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« A un moment il s’est mis derrière moi, les bras autour de ma taille il a marché dans mes pas, c’était nouveau et fou, il m’embrassait dans le cou, je riais, je me sentais entourée, légère, comblée. » Comment unir les réalités de l’amour humain et de l’amour pour le divin ? Ce livre raconte l’histoire authentique et captivante d’une femme qui aspirait à la fois à une relation intime et profonde avec un homme et à l’exploration du monde intérieur. Sa passion pour un étranger lui permet d’éprouver que la communion sensuelle est aussi spirituelle. Sa vie passe par un parcours riche en rebondissements pendant qu’elle se débat avec la décision de quitter éventuellement son pays. Dans son cheminement elle réalise que le but de sa vie est avant tout la recherche de l’absolu. Elle découvre la voie d’une ancienne tradition dévotionnelle, qui l’amène à vivre des expériences intenses. Ils s’engagent tous deux sur cette voie.
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Seitenzahl: 224
Veröffentlichungsjahr: 2014
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Remerciements
J’aimerais exprimer ma gratitude à Jean-Marie Lelièvre, avec qui j’ai beaucoup appris et dont les encouragements m’ont donné confiance.
Ma vive appréciation va à Gervaise Boucher, Madeleine Legault,
Sylvie Rousseau-Kohlberg et Michèle Wilhelm, pour leur lecture attentive du manuscrit et leurs remarques judicieuses.
Enfin, je voue toute ma reconnaissance à mon mari et à mon fils, Jean-François Benoist, pour leur soutien indéfectible et leurs précieux conseils.
« Il existe une pulsion presque irrésistible à s’unir avec l’énergie opposée ou l’autre polarité. Cette pulsion physique est d’origine spirituelle. »
Eckhart Tolle
Prologue
Danse
Nouvelles voies
Du neuf avec du vieux
Retrouvailles
L’improbable
Célébration
Sans lui
L’amour qu’on veut avoir…
A bras ouverts
Coup de pouce du destin
J’y vais
Apprivoisements
Peurs et audaces
Conflits
Pas question
On remet ça
La voyante
Initiation
Comme par le courant d’une rivière
Ma colère et moi
Moment de béatitude
Pour de bon
En bonne compagnie
Le soutien arrivait par la poste
Energie universelle
Chanter le divin
La robe de mariée
La danse continue
J’avais dix-neuf ans. Une copine du collège de filles où j’étudiais nous a offert de nous lire dans les lignes de la main. Je me demandais si elle savait bien le faire. J’ai quand même accepté, avec un mélange de scepticisme et de fascination. Elle a dû me dire plusieurs choses ; la seule dont je me souvienne, c’est qu’à la quarantaine, il y aurait un changement dans ma vie, de nature spirituelle.
Sa prédiction s’est réalisée. Après le cap des quarante ans, des chemins se sont ouverts à moi qui m’ont amenée à m’éveiller au sens profond de l’existence. Ce qu’elle n’a pas dit, je crois, c’est que je rencontrerais un homme avec qui je vivrais une relation passionnée, et que nous réussirions à surmonter de grandes difficultés pour être ensemble.
Ces tournants inattendus que ma vie a pris, je veux les raconter et exprimer mon émerveillement devant les voies mystérieuses du destin.
Ça s’est passé à Lund, en Suède, en plein mois d’août, pendant un congrès international qui réunissait plus de mille participants. Une rencontre, qui allait changer ma vie.
C’était un congrès en linguistique appliquée, qui avait lieu tous les trois ans. J’avais participé au précédent, à Montréal. En assistant aux exposés je m’étais dit que nous aussi, du Ministère de l’immigration, nous pourrions faire part du travail que nous faisions auprès des immigrants adultes qui apprenaient le français.
J’avais soumis une proposition de communication, elle avait été acceptée. Le Ministère défrayait le voyage. J’étais fière de représenter le Québec.
Le congrès durait cinq jours. Les présentations étaient intéressantes, les choix parfois difficiles entre plusieurs communications. Je m’efforçais d’assister à celles qui étaient pertinentes pour nous.
