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Lorsqu’elle décide de rédiger son journal, Jennifer, lycéenne de seconde à la personnalité originale bien affirmée, n’imagine pas qu’elle sera très vite confrontée à des événements qui marqueront à jamais sa jeune vie. Ce n’est pas seulement un exercice d’écriture, pour cette adolescente qui rêve de devenir plus tard écrivaine, c’est surtout l’occasion de se confier à un lecteur imaginaire, de raconter les turbulences de sa famille recomposée, son amitié complice avec Nathan, et enfin, sa rencontre intense avec David, un jeune fugueur, son premier amour, le drame qui s’en est suivi, son désespoir, mais, au-delà, sa volonté d’aller de l’avant et de rester fidèle, quoi qu’il en coûte, à un souvenir qui restera toujours présent en elle.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Professeur de lettres classiques, Jean-Luc Emmanuel Chassard, lorrain d’origine, a exercé l’essentiel de sa carrière dans le sud de la France. N’hésitant pas à aborder différents genres, roman policier, autofiction, fiction pure, il se renouvelle dans ce journal intime d’une adolescente, en s’adressant à un public plus large.
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Seitenzahl: 166
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Jean-Luc Emmanuel Chassard
Pour David
Roman Jeunesse
ISBN : 979-10-388-0329-9
Collection Passerelle
ISSN : 2729-2843
Dépôt légal : avril 2022
© Couverture Ex Æquo
© 2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Dans l’espace qui lie ciel et terre
Se cache le plus grand des mystères
Comme la brume voilant l’aurore
Il y a tant de belles choses que tu ignores…
Penses-y quand tu t’endors
L’amour est plus fort que la mort.
Avis au lecteur
C’est au début de mon année de seconde au lycée que j’ai commencé à écrire, de façon épisodique, les pages qui sont l’objet de ce livre. Certainement influencée par l’étude en cours de Français, l’année précédente, du Journal d’Anne Frank, une personnalité dont la jeune maturité et l’amour de l’écriture m’avaient immédiatement séduite.
Si j’ai supprimé certains passages sans grand intérêt pour le lecteur, des considérations anecdotiques de l’ado que j’étais alors, ou des notations trop intimes pour être livrées au public, en revanche, à part quelques rares maladresses que j’ai rectifiées, je n’ai rien touché au texte qui était à l’époque autant l’occasion de coucher sur le papier les événements importants de ma vie que de m’essayer à un vrai travail d’écriture pour la future écrivaine que j’avais l’ambition d’être. Je le dis sans fausse modestie, à l’image de la Jennifer de seize ans, dont vous allez faire la connaissance.
I
Ma mère me saoule ! Elle a vraiment du mal à comprendre que je ne suis plus la petite fille câline et affectueuse qui venait se blottir dans son lit quand elle n’arrivait pas à dormir, moments de tendresse et de complicité qu’on aimait partager. J’ai grandi. Je l’aime comme avant, c’est pas le problème, mais elle me tape sur les nerfs, et j’ai du mal à ne pas être agressive et désagréable. J’ai plus dix ans, faudrait qu’elle se le mette dans sa petite tête. À seize ans, on n’est plus une enfant, et moi encore moins. On me trouvera prétentieuse, mais je suis bien plus mûre que la plupart des filles de mon âge, je sais que je suis loin d’être bête et je peux prendre mes responsabilités quand il le faut.
Tout ça parce que j’ai demandé si je pouvais aller à une séance de répétition exceptionnelle, un soir de la semaine, avec des camarades du cours de théâtre du lycée dont je fais partie. Rentrée à onze du soir et accompagnée. Que demande le peuple ! Eh bien non ! De quoi je vais avoir l’air ? Elle se rend compte de la situation dans laquelle elle me met vis-à-vis des autres ?
— Pas question, tu as école demain, et tu es trop jeune encore pour sortir comme ça le soir !
— Mais maman, les autres, leurs parents sont d’accord et l’un d’eux me raccompagnera, qu’est-ce que je risque ! Et en plus ils ont absolument besoin de moi pour cette répète, j’ai un des principaux rôles, c’est important, c’est pour la fête de fin d’année.
