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Quand les Anglais débarquent dans nos culottes, c’est la galère ! Une galère aussi vieille que le monde et un calvaire mensuel
(qui revient environ 500 fois dans sa vie de nana).
Le sujet est dégueu, et pourtant, ce n’est que de la science, de la biologie qui permet à l’être humain de se reproduire. Un truc énorme et vital, tant dans notre vie de femme que dans l’Histoire de l’humanité.
Et pourtant, quel paradoxe, le sujet est largement tu, complètement tabou !
Ce livre vous fait la promesse :
- de tordre le coup aux a priori et aux croyances erronées.
- de célébrer la féminité, encore et encore.
- de répondre à toutes les questions : pourquoi ça fait mal ? D’où me viennent ces envies de meurtre ? Suis-je normale ? Est-on obligée de les « avoir » ? Tampons ou serviettes ? C’est quoi la coupe menstruelle ?
Des croyances ancestrales aux ragnagnas expliquées aux garçons, de leur Histoire (avec un grand H) à leur traitement dans la publicité, en passant par la récente prise de conscience écologique qu’elles impliquent, devenez incollable sur le sujet.
Parce que les ragnagnas (il faut cesser d’en douter) c’est un super pouvoir féminin. Girl power !
À PROPOS DE L'AUTEUR
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Seitenzahl: 194
Veröffentlichungsjahr: 2020
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© PixL
Paris
www.editionspixl.com
ISBN : 978-2-39009-125-7 – EAN : 9782390091257
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Julie Grêde
L'histoire sanglante des ragnagnas
Not a Princess, a Khaleesi
Pour Loulou, parce qu’on l’a porté à deux
Une semaine de merde !
Introduction
(avec applicateur)
Si tu crois qu’on est sur cette terre pour batifoler et cueillir des coquelicots, tu es bien naïve, ma fille…
(Ensemble c’est tout, Anna Gavalda)
J’ai une précaution à prendre, et je vais la prendre tout de suite, comme ça c’est fait, on n’en parle plus. Je ne suis pas médecin, ni anthropologue. Même pas historienne. J’aborde simplement le sujet en tant que femme, femme « qui les a ». Qui a quoi ? Eh bien, qui a ses ragnagnas. J’écris en tant que femme dont le sang coule chaque mois entre les cuisses. Ça me paraît évident : le titre de ce livre n’est pourtant pas subtil…
Le sujet est délicat à aborder, mais je ne suis pas frileuse, pas du genre à entrer un orteil à la fois dans la piscine. Plongeon direct dans le grand bain… de sang. Splotch !
Ah ! Les ragnagnas, je t’en ai fait tout un livre, c’est tellement de choses à la fois... (Ça ne te dérange pas trop, si on se tutoie ? Vu comment le sujet était intime itou, je me suis dit que ça nous mettrait plus vite dans l’action. Ça te convient ? Génial ! On y va. Donc, je disais, les ragnagnas c’est un tas de choses à la fois.) C’est…
Un calvaire mensuel
On va pas se mentir, c’est pas la grosse marrade. De la douleur, de l’hypersensibilité, une « indisposition » qui peut aller du diffus à l’intolérable. Des taches rouges dans la culotte qui font aussi rougir les joues. Une semaine de merde, oui, mais pas seulement une semaine, comme ça, en passant, non, une semaine qui revient toutes les quatre semaines. Le truc bien chiant donc, auquel, a priori, aucune nana en bonne santé n’échappe, une semaine où, chacune, on prend bien conscience de notre « nature biologique ».
La première chose qu’on comprend, c’est que les ragnagnas ça fait mal.Mais pourquoi ça fait mal ? Qu’est-ce qui fait mal ? Pourquoi on n’a pas toutes mal pareil ? Et puis, ça ne fait pas que mal, il y a aussi cette histoire d’hormones par-dessus le marché. D’où me viennent ces envies de meurtre ?
