Romans de Waverley (Collection Complète - 23 Romans Historiques) - Walter Scott - E-Book

Romans de Waverley (Collection Complète - 23 Romans Historiques) E-Book

Walter Scott

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Beschreibung

Les "Romans de Waverley" de Walter Scott constituent une collection marquante de vingt-trois romans historiques qui plongent le lecteur dans les tumultes de l'Écosse du XVIIIe siècle. Scott, pionnier du roman historique, adopte un style narratif riche et évocateur, mêlant habilement la fiction à des événements et figures historiques. La prose de Scott, parfois lyrique, offre une immersion dans des paysages, des coutumes et des conflits sociaux, rendant ainsi son œuvre non seulement divertissante mais également pédagogique dans la compréhension des mentalités écossaises. Le contexte littéraire de cette œuvre dominante coïncide avec le début du romantisme, un mouvement qui valorise la nature, l'histoire et le folklore, traditionnellement sous-représentés dans la littérature britannique antérieure. Walter Scott, né en 1771 à Édimbourg, est souvent considéré comme le père du roman historique. Fort de ses origines écossaises et d'une profonde connaissance de l'histoire de son pays, il avait pour vocation d'explorer les thèmes de l'identité nationale et du passé perdu. Ses expériences personnelles, y compris ses voyages et sa formation en droit, alimentent sa capacité à dépeindre des personnages complexes et des intrigues captivantes, alliant passion et raison. Scott, en tant qu'historien et écrivain, a contribué à revitaliser l'intérêt pour le passé écossais à travers cette collection. Je recommande vivement la lecture des "Romans de Waverley", non seulement pour leur richesse narrative mais également pour leur importance dans le développement du roman historique. Les récits de Scott offrent une perspective unique sur l'Écosse ancienne, les tensions politiques et les luttes culturelles, faisant de chaque roman un miroir de l'âme écossaise. En plongeant dans ces récits, les lecteurs découvriront non seulement des histoires fascinantes, mais aussi un regard critique sur le passage du temps et l'évolution des sociétés. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction approfondie décrit les caractéristiques unifiantes, les thèmes ou les évolutions stylistiques de ces œuvres sélectionnées. - La Biographie de l'auteur met en lumière les jalons personnels et les influences littéraires qui marquent l'ensemble de son œuvre. - Une section dédiée au Contexte historique situe les œuvres dans leur époque, évoquant courants sociaux, tendances culturelles и événements clés qui ont influencé leur création. - Un court Synopsis (Sélection) offre un aperçu accessible des textes inclus, aidant le lecteur à comprendre les intrigues et les idées principales sans révéler les retournements cruciaux. - Une Analyse unifiée étudie les motifs récurrents et les marques stylistiques à travers la collection, tout en soulignant les forces propres à chaque texte. - Des questions de réflexion vous invitent à approfondir le message global de l'auteur, à établir des liens entre les différentes œuvres et à les replacer dans des contextes modernes. - Enfin, nos Citations mémorables soigneusement choisies synthétisent les lignes et points critiques, servant de repères pour les thèmes centraux de la collection.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Walter Scott

Romans de Waverley (Collection Complète - 23 Romans Historiques)

Édition enrichie. Waverley, Rob Roy, La Prison d'Édimbourg, Ivanhoé, La Fiancée de Lammermoor, Quentin Durward…
Introduction, études et commentaires par Manon Allard
Édité et publié par Good Press, 2023
EAN 8596547773351

Table des matières

Introduction
Biographie de l’auteur
Contexte historique
Synopsis (Sélection)
Romans de Waverley (Collection Complète - 23 Romans Historiques)
Analyse
Réflexion
Citations mémorables

Introduction

Table des matières

Les Romans de Waverley rassemblent ici, en un corpus continu de vingt-trois récits, l’architecture romanesque qui a établi Walter Scott comme fondateur du roman historique moderne. Inauguré en 1814 avec Waverley, ce cycle s’est développé au fil des décennies et explore, par la fiction, les lignes de faille de l’histoire britannique et européenne. La présente réunion vise à offrir une traversée suivie de cette œuvre, depuis les premiers modèles écossais jusqu’aux vastes fresques médiévales et continentales, dans l’ampleur d’un ensemble conçu pour la lecture d’un seul tenant. Elle propose, en un lieu, les titres majeurs associés au nom de Waverley.

La portée de ce volume est clairement délimitée: il réunit exclusivement des romans, et plus précisément des romans historiques. On n’y trouvera ni poèmes, ni essais, ni correspondances; l’unité du livre repose sur la fiction longue, telle que Scott l’a façonnée. En revanche, plusieurs textes comportent des préfaces, notices ou dispositifs de présentation qui appartiennent à l’économie romanesque de l’époque et renforcent l’illusion d’archives retrouvées. Le lecteur a ainsi accès à une forme unique, le roman, dont la diversité interne — du récit d’aventures à la peinture des mœurs — témoigne de la plasticité du genre chez Scott.

L’ambition de Scott, dans ces œuvres, est de faire sentir l’irruption de l’Histoire dans la vie ordinaire. Des personnages inventés se meuvent au milieu d’événements, de milieux et de figures référables, chacun étant saisi à hauteur d’homme, sans complaisance héroïque. L’effet vient de la précision documentaire — coutumes, lois, paysages, langues — et d’un art du montage où le comique et le tragique coexistent. Ce principe, posé dès Waverley, se déploie ensuite dans Guy Mannering, L’Antiquaire et Le Nain Noir, jusqu’aux grandes compositions où le passé médiéval ou moderne devient le théâtre d’expériences morales et politiques.

L’éventail chronologique et géographique est remarquable. L’Écosse des Lowlands et des Highlands, l’Angleterre des Plantagenêt, des Tudor et des Stuart, la France et la Bourgogne du XVe siècle, la Suisse et les îles du Nord, les marges galloises et les routes des Croisades: autant de horizons illustrés par Ivanhoé, Kenilworth, Les Aventures de Nigel, Quentin Durward, Anne de Geierstein, Le Pirate ou Récits des Croisés: Les Fiancés. Ce déploiement, du Moyen Âge à l’époque moderne, compose une carte vivante où les conflits d’autorité, de foi et de coutumes redessinent sans cesse le destin individuel.

Le noyau écossais du cycle offre une méditation sur la formation d’une nation. Waverley met en scène la rencontre, au XVIIIe siècle, entre traditions des clans et ordre britannique. Le Vieillard des tombeaux (Les Presbytériens d’Écosse) affronte les fractures religieuses du XVIIe siècle, tandis que Rob-Roy traverse le monde des Highlands et des marchands des Lowlands. La Prison d’Édimbourg ou le Cœur du Midlothia fait de la justice, de la conscience et de la ville un triptyque dramatique. Dans ces livres, la mémoire collective et la mutation sociale sont observées à travers destins singuliers sans jamais céder à la romance facile.

À côté de l’Écosse, Scott éclaire l’Angleterre des cours et des cités. Le Monastère et L’Abbé scrutent les bouleversements de la Réforme; Kenilworth déploie l’éclat et les risques de l’entourage d’Élisabeth Ire; Les Aventures de Nigel suivent la société londonienne sous Jacques Ier; Peveril du Pic interroge la Restauration et ses crispations. Woodstock capte l’après-guerres civiles, au moment où s’inventent d’autres loyautés. À chaque fois, la haute politique croise la vie urbaine, les corporations, les tribunaux et la presse naissante, faisant du roman un observatoire des mœurs autant qu’un récit d’événements.

Le pan médiéval et continental élargit l’horizon. Ivanhoé, en Angleterre au XIIe siècle, met en regard héritages normand et saxon; Quentin Durward, en France, place un jeune archer à la lisière du pouvoir de Louis XI; Charles le Téméraire ou Anne de Geierstein (La fille du brouillard) conduit vers les Alpes et les conflits bourguignons; Récits des Croisés: Les Fiancés fait résonner les logiques féodales et chevaleresques. À travers ces œuvres, Scott ne reconstitue pas un passé figé: il y montre des sociétés en transition, où l’idéal courtois, la raison d’État et les fidélités locales se heurtent et se recomposent.

Les romans des confins, des ports et des bourgs complètent ce tableau. Guy Mannering et L’Antiquaire s’attachent aux communautés rurales, à la côte écossaise, aux collections et savoirs locaux; Le Nain Noir et Une Légende de Montrose sillonnent les marches et les vallées où se nouent alliances et rivalités; Le Pirate transporte le regard vers les îles du Nord; La Jolie Fille de Perth ou Le Jour de la Saint-Valentin situe, au XVe siècle, l’atelier, la corporation et la ville comme scènes d’honneur et de négociation. Ces décors ne sont pas pittoresques: ils constituent la matière même des conflits sociaux.

