Rhaaaacontes - Gom'z - E-Book

Rhaaaacontes E-Book

Gom'z

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Beschreibung

Pour "adulescents". Six contes à dominante «trashy», relevés d'un soupçon de «gore». Peut se dévorer froid. - DOUCE NUIT : Conte de Noël "freaky". Le pourvoyeur de cadeaux ne s'attendait pas à avoir comme clients des Graoux, un bambin flingueur, ni sur les conseils d'un ours, à continuer sa course parmi les bimbos de Merlin. La vie quoi. Enfin ici. - LES CROCS: Dark Crocs, le Graou légendaire, sa life, son oeuvre. Se croyant simple loup, la dangereuse Kat le chaperonnera à des fins d'émancipation. Témoins de ce périple: le couple princier et son bataillon de "casseroles rutilantes", trois mercenaires prêtes à tout pour changer de "look". Mais si la vie n'a soi-disant pas de prix, celui de la fourrure n'est toujours pas bradé. - HiILL ILL: Trois ascensions d'un même mont. Celle de Billy, l'élan angoissé de ne jamais connaître la fin d'une histoire, celle du Prince soudain avide de challenge. Surmonteront-ils les épreuves glacées pour dépasser la barrière temporelle les séparant de la troisième cordée "Geek". S'ils réussissent à gravir le sommet alors rien n'est impossible. - JOURNAL D'UNE 'PIRETTE: VamPLUSpire. Son alphabet se résume à A,B et O, volaille immortelle qui a zappé toute notion du grain. De cette lecture Billy frémit encore, étonné qu'une 'Pirette sache écrire... à lui faire regretter de savoir lire. - MORCELÉS: Deux Troll en possession d'un crâne de 'Pirette. Squatte à l'intérieur une cervelle abandonnée qui cherche à tout prix à récupérer son corps. Le commissaire et le chirurgien, friands de puzzle, renouent avec leur passion d'antan autour d'un crime mille pièces. Une enquête, sans queue ni quête, dont chacun aura à coeur de démêler les fils. - BiILLY & C°: "Douce nuit" ze end. Suite au crash du père Noël faudrait-il pour autant laisser à l'abandon les cadeaux? Cette chasse au trésor proposée par Billy plaît aux quatre rennes heureux d'échapper à leur maître. Mais ils ignorent qu'ici ce n'est pas comme... là-bas.

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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Du même auteur

(Chez Bibliographie)

- Espèce de… CONTES! - 2014

- Rhaaaa… CONTES! - 2015

Langage courant ‘Pirette, Trad. orale.

«…à la télé, la veille, on lui (le Français) a fait savoir qu’il y avait plus dégradé que lui, plus endetté, plus misérable: le noir qui pue, le musulman qui tue, le rom qui vole. Tandis que ce qui constituait la véritable culture de ce peuple français, les acquis sociaux, l’Education nationale, les grandes théories politiques, a été démantelé, consciemment - le tour de force de cette dictature du nanti aura été sa manipulation des consciences.

L’alliance banques-religions et multinationales a gagné cette bataille…»

(Réflexion de Patrice dans - VERNON SUBUTEX 2 -Virginie Despentes - 2016)

- - - - - - - - -

Pas de Dieu !

Que des uniformes.

(Réflexion non datée de ‘Pirette, une immortelle - Rhaaa…contes ! tome III - Gom’z - 2017)

«Bomboclat !»

(- BREVE HISTOIRE de SEPT MEURTRES - Marlon James - 2016)

à Sylvie,

bien plus qu’une moitié

et 100% «Toy»,

ce pays visité par le

légendaire «Lou Moussu

ou Lou Pédèscauç» que

ne renierait pas un certain

«Grognon».

Préliminaires

- - - - - - - - -

Un royaume, un prince et une princesse, deux chevaux.

Un champ, en sortant de la cour du château, juste en face.

Un village d’allumés à proximité.

Un décors idyllique enchâssé dans un écrin de verdure, une immense forêt mystérieuse truffée de bestioles toutes plus déjantées les unes que les autres.

Les cieux, étoilés bien sûr et avec parfois… un météorite ou deux.

La mélodie de cette contrée de légende chante les aventures exceptionnelles et les combats mythiques, sur une partition magique dont est friand le couple princier.

Empruntant son plus beau sourire, il vous invite à partager cette danse de rêves aux éphémères parfums de dérisoire.

Et cela ne va pas sentir la rose très longtemps.

Cela ne l’a jamais sentie.

ADN

Château

- Prince et la Princesse (ou inversement)

- Rathur (ancêtre décédé)Dans l’écurie : - Baie et Zeph

Champ

- De la terre qui rit à force d’être chatouillée par le paysan et de la gadoue (beaucoup), jeu favori du prince et de la princesse

- Un aviateur (hors du commun et déjà disparu)

Cieux

- Père Noël (Météore) - Blister et Plot (un couple d’extraterrestres collectionneurs, céphalo/gastéro). Une multitude d’univers habités (virtuels, frappadingues…)

- Marx, Bobi, Rudolphe et Vacherin (Des rennes mais…) NEW

Forêt (ça pullule)

- Coin à trucs (coin secret très prisé par la princesse)

- Trucs (mi-fraise mi-machin mais bien rouge et qui défrise)

- Une armoire fermée à clef

- Vampluspire (Plus pire tu peux pas, leur quasi immortalité frôle l’indécence)

- Graoux (Genre gros loup garous qui font «Graouuuu)

- Troll (Fufute que tout le monde appelle Tutute et son fidèle Toutouffe)

- Un Petit chaperon rouge, mineure killer

- La Mère-Grand (célèbre pour son maniement de la cane)

- Ogre (Gore)

- La Dulac (célèbre pour sa station thermale d’eau chaude) LA CASCADE : - Un Ermite (excessivement injoignable et le squatteur)

L’ERMITAGE : - Nakunoeil (c’est un Gardien et vit dans sa caverne qu’il surveille donc)

- LE HAUT PLATEAU : - Dronga (et ses deux lance-flammes volant, une vraie allumeuse)

- LE DÉSERT DE PIERRAILLE : - Les deux standardistes enchocolatées

- OFFICE DE TOURISME «à la Suisse» + Un lieu de paris clandestins

- Merlin (Ubiquité et intemporalité) et ses stagiaires. (Des nouvelles, à foison)

- Un robot, un inspecteur, un huissier, des fan, des ptérodactyles divers, l’armée…

- Grognon (Ours Bi-polaire insomniaque, le Chaperon le trouve «Trognon»)

- Billy l’élan (Tricorne depuis peu)

- Hydromel, (stagiaire bobo bimbo raffolant des différences)

- Féline (la biche copine de Bambi, sans cesse en cavale)

- Un lapin (se prenant trop pour un lièvre, tant pis)

- La Tueuse (se fait surprendre à chaque fois par ses propres ronronnements)

- Dark Crocs (légendaire Graou à la mâchoire d’acier piqué sur un piège à loup)

- la Fée feu (évanescente, translucide, crâmant tout sur son passage à chaque rhume des foins) NEW

- La Chose (…du caillou et rien que du caillou) NEW

Village

- Familles de Paysans, le Charlatan (Médecin, sorcier, devin et surtout fabulateur), une infirmière, cumulant plusieurs postes, femme de ménage, secrétaire…

L’Ailleurs (à côté de là-bas)

- L’Adjointe (enquêtrice féroce moulée dans sa jupe assermentée)

- Les «Joël» (du geek urbain) NEW

- Le chirurgien (adore les puzzles) NEW

- Madeleine (en plusieurs) NEW

- La femme, très cher, est souvent abusée, soumise, battue et le saviez-vous, la plupart du temps sous-payée !

Le Prince ne pipait mot comme d’habitude aux sautes d’humeur de sa mie mais il sursauta quand elle vociféra :

- Et par dessus le marché on lui refuserait le droit d’être aussi CONNE qu’un mec ?!

Selfie du Prince et de la Princesse

(Instantané extrait de «Un néant de petits rien» en cours)

TABLE DES MATIÈRES

DOUCE NUIT

(part 3 Rimbaud des bois)

LES CROCS

HILL ILL

JOURNAL D’UNE ‘PIRETTE

MORCELÉS

BILLY &

C°(Add on et End de Douce nuit)

DOUCE NUIT.

