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Je m'appelle Rachel Rident. À la mort de mon frère, je décide de suivre ses traces en intégrant la garde royale du plus puissant royaume de Mécénia, un monde peuplé de créatures féeriques. Mais ma formation se déroule sous le signe de mauvaises nouvelles. Entre complots, guerres et Démons en liberté, ma vie d'adolescente ordinaire va basculer à tout jamais.
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Seitenzahl: 370
Veröffentlichungsjahr: 2021
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L’auteur :
Nina Coustenoble est une étudiante de vingt et un ans en cursus de lettres modernes, dans le Nord de la France. Grande lectrice de littérature fantasy, elle écrit depuis son plus jeune âge et publie son premier roman à l'âge de quinze ans. Elle enchaîne les années suivantes, sa première saga "Tu ne resteras pas en vie" qui est sollicité par les lecteurs et par la presse pour la richesse de son imagination C'est en 2021 qu'elle nous fait découvrir ses nouvelles aventures "Les chroniques de Mécénia".
Du même auteur :
La Forêt des ténèbres (2015)
Du même auteur dans la même saga :
Tu ne resteras pas en vie : Le Mal (2016)
Tu ne resteras pas en vie : La Souffrance (2017)
Tu ne resteras pas en vie : La Mort (2018)
Tu ne resteras pas en vie : Les origines du Mal (2019)
À ma famille,
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Dans le manoir, scène 1…
Chapitre 9
Chapitre 10
Dans le manoir, scène 2…
Chapitre 11
Chapitre 12
Dans le manoir, scène 3…
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Dans le manoir, scène 4…
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Dans le manoir, scène 5…
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Remerciements
Lexique du Monde Magique de Mécénia
L’odeur des pages neuves envahit mes narines. Les livres sont comme de vieux amis et ils m’accueillent dans cette ambiance chaleureuse. Dehors, le soleil brille et pourtant, je préfère être ici, où je peux feuilleter mes chers compagnons. Je me sens en paix et en sécurité. Je caresse les vieilles reliures en cuir, observe les premières de couverture, effleure les pages blanches. Le salon littéraire regorge de livres, mille couleurs attirent mes yeux et la tentation de tous les acheter me gagne. Dans la bibliothèque de mon village, le choix est plus réduit. Nombreux sont les auteurs qui sont venus dédicacer leurs livres. On se bouscule, on échange avec les écrivains, on se procure des ouvrages. C’est beaucoup trop dur de prendre une décision ! On y trouve de bonnes affaires avec les éditions anciennes comme celles de Victor Hugo, Racine, Flaubert… Elles valent en effet moins cher que les best-sellers du moment, mis en évidence sur les présentoirs. Je fais une liste mentale dans ma tête parmi les BD, documentaires, thrillers et histoires d’amour que je voudrais acheter. Je sens que les cinquante euros que m’ont donnés mes parents vont vite s’envoler. Je vais devoir faire des concessions, donc soyons méthodiques. Je vais privilégier plutôt les romans, et ceux qui ne sont pas trop chers, qui ont un résumé accrocheur. Ce serait aussi dommage de repartir sans une dédicace alors je fais la queue au stand du nouvel auteur à succès : Chris Igène. Son roman Le jour commence au bout de la nuit est un thriller psychologique et fantastique. Je rêve de l’avoir depuis longtemps. Avec toute cette foule devant Chris, je dois me presser pour terminer mes achats. Je me retrouve finalement à la caisse avec cinq ouvrages sous les bras dont la moitié ne seront probablement pas lus avant l’année suivante par manque de temps. Madame Vesquez, ma professeure de sciences et notre accompagnatrice à cette visite du salon, me voit arriver avec tout cela et s’en décroche presque la mâchoire.
– Tu es bien chargée Rachel. Tu vois bien que tout ne rentre pas dans ton sac. C’est une sortie scolaire, pas des courses !
– Ce n’est pas grave, je vais tout porter, je réponds.
Ma prof soupire, mais je sais au fond qu’elle est contente que cette visite m’ait fait plaisir. Il est déjà l’heure de retourner au lycée. Dans le bus, je parle à mes enseignantes de Chris Igène, sans doute l’un des meilleurs auteurs français de cette décennie, selon moi. Elles préfèrent lire les enquêtes policières, mais elles ne semblent pas désintéressées par ce que je leur raconte.
Tout le monde est bien content de rentrer chez soi ; or moi, je pars à mon entraînement de volley-ball. Je m’attache les cheveux et écoute les filles discuter dans le vestiaire. Sans être une excellente joueuse, je m’investis dans mon sport, je l’adore. Depuis deux ans que j’en fais, je ne me lasse pas d’y aller les soirs après les cours. J’en ressors épuisée, mais incroyablement fière de moi. C’est un peu ce qui pimente ma vie de lycéenne lambda. Ce soir cependant, j’ai du mal à me concentrer. J’ai tellement hâte de rentrer chez moi quand je pense à tous ces livres que j’ai entassés dans mon sac. Et pour une raison que j’ignore, je me sens légèrement plus triste au moment d’aller sur le terrain.
Je prends le métro, puis le bus pour retourner chez moi. Il n’y a pas d’école dans mon village, ce qui m’embête un peu vu qu’après le volley, j’aimerais bien rentrer le plus rapidement possible. Un groupe de garçons discutent d’un film ou d’un jeu vidéo avec des Elfes, des dragons et autres créatures. Je suis la seule dans ce monde à savoir qu’ils existent réellement. Bien sûr, je ne pourrais jamais le prouver, mais au fond il y a quelque chose de réjouissant à être l’unique personne à connaître un secret. Il concerne plus mes parents que moi. Quand on les regarde, on ne doute pas qu’ils soient des humains tout à fait ordinaires, élevant une fille banale. Toutefois, les apparences sont trompeuses et les gens sont loin de soupçonner la vérité. Dans les livres et les films, le personnage principal apprend à l’adolescence la nature même de sa famille. Pour ma part, j’ai toujours su ce qu’étaient mes parents, ils n’ont jamais voulu le cacher. J’avoue que cela enlève tout le piquant à mon histoire. Je ne pourrais jamais être l’héroïne d’un roman.
