Printemps, Eté, Automne - Rose Lacroix - E-Book

Printemps, Eté, Automne E-Book

Rose Lacroix

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Beschreibung

Adélaïde et Gunther, patriarches d’une famille soudée, ont deux projets qui, même s’ils n’y paraissent pas, sont très liés. Le premier est de renouer avec une tradition perdue de retrouvailles annuelles, en fin de vacances estivales, sur le lac Léman. Tous ont répondu présent : sœurs, oncles et tantes, cousins, cousines ; il y aura même John et Lucien, leurs amis de toujours. Le désistement de dernière minute d’Alexandre, amène sa cousine Célimène à lui écrire, par mails interposés, pour lui raconter le déroulement de leur séjour au bord du lac. Leur second projet est de partir en voyage. Mais pas n’importe quel voyage. Celui qu’ils vont faire est loin d’être ordinaire…

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Seitenzahl: 165

Veröffentlichungsjahr: 2016

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SOMMAIRE

Préface

Epigraphe

Invitation

L’Irlande

Venise Romance Nostalgique

L’Amérique, l’Amérique !

Debout les Filles !

Bonheur Intérieur Brut

17 septembre 2018 Vevey, Suisse

Le Voyage d’Adélaïde et Gunther

Epilogue: Samedi 14 septembre 2019

PRÉFACE

Rose Lacroix suit l’aventure de l’atelier d’écriture depuis ses débuts. Elle est avec moi, la participante la plus ancienne, sans interruption. Et ce n’est pas rien de l’écrire.

Je me souviens encore de cette rentrée deux-mille-treize où je n’en menais pas large avec ce magnifique groupe d’écrivains qui venait, curieux, découvrir cet atelier. Rose était l’une d’elle et jusqu’en décembre, je me demandais si l’atelier lui convenait, si elle allait rester. Pas toujours à l’aise avec ses écrits, peu convaincue de leur intérêt, elle n’osait ni les lire ni les partager. J’étais inquiet, à la fois pour mon animation mais aussi pour son loisir. Car chacun venait avant tout pour se détendre.

Puis un jour de l’année suivante, vers février deux-mille-quatorze, elle m’a envoyé par mail son texte. Sa nouvelle. Wendy était née et je découvrais, surpris et ahuri, ce texte somptueux qui ne relatait pas l’auteur, Et depuis, Rose rit, sourit, se lâche, imagine des textes par dizaines, au-delà des travaux de l’atelier, elle a lancé le rituel de la nouvelle de fin d’année qu’elle offre à tous les participants, le cœur grand et l’humour exponentiel.

Elle a échangé avec moi bien plus que les textes prévus par l’atelier. Elle m’offre toute son imagination en pièces-jointes. Elle accepte mes remarques, mes critiques, en vient même à lire mes écrits et me les annoter.

Rose est complète dans ses écrits. Elle mêle la romance et la réalité, elle marie l’humour et le drame, elle allie la description à l’action, elle impose un suspens que l’on ne soupçonne même pas mais qui nous met l’eau à la bouche tout le long du récit. Au point de devoir systématiquement lire sans interruption jusqu’au bout.

La richesse, tant qualitative que quantitative de son travail (en loisirs) m’a conduit à l’inviter à sortir un recueil de tous ses textes. Non. Non, elle ne voulait pas, elle ne les jugeait pas assez bons. Je ne l’ai pas forcée. Mais un soir d’atelier, elle m’a glissé qu’elle préparait un roman, un patchwork de certaines de ses nouvelles en une seule histoire. Belle aventure et beau défi.

Pari réussi. Vous avez entre les mains « Printemps, été, automne », le premier livre autoédité pour le grand public de Rose Lacroix. Le premier livre personnel d’un participant à l’atelier d’écriture. Et quel bonheur d’avoir été choisi pour écrire ce préambule. Quelle fierté d’avoir eu l’exclusivité de suivre ses créations à l’ombre d’un ordinateur et de voir le projet se concrétiser.

Je lui souhaite un beau succès, de magnifiques rencontres avec ses lecteurs (c’est-à-dire vous), de nombreuses autres productions personnelles ou collectives.

Agréable lecture à vous et à toutes celles et ceux à qui vous confierez ce livre.