Un trait stylistique constant est l’invention de cadres narratifs qui simulent l’édition de chroniques: Tales of My Landlord pour Le Vieillard des tombeaux, La Fiancée de Lammermoor et La Prison d’Édimbourg; Chronicles of the Canongate pour La Jolie Fille de Perth; Récits des Croisés pour Les Fiancés. Ce jeu d’« éditeurs » et de « recueils » enchâsse le récit et lui confère une autorité documentaire tout en rappelant sa nature fictionnelle. Préfaces, notes et avis au lecteur servent l’illusion d’archives, sans jamais sacrifier la vivacité des dialogues, l’ironie discrète et l’élan dramatique.

Les thèmes fédérateurs se lisent d’un titre à l’autre: la confrontation entre coutume et loi, la responsabilité individuelle face aux appartenances, le poids de la mémoire, la possibilité du compromis. Scott dramatise l’histoire par des figures mémorables — chefs de clan, officiers, marchands, artisans, soldats, courtisans — et par des voix différenciées, du parler des Highlands à l’anglais londonien. Les paysages ne sont pas toile de fond mais forces agissantes: landes, forêts, ports, châteaux et places urbaines modèlent les décisions. Le mélange de pathétique maîtrisé, d’observation comique et de précision ethnographique signe son art.

L’importance durable de ces romans tient à ce double mouvement: rendre intelligible le passé et le faire sentir comme présent. Très tôt traduits et largement diffusés, ils ont orienté l’imaginaire historique du XIXe siècle et établi des normes de vraisemblance, de construction et de documentation que la postérité a retenues. Des figures comme Rob Roy ou Quentin Durward ont circulé bien au-delà de leur contexte originel, tandis qu’Ivanhoé a contribué à populariser la matière médiévale. La variété des milieux et l’exigence d’exactitude ont fait de ces fictions un répertoire où lecteurs et écrivains puisent encore.

Réunis sous l’intitulé Romans de Waverley (Collection Complète – 23 Romans Historiques), ces livres offrent une expérience continue, de la révolte jacobite aux Croisades, des ateliers de Perth aux cours d’Angleterre et de France. L’organisation en un seul ensemble n’impose pas une lecture doctrinale; elle favorise les échos: motifs, formes, scènes, manières de résoudre les conflits. L’édition conjointe facilite la comparaison entre, par exemple, La Fiancée de Lammermoor et Kenilworth, ou entre Redgauntlet et Woodstock, et permet de mesurer comment une même poétique éclaire des temps et des territoires différents. Le lecteur peut suivre la logique d’un cycle et la liberté de chaque roman.

Biographie de l’auteur

Table des matières

Walter Scott (1771–1832), juriste, poète et romancier écossais, est l’un des fondateurs du roman historique moderne. Figure majeure du romantisme britannique, il transforma l’imaginaire européen en articulant récit, documentation et mémoire collective. Publiés d’abord anonymement sous la bannière « l’Auteur de Waverley », ses romans conjuguent intrigue, paysages et dialectes, tout en interrogeant le rapport entre légende et histoire. La collection ici rassemblée — de Waverley à Le Château dangereux — permet de parcourir l’arc complet de sa création, des soulèvements jacobites à la chevalerie médiévale, et d’apprécier l’équilibre propre à Scott entre pittoresque, analyse sociale et conscience historique.

Formé à Édimbourg (High School puis Université), Scott étudia le droit et entra au barreau en 1792. Il fut nommé Sheriff-Depute du Selkirkshire en 1799, puis greffier à la Cour de Session à partir de 1806. Parallèlement, il collecta et publia des ballades (Minstrelsy of the Scottish Border, 1802–1803), expérience décisive pour sa sensibilité aux voix populaires et aux traditions orales. Sa culture antiquaire, ses lectures d’historiens des Lumières et ses tournées dans les Borders nourrirent une pratique narrative attentive aux sources. Avant même ses romans, sa poésie narrative le rendit célèbre, mais c’est la fiction historique qui fixa sa postérité et son influence internationale.

Avec Waverley (1814), Scott inaugura une série sans précédent de fictions historiques, explorant le choc des loyautés politiques et des identités locales. Guy Mannering (1815) et L’Antiquaire (1816) consolidèrent cette veine, offrant une galerie de milieux sociaux et de paysages écossais rendus avec précision ethnographique. Le succès fut immédiat, amplifié par l’anonymat qui entretenait la curiosité autour de « l’Auteur de Waverley ». La combinaison d’archives, d’idiomes régionaux et d’intrigue romanesque permit à Scott de faire dialoguer mémoire collective et destin individuel, tout en proposant au lectorat européen une histoire vivante, incarnée, accessible sans érudition préalable.

Le cycle écossais atteint une ampleur nouvelle avec Le Nain Noir et Le Vieillard des tombeaux (Les Presbytériens d’Écosse), qui sondent la violence religieuse et la ténacité des communautés. Rob-Roy met en scène l’économie clandestine et les frontières culturelles des Highlands. La Prison d’Édimbourg ou Le Cœur du Midlothian médite sur la justice, l’équité et la force morale des humbles, tandis que La Fiancée de Lammermoor et Une Légende de Montrose déclinent les tensions entre honneur, clan et État moderne. Partout, le droit, la coutume et le changement social s’entrecroisent, portés par une langue vive et une dramaturgie attentive à l’épaisseur du réel.

Parallèlement, Scott élargit son horizon historique et géographique. Ivanhoé transpose son art au Moyen Âge anglais, mariant tournoi, politique et question des minorités. Le Monastère et L’Abbé revisitent les bouleversements religieux, Kenilworth les intrigues élisabéthaines. Le Pirate explore les marges nordiques, tandis que Les Aventures de Nigel, Peveril du Pic et Quentin Durward déplacent l’attention vers Londres stuartienne, l’Angleterre des complots et la France de Louis XI, entre cour, ville et champs de bataille. Dans ces œuvres, la pompe chevaleresque se double d’un sens aigu des intérêts matériels, de la diplomatie et des transformations institutionnelles.

Anobli en 1820, Scott subit en 1826 la faillite de ses partenaires d’édition et entreprit d’éponger ses dettes par l’écriture. Redgauntlet revisite la mémoire jacobite avec une distance réfléchie ; Récits des Croisés: Les Fiancés transporte son schéma à l’Orient médiéval ; Woodstock scrute la guerre civile anglaise. Aux Chroniques de la Canongate appartient La Jolie Fille de Perth, où l’histoire urbaine devient laboratoire moral. Anne de Geierstein (Charles le Téméraire) déploie la scène bourguignonne ; Le Château dangereux figure parmi ses ultimes romans. Malgré la santé déclinante, il travailla jusqu’au bout. Après un séjour sur le continent en 1831, il mourut à Abbotsford en 1832.

L’héritage de Scott tient à la formalisation d’un modèle narratif où les vies ordinaires éclairent les tournants historiques. Traduit et imité dans toute l’Europe, il marqua durablement des romanciers tels que Balzac, Dumas ou Manzoni. Ses fictions, issues d’un patient va-et-vient entre sources, folklore et invention, ont défini une poétique de la complexité sociale et des temporalités enchevêtrées. Les titres de cette collection en offrent la démonstration, des Highlands à la Bourgogne en passant par l’Angleterre élisabéthaine. Par la vigueur des scènes et la probité documentaire, Scott demeure une référence pour penser l’écriture de l’histoire au sein du roman.

Contexte historique

Table des matières

Parus entre environ 1814 et 1832, d’abord anonymement, les « romans de Waverley » de Walter Scott constituent un vaste panorama historique allant du tournant du XIVe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe, et de l’Écosse aux îles du Nord, de l’Angleterre aux marches galloises, de la France à la Bourgogne et aux cantons suisses, jusqu’à l’Orient latin des Croisades. Juriste, shérif‑adjoint et antiquaire, Scott articule documents, traditions orales et topographies précises pour éclairer les transitions sociales et politiques. La collection montre comment royaumes, confessions et économies se transforment, en privilégiant les charnières où institutions, langues et fidélités collectives changent d’échelle.

Une part majeure de la collection interprète les mutations de l’Écosse moderne: l’Union des Parlements (1707), les soulèvements jacobites (1715, 1745), l’intégration administrative et judiciaire au Royaume‑Uni, et la pacification des Highlands. Waverley, Rob Roy, La Prison d’Édimbourg (Le Cœur du Midlothian) et Redgauntlet revisitent ces épisodes en montrant la rencontre entre cultures gaéliques et basses‑terres, la normalisation du droit et la circulation accrue des personnes et des marchandises. Scott éclaire aussi la construction d’une mémoire nationale, nourrie par ballades, chroniques et sites, dans un moment où l’historiographie écossaise et britannique connaît un essor soutenu.