LA tache
Il y a cette angoisse : LA tache. Et c’est toujours le jour où tu t’es décidée à sortir la jolie et neuve culotte blanche en dentelle – celle qui coûte une demi-fesse et qui ne supporte pas le détachant – que les Anglais choisissent pour débarquer. Pourtant, quand tu sais qu’ils arrivent c’est ta vieille « culotte grand-mère » que tu portes. Tip top la même que Bridget Jones. Nie pas, je sais que tu sais de laquelle je parle, cette culotte que tu as achetée un jour de pluie. Si ! Le jour où tu étais montée sur la balance de ton médecin. Non, c’est bon, râle pas, ok, tu l’as jamais achetée, elle a toujours été au fond de ton placard. En tout cas, la première fois que tu l’as remontée sur tes fesses, je suis persuadée que tu as filé acheter du chocolat fourré pistache, des bonbons (les vrais bons bonbons, ceux qu’on choisit avec une pelle) et des chips poivre et sel (mode family pack). La culotte de Bridget Jones donc. Tout ça pour te dire, c’est cette culotte-là que tu mets pour les attendre, la seule capable de faire face au déferlement sanguin sans trembler.
Un de mes buts premiers va être de préparer les novices à ce calvaire mensuel. Comment se dépatouiller au mieux avec « ce truc » qui nous tombe toutes dessus ? Autant être préparée à un calvaire qui dure quarante ans !
Un tabou
Les règles, c’est… un truc énorme. Un gros morceau de la vie de la femme, un truc primordial dans l’histoire de l’humanité. Et pourtant, le sujet est largement tu. Ben oui, les ragnagnas on n’en parle pas, il faut planquer ça profond, se débarrasser des preuves illico. Et cela n’a rien de facile, car les ragnagnas sont sans doute la chose la plus écarlate au monde. Ragnagnas les super-visibles, ragnagnas les super-cachées.
Moi je dis non ! C’est notre féminité, parlons-en. Ça fait partie de ce qui nous fait femmes. En clair, Monsieur, si tu aimes mater les nichons qui nous font femmes, ça serait pas mal de se coltiner les règles aussi.
Et on va parler de TOUT. (En tout cas, de tout ce à quoi j’aurai pensé.) Sans tabou. On va parler de tout ce qu’on n’ose pas dire à ses copines, de tout ce qu’on n’a pas demandé à maman, de tout ce qu’on s’est promis d’aborder avec gygy (gygy, c’est le petit surnom affectif pour ton gynéco. Si tu ne l’aimes pas trop et que t’as pas envie de lui donner un surnom affectif, c’est que tu dois en changer, on en reparlera) en se dégonflant à chaque fois.
Bon, évidemment, tu peux penser que c’est un sujet intime et que ça ne me regarde pas. Tu te dis peut-être : ben justement, c’est intime et c’est bien pour ça qu’on en parle si peu. Oui, mais moi, je vais en parler quand même parce que je ne trouve pas ça hyper logique, ni juste, qu’on parle tant de mon utérus quand il est occupé et qu’on m’oblige à le faire taire quand il est inoccupé et que, de ce fait, littéralement, chaque mois, il se vide.
Tout de même, c’est un sujet pas simple à taire ! C’est un phénomène du quotidien, on ne peut plus courant, on pourrait donc logiquement croire qu’il est facilement abordable entre adultes consentants. Que nenni !
D’ailleurs, je dis « entre adultes », mais c’est un sujet dont il faudrait parler aux enfants. Non, pas aux petites filles ! Aux enfants. Et pourquoi c’est saugrenu ? Ça veut dire quoi ? C’est qui qui a décrété ça ? Ah il se cache, il ne veut pas défendre son truc, hein. Sans ragnagnas, petit gars, tu ne serais pas là, sans ragnagnas, aucun bébé tu n’auras. C’est aussi important pour un petit mec que pour une mini donzelle : la menstruation, il faut savoir ce que c’est, à quoi ça sert et ce qu’on lui doit. C’est-à-dire tout.
Un truc qui prend de la place
Nos ragnagnas sont indissociables de nous, c’est une part énorme de nous. Les premières, c’est « un gros truc », les dernières c’est « un gros truc ». C’est intrinsèque, définissant et mille choses en même temps : un passage obligé, un espoir, un soulagement ou une déception chronique, ça peut en devenir une angoisse, c’est un alibi parfois, une douleur trop souvent, une odeur, on peut s’en servir contre nous comme une insulte.
