chagrin m’envahit, il est vrai, lorsque certains disparaissent par la faute d’hôtes indésirables ou par nécessité, maladie ou accident, en espérant qu’il existe pour ceux-ci la récompense d’un paradis des victimes dont le sacrifice est voulu selon les lois de la nature ; je pressens cela comme une offrande à notre Créateur.

Je présume qu’il faut vivre pour mourir et mourir pour que vivent d’autres, ce que bien sûr je n’envisage pas pour moi aujourd’hui, comme tant d’autres, je l’imagine, qui pensent seulement au présent.

Je jouis momentanément de ce bonheur, de cette paix qui nous unit, nous entre Arbres particulièrement, nous qui nous entraidons si besoin et échangeons nos émotions après avoir tant souffert du Déluge il y a bien longtemps ; mon père évoquait ce drame, se souvenant de ce que nos aïeux avaient enduré pendant quarante jours.

J’étais alors un Arbre apprenti qui se découvrait ; je devins compagnon de la forêt, Arbre entre les Arbres, en me connaissant moi-même et en apprenant à comprendre les autres formes existantes, avant de devenir maître parmi les maîtres lorsque je me mis à porter les fruits d’une connaissance première retrouvée qui est la reconnaissance de l’univers et de son Grand Maître.

Mon géniteur devenu patriarche nous expliquait que cette catastrophe était advenue pour punir les fautes d’une race de prédateurs qui ne sont pas encore venus jusqu’à nous, que l’on appelle hommes et qui ressembleraient aux singes qui peuplent notre forêt.

Mes ancêtres, d’après les commentaires de frères de régions éloignées, les accusaient de tous les maux, dont celui de nous massacrer et de nous brûler, tout en voyant, ce qui me semble pervers, en nous des signes divins.

Quelles étaient les pensées de ces Arbres d’antan que sacrifiaient ces animaux-là ? Pourquoi notre créateur les avait-il fait naître et se multiplier selon ces témoins ?

Quelle serait notre attitude s’ils nous envahissaient ? »

Il posa alors ces questions à la voix qu’il avait entendue.

Après un long silence qui fit penser à notre ami que c’était un mystère comme tant d’autres jamais dévoilés par le Très-Haut, celui-ci se fit entendre.

« Comme la disposition de vos ramures qui vous donne en quelque sorte l’équilibre, tout dans ma création est symbolisé par un objet que vous ne connaissez pas qui est la “balance”. Elle pèse les contraires, elle juge les hommes dont tu viens de parler, le bien, le mal, le beau et le laid, le bonheur et la souffrance. Elle se révèle dans le jour et la nuit, dans le chaud et le froid, dans le sec et l’humide, dans tout ce qui semble s’opposer, mais qui par ma volonté se complète ; vous, les Arbres, êtes le symbole de cette convergence harmonieuse entre vos troncs et vos branches. N’oubliez pas que la soif appelle l’eau, le froid le feu, la souffrance le bien-être et tant et tant d’autres exemples de mon œuvre où les contrastes se répondent.

La mort, dit-il, sublime mes créations, dont celle des Arbres, au profit du bien et du mal à la fois. Elle est le symbole de cette ineffable concordance et stabilité dans cette nature où tu existes.

Ce qui te concerne, tu le vois là dans l’existence des animaux qui t’entourent et qui disparaissent, comme les créatures funestes dont nous avons parlé, en s’éliminant au profit des règles de la survie des espèces entre elles.

Tu es un être vivant et tu disparaîtras de la terre sans toutefois me quitter, tué par le temps, la foudre, par ces futurs envahisseurs ou toutes sortes d’autres prédateurs que tu connais déjà.

Ne crois pas que les hommes te détesteront, non, ils t’aimeront pour se satisfaire et même ils te célébreront ou te demanderont d’être l’intermédiaire de leurs prières en se servant de statues faites de la chaire de toutes sortes d’Arbres.