Mes parents sont nés dans une autre dimension, un monde qui s’appelle Mécénia. Ce continent comporte dix-huit pays, dont le plus important est Amélia, la terre où ils ont vécu. Quand j’étais petite, j’étais fascinée de savoir que les Fées, les Elfes, les Sorciers existaient vraiment. On m’a expliqué que là-bas, il y avait les Solis, les êtres qui pratiquent la magie et les Oldis, ceux qui n’en ont pas, comme les Nains, les Ogres… Mes parents sont tous les deux Magiciens, sauf qu’ils sont un peu particuliers : ils ne peuvent pas utiliser leurs pouvoirs. C’est une anomalie très rare qui n’a rien de génétique. On ne connaît pas vraiment la cause de cette bizarrerie. Ces personnes touchées s’appellent les Néants. Pourquoi ce terme ? Tout simplement parce qu’un Solis est rempli d’énergie magique, les Néants sont vidés de cette énergie. Mes parents ont quand même eu une enfance normale, car les pouvoirs ne se manifestent pas forcément jeunes. Seulement, ils ont perdu tout espoir de pratiquer la magie un jour. À Mécénia, les Néants ne sont pas toujours bien vus, ils peuvent avoir un travail, mais ils ne sont pas bien placés dans la hiérarchie sociale. Alors même si personne ne les a poussés à partir, ils ont préféré quitter Mécénia pour s’installer en France. Leur pays natal leur manque parfois cependant, ils sont très heureux sur Terre, une planète qu’ils jugent magnifique et plus mystérieuse. Je trouve cela incroyable que deux Néants se soient retrouvés mariés. Autrefois, je rêvais d’aller à Mécénia, de visiter tous ces pays merveilleux et ces habitants hors-normes. Le nombre de fois où j’ai tenté de m’entraîner à la télékinésie, j’étais complètement folle ! Malheureusement pour cette petite fille, je n’ai jamais réussi à invoquer un soupçon de magie. Quand on grandit et que l’on voit ses rêves brisés, on finit par passer à autre chose. C’est ce que j’ai fait. Aujourd’hui, je ne suis plus du tout triste d’être « normale ». J’ai des amis géniaux, le volley-ball, de bonnes notes à l’école. Je sors, je lis, je customise des objets pour égayer ma chambre. Certes, ma vie est loin d’être trépidante. Mais quoi qu’il en soit, je m’en fiche. Elle me convient.
À mon arrivée, une odeur de chocolat titille mes narines. Maman est encore en train de faire ses fameux fondants. J’en ai l’eau à la bouche. Quand je viens embrasser ma mère, elle capte tout de suite mon regard, dirigé vers sa préparation.
– C’est loin d’être prêt, gourmande ! Je viens juste d’arriver. Je pense qu’on va manger tard ce soir.
– Génial, comme ça j’ai le temps de faire mes devoirs.
Je pose mon sac sur le canapé et défais ma veste.
– Alors c’était comment ? me demande maman.
– C'était super ! J’ai acheté cinq livres.
– Tu me ruines à chaque fois ! Révise au lieu d’acheter des bouquins !
Je tente de plonger mon doigt dans le bol de chocolat fondu, mais elle me voit arriver et m’agresse à coups de torchon.
– Allez ouste ! Tu m’as dit que tu devais faire tes devoirs.
Je monte jusqu’à ma chambre, après avoir fait un détour dans celle de mon frère. Alan est parti depuis longtemps, alors la sienne me sert de bibliothèque. J’y entrepose mes trésors. Un calendrier accroché au mur m’indique la date de son retour. Il prendra un congé en juillet, comme tous les ans, pour venir nous voir. Alan est le seul membre de la famille à avoir des pouvoirs. Il est aussi le seul à vivre à Amélia. Il me manque tous les jours. Il est temps que je révise avant que maman ne se rende compte que je suis encore en train d’admirer mes nouveaux livres.
Au dîner, papa rentre à temps du travail. Sa barbe de trois jours me chatouille quand il vient m’embrasser. Comment peut-il être si grand alors que moi je suis si petite ? Je me plains tout le temps de mon 1m60 à mes parents, même si je sais que je ne suis pas si petite que ça. Maman et papa commencent à raconter leur journée. J’écoute à moitié, trop concentrée sur mes pommes de terre. Mon père fait toujours de grands gestes quand il parle, en cela, je lui ressemble beaucoup. J’aime ces soirées tranquilles. Depuis qu’ils ont remarqué mon désintérêt pour Mécénia et tout ce qui va avec, mes parents n’en ont plus jamais parlé. Sauf quand Alan est là bien sûr. Mon frère ne se prive jamais de raconter ses aventures. Je pense qu’il est plus malheureux que moi maintenant de savoir que je ne le rejoindrai jamais à Amélia. Je n’aurais pas de pouvoir et ce qu’il me raconte ne me procure pas autant de plaisir qu’avant. Pour lui, je suis toujours la petite fille curieuse et impatiente. On s’est disputé quelques fois à ce sujet, il disait que je bafouais notre héritage. C’est un peu vrai au fond, car je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ce que nos parents nous ont raconté lorsqu’on était mômes. Cependant, je sais qu’Alan me comprend. Nos rêves sont simplement différents maintenant. Je pense peut-être devenir un jour architecte ou éditrice. Pourquoi me soucier d’un monde dont j’ignore tout ?