Parfois, on organise notre vie en fonction d’elles puis on dit « merde » et on décide de les ignorer. Parfois ça nous empêche de vivre. Il faut le dire, non ? Comment elles nous débordent souvent : elles font gicler notre humeur, pourrissent nos culottes, nous éclatent le cerveau. Comment c’est si important une poubelle dans chaque toilette, de chaque école, de chaque trou pourri ? Comment on est seule face à l’hémorragie quand on est ado ? Comment c’est dégueu un tampon, comment on se sent sale et honteuse ? Comment on nous a appris qu’on devait se sentir comme ça. Puis, comment ça prend la tête quand ça ne se régularise pas, comment ça fait peur, comment ça donne le vertige. Au moins, on devrait pouvoir le dire et être écoutée, non ?
Et puis, comme on n’a aucun contrôle dessus aussi. On n’est jamais certaine du moment où elles arrivent. La seule chose qu’on sait, c’est qu’une fois là, impossible de les stopper, il faut se coltiner l’histoire jusqu’à ce qu’elles aient fini. Plus qu’à subir.
Jusqu’au jour où on nous apprend qu’en fait si, il est possible de ne plus les avoir. Contraception en continu, tout ça. À la question « les ragnagnas, les avoir ou pas », on a, comme ça, tout de suite, un peu envie de répondre « ou pas ». Et pourtant… Avec cette découverte s’ouvre une nouvelle angoisse : mais alors, les avoir ou pas ? Dès qu’on a le contrôle, on n’en veut plus. C’est bien de plus les avoir, alors qu’on m’a tant dit qu’il fallait les avoir ? Nouvelle façon de devoir envisager les choses : « Bon, c’est galère, mais pas forcément à vie : tu les veux ou pas ? Hein ? »
Pour répondre à cela, on va parler des règles, de toutes les règles, des premières aux dernières. On va aborder l’aspect pratique et concret des choses. Ce que ça implique d’être une fille en âge de ragnagnas. Ce que ça fait la première fois qu’on t’explique, schéma à l’appui, comment introduire un tampon. Ce qu’on ressent lorsqu’on se rend compte, en milieu hostile, qu’on va avoir besoin de « protections » et qu’on n’en a point. Et puis, expliquer ce froid polaire dans tes veines, quand tu réalises que tu as du retard. Et raconter ce jour où, les cuisses serrées et le cheveu gras, tu as couru acheter tes Always et t’es retrouvée aux caisses face à ce nouveau magasinier sexy, l’œil taquin (le sien, pas le tien). Et encore, ce sentiment de possession que tu ressens quand, avec un bon mal de bide et le cœur déjà au bord des lèvres, tu finis quand même la tablette de chocolat. (Remarque : la goinfrerie ragnagnas, c’est comme l’alcoolisation, il vaut mieux éviter les mélanges. 200 grammes de glace + 200 grammes de chocolat + 200 grammes de chips + 200 grammes de chouchous + 200 grammes de lacets qui piquent, c’est pire qu’un kilo de chips tout court.) Et puis, cette envie de meurtre, tout à fait réelle, qui te prend à la gorge chaque fois que tu entends la phrase « mais qu’est-ce qui ne va pas ? »
Un sujet un rien dégueu (mais que j’assume parfaitement)
J’en suis consciente, le sujet est particulier, il écœure. Mais on va en parler jusque dans les détails. C’est voulu, assumé. Sinon, à quoi bon ? T’es prévenue, t’es pas sur Nana.org : le sang ici sera rouge passion, pas rose bonbon (ni bleu turquoise) !
Les ragnagnas dégoutent. Les ragnagnas dégoutent parce qu’il s’agit d’un écoulement de sang. Et que le sang, Dieu sait pourquoi, ça dégoute. Surtout qu’ici, ça sort d’une zone intime. C’est comme ça ma petite dame. Ça fait peur, ça tâche.
Pourtant, en soi, le sang des règles n’a rien de malpropre, rien de répugnant. C’est rien de tout ça, c’est de la science. Notre utérus pendant quinze jours se prépare à la venue d’un bébé : il se garnit de sang. Si point de bébé ne s’amène, le miraculeux liquide se répand entre nos cuisses. Et ainsi de suite. C’est l’histoire de la viiiiiiiie, le cycle éterneeeeeeeeeel. Ce n’est pas moche, c’est beau… C’est puissant. Quel super-pouvoir peut rivaliser avec la possibilité de créer la vie ?
Et puis, les ragnagnas ce n’est même pas du sang, c’est un liquide composé principalement de lambeaux de muqueuse. Ça ne sert pas (au départ en tout cas) à nous pourrir la vie, mais à se libérer de la muqueuse utérine qui n’a pas servi.