Christophe Carreras

« La vie de l’homme dépend de sa volonté ;

sans volonté, elle serait abandonnée au hasard »

(Confucius)

Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec des faits ou des

personnes existant ou ayant existé est fortuite.

Et surtout n’oubliez pas, même si

« La vie ne vaut rien, RIEN NE VAUT LA VIE »

(A. Malraux)

Gunther et Adélaïde Queroy, respectivement âgés de soixante-dix-sept et soixante-seize ans, s’apprêtaient à partir pour un voyage volontaire dans les affres de leurs aventureux désirs. Puis, ils pourraient se reposer, et ils l’auraient bien mérité. Après quatre mois de préparation, de rendez-vous en interrogations, de formulaires en déclarations, ils avaient fini par se retrouver à la date du départ, cahin-caha, sans s’en rendre compte et toujours aussi impatients. Ils avaient eu tout le loisir de s’y préparer, avec une visite mensuelle chez leur voyagiste afin de déterminer leurs lieux favoris de pérégrination et leurs modes de déambulation ; ils avaient dû s’assurer, bien sûr, de disposer de tous les papiers nécessaires, ordonner leurs affaires avant de partir, anticiper l’achèvement de leur circuit et organiser le séjour estival et anciennement traditionnel de leurs famille et amis pour la fin de leur expédition.

Ils souhaitaient en effet renouer avec cette coutume qu’ils avaient eux-mêmes instaurée il y avait fort longtemps et qui avait été abandonnée ; par négligence sûrement, par manque de temps peut-être… Enfin « pour tout un tas de mauvaises raisons », se disaient-ils. Pourtant, eux, ils la louaient toujours tout l’été cette grande maison à Excenevex, au bord du lac de Genève, mais plus personne ne les rejoignait au Chalet des Sables, comme ils l’avaient surnommée. Aujourd’hui, ils désiraient que tous se retrouvent, comme avant, après les vacances de chacun, pour quelques jours de partage, de rire et d’insouciance. Dans leur esprit, ce souvenir sentait bon la nostalgie des jours heureux ; et ils espéraient bien que cela continuerait, d’année en année, et peu importait les aléas qui ne manqueraient pas de se produire ; ils en avaient vu d’autres et ils s’en étaient remis.

Comme l’annonce de la maladie de Pauline, la sœur de Gunther, la mère d’Alexandre, il y avait une quinzaine d’années. Ça leur avait fait un choc à tous, autant qu’ils étaient ! Mais elle avait tenu bon, elle s’était battue pendant de longs mois, et « nous l’avons vue dépérir petit à petit, sans pouvoir intervenir pour y remédier. Nous avons simplement pu être présents, et les séjours n’en étaient pas plus tristes pour autant n’est-ce pas Gunther ? » ; chacun y déployait toute son énergie et souvent bien plus encore, pour enfiévrer l’estivage – Alexandre, avec son esprit potache, était le meilleur – faire sourire ou rire avec des sketches improvisés pour la veillée, jouer à l’eau – la facture s’en ressentait – au Pictionary – là, tout le monde retombait en enfance, à grimacer et gesticuler comme des pantins animés par la fureur de l’oisiveté.

Et puis ce fut le tour de Victor, trop empressé à vouloir guérir sa chère et tendre, et qui s’était oublié, un petit peu ; sa négligence lui avait été fatale, peu de temps après sa femme.

Dans tout cela, le pauvre Alexandre, alors âgé d’à peine trente ans, avait été très courageux ; en cinq années il s’était retrouvé orphelin de mère et père ; il avait dû faire face à des décisions importantes concernant les affaires de ses parents, qui, si elles avaient été défavorables, auraient pu lui nuire gravement, notamment pour la poursuite de ses études. Heureusement, Gunther et Adélaïde, ainsi que le reste de la famille et des amis, lui avaient été de précieux conseil ; et il avait pu terminer sans autre malheur son doctorat de droit, s’assurant ainsi un avenir professionnel conséquent. Maintenant, Alexandre travaillait comme avocat dans une des agences du prestigieux cabinet « Lamotte et Pereire » en Ile de France.

Pour cette année, Adélaïde et Gunther avaient préféré retenir un espace différent de celui qu’ils occupaient d’habitude à cette période, juste avant la fin de l’été et avant la rentrée, et c’est tout naturellement qu’ils avaient choisi la rive opposée du Chalet des Sables, du côté suisse du lac Léman.