— Non, c’est non ! Je te laisse déjà beaucoup de liberté, je crois que tu ne réalises pas la chance que tu as, à seize ans de pouvoir faire tout ce que tu fais. Tu te rends compte que ta mamy quand elle s’est mariée, elle a dû demander l’autorisation à ses parents parce qu’elle n’avait pas vingt et un ans ! Et moi-même…
— Ça y est, c’est reparti ! Mais on n’est plus au temps d’Hérode maman, je suis sûre que papa, lui, il serait d’accord !
— Ah oui ! Parlons-en de ton père, il te laisse tout passer, et après c’est moi qui suis la mégère de service !
J’aurais mieux fait de me taire et de ne pas ramener papa dans la conversation. Depuis qu’ils ont divorcé, cela fait maintenant plus de cinq ans, c’est l’éternel sujet de discorde entre eux : le papa cool qui a ses enfants un week-end sur deux et à certaines vacances scolaires, qui a le beau rôle et laisse tout faire, et la mère rabat-joie qui gère le quotidien et qui impose un cadre bien précis, souci certainement louable de donner une bonne éducation à sa fille, mais ça pèse ! Je reconnais, elle n’a pas le beau rôle, mais là, elle attige !
Que faire d’autre, sinon aller bouder dans ma chambre, faire la tête et ne pas décrocher un mot pendant le repas du soir ? Ce qui n’est pas difficile, mon petit frère, un bavard invétéré, entre deux cuillères à soupe, n’arrête pas de jacasser, et la maîtresse elle a dit que… et le Mateo (son meilleur copain) a raconté que… etc. Air faussement intéressé de maman qui a du mal à cacher sa contrariété, et moi qui offre mon meilleur visage « tête à claques », et je suis très douée dans ce domaine, pour l’énerver encore davantage.
Dylan, c’est le nom de mon frère. Je sais, ça craint, et le mien, Jennifer, n’est guère mieux, mais faut pas se plaindre, il paraît que j’ai échappé à Kimberley, merci les feuilletons américains ! Dylan, donc, qui a l’habitude de nos prises de bec et qui n’est pas un idiot, sait que son bavardage est aussi un moyen de détendre l’atmosphère et de rendre le repas moins pesant. C’est mon petit frère et je l’adore, sauf quand il vient faire des intrusions dans ma chambre et que je suis plongée dans mes lectures.
II
Il paraît que je suis un oiseau rare, voire une anomalie, et ce, depuis toute petite.
Les poupées et les dînettes, très peu pour moi. Nourrie dès le plus jeune âge par les histoires que me racontait maman au moment d’aller au lit, avant même de savoir lire, ce que j’ai su très vite, je me racontais mes propres histoires en m’inspirant des livres d’images aux pages cartonnées créés pour stimuler l’imagination des enfants. Aux dires de maman, j’ai appris à lire quasi toute seule, et je suscitais, paraît-il, c’est ce que m’a raconté un jour mon grand-tonton Marcel dont je suis très proche, à la fois admiration, étonnement, mais aussi inquiétude devant l’enfant si douée et sortant de l’image de « petite fille » que l’on a l’habitude de voir.
Du plus loin que je me souvienne, je ne pense pas avoir été une enfant difficile, mais j’ai toujours su ce que je voulais et ne voulais pas. Ainsi, lorsqu’avec maman on allait choisir de nouveaux vêtements, le rayon des filles, avec ses habits destinés à cultiver leur future féminité, me laissait de glace et ma mère navrée me voyait choisir chez les garçons tee-shirts, chemises, voire pantalons que j’arrivais à détourner, sans faire de moi un garçon manqué.
Il en était de même pour les loisirs. Maman, qui avait fait de la danse dans sa jeunesse, me poussait à fréquenter l’école de danse du quartier, bien lui en prit : les locaux abritaient aussi un club de ping-pong et, au bout de deux séances de danse, après avoir assisté à plusieurs matchs dans la salle d’à côté, j’annonçai au cours du repas de midi que je renonçais à la danse pour le ping-pong. Je dois reconnaître que si cela contrariait mes parents, ils ne firent pas obstruction à ce qu’ils devaient considérer comme une lubie. Mais ils avaient tort, car je pratique toujours ce sport, je me défends bien et il me convient tout à fait, car il demande à la fois une bonne forme physique, concentration et maîtrise de soi. Et puis, ce qui ne me déplaît pas, je suis une des rares filles du club !