- Rimbaud des bois -

- - - - - - - - -

Si cette charmante contrée où vivaient un prince et une princesse avait pu être observée depuis l’espace, elle aurait sûrement ressemblé à un tout aussi charmant flocon de neige vaporeux, tournoyant lentement au souffle des comètes ultraspeedées. Tournoyant et cherchant vainement son chemin dans ce fatras.

C’était son cas. Sa première et dernière nuit, à la deadline serrée du 24 au 25, bien arrosée et évidemment la tuile. Bon d’accord il n’y en avait qu’une par an, mais quand même. Son manteau troué par un projectile inconnu lui servait à peine de parachute et le traîneau filait droit sur le bosquet d’arbre.

Rien qu’avec ses rennes la mission s’avérait quasi impossible alors manoeuvrer la charrette alourdie par les cadeaux et les dorures seul, il n’y pensait même pas. Il faudrait qu’il en touche un mot au designer. Blasé il se remémora les paroles de cette comptine :

«Petit papa NoëlQuand tu descendras du ciel…»

Il sourit, puis s’engueula d’avoir paumé ses bêtes la veille, tenta un «Mayday» qu’il ravala aussitôt dans une bouffée d’air frais. Le vent lui agrandissait les narines en même temps qu’il les lui gelait. Il fila entre des arbres, rebondit de l’épaule sur un tronc qui dévia sa trajectoire rectiligne en direction d’un autre. Grand, solide, à l’écorce sombre et profonde.

«Vont pas être déçus les mômes cette année», eut-il le temps de penser dans une explosion blanche de neurones enneigés.

- - - - - - - - -

Il revint à lui doucement sur des sons de menus claquement. Il émettait des bulles la tête plongée dans la bouillasse.

Il se redressa péniblement.

Il essaya d’appeler à l’aide, mais sa bouche le censurait. Complètement. Il attendit que les troncs se stabilisent et veuillent bien arrêter de se démultiplier. Il se rappela alors avoir entendu comme un chant, juste avant le crash. Il connaissait cet air mais pas les paroles. Où donc se trouvait-il ? Pété comme un coin avait-il zappé des frontières ? Ouais peut-être, se serait-il fait abattre pour violation d’espace aérien ? Roh lala la bourde. Il prit conscience du son des bulles. «Curieux qu’il n’ait pas cessé».

Malgré une vision pas vraiment nette, il regarda autour de lui. Plissa les yeux. Des arbres, de la neige, une cuvette, une flaque de boue plutôt, sûrement due à son atterrissage forcé et dans laquelle il baignait. L’ensemble paraissait se calmer, retrouver une logique, quitter le domaine du conte fantastique. En revanche les bulles éclataient toujours autour de lui.

Puis, au milieu de sons explosant des bulles survint un sifflement admiratif.

- Oti dela, auscouuu lai é oi oti dela…

Le bouillonnement reprit de plus belle. Une voix fluette, limite crécelle, demanda :

- Comment faîtes-vous ça ? Je ne vous comprends pas. D’où arrivez-vous ?

Un gnome ! En face de lui se tenait un gnome encapuchonné de rouge avec un flingue comme il n’en avait jamais vu et une espèce de fourrure mitée sur l’épaule. Wow, il était certainement encore en état de choc. Il leva les yeux au ciel dont les étoiles et autres saloperies de voies lactées ne lui disaient absolument rien. Paumé. Son cerveau en avait-il pris un coup pour halluciner ainsi ? Sûrement, l’alcool ingurgité ne suffisait pas à expliquer cette confusion des circuits neuronaux. Impossible, il était catégorique sur ce point. Un léger dédoublement du décors, oui, mais ça non. Il ne possédait pas une telle imagination. Une petite soif se rappela à son bon souvenir et tandis qu’il cherchait sa réserve de rhum, la petite voix persista :

- T’es quoi toi ? J’t’ai jamais vu ici ?

Il leva la tête douuuuucement car sinon tout recommençait à tourner. «Où pouvait bien être sa réserve dans ce capharnaüm ?», les débris de traîneau jonchaient le sol. Oah, il était bon pour appeler un designer cette fois. Ça allait lui coûter la peau des fesses. Il tourna la tête, houla, attention, et aperçut ses deux sacs rouge. Bingo.

- Ou oulé ‘ a ‘ or ‘ é ‘ a hein ? bouillonna la mare.

- Putain mais jamais tu réponds gros bide, comment tu fais pour jacter sans l’ouvrir, t’es un magicos comme Merlin ? s’excita la voix fluette, tes esgourdes c’est en option ?

Il attendit de ne posséder qu’un seul sac, immobile comme tout sac ordinaire puis, une fois qu’il se sentit assez sûr tenta de se redresser. Peine perdue, il s’immergea un peu plus, la gadoue semblait l’attirer à elle. Pendant ce temps là le gnome jacassait à toute blinde et «t’aurais pas vu mère-grand ?» et «Gaffe à tes miches y’a du graou comme celui-ci aux alentours» dont il lança la fourrure pour «t’essuyer l’museau le gros» et «sans dec t’as une de ces dégaines» et «il écoute pas, je trisse» et…

Le gnome avait disparu emportant avec lui sa comptine.

«On ne peut vraiment compter que sur soi» soupira-t-il en soulevant avec difficulté sa masse de la bauge dans laquelle elle était plongée. Les pans de son manteau trempaient encore dans cette vase et essayaient de le retenir. Un cri déchira les lieux. Surpris il s’immobilisa, resta en suspend un court instant mais l’effort pour se maintenir fut tel qu’il lâcha l’affaire et s’affala presque de contentement. Le manteau avait remporté la première manche et flottait autour de lui dans un bouillonnement puissant tandis que ses membres tremblaient de toute part. «Qu’était-ce ?» se demanda-t-il inquiet alors que le son lui fouaillait encore les oreilles.

- Haaaaaaaaaglablablagloblouubloubloublou…

Mis à part les bulles qui venaient de redoubler rien n’avait changé. Le gnome n’était pas revenu et son sac n’avait pas bougé. Il reprit son souffle et refit une tentative sans s’interroger plus avant sur ce mystère sonore. Priorité sur l’objectif. Il réussit à se dégager de la fange et roula jusqu’à son sac qui hurla comme un damné. C’est du moins ce qu’il crût. Il le jeta de peur mais quand celui-ci se mit à tousser il se dit que quelque chose clochait. Il se retourna.

- Ah ben quand même, c’est pas trop tôt, ça fait deux heures que je mange de la bouillasse, espèce de… Suivit une nouvelle quinte de toux.

- Mais, mais… Je suis un petit flocon rouge, rien de plus. Pourquoi avait-il dit ça ?

Un être menu occupait la place qu’il venait de quitter et vomissait copieusement dans la vase. «Non ça vomit de la vase aussi» corrigea-t-il pour lui-même. Il récupéra enfin son sac et en sortit le divin flacon. Il retrouva aussitôt le plein usage de sa bouche.

- Wooooooow, oooooh putain, ça fait du bien.

Il se resservit une rasade du Graal et observa l’individu à quatre pattes qui expectorait quelque restes de tourbe.

«Tiens, ça bulle plus, bizarre», il jeta un oeil aux alentours. À la vue du chantier qui s’étalait sous ses yeux il se fit la réflexion que ce n’était peut-être pas une si mauvaise chose que ses rennes soient absents. Les cadeaux en guirlande aux branches, le chariot en puzzle, tout ça ils lui auraient fait payer d’une grève reconductible… sûr. Elles étaient pas faciles les bestioles et il n’avait pas besoin de ça en ce moment. Il ramassa son sac quasi vide, mit la pelure de graou laissé par le gnome au fond et approcha avec prudence de l’individu crotté qui se relevait et regardait tout autour de lui.

- Oh nooooooon, les Trucs, les TrucsI, lààà… bafouilla la motte.

«C’est féminin cette chose ?», il n’en revenait pas, de plus il ne voyait aucun truc de n’importe quelle forme que ce soit nulle part. Il cherchait pourtant.

- Quels trucs ?