Pendant le dessert, maman apporte ses fondants au chocolat enfin terminés. Nous nous régalons. Papa se met à parler de politique. J’hésite à le faire taire. Un coup d’œil amusé de ma mère me fait comprendre qu’elle pense la même chose que moi. Soudain, un hologramme apparaît devant nous. Surprise, je manque de tomber de ma chaise. Je n’ai jamais vu cela de ma vie. La vision d’une femme mince et guindée s’offre à nous. Elle m’est étrangement familière. Mes parents semblent la connaître en tout cas, car ils ont à peine ciller face à cette intrusion. Elle nous regarde droit dans les yeux et annonce d’une voix solennelle, mais mélancolique :
– Monsieur et Madame Rident, j’ai le regret de vous informer que votre fils, Alan Rident, est décédé. Nous vous recontacterons pour vous fournir davantage d’informations.
L’image disparaît.
Je me lève doucement, le regard fixé sur l’endroit où est apparu l'hologramme. Maman fond immédiatement en larmes. Papa vient l’enlacer tendrement. Il cache son visage dans son cou pour ne pas montrer ses pleurs. Une profonde tristesse m’envahit. C’est comme si mon âme se brisait en mille éclats de verre. Mon frère est… mort. Ce n’est pas possible. On devait se voir dans seulement trois mois ! Mais cela n’arrivera pas. Quand est-ce qu’ils comptent nous dire comment est-il mort ?
– Rachel, dit papa en me tendant la main.
– J’ai besoin d’être seule dans ma chambre.
Je les laisse face à leur chagrin. Pour ma part, je me sens vide. Je monte les escaliers comme un robot. Je n’arrive plus à penser. Il n’y a que l’image de cette dame qui revient en boucle dans ma tête.
J’ai le regret de vous informer que votre fils, Alan Rident, est décédé.
Je m’affale de tout mon long sur mon lit. J’ai envie de crier et je plaque mon visage contre mon oreiller. Des bruits étouffés finissent par sortir malgré tout. Je maudis le monde entier, et surtout Amélia, pour me l’avoir enlevé. J’ai si peu profité de lui. Depuis des années qu’il est parti de la maison, je n’ai cessé de désirer sa présence. Je voulais retrouver son rire, son humour, sa chaleur. Ses yeux pétillants me remontaient toujours le moral. Je l’aimais tellement ! La terre pourrait bien m’engloutir, je m’en ficherais royalement ! Pourquoi sommes-nous si surpris ? Mes parents et moi nous doutions bien que cela risquait d’arriver un jour. Nous refusions simplement de l’admettre. On faisait comme si la vie allait continuer éternellement. Alan rentrerait chaque été, il se marierait et aurait des enfants. Cependant, la réalité était bien plus effrayante. Si Alan était parti loin de la Terre, c’était pour devenir un soldat. Lui-même ne savait pas pourquoi cette vocation l’intéressait. Il pensait juste que c’était important et il était si généreux. Il voulait toujours protéger tout le monde, moi la première.
Je me remémore mon enfance avec lui.
Nous avions cinq ans d’écart et je ne me rappelle pas l’avoir déjà vu sans ses pouvoirs. C’était étrange pour toute la famille de savoir qu’Alan n’était pas un Néant. Mon frère était jeune, il détestait cacher ses dons. Il adorait tellement la magie, c’était donc frustrant de ne pas pouvoir la pratiquer en dehors de la maison. Heureusement pour lui, je ne l’en privai pas. Je lui demandais toujours des tours. Notre jeu préféré consistait à ce qu’il éteigne les lumières de nos chambres par la pensée, ou alors il faisait léviter une balle. On rigolait bien, on le faisait même la nuit en cachette. Quand je venais le voir après un cauchemar, il me montrait un nouveau sort. Les Magiciens sont les maîtres de la matière physique. Ils contrôlent la nature et les objets en général. Mais ils ne peuvent pas agir directement sur les êtres humains, donc pas de télépathie ni de métamorphose. Cependant, la télékinésie ne me semblait pas si mal, et Alan était très doué. Enfin pour moi, car je n’ai jamais vu de Magiciens de ma vie, à part mes parents, mais bien sûr, ils ne comptaient pas. À l’époque, j’attendais avec impatience que mes pouvoirs se révèlent. Je faisais des rêves où je voyais du feu entre mes mains. Je faisais pousser un arbre jusqu’au ciel pour observer au loin, j’attrapai la télécommande de la télévision sans avoir à bouger du canapé et je construisais ma propre piscine. Enfin, j’avais des tas d’idées en somme. Mais ils ne sont jamais apparus. Il n’y a rien de pire en termes de déception que celle d’une petite fille. J’étais une enfant très capricieuse parce que je pleurais presque tous les jours en espérant que je pourrais faire comme Alan. J’entends encore la voix rassurante de mon frère.
– Tu auras peut-être des pouvoirs Rachel. Ne t’en fais pas.
– Mais ils ne sont toujours pas là !
– Tu sais, certains attendent très longtemps. Papa m’a dit qu’il y avait des personnes très rares qui les avaient à trente ans.
– C’est trop long !
– Il faut que tu sois patiente Rachel. Et je peux te promettre que, magie ou non, nous partirons tous les deux découvrir Mécénia.
– Tu crois qu’ils nous laisseront passer ?
Il s’est mis à rire.
– Les Néants ont le droit d’aller à Mécénia Rachel. Papa m’a dit que certains restaient, mais qu’ils acceptaient des jobs ingrats. Mais moi, je suis un Solis, et je deviendrai quelqu’un d’important.
Mon cœur déçu s’en trouvait réjoui. Je voulais voir les Sirènes, les dragons, les Fées… Chaque année, j’embêtais mes parents pour qu’on aille tous ensemble à Mécénia. Ils disaient que c’était ici notre place.
