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Une femme. Le continent africain. Les cultures et les personnes, les couples mariés et la langueur s’enchevêtrent jusqu’à se perdre dans le cœur du mystère Noir. Un récit intense, digne, parlant du désespoir avec un humour qui rend hommage à la force de vie en chacun de nous.
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Seitenzahl: 70
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Nayla Guillemin
Quarantaine
Numérilivre - Éditions des Bords de Seine
Une femme. Le continent africain. Les cultures et les personnes, les couples mariés et la langueur s’enchevêtrent jusqu’à se perdre dans le cœur du mystère Noir.
Un récit intense, digne, parlant du désespoir avec un humour qui rend hommage à la force de vie en chacun de nous.
Clovis Maalouf, mon pilier, pour son indéfectible soutien et son immense amour. Merci papa.
Lesther Guillemin, pour sa patience, et son aide pendant l’écriture.
Laurent, Lesther, et Alma Guillemin pour leur fraîcheur et leur humour qui m’ont tant inspiré.
Diala Gemayel pour son investissement et sa générosité d’âme.
Le Gabon pour sa beauté, sa bonté et tout ce que ce pays m’a appris.
Et last mais pas least Norma Alouf pour les super illustrations.
La chance n’est pas un pagne qu’on met, qu’on enlève.
Proverbe batéké — Congo
— Monsieur Jules Sim, nous avons le plaisir de vous annoncer que votre candidature pour le poste de directeur général a été hautement soutenue par la direction de notre groupe.
— J.S., contenant son émoi : Et j’en suis très honoré.
— Cet engagement sera matérialisé sous la forme d’un contrat à durée indéterminée qui prendra effet à la date du 12 août assorti d’une période d’essai de trois mois.
Le prédécesseur de Jules ayant cédé à une massive crise cardiaque dans un bordel librevillois, l’urgence est bien là et les candidatures pour l’Afrique ne remplissent pas les boîtes mails…
— En avez-vous discuté avec Madame ? Il est impératif que nous n’ayons pas de déception de ce côté-là. Votre contrat étant régi par la convention collective de notre firme d’Afrique du Sud, nos locaux de La Défense seraient mis à mal dans le cas d’un caprice conjugal. Suis-je clair, Monsieur ?
— Soyez sans crainte Monsieur, je suis votre homme.
Jules prend congé, cette nouvelle lui fait l’effet d’une piñata explosée au-dessus de la tête d’un enfant gourmand ! Une déferlante de confettis multicolores, un goût fruité sucré ! À nous la belle vie !
Le hall de sortie lui semble interminable, l’ascenseur trop lent… Porte coulissante, grande bouffée d’air.
Jules toise dans le vide ; et sur-le-champ, il faut prévenir Zoé, sa douce moitié.
La plume de l’oiseau s’envole en l’air mais termine par terre.
Proverbe du Burkina-Faso
La bombe est larguée, l’embauche espérée mais inattendue est annoncée. Les bambins ne manifestent pas de joie particulière.
La wife est emballée.
Il ne reste plus qu’à tout rembarrer : encartonner pour une nouvelle et énième expatriation. Alors on garde l’appartement, comme d’habitude, et on range tout ce qui va nous suivre au Gabon – et la liste est longue…
Zoé doit aussi ranger aux oubliettes sa vie professionnelle parisienne – peu importe, elle sait, elle a les épaules.
Les kids doivent lâcher leurs habitudes : potes, papi, mamie, tatas, tontons, activités, sécurité, leurs univers… Ils s’adapteront !
Revenons à nos moutons, organisons une fête de départ et préparons-nous à réinventer nos vies, en avant, marche !
Tels de petits soldats, nous nous alignons, prêts à l’attaque. Vaccinés de partout… Fièvre jaune, tétanos, diphtérie, poliomyélite et hépatites A et B.
Même pas mal, même pas peur !
Les enfants en gardent un tout petit point rouge en guise de souvenir, Jules a la peau dure, il n’en a même pas la trace.
En ce qui me concerne, je monte à 39° de fièvre et me chope au fil des heures une espèce de tatouage en trois dimensions sur le haut du bras.
Huit heures à évacuer ce poison à coup d’Évian et d’Efferalgan !
Cycliquement, j’ouvre un œil et m’épouvante à la vue de mon nouveau sigle gothique, par moments je le vois en tête de mort… J’alterne sommeil ou je pars dans des rêves indignes. Je me retrouve avec récurrence dans des bras qui ne sont pas ceux de mon mari, j’embrasse langoureusement des lèvres charnues. Ce ne sont pas celles de Jules non plus, ce regard bleu me rassure, il m’est familier… Et je ressuscite, fautive de tromperies absurdes et inexpliquées !