Ainsi, je l’ai voulu tout en pensant que rien ni personne n’est parfait, même moi qui m’autopardonne. »

Lorsqu’il prononça ce qui ressemblait à une sentence, un orage éclata comme un point final et le ciel pleura longuement.

Pour clore cette histoire d’amour encore une fois fictive pour les Arbres, que je comparerai souvent à tort semblable à nous, je pense nécessaire de citer deux études récentes concernant les facultés de ces compagnons.

Dans la première, l’auteur Eduardo Kohn, dans son livre « Comment pensent les forêts », donne des facultés, hors de celles des humains, au monde vivant végétal entre autres, en comparant leur état d’âme si l’on peut dire avec nous d’une part, et d’autre part en indiquant un état d’esprit sur trois plans, d’un ordre différent du nôtre, comme l’instinct, rattachable au subconscient originel peu ou pas du tout perçu par l’homme, car d’un autre genre.

La seconde, écrite par Peter Wohllben dans son ouvrage « La vie secrète des Arbres, ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent », est d’une inspiration différente, mais parallèle, avec des exemples de type scientifique pris sur la nature du comportement, sensoriel, allons jusqu’à dire spirituel, des Arbres entre eux et avec ce qui les entoure, participant à leur existence ou leur mort. L’auteur prête aux Arbres, ce qui me semble d’un certain côté excessif, des aptitudes à la solidarité, car voulant rapprocher leur vie de celle des hommes, évoquant des attitudes familiales ; parlant aussi de chimie amoureuse et d’émotions, il mélange les genres à mon humble avis.

Malgré cela, pour moi, ce ne fut pas une révélation, car j’ai toujours cru que le foisonnement des symboles tant philosophiques que religieux prouvait que depuis les temps immémoriaux, il a existé un dialogue, certes muet pour nous, car inaudible à notre niveau, avec un système de communication presque télépathique et quasi primordial avec nos frères les Arbres.

On pourrait évoquer que la reconnaissance tardive en ces temps modernes des diverses faces de l’âme universelle fut oubliée, alors que certains théosophes comme Lao Tseu l’affirmaient, certes de manière différente.

En fait, la philosophie imaginaire de mon Arbre, inspirée par certaines croyances humaines, est, par certains côtés, proche de la mienne, vous l’avez bien compris à travers ce que j’ai écrit concernant ces semblables depuis plus de trente ans. Oserais-je dire que la noce de tous les éléments de la création devrait être en fait celle célébrant une religion universelle originelle, au lieu de l’avoir souvent oubliée au profit de croyances substituées, en mettant l’homme à part, pour ainsi dire souvent au centre de l’univers, et non comme étant une très petite part du tout ?

Cet isolement égoïste pourrait mener à la perte de l’humanité si elle ne se réintègre pas, en toute modestie, à l’universalité mystique de la nature ici bas et bien entendu du cosmos.

LÉGENDES D’ARBRES

Arbres de Vie, Arbres de Mort

Au bord d’un cimetière coulait une rivière, quelques Ifs et Cyprès montant la garde près de tombes conversaient au-dessus de hauts murs de pierre avec des Trembles et des Saules pleureurs dont les branches s’inclinaient, touchant l’onde. De ces dialogues émanaient des réflexions spirituelles et philosophales que me rapporta un corbeau du voisinage souvent perché sur leurs ramures. C’était souvent la nuit et sous la pleine lune qui tenait ce monde éveillé que ces propos pleins de sagesse s’échangeaient. Le plus vieux des corbeaux en qui s’était installée peut-être l’âme d’un Juif, comme le prétendaient certains qui s’appelaient Salomon, hébreu bien connu dont il se disait être l’ancêtre d’un oiseau auquel parlait ce roi légendaire. Il avait avec ses congénères compilé le bavardage des Arbres en y ajoutant ses propres pensées pour en faire une synthèse des plus instructives. Le langage des corvidés m’étant familier, je vais tenter de vous en rapporter la teneur. Mais avant cela, parlons de ces interlocuteurs enracinés dans la mère matrice où circulent les mêmes flux vitaux pour nos frères arboricoles en ces lieux et dont les racines se touchaient sans doute sous les moellons de cette enceinte.