Une chose est sûre, par rapport à mes contemporains, j’apparais comme un véritable OVNI et je me suis aperçue très jeune qu’il ne fait pas bon être différent, ne pas être dans le moule. On dit parfois que les enfants naissent innocents, sans préjugés, que c’est le monde des adultes qui leur sert de modèle, qui les pervertit en leur apprenant l’intolérance, la mesquinerie, la jalousie, bref tous les maux qui pourrissent l’humanité. Peut-être, mais parfois ils ne sont pas en reste : le vase clos d’une classe en est souvent le témoin, la petite grosse persécutée d’autant plus qu’elle n’est pas capable de se défendre, un défaut physique moqué régulièrement, j’ai même vu un malheureux garçon à la chevelure rousse être le souffre-douleur d’une classe. Non, souvent, les enfants ne sont pas tendres entre eux.
Mais moi, je sais me défendre ! Au départ, ma manière de parler, de m’exprimer, mon vocabulaire qui ne se limite pas aux quelques centaines de mots qu’ils connaissent, m’ont fait considérer comme une bêcheuse, avec moqueries, imitations caricaturales. Ils se sont lassés quand ils ont vu que cela ne m’atteignait en rien et que le regard que je portais sur eux, « du haut de ma grandeur », les faisait passer pour des idiots. Comme on dit, la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe !
Autre particularité dont j’ai déjà parlé et qui me différencie de beaucoup de mes camarades de classe : je suis une dévoreuse de livres. Je suis encline à le croire quand je vois mes condisciples dont la plupart n’a jamais ouvert un livre de son vivant. Je parle de vrais livres, à lire chez eux, pas ceux imposés par le prof de français et dont ils sont censés faire un résumé. Oui, ils lisent, mais uniquement les messages débiles qu’ils s’envoient à tout bout de champ depuis leur smartphone qui semble être irrémédiablement un prolongement de leur bras. Mon portable, moi, il me sert à téléphoner pour joindre mes proches. Point barre. Autrement, il reste dans ma poche. Quant aux fameux réseaux sociaux dont ils se repaissent, très peu pour moi !
Bon, j’exagère un peu : ma voisine de classe est actuellement plongée dans les œuvres de J.K. Rowling, mais moi j’avais à peine douze ans que j’avais déjà ingurgité toute la série des Harry Potter, et les bouquins dits pour ados, romans fantastiques, d’aventure, ou traitant de situations de la société actuelle dans un style adapté à leurs lacunes linguistiques, j’en ai vite fait le tour, même si, sur le coup, leur intrigue a su me tenir en haleine. Je ne crains pas de m’atteler à une littérature qui n’est pas forcément destinée à mon âge, mais ce n’est pas étonnant : j’ai toujours préféré la compagnie de gens plus âgés que moi à celle de ma génération. Par exemple, j’adore discuter avec mon grand-tonton Marcel, le mouton noir de la famille, qui parle sans tabous, qui m’apprend à voir les différents angles d’une vérité établie, à réfléchir sur les faits de la société, la politique. J’apprécie qu’on puisse se parler d’égal à égal, sans que je sois infantilisée.
Même sur le plan vestimentaire, je me singularise. Pour la plupart des filles de mon âge, l’uniforme est jean, pantalon, voire survêtement comme les garçons, moi, j’arbore de petites robes vintage, hauts parfois avec un petit col, tout sage, bref, pour eux, je m’habille comme une vieille ! Je remonte souvent mes cheveux châtain clair en un chignon rétro, parfois aussi je les tresse en deux macarons de chaque côté du visage, ce qui, paraît-il, me fait ressembler à la princesse Leila, plutôt que de les garder sur les épaules. Je peux me le permettre, cela met en valeur mon visage régulier, mon regard gris-clair, et devant le miroir, je me trouve pas si mal !