Waverley s’ancre dans l’insurrection de 1745 menée au nom de Charles Édouard Stuart. Son arrière‑plan est la société clanique en voie de subordination après 1746 et les politiques d’intégration: lois de désarmement, suppression progressive des juridictions héréditaires (vers 1747) et reconfiguration des élites. Scott s’intéresse aux circulations entre Highlands et Lowlands, aux régiments levés dans le nouveau cadre britannique et à l’alignement des sensibilités locales sur la politique impériale. Le roman, sans divulguer son dénouement, fait apparaître les effets durables d’un conflit bref mais structurant pour l’identité écossaise au sein d’un État en consolidation.

Guy Mannering et L’Antiquaire explorent l’Écosse côtière et rurale de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le premier s’appuie sur le phénomène, attesté dans le sud‑ouest, de la contrebande et des réseaux littoraux, en contexte de fiscalité accrue et de guerres maritimes. Le second se déroule pendant la guerre contre la France révolutionnaire, autour de 1794, avec l’alerte d’invasion et l’activation des signaux. Scott saisit l’essor des « improvers » agricoles, des enclosures, de la cartographie et des sociétés d’érudits locaux, tout en montrant comment l’antiquarianisme – collection de vestiges, folklore, généalogies – devient un outil d’histoire publique.

Le Nain Noir et Le Vieillard des tombeaux (souvent intitulé Les Puritains d’Écosse) renvoient à deux foyers de crise: le début du XVIIIe siècle, marqué par l’Union de 1707 et l’agitation jacobite, et surtout les guerres des Covenanters (années 1660‑1680). Scott met en scène la répression des assemblées religieuses illégales et la bataille de Bothwell Bridge (1679) en toile de fond, éclairant le conflit entre monarchie et presbytérianisme rigide. Il s’appuie sur mémoires et récits contemporains pour restituer débats sur tolérance, souveraineté et discipline ecclésiastique, qui préfigurent la Révolution de 1688 et les rééquilibrages confessionnels britanniques.

Rob Roy prend pour arrière‑plan la rébellion de 1715 et les tensions entre la capitale marchande naissante (Glasgow) et les économies montagnardes. Scott y observe les pratiques des drovers, les circuits de crédit et la fragilité des entreprises lors de périodes d’instabilité politique. La figure historique de Rob Roy MacGregor (1671‑1734) cristallise la transition d’un ordre clanique vers un ordre commercial, où médiations, cautionnements et loyautés personnelles continuent pourtant de structurer les échanges. La géographie – cols, passeurs, limites de juridiction – y est essentielle pour comprendre l’articulation du pouvoir central et des périphéries.

La Prison d’Édimbourg ou le Cœur du Midlothian s’inscrit dans la crise des émeutes de 1736 (affaire Porteous) et interroge la justice écossaise sous l’autorité hanovrienne. Le Tolbooth, surnommé « Heart of Midlothian », incarne la mémoire pénale d’Édimbourg. Scott met en regard procédures locales, influences londoniennes et itinéraires populaires. Redgauntlet, situé plus tard, vers le milieu des années 1760, imagine une ultime conspiration jacobite et reflète la survivance d’une sociabilité, de chansons et d’une nostalgie politique après 1745, au moment où routes, postes et cafés intègrent les périphéries à une opinion publique britannique plus vaste.

La Fiancée de Lammermoor et Une Légende de Montrose présentent deux seuils politiques distincts. La seconde se place pendant les campagnes du marquis de Montrose (1644‑1645), lors des guerres britanniques du XVIIe siècle, et met en évidence l’alliance fluctuante de clans, confessions et couronnes. La première, située au tournant des XVIIe‑XVIIIe siècles, souligne le déclin des arbitrages féodaux face à la montée d’un droit écrit et d’administrations plus intrusives. Scott s’appuie sur traditions familiales et faits attestés pour montrer comment les conflits privés reflètent les recompositions de l’autorité souveraine et locale.

Ivanhoé transporte la réflexion en Angleterre, à la fin du XIIe siècle, sous Richard Ier. Scott y confronte structures féodales, hiérarchies anglo‑normandes et survivances saxonnes, avec le cadre symbolique des croisades. Il insiste sur les codes chevaleresques, les pratiques judiciaires (duel, ordalie en mémoire), et met en lumière la situation des minorités – notamment juives – dans une société médiévale marquée par fiscalité royale et dépendances seigneuriales. Le roman a contribué, au XIXe siècle, à populariser une image du Moyen Âge anglais, en dialogue avec l’érudition antiquaire et les premiers travaux des médiévistes britanniques.

Le Monastère et L’Abbé traitent de la Réforme écossaise au milieu du XVIe siècle. Le premier montre la fragilisation des fondations monastiques à l’approche de 1560, entre prédication réformée, conflits de patronage et appropriation des biens ecclésiastiques. L’Abbé suit la crise autour de Marie Stuart en 1567, son emprisonnement au château de Lochleven et les recompositions du pouvoir régencier. Par le recours à chroniques, lettres et martyrologes, Scott replace les choix individuels dans une lutte confessionnelle qui bouleverse liturgie, éducation et contrôle social, tout en rythmes locaux qui différencient Highlands, Lowlands et frontières anglo‑écossaises.

Kenilworth examine la culture de cour sous Élisabeth Ire, notamment les somptueuses festivités de 1575 au château de Robert Dudley, où se négocient faveur et réputation dans un État en consolidation. Les Aventures de Nigel se situent à Londres dans les années 1620, sous Jacques VI et I, et interrogent les mécanismes du patronage, du crédit et des offices, à l’articulation de la Cité marchande et de la cour. Scott capte l’essor d’une sphère publique urbaine – presse, libelles, rumeurs – et les contraintes financières de la monarchie, qui orientent carrières, procès et dépendances à l’égard des intermédiaires.

Le Pirate s’inspire de la carrière du flibustier John Gow (exécuté en 1725) et se déroule dans les archipels nordiques. Scott restitue un monde atlantique de pêche, troc et droit coutumier, marqué en Orcades et Shetland par des héritages scandinaves. Peveril du Pic revient à l’Angleterre restaurée des années 1660‑1670 et au climat de suspicion amplifié par le « Popish Plot » (1678). Le roman situe peurs et allégeances dans un espace composite – îles, provinces et métropole – où la loi s’applique diversement, tandis que rivalités confessionnelles et calculs politiques structurent poursuites, grâces et fidélités à la Couronne.

Quentin Durward se déroule dans les années 1460, autour de Louis XI, de la cour de Bourgogne et des équilibres franco‑bourguignons. Scott met en scène la diplomatie, les gardes écossaises au service du roi de France et les instrumentalisations de ligues urbaines et princières. Charles le Téméraire ou Anne de Geierstein (La fille du brouillard) prolonge ce cycle dans les années 1470, lors des guerres de Bourgogne et de l’ascension de la Confédération suisse. À partir de chroniques, il éclaire mercenariat, péages alpins et justice d’Ancien Régime, montrant comment la concurrence étatique se joue aussi sur chemins, marchés et serments.

La Jolie Fille de Perth, sous‑titrée Chroniques de la Canongate, revient vers 1396 et le combat du North Inch de Perth, tenu sous Robert III. Scott y examine la sociabilité urbaine écossaise médiévale: métiers, confréries, régulations municipales et arbitrage princier face aux violences claniques. Les pratiques d’honneur, la place des artisans et l’économie de la fête publique illustrent une culture politique encore très personnelle, où la paix civile dépend d’alliances négociées. Le roman, nourri de traditions locales et de sources chronistiques, participe à historiciser la ville médiévale au‑delà de la seule chevalerie aristocratique.

Woodstock se situe à la fin des guerres civiles anglaises et durant le Commonwealth, jusqu’à la Restauration de 1660. Scott y observe la recomposition des légitimités après l’exécution de Charles Ier, la surveillance des royalistes et la logistique d’un État militaire et fiscal plus centralisé. Le Château dangereux remonte à la première guerre d’indépendance d’Écosse (vers 1306‑1314), autour des offensives de Robert Bruce et des entreprises de James Douglas. Il insiste sur la guerre de sièges, les fidélités féodales et l’enjeu stratégique des châteaux frontaliers, qui structurent la souveraineté et le contrôle des territoires.

Récits des Croisés: Les Fiancés se situe à la fin du XIIe siècle, dans les marches galloises, à l’ombre de la Troisième croisade (1189‑1192). Scott y montre comment la convocation à la croisade, les levées d’hommes et les financements religieux pèsent sur des seigneuries de frontière, déjà traversées par rivalités entre couronnes et baronnies. Les relations entre guerriers anglo‑normands, communautés galloises et autorités ecclésiastiques éclairent la projection européenne d’un pouvoir plantagenêt préoccupé par ses possessions continentales autant que par la paix des marches, sans quitter le sol britannique.

Les romans s’enracinent dans l’érudition et la collecte: Minstrelsy of the Scottish Border (1802‑1803), éditions de chroniques, sociétés d’antiquaires. Leur réception tient aussi aux mutations matérielles: presses plus rapides, bibliothèques de prêt, alphabétisation en hausse. Conservateur, Scott s’oppose aux réformes radicales (il combattra en 1831‑1832 l’élargissement parlementaire), mais ce regard n’empêche pas ses livres de décrire modernisation économique, mobilité et recomposition des appartenances. Depuis le XIXe siècle, lecteurs et historiens y voient à la fois une mise en intrigue de sources fiables et un commentaire sur la mémoire des nations, relu au prisme des débats ultérieurs sur identité, empire et pluralisme.

