Paul et Rémi - François Math - E-Book

Paul et Rémi E-Book

François Math

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Beschreibung

Voici l’histoire de deux frères qui se détestent depuis l’enfance. Lorsque Rémi, le plus jeune, fait un enfant à la fiancée de son frère Paul, cela devient de la haine et Paul cherchera à tuer son frère.
En 1914, les deux sont mobilisés pour partir en guerre. Un jour, en pleins combats, ils se battent dans les tranchées de la Marne. Paul, tombe dans une tranchée avec une baïonnette en plein cœur.
A-t-il été blessé par des balles ennemies qui pleuvaient à cet instant et s’est-il tué en tombant dans la tranchée ou a-t-il été poignardé par son frère ?
Le tribunal militaire ne cherchera pas à savoir et condamne ce frère criminel présumé, d’abord à une exécution, puis compte tenu des services exceptionnels de Rémi comme soignant, il est envoyé au bagne de Cayenne, l'enfer sur terre, et là-bas, la mort guette chaque bagnard à tout moment…


À PROPOS DE L'AUTEUR


François Math est né à Cannes en 1943. Docteur en médecine et Docteur ès sciences, Professeur Émérite, il a dirigé des équipes de recherche en Neurosciences cliniques ciblées sur les maladies neurologiques des enfants à Nancy, à Besançon, à Yale (USA). Il a écrit dix ouvrages médicaux et quatre romans. Sculpteur, il a été Président de l’Association des Artistes Médecins de Lorraine.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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François MATH

Paul et Rémi

La haine dans les Tranchées

Roman

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN Papier : 978-2-38157-194-2ISBN Numérique : 978-2-38157-195-9

Dépôt légal : 2021

© Libre2Lire, 2021

Avant-propos

La guerre de 14-18 a été une immense et monstrueuse boucherie. Si je donne un titre aussi noir à mon ouvrage, c’est parce que les meurtres évoqués ici ne furent pas des faits de guerre mais une fin bien triste pour une mésentente entre deux frères qui, dans les tranchées près de Verdun et de Reims, combattaient les Allemands.

Bref rappel chronologique de la « Grande Guerre » :

1914

13 Juin 1914 : crise des Balkans

28 juin 1914 : attentat de Sarajevo

Juillet 1914 : mobilisation en Russie puis en Autriche

Août 1914 : déclaration de guerre entre l’Allemagne et la France.

Septembre 1914 : bataille de la Marne puis de l’Aisne

1915 : Des troupes françaises sont envoyées en Turquie entrée dans le conflit depuis octobre 1914

Janvier 1915 : Opération dans les Dardanelles

Juillet 1915 : Défaite des Russes face aux Allemands devant la Berezina.

Octobre 1915 : Les Français et les Anglais débarquent à Salonique

1916 : février 1916 : offensive de Verdun

1917 : Mondialisation du conflit.

Février 1917 : révolution russe qui démet le tsar, puis c’est la révolution d’octobre au cours de laquelle les bolcheviks prennent le pouvoir.

1918, fin du conflit avec le cessez-le-feu signé à Rethondes.

1.

Jean-Baptiste se réjouissait.

En ce 24 décembre 1881 naissait son deuxième fils, qu’il appela Rémi.

C’était un beau bébé joufflu, qui cherchait le sein avec avidité.

Tout laissait à penser que ce petit serait un solide mâle qui assurerait la descendance des Narth.

L’accouchement s’était bien passé et la sage-femme quitta la maison de Jean-Baptiste en assurant que la femme et l’enfant allaient bien.

Il y avait déjà un garçon, Paul qui avait 5 ans, mais il était de constitution frêle et il était souvent malade.

Cela n’arrangeait pas les affaires de Jean-Baptiste qui était d’abord un tailleur de pierre solidement charpenté, avec des poignets et des mains énormes faites pour marteler la pierre avec une massette de 3 kilogrammes pendant des heures.

Quand il travaillait les pierres comme le granit pour fabriquer des stèles destinées au cimetière ou à orner un édifice public, ses mains solides percutaient habilement le ciseau en acier trempé et n’enlevaient que ce qu’il fallait, sans faire d’éclats malencontreux qui auraient gâché la dalle qu’il préparait.