- Veee… vouuu… làààà, partout…

Non, décidément, noyé dans ce vide de sens il ne trouvait pas ce qu’elle avait bien pu perdre. Ni ne voyait comment elle pourrait le regagner. Il souffla doucement, il lui fallait absolument récupérer de sa gamelle.

- Qui êtes-vous ?

Ah. La question lui parlait plus mais paumé comme il était l’intro du speech ne venait pas. Elle le coupa avant même qu’il ne se décide à commencer.

- Vous en avez la couleur mais n’êtes pas un Truc, c’est certain, un flocon non plus, simplement j’ai du mal à vous définir. Votre petit côté Merlin peut-être, perturbant en rouge, Je suis la Princesse, bonsoir, termina-t-elle.

Le choc était rude, de golem l’être était devenu femme pour maintenant s’appeler Princesse. Traumatisant, «heureusement qu’il avait bourlingué dans sa chienne de vie, cela l’aidait à relativiser» se dit-il en mirant la fiole de Rhum qu’il tenait à la main.

- Une pinte ? proposa-t-il alors par réflexe.

- C’est quoi comme truc ? Elle s’agita aussitôt, se tint la tête dans les mains en soufflant oh lalalala mais que s’est-il passé ici, où sont donc tous les Trucs ?

- Heu, excusez-moi, mais je viens juste d’arriver…

- Pas d’ici ?

- Je ne crois pas… heu tout à l’heure il y avait un gnome tout en rouge aussi…

- Haaan, oh lala, il ne vous a pas tué ? Ah bé non je suis bête, pardon. Et ?

- Heuuu, ben rien, je venais juste de me scratcher et j’étais un peu dans les vapes alors…

- Scratcher ?

- J’me suis écrasé avec le char…

- C’est VOUS ! C’est vous qui avez détruit tous les plans à Truc !

Elle paraissait furax, il ne se rendait pas compte, toute la saison était foutue et peut-être bien plus encore car il n’y avait plus rien là où auraient dû se trouver les pieds. Au pied des siens. Là.

- Les pieds ? Il doutait de sa raison et se demanda s’il n’était pas tombé dans un nid de psychopathe, genre arracheur de dents, réducteurs de tête etc…

Elle perçut son inquiétude et lui raconta l’histoire du jardin secret plein de Trucs, les récoltes hilarantes avec le Prince, les retours endiablés au château…

- Au château ? Y’a un château dans le coin ?

- Vous n’êtes vraiment pas d’ici vous, je vous y invite et pas de chichi. Rejoignons le Prince, il doit m’attendre quelque part devant, peut-être même s’inquiète-t-il.

Il lui proposa aussi sec de trinquer à cette excellente nouvelle et lui passa la fiole.

Elle s’en empara et but une rasade.

S’étouffa.

Toussa.

Faillit vomir.

S’évanouit sur le champ.

- - - - - - - - -

Après plusieurs tentatives infructueuses de réanimations rudimentaires, il cessa considérant que son geste de la main pourrait bien passer pour de l’acharnement thérapeutique. Le côté bleuté de la joue ne devait rien au froid. Il fourra la Princesse dans le sac, le mit sur l’épaule et partit en sifflant à la rencontre du Prince. Il ne savait encore comment il allait présenter la chose au gus.

- Ben voilà, j’avais aucun contrôle, écran radar HS, manche à balai en rade et j’ai explosé votre coin à Truc dans mon crash. Bonjour, j’me présente patati patata, ah et au fait, je me suis assis par inadvertance sur votre femme, vous ne m’en voulez pas j’espère…

Il marmonnait les solutions, celle-ci il ne la trouvait pas très heureuse.

- Booonjooouuur, genre enjoué, représentant de commerce, comment allez-vous ? j’me présente patati patata… Sachez que j’ai beaucoup entendu parler de vous, du château, du coin à Truc que j’ai détruit. Comment je le sais ? Ah ah, Par votre femme que j’ai écrasé tantôt et que je viens vous rendre…

Non, non, pas sérieux. Invendable. Il se voyait en train de secouer son sac pour en faire dégringoler la Princesse devant les yeux de son mec. Très limite.

- Ah ben ça alors figurez-vous que justement… Nooon, vous tombez pile… oh lala non, c’est lui qui avait explosé en vol, mais, mais vous ici ? Alors j’me présente patati patata… Noooon, pas bon du tout, aucune crédibilité. Oh merde, de toute manière les CV le broutaient, il voulait pas sa photo non plus le gus ? Et pi quoi encore? QUOI? Ses coordonnées ???? Ben tiens mon con… Mon profil fessebook de tous mes ami(e)s ??? Putain de pervers… Baffe !

Non non non, fallait pas qu’il s’excite, il ne le connaissait pas, si ça se trouve le keum était charmant. Il laissa tomber les essais de présentations, souffla et décida qu’il verrait bien ! Cette solution le fit repartir tout léger d’un bon pas joyeux et… zigzaguant. SCHWOMP soyeux, SCHWOMP doux et profond, SCHWOMP tout coton. Teeeendre comme un chamallow. Somptueux. SCHWOMP matelas duvet super couette ! Image émouvante que celle d’un bibendum sautillant dans la neige SCHWOMP, mais certainement très éprouvante pour le spectateur qui était en face.

Il sortait du bois. Ça tombait dru hors de l’abri des arbres, les flocons surfaient à toute blinde dans le ciel et picotaient son visage. Il ne les voyait pas arriver, percussion mode wifi, ping, ping, ping. Il vit alors un monticule de neige se redresser au loin. Ce devait être le gars car dans ses souvenirs un bonhomme de neige était immobile. Bon, ici peut-être pas. La région avait l’air d’être peuplée de farfelus. Le paquet de neige debout semblait l’observer.

Au fur et à mesure qu’il approchait la fixité de son objectif, SCHWOMP, SCHWOMP, le mettait mal à l’aise. Il culpabilisait moyen déjà alors… même le regard du gars était étrange. Un peu comme s’il le voyait mais sans jamais le reconnaître. Il ne se sentait absolument pas du genre multi-personnalité, un peu flou sans doute après la fiesta de la veille mais pas plus, il allait falloir qu’il choisisse tout Prince qu’il était.

Il s’avança, tendit la main que l’autre observa comme s’il en voyait une pour la première fois. Une main quoi. Du coup il la regarda aussi, mais oui c’était bien la sienne. Il respira un grand coup et se lança.

- Bonsoir monsieur, je m’excuse pour mon arrivée quelque peu surprenante et un peu rapide à mon goût. Voici pour vous dédommager de tous ces tracas dans votre domaine et de tout le petit bois que j’y ai cassé, dit-il en offrant la pelure de loup trouée en de multiples endroits, c’est une pitchoune croisée dans la forêt qui me l’a laissée avant de disparaître. Il n’avait pas osé sortir la Princesse direct. Too much.

L’autre ne pipait mot. Il se dit qu’il aurait été dommage que cela s’arrête aussi net. Il demanda :

- Ah tenez j’y pense, n’auriez vous pas aperçu une vieille femme dans les bois ?

- Heu… je n’ai pu les atteindre. C’est à ma femme que j’ai entendu crier tout à l’heure que vous devriez demander. Elle y est encore si je ne m’abuse, aussi si vous voulez bien l’attendre avec moi, elle pourra sûrement vous renseigner.

Il raconta alors comment il se trouvait ici en rade, de chariot et d’attelage. Du coup il en oublia le colis. Il trinquèrent, ce qui rendit l’ambiance plus conviviale mais ne sut pas si le prince entravait quoique ce soit à son discours. Peu importe le bonhomme était agréable.

L’atmosphère cependant devint vite lourde. Il avait finalement sorti le lapin de sa poche, la Princesse, quand le gnome avait refait irruption dans leur trio et leur avait cassé les bonbons, les siens, avec des histoires de mère-grand à plus finir. Là-dessus s’étaient invitées des bestioles hideuses, moitié loup moitié ours/lion, le tout mâtiné de géant. Pas référencés dans son listing les machin-choses ni dans le catalogue de jouets. Pourtant il en avait vu passer des trucs de cinglésII. Selon les années les pages étaient truffées d’extra-terrestres bariolés, de dinosaures verts, de peluches débiles à triple antennes, de scintillants robots aux lasers clignotant, de pin-up à la plastique rose, blondes, et avec elles leurs ménageries d’objets flashis tel que l’avion en cloque, le van fleuri et le compagnon bodybuildé au short brillant. Parfois quelques elfes idiots et arbres philosophes se glissaient entre les pages, mais des conneries dangereuses comme celles-ci, à la dentition épaisse comme sa main, jamais. Il avait raté la parution du «Freaky catalogue».