Synopsis (Sélection)

Table des matières

Vue d’ensemble

Les Romans de Waverley tissent des intrigues où les vies individuelles se nouent aux grands basculements historiques, opposant coutumes locales et formation de l’État moderne. Scott mêle souffle romanesque, observation sociale, humour et dialectes, faisant des paysages et des communautés de véritables acteurs du récit. À travers l’ensemble, reviennent la question de la loyauté, la tolérance face aux fanatismes et la mélancolie d’un monde ancien qui cède la place au nouveau.

Waverley

Un jeune officier anglais découvre les Highlands et se trouve pris dans une insurrection qui éprouve ses fidélités et son identité. Entre attrait du panache chevaleresque et réalité politique, le récit observe la naissance d’une conscience historique. Le ton est à la fois contemplatif et épique, avec une forte attention aux mœurs et paysages écossais.

Guy Mannering

Autour d’une prédiction astrologique et d’un enfant disparu, une intrigue de côtes et de frontières fait s’entrecroiser contrebandiers, bohémiens et notables. Les hasards du destin s’opposent à la responsabilité personnelle dans une atmosphère mêlant comique, gothique et pittoresque. Le roman questionne la superstition et la justice au cœur d’une société en transition.

L’Antiquaire

Dans une petite ville côtière, un érudit passionné de reliques voit ses illusions confrontées à des intrigues d’identité et à des périls bien réels. Satire douce-amère des manies intellectuelles, le récit observe la tension entre valeur du passé et nécessités pratiques. Le ton alterne entre comédie sociale, aventure maritime et méditation historique.

Le Nain Noir

Un misanthrope mystérieux vivant aux confins des Borders devient le centre d’une légende où s’affrontent honneur local et troubles politiques. Le roman superpose ballade, gothique et chronique rurale pour interroger la peur de l’autre et l’arbitraire des puissants. L’atmosphère est tendue, presque allégorique, autour de la justice et de la rumeur.

Le Vieillard des tombeaux (Les Presbytériens d’Écosse)

Dans les déchirements religieux de l’Écosse du XVIIe siècle, un voyageur qui entretient la mémoire des tombes rappelle que la guerre civile se gagne aussi par les récits. Un héros partagé entre obéissance et conscience traverse fanatismes et compromis. Le ton est ample et tragique, centré sur la tolérance et le coût humain de la ferveur.

Rob-Roy

Un jeune marchand anglais découvre, par un détour en Écosse, un monde de clans où un célèbre hors-la-loi incarne une autre conception de l’honneur. Intrigues commerciales, rivalités familiales et solidarité montagnarde s’y croisent. L’aventure vive sert de prisme à une critique sociale et à l’exploration des codes d’un pays double.

La Prison d’Édimbourg ou le Cœur du Midlothia

Partie d’un émeute urbaine, l’histoire suit une jeune femme dont la probité la pousse à braver institutions et distances pour sauver un proche. Le roman fait de la conscience morale un moteur narratif, entre route, plaidoyer et comédie des classes. Le ton allie réalisme juridique et empathie, avec une héroïne d’une rare intégrité.

La Fiancée de Lammermoor

Un amour contrarié se heurte à des intérêts politiques et à une haine tenace entre familles, dans une Écosse crépusculaire. L’atmosphère gothique, presque fataliste, met en scène la fragilité des individus face aux traditions et aux calculs. Le récit interroge le poids du destin et la violence feutrée des convenances.

Une Légende de Montrose

Sur fond de campagnes militaires au XVIIe siècle, un soldat fanfaron guide le lecteur à travers alliances changeantes et rivalités de clans. La satire du métier de mercenaire côtoie l’épopée, révélant loyautés et opportunismes. Le ton est vif, martial et ironique, attentif à la comédie humaine au cœur de la guerre.

Ivanhoé

Dans une Angleterre médiévale tiraillée entre Saxons et Normands, tournois, sièges et hors-la-loi composent une fresque de la chevalerie. Le roman met en balance codes héroïques et exigences de justice, notamment face à la minorité et à l’altérité. Le ton est romanesque et flamboyant, avec une conscience aiguë des mythes nationaux.

Le Monastère

À l’heure de la Réforme, un foyer de la frontière voit s’affronter anciennes fidélités religieuses et nouvelles convictions. Une présence surnaturelle, liée aux légendes locales, trouble les choix des vivants. Le récit, mêlant folklore et débat spirituel, explore le passage d’un monde à l’autre.

L’Abbé

Dans le sillage des événements du Monastère, le destin d’une reine captive et de ses partisans fait basculer la chronique familiale vers l’intrigue politique. Les dilemmes de conscience s’aiguisent au contact du pouvoir et de la ruse. Le ton est plus historique et dramatique, fidèle aux ambiguïtés de la période.

Kenilworth

Au cœur de la cour élisabéthaine, ambition, secret et mise en scène publique s’enchevêtrent autour de fêtes somptueuses et de fidélités fragiles. Le récit oppose apparences et vérité dans une société obsédée par l’image. Le ton conjugue splendeur de pageant et tension d’un drame d’intrigues.

Le Pirate

Dans les îles du Nord, naufrages, vents et légendes nordiques encadrent l’arrivée d’un marin au passé trouble. Rivalités amoureuses, coutumes locales et frontières mouvantes de la loi s’y croisent. Le roman, maritime et atmosphérique, célèbre autant la communauté insulaire que la puissance du destin.

Les Aventures de Nigel

Un jeune gentilhomme écossais tente sa chance à Londres sous un souverain amateur de faveurs et d’esprit de cour. Dette, crédit et réputation y deviennent armes et pièges. Le ton, satirique et urbain, met en regard l’honneur ancien et l’économie moderne.

Peveril du Pic

Sous la Restauration, soupçons et complots empoisonnent les relations entre familles et confessions, de la province à la capitale. L’intrigue foisonnante parcourt prisons, salons et îles, avec la question de la tolérance au centre. Le roman déploie un panorama politique où l’ombre de la calomnie façonne les destins.

Quentin Durward

Un archer écossais entre au service d’un roi retors, découvrant les ruses de la diplomatie face à un prince guerrier. Entre missions, serments et marches frontières, l’honneur individuel se heurte à la raison d’État. Le ton est rapide, aventureux, illuminé par la peinture des cours rivales.

Redgauntlet

À travers lettres et récits croisés, de vieux rêves de restauration politique tentent un dernier sursaut face à une société apaisée. Amitié, loyauté et liberté personnelle s’y négocient avec mélancolie. Le roman médite la fin d’une cause et la réconciliation des mémoires.

Récits des Croisés: Les Fiancés

Sur les marches galloises du XIIe siècle, le serment d’un chevalier et l’assiégée qu’il protège affrontent intrigues féodales et menaces venues de loin. L’horizon de la croisade pèse sur des fidélités locales fragiles. Le ton mêle siège, serments et prudence politique dans un Moyen Âge instable.

Woodstock

Après la guerre civile anglaise, une demeure isolée devient théâtre de surveillances, de superstitions et de marchandages entre vainqueurs et vaincus. Les équilibres nouveaux se négocient sous le masque du merveilleux. Le ton est à la fois domestique et politique, attentif aux accommodements de l’après-guerre.

La Jolie Fille de Perth ou Le Jour de la Saint-Valentin (Les Chroniques de la Canongate)

Dans une cité artisanale du XVe siècle, honneur du métier, passions et rivalités claniques se heurtent à l’autorité et à la rumeur. Les figures populaires y possèdent une dignité et une énergie qui bousculent la noblesse d’épée. Le ton, urbain et coloré, interroge la civilité face à la violence féodale.

Charles le Téméraire ou Anne de Geierstein (La fille du brouillard)

Entre cours princières et vallées alpines, des exilés anglais se mêlent aux conflits opposant confédérés et grand duc ambitieux. L’atmosphère, traversée de signes et de brumes, oppose liberté montagnarde et faste périlleux. Le roman conjugue aventure, diplomatie et légende pour peindre la chute d’un orgueil politique.

Le Château dangereux

Au temps des luttes d’indépendance écossaises, l’enjeu d’une forteresse cristallise serments chevaleresques et réalités d’un siège. Amour, foi jurée et prudence militaire s’y affrontent dans un décor resserré. Le ton, grave et rétrospectif, réinvestit les thèmes du courage et du prix de la fidélité.