Son talent et sa réputation dépassaient le secteur de la Haute-Saône et il était fréquemment demandé pour des édifices municipaux.

D’ailleurs, il venait d’être sollicité par le sculpteur Hannaux, pressenti pour exécuter une grande salle de spectacle à Nancy, derrière les Magasins Réunis.

Cela n’était pas par hasard que l’architecte avait retenu le meilleur sculpteur de la Lorraine et que ce dernier avait retenu Jean-Baptiste.

Certes Jean-Baptiste avait du talent. Ses stèles, ses statues en granit des Vosges, trônaient nombreuses dans les cimetières autour de Lure, jusque Vesoul.

Jean-Baptiste avait aussi ce talent de guérir par le magnétisme et il avait soigné efficacement de nombreux édiles municipaux ou chefs d’industrie régionaux.

Mais il était aussi le beau-frère d’Émile, le jardinier en chef de Monsieur Corbin, le propriétaire des Magasins Réunis, ce magasin prestigieux de Nancy et qui était aussi le propriétaire du château de Madame de Graffigny à Villers-lès-Nancy, un des plus beaux des sept châteaux de cette ville.

Émile venait d’obtenir le mérite agricole et il était dans les petits papiers des édiles de Nancy.

Quand la question du choix des artisans s’était posée, Émile avait glissé les références de son beau-frère dans les mains de Monsieur Corbin, qui l’avait lui-même transmis à l’architecte.

C’est ainsi que Jean-Baptiste allait venir s’installer à Nancy le temps de travailler sur le chantier qui commencerait vers 1886.

Le soir même, vers vingt-deux heures, Jeanne, l’épouse de Jean-Baptiste, faisait une hémorragie.

Le médecin de Lure qui n’arriva qu’une heure après ne put que constater le décès.

Malheureusement, il n’était plus temps de changer les projets.

Ce serait donc seul avec ses deux enfants que le tailleur de pierre allait partir travailler sur Nancy.

2.

Maintenant, Jean-Baptiste voyait ainsi le futur : Rémi, ce solide nouveau-né deviendrait un tailleur de pierre dès qu’il serait en âge de tenir un marteau et un burin, tandis que Paul, l’aîné, succéderait à son père pour l’autre métier de Jean-Baptiste.

En effet, à côté de son travail de tailleur de pierre, Jean-Baptiste était un guérisseur-magnétiseur.

Il s’était d’ailleurs taillé une bonne réputation locale, car il avait parmi ses clients Monsieur Chevant, le maire du Magny-Vernois et quelques conseillers municipaux des villages alentour.

Si Rémi était destiné à s’occuper de l’atelier, c’était Paul qui recevrait le secret et les accessoires utiles, le pendule, la liste des saints guérisseurs et surtout, il faudrait lui apprendre les gestes du rebouteux et quelques idées sur les plantes utiles comme compléments de guérison.

D’ailleurs, Paul venait fréquemment avec son père dans ce coin de la forge qui était aménagé en cabinet d’examen et de soin.

Rien à voir avec un cabinet médical.

Il y avait un banc solide et large placé à côté de la forge et un tabouret à trois pieds comme ceux utilisés pour traire les vaches.

Une petite table permettait de poser les fioles et les herbes que le guérisseur donnait au malade.

Les malades attendaient au bout de la forge près de la porte. Il y avait quelques chaises en bois un peu fatiguées, sans doute apportées par des malades qui se sentaient mal à l’aise d’attendre debout et ils avaient laissé là ces objets en guise de reconnaissance, car Jean-Baptiste ne se faisait pas payer.

Un guérisseur était désigné par le ciel pour guérir.

Sa récompense était d’aller tout droit au paradis pour le bien qu’il avait apporté autour de lui.

Donc, avec Paul sur ses genoux, Jean-Baptiste imposait les mains, cherchait les zones douloureuses avec son pendule et faisait allonger les patients sur le banc pour remettre un genou déboîté. Il prenait les mains de l’enfant pour qu’il ressente les sortes de fourmillements qui titillaient les doigts quand on passait sur un point douloureux.