Pour comprendre ce qui va suivre, il faut évoquer avant ce que les mythes disent de ces Arbres : la légende du Cyprès est tirée de la mythologie grecque qui lui a donné son nom. Un ami d’Apollon, appelé Cyparissos tua, sans savoir l’amour que lui portait le Dieu, un cerf ou une biche selon les sources, et devant son désespoir implora la mort ; voyant le repentir du chasseur, les juges de l’Olympe en firent un Arbre, lui donnant une autre vie. Une autre histoire raconte la noyade des filles d’Étéocle, pleurant leur père défunt que la Terre Mère sauva des eaux, les transformant en Cyprès. Là où on enterrait les chrétiens, on les plantait pour leur parfum qui embaume et parce qu’ils signifiaient l’espérance de l’au-delà en étant le lien entre le bas et le haut. Origène en fait un symbole de vertu et Thucydide rapporte que ceux morts pour la patrie étaient ensevelis dans des cercueils en bois de Cyprès. En Asie, il signifie longévité et immortalité, et revêt en Perse antique une signification sexuelle de par son parfum.

L’If, son voisin, ici dans notre histoire a une signification plus inquiétante, portant le nom d’Arbre de la mort tant en allemand Todesbaum qu’en italien Albero della Morte, car poussant dans des terrains incultivables ; ses baies donnent un poison ayant fait passé Judas en enfer dans un acte suicidaire au lieu de se pendre selon une autre version. Au Moyen-Âge, on prétendait qu’il avait un pacte avec le Diable, car presque immortel, toujours vert, repoussant les animaux et souvent solitaire. L’If est aussi, dans certains blasons, un symbole de royauté ; il est supposé être l’ancêtre des Arbres ayant porté l’écriture « oghamique » des Celtes dans les premiers siècles de notre ère, gravée en traits horizontaux ou obliques sur son bois. Les druides lui vouaient une reconnaissance divine en liaison avec l’au-delà de la vie des hommes. Enfin, ses propriétés de souplesse et de résistance firent qu’il fut employé pour tuer sous la forme d’arcs et de flèches en faisant un Arbre de la Mort dans les pays des redoutables archers anglais ou écossais. Il fut donc redouté et vénéré dans la culture celtique.

Avant de sauter le mur, il faut rappeler que le Cyprès et l’If tous deux symbolisent la vie éternelle avec leur feuillage persistant et leur droiture, celle de la force de la terre montrant le ciel comme domaine des Dieux et des élus. Venons-en au Saule pleureur, penchant ses branches dans la rivière. C’est un Arbre sacré en Extrême-Orient, pouvant être comparé à l’acacia de nos rites comme dans la « Cité des Saules » où les loges des initiés étaient celles de l’immortalité il y a des millénaires en Chine alors qu’au Tibet il était Arbre de Vie. Dans la maçonnerie, Noachite dite Napoléonienne, il représente l’Empereur et le malheur de la défaite. C’est son mariage entre trois éléments fondamentaux – la terre, l’eau et le ciel – qui lui conféra à la fois ces qualités divines et celles plus terrestres de fécondité chez les humains. Sa forme évoque la tristesse, mais en Inde c’est une figure de fertilité humaine et Lao Tseu aimait pour méditer se placer sous son ombre. Dans les croyances celtes, il est dit qu’à l’origine deux œufs écarlates du serpent de mer de la création contenant le Soleil et la Terre furent déposés dans les branches d’un Saule jusqu’à leur éclosion.