J’avais aussi une arrière-pensée, un espoir : peut-être, sait-on jamais, ferais-je la connaissance de quelqu’un ?
Je cultivais le rêve, tenace, de connaître un homme avec qui je pourrais refaire ma vie, réussir ce qui n’avait pas marché la première fois, avoir un compagnon avec qui je serais heureuse. Je cherchais déjà depuis quelques années, je m’étais même inscrite à un club de rencontre. J’avais effectivement connu des hommes, mais ce n’était jamais le bon.
On était vendredi, le dernier jour du congrès. Ça n’avait pas marché, je n’avais pas fait de rencontre. J’avais passé mon temps libre avec un collègue de Montréal et avec Nicole, une ancienne compagne de cours retrouvée avec plaisir.
Le soir, Nicole m’a proposé de diner chez une amie à elle, une Suédoise, qui nous servirait le plat traditionnel du 15 août, des écrevisses. J’étais très contente, j’aimais bien connaître les coutumes du pays. On a eu un souper agréable, on a beaucoup décortiqué de petites crevettes, et on les a mangées avec appétit. L’amie nous a parlé de la tradition qu’on fêtait, elle a raconté que les écrevisses venaient de Suède, à l’origine, maintenant elles étaient importées de Turquie. Après le repas, je voulais aller à la soirée de clôture, il y aurait de la danse. Elles, elles ne voulaient pas y aller.
J’aime danser, glisser sur un parquet de danse en harmonie avec la musique. Quand j’avais vingt ans, j’allais au Centre espagnol à Montréal, il y avait de bons danseurs, je m’en donnais à cœur-joie.
En arrivant à la soirée, j’ai vite jugé la situation : beaucoup de longues tables où il y avait des gens assis, surtout des femmes. Si j’allais me placer là personne ne viendrait me chercher. D’ailleurs je n’aurais pas su avec qui m’asseoir, je connaissais peu de gens. Je me suis plantée au bord de la piste de danse, je pensais que là j’aurais plus de chance.
Après quelques minutes un homme est venu m’inviter, un linguiste connu que j’avais vu sur les tribunes. J’étais flattée, et contente que ma stratégie ait marché. On a commencé à danser, un peu maladroitement. Une femme qui dansait à côté de nous s’est mise à parler à mon compagnon, ils ont échangé quelques phrases, et puis quelqu’un, je crois bien que c’était moi, a suggéré qu’on change de partenaire pour qu’ils puissent continuer leur conversation.
Le contact a été tout de suite agréable, pas maladroit du tout. Il était un peu plus grand que moi, avait un visage aux traits pleins, le front haut, de grands yeux bleus, les cheveux châtains, une barbe et une moustache. Je me sentais bien dans ses bras. Il me tenait avec assurance, près de lui, presque ventre contre ventre, je n’avais pas de mal à le suivre. Il m’a demandé mon nom, le prénom et le nom de famille, et il s’est mis à les répéter, comme pour s’en pénétrer. Il avait une belle voix grave.
On a continué à danser, c’était facile, je n’avais qu’à me laisser guider. Du coin de l’œil, j’ai vu le collègue avec qui j’avais passé du temps pendant le congrès. Les bras croisés, appuyé à une colonne, il avait l’air d’attendre. On n’avait pas rendez-vous, mais je savais que c’était moi qu’il attendait. Puis je n’ai plus fait attention à lui. J’ai goûté l’harmonie des mouvements de mon partenaire. Quand un air de danse finissait, on restait debout, sans se détacher, jusqu’à ce que la musique recommence. Une force subtile nous tenait ensemble.
Puis tout à coup, les musiciens ont cessé de jouer. Il était à peine onze heures. Les soirées finissaient tôt en Suède. Il fallait bien arrêter. On s’est retrouvés debout l’un devant l’autre, le charme rompu. Christoph, c’était son nom, m’a demandé de l’attendre, il devait parler à des amis, il allait revenir. Je suis restée là, déconcertée, pendant quelques minutes, et puis je me suis trouvée bête d’attendre comme ça quelqu’un que je ne connaissais pas. Je suis allée retrouver mon collègue, on est rentrés en marchant lentement dans la nuit tiède.
