Pluri'elles - Marie Delcourt - E-Book

Pluri'elles E-Book

Marie Delcourt

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Beschreibung

Chaque femme est unique tout en étant plusieurs. Ses multiples visages reflètent tour à tour les facettes de son êtes complexe, témoignent de la profondeur de ses sentiments, s'illuminent de la variété de ses émotions, révèlent son âme généreuse... La femme est singulière et plurielle à la fois. Ces dix femmes vont chacune à leur manière, aimer, souffrir, se taire, s'enfuir, rêver, espérer, créer... Vivre! A la lecture de ces histoires, à vous de trouver la réalité dans la fiction, l'invention dans le concret, de démêler le vrai du faux, de découvrir si la vie est plus cruelle que l'imaginaire.

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Seitenzahl: 128

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Table des matières

Préface

La maison d’en face

Amour Amor

Le Dix, vers Fay…

Fleuri Myosotis

Vingt-quatre (X)

La descente

Mon amie française

Etre et avoir été

7h17

Des vacances de rêve

Remerciements

Préface

Avec Pluri’elles, il faut lire entre les lignes, relire chaque histoire pour en extraire l’essence, les sens aux abois. Chacune de ces dix histoires est à la fois forte et puissante, émouvante et drôle. Ce recueil est comme un bon vin, il s’agit d’une cave d’où sortent les meilleurs textes pour le plaisir du lecteur. A travers ces pages, on trouve des rouges gouleyant vieux de plusieurs dizaines d’années et des blancs provenants de vignes plus récentes. Un beau mélange pour accompagner une lecture riche en émotions.

Marie Delcourt écrit depuis quelques temps déjà, bien avant d’avoir un jour pensé sortir son premier livre et participer à un atelier d’écriture.

Son travail méritait bien un recueil et je suis heureux de le voir ici entre vos mains. Vous ne serez pas déçu par ces dix nouvelles, vous ne pourrez qu’être agréablement surpris. Marie présente ici des tranches de vies, des vues à un instant T, des instantanés d’êtres humains comme vous et moi. Il s’agit de femmes qui vivent leur vie comme chacun d’entre nous sauf qu’un jour, un événement, un acte, un détail conduit à porter un regard dessus.

Elle traite de la vie, de tristesses passagères, d’issues ensoleillées, de mélancoliques blues et de lents slows. Elle prend des photographies d’une situation qui mérite qu’on s’y attarde. Vous y trouverez des luttes contre soi-même, une violence conjugale, une peine de coeur, un fantasme inassouvi ou bien encore une quête d’identité. Toutes ces histoires sont racontées avec énormément de réalisme et tout en poésie.

Lorsqu’elle a commencé à participer aux recueils de l’atelier d’écriture, elle avait toujours le texte pour le livre et d’autres qui surgissaient d’exercices, de ses noires pensées. Je lui ai toujours suggéré de les réunir en un livre. Et le voilà, en parallèle de l’atelier d’écriture, en parallèle de sa vie, à la perpendiculaire de son quotidien.

Je vous conseille vivement de tourner cette page, de vous laisser aller avec l’inconnu, de vous laisser prendre dans la toile de cette auteure à découvrir.

Je vous souhaite une douce lecture à la vue de ces mots, au toucher de ces feuilles, à l’ouïe de ces femmes qui vous parlent, au goût de trop peu à la fin de la lecture, à l’odorat meurtri en devant refermer le livre.

Christophe Carreras

A Marianne, ma Lucy in the sky.

La maison d’en face

« Ne couvrez pas de voiles sinistres tout ce qui brille.

Scrutez le miroir pour découvrir le fantôme qui s’y cache. »

Anne Rice

Je retrouvais petit à petit mon identité. Je n’étais plus seulement « le cancer de la chambre 107». Toute ma révolte commençait à se raviver. Je me détestais d’être coincée dans ce lit tout blanc, désœuvrée, me livrant à des plaisirs trop sédentaires comme lire des romans à l’eau de rose ou regarder des émissions de « bonnes femmes » à la télévision, à longueur de journée.