Un phénomène récurrent qui nécessite un max d’accessoires
Il y a mille et une façons d’avoir (ou non) ses ragnagnas. Il y a mille et une questions aussi. C’est quoi des règles normales ? À partir de quand ça ne l’est plus, normal ? Pourquoi c’est irrégulier ? Je m’inquiète ? C’est grave si elles s’arrêtent ? Comment j’intègre ça à ma sexualité ? C’est grave si j’en ai méga plus que mes copines ? Et si j’en ai beaucoup moins ? C’est quoi la norme ? Il est vraiment question de norme ? Non. Il n’y a pas de norme, il y a des femmes.
C’est quoi exactement, les ragnagnas ? Ça change quoi dans ma vie ? Dans la vie ? Dans l’humanité ? Dans mon rapport aux autres gonzesses ? Dans mon rapport aux pas gonzesses ?
En plus de la déferlante de questions, les règles s’accompagnent de tout un décorum. D’accessoires, qui changent, évoluent au fil des siècles : pour le dire simplement, les règles s’accompagnent de tampons et de serviettes. Parfois, il y a des accessoires bonus : des tisanes, des bouillottes (classiques ou fourrées aux noyaux de cerise, de lavande, forme grand-mère ou nounours câlin). Et puis la pilule, le stérilet, l’implant... Les ragnagnas réclament tout un équipement.
La question en elle-même, « et toi, qu’est-ce que tu mets dans ta culotte ? Tampons ? Serviette ? T’es plus moderne... Serviettes lavables ? Cup ? Éponge ? T’as lâché l’affaire ? Tu laisses couler… Cinq jours sur tes chiottes ? », cette question-là, elle, n’a par contre rien d’accessoire.
Tous ces « accessoires » font que les ragnagnas, c’est aussi une affaire florissante pour l’industrie pharmaceutique et pour la publicité. Et cela aussi, dans l’histoire des menstruations, n’a rien d’accessoire.
Une histoire qui évolue (avec des « croyances » dedans)
Les ragnagnas sont un sujet aussi vieux que le monde, ou en tout cas aussi vieux que la naissance de l’humanité.
Le maître-mot quand on s’intéresse un peu à ce que les règles ont laissé dans l’histoire, c’est impureté. Mettons tout de suite les choses au clair : la pseudo impureté de la femme réglée, ce ne sont que des foutaises. De tout temps et comme en beaucoup de choses : cette impureté est dans les yeux de celui qui regarde (pas entre les jambes des filles). Le sang est symboliquement fort, il invoque tant la vie que la mort, l’impureté mais aussi le rachat. Le rachat de quoi ? Eh bien, le rachat de ta faute, parce que tu es fille d’Ève qui a croqué la pomme…
Et puis, il y a le mot cycle, cyclique. Tels les cycles de la lune, les ragnagnas reviennent à intervalles (plus ou moins) réguliers. Comme l’astre (tout à fait régulièrement, lui). Et ce n’est pas anodin, cela donne de tout temps une forte connotation symbolique et mystérieuse aux menstruations.
On va parler de cheminements. Par exemple, de celui qui va de la serviette au tampon, puis du tampon à la Moon Cup, puis de la Moon Cup à la Moon Cup.
Je vais essayer aussi de tordre le cou aux a priori. Je punche dans le tas direct : tu peux faire du sport, tu ne dois pas annuler la piscine, ni ton plan cul. Tu peux même faire du surf, tu n’attireras pas plus les requins que d’habitude, ni les vampires d’ailleurs. On va même remonter plus loin (les a priori de nos grand-mères) : oui, tu peux te laver les cheveux (y a de ces légendes urbaines, j’te jure !) et tu peux manger ce que tu veux (sauf de l’aspirine).
Pas d’utérus ? Pas d’avis !
Donc on va en parler, façon « papote entre filles ». Allez on se dit tout. On ose toutes les questions : « Hé ! Je me demandais, toi aussi tu as plus souvent envie de faire caca pendant tes règles ? »
Je dis « discussion entre filles », mais je t’ai vu hein. Oui, toi là, dans le fond. Oui, toi, le représentant de la gent masculine. Oui, je t’ai vu (je vais plus faire la même erreur que la première fois), toi cher homme, sois le bienvenu par ici. Mais je te préviens : tu es prié d’acquiescer, tu écoutes, soit, mais tu n’as pas le droit de cité. Tu la boucles. À la limite, tu peux faire ta cheerleader et encourager un peu, mais pas d’ironie ! Sinon tu prends la porte.