C’est pendant ce séjour qu’ils avaient décidé de leur faire la surprise…

Sur le catalogue, ils avaient craqué pour une grande meulière avec accès direct sur le lac d’un côté et ouvrant sur la rue piétonne du centre ville de l’autre ; ils l’avaient réservée. Les chambres étaient nombreuses, le salon confortablement aménagé de plusieurs bergères en tweed et autres voltaires, d’un canapé immense, tous disposés autour de l’âtre central et de la télévision. Une grande baie vitrée laissait entrevoir le sentier serpentant entre les broussailles et le lac, avec la montagne en toile de fond. L’ensemble leur avait paru suffisamment chaleureux pour y réunir toute la famille et leurs amis préférés. Ils avaient envoyé les invitations par leur messagerie internet sitôt qu’ils avaient été sûrs.

− Tout le monde a répondu présent, Adélaïde, à notre bristol ? s’enquit Gunther.

− Oui Chéri, ils viendront tous !

− Rappelle-moi qui sera là, déjà ?

− Oh ! Gunther, ce n’est pas compliqué, la liste n’est pas bien longue et tu sais parfaitement qui nous avons invité ! Ce sont toujours les mêmes, c’est le noyau dur Famille-Amis.

− Oui, mais cela fait si longtemps que nous ne les avons tous réunis ! En plus je n’ai pas vu toutes leurs réponses… Allez, s’il te plait !

Adélaïde, résignée, commença l’énumération des invités.

− Alors, commençons par les anciens : il y a, bien sûr, ma sœur, Céleste…

− Très bien, cette chère Céleste sera là ; quel âge a-t-elle, déjà ? Je trouve qu’elle fait beaucoup plus jeune que nous… ou c’est peut-être depuis notre dernière visite chez elle… Tu te souviens, Adé, ce Lismore, l’épicier irlandais, nous avait raconté une espèce de légende dont ta sœur était plus ou moins l’héroïne…

− C’est vrai, ils imaginent là-bas que Céleste ne vieillit pas ! Qu’elle est immortelle, en quelque sorte, hein Gunther, c’est bien ça, si je résume !

− Exactement, et je trouve que ça colle bien avec l’air éthéré qu’elle a toujours ! Tu ne trouves pas ?

− Tu es mauvaise langue Gunther, arrête de critiquer, c’est ma sœur tout de même !

− Bon d’accord, passe au suivant alors.

− Voilà les inséparables, John et Lucien, qui viendront, évidemment. On a toujours pu compter sur eux, n’est-ce pas ?

− Oui, tout comme nous les avons soutenus nous aussi, quand Lucien a déclaré sa foutue maladie ! Ça a été un drame, ça aussi… Mais ça ne s’est pas ébruité, comme ils le souhaitaient.

− Nous avons été discrets, bien sûr, à leur demande. C’était normal ; à l’époque, ils auraient été des parias ! Fusillés sur la place publique !

− Tu exagères un peu quand même Adé, il n’y a pas de honte à avoir la tuberculose, que je sache !

− C’est ça, c’est ça !

− Quoi ?

− Tu sais très bien ce que je veux dire, Gunther !

− Ben, non, vas-y, précise !

Sur un ton plus bas, dans un murmure, Adélaïde répondit :

− Tu sais bien que Lucien est guéri de sa tuberculose, mais pas du reste quand même !

− Bien sûr, Adé, mais ce n’est pas la peine d’en faire tout un plat ! Il est moins malade que toi et moi, en fin de compte !

− Eh bien, tu m’épates Gunther ! Mais depuis quand sais-tu que Lucien a cette maladie ?

- Tu me prends vraiment pour un imbécile, Adélaïde… Je l’ai su en même temps que toi, je suppose !

− Mais mon Gunther, je ne te prends pas pour un imbécile du tout, c’est seulement que tu as souvent l’air si embarrassé à l’évocation de toutes ces choses…

− Heu ! Oui, oui… c’est que, comme ça, on ne m’embête pas avec ces questions, tu comprends ?

− Hum, je crois que je comprends très bien… Bref, passons aux suivants : il y aura aussi Célimène et sa fille Célia.

− Oh ! La belle Célim, et sa mignonne ! Elles viennent directement d’Irlande ? C’est elle qui amène sa mère ?