Le lendemain matin, quand j’ai retrouvé Nicole, je me sentais toute drôle. Je me disais que je n’aurais pas dû partir la veille. Ce n’était pas seulement une pensée, c’était une sensation au creux de l’estomac, comme ce que je ressens quand j’ai fait une bêtise. En marchant avec elle pour aller à la gare, je lui en ai parlé, dans l’espoir de soulager mon malaise, mais ça ne m’a pas vraiment aidée. L’émotion ne me quittait pas.
On est allées se renseigner sur une excursion. Nicole avait entendu parler de la ville d’Ystadt, elle suggérait qu’on y aille le lendemain. On a constaté qu’on avait besoin de nos passeports. Il fallait retourner à l’hôtel les chercher. Plutôt que d’aller à pied on a décidé de prendre l’autobus.
A l’arrêt de l’autobus, il attendait là, mon danseur de la veille. On s’est regardés, sidérés. Il avait la bouche ouverte d’étonnement, comme s’il n’en croyait pas ses yeux. Nicole a compris tout de suite. Quand l’autobus est arrivé, elle a dit :
- « Je crois qu’ il voudrait être avec toi. Je vais m’asseoir toute seule dans l’autobus. »
On s’est mis l’un à côté de l’autre. Il a pris ma main, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. J’ai aimé le contact de sa main chaude.
En arrivant à l’hôtel, il m’a demandé combien de temps je restais encore à Lund. J’avais prévu jusqu’au lundi matin. Lui, il devait repartir cet après-midi-là. Sur le champ il a décidé de rester jusqu’au lendemain et il est allé informer son collègue avec qui il avait prévu une séance de travail dans l’avion.
Comme il devait quitter sa chambre, il m’a demandé si je viendrais avec lui pendant qu’il finirait ses bagages. J’ai accepté. Assise dans un fauteuil à haut dossier, typiquement scandinave, je le regardais aller et venir, mettre des choses dans sa valise. Je pensais, je ne vais quand même pas faire l’amour avec lui maintenant, c’est trop tôt. Bien sûr j’étais une femme libérée, mais justement, j’avais pris la résolution d’attendre pour faire l’amour quand je ferais la connaissance d’un homme. Je cherchais ce que je pourrais bien proposer pour éviter de tomber tout de suite dans ses bras. J’ai eu l’idée de suggérer qu’on aille se promener au jardin botanique juste à côté de l’hôtel.
Il avait fini sa valise. Je me suis levée. Il s’est approché de moi, sa main est remontée le long de mon bras, lentement. On s’est embrassés, un baiser profond, sensuel. J’ai ressenti une immense envie de m’abandonner, de céder à l’envoûtement. Tant pis pour ma résolution, je ne voulais plus résister. Je me suis laissée emporter comme par une vague, par une magie plus forte que nous qui guidait nos gestes.
Après l’amour on est restés blottis l’un contre l’autre. Dans ce moment d’après l’orgasme, je ressentais une paix profonde, qui s’irradiait dans tout mon corps. Puis je me suis levée, je suis allée à ma chambre qui était près de la sienne. J’ai pris une douche. Nicole a frappé à ma porte, je n’ai pas eu besoin d’expliquer longtemps. On s’est mises d’accord pour se retrouver le lendemain matin.
Je suis retournée à la chambre. Couché dans le lit, Christoph avait les bras croisés derrière la tête. Je me suis allongée près de lui, j’ai mis ma tête sur son épaule. J’ai demandé :
- « Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui nous arrive ? »
- « C’est l’ énergie, c’est juste l’ énergie. »
On est sortis dans le bel après-midi d’été, le soleil sur nous chaud et agréable. On est allés au jardin botanique. J’avais faim, assise sur l’herbe j’ai pelé une orange, le jus me coulait sur les doigts qu’il s’est empressé de lécher, notre attirance nous rivait l’un à l’autre comme des aimants.
J’ai insisté pour qu’on aille manger, au restaurant on a commandé des fruits de mer. Je mangeais avec appétit mais lui, il touchait à peine à son plat ; après chaque bouchée, il s’arrêtait pour me regarder, fasciné. J’essayais de l’arracher à sa contemplation, flattée et embarrassée par son intensité. Je disais : « Mange un peu ! ». Mais ça ne l’intéressait pas.