Il y a des histoires restées secrètes, car j’étais trop jeune pour les entendre. Toutefois, Alan me les rapportait et je n’en étais que plus fascinée. Il me racontait des récits effrayants sur les Démons, les Gobelins et les Ogres. Je faisais celle qui n’avait pas peur, même si en réalité j’étais morte de trouille. Mais cela m’amusait aussi.
J’avais dix ans, Alan quinze, quand j’ai appris que mes parents avaient informé le gouvernement depuis longtemps des pouvoirs de leur fils. Pendant plusieurs années, on lui avait fait passer des tests et cette année, il en a repassé d’autres, encore plus importants. Je me souviens maintenant, c’est là que j’ai rencontré la dame qui nous a prévenue de sa mort. C’est elle qui est venue annoncer les résultats à Alan et que, s’il le désirait, il pouvait devenir garde royal. Il maîtrisait en effet assez bien la magie, et il avait de bonnes compétences physiques et intellectuelles. Elle a dit que ce travail serait parfait pour lui. Malgré les réticences de papa et maman, Alan a sauté de joie. Il rêvait depuis toujours de visiter ce monde magique qui était une part de nous-mêmes au fond. Il me le disait tout le temps :
Plus tard Rachel, nous irons à Mécénia et nous deviendrons de grands Magiciens !
Avant de protéger la famille royale d’Amélia, le plus puissant des royaumes, il devait parfaire une formation de trois ans. Alors il est parti. J’ai beaucoup pleuré ce jour-là, car j’étais vraiment très attachée à lui, limite pot de colle. Mais j’étais aussi très fière d’être sa petite sœur. À l’école, j’ai dû me mordre la langue plusieurs fois pour ne pas me vanter d’avoir un frère si incroyable. Il me manquait encore plus à cette époque. Puis, je suis entrée au collège et peu à peu, ma passion pour la magie s’est dissipée. Le fait de côtoyer la vie normale tous les jours m’a fait oublier Mécénia. J’ai fini par accepter l’idée que je n’aurais jamais de pouvoirs. Et cela ne m’a même pas rendu triste. Nous avions grandi mon frère et moi et nous étions devenus très différents. Il avait réussi à atteindre le poste de soldat. Voilà près de trois ans qu’il travaillait au palais. Oh, je savais que son métier était très dangereux, mais comme il passait ses journées à l’intérieur, je pensais qu’il y avait moins de risque. Je ne le voyais vraiment pas partir aussi jeune. Jamais je ne pourrais le revoir. Je voudrais que le lit m’engloutisse. Maintenant, les larmes abondent sur mon visage. Le monde est tellement injuste ! Je passe plusieurs heures à pleurer, à frapper mon oreiller et à envoyer promener mes parents. Je me remémore tous les moments heureux avec Alan. Chaque souvenir me fait encore plus mal que le précédent.
Je rêve d’Alan. Il est là, dans un halo de lumière blanche. Quand il tend ses bras vers moi, je cours dans sa direction. Il me crie :
– Rachel, attention !
Je vois le ciel marron comme la terre qui se fissure comme si c’était le plafond d’une maison précaire. Il forme plusieurs morceaux qui s’écroulent et prennent la forme de rochers. Je suis tétanisée, mais je veux rejoindre mon frère. Je hurle de toutes mes forces, terrorisée. Un dôme transparent me protège soudain et les rochers explosent. Le ciel ne peut plus me tomber sur la tête. Comment est-ce possible ? Mon visage ruisselle de larmes. Mon frère me regarde comme si la scène qui venait de se produire ne le surprenait pas. Est-ce lui qui m’a sauvée ? Ou bien une force bien plus mystérieuse ? J’esquisse un petit sourire en le voyant si confiant. Je le rejoins et il me dit.
– Tiens ta promesse Rachel. Et lorsque le moment sera venu, ouvre ton cœur.
Mon cœur ? Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? Il m’embrasse sur le front. Je sombre dans l’inconscience.
Je me réveille péniblement. Ma tête me fait mal et mes joues sont endolories d’avoir trop pleuré. Je jurerais notamment que j’ai les yeux rougis. Je bâille fortement. Quelque chose ne va pas, je le sens, je le sais. Je balaie du regard toute la pièce et contemple le désastre. Tous mes livres sont éparpillés aux quatre coins de ma chambre, des feuilles jonchent le sol, mes crayons sont cassés… On dirait qu’un ouragan est passé cette nuit. Je pousse un cri sous l’effet de la surprise et de la frayeur. Maman m’entend et tente d’entrer dans ma chambre, en vain.
– Chérie, tu es réveillée ? Ouvre cette fichue porte !
Elle s’obstine contre la poignée. Je sors de mon lit en vitesse et vais lui ouvrir. Maman entre en trombe et me prend dans ses bras. Je n’y comprends rien. Y a-t-il vraiment eu une catastrophe naturelle pendant que je dormais ? Pourquoi n’ai-je rien entendu ? Maman m’explique :
– On se faisait du souci pour toi. Cette nuit, on a entendu beaucoup de bruits bizarres venant de ta chambre. Seulement, tu as fermé ta porte à clé et l’on n’a pas pu voir ce qui se passait, malgré le fait qu’on criait après toi.
– Mais je n’ai pas fermé ma porte à clé ! je proteste.
– Allons, ne te moque pas de nous ! s’énerve mon père. Tu nous as fait peur. On a veillé toute la nuit.
Ils ont en effet de gros cernes sous les yeux. Puis, papa observe les lieux et en reste bouche bée.
– Non, mais je rêve ! Qu’est-ce qui s’est passé ici ?
– Je n’en sais rien, je le jure ! Je me suis réveillée et tout était en désordre.
– Tu as fait un cauchemar cette nuit ? me demande maman.
– Oui, j’ai rêvé d’Alan et d’un dôme transparent qui me protégeait.