− Je ne sais pas…

− Travaille-t-elle toujours dans cette grande enseigne internationale ?

− Oui, elle y est toujours styliste ; d’ailleurs, elle m’a répondu avec une nouvelle carte de visite, une cybercarte qu’elle a dessinée elle-même, m’a-t-elle dit !

− La classe ! affirma Gunther.

− Oh ! Oui !

− Et si Célimène est là, Alexandre viendra aussi ; ils sont toujours « cul et chemise » ces deux là !

− Tu as raison, Alexandre a répondu présent. Je craignais qu’il ne vienne pas, avec sa réinstallation depuis son retour d’Equateur !

− C’est une drôle d’idée qu’il a eue, tout de même, de tout abandonner ici ; son métier, ses amis ; nous, sa famille… Non ?

− Oui, mais le décès si rapproché de ses deux parents a été traumatisant pour lui ; il était dans ses études ; je crois qu’il n’a pas pris le recul nécessaire pour aborder une telle épreuve, et c’est certainement ce qu’il est allé chercher au bout du monde ! Il a vécu là-bas sur ses rentes et de quelques petits boulots, il devait avoir beaucoup moins de pression en Amérique que sur Paris !

− Il a bien fait d’en profiter !

− Tu ne crois pas si bien dire, parce qu’il a déjà remis le collier, à peine rentré !

− Oui, j’ai lu le mail d’Alexandre : il se débrouille bien ! Et nos filles ont-elles répondu ?

− Gaby fait tout son possible pour être présente, mais on vient de lui proposer un poste d’éducatrice dans une association qui s’occupe d’enfants autistes, alors elle n’est pas sûre de pouvoir se libérer, elle ne sait pas encore quand elle commencerait…

− Ce ne sera sûrement pas avant octobre, elle ne va pas commencer en plein milieu du mois de septembre…

− On verra bien !

− Et Galiana, elle vient, sûr, elle ?

− Oui, ils viennent, bien sûr avec les petits. Ça fait un bout de temps qu’on n’a pas vu nos petits enfants, tu ne trouves pas ? Je ne suis pas sûre qu’on les reconnaisse, à cet âge-là, ils changent si vite !

*

La demeure qu’ils avaient réservée à Vevey serait remplie de tous les êtres chers à leurs cœurs. Encore un beau séjour en perspective, et des souvenirs inoubliables.

Juste avant la fin de l’été,

Les 14, 15, 16 et 17 septembre prochains

Nous vous convions

pour quelques jours au bord du Lac Léman …

comme avant, lorsque nous nous retrouvions tous,

après les vacances

Vous pourrez encore faire du feu dans la cheminée

Si ça vous tente, ou bien quelques grillades,

Voguer sur les flots, au gré des souvenirs

Venez tous, merci

Adélaïde et Gunther

Célimène 14/09/2018 15 : 27

À : Alex.@

Objet : Arrivée à Vevey

Mon Cher Alexandre,

Comme je te l’ai promis, je t’écris de Vevey en Suisse où je regrette vraiment de ne pas te voir. Nos « cousinades » d’antan me manquent et les promenades au bord du Léman me semblent moins intéressantes sans toi. Mais j’essaye d’apprécier quand même ce séjour, rapide mais dense. Nous sommes arrivés hier, en même temps que John et Lucien, amis fidèles de nos hôtes. Je n’ai pas encore vu nos cousins Galiana et Georges, mais j’ai aperçu leur fille Gina, alors je sais qu’ils sont là. Par contre, leur fils, Gaylor n’est pas avec eux, d’après la petite. Ils rentrent tout juste de vacances et apparemment, ça ne s’est pas bien passé… Ils nous raconteront peut-être…

Gunther et Adélaïde ont pensé à tout, nous sommes reçus comme des princes. La maison au bord de l’eau est simple mais immense, ce qui nous a tous permis de rester dormir sur place la nuit dernière. C’était mieux ainsi, car certains ont profité du buffet pour boire un peu trop (je ne te dis pas qui !)… enfin, tu connais les gens, on leur donne une main, ils te prennent le bras ! De toute façon, c’est prévu comme ça, il y a de quoi coucher tout le monde ; comme lorsque nous louions le chalet du Chemin des Sables !