J’avais vingt-cinq ans et mon métier, animatrice de tourisme, m’avait habituée à une vie mouvementée, aux centres d’intérêts plutôt variés, au gré de mes missions dans le monde entier. Je venais d’être opérée d’une tumeur et la semaine passée à me bourrer de pilules et à m’étourdir de piqûres m’avait anéantie. Je réclamais en vain la visite du chirurgien, seul maître à bord, seul habilité à me délivrer de cet enfer !

Des journées entières, de précieuses journées gaspillées à attendre. Attendre une visite, attendre un coup de fil, attendre le feuilleton de quatorze heures... J’étais épuisée d’attendre, épuisée de repos, gavée de sommeil. A l’annonce du diagnostic il y a trois mois, les amis s’étaient faits rares, comme effrayés d’une quelconque contagion, et mon petit ami ne venait pas me voir car, avait-il dit, « il ne se sentait pas la carrure de me voir aussi malade et incapable de m’aider à affronter une telle épreuve ». On sait que le cancer ne se transmet pas mais le malheur, sait-on jamais... Sept longs jours sans sortir de cette chambre, à voir toujours le même lit, et toujours le même panorama : ces arbres sur le déclin de l’automne, cette maison fermée aux volets verts et surtout celle au toit d’ardoise que je fixais, fascinée, chaque fois que mon regard se portait au-dehors. Cette maison où j’apercevais parfois des ombres, floues et asexuées parce que trop lointaines et me semblant littéralement hors du temps. Peut-être les avais-je tout simplement rêvées, sous l’influence des substances médicamenteuses sensées me dispenser de la douleur ?

Les paroles encourageantes du personnel hospitalier ne parvenaient pas à m’apaiser, tout allait mal, de plus en plus mal ; ma santé s’améliorait tandis que mon moral s’amenuisait. Quelle patience et quel amour de la solitude il fallait avoir pour se sentir bien ici ! Mais j’en avais fini de tester ma patience et la solitude à cette échelle ne me valait rien. J’avais l’impression de laisser mon esprit s’engourdir et que plus jamais je ne parviendrais à assumer une quelconque responsabilité ou à briller dans une soirée mondaine où je me plaisais à paraître. Je ne voyais pas la fin de ce calvaire qui me privait d’un certain nombre de distractions auxquelles mon âge et mon besoin de bouger me faisaient aspirer.

L’automne n’arrangeait rien, bien au contraire, les plaisirs des vacances et la chaleur du soleil étaient déjà bien loin et mon moral fluctuait au gré des caprices de la météo.

Un besoin de vivre me sortait pourtant par tous les pores de la peau, besoin de folies bien vite calmé par mon tempérament naturellement terre-à-terre et par mes capacités physiques pour le moins entamées.

Je fréquentais Serge depuis trois ans, un homme d’âge mûr que j’aimais profondément malgré nos rapports tumultueux en raison de son passé familial. Il était divorcé et père de deux enfants et ses relations avec son ex-femme restaient ambigües, ce qui nous amenaient à des discussions sans fin que j’aurais préféré éviter. J’avais l’impression qu’il n’avait jamais cessé de l’aimer même s’il s’en défendait avec véhémence. Pour moi, l’application qu’il mettait à satisfaire ses moindres caprices était un aveu. D’ailleurs, lors de sa dernière visite, peu avant l’annonce de ma maladie, mes doutes furent encore renforcés :

— Lou, mon chaton, je dois te parler de quelque chose : Claire voudrait que je l’accompagne aux sports d’hiver à Noël, elle dit que les enfants souffrent plus de la scission de la famille à cette période de l’année et que cela leur ferait du bien. C’est un peu mon devoir et de toutes façons tu détestes le ski !

Il prétextait de nouveau le bien-être des enfants pour satisfaire les seuls désirs de cette rivale que je haïssais. J’essayai de taire ma rancœur mais laissai transparaître malgré moi une grande lassitude :

— Mais, ta famille, j’en fais partie maintenant, tu pourrais passer les fêtes avec moi cette année...

Il ne me laissa pas finir ma phrase et entra dans une de ces colères dont il était coutumier et me lança :

— C’est ridicule, si tu me fais encore une de ces stupides scènes de jalousie à propos de Claire, autant se quitter tout de suite, notre relation doit être basée sur la confiance, Lou !

Le grand mot était lâché, j’avais perdu la bataille une fois de plus !