– Va te préparer et prendre ton petit-déjeuner. Ton père et moi devons discuter.
Je lui en veux de couper court la discussion, mais mieux vaut obéir. Je prends ma douche et enfile vite fait mes vêtements pour rejoindre mes parents. Ils parlent à voix basse. Qu’est-ce qui leur arrive ? Ce n’est pas dans leur habitude de me faire des cachotteries. Maman m’aperçoit et se tourne vers moi.
– Tu es sûre qu’il ne t’était rien arrivé d’anormal avant ça ?
– Non, pourquoi ?
– Ta mère et moi pensons que tes pouvoirs se sont réveillés, déclare papa.
Et merde ! Il ne manquait plus que ça !
– J’ai seize ans et je n’ai jamais fait de magie jusqu’à ce jour !
– Cela ne veut rien dire. C’est totalement probable que tu puisses les avoir là.
Je ne voulais pas qu’une chose pareille m’arrive. Certainement pas maintenant en tout cas ! Et ma vie normale dans tout cela ?
– Ne t’inquiète pas, chérie, me rassure maman. Il y aura des tests obligatoires, mais si tes pouvoirs se révèlent peu puissants ou facilement contrôlables, tu pourras rester ici.
– Parce qu’en plus, on peut m’obliger à quitter la maison ! Je n’ai pas envie de passer ces tests !
– Il le faut. Tu pourrais blesser quelqu’un sinon. C’est pourquoi tu n’iras pas à l’école aujourd’hui.
– C’est déjà ça, dis-je avec ironie. Ma mère me lance un regard sévère.
– Je plaisantais.
C’est alors qu’on frappe à la porte.
– Entrez, invite maman.
Une femme grande et mince s’avance vers nous. Elle est accompagnée de deux petits hommes bleus à trois doigts qui tiennent des blocs-notes. La dame a des cheveux noirs relevés en chignon, quelques rides aux coins des yeux et des lèvres pincées. Je la reconnais immédiatement. Je ne sais plus son nom, mais c’est la femme qui est allée chercher Alan et qui nous a fait part de sa mort.
– Mes sincères condoléances, dit-elle.
– Vous en savez plus sur la mort de notre fils ? demande maman.
– Aucune information très détaillée, malheureusement. Mais nous connaissons la cause de la mort. C’est une véritable tragédie.
Nous nous asseyons dans le salon. Maman sert du thé à notre invitée. Elle boit lentement, ce qui agace mon père qui s’impatiente. Ses nerfs sont à vifs et ses jambes tremblent.
– Alors Madame Désidore, qu’avez-vous trouvé ? interroge-t-il, n’y tenant plus.
– Alan était l’un de nos meilleurs éléments. Il a été recruté pour une mission très spéciale. Voyez-vous, il y a des problèmes au palais. La famille royale a subi plusieurs tentatives d’assassinats. L’héritière est encore jeune et vulnérable. Alan avait été attribué à la garde personnelle de Son Altesse.
– Nous l’ignorions, s’étonne papa.
– Je suis sûre qu’il comptait vous le dire pendant sa visite annuelle. C’était plutôt récent. Enfin, il n’a pas profité beaucoup de sa promotion, puisque le personnel manquant, il se devait de protéger la famille royale ailleurs qu’au palais. On soupçonnait des Démons d’avoir organisé la dernière tentative d’attentat et une vingtaine de gardes ont été envoyés pour les arrêter. Ils ne sont jamais revenus. Mais nous avons retrouvé les corps dans un endroit où nous pensons qu’il y avait une maison auparavant. La demeure se serait volatilisée. Il se peut que les Démons poursuivis les aient conduits vers un ennemi plus coriace.
– Ils ont été assassinés ! blêmit maman.
– Oui.
Mes parents et moi essayons de digérer la nouvelle. Madame Désidore reprend :
– Nous allons organiser des obsèques nationales dans deux jours pour tous les soldats. Mais j’ai réfléchi à l’éventualité que vous vouliez peut-être enterrer votre fils ici, sur Terre.
– Je pense qu’Alan préférerait reposer aux côtés de ses compagnons d’armes, pleure maman.
– Très bien, je vous retrouve dans deux jours alors. Je viendrai vous chercher. Je comptais moi aussi assister à l’enterrement.
– Nous voulions également vous parler d’autre chose. Nous pensons que Rachel a des pouvoirs.
Madame Désidore, qui jusqu’ici ne faisait pas du tout attention à moi, me dévisage soudainement. Je n’aime pas ses petits yeux qui me scrutent.
– Vraiment ? Vous en êtes sûrs ?
– Voyez sa chambre, déclare mon père. Elle l’a totalement mise sens dessus dessous pendant son sommeil.
– Quand Alan a passé ses tests la première fois, on en a fait quelques-uns sur Rachel. Elle n’avait aucune trace de magie. C’est étrange, non ?
– Elle était beaucoup trop jeune, fait remarquer maman.
Elle doit avoir raison, car je ne m’en souviens pas. Désidore rétorque :
– Les risques qu’elle développe ses pouvoirs étaient quand même quasiment nuls.
– Vous devriez revoir vos statistiques, s’énerve papa.
Je n’ai jamais vu mon père dans cet état. Il est si doux d’habitude, si cordial. Mais depuis que la dame est arrivée, il n’a pas arrêté de la regarder méchamment. Peut-être qu’il la rend responsable de la mort d’Alan. C’est elle qui l’a emmené après tout. Madame Désidore ne se démonte pas.
– Ce que je voulais dire monsieur, c’est que je ne m’y attendais pas. J’ai connu des tas de gens comme vous. La probabilité qu’un Néant engendre un Solis est en effet très forte. Mais quand deux Néants se mettent ensemble, on a pu remarquer que c’était l’effet inverse. C’est pourquoi je n’étais pas étonnée de savoir qu’il n’y avait qu’Alan qui montrait des signes de magie. Bien sûr, je ne doute pas forcément de votre sincérité.