Romans de Waverley (Collection Complète - 23 Romans Historiques)

Table des Matières Principale
Waverley
Guy Mannering
L’Antiquaire
Le Nain Noir
Le Vieillard des tombeaux (Les Presbytériens de’Écosse)
Rob-Roy (A. Montémont)
La Prison d’Édimbourg ou le Cœur du Midlothian
La Fiancée de Lammermoor
Une Légende de Montrose
Ivanhoé
Le Monastère
L’Abbé
Kenilworth
Le Pirate
Les Aventures de Nigel
Peveril du Pic
‎Quentin Durward‎
‎Redgauntlet
Récits des Croisés: Les Fiancés
‎Woodstock
La Jolie Fille de Perth ou Le Jour de la Saint-Valentin (Les Chroniques de la Canongate)
Charles le Téméraire ou Anne de Geierstein (La fille du brouillard)
Le Château dangereux

Waverley

Table des matières

Table des matières

AVERTISSEMENT
PRÉFACE GÉNÉRALE.
APPENDICES JOINTS À LA PRÉFACE GÉNÉRALE.
N° 1[13]. FRAGMENT D’UN ROMAN QUI DEVAIT ÊTRE INTITULÉ THOMAS-LE-RIMEUR.
CHAPITRE PREMIER.
AUTRE FRAGMENT.
N° II. CONCLUSION DU ROMAN DE M. STRUTT, INTITULÉ QUEEN-HOO-HALL, PAR L’AUTEUR DE WAVERLEY.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
PRÉFACE mise en tête de la troisième édition de waverley.
WAVERLEY, OU IL Y A SOIXANTE ANS.
INTRODUCTION.
CHAPITRE PREMIER. PRÉLIMINAIRE.
CHAPITRE II. MANOIR DE WAVERLEY. COUP D’ŒIL SUR LE PASSÉ.
CHAPITRE III. ÉDUCATION.
CHAPITRE IV. RÊVERIES.
CHAPITRE V. CHOIX D’UN ÉTAT.
CHAPITRE VI. LES ADIEUX DE WAVERLEY.
CHAPITRE VII. QUARTIER DE CAVALERIE EN ÉCOSSE.
CHAPITRE VIII. MANOIR D’ÉCOSSE IL Y A SOIXANTE ANS.
CHAPITRE IX. ENCORE QUELQUES DÉTAILS SUR LA RÉSIDENCE ET SES ALENTOURS.
CHAPITRE X. ROSE BRADWARDINE ET SON PÈRE.
CHAPITRE XI. LE BANQUET.
CHAPITRE XII. REPENTIR ET RÉCONCILIATION.
CHAPITRE XIII. JOURNÉE PLUS RAISONNABLE QUE LA DERNIÈRE.
CHAPITRE XIV. DÉCOUVERTE. WAVERLEY SE FIXE À TULLY-VEOLAN.
CHAPITRE XV. LE PILLAGE ET SES SUITES.
CHAPITRE XVI. VISITE INATTENDUE.
CHAPITRE XVII. DEMEURE D’UN VOLEUR HIGHLANDAIS.
CHAPITRE XVIII. WAVERLEY CONTINUE SON VOYAGE.
CHAPITRE XIX. LE CHEF ET SON MANOIR.
CHAPITRE XX. UN REPAS DANS LES HIGHLANDS.
CHAPITRE XXI. LA SŒUR DU CHIEFTAIN.
CHAPITRE XXII. CHANTS DES HIGHLANDS.
CHAPITRE XXIII. WAVERLEY RESTE À GLENNAQUOICH.
CHAPITRE XXIV. UNE CHASSE AU CERF ET SES SUITES.
CHAPITRE XXV. NOUVELLES D’ANGLETERRE.
CHAPITRE XXVI. ÉCLAIRCISSEMENTS.
CHAPITRE XXVII. CONTINUATION DU MÊME SUJET.
CHAPITRE XXVIII. LETTRE DE TULLY-VEOLAN.
CHAPITRE XXIX. ACCUEIL QUE WAVERLEY REÇOIT DANS LE PLAT PAYS APRÈS SON VOYAGE DANS LES MONTAGNES.
CHAPITRE XXX. QUE LA PERTE D’UN FER À CHEVAL PEUT ÊTRE UN ACCIDENT TRÈS-FÂCHEUX.
CHAPITRE XXXI. UN INTERROGATOIRE.
CHAPITRE XXXII. UNE CONFÉRENCE ET SES RÉSULTATS.
CHAPITRE XXXIII. UN CONFIDENT.
CHAPITRE XXXIV. LES AFFAIRES PRENNENT UNE MEILLEURE TOURNURE.
CHAPITRE XXXV. UN VOLONTAIRE IL Y A SOIXANTE ANS.
CHAPITRE XXXVI. INCIDENT.
CHAPITRE XXXVII. WAVERLEY EST ENCORE MALHEUREUX.
CHAPITRE XXXVIII. AVENTURE NOCTURNE.
CHAPITRE XXXIX. LE VOYAGE CONTINUE.
CHAPITRE XL. UNE VIEILLE ET UNE NOUVELLE CONNAISSANCE.
CHAPITRE XLI. E MYSTÈRE COMMENCE À S’ÉCLAIRCIR.
CHAPITRE XLII. UN DÎNER DE SOLDAT.
CHAPITRE XLIII. LE BAL.
CHAPITRE XLIV. LA MARCHE.
CHAPITRE XLV. UN INCIDENT FAIT NAÎTRE DE TRISTES RÉFLEXIONS.
CHAPITRE XLVI. LA VEILLE DE LA BATAILLE.
CHAPITRE XLVII. LA BATAILLE.
CHAPITRE XLVIII. EMBARRAS IMPRÉVU.
CHAPITRE XLIX. LE PRISONNIER ANGLAIS.
CHAPITRE L. RIEN D’IMPORTANT.
CHAPITRE LI. INTRIGUES D’AMOUR ET DE POLITIQUE.
CHAPITRE LII. INTRIGUES DE SOCIÉTÉ ET D’AMOUR.
CHAPITRE LIII. FERGUS AMOUREUX.
CHAPITRE LIV. JAMAIS CONSTANT.
CHAPITRE LV. UN BRAVE DANS LA PEINE.
CHAPITRE LVI. DÉMARCHE.
CHAPITRE LVII. LA MARCHE.
CHAPITRE LVIII. LA DISCORDE EST DANS LE CAMP DU ROI AGRAMANT.
CHAPITRE LIX. UNE ESCARMOUCHE.
CHAPITRE LX. CHAPITRE D’ACCIDENTS.
CHAPITRE LXI. UN VOYAGE À LONDRES.
CHAPITRE LXII. QUE FAIRE ?
CHAPITRE LXIII. DÉSOLATION.
CHAPITRE LXIV. ÉCLAIRCISSEMENTS.
CHAPITRE LXV. NOUVELLE EXPLICATION.
CHAPITRE LXVI.
CHAPITRE LXVII.
CHAPITRE LXVIII.
CHAPITRE LXIX.
CHAPITRE LXX.
CHAPITRE LXXI.
CHAPITRE LXXII. POST-SCRIPTUM QUI AURAIT PU ÊTRE UNE PRÉFACE.

AVERTISSEMENT

Table des matières

DE

L’AUTEUR,

MISENTÊTEDELAPREMIÈREÉDITIOND’ÉDIMBOURG.

Depuis quelques années, l’auteur de Waverley s’occupait, à diverses reprises, de revoir et de corriger la volumineuse série de romans mis au jour sous ce nom, afin que, si ces productions étaient jamais publiquement reconnues par lui, il pût, en quelque sorte, les rendre dignes de la faveur dont on n’a cessé de les honorer depuis leur première apparition. Toutefois l’auteur put croire pendant long-temps que l’édition perfectionnée et annotée qu’il méditait serait une publication posthume. Mais le concours des événements qui ont amené la découverte du nom de l’auteur, lui ayant rendu le droit d’une sorte de critique paternelle sur ses propres ouvrages, il se trouve tout naturellement porté à ne les livrer à la presse que revus et même corrigés, puisque la vie et la santé dont il jouit lui permettent de les examiner de nouveau, et de les revêtir de tous les éclaircissements nécessaires. Telle étant l’intention de l’auteur, il se trouve obligé de dire quelques mots sur le plan de l’édition projetée.

De ce que cette édition est annoncée comme devant être revue et corrigée, on ne doit pas inférer qu’on eût le dessein de changer l’ordre du récit, le caractère des acteurs ou l’esprit du dialogue. Sans doute tous ces points sont susceptibles d’être retouchés ; mais, comme dit le proverbe, où l’arbre tombe, il doit demeurer. Toute tentative dans la vue de prévenir la critique même la plus juste est généralement infructueuse quand elle a pour objet de changer un ouvrage déjà mis au grand jour de la publicité.

Dans les fictions même les plus improbables, le lecteur désire rencontrer quelque air de vraisemblance. Il trouverait mauvais que les incidents d’un conte qui lui est familier fussent altérés pour satisfaire le goût des critiques ou le caprice de l’auteur lui même. Ce concours de sentiments est si naturel à l’homme, qu’on le remarque même chez les enfants, qui ne peuvent souffrir qu’on leur répète un conte de leur nourrice d’une façon différente du premier récit qui leur en a été fait.