Ensuite on a flâné dans le vieux quartier de Lund, ravissant avec ses maisons basses à colombages, les roses trémières se détachaient sur les murs blancs, la chaleur du soleil était bonne, pas accablante comme dans les pays du sud. Le regard qu’on posait sur les choses était semblable. A un moment il s’est mis derrière moi, les bras autour de ma taille, il a marché dans mes pas, c’était nouveau et fou, il m’embrassait dans le cou, je riais, je me sentais entourée, légère, comblée. J’avais un sentiment de fête.
Je ne pensais pas, je ne voulais pas penser à ce qu’il m’avait dit tout de suite, dès notre première conversation dans l’autobus. Je lui avais demandé s’il était marié, il avait répondu que oui et qu’ils avaient deux jeunes enfants. J’avais pris note intérieurement, voilà, ce n’était pas quelqu’un avec qui je pouvais refaire ma vie. J’avais mis cette pensée de côté.
Il ne m’a pas parlé de sa vie, ni moi de la mienne. Je ne pensais qu’à goûter ce moment exquis, où rien ne comptait que lui et moi, et ce sentiment d’unité, comme si on s’était toujours connus.
On a marché longtemps, dans les rues, dans des parcs, tantôt enlacés, tantôt en se tenant la main. On s’est assis sur des bancs, goûtant la beauté de la nature, le calme de cet après-midi doré. Il n’arrêtait pas de me dire que j’étais belle, qu’il m’aimait, il était emballé et je me laissais porter par son enthousiasme. C’était bon, ma main dans sa grande main chaude, c’était bon, ses baisers sensuels et tendres.
Moi aussi, je le trouvais beau, j’aimais son visage viril aux traits forts, ses grands yeux expressifs, sa bouche sensuelle que la moustache cachait un peu.
Le soir est venu, une soirée d’été scandinave où le soleil n’en finit plus de disparaître, où la lumière s’étire et ne veut plus quitter. J’ai dû le rappeler à la raison pour qu’on rentre. On est allés dans ma chambre, ma compagne était partie, l’autre lit était libre. D’abord, il ne voulait pas dormir mais j’ai insisté, alors on s’est blottis l’un contre l’autre dans un des lits, peu à peu on s’est calmés, puis j’ai changé de lit et j’ai réussi à dormir.
Le lendemain, au moment de partir, il m’a prise dans ses bras, il avait un avion à prendre mais il n’avait pas envie de me quitter. Il m’a fait promettre de lui téléphoner ce soir-là à Berlin. J’ai répondu à son étreinte, je ne ressentais rien, j’étais même un peu soulagée qu’il parte : après tant d’intensité, j’avais besoin de me retrouver seule. Je suis descendue prendre le petit déjeuner au rez-de-chaussée. Tout à coup, à travers les fenêtres, je l’ai vu dehors. Il m’a fait signe d’ouvrir une porte qui ne s’ouvrait que de l’intérieur, il est entré et il m’a encore prise dans ses bras, et puis il est parti.
Ensuite je suis allée à Ystadt en voiture, avec Nicole et des amis qu’elle avait retrouvés. Cet après-midi là, je me promenais dans la ville avec eux. Je flottais, c’était irréel. Je venais de vivre un tourbillon, et je me retrouvais avec des gens que je connaissais peu, dans une ville dont j’avais du mal à capter la beauté. On est entrés dans une petite église, quelqu’un jouait de l’orgue, j’ai été émue aux larmes.
Le soir je l’ai appelé d’un téléphone public de l’hôtel. J’avais amassé de la monnaie et pendant qu’on parlait je devais constamment remettre des pièces. Il m’a raconté que le matin il avait raté son avion et qu’il avait passé l’après-midi dans un champ près de l’aéroport à penser à moi et à m’écrire une lettre. Je lui ai donné l’adresse de l’hôtel d’Amsterdam où j’avais dormi à l’aller ; je pourrais aller y chercher sa lettre quand je repasserais dans cette ville.