Elle finit par aller voir les dégâts dans ma chambre. Elle observe tout scrupuleusement. Elle hume même l’air.
– Vous aviez raison. Il y a une énergie magique ici. Mais peut-être qu’on s’est juste introduit chez vous. Je vais quand même faire passer des tests à Rachel. Voir si elle ne représente aucun danger. Mais si c’est bien elle qui est à l’origine de tout cela, je pense qu’il y a du potentiel. C’est arrivé pendant ton sommeil, c’est cela ?
– Oui, madame, je réponds.
– Te rappelles-tu quelque chose ?
– Seulement d’avoir rêvé de mon frère.
– Un traumatisme qui révèle les pouvoirs. C’est courant. Très bien, je vais te réserver une place au Centre du Comité d’intégration. Tu étais très jeune la dernière fois que l’on s’est vue, tu veux peut-être que je te rappelle tout ceci ?
– Oui, s’il vous plaît, je pense que cela m’aiderait beaucoup.
– Donc je suis Madame Désidore, et je suis responsable de l’intégration des jeunes Magiciens.
– Seulement des Magiciens ?
– Oui, enfin la majeure partie du temps. Comme je suis Magicienne, je me vois mal donner des conseils de magie à des Fées par exemple. Le Comité d’intégration sert à faire passer les épreuves et à aider les jeunes Solis qui ne se sentiraient pas à l’aise avec leurs pouvoirs ou qui seraient une menace pour la société et pour eux-mêmes. Je te préviendrai quand je t’aurai trouvé une place et je t’expliquerai tout, ne t’en fais pas. Sur ce, nous nous retrouverons à l’enterrement.
Alors elle nous salue. Les deux créatures qui la suivent n’ont pas arrêté de prendre des notes et continuent à écrire lorsque Madame Désidore quitte notre demeure.
Ma mère me prépare un copieux petit-déjeuner. On dirait que c’est pour tout un régiment tellement elle a vidé les placards.
– Maman, je ne vais pas avaler tout ça !
– Tu dois prendre beaucoup de forces pour utiliser au mieux ta magie.
– Elle va surtout vomir devant les Zwigs*, avertit mon père.
– Les quoi ? je demande.
– Les inspecteurs.
– Écoute bien tout ce que te dira Madame Désidore, me conseille maman. Tu auras différentes épreuves et un examen de santé. Tu ne dois pas t’inquiéter.
– Mais je ne m’inquiète pas. Après tout, on s’est peut-être trompé sur mes pouvoirs.
– Je ne pense pas, non. Finis ton petit-déjeuner. Tu ne dois pas être en retard.
J’obéis et après avoir dévoré quelques tartines, je fonce sous la douche. J’enfile une tenue de sport noire et je m’attache les cheveux. Maman est très nerveuse, sans doute plus que moi. J’ai menti quand j’ai dit que je n’avais pas peur. C’est totalement nouveau pour moi et je n’aime pas les tests en général, surtout lorsque ceux-ci ont lieu peu après une tragédie. Cela ne fait que quelques jours que l’on a enterré mon frère.
En milieu de matinée, un portail magique apparaît dans notre salon et Madame Désidore m’annonce :
– C’est l’heure.
J’embrasse mes parents. Je sais que je reviendrai ce soir, mais c’est un grand jour aujourd’hui. Là encore, je ne verrais pas grand-chose de Mécénia, puisque je resterais entre quatre murs. Il y a quelques jours, j’arrivais dans cet univers magique pour la première fois. J’aurais voulu que ce soit dans des circonstances plus joyeuses. La cérémonie a eu lieu dans le cimetière militaire de Vérion, la capitale d’Amélia. Beaucoup de monde se trouvait là, même si pratiquement personne ne connaissait mon frère. C’est juste que c’est normal de rendre hommage à des soldats morts pour la patrie. Certains venaient parler à mes parents, leur présenter leurs condoléances. Ils ont aussi reçu des messages de soutien, notamment de mes grands-parents qui n’ont pas pu venir. J’ai regardé avec tristesse le cercueil de mon frère et celui de ses compagnons. On les a tous brûlés, puis par la magie, le feu les a transformés en statue de pierre.
Mme Désidore, elle, arbore la même expression stricte, impassible, enterrement ou pas. Elle me fait signe qu’il est l’heure d’y aller. Je passe le portail avec la responsable de l’intégration. La dernière fois, elle était venue me chercher avec mes parents. Je pensais qu’avec ce moyen de téléportation, on arriverait en deux secondes, mais le voyage m’avait paru bien plus long en vérité, à moins que ce soit parce qu’on traversait deux mondes totalement différents. Je ne voyais personne autour de moi, juste des cercles et des spirales noirs et blancs. J’avais cette étrange impression que tous mes organes remontaient. Au moment où je commençais à sentir une pression sur ma gorge, mes pieds sont retombés sur une surface dure et j’ai ressenti pleinement la joie de la gravité.
– Comment te sens-tu ? m’a demandé Désidore.
– Bizarre.
– Si tu n’es pas tombée dans les pommes, c’est que tu es bien une Solis.
– J’en apprends tous les jours.
Mes parents m’ont serré la main et nous avons continué notre chemin vers la cérémonie d’enterrement. Je me souviens à quel point l’air m’avait titillé les narines. J’avais envie d’éternuer toutes les deux minutes et j’avais mal rien qu’en respirant. Maman m’a rassuré en me disant que je m’y habituerais.