Mais, sans modifier en rien les fictions ou la manière de les narrer, l’auteur a saisi cette occasion pour corriger tout à la fois les fautes d’impression ou les erreurs qui auraient pu lui échapper. Et en vérité, ces fautes, ces erreurs ne doivent étonner personne, si l’on songe à la série non interrompue d’éditions de ces divers romans que les éditeurs ont, dans leur intérêt, jugé à propos de livrer au public ; éditions que l’auteur n’eut point occasion de revoir, comme cela se doit en pareil cas. Il y a tout lieu d’espérer que l’on trouvera la présente édition affranchie de ces erreurs accidentelles.

L’auteur s’est aussi hasardé à faire quelques corrections d’une autre nature, qui, ne s’écartant pas des fictions originales au point de troubler les premières impressions des lecteurs, ajouteront, selon lui, à la vivacité du dialogue, à celle du récit et des descriptions. Ces corrections consistaient à faire quelques retranchements aux endroits où le langage était surabondant, à resserrer le style dans ceux où il était lâche et diffus, à lui donner de la vigueur lorsqu’il se trouvait faible et languissant ; enfin, à substituer à des épithètes trop emphatiques d’autres plus convenables au sujet. En définitive, ces légers changements peuvent se comparer aux dernières touches d’un artiste. Un œil inexpérimenté ne peut en découvrir l’utilité réelle, et cependant elles ajoutent à la perfection et au fini de la peinture.

La préface générale de la nouvelle édition et les notices qui servent d’introduction à chaque ouvrage séparé contiendront une exposition des diverses circonstances qui ont accompagné la première publication des romans et des contes, en tant que ces circonstances seront susceptibles par elles-mêmes de quelque intérêt, ou qu’elles seront jugées propres à devoir être communiquées au public. L’auteur se propose aussi de publier, à cette occasion, les diverses légendes, les traditions de famille, les faits historiques reconnus obscurs qui ont servi de base à ces romans, et d’offrir une légère description des lieux témoins des scènes par lui décrites, lorsque ces lieux ne sont pas totalement imaginaires. L’auteur présentera aussi l’énumération des incidents particuliers fondés en fait ; il publiera enfin un glossaire plus étendu que les précédents, ainsi que des notes explicatives sur les anciens usages et les superstitions populaires auxquelles il fait allusion dans ses romans.

En résumé, l’auteur espère que ses productions, dans leur nouvelle parure, ne seront point considérées comme ayant perdu de leur attrait parce qu’elles auront reçu des éclaircissements et qu’elles auront été soumises à un examen scrupuleux.

Abbotsford, janvier 1829.

PRÉFACE GÉNÉRALE.

Table des matières

Suis-je donc obligé de rendre compte de mes folies passées ?

SHAKSPEARE.Richard II,acteIV.

Ayant entrepris, dans cette préface, de rendre compte de ces compositions offertes ici au public, et de les accompagner de notes et éclaircissements, l’auteur, sous le nom de qui elles sont recueillies aujourd’hui pour la première fois, sent qu’il est chargé de la tâche délicate de parler de lui-même et de ses intérêts personnels d’une manière plus spéciale peut-être que la prudence ou les égards qu’il doit à ses lecteurs ne sembleraient le permettre. En un tel cas, et en se présentant ainsi au public, il court le risque de se trouver dans la même position que la femme muette dont il est parlé dans le recueil des Contes plaisants. Le mari de cette chère épouse, après avoir dépensé la moitié de sa fortune pour obtenir la guérison de l’infirmité dont elle était affectée, eût fait ensuite volontiers le sacrifice de l’autre moitié pour rendre la dame à son premier état. Mais enfin, cette chance que court l’auteur est inséparable de la tâche qu’il s’est imposée ; tout ce qu’il peut faire, c’est de promettre d’être aussi peu égoïste que sa situation le permettra. Et qu’on n’aille pas croire cependant qu’il soit peu disposé à tenir parole, si, parce qu’il s’est présenté au lecteur à la troisième personne du singulier, il se décide à faire usage de la première dans le paragraphe suivant. Toutefois il lui semble que la modestie apparente résultant de l’emploi du premier de ces modes (la troisième personne) est plus que balancée par l’inconvénient de la roideur et de l’affectation qui en sont inséparables ; inconvénient que l’on est plus ou moins exposé à rencontrer dans tout ouvrage où cette même troisième personne est employée, depuis les Commentaires de Cesar jusqu’à l’autobiographie d’Alexandre le réformateur.

Il faudrait que je me reportasse au temps de mon jeune âge, si je voulais parler ici de mes premiers exploits de conteur. Mais je crois que quelques-uns de mes vieux condisciples pourraient encore attester que j’avais, fort jeune encore, une réputation distinguée en ce genre de talent. Alors les applaudissements de mes compagnons me dédommageaient des disgrâces et des punitions qu’encourait le futur romancier, pour avoir été paresseux et pour avoir rendu les autres tels, pendant les heures qui devaient être consacrées à la préparation de nos devoirs. Mon plus grand plaisir, dans mes jours de congé, était de m’échapper avec un ami de mon choix dont les goûts sympathisaient avec les miens. Nous nous racontions alternativement alors toutes les aventures extravagantes qu’il nous était possible d’imaginer ; nous répétions, chacun à notre tour, des histoires interminables de chevalerie, de batailles, d’enchantements, qui se continuaient d’un jour à un autre, selon que l’occasion se présentait, sans que nous songeassions à les amener à fin. Comme nous observions le secret le plus rigoureux au sujet de ces communications réciproques, elles acquéraient tout le caractère d’un plaisir caché. Nous avions coutume de nous livrer à nos plaisirs favoris pendant les longues promenades que nous faisions au milieu des environs solitaires et romantiques d’Arthur’s-seat, de Salisbury-crags, de Braid-hills1, et des autres lieux semblables qui se trouvent dans le voisinage d’Édimbourg.

Le souvenir de ces jours de fête forme encore une Oasis dans le pèlerinage qui sera l’objet de mes investigations. J’ajouterai seulement que mon ami vit encore ; c’est un galant homme dont les affaires ont prospéré, mais trop occupé de plus graves intérêts pour me remercier, si je le désignais ici autrement que comme un confident de mes mystères enfantins.

Lorsque la jeunesse, succédant à l’enfance, exigea des études plus sérieuses, des soins plus assidus, une longue maladie me rejeta, comme par une espèce de fatalité, dans le royaume des fictions. Un vaisseau rompu causa, en partie du moins, mon incommodité ; le mouvement et la parole me furent long-temps interdits comme très-dangereux. Je fus strictement retenu au lit quelques semaines, et durant ce temps il me fut à peine permis de parler à voix basse ; on me défendait de manger plus d’une ou deux cuillerées de riz bouilli, et d’avoir d’autre couverture qu’une légère courte-pointe. Quand le lecteur saura que j’étais alors dans l’âge de la croissance, que j’avais toute l’ardeur, tout l’appétit, toute l’impatience d’un jeune homme de quinze ans, et que je souffrais, en conséquence, beaucoup de ce régime sévère que le retour répété de mon indisposition rendait indispensable, le lecteur ne sera pas surpris d’apprendre qu’on ne chercha nullement à réprimer mon goût bien prononcé pour la lecture ; c’était en effet mon seul amusement. Aussi abusai-je de cette faculté qui m’était laissée de disposer de mes instants comme bon me semblait.

Il y avait alors à Édimbourg un salon de lecture, qui fut fondé, je crois, par le célèbre Allam Ramsay2. Cet établissement contenait une collection très-précieuse de livres de toute nature, et, comme on peut le penser, il était riche surtout en ouvrages de fiction. On y voyait des productions de toute espèce ; les romans de chevalerie et les lourds in-folio de Cyrus et de Cassandre s’y trouvaient placés auprès des compositions les plus estimées des temps modernes. J’étais plongé, si j’ose m’exprimer ainsi, au milieu de ce grand océan de lecture, sans compas ni pilote ; et, à moins que quelque personne n’eût la charité de jouer aux échecs avec moi, je ne pouvais faire autre chose que lire du matin au soir. Par un sentiment de douceur et de compassion, erroné peut-être, quoique bien naturel, j’avais la faculté de choisir mes sujets d’étude ainsi qu’il me plaisait ; on se fondait à mon égard sur ce principe qu’on doit tolérer les humeurs des enfants pour les préserver du mal. Comme on ne satisfaisait mon goût et mes désirs en rien autre chose, je me dédommageais en dévorant des livres. En effet, je crois que je lus presque tous les romans, toutes les vieilles pièces de théâtre, tous les poèmes épiques de cette formidable collection ; j’amassais donc ainsi, bien certainement sans le savoir, des matériaux pour la tâche à laquelle je devais consacrer une si grande partie de ma vie.