Il lui faisait imposer les mains sur une plaie mal cicatrisée pour voir si le magnétisme que ses parents lui avaient transmis existait aussi chez Paul.

Effectivement les mains de Paul émettaient un peu de magnétisme, mais moins que les mains de Jean-Baptiste, et encore moins que les mains de Rémi.

Jean-Baptiste avait testé les mains de Rémi. S’il s’avérait que l’index tendu de Rémi faisait vibrer et déplacer l’aiguille d’une boussole quand il le déplaçait au-dessus, Paul ne le pouvait pas.

Ainsi, Rémi était plus prédisposé à être magnétiseur et à succéder à Jean-Baptiste que Paul.

Mais la santé fragile de Paul ne s’accommoderait pas du travail de la pierre journellement.

Donc Jean-Baptiste maintint sa décision, Paul serait guérisseur et Rémi serait tailleur de pierre.

Cependant Jean-Baptiste décida d’initier Rémi aux techniques de manipulation, de rebouteux et un peu aux plantes.

Il initia de même Paul au travail de marbrier en se disant que si l’un était défaillant l’autre le remplacerait.

Il fit ces formations pour réduire la pointe de jalousie qu’il percevait chez Rémi.

Le garçon sentait que son père préférait Paul, le souffreteux, mais il était l’aîné et dans les familles de guérisseur, c’était l’aîné qui succédait à son père et qui devait recevoir le Don, c’est-à-dire, prendre en mains propres la liste des prières aux saints guérisseurs et être initié aux techniques de manipulation des rebouteux.

Et quelques années plus tard, il en fut ainsi, même si Paul n’était pas enthousiasmé de devoir passer sa vie à recevoir des malades, de toucher des plaies et de recevoir les postillons des malades.

Rémi n’était pas plus heureux d’être enfermé dans un atelier poussiéreux où il fabriquait des tombes pour des morts.

Et les années passaient.

L’un et l’autre des deux garçons ne se sentaient pas à la place qui lui convenait.

Rémi était enjoué, un grand costaud avec une moustache naissante et il aimait s’amuser avant toute chose, alors que Paul était souvent replié sur lui-même, peu réceptif aux plaisanteries de son frère.

Paul était plus à l’affût d’une compagne, cherchant une fille qui le stabiliserait et lui donnerait un but dans sa vie.

Rémi, encore gamin, ne s’intéressait aux filles que pour crâner et se distraire. Il draguait plus qu’il ne bossait à l’atelier de son père.

Paul était devenu un grand échalas, un solitaire, sans copains, qui assistait son père dans le travail de magnétiseur avec plus ou moins de bonheur.

Rémi était le plus souvent tenu à l’écart du cabinet où Jean-Baptiste exerçait ses talents de guérisseur, même s’il glissait discrètement un œil de temps en temps pour voir ce que faisait Paul sur les malades.

Il avait du mal à comprendre pourquoi son père le reléguait aux durs travaux de la pierre, tandis que son frère se la coulait douce au chaud dans la salle à manger-cabinet de soins.

Rémi devait travailler sur les pierres, mais ce n’était pas sa joie.

En outre, il n’y avait pas que la pierre à tailler.

Il devait parfois aider à exhumer des corps quand la concession était échue et qu’il fallait refaire un caveau. Le petit cimetière du Magny ne disposait pas nécessairement de fossoyeur et il fallait parfois que ce soit les marbriers funéraires qui fassent ce lugubre travail.

À 15 ans, il avait déjà sorti des dizaines de morts pour les jeter dans la fosse commune au milieu du cimetière.

C’était surtout des squelettes décharnés qu’il devait sortir des caisses de bois éventrées, des cercueils pourris.

Mais il y avait parfois des corps d’hommes ou de femmes ou d’enfants avec dans les yeux vitreux comme s’ils avaient une grande peur de l’enfer.

Parfois, leur bouche ouverte semblait hurler pour demander à Rémi qu’on ne les laissât pas dans le trou noir.

Au début, Rémi tournait la tête pour ne pas regarder ces choses qui furent des êtres vivants, maintenant couverts de vers et de moisissures.