Mais bon, Monsieur, je t’aime bien hein, tu m’as l’air plutôt sexy et viril pour oser t’aventurer ici. Il faut avoir des couilles, parce que, quand même, la société, elle t’apprend à surtout ne pas t’intéresser au sujet. Donc, je t’en prie, poursuis dans l’esprit de contradiction : lis ce livre jusqu’au bout et offre-le à tes copains pour Noël.
Une chose à célébrer ?
Tout ça pour te dire... Moi, je crois qu’on ne devrait pas avoir honte de notre sang, on devrait peut-être même cesser de le cacher. On devrait arrêter de considérer cette « semaine de merde » comme une fatalité, comme une semaine pénible à laquelle on ne coupe pas. Cette semaine-là, je crois qu’on devrait la célébrer. Parce qu’elle nous rend puissantes, créatrices, leadeuses de la condition humaine.
C’est aussi pour ça que le sujet n’est pas facile facile, c’est intimement lié à la conception. Mon petit livre sur les ragnagnas aborde un sujet costaud, LE féminin – grosse énigme – qui ouvre à celui, plus gros encore, du « mystère féminin » et à la « mission » de la femme sur terre. (Évidemment, « célébrer les ragnagnas » c’est plus difficile, ça n’a pas trop de sens, si le désir de procréer n’est pas là. Et c’est pire que pire si le désir est là, si les ragnagnas sont là, mais que la possibilité de procréer n’y est pas.)
C’est d’autant plus compliqué comme sujet, qu’aujourd’hui, un cycle ça ne veut plus dire grand-chose pour beaucoup de femmes. La contraception (qui souvent arrive dès le tout début des règles) enferme dans une sorte d’armure hormonale qui empêche de reconnaître en soi le moment de l’ovulation.
Ma mission, et je l’accepte, sera d’essayer de trouver du positif à l’histoire. Non, ce n’est pas illusoire ! Pourquoi ne pas envisager la menstruation comme une aventure féminine de longue haleine ? Une façon d’être la Team girl ? C’est un super-pouvoir la possibilité de procréer, sans cela point d’humanité. Les ragnagnas, une chance. LA chance. Oui, je sais, je vais avoir du mal à te la faire avaler, celle-là. Mais tu me connais (ou ça va venir), je vais essayer, très fort.
Parce que tout de même (merde !), suis-moi cinq minutes : on en a quand même des raisons de se réjouir d’être une femme. On donne la vie, on sait faire deux trucs en simultané et puis… les orgasmes multiples. Tout ça… Quelque part ça compense. On est plus en montagnes russes que les gars quoi, plus de bas, plus de hauts. Et si on disait « c’est plus excitant » ?
Les ragnagnas, pour moi non plus, ce ne sont pas les meilleurs moments de la vie. Loin de là ! C’est même plus facile (bien plus facile) de faire la liste des contre que celle des pour, pour autant, je n’ai nulle envie de devenir mec. Alors on va positiver et la faire quand même, « la liste des pour ».
En me documentant sur tout cela, pour pouvoir t’en parler, ma vision des choses a évolué. Tu vois, par exemple, la pilule, est-ce vraiment cette liberté clamée et revendiquée par nos ancêtres ? Et si la vraie liberté, c’était de parvenir à faire sans ? N’avoir recours à rien d’extérieur (rien de chimique, rien de mécanique) pour gérer sa fertilité et par là même sa féminité. Si se passer de pilule, c’était (ré)apprendre à vivre en harmonie avec soi. Écouter et connaître son corps. Se donner du temps pour ça. Je n’affirme pas, hein, je me pose juste la question.
En tout cas, on pourrait commencer par cesser d’exécrer notre cycle. Et peut-être, petit à petit passer du clan de celles qui pensent « fatalité et malédiction » à celles qui disent « moment d’intense créativité et de jouissance ». Ou pas, hein !
Bref, que tu les aies ou non, ou bien parfois ou juste par procuration,
on va en parler de ce sang qui coule entre les cuisses des filles.
Laisse couler !