Tourner la page lui faisait terriblement envie, aussi but-il une nouvelle rasade de sa potion pendant que le gnome sulfatait ce qu’il appelait des Graoux. Complètement speedé il s’en servait de cibles. Il en alluma un certain nombre. Tous eut-il l’impression. L’énergumène avait fait dans l’exhaustif. La neige, belle lurette qu’elle n’absorbait plus l’hémoglobine la neige, elle flottait en petits tas fondant sur coulis vermeille. Puis la môme s’éclipsa estimant le travail achevé. En tout cas ici.

Il se souvint avoir gueulé bonnes fêtes à un moment, sûr qu’il s’en tenait une bonne. Puis dans le silence revenu, le spectacle du Prince et de la Princesse enlacés amoureusement et regardant le ciel étoilé les pieds dans une mare de sang le fit s’enfuir. Il ne se voyait pas marcher jusqu’au château en leur compagnie. Sans eux, ignorant où se nichait celui-ci, il opta donc pour la forêt. Rebelote. Il sentait venir une dépression carabinée. Le vrai coup de mou le saisit à l’orée de la forêt. Il s’allongea pesamment sur son sac et s’endormit bercé par les échos doux et lointain d’une vague fusillade alors que les dernières étoiles s’éteignaient pour céder la place à l’aube naissante.

- - - - - - - - -

Une explosion le réveilla. Du maousse costaud, son bonnet s’était envolé. Il avait la bouche pâteuse mais cela n’avait pas la moindre cause. Il attendit que le souffle s’épuise de lui-même, se demanda ce qu’il foutait là puis… se rendormit.

- - - - - - - - -

La tache rouge de son bonnet située à vingt mètres de là dans la neige lui rappela son rêve. Il aperçut au loin de la fumée. Le lieu de l’explosion. Il faisait jour presque chaud pour ce début de matinée. Il alla récupérer son bonnet, l’épousseta négligemment et décida d’aller y jeter un oeil, étonné par le fait d’avoir pris une décision.

La forêt l’avala sous le gazouillis des oiseaux.

Il s’épongea le front à l’aide de son bonnet, le temps était encore plus doux dans les bois. Il foulait la neige vierge sans penser à rien, tout était calme. Coupé du vent il y faisait même presque chaud. La douceur du moment l’apaisa il fit donc une pause. «T’as bien fait» songea-t-il en souhaitant ne pas avoir pensé trop fort. Respiration bloquée il se tenait immobile entre les troncs. Il pestait contre sa couleur rouge, en silence bien sûr.

Un ours polaire, «magnifique mais énorme quand même» le fixait, immobile. Il hésita, il aimait bien les animaux mais mieux valait être prudent. Il recula un pied douuuuucement puis bifurqua. Au moins un ours ça ressemblait enfin aux peluches qu’il connaissait.

- Je serai toi je n’irai pas par là.

Interdit, il se retourna certain d’être seul dans ces bois, hormis lui et cette bête.

- Je te parle, grogna à nouveau l’ours.

«Ouais bon, de la peluche qui parle maintenant, qu’est-ce que c’est que ce patelin ?» Il songeait qu’il aurait du s’en douter finalement mais était trop dans le gaz ce matin. Ne voulant pas céder à l’irrationnel, il fit comme s’il n’avait rien entendu. Le grognement de l’ours et son coup de patte au sol dont il sentit les vibrations le stoppa net.

- Bon, je t’ai fait l’ours grognon comme tu t’y attendais, tu vas m’écouter maintenant ou vais-je être obligé de te faire fuir ?

Il céda.

- Je… je vous écoute bien sûr.

- T’es plus intelligent que la moyenne alors.

- Merci…

- Laisse-moi terminer. Mais franchement con pour te diriger par là.

- Heu…

- J’ai terminé, tu peux parler.

-Heu…

L’ours approcha soudain et l’examina. Puis après l’avoir humé recula rapidement.

- Pouah, tu sens fort, pas la peur, c’est autre chose…

Franchement il ne savait pas quoi dire et n’avait aucune idée de ce qu’il pouvait sentir. Enfin puer était plus juste vu l’expression de dégoût qui se lisait sur la gueule de l’animal.

- Ça me rappelle un clébard, assez fort, poil long, une vraie pleureuse qui lèche tout ce qui passe. Gentil hein ? Mais alors l’odeur, houlala.

- Un peu le chien mouillé ?

- Naaaan, ça ça va, c’est cool j’aime bien, naaan, j’y pense, il cherchait un tonneau que des Troll lui avaient piqué… Il risquait pas de les rattraper, il schlinguait dix bornes à la ronde.

- Rhum. Du rhum, c’est l’odeur du… que je… qui…

- Rhum ?

- De l’alcool… tu veux goûter ?

- T’es pas bien toi. Qu’est ce que pouvait bien foutre un chien avec du rhum…

- Secouriste, le rhum ça réveillerait un mort.

- Ouais, ben c’est étrange un secouriste qui fait fuir tout le monde, bon je t’explique ?

L’ours montra les petites traces dans la neige filant dans la direction qu’il allait emprunter. Il les traduisit : Chat.

- Aaah bon. Coool.

- Pas coool.

Elle se faisait appeler «Kat» croyait-il, et avait une sale, très sale réputation dans la région. Même les Graoux la fuyaient comme la peste, elle faisait joujou avec.

- Oh ?

Pire que carnassière. À éviter. N’importe comment.

- Le pire, insista l’ours c’est ça. Elle joue avec la nourriture qu’elle mange même pas, tout juste si elle grignote, pas étonnant qu’elle soit menue. Une vraie dingo.

Vu le niveau mental élevé de la région et ne pigeant pas comment il pouvait comprendre un ours il n’eut aucun mal à croire ce que lui racontait le quadrupède. Ce devait être une acharnée de la démence.

Toujours propre sur elle, une vraie psycho de la toilette. Constamment à se lécher les pattes ou autre chose, nerveuse, puis ça ronronne. Ça bondit dans tous les sens, à chopper des AVC à répétition et vas-y que dans la seconde qui suit c’est saut périlleux et retoilettage. Pas cruelle, juste barge.

Le tableau faisait froid dans le dos. Il reprit une goulée pour se remonter le moral.

- Remarque, toi t’as p’t’être une chance avec ton odeur… sourit l’ours. Bon c’est pas tout ça mais je dois terminer une sieste de deux mois donc je vais te laisser, tu m’en veux pas ?

Il ne dit rien, se frotta les mains sur le manteau, histoire d’occuper le temps.

- Un dernier conseil, par là, l’ours indiquait les arbres derrière lui, c’est assez dégagé maintenantIII, si ça se trouve le Chaperon y rumine encore.

«Allons bon, un chaperon maintenant, oh et pourquoi pas après tout, je discute bien avec un ours.»

- Par là, je peux pas te dire s’il y a du danger car j’y vais, allez tchao, et passe le bonjour au chaperon si tu l’aperçois.

Il partit, tranquillement en dodelinant de l’arrière-train comme seuls savent le faire les ours. La fiole reprit sa place dans la poche, le sac sur l’épaule et il décolla à son tour.

- Pas par là.

Oooops.

- - - - - - - - -

Il se demanda s’il n’allait pas suivre l’ours mais après une brève réflexion opta pour ses instructions et reprit donc son idée de départ. Le lieu de l’explosion. Curiosité malsaine ? Curiosité tout court ? Un but, simplement. Il était tellement à l’Ouest qu’il en avait oublié depuis le départ de poser cette question : Où était-il vraiment ? S’assurant qu’il ne croisait pas ces petites empreintes dont il lui fallait se méfier, il avançait tranquillement. Finalement l’ours avait été sympa. Il lui avait laissé la vie sauve, un bon point en soi et en bonus lui avait fourni des conseils avisés, ouais sympa. Quelle guigne qu’il ait oublié de poser quelques questions, enfin il ne faut pas abuser non plus.