Il m’a redit qu’il m’aimait, qu’il voulait me revoir. Il m’a demandé si je ne pourrais pas changer mon itinéraire de retour pour passer le voir à Berlin. Ça me paraissait difficile, j’ai quand même demandé combien de temps il aurait à me consacrer, il a répondu moins de 24 heures. Je me suis dit qu’il ne manquait pas d’audace, demander un tel effort de ma part pour si peu de temps. Mais il insistait tellement, j’ai promis de m’informer.
Le lendemain je me suis réveillée prise de panique. Je ne voulais pas de ça. C’était un amour impossible. J’avais déjà vécu une relation avec un homme marié, elle avait mal fini. J’avais juré de ne plus jamais accepter une telle relation. Et puis il avait de jeunes enfants, je ne voulais pas toucher à ça. En plus, il vivait en Allemagne, au bout du monde pour moi. Non vraiment, ça n’allait pas. Il fallait que je lui fasse comprendre que notre relation ne pouvait pas continuer. Les pensées tournaient dans ma tête, je cherchais comment lui faire accepter cela, il était tellement emballé.
Je ne savais pas comment m’en sortir, comme si je devais nager à contre-courant de son enthousiasme. Alors, j’ai pensé lui écrire que l’amour qu’il ressentait pour moi venait d’abord de lui, je n’étais que l’occasion de le manifester. Donc cet amour il devrait le reporter sur sa femme et ses enfants. Une idée qui venait de mes ateliers de développement, naïve peut-être, mais elle m’aidait, je m’y accrochais. Pendant tout le trajet en train vers Stockholm, où je me rendais avec Nicole, je formulais des phrases dans ma tête. Dès que j’ai pu je les ai écrites, je ne pensais qu’à ça. Finalement j’ai envoyé ma lettre.
A Stockholm, par acquis de conscience, j’ai vérifié la possibilité de changer mon billet d’avion : comme je le pensais, ce n’était pas possible, ça aurait coûté une fortune. Il fallait que je le lui dise. Deux jours plus tard, j’étais dans une autre ville, à Göteborg. De chez mon amie je suis allée à pied au bureau de poste pour lui téléphoner. Il pleuvait. Je l’appelais à Berlin où il travaillait avec un collègue. Il a eu du mal à accepter que je ne viendrais pas. Il demandait avec insistance si c’était vraiment impossible. Il aurait tellement voulu me revoir. J’ai expliqué comme j’ai pu, déconcertée par l’intensité de sa déception. Puis on s’est dit au revoir.
En sortant de la poste, j’ai marché dans les rues assombries par la pluie. Sous le parapluie mon cœur battait la chamade. Comment une conversation au téléphone avec lui pouvait-elle me chambouler à ce point ?
De retour à Amsterdam d’où je devais repartir pour Montréal, je suis allée à l’hôtel chercher sa lettre. J’ai ouvert l’enveloppe dans la rue, elle contenait quatre feuillets lignés, couverts d’une écriture serrée. Sur les derniers feuillets il y avait des phrases écrites en travers dans la marge. En marchant, j’ai lu les premières lignes : « Ma femme Québécoise. » J’ai pensé in petto, a-t-il une femme dans chaque port ? Une maladresse mignonne. La lettre était en anglais, c’est la langue qu’on avait parlée ensemble, avec quelques mots en français. Il connaissait le français mais n’était pas tout à fait à l’aise pour le parler.
Il me disait son amour, son désir, les conjuguait en mille mots. Il me voyait comme une femme droite et digne, une créature capable de se donner. Il se sentait à la fois fort et troublé, calme et « virulent ».
Il espérait qu’on se retrouverait un jour, mais si on ne devait plus se revoir, il me porterait en lui, dans le secret de son cœur, comme je le lui avais appris. Je ne savais pas que je lui avais appris ça. Il me disait ses efforts pour reprendre pied, il ne voulait pas souffrir, pourtant la tristesse montait en lui à certains moments.
Je lisais la plus belle lettre d’amour que j’aie jamais reçue, assise sur un banc le long d’un canal à Amsterdam, décor romantique s’il en est. Je percevais son cri poignant.