Chapitre I
Histoire et ragnagnas
I love the smell of napalm in the morning
« J’aime l’odeur du napalm au petit matin »
Lieutenant-colonel Bill Kilgore (Apocalypse Now)
Tu trouves que tes règles ne sont pas une partie de plaisir ? J’ai un peu envie de te dire : avant, c’était pire !
Je suis sûre que tu t’es déjà posé la question : « Mais comment faisaient les nanas avant l’invention des protections périodiques ? » Eh bien, ça évolue, il a existé une multitude de méthodes de « recueillement du sang » dès l’apparition de l’humanité. Et depuis l’Antiquité, l’histoire des menstruations est intimement liée à la modification de la place de la femme dans la société.
Mais cette histoire des menstruations ne se cantonne pas à une histoire des protections périodiques. Il y a une réelle évolution au niveau du flux lui-même. La femme préhistorique n’avait à se farcir que cent cycles menstruels durant sa vie (bon ok, elle devait avoir d’autres soucis aussi) contre cinq cents pour toi ou moi.
Pourquoi cette évolution ? D’abord, l’âge moyen des premières règles est de plus en plus précoce :
Quelques chiffres, pour se faire une idée
En 1860, les ragnagnas débutaient à 16,6 ans,
en 1920 à 14,6 ans,
en 1950 à 13,1 ans,
et en 1980 à 12,5 ans.
Et après 1980 : le déluge ? Hein ? Tu mets les chiffres jusque 1980, là, et après… Aujourd’hui on en est où ? Il semblerait que ça n’évolue plus trop, ça stagne… « Semblerait » ? T’as pas l’air sûre des masses. Pourquoi ça stagne ? Je ne sais pas trop… Chut ! Tais-toi ! Ça allait passer inaperçu…
Puis, en remontant dans le temps, on s’aperçoit que les femmes avaient leurs règles moins régulièrement. Pour des tas de raisons. Dans les années long time ago, quand l’homme était encore nomade, le corps se mettait au repos durant les moments de migration. Pas de foyer, pas de possibilité d’accueillir un bébé, pas d’ovulation et donc, pas de ragnagnas. Rien qu’en revenant un siècle en arrière, quand la médecine n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, les femmes étaient en moins bonne santé, moins bien nourries et étaient donc moins régulièrement réglées. De plus, sans contraception, les femmes étaient plus souvent enceintes, quasi en permanence, parfois même avant que leurs règles ne soient apparues pour la première fois.
Bref, avoir ses règles systématiquement chaque mois n’a pas toujours été la norme.
Antiquité : Madame Bricolage
Depuis la nuit des temps, les femmes ont bricolé des méthodes pour recueillir leur flux.
Les premières traces de l’utilisation de tampons datent de l’Antiquité où les femmes utilisent ingénieusement les ressources naturelles à leur disposition. L’un des plus anciens tampons retrouvés est composé de sphaigne, une mousse végétale aux vertus absorbantes. Au Ve siècle ACN, Hippocrate mentionne qu’en Grèce, les femmes fabriquaient des tampons à partir de morceaux de bois entourés de « fibres », des sortes de compresses. Mais, selon les régions, les matériaux diffèrent : des bandes ouatées (on en trouve mention dès 1550 ACN), puis du papyrus ramolli en Égypte. De la laine à Rome. Du papier au Japon. Des fibres végétales en Indonésie. Des rouleaux d’herbe en Afrique équatoriale. On fait avec ce qu’on a !
Durant la dernière période de l’Antiquité, la religion chrétienne (tout comme d’autres religions monothéistes) prend de l’ampleur, ce qui provoque une régression de l’utilisation du tampon avant sa complète disparition. S’introduire quelque chose dans le vagin, « C’est pécher, ma p’tite dame ! »C’est le début du tabou placé sur les règles, que nous subissons toujours actuellement.
Moyen Âge : les sans-culottes
Au Moyen Âge, les femmes ne se protègent plus, car les tampons sont le mal. Le diable en personne. Et comme ni les strings ni les boxers n’existent, toute idée de protection « extérieure », type serviette hygiénique, est inenvisageable. Clairement, l’histoire de la serviette hygiénique est liée à l’histoire des sous-vêtements. Les femmes portent alors de très longues jupes et rien dessous. Le sang coule le long des jambes. Les jupons font office de lingerie et d’absorbants pour le sang.