Pour Rémi, sortir des enfants du trou était le plus terrible.

Le visage du petit corps mort, encore joufflu, exprimait la peur d’être séparé de la mère et d’être abandonné seul face au vide du caveau qui aspirait l’âme des morts pour la jeter dans le néant.

Rémi aurait aimé être capable de redonner vie à ces petits êtres qui à peine sortis du ventre de leur mère avaient été repris par la mort qui dévorait les jeunes et les vieux, indifférente aux chagrins de ceux qui les entouraient.

Mais Rémi était habile pour ciseler finement des pierres, comme le granit ou le marbre, mais il manquait d’attention et dès qu’un éclat lui sautait au visage, il jetait ses outils et sortait flâner dans le village.

Rémi était plutôt beau garçon au visage assez grave malgré ses quinze ans.

Il préférait aller roucouler devant la boulangerie du village.

La fille de la patronne, Henriette, avait 14 ans et elle lui plaisait bien. C’était une petite adolescente aux beaux cheveux bruns très longs et elle avait un visage fin et angélique qui le fascinait.

3.

À plusieurs reprises, il avait prétexté le besoin de prendre le cheval de son père attelé à une charrette pour aller chercher des pierres dans la carrière de calcaire.

Il faisait un crochet par la boulangerie et il faisait signe à Henriette qui se faufilait par-derrière et il l’emmenait jusqu’à la carrière de Courchaton ou de Faverney.

Pendant que le cheval trottinait tranquillement sous le chaud soleil de ce mois de juin, Rémi déballait des balivernes qui faisaient rougir Henriette.

Le garçon chargeait un peu de gravier et de cailloux pour faire bonne figure.

Il tirait un peu d’eau du ruisseau tout proche dans une gourde en tôle et il la partageait avec Henriette.

Quand il faisait chaud, ils s’allongeaient au bord de l’eau et ils s’éclaboussaient en riant comme des gosses qu’ils étaient.

Puis il fallait rentrer à la boulangerie.

4.

Quand Jean-Baptiste apprit que son fils sortait en douce avec Henriette au lieu de travailler, il entra dans une grosse colère.

Le garçon reçut un coup de pied au cul mémorable qui l’empêcha de s’asseoir pendant huit jours.

N’y tenant plus, Rémi dit à son père :

— De toute façon, je ne veux plus tailler des pierres, je veux devenir… Euh ! … Pâtissier. Oui je veux devenir pâtissier. La boulangère cherche justement un commis. Demain je me présente à la boutique.
— Je demanderai d’abord à madame Andrée si tu ne mens pas ! rétorqua le père. D’ailleurs j’y vais. Si c’est vraiment ton souhait, cela me déçoit, car l’atelier n’aura plus personne pour continuer. Mais si tu prends la boulangerie à côté, après tout, ce n’est pas mal. Je me débrouillerai avec ton frère.

5.

En deux enjambées, Jean-Baptiste se rendit à la boulangerie.

Cela ne lui déplaisait pas, car madame Andrée était très accorte et Jean-Baptiste était encore bel homme malgré le travail dur de la pierre. Disons-le, Jean-Baptiste aurait aimé se mettre en ménage avec Madame Andrée, elle-même veuve depuis quelques années.

— Bonjour Andrée, dit d’une voix forte Jean-Baptiste, suivi du gamin presque penaud. Il paraît que tu as un emploi de commis et que Rémi que voici souhaiterait l’occuper. Explique-lui que le travail dans le fournil est dur, très dur, on n’y rigole pas tous les jours.
— Ouais ! C’est bien vrai. C’est dur, répondit madame Andrée. J’ai effectivement besoin d’un commis pour travailler les pâtes à choux et les brioches. Il faudra qu’il sache faire une galette comtoise délicieuse dans les deux mois qui viennent ! C’est notre spécialité. Si vous êtes d’accord, il commencera demain matin à quatre heures.
— Il sera là, même si je dois l’amener sous le bras. Ce jeune homme veut en faire à sa tête. Tailler la pierre ne lui plaît pas, mais roucouler au pied de votre fille lui plaît mieux, alors faites attention, il me paraît plus amoureux que travailleur !..
— J’y veillerai !