J’ai donc toujours été un peu à l’écart des autres, peut-être aussi parce que je suis un peu plus âgée. Élève moyenne sur le plan scolaire, certaines matières comme les maths étant loin de me passionner, mais excellente en expression écrite, ce qui m’a toujours valu la considération de mes profs de français. Car, si j’aime lire, j’aime aussi écrire.
J’étais en troisième quand, voulant sans doute me faire plaisir et me valoriser auprès de mes camarades, madame Graf, ma prof de français, eut une initiative malencontreuse :
— Jennifer, je vous ai mis dix-sept, votre rédaction est excellente, bien écrite et tout à fait dans l’esprit du texte dont vous aviez à composer la suite. Me permettez-vous de la lire à vos camarades ?
Un non ferme et définitif.
Aucune envie de me singulariser vis-à-vis des autres et puis, pour moi, mon devoir était quelque chose de personnel, à la limite intime, surtout pas destiné à tomber dans l’oreille de gens qui n’en avaient d’ailleurs rien à cirer ou qui risqueraient de se moquer. Être bon élève et distingué par les profs n’est jamais bien vu et on passe vite pour le fayot de service. Je me fiche complètement de l’opinion des autres, mais je tiens à ma tranquillité
Elle ne m’en a pas tenu rigueur et, comme elle vient d’être mutée dans mon lycée, j’ai été ravie de la retrouver cette année en seconde. J’apprécie comme elle sait, à partir de textes pas toujours très récents, en faire ressortir le caractère universel et contemporain. J’aime les mots, et là aussi je me distingue des autres dont le spectre du vocabulaire est particulièrement étroit.
À la maison, j’ai les munitions qu’il faut : ma mère a hérité de toute la bibliothèque de son parrain et je n’ai qu’à puiser.
Alors que je cherchais le prochain bouquin à me mettre sous la dent, un titre a récemment retenu mon attention : « Les Mémoires d’une jeune-fille rangée ». C’est le mot « rangée » qui m’a interpellée : rangée où ? comment ? Sur une étagère ? Qu’est-ce que ça pouvait bien signifier ? Cela voulait-il dire qu’elle n’était pas « dérangée » ? Ma mère qui passait par là, toujours d’un grand secours et très positive, n’eut que ce commentaire :
— Tu es un peu jeune pour lire ça et puis, ça a dû pas mal vieillir, tu sais, les choses ont bien évolué depuis l’époque que décrit Simone de Beauvoir !
Tu parles ! Pour certaines oui, mais pour d’autres !
Un livre que j’ai lu d’une traite
La détresse et la mort tragique de Zaza, l’amie de Simone, victime du destin que lui infligeait son milieu social m’ont particulièrement frappée. Dans la description de la folie de la malheureuse, avec le détail qu’elle avait osé sortir dans la rue « en cheveux », tenue scandaleuse à l’époque, comment ne pas penser à mon amie Jamila qui, sitôt sortie du lycée, ajuste précautionneusement sur ses cheveux bien tirés en chignon le foulard qu’elle garde dans son sac de classe ?
III
« Le mariage de la carpe et du lapin… »
J’avais dix ans quand j’ai surpris cette expression dans la bouche de ma tante Isabelle qui, croyant être seule avec son mari, était en pleine discussion à propos de mes parents. C’était à l’époque de leur divorce. Énigme pour moi : qu’est-ce que cela pouvait bien dire ?
Qu’à cela ne tienne, dès que j’ai pu, j’ai demandé à maman la signification de cette curieuse expression animalière. Je n’avais pas plutôt posé la question que j’ai regretté aussitôt. J’ai senti que je mettais le pied où il ne fallait pas.
— Où as-tu entendu ça ?
— C’est tata Isa, et je crois qu’elle parlait de toi et de papa.
Maman a encaissé et j’imagine aujourd’hui ce qu’elle devait penser, elle qui n’a jamais été en très bons termes avec sa sœur : elle ferait mieux de retenir sa langue celle-là, et de s’occuper de son propre couple. C’est vrai que, quelques mois après, elle-même divorçait après avoir découvert les multiples infidélités de son mari.