Je suis rentrée à Montréal. La vie m’a reprise. Christoph n’a pas répondu à ma lettre. Un mois plus tard, j’ai reçu une carte postale d’Espagne. Il y passait des vacances avec sa femme et ses enfants. Il terminait par : « je suis heureux ». Voilà, je pouvais tourner la page, il avait accepté ma suggestion. Je n’avais pas de regrets, j’étais soulagée.
J’ai continué ma vie comme avant, j’ai rarement pensé à ce que j’avais vécu en Suède. Une chose cependant avait changé : je ne cherchais plus. Sans que je puisse me l’expliquer, je n’essayais plus de trouver quelqu’un avec qui je pourrais refaire ma vie.
Avant ce fameux congrès et l’étonnante rencontre que j’y avais vécue, j’avais fait des pas importants dans ma vie. De nouvelles voies s’étaient ouvertes devant moi.
Premièrement, j’avais divorcé. Ça s’était passé sans difficulté.
J’étais déjà séparée de Bernard, mon mari. C’était lui qui était parti, mais j’étais d’accord. Cela s’était fait sans conflit, il n’avait pas contesté la garde des enfants ni le montant de la pension.
Un soir, il est passé chez moi. Il n’avait pas versé la pension des enfants à temps ; depuis notre séparation quatre ans auparavant, c’était arrivé à quelques reprises. Je l’avais appelé. Il est venu m’apporter un chèque.
Il est entré, on s’est assis quelques minutes. J’ai parlé des enfants, de ce qu’ils vivaient à ce moment-là. Il ne le savait pas, il les voyait peu. Il écoutait, faisait oui ou mm, avec sur son visage rond un sourire qui se voulait compréhensif, mais je sentais qu’il ne comprenait pas vraiment. Il n’était pas présent. J’avais l’impression de lancer une balle qui ne rebondissait pas, qui tombait dans le mou.
Au moment de partir, debout près de la porte, il a dit, avec sur son visage l’expression naïve que je connaissais :
- « Tu sais, moi, je t’aime toujours. »
Il m’avait dit ça plusieurs fois depuis notre séparation. J’ai souri, embarrassée. Je ne savais pas quoi répondre. J’aurais presque dit : « Oui, c’est gentil. »
J’étais perplexe. On ne vivait plus ensemble, mais on avait quand même une certaine relation. Je n’étais pas amoureuse de lui, je me sentais distante, mais d’une certaine façon, je l’aimais bien. Je voyais ses efforts pour surmonter son problème d’alcool. Ce qui manquait entre nous, c’était une vraie communication, on n’arrivait pas à se dire ce qu’on ressentait. J’avais pressenti ce problème déjà avant notre mariage, je l’avais épousé quand même.
Je me suis dit que si on divorçait, ça l’aiderait peut-être à se détacher de moi, et qu’il ne me ferait plus ces déclarations embarrassantes. Je l’ai appelé pour suggérer d’entamer les procédures. Il ne s’y est pas opposé, il a dit que si je prenais en charge le divorce, lui, il s’occuperait de faire annuler le mariage religieux. Pour moi l’annulation n’avait pas d’importance, mais pourquoi pas. Alors, j’ai payé seule le divorce, qui s’est fait rapidement. Désormais j’étais libre.
Deuxièmement, mon souhait de me rapprocher de mes enfants s’était réalisé d’une façon surprenante, qui m’avait ouvert de nouvelles perspectives.
Mes filles avaient 17 et 16 ans, mon fils 15. Je commençais à réaliser que nous n’avions peut-être plus beaucoup de temps à passer ensemble. Bientôt ils allaient devenir adultes, ils iraient chacun leur chemin. J’avais envie que tous les quatre, nous vivions quelque chose de fort, une expérience qui nous rapprocherait, avant qu’ils ne prennent leur envol. J’ai pensé à un voyage, au Mexique peut-être. Je leur ai annoncé que j’allais économiser mon argent pour que nous puissions voyager.