Le lendemain, Rémi était debout avant son père, habillé et prêt à affronter le crachin qui faisait luire les toits des maisons dans l’obscurité.

Rémi n’était pas grand, mais déjà carré malgré ses 15 ans.

Le maître du pétrin, Dominique était un grand gaillard tout maigre au visage toujours triste.

Il serra la main de l’adolescent sans dire un mot.

Puis il l’emmena au fond, près d’un pétrin en bois.

Il lui fit signe de s’installer devant le pétrin, de retourner ses manches et de brasser et malaxer la masse de pâte d’environ cinquante kilogrammes. Rémi devait se mettre sur la pointe des pieds pour prendre la pâte à bras le corps.

Il hasarda :

— C’est de la pâte à brioche ? »
— Évidemment ! lui répondit sèchement Dominique. Garde ta salive pour le brassage de la prochaine boule !

Et puis après un temps qui lui parut des heures, le maître lui dit :

— Maintenant ! Tu fais des petites boules de 500 grammes que tu pèses sur la bascule ! Tu les mets par 10 sur les plateaux. Quand tu auras fini, on les portera dans le four. Allez ! Au travail !

Et la journée passa, et le lendemain, puis le surlendemain. Rémi n’avait toujours pas aperçu Henriette.

Elle finira bien par venir regarder, pensait-il.

Ce dimanche, Rémi était en train d’enfourner ses brioches.

Comme d’habitude, il laissait la porte donnant sur le magasin entrouverte avec l’espoir de la voir passer.

Et elle apparut.

Elle était joliment vêtue d’une ample robe à volants très colorée, prête à se rendre à l’église pour assister à la messe.

Il la voyait, mais est-ce qu’elle le regarderait ? Il avait décidé de faire ce travail dur, rien que pour ne pas être loin d’Henriette.

Si elle ne le regardait pas, ce n’était pas sûr qu’il continuerait ce sale boulot où on crève de chaud, où on a les mains collantes de sucres et de beurre, où on a la gueule toujours blanche à cause de la farine…

Il n’acheva pas sa liste de récriminations,

Henriette passa la tête dans l’ouverture de la porte et cria :

— Hou ! Hou ! Rémi. Je ne savais pas que t’étais ici. Je reviendrai te voir ! À tout à l’heure !

Et dans un froissement de plis délicats et vaporeux, Henriette partit à la messe sans attendre la réponse de Rémi.

Mais, lui était parti sur la lune.

Une bourrade dans le dos assenée par Dominique le ramena sur terre et lui signifia de se remettre au travail.

6.

À l’atelier, Paul tentait d’ajuster une stèle de granit sur un socle tandis que Jean-Baptiste retravaillait les ciseaux à pierre dans la forge.

Il jetait un œil sur Paul qui aura bientôt 21 ans et tentait comme il pouvait d’apprendre le métier de tailleur de pierre en plus du travail de guérisseur.

Il n’était pas plus adroit pour tailler les pierres que pour guérir des malades et il restait plutôt freluquet, presque maladif.

Mais le problème qui trottait dans la tête de Jean-Baptiste, c’était qu’il avait l’âge de partir faire un service militaire. Et lui qui allait devoir partir travailler à Nancy devrait tout abandonner à Paul, seul au Magny.

L’atelier Hannaux de Nancy était prêt et devait accueillir une dizaine d’ouvriers, dont trois maîtres ouvriers comme Jean-Baptiste.

Il ne pouvait pas refuser cet honneur de figurer parmi les meilleurs artisans régionaux.

Refuser c’était se déjuger et une pareille occasion ne se reproduirait sans doute jamais.

En outre, ce travail était non seulement financé par le riche monsieur Corbin, mais aussi en partie financé par la ville de Nancy.

Il allait gagner beaucoup d’argent et après la fin des travaux il était probable que la clientèle se presserait, nombreuse pour se faire faire une stèle par le maître sculpteur qui avait participé à l’édification de ce prestigieux bâtiment qui serait la salle Poirel. Ce sera un bâtiment entièrement consacré aux arts.