Cependant, à cette époque, je n’abusais pas entièrement de la licence qui m’était accordée. La connaissance intime que j’acquis des miracles spécieux de la fiction amena enfin avec elle un peu de satiété, et je commençai insensiblement à chercher dans les histoires, les mémoires, les voyages et les divers ouvrages de cette nature, des événements à peu près aussi étonnants que ceux qui étaient l’ouvrage de l’imagination, avec cet avantage sur les romans qu’ils étaient au moins vrais en grande partie. À l’expiration des deux années pendant lesquelles on m’abandonna ainsi le libre exercice de ma propre volonté, j’allai faire une résidence temporaire à la campagne ; là, j’aurais été encore très-solitaire, si ce n’eût été l’amusement que me procura une bonne quoique vieille bibliothèque. Je ne saurais mieux décrire l’usage vague et extravagant que je fis de cet avantage, qu’en renvoyant mon lecteur aux études inconstantes de Waverley dans une situation pareille ; les passages concernant l’ordre de ses lectures sont puisés dans mes propres souvenirs. On doit concevoir que la ressemblance entre mon héros et moi ne s’étend pas plus loin.

Le temps, dans son cours, me prodigua les bienfaits d’une santé plus robuste, et une force musculaire telle qu’on ne pouvait ni l’attendre, ni l’espérer. Les études sérieuses, nécessaires pour me rendre propre à la profession à laquelle on me destinait, occupèrent la plus grande partie de mon temps ; et la société de mes amis et de mes compagnons, qui, comme moi, étaient sur le point de faire leur entrée dans le monde, remplit, par des amusements ordinaires à la jeunesse, l’intervalle qui devait s’écouler jusqu’à ce moment. J’étais dans une situation qui exigeait que je me livrasse à des travaux sérieux ; car, d’un côté, ne possédant aucun de ces avantages particuliers qui sont supposés favoriser un prompt avancement dans la profession des lois, et, d’un autre côté, ne rencontrant point d’obstacles extraordinaires qui pussent interrompre mes progrès, je pouvais raisonnablement espérer réussir selon le degré de peine plus ou moins grand que je prendrais, afin de me mettre en état de figurer au barreau.

Il est inutile d’expliquer dans ce précis comment le succès de quelques ballades eut pour effet de changer mes intentions et ma manière de voir, et de métamorphoser en littérateur un jeune avocat studieux, livré à l’étude des lois depuis quelques années. Il suffira de dire que j’avais embrassé la première de ces professions quelques années avant que je pensasse sérieusement à entreprendre un ouvrage d’imagination en prose, quoiqu’un ou deux de mes essais poétiques ne différassent des romans que parce qu’ils étaient écrits en vers. Cependant je ferai observer qu’à cette époque (hélas ! il y a trente années) je nourrissais l’ambitieux désir de composer un roman de chevalerie, qui devait être dans le style du Château d’Otrante, rempli d’incidents surnaturels, et où devaient figurer nombre de guerriers des frontières qui séparent l’Écosse de l’Angleterre. Ayant par hasard trouvé un chapitre de cet ouvrage projeté parmi de vieux papiers, je l’ai joint à cette préface3 ; pensant que quelques lecteurs seraient curieux de lire les premiers essais de composition de pure fiction d’un auteur qui s’est, depuis, tant exercé dans ce genre. Quant à ceux qui se plaignent, avec raison, de la profusion de romans qui ont paru depuis Waverley, ils doivent remercier le ciel de ce qu’il les a préservés du péril qui les menaçait, car ce déluge de compositions, qui fut alors différé de quinze ans, faillit commencer à inonder le public dès la première année du siècle.

Je ne repris jamais le sujet de ce roman, mais je ne renonçai point à l’idée des compositions fictives en prose, quoique je me fusse déterminé à donner une autre tournure au style de l’ouvrage.

Mes souvenirs d’enfance sur les paysages des Highlands4 et sur les mœurs des habitants firent une impression si favorable dans le poëme appelé la Dame du Lac5, que je me déterminai à écrire en prose quelque production semblable ; j’avais long-temps séjourné dans les Highlands à une époque où elles étaient beaucoup moins accessibles et beaucoup moins explorées qu’elles ne l’ont été depuis ces dernières années. Je connaissais même quelques-uns des vieux guerriers de 1745, qui, comme la plupart des vétérans, se décidaient facilement à raconter jusqu’à satiété leurs exploits à tout auditeur bénévole et, comme moi, disposé à les entendre. Il me sembla tout naturel que les anciennes traditions et le courage élevé d’un peuple qui, au milieu d’un pays et d’un siècle civilisés, conservait une teinture si prononcée des mœurs particulières au premier âge des sociétés, devaient fournir un sujet favorable pour les compositions romanesques, s’il n’était point défiguré par l’auteur et narré par lui de manière à dégénérer en fable frivole.

Ce fut, pénétré de semblables idées, que vers l’année 1805 je rassemblai à peu près un tiers du premier volume de Waverley. On annonça cette composition comme devant être publiée par feu M. John Ballantyne, libraire à Édimbourg, sous le titre de Waverley ou Il y a cinquante ans ; auquel titre on substitua depuis : Il y a soixante ans, et cela afin que la date de la publication qui se faisait alors pût correspondre avec l’époque à laquelle la scène se passait. On imprimait le septième chapitre, je crois, lorsque je montrai mon ouvrage à un critique de mes amis, dont l’opinion me fut défavorable ; et ayant alors quelque réputation poétique, je ne voulus pas risquer de la perdre en me livrant à un nouveau genre de composition : je jetai donc sans regret ou sans remontrance l’œuvre que j’avais commencée. Je dois ajouter que, quoique le jugement de mon spirituel ami se soit trouvé plus tard en défaut, par suite d’un appel que je fis au public, je ne prétends nullement, à raison de cette circonstance, douter de son goût délicat en littérature, car le morceau que je soumis à sa critique ne s’étendait point au-delà du départ de mon héros pour l’Écosse, et conséquemment mon ami n’avait point eu connaissance de la partie du roman qui fut considérée comme offrant le plus d’intérêt.

Quoi qu’il en soit, cette portion du manuscrit fut serrée dans les tiroirs d’un vieux pupitre qui, lorsque je vins résider pour la première fois à Abbotsford, en 1811, fut placé dans un grenier où se trouvaient quelques autres meubles, et entièrement oublié. Ainsi, quoique, au milieu de mes autres occupations littéraires, Je tournasse quelquefois mes pensées vers la continuation du roman que j’avais commencé, cependant, comme je ne pus retrouver ce que j’avais écrit, quelles que fussent mes recherches dans les meubles qui étaient à ma portée, et étant d’ailleurs trop indolent pour essayer de l’écrire de nouveau de mémoire, je renonçai souvent à toutes idées de cette nature.

Deux circonstances surtout reportèrent mes souvenirs vers le manuscrit égaré. La première fut la réputation belle et bien méritée de miss Edgeworth. Les caractères irlandais peints dans ses romans ont fait connaître aux Anglais l’humeur gaie et bienveillante de leurs voisins les Irlandais ; de manière que l’on peut dire vraiment d’elle, qu’elle a plus fait pour compléter l’Union, que peut-être tous les actes législatifs qui en ont été la suite.

Sans être assez présomptueux pour espérer égaler la richesse d’imagination, la tendresse pathétique, le tact admirable, qui distinguent les ouvrages de mon excellente amie, je sentis que je pouvais tenter, en faveur de mon propre pays, quelque chose de semblable à ce que miss Edgeworth avait si heureusement exécuté pour l’Irlande ; quelque chose qui présentât mes compatriotes aux Anglais, leurs concitoyens, sous un jour plus favorable qu’on n’avait fait jusqu’alors ; quelque chose enfin qui excitât de la sympathie pour leurs vertus, et de l’indulgence pour leurs faiblesses. Je pensais aussi qu’il me serait possible de suppléer à tout ce qu’il me manquait en talent par la connaissance intime que j’avais du sujet que je pouvais me vanter de posséder ; car j’avais parcouru la majeure partie de l’Écosse, les montagnes et les plaines ; j’avais connu à fond l’ancienne aussi bien que la nouvelle génération, et j’avais eu, depuis mon enfance, des rapports libres et illimités avec toutes les classes de mes compatriotes, depuis les pairs jusqu’aux laboureurs. De telles idées se présentaient souvent à moi, et constituaient une partie ambitieuse de ma théorie, quoiqu’en pratique j’aie été loin d’atteindre la hauteur à laquelle j’osais prétendre.

Mais ce ne furent pas seulement les triomphes de miss Edgeworth qui excitèrent mon émulation et me tirèrent de mon indolence ; il m’arriva alors d’entreprendre un ouvrage que je considérais comme un coup d’essai, et qui me faisait espérer de pouvoir m’affranchir un jour du métier de romancier et devenir un écrivain passable.