La météo prévoit du beau temps pour les prochains jours, c’est vrai que le ciel est resté clair toute la journée ; alors nous en avons profité, avec John, Lucien, Céleste, Célia et moi, pour remonter toute la rue du lac, en partant de la Grand Place ; c’était un grand tour ! J’ai cru que Maman n’allait pas suivre, elle a quand même soixante-dix-huit ans ; mais penses-tu, c’est elle qui marchait le plus vite !

Enfin, c’est dommage que tu ne sois pas là, parce que tu aurais pu revoir toute la clique : revoir ta tante Céleste – ma mère - depuis le temps ! Deux ans que tu es parti ? C’est bien ça ? Remarque, elle ne vieillit pas, elle n’a pas pris une ride, elle ! Par contre, je suis sûre que tu ne reconnaîtrais pas ma fille, Célia. Cela fait longtemps que tu ne l’as pas vue, n’est-ce pas ? Elle a huit ans maintenant, elle est belle comme un cœur. Maman me dit souvent : « tu sais, Célimène, ta fille ressemble de plus en plus à Samuel ». Je suis bien obligée de la croire sur parole, car elle n’a toujours pas une seule photo à me montrer !

Ah, mais c’est bien moi, je parle, je parle, et je ne prends même pas de tes nouvelles ! Donc, comment vas-tu ? As-tu encore ton plâtre, ou as-tu soudoyé la belle infirmière pour qu’elle te l’enlève plus vite que prévu ? Cela doit bien faire deux semaines que tu as eu cet accident de voiture, non ?

Bien, il est 18h30, nous devons nous préparer pour les festivités. Je crois que nos hôtes nous ont concocté une belle surprise ; je n’en sais pas plus pour l’instant, juste que nous allons assister à la projection de leur dernier voyage : d’après la rumeur qui circule ici, Adélaïde et Gunther ont fait un petit tour du monde récemment… Ils ne nous en ont même pas parlé ! Tu le savais toi ?

Je t’embrasse et te dis à bientôt pour te parler de la suite.

Célim

En fin de compte, Alexandre n’avait pu honorer l’invitation de ses oncle et tante, victime d’un accident de voiture au cours duquel il s’était cassé la jambe et avait broyé sa voiture. Deux véhicules sur sa gauche s’étaient tamponnés et l’un d’eux était venu le percuter en tournoyant sur lui-même au milieu de la trois voies où il circulait. Par effet « boule de neige », les automobilistes avaient assisté à un immense carambolage. Pour sa part, sa berline avait bousculé plusieurs voitures, sans qu’il ne maîtrise rien ; au vu de l’épave, il s’étonnait du peu de dégâts humains ; il était le seul blessé, la jeune femme, au volant du dernier véhicule qu’il avait touché, était sortie indemne de la collision. Ouf ! Il avait eu une peur bleue mais se félicitait de son réflexe inné lorsqu’il avait tout braqué à droite pour atterrir dans le fossé plutôt que d’aller s’encastrer dans les voitures d’à côté après avoir traversé l’étroit terre-plein qui les séparait de la route en sens inverse. Il sortait d’un entretien avec un nouveau client qui venait de terminer sa garde à vue. L’homme d’une cinquantaine d’années était accusé du meurtre de sa maîtresse, femme de vingt ans son aînée, mais dame légèrement fortunée dont il était un héritier de premier plan. Alexandre avait récupéré cette affaire, jugée moyennement importante par le reste du cabinet, parce qu’il était le dernier arrivé dans l’équipe d’avo-cats. Il devait faire ses preuves. Normal. Bien que diplômé depuis trois ans, il n’avait encore jamais travaillé comme avocat. C’est au vu de son curriculum de baroudeur que Jacques Pereire, principal associé du cabinet, l’avait embauché. Alexandre avait un peu brodé autour de son exil en Equateur ; il ne lui avait pas été difficile, moyennant quelques billets, de se procurer là-bas un contrat de travail factice qui le propulsait manager dans une exploitation forestière. Ce qui lui avait amené illico l’expérience professionnelle qui lui manquait. Pereire avait apprécié, d’autant qu’il en avait rajouté, n’hésitant pas à se présenter en tenue décontractée, veste et pantalon assortis de lin et coton mélangés, très sud américain, couleur havane, froissés, panama1