Comme maman a pour principe éducatif de toujours répondre aux interrogations de ses enfants sans essayer de tourner autour du pot, de répondre à côté, ou de masquer une réalité qui soi-disant les traumatiserait, elle a simplement dit :
— Papa et moi, on s’aime beaucoup, mais tu sais, on est très différents, comme la carpe qui vit dans l’eau et le lapin dans son terrier, et à un certain moment, il faut que chacun retourne dans son élément naturel, le lapin ne peut pas vivre dans l’eau et la carpe dans un terrier, c’est comme ça…
Le « c’est comme ça » qu’elle laissa échapper à la fin, presque dans un sanglot, résonne encore en moi et me donne toujours envie de pleurer.
C’est vrai qu’ils sont très différents et que leur rencontre était improbable. Qui était la carpe, qui le lapin ? Et, question que je me pose et dont je ne connais pas la réponse : tout en étant différents, ne peut-on pas être complémentaires et vivre quand même en harmonie ?
Mon papa, prénommé Lucien, est chauffagiste. D’après ce que j’ai pu comprendre, il n’a pas beaucoup brillé sur le plan scolaire et il a travaillé très jeune pour un patron avant de se mettre récemment à son compte. Orphelin très tôt de père, il a été élevé par sa mère et un beau-père qui a vite fait son apparition. Famille recomposée, un demi-frère et deux demi-sœurs. Famille aussi très modeste, vivant dans sa barre de HLM, des gens simples, bruts de décoffrage, que je connais assez mal, car seulement croisés lors de fêtes familiales, mais j’imagine que maman n’avait pas d’atomes crochus avec eux et du coup, ne cultivait pas les relations avec sa belle-famille. Ou pour reprendre l’image, n’avait guère envie de visiter le terrier ou de plonger dans l’étang.
Je ne tiens pas du tout de papa. C’est un manuel, le roi du bricolage, capable de démonter et remonter n’importe quel appareil ménager en un temps record après avoir détecté la panne, et maman, depuis leur séparation, est bien contente de pouvoir faire appel à lui en cas d’urgence. A-t-il déjà lu un livre dans sa vie ? J’en doute. Il me touche quand je le vois déchiffrer en ânonnant un mode d’emploi, et l’orthographe, c’est sûr, n’est pas sa tasse de thé. Mais je sais qu’il est fier de sa fille et quand il me voit plongée dans un bouquin, il met en sourdine la télé et ses feuilletons, un de ses loisirs favoris, (oui, vous avez compris ! C’est de là que viennent nos fameux prénoms, au grand dam de maman qui n’a pas su résister) pour ne pas déranger son « intellectuelle » de fille !
C’est aussi un grand sportif, adepte du jogging tous les matins, qu’il pleuve ou qu’il fasse un froid de canard, et il a surtout une grande passion : la mer. Il a acquis d’occasion un petit voilier amarré à Palavas, et ce sont de grandes balades, parfois sur plusieurs jours, dès qu’il en a l’occasion (la cabine bien qu’exiguë, comprend tout ce qu’il faut, rangements, cuisine, couchettes).
Manque de chance, maman déteste l’eau : quand on va à la plage, si elle se trempe jusqu’aux genoux, c’est un exploit, et encore faut-il que la mer soit bien calme, et moi, je suis sujette au mal de mer et malade comme un chien à peine a-t-on quitté le quai. Quant à Dylan, un petit périple de deux jours ne l’a guère convaincu. Il a trouvé ça plutôt barbant, il ne se passe rien à part manœuvrer les voiles au gré des vents, relever les lignes, détacher des poissons gluants (beurk), contempler la côte d’un côté, l’horizon de l’autre. Heureusement il avait apportéune console de jeux, histoire de passer le temps.
Une passion qu’il pratique donc en dehors de nous, alors qu’il aurait bien voulu qu’on puisse la partager en famille. Et vu avec quel enthousiasme il en parle, je comprends qu’il devait être frustré de faire passer les obligations familiales avant d’assouvir sa soif du large. Et même si elle ne l’a jamais dit, je ne suis pas sûre que maman voyait d’un bon œil l’argent laissé pour la location d’une place de ponton à Palavas, les frais d’entretien, d’assurance, etc…