Les arbres s’éclaircissaient, et semblaient donner sur une cuvette. Une légère inquiétude venait de naître. Cela sentait le brûlé, et quelques branches étaient calcinées. Il avisa des troncs couchés sur le sol étoilé de rouge. Quelques corbeaux volaient au loin, d’autres semblaient l’attendre installés sur le bord en face. Il n’apercevait pas encore le fond de la cuvette. Les éclats vermeils se faisaient plus nombreux au fur et à mesure de sa lente progression. Quasiment arrêté pour mieux observer les alentours, une comptine provenant de sous ses pieds le fit sursauter.

«Prom’nons-nous dans les bois

Si un loup Graou tu vois

Tu n’as qu’à m’appeler

Je le dépouillerai.»

Cette voix lui disait quelque chose. Il se racla la gorge prudemment… trop prudemment sans doute ce qui fut sans résultat et donc toussa.

- C’est bon tu peux te pointer, ça fait au moins dix minutes que je t’entend approcher. C’est toi Bibendum ?

Il fit quelques pas jusqu’au bord de la cuvette et découvrit un spectacle qui le laissa cois. Des pieds tranchées, des pattes plutôt, il ne savait plus, des membres arrachés, flottaient à la surface d’un marais. Rouge sang. Un oeil tournait sur lui-même dans le bain. Il reconnut des oreilles de Graoux à leurs pointes. Un charnier, pas une mascarade. Pas de reportage tv fabriqué ici, pas de TimisoaraIV, il était témoin d’un acte barbare et n’en menait pas large quand aux intentions de celui qui l’invitait à s’asseoir à ses côtés.

- Arrête de bader et ramène ta fraise.

Son pied ripa.

Il dégringola. Pas de bol, manque de sol.

- On peut dire que tu tombes à pic la boulette.

Il chût. Même assis il avait encore l’impression de glisser au ralenti. Il s’enfonçait doucement dans la neige. Il expliqua son trouble, raconta l’immanence du plongeon dans le vide quand il tombait de sommeil. Depuis quelques temps l’impression d’une chute en continu ne le lâchait plus. Une chute ouatée, en apesanteur sans l’inquiétude de l’atterrissageV inexistant. Il allait pourtant bien falloir que cela s’arrête. Peu importe l’état, qu’il coule, qu’il rebondisse, se cabosse ou s’écrase. Le mode «marche»VI prenait ainsi des allures de chute en avant, la course en accentuant juste la rapidité.

- T’inquiètes, répliqua le Chaperon, tu vas pas te noyer.

- Ah c’est toi. T’es si rapide que toi tu pourrais chuter en montant. Du Newton inversé. L’élévation peut aussi se révéler casse gueule.

- J’en tombe des nues, s’esclaffa le gnome. Peu importe l’impression, monter descendre, l’essentiel c’est le mouvement !

«Un con qui marche va plus loin que deux intellos assis», qui avait dit ça ? Une histoire entre soldats, ah ouais dans le désert… Le désastre calciné qui s’étendait autour d’eux lui rappela que la réalité était toute autre. Blanche, la réalité, blanche et rouge sombre. Neige gelée et lac fumant, un sauna en extérieur.

- Oui, peut-être, mais ce n’est pas ta course frénétique qui fait tourner la terre.

- La terre ? Je sais pas grand-père, mais ici je peux te dire que ça aide. C’est quoi comme contrée ?

Il lui narra alors les jours, les nuits et celle qui l’occupait plus particulièrement, celle du 24 au 25 décembre, l’occupait au point de lui prendre la tête limite burn-out. La montagne, la mer, les villes de lumière qui s’efforçaient de taire les peurs et la magie de la nuit. Ces cités aveugles.

- C’est pas ici, dit simplement l’encapuchonnée. Y’a des arbres aussi ?

- Mm mm, acquiesça-t-il, ils ressemblent à ceux-là. Étrange non ?

- Je ne vois pas ce qu’il y a d’étrange aux arbres ?

- Non, certaines choses sont identiques, mais pourquoi est-ce que je ne connais pas les Graoux par exemple ? Chez nous il n’y a que des loups… Et soudain il percuta !

- Des loups, de la grand-mère, oh putain, mais t’es le chaperon ?! Tout s’assemblait, l’aïeule, le pot… enfin tout… un peu disons.

- On m’appelle comme ça oui. Comment tu sais ?

- Tu te moques pas si je te le dis ?

Le Chaperon hocha la tête.

- Un ours.

- Tas rencontré Floc… non, Grognon ?

Le gnome ne se moquait pas. Tout avait l’air normal, logique et plutôt que de le rassurer cela lui procurait une sensation toujours plus profonde d’enlisement. Alors il décida de lui raconter l’histoire du Petit Chaperon Rouge telle qu’il la connaissait. Il était une fois, rouge, hoooo grande dent, petit pot de miel, mais c’est pour mieux te manger mon enfant… il la lui fit en accéléré.

- Lénifiante ton histoire, c’est interdit aux plus de six mois non ? Y’a qu’un loup en plus…

- Oui mais bon, remis dans le contexte…

Le Chaperon lui expliqua alors l’environnement dans lequel il venait de mettre les pieds.

- Cassé la gueule dedans, précisa le ventru.

- Si tu veux, continua le Chaperon, mais penser le Graou comme seule extension du loup de ta comptine serait une grave erreur. Les moeurs ne sont pas identiques, les statuts d’«Alpha» et «Omega» évoluent sans cesse à une cadence inouïe. De plus les portées n’ont pas l’unique but de servir la continuité de l’espèce. Elles fournissent aussi le garde-manger en cas de disette. Les rares n’ayant pas de soucis de «soudure» inter-saison sont les Pirettes.

- ‘Pirettes ?

- De la volaille quasi immortelle pour qui tout ce qui contient du sang fait office de réserve. Des dégénérées qui ont oublié ce qu’était le grain.

Barbichette regarda sa fiole en poussant un soupir. La liste des dangers n’avait pas de fin. Féline et Bambi deux cervidés à éviter si tu ne veux pas te retrouver en orbite, les ailes violentes aussi, deux dragons obéissant à Dronga une féministe qui adore l’odeur du napalm, mais elle ne survole pas trop ce coin même si tel qu’il est on dirait pas. La fillette montra le paysage dévasté. Kat bien sûr…

- Oh le chat… L’ours m’en a parlé…

Bien, comme ça c’est fait, et elle reprit sa litanie. J’ai entendu parlé de «Feu», une fée, une allumeuse, de Gore et de ses cousins ogres, des baraques qui se servent de tronc comme cure-dents, de Geisha au tutu affûté comme un rasoir, de Troll dont Fufute, l’enquêteur qui te perd… Doit bien y avoir quelques sirènes hurlantes mais pas dans les bois, des vaches cannibales, des moutons énervés par troupeaux entiers qui t’explosent par ultrasons, de très hautes vibrations, la tremblante que ça s’appelle, des…

Il coupa le Chaperon dans sa description.

- Maintenant ça suffit, j’arrête de boire, et accompagna son cri d’un geste ample.

Il venait de balancer la fiole derrière lui. «Grooooooh» fit-elle en retombant.

- Tu fais bien, répliqua un roulement de caillasse et le cliquetis particulier d’un chien qui s’armait.

La fillette avait fait volte-face et dirigeait son flingue vers les taillis. «Et merde» se dit-il en se retournant aussi «c’est reparti pour un tour».

Les buissons s’écartèrent découvrant une masse gigantesque à la musculature impressionnante. « Graou» se dit-il «nouvelle génération élevée au grain».

- Salut les p’tits loups… gronda le monstre, ho, mais c’est le tireur d’élite ma parole ?

- Yep. J’te présente Dark Croc, binbendum, Bibendum Dark-Croc, Oah mais dis donc, niveau râtelier t’es au top Dark, sans dec, répliqua le chaperon avec ironie.

- Tu trouves ?! Ça fait plaisir à entendre.