« Séparation », ce seul mot me faisait frémir de peur. Chaque fois, mes colères s’éteignaient à l’évocation de ce mot magique. Serge le savait et en abusait souvent. Je pouvais tout supporter mais pas l’idée de le perdre. Je l’aimais malgré ce partage que j’acceptais si difficilement, je l’aimais pour sa force et sa grande expérience, je l’aimais pour ses quarante ans et la sécurité que cela m’apportait. La discussion en était donc restée là.

Ma mise à l'isolement se poursuivait, remplie de questionnements et de doutes, de l'angoisse, de l'absence, de la peur de la mort et de la douleur morale omniprésente face à laquelle la morphine était impuissante. Ma santé avait rechuté et le « grand maître des hommes en blanc » avait décidé de me garder encore.

Enfin, un samedi, on m'annonça que je pourrais sortir dans la journée moyennant une convalescence sous haute surveillance, avec un traitement approprié. L'infirmière rajouta sans diplomatie que la chambre était attendue pour un autre malade et que de toutes façons, ils ne pouvaient me garder plus longtemps ! Après m'avoir retenue prisonnière, c'est tout juste s'ils ne me jetaient pas dehors ! L'humanisme hospitalier avait quelques progrès à faire !

Toutefois, trop heureuse de cette nouvelle, je préparai mes affaires à la hâte, de peur qu'ils ne changent d'avis ! J'allai enfin quitter cette chambre sans couleurs, je ne verrai plus le paysage monotone et la maison au toit d'ardoise auxquels je m'étais habituée. La maison et ses ombres furtives... Quelles pouvaient bien être ces formes mystérieuses ?

Peu m'importait pour le moment, mon seul objectif était mon retour à la vie sociale. Je projetais de me refaire une beauté, de rappeler mes amis pour leur dire que j'étais tirée d'affaire (enfin, les médecins disent « en rémission ») et de rattraper le temps perdu : j'avais une envie folle d'aller danser !!!

Je devais régler les derniers détails de ma sortie et appeler Serge pour qu'il vienne me chercher. Après cette longue séparation ponctuée seulement de quelques conversations téléphoniques, ce serait une surprise pour lui !

Je composai le numéro de notre appartement et laissai sonner une fois, deux fois, dix fois... Peine perdue ! Très déçue, je décidai de me débrouiller seule, trop fière pour demander de l'aide à qui que ce soit d'autre.

Après m'être habillée, je descendis donc régler les dernières tracasseries administratives et me retrouvai dehors, toute étourdie sous le pâle soleil d'automne.

Je jetai un dernier coup d'oeil à la « maison d'en face », maintenant toute proche avec sa façade en pierres ocres et rugueuses et ses volets à persiennes. Un élan irraisonné me poussa à aller voir de plus près. J'étais intriguée et je ne prenais pas grand risque, sinon de découvrir que c'était la maison de « Monsieur tout le monde » !

Je me retrouvai donc frappant à la porte de la vieille maison, espérant presque que la porte resterait close et la maison muette sur son mystère.

Contre toute attente, un homme vint ouvrir. Une trentaine d'années, grand, brun, des yeux d'un gris profond et d'une tristesse infinie. Il me fixait d'un air surpris et je bredouillai :

— Bonjour, je sors de la clinique située en face de chez vous, j'ai admiré votre demeure durant de longs jours et la curiosité m'a poussée à venir la voir de plus près... Pardon, l'objet de ma visite me semble tout à coup vraiment déplacé...

— Mais pas du tout, mademoiselle, personne ne vient jamais sonner ici, d'où ma surprise. Voulez-vous entrer ? Vous allez comprendre...

Il s'effaça et j'entrai, stupéfaite, dans un décor où tout semblait figé. Je l'interrogeai du regard et, sans se faire prier, il me raconta l'histoire de « la maison d'en face ».

— Cette demeure appartenait à mes parents, c'est ici que j'ai grandi et que j'ai vécu les plus belles années de mon enfance. Aussi loin que je puisse me souvenir, j'ai l'impression d'avoir toujours vécu ici...

— Mais elle est inhabitée à présent, n'est-ce pas ?