Il est pour nous « l’Arbre des Lamentations » bibliques des Hébreux en exil : « Nous sommes assis sur le bord des fleuves de Babylone et là nous avons pleuré en nous souvenant de Sion ; nous avons suspendu nos harpes aux Saules… » Ce psaume fut interprété comme un signe de détresse, mais aussi de chasteté, la musique étant l’expression souvent du désir amoureux ; l’absence de celle-ci rejoint une autre particularité admise par certains, celle où les feuilles du Saule infusées donnent un breuvage qui éteint la sensualité. Longtemps il fut associé à l’idée de mort, mais aussi de mauvais sort et de sorcellerie dans le nord de l’Europe.

Sur la rive, les voisins des Saules étaient des Trembles, appelés ainsi, car leurs feuilles s’agitent dès le moindre souffle de vent. Résistant par magie à ce rythme fébrile qui pourrait le fragiliser on le dit courageux et c’est ainsi que dans l’Antiquité il est consacré aux héros morts en combattant. Il aime le bord des cours d’eau et le bruissement de son feuillage peut charmer, mais être aussi lugubre. Ses feuilles sombres d’un côté et argentées de l’autre symbolisent la lumière et l’obscurité, la vie et la mort étant unies en chacun de nous. Le bois du Tremble, de ce peuplier a été employé pour le feu des sacrifices offerts à Zeus, car étant l’image de la dualité de l’existence.

Il faut avant de commencer à écouter notre ami Salomon dire qu’à l’inverse de l’If et du Cyprès, le Saule pleureur et le Tremble retrouvent leur nudité primordiale chaque année en perdant ce qui leur servait de parure. On doit aussi ne jamais oublier que ces quatre Arbres, comme beaucoup d’autres, ont une relation étroite avec le destin de l’homme qui lui sera créé par Dieu après leur naissance, ce que l’on verra tout à l’heure.

Le plus haut, le Peuplier, qui voyait très loin au-dessus du mur jusqu’à la bourgade voisine, geignait, se plaignant d’avoir été agacé par le vent qui l’avait éprouvé ce jour-là, commençant à lui arracher ses feuilles argentées. Le Saule reprit cette plainte d’automne en critiquant ce Zéphyr qui avait encore la douceur de l’été, mais dont la musique annonçait la mort. Ces jérémiades nocturnes réveillèrent ceux du domaine mortuaire que cette angoisse annuelle du dépouillement ne concernait pas. Vous vous apitoyez pour rien, car vos ornements renaîtront dans quelques mois après que vous ayez retrouvé votre nudité adamique. Vous êtes dans la vie alors que nous veillons au garde-à-vous sur le pays des trépassés. Le plus petit du lot, le Pleurnicheur, avec du mal à relever quelques branches, répondit en bredouillant qu’il pleurait aussi les défunts, dont les soldats des champs de bataille, dus à la folie des hommes, mais qu’il croyait au renouveau perpétuel et à la vie éternelle. Un silence de mort s’en suivit avant que l’If lui répondît : « Nous sommes tous ici des symboles de la vie et de la mort comme les hommes nos bourreaux l’ont compris. Pour ma part, je ne peux nier que mes semblables se sont vengés d’eux en les empoisonnant, mais aussi grâce à l’habilité des archers. Je dois aussi leur rendre hommage, car ils nous vénéraient, précisément au temps des Celtes puis des Gaulois. » Le Cyprès surenchérit, parlant du respect des hommes à leur égard, associant des récits d’amour dont ils furent les acteurs à des qualités vertueuses. Les corbeaux qui s’étaient tus jusqu’à présent approuvèrent par des claquements de becs et des effets d’ailes. Le Peuplier prit de la hauteur, ce qui était normal, et recentra les débats sur la verticalité de ce lien véritable qui relie la Terre au Ciel, ce qui fit baisser la tête et les bras du Saule qui n’y retrouvait rien de conforme à son image, mais resta attentif au discours suivant.