Le Graou fit grincer ses dents et présenta fièrement sa prothèse. Il tendit sa gueule afin d’exposer le piège à loup qui faisait office de mâchoire ou hachoir.

- Bien dis-nous tout Dark, t’as besoin de customiser autre chose ?

Le Graou sourit et observa le couple.

- J’vais pas vous faire la météo hein ? Ok pour cette fois, j’ai rien contre toi mon gars à part tes effluves puissantes mais tu recommences à me prendre pour cible et je fais un effort, j’te bouffe. Hé, t’entends… où tu vas boule puante ?

- Ben finalement j’ai changé d’avis, je continue sinon je tiendrai pas, et il alla se récupérer la fiole abandonnée, piètre placebo comparé à la folie qui habitait ces lieux.

- Il est pas très clair ce gus non? En plus fringué faut voir comment, feula Dark en se retournant vers le chaperon.

- Il a intérêt s’il veut pas devenir maboule ici. Depuis quand la mode te fait kiffer ?

- Houla «kiffer», un bien grand mot la crevette, naaan mais il porte en lui… comment dire, l’envie de se faire croquer, flagrant non ?

- Pas faux Dark. Pas faux, c’est un déguisement à l’image des histoires qu’il raconte. Il s’appelle père Noël, t’as entendu parler non ?

Le Graou se grattait le museau pendant que le bibendum rappliquait.

- Ouais vaguement, alors c’est ça un père Noël. Bon. Franchement tu penses vraiment que ce mec est sponsorisé comme le veut la rumeur ?

- Y’a des chances, mais c’est pas pour du light en fait ! T’as qu’à lui demander pour qui il roule.

- En tout cas il a une présence certaine, ricana le Graou en se bouchant la truffe. Hé boule puante, la légende veut que tu bosses pour une boisson… gazeuse, remarque qui fit péter de rire les deux hôtes de ces bois.

- Rumeur commerciale. Je bosse avec un pote noir et un jaune. On couvre certains marchés, Afrique, Asie, et moi US et Europe. Lourd.

- Noir et jau… ? déguisés en abeille quoi ?

- C’est quoi comme question ? s’étrangla bibendum.

L’image de ses deux collègues faisant leur tournée en «Maya l’abeille» s’estompait à peine qu’il en toussait encore. Le Chaperon expliqua la nouveauté des teintes ignorées par Dark.

- J’ai jamais mangé de jaunes et noirs, c’est bon ?

Effaré par la question, le père Noël qui avait enfin récupéré répondit :

- Ça va pas bien, je suis pas cannibale, puis il se dit que le Graou finalement non plus.

Le Chaperon coupa court à la discute.

- Ouais, en fait il faut avoir une bonne connaissance des teintes, de leurs valeurs je pense que c’est ce que veut dire Dark.

Le Graou répondit que la couleur des lieux, ce mélange subtil de blanc froid rouge écumant et… noir donc, noir fumant, lui agréait. Il s’assombrit un peu quand il apprit que beaucoup de ses compatriotes figuraient dans ce mélange de teintes.

- Changeront pas, fut sa seule réflexion. Bien, heureux de vous avoir rencontrés mais ce papotage m’a mis en appétit. Recommence pas, hein ? J’ai encore jamais goinfré du père Noël et je suis d’un naturel curieux.

Le Graou disparut sur le claquement métallique de son râtelier. Un silence s’établit. Il était content d’être en vie mais ne s’en apercevait pas encore. Il s’enfila une bonne rasade.

- En fait j’aimerai foutre le camp de ce coin, dit-il en rebouchant la fiole.

- Qu’est-ce qui t’en empêche ?

- Pour aller où ? Par où ? Par où aller où ? fulmina le père noël.

Le chaperon fit semblant de réfléchir à la question puis dévisagea bibendum.

- Wow. Toi t’es bon pour consulter Fufute, tu sais le Troll dont je t’ai parlé, c’est tout à fait le genre de questionnement qui lui convient. En plus ça me fera bouger d’ici. Tu m’suis ? Au fait, coool que tu ne te sois pas épanché sur la perte de tes rennes comme tu l’as fait bourré avec les deux guignols couronnésVII l’autre jour, Dark nous aurait alors sûrement proposé son aide.

- On en aurait peut-être eu besoin non ?

- Il n’aurait eu besoin de personne pour «mieux les manger mon enfant» se répartit le Chaperon en rigolant.

Le Père Noël maussade suivit le Chaperon qui demanda :

- La rumeur veut que tu t’amènes avec des cadeaux…

- Exact. Mais ils sont sur les lieux du crash. Quelque chose te ferait plaisir ?

Et pendant qu’ils trottaient dans les bois la voix du Chaperon se fit entendre une dernière fois.

- Des balles, en fait des chargeurs de balles en titane…

- - - - - - - - -

Évidemment le père Noël ne possédait pas ce genre d’article. Clientèle différente. Le Chaperon s’en doutait et répondit que ce n’était pas grave, qu’il lui faudrait juste retourner au garage de sa grand mère en récupérer. Mais plus tard. Pour le moment il fallait trouver le Troll. Le Chaperon en parfait chasseur connaissait la région et savait donc où se cachait la tribu. Le trajet dura quelques heures dans la forêt vallonnée. Tout était calme et il n’aurait pas été en compagnie d’une fillette armée, la balade lui aurait paru ordinaire. Il s’en ouvrit au Chaperon.

- Faux semblant, ne jamais fermer l’oeil sinon tu risques de le perdre. Mais il est vrai que la nuit est plus dangereuse. Je viens d’apercevoir une pirette au loin, mais de jour elles sont au ralenti.

Ils escaladèrent de gros rochers ronds et lisses, ils semblaient être tombés du ciel, en vrac. Posés à la va-vite n’importe comment, niant toute notion de design mais quand même juste sous ses pieds.

- Ils proviennent peut-être de chez toi ?

Le Père Noël ahanait. Il avait chaud et demanda une pause. Ils déjeunèrent de gibier et trouva cela plus fort et musqué que sa propre odeur. Ils rigolèrent.

- Dis-moi grand père, pourquoi fais-tu cela ?

- J’aimerai revenir chez moi.

- Non, pourquoi fais-tu «père Noël» ?

- Ah, offrir des cadeaux aux enfants, c’est ça ?

Il expliqua qu’il s’était fait attraper en plein braquage. Il volait des particuliers. Sa jeunesse quoi, il continuait bien un peu mais revenait avec des cadeaux si la famille avait des enfants. Avant ce n’était pas le cas. Il avait donc été condamné à de la prison, mais avec un casier vierge la justice avait été clémente et lui avait fait une proposition, un petit garçon qu’il connaissait en avait donné l’idée.

Il dévalisait un appartement de nuit pendant que la famille dormait l’étage au-dessus. Basket, cagoule corde et sac à dos pour les fournitures mais jamais d’armes. Il recherchait les bijoux, le liquide. Et pendant qu’il farfouillait un tiroir il avait entendu une porte grincer. Un éclat de lumière en provenance du couloir s’agrandit et atteint ses pieds. Au bout de l’ombre immense se tenait un bout de choux en pyjama, doudou au bras qui le regardait en suçant son pouce.

- Ouïe, dommage ! s’écria le Chaperon attentif. Qu’as-tu fait ?

- Je me suis enfui, tu penses, j’ai ouvert la fenêtre et suis passé par les toits. Mais au moment où j’enjambai la fenêtre j’ai entendu le môme hurler «Il est làààà, il est lààà, c’est le père Noël !».

- Trop drôle, le Chaperon riait. Il avait vu le père Noël, ses parents devaient être contents. arf, arf.

- Oui mais j’l’ai revu cet enfant, l’année suivante. J’ai commencé ma tournée par lui, il m’attendait bien caché derrière un fauteuil.

- Ah ?

- J’ai vu sa bouille tout sourire et ses billes, de grands yeux émerveillés.

Il était ému à ce souvenir, il s’en rappelait comme si c’était hier. Il avait fait signe à l’enfant de se taire, s’était approché et avait déballé les cadeaux. Puis il avait tendu une lettre en disant à l’enfant qu’il fallait qu’il la donne à ses parents demain matin. Maintenant dodo.