Je mets tout cela sur le dos des démons dans la peau : ça surchauffe.
Chuut… On se calme… Respire, tout va bien… Mon pied cherche celui de mon homme dans le lit, et je me rendors.
Neuf heures du matin : je suis clean, opérationnelle. Plus que huit jours avant notre départ.
On ne se connaît pas ? C’est vrai ? OK ! Bon voilà, je nous présente :
Jules Sim, beau quarantenaire, brun, peau mate, yeux d’un vert olive, grand, bien charpenté, diplômé de Sciences Po, muté par choix au Gabon, et ravi de s’y rendre. Il emporte dans ses bagages son épouse et sa progéniture.
Zoé Sim (moi), grande, cheveux longs blond vénitien, yeux bleus en amande, petit nez, bouche charnue. Oui je sais, je suis pas moche ! Et par moments, tout comme Delon, je parle de moi à la troisième personne.
Malgré mon diplôme en management, j’ai décidé de fermer mon agence de com parisienne, d’enfiler mes baskets et de suivre mon mari, Jules Sim, à Libreville, au Gabon.
Carl et Melody, respectivement 6 et 12 ans, sont les fruits de 19 ans d’amour entre Zoé et Jules.
Et ces deux-là suivent leurs géniteurs à contrecœur cette fois-ci.
Les enfants Sim, habitués à de nombreux voyages d’expatriés, sont beaux, vifs et intelligents. Ils font la fierté de leurs parents.
Mais eux ne jubilent pas à l’idée d’être projetés sur le continent africain.
Seul un sot mesure la profondeur de l’eau avec ses deux pieds.
Proverbe africain
Zoé Sim est littéralement scotchée au hublot. L’avion est sur le point de se poser à l’aéroport Léon M’Ba.
Le soleil hurle entre les brumes. La mer s’étend à l’infini, entourée d’une végétation si dense que ses yeux émerveillés croient rêver !
Au loin, elle réussit à apercevoir quelques toits en tôle. C’est le signe qu’il y aurait des humains infiltrés dans cette nature majestueuse. Elle pousse un cri d’émotion face à un tel spectacle, si insolite et si majestueux !
Hier, ils débarquaient à Genève, New-York, Shanghai… Ce commencement semble avoir annulé tous les autres.
Elle eut soudain conscience d’avoir le privilège de fouler cette terre presque vierge…
Enfin, que pressent-elle ?
Qu’elle est toute petite, et que sa vie allait définitivement changer ?
Non, pas encore !
Elle appréhende tout autant qu’elle désire vivre cette expatriation.
Atterrissage en douceur.
Et Zoé qui asperge, de la tête aux pieds, la famille d’anti-moustiques spécial zone à risques.
Et peu importe qu’ils surgissent déguisés en citronnelles vivantes humanoïdes !
Non, le paludisme, sans façon, et surtout pas d’entrée de jeu !
Jules l’observe, cette femme-là, la sienne. Dieu qu’il l’aime. Les années n’avaient fait que renforcer ce lien qu’il pense indéfectible.
Était-ce le fait d’aller s’installer pile sur la ligne de l’Équateur qui allait, si vite, les rendre fous ?
Quelles ombres les attendaient en terre africaine ?
J’erre dans 450 mètres carrés de plain-pied.
Mon espace colonial est réinvesti, entre du mobilier moderne mi-déversé par les conteneurs qui ont survécu aux vents et marées, mi-complété par les galeries occidentales ou libanaises bien installées à Libreville.
Starck et Eames ne sont pas ravis de cohabiter avec le « made in China » dégoté sur place, et sont même dégoûtés qu’en valeur marchande locale, ces absurdes copies me coûtent un bras.
Mais ça va. Je les ai convaincus, à juste titre, qu’ici, pas le choix.
Je me perds un peu dans mes salons, bureaux et chambres démesurés mais quand même, j’endosse fabuleusement bien mon habit de femme au foyer.
Je me rends aux invitations avec Jules, je m’y suis fait des amies.
Le climat me surprend, c’est très humide.
J’ai l’impression que ça sent mauvais dans les rues. Mais aussi, je découvre des espèces d’oiseaux magnifiques et multicolores, des martins-pêcheurs orange, jaune fluorescent, bleu turquoise, d’emblée, j’aime Libreville !
De ma villa à La Sablière, je traverse mon jardin, j’ouvre le portail, et je me retrouve les pieds dans l’eau du géant Océan atlantique.
Les crépuscules sont à couper le souffle, je me sens très proche du soleil, il est grandiose !
Vers 18 heures, les enfants et moi observons des milliers de chauves-souris gigantesques, « batmanéennes », survoler les palmiers…
— « Ça va ma poule ? »
— « Ça va mon amour ! »