« Sachez, mes frères, que les royaumes de terre, de l’eau et du Ciel s’unissent dans nos entrailles. Nous sommes un endroit intermédiaire que l’on peut considérer comme une alliance divine et cela m’amène à parler de l’Arbre de la Vie dont parlent les hommes alors que l’on nous associe souvent à la Mort. Ces hommes, mes chers condisciples, apparurent sur Terre bien après nous. En ce temps-là le Créateur nous avait donné la vie éternelle dans la paix et l’harmonie d’une nature paradisiaque qui fut mise à mal parce qu’il voulait créer un être pour y voir son image. Il ordonna à un palmipède de plonger dans l’océan pour ramener de la terre et du limon afin de façonner de ses deux mains une bête ressemblant à ceux qui gisent ici bas dans ces cercueils. Plus tard, peut-être pour rappeler cette vieille histoire, on dit que Jésus façonna un oiseau de la même manière, puis ayant reçu la vie il s’envola. Dieu donna ensuite à ce personnage une femelle qui l’entraîna dans sa chute. Avant cela, Dieu avait autour de lui des anges pour effectuer sans doute certains travaux nécessaires à l’embellissement de son œuvre, dont un certain Belzébuth, un mauvais esprit qui n’appréciait pas la supériorité du maître qui gardait secrète l’étendue de son pouvoir merveilleux. Il y avait dans les jardins d’Eden des sources dont une était interdite à tous, car Yahvé seul s’y désaltérait à côté d’un pommier, ce qui créa une confusion dans l’esprit de quelques rapporteurs ailés tels Gabriel, Michel ou un autre, car qui d’autre aurait pu raconter les sornettes que l’on nous a apprises. Le Démon, qui était très beau, en plein été par une chaleur caniculaire, emmena la femme d’Adam qu’il séduisait et se laissait courtiser pour boire de cette eau interdite qui à son avis était meilleure que toutes les autres. Recueillant ce liquide délicieux dans la coque d’un fruit qui n’était pas défendu comme tous les autres, il fit boire la belle qui, trouvant un goût délicieux, en offrit à son homme. Non seulement elle avait été prête à en aimer un autre, mais elle fut la cause du drame que vous connaissez et qui nous entraîna, nous aussi les Arbres, dans la perte de l’éternité et du bonheur. Comment peut-on penser, alors que l’eau logiquement est le symbole de la vie, qu’une pomme venant d’un des nôtres ait pu être complice du Démon ? Cette fausse nouvelle à tort nous associa d’une certaine manière, certes indirecte, à la mort. « Les corvidés, eux aussi accusés d’être funestes, applaudirent à nouveau de leur manière et très bruyamment. L’If, l’Arbre le plus vieux des Arbres dans les légendes, confirma cette erreur de la Genèse que ses ancêtres connaissaient bien et évoqua le sujet qui lui tenait à cœur depuis. Oui, nous mourrons par la faute d’une femme et d’un homme ainsi que tous les végétaux, comme le disait l’alchimiste et poète William Blake, comparant notre décès avec celui des laitues, et nous avons été les sujets et les témoins des supplices de leurs successeurs jusqu’au jour, il y a plus de trois ou quatre mille ans, où ils nous accordèrent des pensées salvatrices. La duplicité de ces êtres-là nous vouait aussi bien à la mort qu’au respect, qu’à la reconnaissance, mais aussi à la dévotion, car notre exemple les impressionnait dans leur imaginaire, devenant une partie du germe de leurs pensées contemplatives. Nous, les Arbres précurseurs des colonnes des temples, devinrent bibliques par Jessé et Saint-Jean qui, dans son Apocalypse, voit notre présence tel “un Arbre de Vie fructifiant douze fois, donnant son fruit chaque mois dont les feuilles guériront les nations”. »

Le Saule salua la connaissance de l’If vénérable et évoqua le pardon accordé aux Juifs, leur permettant la fin de l’exil, mais aussi leur repentir quant à la crucifixion de Jésus. Il fut interrompu par le Cyprès revendiquant qu’un de ses lointains aïeux supportât ce dernier à son corps défendant, si l’on peut dire, ce qui reste à prouver dans tous les sens du terme. À ce moment, la lune se voila, un orage éclata, faisant taire les Arbres par la voix du tonnerre.