- Dans la lettre je m’excusai pour le fric-frac de l’année précédente. Je rapportai une partie du butin leur appartenant ainsi que quelques babioles. Au matin, y ‘avait pas que l’enfant qui était heureux tu peux me croire.

- Choux. T’as un grand coeur toi.

- Voilà, c’est devenu le deal. La peine de prison avait été commuée en cadeaux pour enfants cette nuit là.

- Ho, mais j’y pense, avec ton crash, t’as eu le temps de les livrer ?

- Pas trop non.

- Ça va pas faire vilain ? J’imagine que ça doit brailler.

Le Père Noël montra le bracelet électronique qu’il portait à la jambe depuis.

- Ce qui m’étonne c’est qu’il sonne pas.

- - - - - - - - -

Ils arrivèrent en fin d’après-midi sur le campement Troll encore ensoleillé.

- On y est.

- Hein, où ?

Le Chaperon indiqua un arbuste en rigolant. Il serait passé à côté, même à l’intérieur, sans le savoir. Plusieurs monticules feuillus s’alignaient devant lui. Peut-être en arc de cercle, peut-être pas. Recouverts d’une pellicule de neige ils étaient quasiment invisibles pour un oeil profane.

- Il n’y a personne ?

- Si, si, il nous ont… senti grand-père, rigola le Chaperon qui s’adressa dans le vide, Hola, nous cherchons le détective Fufute, est-il là ?

Il ne comprit pourquoi la fillette criait seule que quand une voix lui répondit.

- On sait pas.

La tribu qui semblait au complet se tenait audessus d’eux dans les arbres.

- Mais si, z’êtes con ou quoi ? Je suis là, dit une silhouette qui atterrit devant eux en un seul bond.

«Monstre farfelu», ce fut sa première pensée à la vue de cet être poilu, aux teintes tirant vers le vert. «Ils sont tous grands ici ou quoi ?» fut sa seconde. Le museau en pointe le regardait en inclinant la tête, curieux.

- Nous sommes là pour monsieur, expliqua le Chaperon en montrant le père Noël.

- Vous voulez des plantes pour le bain ?

La fillette pouffa.

- Non, non, nous venions te voir Fufute, car monsieur est tombé accidentellement chez nous et il aimerait bien repartir d’ici, voire rentrer chez lui.

- Wow, ça c’est de l’enquête ! Les petits yeux orange renfoncés dans leurs orbites brillaient d’excitation, en plus je vois pas comment ? Chouette.

La remarque fut imagée d’un immense sourire qui révéla une dentition digne d’un grand carnassier. Voir le Chaperon toujours détendu contribua à le rassurer. Le Troll devait mesurer dans les deux mètres et sa musculature anguleuse donnait l’impression d’être en continuel mouvement. Le muscle de la cuisse se rétractait tandis que celui de l’avant bras se gonflait. Les pectoraux s’agitaient de soubresauts nerveux.

- Et d’où vient-il teinte rouge ?

Le monde Troll salua l’intelligence de cette intervention d’un grand «WOOoooooo» et de hochements de tête prononcés.

- La Terre.

Un silence accueillit ses paroles. La terre, personne ne savait où cela pouvait bien se nicher ou ressembler. Fufute regarda le sol, seule terre qu’il connaisse et là, elle était invisible car recouverte par une épaisse couche de neige.

- Ç’est un peu comme ici… ajouta le Chaperon qui au sourire ravageur de Fufute sentit que la partie était loin d’être gagnée.

- Voui un peu, fit le père Noël.

Le Troll pour qui une enquête n’était importante que si elle était infaisable gratta la neige.

- Il est pas bien ici monsieur rouge ?

Le père Noël prit alors la parole. Il raconta la muflée du soir de fête, la perte de ses quatre rennes (avec trémolos dans la voix), le valdingue final dans le coin à Trucs, la looose quoi.

- katraine ? Quoi ça ? interrogea le Troll qui commençait à se désintéresser de l’histoire avant qu’elle ne soit finie.

- Mes quatre rennes, soupira le père Noël ému, ils viennent de Finlande.

Il compta sur ses doigts. Il y a Bobi, c’est celui qui louche, débuta-t-il comme si tout le monde le connaissait. Un tout fou. Il y a RudolpheVIII qui a le nez qui s’allume en rouge, un rigolo lui, Vacherin, surnommé ainsi à cause de sa robe tachée rappelant un ruminant, il oublie tout sauf de suivre ses camarades et Marx, c’est le syndiqué du groupe. Pas coton lui, faut surtout pas le prendre à rebrousse-poil sinon l’attelage il avance plus, et je vous raconte pas les revendications. Alors c’est «pause-lichen» toutes les deux heures ! Récemment j’ai dû leur autoriser des arrêts de cinq minutes, à leur choix, pour pouvoir se frotter les cornes. Et je sais pas si vous avez vu la longueur des bois, non, parfois il abuse.

Fufute redressa le museau et interpella soudain le Chaperon.

- Tu ne lui as pas parlé de Billy ?

- Billy ? Oh l’élan ? pas pensé. Inoffensive la bestiole, comment veux-tu que je retienne l’espèce ?

Le Troll trouva cet argument viable et hocha la tête.

- Billy ? s’intéressa soudain Bibendum.

- Ben oui, tu nous parle de cornes, et le seul à ma connaissance qui en porte dans le coin c’est Billy. Même qu’il en a trois.

- Trois ?

- Il est tricorne, faut pas le vexer, il peut être susceptible.

Fufute leur narra l’épopée de BillyIX qui expliqua-t-il, était déjà légèrement atteint. Un précoce. Au moindre stress, la troisième corne clignotait en vert. De plus l’encorné ne concevait pas d’entendre ou lire une histoire qui ne se terminait pas. Bien ou pas, il lui fallait absolument en connaître la fin.

- Sans cela il en devient chèvre, un comble pour un élan, non ? rigola le Troll.

Cela les fit tous sourire, le Père Noël se sentait nettement plus détendu. Peut-être sa mésaventure allait-elle s’achever et bien en plus.

- Sympa de m’aider, pourquoi faites-vous tout ça pour moi ?

- Ah moi je le fais plus. Je vous laisse, avec tout ça j’ai failli oublier de chercher ma grand mère. En plus elle s’est mise à voler y paraît… Tchao ! Le Chaperon bondit tel un lutin et les quitta sur une rafale tirée en l’air.

- Intéressant ce petit être, j’en ai souvent entendu parler mais ne l’avais jamais rencontré. Bien, en attendant t’es invité le rouge, nous partirons demain à l’aube voir Billy, informa Fufute alors que la tribu se mettait à danser de joie à la perspective d’un raout nocturne. Des tambours battirent l’appel à la fête.

- Merci pour votre secours monsieur Fufute.

- De rien, je fais ça pour l’enquête. Ah et ne m’appelle pas comme ça, j’ai cru que tu t’adressais à quelqu’un d’autre, Fufute suffira.

Le père Noël acquiesça.

- C’est loin ? Je veux dire où habite Billy ?

- Je sais pas.

- - - - - - - - -

Ils avaient peu dormi, mais le père Noël se sentait en forme. Était-ce d’avoir troqué son rhum contre les plantes médicinales Troll ? Possible, en tout les cas il avait la patate et l’avenir lui paraissait plus rose. Quand il s’extirpa de la «hutte-buisson» le Troll l’attendait déjà devant avec un chien. - Voici Toutouffe, Prêt ?

Et sans attendre la réponse Fufute démarra à grande foulée. Il fut vite obligé de ralentir car bibendum peinait d’entrée de jeu. Leur marche prenait l’allure d’accordéon, sitôt que le père Noël rattrapait le Troll celui-ci repartait de plus belle. Il furetait partout, la tête toujours en mouvement, cueillait des baies, se figeait soudain, faisait demi-tour et relançait la course. Aussi étonnant que cela paraisse le chien aussi était à la traîne. Le père Noël ne comprenait pas le comportement bizarre du canidé. Tel un chasseur de truffes, il reniflait le sol à une cadence élevée, battait de la queue sans arrêt, émettait un jappement et se fouissait soudain dans les taillis comme si l’objet de ses recherches s’y trouvait. Mais non, le chien ne ramenait rien et à chaque taillis le manège intrigant recommençait.