C’était l’été. L’automne suivant nous avons entendu parler d’un atelier de développement personnel. Il durait un week-end et coûtait quelques centaines de dollars. Des amis de mes enfants l’avaient vécu, ils disaient que c’était formidable. Anne-Marie, ma fille aînée, a voulu le faire. J’ai accepté de le lui payer. Quand elle en est revenue je n’ai pas remarqué beaucoup de changement en elle, sauf qu’elle semblait s’être fait des amis. Elle a continué à rencontrer le groupe. Elle était très seule depuis qu’elle avait manqué une année d’école à la suite de son opération au cerveau. J’étais contente qu’elle connaisse un nouveau milieu.
A une réunion où je m’étais rendue, dans un hôtel en ville, on faisait la promotion de l’atelier. Des participants des ateliers précédents essayaient d’amener les gens à s’inscrire en racontant leur expérience. Je les trouvais trop enthousiastes, je me méfiais. Je ne me suis pas inscrite.
Puis mon fils, Jean-François, a voulu aussi le faire. Quand il en est revenu, j’ai tout de suite vu qu’il avait changé. L’expression de son visage était plus ouverte, il se dégageait de lui une lumière, il rayonnait. Il s’est mis à parler avec moi, ce qu’il ne faisait pas avant. Une fois que nous venions de converser longuement, assis tous les deux à la table de la cuisine, il m’a dit :
- « Tu sais maman, avant l’atelier, je n’aurais jamais pu parler comme ça avec toi. Je ne t’ écoutais pas. Maintenant je t’ écoute. »
C’était vrai, il m’écoutait, je voyais qu’il était touché par ce que je disais. Alors j’ai pensé que si l’atelier avait eu un tel effet sur lui, j’aurais peut-être aussi quelque chose à aller y chercher. J’ai décidé de le faire.
L’atelier commençait un jeudi soir, et continuait jusqu’au dimanche soir. Le vendredi, j’ai eu 42 ans. Nous étions une centaine de personnes, hommes et femmes. Plusieurs animateurs ont présenté des exposés, nous avons fait des exercices en groupe, des jeux de rôle qui avaient pour thème les relations avec les proches, la famille, les émotions ressenties.
Dans l’exercice qui était le point culminant de l’atelier, chaque participant se présentait sur la scène – on disait aller à l’avant - et engageait un dialogue avec les animateurs, un homme et une femme. Ils avaient une façon de poser des questions qui amenait non seulement cette personne, mais aussi les autres participants, à voir où la personne était accrochée, quel pas elle devait faire pour mettre fin à son blocage. Pour certaines personnes, c’était pardonner à leur père ou leur mère, pour d’autres mettre fin à une relation devenue mauvaise, pour d’autres encore laisser partir une peur. Le climat était tel que la plupart des gens étaient prêts à s’ouvrir, à répondre sincèrement aux questions. Il devenait clair aussi que le pas que la personne devait faire dépendait d’elle totalement et qu’elle avait le pouvoir de décider. Quand la personne prenait la décision de s’ouvrir, les gens applaudissaient, se réjouissaient.
Je ne sais plus ce que j’ai dit quand je suis allée à l’avant. Je me souviens seulement que j’avais l’impression de ne pas être allée au bout, et alors que tout était fini, je me suis retrouvée avec la copine de mon fils. Je l’ai prise dans mes bras et j’ai pleuré à gros sanglots, elle représentait mes trois enfants à la fois. Après ma crise de larmes, je me sentais totalement ouverte, détendue. Cette fois j’étais allée au fond.
Quand je suis rentrée de l’atelier, mon autre fille Pascale a descendu l’escalier pour venir à ma rencontre, elle m’a regardée et a dit tout de suite : « Moi aussi je veux le faire. » Jusque là elle avait été très réticente. Alors elle y a participé le mois suivant.
L’atelier a eu un grand impact sur moi. A travers les exercices et les réflexions, j’ai pris conscience de l’armure de méfiance que j’avais bâtie autour de moi et j’ai abandonné des rancunes. J’ai été capable de pardonner des choses qui m’avaient marquée, et fait un premier pas vers une nouvelle capacité de faire confiance. C’était en quelque sorte un cours sur comment devenir une meilleure personne, plus ouverte