— Oui. Mes parents l'ont occupée jusqu'à l'année dernière. Ils fêtaient leur quarantième anniversaire de mariage et je leur ai offert une seconde lune de miel : un voyage en Amérique du Sud.

Il marqua une pause, plongé dans ses souvenirs et le ton de sa voix était amer lorsqu'il poursuivit :

— L'avion a explosé en vol. On a rien retrouvé des corps.

Un silence assourdissant s'installa. J'étais horriblement gênée, j'avais l'impression d'avoir violé un sanctuaire. Je pivotai discrètement pour cacher le feu qui me montait aux joues. On aurait dit que chaque meuble, chaque bibelot de la pièce attendait de revivre sous sa couche de poussière et le faible rai de lumière qui filtrait à travers les volets accentuait cette aura d'immobilité, cette impression que le temps s'était arrêté il y avait un an. La seule ombre que j'avais pu apercevoir était donc celle de cet homme si digne qui vivait de souvenirs. A moins que... Je croyais aux signes et à la vie après la mort. Je l'avais frôlée de près et l'Amérique du Sud était un de mes points d'attache professionnelle. Cela signifiait-il quelque chose ?

Je commençai à me sentir de trop et brisai le silence la première afin de prendre congé :

— Je vous demande d'excuser cette intrusion, votre histoire est tragique et je m'en veux d'avoir troublé votre quiétude. Je vais vous laisser vous recueillir.

L'homme sembla s'éveiller d'un long cauchemar et répondit :

— Ne soyez pas gênée, mademoiselle, je sais que ces « pélerinages » sont un peu ridicules. Permettez-moi de vous raccompagner. Si personne ne vous attend, bien entendu.

— Avec plaisir, m'entendis-je répondre, je m'apprêtais à rentrer seule, en bus.

Il verrouilla la porte de son ancien foyer, me prit la valise des mains et m'amena jusqu'à sa voiture, garée non loin de la clinique.

Je ne pus m'empêcher d'admirer tout bas la ligne de sa Porsche blanche ; je m'étais toujours laissée impressionnée par les belles voitures !

Il me demanda mon adresse puis conduisit sans un mot jusqu'au bas de mon immeuble, où il descendit le premier pour m'ouvrir la porte très galamment. J'étais fascinée par la personnalité de cet homme et j'aurais souhaité en savoir davantage mais n'osai pas évoquer l'idée d'une nouvelle rencontre.

— J'ai été ravi de vous rencontrer, mademoiselle. Je suis assez seul et votre visite m'a fait beaucoup de bien, soyez-en assurée. Au revoir et... merci.

Il me serra la main et partit très vite, me laissant complètement désorientée sur le trottoir : je ne savais rien de lui, il ne savait rien de moi, et pourtant son visage emplissait déjà ma mémoire.

Lorsque j'arrivai à l'appartement, Serge était rentré et s'étonna de me voir là. Il m'assaillit de questions :

— Ils t'ont laissée sortir ? C'est que tu es guérie alors ? Mais pourquoi ne m'as-tu pas appelé ? Comment es-tu rentrée ?

— Je t'ai appelé, Serge, mais tu devais être sorti... Alors j'ai pris le bus, mentis-je pour éviter de parler de ma rencontre.

— Ah, oui ! J'étais passé voir les enfants. Tu sais, pour préparer les vacances de Noël. Nous sommes déjà en novembre et j'avais quelques détails à régler avec Claire.

C'était donc ça ! Sa décision était prise ! J'avais tant espéré qu'il resterait, par amour pour moi.

— Voyons, mon chaton, pourquoi ne dis-tu rien ? Tu n'es pas fâchée au moins ? D'ici là, je vais bien m'occuper de toi pendant ta convalescence !

Je cachai mon désappointement et l'embrassai gaiement.

— Mais non, bien sûr que non ! Je réfléchissais. Que penserais-tu d'un dîner en amoureux ? Pour fêter ma guérison ? J'ai envie de manger quelque chose de bon, c'était horrible la bouffe de l'hôpital !

— Très bonne idée ! Fais-toi belle, je t'invite « Chez Gino », ça nous rappellera notre première rencontre !

La soirée se passa agréablement, bien que mon appétit ne soit pas totalement intact et j'oubliai Claire et les vacances de Noël. Serge se montra enjoué et amoureux, comme au premier jour.