- Il va bien le chien ? demanda le père Noël.

- Parfaitement, répondit le Troll qui l’attendait, c’est habituel. Il visite chaque buisson avant de… passer au suivant.

- Mais ne serait-ce pas à lui de nous indiquer le chemin ?

- Lui ? Mais il ne sait pas où on va.

Le chien aboya.

- Tu vois.

Le père Noël ne voyait rien.

- Du moment qu’il suit, c’est qu’il n’y a pas de danger. Si tu le vois se transformer en buisson et se carapater à toute blinde, tu m’préviens.

Le chien avait donc une utilité même si elle n’était pas flagrante. Le père Noël ne le lâcha plus des yeux une seule seconde. C’est donc en toute logique qu’avant de rencontrer Billy il découvrit ses chausses bleues étoilées. De surprise il tomba à la renverse dans la neige. Un type dans son genre c’est à dire un peu enrobé, pas mal donc, mais orné de grandes cornes lui tendit la main avec un sourire. De sa barbe qu’il portait assez longue aussi, bien donc, sortit une voix nasillarde.

- Ouoh la trouille, j’l’avais pas entendu venir ?

Quand il attrapa la main tendue, le bonhomme vêtu de bleu étoilé se sépara carrément en deux.

- Cesse de faire l’âne Billy et aide moi à relever monsieur.

L’élan situé derrière le gus se montra entièrement. Fufute les présenta alors que le chien sautait dans tous les sens autour d’eux.

- Oh, Merlin, vous existez donc ? interrogea le père Noël extasié.

- J’en ai autant pour vous, déclara l’enchanteur, vous venez jouer les touristes par ici ?

La légende en robe rouge haussa les sourcils, leva les yeux au ciel et entreprit de narrer ses ennuis sous l’oeil stupéfait de Billy, qui en véritable élan, ne cessait de secouer ses oreilles. Il clignota, vert :

- Ooooh, oooooh, oh beh lala…

- Je ne vous le fais pas dire mon cher Billy et c’est pourquoi Fufute m’a amené à vous rencontrer.

- Moi ? Ah bon, pourquoi moi ?

Il raconta donc Bobi, Marx, Vacherin et Rudolphe abandonnés dans la cité qu’il avait déserté.

- Pfouuuh, ben dites donc… souffla l’élan estomaqué une seconde fois, mais comment cela va-t-il finir ?

Le père Noël regarda Fufute qui roulait des yeux. Le Troll avait prévenu de la fragilité émotionnelle de l’élan et lui indiquait que la bestiole commençait à chariboter. Merlin se racla la gorge.

- Si je peux faire quelque chose, n’hésitez pas, encore faut-il savoir vos désirs.

- Oh et bien rentrer maison en fait.

-Ah.

Merlin sortit un manuel de sa poche, se retourna et cria.

- Les girl, v’nez donc m’aider. Une nouvelle épreuve.

Trois belles blondes sortirent des taillis en riant et le suivirent. Bibendum hallucinait.

- Ce sont ses stagiaires, des clones, vous bilez pas, expliqua Billy. S’il n’est pas assez entouré, Merlin n’arrive à rien.

- Oh. Dingue ! J’ai les même en poupée pour enfant, des «Barbos» ou quelque chose comme ça ???

Le père Noël, tout père Noël qu’il était regrettait presque ses propos. La villégiature en compagnie du magicien et de ses hôtesses de charme le tentait bien. Il n’avait pas appréhendé ce côté enchanteur de la région décidément prometteuse en surprises diverses et variées. Plongé dans ses réflexions torrides de tourisme sexuel il n’entendit pas Fufute qui lui parlait.

Il s’excusa.

- Je disais, ne vous inquiétez pas, Merlin va vous trouver une solution. Bon affaire résolue ! Le Troll entama une danse, je retourne au campement et vous souhaite bonne chance pour la suite, le rouge.

Et Fufute disparut emmenant avec lui le chien zigzaguant.

- Les mêmes en poupée, oh ? extraordinaire dites-moi, racontez, racontez, clignota d’excitation l’élan.

Le père Noël tenta de raisonner Billy sentant une tempête se déclarer. Il lui expliqua que les jouets étaient certainement répandus sur le lieu du crash ainsi que dans les arbres.

- Vous avez des livres ?

- Billy, laisse monsieur tranquille, dit Merlin qui revenait bouquin à la main accompagné de ses mannequins, bon voici les nouvelles. La mauvaise d’abord. La conjonction des étoiles ne permet pas un rapatriement direct. Toujours aussi mal foutu de rejoindre l’endroit. Hum, les correspondances n’existant pas pour la Terre tu ne pourras rentrer que dans un an… Ce qui te fait louper le Noël suivant…

- Oh, oh baaaah. Je me rattraperai. No soucis.

Merlin le regarda par en dessous un peu surpris par la désinvolture de la réponse puis sourit.

- Si tu prends la mauvaise nouvelle de cette façon, la bonne va te rendre heureux. Je peux ramener tes rennes ici.

- - - - - - - - -

Dépressions infantiles par millier sur tout le territoire. L’industrie pharmacologique ne peut faire front, les stocks d’antidépresseurs sont épuisés ! Petit papa Noël quand tu descendras du ciel…

Disparition du père Noël : Vague de suicides de mineurs sur le double continent européen et américain ! Où se cache-t-il ? Wanted au Texas. Que fout la CIA ?

Ses deux potes black et yellow avaient refusé les heures sup’ engendrées, quand à Mr White il appréciait la vie menée chez Merlin malgré le tableau pessimiste brossé par l’enchanteur. Surnommé affectueusement «Nono» par les hôtesses (parfois «Nonos» mais en privé), des habituées des bains de chez la Dulac, il s’adapta donc rapidement et avec joie à cet environnement qu’il considérait comme haut en couleur. Nono avait définitivement cessé de biberonner et donnait souvent un coup de main à ses propres stagiaires seulement vêtues de pompons et de mini-jupes rouge, merci Merlin. Elles préparaient la livraison pour dans deux ans. Il pourrait revenir ensuite à la condition sine qua non de ne pas oublier la date de la livraison suivante.

Les quatre rennes surgis de nulle part et quelque peu déroutés avaient été accueillis par Billy. Celui-ci leur avait aussitôt suggéré de récupérer le trésor de guerre qui se trouvait dans le coin à Trucs. Bobi Rudolphe et Vacherin acceptèrent d’emblée la proposition que Marx nomma de contrat. Il allaient récupérer leurs biens sans en parler au Boss «Nono», le surnom les faisait marrer en douce, qu’ils ne saluèrent même pas à leur arrivée.

De ce projet Bobi n’y voyait rien d’autre qu’une bonne aventure, Rudolphe en rougeoya pour faire bisquer l’élan qui verdit, Vacherin avait déjà oublié mais s’était placé dans la file, toujours prêt, attendant les ordres de Marx ! Ils partirent sur le champ profitant des dernières neiges dont tous étaient accoutumés. L’entente semblait cordiale sans parler pour autant d’une équipe soudée, l’élan faisant dans son domaine figure d’étranger. Mais la cohésion se ferait sûrement car la route était longue jusqu’au Graaal et semée d’embûches.

Nono les avait aperçu quittant les lieux sans s’émouvoir plus que de raison. Il était constamment ravi par l’ambiance joyeuse et croustillante de la région et ne voyait pas filer le temps.

D’ailleurs le printemps s’annonçait déjà.

Le groupe n’était toujours pas rentré…

Mais ceci est une autre histoire. Celle de Billy.

FIN

I (mini baies rouges, clignotent, sont aphrodisiaques et parfois… poisons. Peuvent être mortelles dans les deux cas)

II (Douce nuit part 1-Espèces de contes ! / part 2-Rhaacontes Tome II)

III (Voir Raaah… conte! «Douce nuit / Le chaperon»)

VI (Timisoara, infox, aurait été pris pour charnier roumain l’exhumation de corps de leur cimetière, Extrait Libé : «Un témoin va faire état de 4 630 cadavres recensés», lit-on en surtitre. Ce charnier est censé prouver l’horreur du régime de Ceaucescu.)

V