En 1807-8, j’entrepris, à la sollicitation de M. John Murray, écuyer, d’Albermale-street6, de mettre en ordre et de publier quelques productions posthumes de feu M. Joseph Strutt, aussi distingué comme artiste que comme antiquaire. Au nombre de ces productions se trouvait un roman non achevé, ayant pour titre : Queen-Hoo-Hall. La scène du roman se passait sous le règne de Henri VI, et l’ouvrage avait été composé pour peindre les mœurs, les coutumes et le langage du peuple anglais à cette époque. Les connaissances étendues que M. Strutt avait acquises sur de tels sujets, en compilant ses laborieux ouvrages de Horda Angel Cynnan, ses Antiquités royales et ecclésiastiques, et ses Essais sur les jeux et les passe-temps du peuple anglais, l’avaient rendu assez profond dans la science des antiquaires pour composer le roman projeté ; et quoique le manuscrit portât les marques de la précipitation et de l’incohérence, défauts naturels à une esquisse grossière, l’auteur n’en faisait pas moins preuve, selon moi, d’une force d’imagination étonnante.

Comme l’ouvrage n’était pas terminé, je crus qu’il était de mon devoir, en qualité d’éditeur, d’ajouter un dénoûment court et simple, conforme à l’histoire dont M. Strutt avait jeté les bases. Ce chapitre final se trouve aussi ajouté à la présente préface7, par la raison déjà mentionnée au sujet du fragment qui précède. C’était un pas dans le sentier qui devait me conduire à la composition d’un roman, et cet essai a eu en grande partie pour objet d’en conserver les traces.

Cependant Queen-Hoo-Hall n’eut pas un succès bien prononcé. Je crus connaître le motif pour lequel cette production n’avait réussi que faiblement ; je supposai qu’en rendant son langage trop ancien, et en donnant trop d’extension à ses connaissances comme antiquaire, l’ingénieux auteur avait apporté un obstacle au succès de son ouvrage. Toute composition destinée simplement à amuser le lecteur doit être écrite dans un langage qui se comprenne facilement. Si donc, ainsi que cela arrive quelquefois dans Queen-Hoo-Hall, l’auteur s’adresse exclusivement à l’antiquaire, il doit s’attendre à recevoir de la part de la généralité des lecteurs le reproche que Mungo, dans la pièce du Cadenas, fait à la musique mauritanienne : « Que sert à moi d’entendre, si moi ne comprendre pas ? »

Je pensai qu’il était possible d’éviter cette erreur, et qu’en ôtant à un ouvrage de cette nature ce trop de gravité, et le mettant plus à la portée de l’intelligence générale, on pourrait échapper à l’écueil sur lequel la barque de mon prédécesseur s’était brisée. Mais d’un autre côté, je fus découragé par suite du froid accueil accordé au roman de M. Strutt ; je vis clairement que les mœurs du moyen âge ne possédaient pas le degré d’intérêt que je leur supposais ; je fus porté à croire, enfin, qu’un roman fondé sur l’histoire des montagnards écossais et contenant la peinture de mœurs plus modernes, aurait une meilleure chance de popularité qu’un roman de chevalerie. Mes pensées se dirigèrent donc alors de nouveau vers le sujet que j’avais commencé peu auparavant, et un singulier hasard me fit retrouver enfin les feuilles égarées.

Un jour que je me trouvais avoir besoin, pour un de mes hôtes, de divers objets de pêche, il m’arriva de chercher le vieux pupitre dont j’ai déjà parlé plus haut, et dans lequel j’avais coutume de serrer tous ces objets. J’approchai de ce meuble non sans quelque difficulté, et en cherchant des lignes et des amorces, le manuscrit depuis long-temps perdu se présenta à ma vue. Je me mis immédiatement à l’ouvrage pour l’achever, en me conformant au plan originel ; et je dois avouer franchement ici que ma manière de conduire l’intrigue était peu digne du succès que le roman obtint dans la suite. Les diverses parties de Waverley sont liées avec si peu de soin, que je ne puis véritablement me vanter d’avoir tracé un plan quelconque. Toutes les aventures du héros, dans les courses qu’il faisait au milieu du pays avec le montagnard cateran Beau Lean, ne sont pas conduites avec beaucoup d’art. Mais la disposition que j’adoptais me convenait ; elle me laissait la faculté d’introduire dans mon récit des descriptions de pays et de mœurs, descriptions auxquelles la réalité prêtait un intérêt que le talent de l’auteur n’eût pu atteindre ; et quoiqu’en diverses autres circonstances, j’aie failli sous ce rapport, je ne me rappelle pas que dans aucun de mes romans le défaut de plan se soit fait autant sentir que dans mon premier ouvrage.

Entre autres bruits sans fondement répandus au sujet de cette production, on disait que le manuscrit de Waverley étant sous presse, avait été offert à très-bas prix à différents libraires de Londres. On se trompait. Messieurs Constable et Cadell, qui publièrent l’ouvrage, en connaissaient seuls le contenu, et pendant l’impression ils offrirent à l’auteur une somme considérable, que celui-ci refusa, ne voulant pas se dessaisir du manuscrit.

L’origine du roman de Waverley et les faits particuliers sur lesquels il est fondé sont indiqués dans une introduction séparée, mise en tête du roman ; il est inutile de la mentionner ici.

Waverley fut publié en 1814 ; et comme l’ouvrage était sans nom d’auteur, on le laissa faire son chemin dans le monde sans recourir à aucune des recommandations ordinaires. Son succès ne fut pas d’abord très-rapide ; mais après un, deux ou trois mois de publication, sa popularité s’accrut à un degré qui eût rempli l’attente de l’auteur, quand bien même elle eût été plus présomptueuse qu’elle ne le fût jamais.

Le désir de connaître le nom de l’auteur était extrême, mais on ne put obtenir à cet égard aucun renseignement authentique. Voici quel fut le motif qui me porta d’abord à publier l’ouvrage sous le voile de l’anonyme. Je savais qu’en mettant au jour le roman de Waverley, je faisais sur le goût public une expérience qui pouvait très-probablement faillir ; en conséquence je ne voyais pas qu’il y eût nécessité pour moi de courir le risque personnel d’une chute. Pour atteindre ce but, je mis en usage les plus grandes précautions afin que le secret ne fût pas divulgué. Mon vieil ami, mon condisciple, M. James Ballantyne, qui imprimait ces romans, était chargé de la tâche exclusive de correspondre avec l’auteur. Je profitai donc ainsi non-seulement de ses talents comme imprimeur, mais encore de sa science comme critique. Le manuscrit original, ou, d’après le mot technique, la copie, fut transcrite sous les yeux de M. Ballantyne par des personnes de confiance ; et quoique, pendant plusieurs années, on ait eu recours à ces précautions, et que, par intervalles, différents individus aient été employés, je ne pourrais citer un seul exemple de trahison. On imprimait régulièrement de doubles épreuves. L’une était envoyée à l’auteur par M. Ballantyne ; et les changements qu’elle recevait de ma propre main étaient copiés sur l’autre épreuve pour l’usage des imprimeurs ; de sorte que les feuilles par moi corrigées ne paraissaient jamais à l’imprimerie ; il résultait de là que je mettais en défaut la curiosité des inquisiteurs empressés qui se livraient aux investigations les plus minutieuses.

La raison qui me portait à cacher mon nom quand le succès de Waverley était douteux parut assez naturelle ; mais bien des personnes ne pouvaient que difficilement se rendre compte du motif qui me portait à garder l’anonyme lorsque la destinée de l’ouvrage eut été assurée par les éditions postérieures qui se succédaient avec rapidité, au point que onze à douze mille exemplaires avaient été lancés dans le public. Je suis fâché de ne pouvoir satisfaire que faiblement aux questions qui pourraient m’être adressées à ce sujet. J’ai déjà dit ailleurs que je ne puis guère expliquer le motif qui me fit persister à garder l’anonyme, qu’en disant avec Shylock8, que telle était mon humeur. Je ferai observer que je n’étais point excité par le stimulant ordinaire qui nous porte à désirer une réputation personnelle, et à faire le sujet des conversations de nos semblables. J’avais déjà autant de réputation littéraire, méritée ou non méritée, qu’il en fallait pour contenter un esprit plus ambitieux que le mien ; et en cherchant à augmenter celle que je possédais, je courais plutôt le risque de la mettre en danger que je n’avais la plus petite chance de l’accroître. Je n’étais non plus excité par aucun de ces motifs qui, à une époque moins avancée de la vie, auraient opéré sur mon esprit. Mes relations d’amitié étaient formées, ma place dans la société était fixée, ma vie avait parcouru la moitié de son cours. Ma condition dans la société était plus élevée que je ne le méritais, et certainement aussi belle que je pouvais le désirer, et des succès littéraires, quelle que fût leur importance, auraient difficilement changé ou amélioré ma condition personnelle.