Des frissons me viennent en refaisant ce voyage à travers le portail. Mon impatience grandit de plus en plus. Je n’aime pas ce moyen de transport décidément. Puis, le soleil de Mécénia apparaît devant mes yeux. Il me paraît plus gros que celui de la Terre. Je n’ai pas le temps de contempler le paysage qu’on m’entraîne immédiatement à l’intérieur du Centre d’intégration. La responsable m’emmène dans une grande salle bleu azur. Elle m’ordonne de me positionner au centre. J’obéis sans discuter. Tout se déroule si vite que j’ai du mal à réaliser ce qui se passe. Trois hommes et deux femmes sont placés en arc de cercle devant moi et m’observent.
– Ne t’en fais pas, me rassure Désidore, c’est juste l’examen de santé. Puis, un Visior* va venir sonder ton esprit pour déterminer ton état mental.
Le Visior est une créature naturellement télépathe. D’après mes parents, ils sont très rares. En tout cas, c’est rassurant de savoir qu’on va entrer dans ma tête !
– Il y a trois sortes de tests que tu vas passer : des épreuves physiques, intellectuelles et magiques. Mes collègues t’expliqueront bien mieux que moi tout ce que tu devras faire. Je t’assure qu’il n’y a aucun risque.
Pourquoi ? Il devrait y en avoir ? Je me tais. Désidore sort. L’un des hommes, un grand type chauve, tape dans ses mains et des cercles de lumière s’élèvent autour de moi, sûrement pour me sonder. Puis, ils vérifient ma tension, ma température, me prélèvent un peu de sang. Jusqu’ici tout va bien, rien de très anormal.
– Attends là, me dit une femme, le Visior va arriver.
Ils s’en vont tous, me laissant seule dans cet immense espace vide. Un étrange individu entre alors. Il a la peau bleue, les yeux rouges et des cheveux noir coupé courts. Son regard curieux me transperce.
– Rachel Rident ? dit-il avec un accent inconnu.
Je hoche la tête. Il me sourit en tendant ses grandes mains.
– Papor.
Je ne comprends rien et je recule, me demandant ce qui va m’arriver. Il parle un peu plus fort.
– Papor, papor !
Après un instant de réflexion, je pense qu’il veut dire : « pas peur ». Je me détends donc et le laisse me toucher le crâne. Son contact est froid. Des images reviennent à ma mémoire sans que je le souhaite. Des moments tristes et heureux, les voit-il lui aussi ?
– Brave, dit-il avec l’accent anglais cette fois.
Je ne sais pas s’il est au courant que je suis française. Je m’efforce de sourire. Cette situation est assez gênante. Désidore vient me chercher à ce moment-là, timing parfait pour retourner dans les longs couloirs.
– Ton premier test sera pour vérifier ton QI. Mais comme tu ne connais rien à Mécénia, tu auras des questions typiquement humaines. Cela va durer une heure. Tu réponds le plus vite possible. Les thèmes seront surtout sur la génétique, l’histoire, la géographie, la physique, les mathématiques et les œuvres littéraires. Ce sont des domaines plus ou moins vastes et certains sujets sont très complexes.
Elle me fait entrer dans une salle de classe avec une bonne cinquantaine d’élèves. Je m’installe à ma place réservée. Un homme distribue les feuilles et fait apparaître une immense horloge avec sa magie. Je me concentre. Les premières questions sont faciles, même un enfant de primaire pourrait y répondre. Bien sûr, elles deviennent de plus en plus compliquées. C’est surtout dans les mathématiques et les sciences que je galère. Certaines formules me sont totalement inconnues. Je suis meilleure dans les autres matières, mais là, on me demande des choses très précises, comme les dates des règnes des rois de France. Qui retient ce genre de truc ?
Ensuite, je me retrouve à la cafétéria. Tous les jeunes ont entre six et vingt-cinq ans, je dirais. J’observe les aliments du self. Ils sont étranges et colorés pour la plupart. Il y a des moments où je me fais avoir. Je mange du sucré alors que je pensais prendre du salé. Je trouve deux petites saucisses collées entre elles qui ont en réalité un goût de féculent. Mais sinon, la viande de porchet s’apparente bien à du porc, comme quoi certains noms se ressemblent. Et je reconnais certains aliments comme les yaourts nature. Le sucre est remplacé par de la canessa*, ici. Je mange seule. Je n’ose pas aller vers les autres. Tout m’est inconnu. Je suis bien rassasiée cependant, assez pour être en forme à mon épreuve de magie. Une dame me demande de soulever un objet devant moi, de le faire briller, de changer sa couleur, son aspect, puis de le détruire. Je me concentre de toutes mes forces. Il me faut plusieurs minutes avant d’activer mes pouvoirs. Ils sont invisibles à l’œil nu, mais je les sens en moi, c’est comme si je portais quelque chose sur mon dos et en même temps, tout mon corps s’échauffe. J’ai l’impression que mon sang circule plus vite. Je parviens à réaliser les consignes. On me présente plusieurs objets plus ou moins gros. J’ai toujours du mal à les détruire à la fin, toutefois je trouve que je m’en sors bien. Ensuite, on place des électrodes sur mon cerveau et je dois alors faire évaporer de l’eau, allumer un feu, agir sur la croissance d’une plante et créer ce qu’on me montre à travers des images. J’avoue que je ne me sens pas très puissante, je suppose que c’est normal. Désidore réapparaît en milieu d’après-midi.
– C’est l’heure de l’épreuve d’endurance. Tu vas avoir de rapides cours d’escrime, puis il y aura une course de sauts, de la cardio, de la musculation et un tas d’autres choses.
– Pourquoi mettre cette épreuve en fin de journée ? Je suis déjà épuisée moralement.
– Justement, c’est mieux d’évaluer tes aptitudes physiques si tu n’es pas en pleine possession de tes capacités.
Génial, mais je garde mes réflexions pour moi. Désidore est beaucoup trop rapide pour moi. Je la vois sortir sans même m’attendre. Je cours la rejoindre, sentant encore ma magie onduler en moi.
La leçon d’escrime se déroule vite, en effet. Après avoir manié une épée en bois, on me passe un long bâton, sûrement pour représenter une lance, sauf que ce n’est pas pointu. J’apprends les manœuvres de base et principalement de la défense. Je fais tournoyer mon bâton au-dessus de ma tête. J’essaie d’être rapide et d’exécuter des mouvements fluides. Le maître d’armes crie comme un sergent-major, ce que je n’apprécie pas forcément. Ce qui me donne envie par contre, ce sont les parcours. La salle de sport est immense avec tout le matériel de gymnastique, des sauts d’obstacles, des pistes de course, des haltères… Les sportifs doivent être au paradis ici. J’avoue qu’à part le volley, je ne fais pas vraiment d’exercice tous les jours, mais mieux vaut tard que jamais. Je suis un peu costaude, seulement j’ai une certaine endurance et un minimum de muscles. Je m’inquiète plus pour l’escalade, car je me rends compte que personne n’est attaché par une corde. Un assureur est par conséquent inutile. Soit un filet magique est là en cas de chute, soit les Magiciens sont trop confiants en leurs pouvoirs. Mais je remarque aussi des Oldis, comme des Loups-Garous et des Vampires, donc c’est sûrement un système de protection. Je grimpe avec agilité et souplesse. Je suis également surprise de ma rapidité. J’ai l’impression de redécouvrir mon corps. Est-ce que la magie a un effet physique ? Au lycée, je ne suis pas aussi douée. Pendant mes échauffements, j’aperçois un Zwig appeler les jeunes, un par un. Encore un test ? Je ne vois plus Madame Désidore. Elle adore disparaître, celle-là ! Le maître d’armes continue de crier :
– Nous aurons un dernier exercice à dix-huit heures ! Surtout, n’oubliez pas votre arme !
C’est vrai, où ai-je mis ma fausse lance, moi ?
– Rachel Rident, m’appelle un Zwig.
– Oui ?
– Venez s’il vous plaît.
Je le suis jusque dans la salle d’à côté. Tiens, Désidore est là. Elle est accompagnée d’un monsieur petit avec une grosse moustache et des tâches de rousseur sur sa peau légèrement bronzée.
– Seï Solis ? demande l’homme.
– Chi, marikreni, affirme la responsable. Rachel, voici le forgeron Jo Masse.
– Qu’est-ce que vous disiez ?
– Il me demandait si tu étais une Solis en amélien, la langue la plus parlée de notre monde. Je lui ai répondu que tu étais une Magicienne.
– D’accord, et donc, qu’est-ce que je fais là ?
– Jo fabrique des armes enchantées. Ses créations peuvent se connecter avec les créatures qui le méritent réellement. Pour ta dernière épreuve, tu peux choisir l’arme que tu veux.
– Vraiment ?
– Oui, mais fais vite.
Toute excitée, je me précipite pour voir les armes et Jo m’arrête.
– Doucement demoiselle.
– Mais… vous parlez ma langue !
– Un poco… un peu, dit-il en se reprenant.
Il me présente une épée et un coutelas, une arme plus petite et courbée qui ne tranche que d'un côté. Il me les décrit dans sa langue et Désidore traduit.
– Elles ont été forgées avec du feu de dragon.
J’observe tout scrupuleusement. J’ignore pourquoi j’ai une fascination subite pour les motifs gravés sur les manches. Je me promène dans la boutique de M. Masse, parce que cela ressemble bien à un magasin, et regarde les armes forgées pendant que la responsable discute avec le forgeron. Certaines créations ne sont pas encore terminées. Les formes sont plus ou moins régulières. Il fait chaud ici, mais j’apprécie l’atmosphère de cette pièce. Elle renferme la technique d’un homme, dont on devine qu’il aime ce qu’il fait. J’aperçois des lances allongées sur un étal. J’entends soudain une sorte de petite mélodie dans ma tête. Un moment, je me demande si c’est un instrument, mais il n’y a rien aux alentours hormis les armes. Mon attention se reporte sur une lance, composée d’un long bâton en bois sombre et à la pointe métallique d’un gris profond. De légers motifs blancs ornent l’objet. Je les effleure délicatement. Un courant électrique me fait aussitôt retirer ma main. Le bâton se met à briller. Intriguée, je décide de prendre l’arme et de la soulever. Une fois que je la tiens bien dans ma paume, elle scintille alors encore plus et sa lumière m’aveugle. Madame Désidore et Jo Masse entrent à cet instant.
– Qu’est-ce qui se passe à la fin ? s’enquiert la responsable.
– L’arme a réagi à son contact, explique Jo.
Il chuchote quelque chose à l’oreille de Désidore. Cette dernière écoute attentivement, en plissant les yeux. Puis, après un hochement de tête, elle sort un petit appareil et le lui tend. Jo commence à parler et je me rends compte que le boîtier traduit ses paroles.
– Voilà, je pourrais mieux t’expliquer les choses ainsi.
– Monsieur, pourquoi brille-t-elle ?
– C’est la connexion qui s’est établie. Les armes peuvent reconnaître ceux qui ont un cœur vaillant. C'est pour cela qu'elles scintillent. Ceux qui sont voués à combattre peuvent ne faire qu’un avec leurs armes. Après un long entraînement, cela va sans dire. Quand votre frère était ici, il s’est passé exactement la même chose. Je me souviens encore de son sourire lorsqu’il a découvert la lumière de son épée. C’est comme ça qu’il a su qu’il ferait un excellent soldat.
– Vous voulez dire que…
– Jo pense que tu es destinée à devenir une guerrière. Et une grande combattante, vu comment la lance s’est illuminée.
– Mais ce n’est pas possible ! C’était Alan le courageux de la famille. Il était né pour cela, il s’est battu de toutes ses forces et il est mort. Je ne pourrais pas faire mieux que lui.