Royal Marines - Battre la chamade - Arria Romano - E-Book

Royal Marines - Battre la chamade E-Book

Romano Arria

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Beschreibung

Une romance militaire coup de foudre sous haute tension

Capitaine chez les Royal Marines, William Nicholson n’avait pas prévu que sa vie basculerait le jour où Roxane Wright a franchi le seuil de sa porte. Infirmière dévouée, enceinte d’un homme violent qu’elle vient de quitter, Roxane est venue soigner sa sœur… mais c’est le cœur du commando qu’elle touche en plein vol.

Père d’une adolescente qu’il élève seul, William n’avait plus envisagé l’amour. Pourtant, l’alchimie entre eux est immédiate, et leurs solitudes se reconnaissent. Mais leur histoire naissante est bientôt menacée par le retour de Sebastian Kelly, le dangereux ex-compagnon de Roxane — un soldat aussi charismatique qu’instable, bien décidé à reprendre ce qu’il pense lui appartenir.

Quand une mission sous haute tension réunit les trois militaires, le danger devient personnel. William devra protéger la femme qu’il aime… et prouver que l’amour, parfois, demande plus de courage que le combat.

- Romance militaire avec coup de foudre dans l’univers des Royal Marines​

- Héros protecteur, #bodyguard, père célibataire, et héroïne indépendante en reconstruction

- Triangle amoureux - héros tourmentés

- Une série addictive mêlant tension émotionnelle, action et passion

Royal Marines – Battre la chamade est le deuxième tome d’une romance saga intense où chaque battement de cœur est une victoire contre la peur.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Arria Romano est une auteure de romances contemporaines et historiques. Elle a étudié l’histoire militaire à la Sorbonne et est passionnée de littérature et d’art. Sa mission : offrir à son lectorat de l'espoir et de l'amour à travers ses histoires et ses personnages. Elle est l'auteur de plusieurs best sellers, dont la saga US Marines.




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Seitenzahl: 319

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Page de titre

Battre la chamade, locution.

† [Militaire]

Batterie de tambour signalant à l’ennemi une volonté de parlementer ou de se rendre.

♥ [Amour]

Rythme cardiaque accéléré d’un cœur en proie à une vive émotion.

Prologue

♫Unintended – Muse

Bath, Angleterre

21 janvier 2022

Le cœur battant la chamade et les joues rouges de nervosité, Roxane fixait le test de grossesse qu’elle tenait entre ses doigts tremblants.

Positif.

Comment cela était-il possible alors qu’elle n’oubliait jamais sa pilule ? Aurait-elle eu un malheureux oubli ces derniers temps ? Le rythme de travail qu’elle s’était imposé ces derniers mois frôlait l’inhumanité et les oublis n’étaient pas à bannir.

Non, ce n’est pas possible… je l’aurais su si j’avais oublié une pilule…

Pourtant, il y avait bien eu un incident à un moment donné. Roxane était infirmière et connaissait parfaitement les symptômes d’une grossesse pour savoir qu’elle était désormais dans le pétrin.

Et merde…

La boule d’angoisse logée dans son estomac s’amplifia et elle se mordilla la lèvre inférieure pour contenir la nausée qui montait progressivement dans sa gorge.

Ne pas vomir !

La jeune femme enfonça ses ongles dans ses paumes, si fortement qu’elle laisserait sur sa peau des traces en forme de croissants de lune. Elle se tenait au beau milieu de sa salle de bains et s’observait d’un œil inquiet dans le grand miroir circulaire surplombant son lavabo sur pied, d’un style rétro.

Si les calculs étaient bons, elle devait être enceinte de cinq semaines. Son dernier rapport remontait à début décembre, dans des conditions peu agréables. Sebastian, l’homme qu’elle fréquentait depuis dix ans désormais, non sans connaître des hauts et des bas plutôt violents, l’avait pour ainsi dire « contrainte » à coucher avec lui.

Les premières années, elle avait été profondément amoureuse de lui, mais sa personnalité lunatique et écorchée avait fini de l’épuiser et d’éteindre peu à peu la passion fervente qu’il avait autrefois suscitée dans son cœur. Seulement, elle n’avait pas encore eu le courage de le quitter. Ils se connaissaient depuis qu’ils étaient adolescents et semblaient être un point d’attache l’un pour l’autre. On aurait dit deux membres d’une même famille qu’un lien indéfectible unissait malgré leurs divergences.

Lorsque Roxane avait été abandonnée par son père alcoolique, puis maltraitée par son frère sadique, qu’un accident de voiture avait fauché quelques années plus tôt, Sebastian s’était toujours montré secourable.

Sebastian avait été un soutien pendant sa jeunesse, d’autant plus que ses parents n’avaient pas su être présents pour la guider et la protéger comme elle aurait dû l’être. Ainsi, il avait représenté sa seule famille à une époque où elle se sentait aussi vulnérable qu’un agneau privé de toute protection.

Puis, le jeune homme auquel elle se référait depuis l’adolescence avait changé chez les commandos Royal Marines. La guerre avait ouvert une brèche en lui et libéré des démons enfouis, insoupçonnés, au fond d’une âme complexe où les vertus s’inclinaient désormais devant les vices.

Le jeune homme protecteur, un peu colérique et instable, s’était complètement mué en un individu tyrannique, aux humeurs changeantes, imprévisibles. Il avait tellement changé que la jeune femme n’éprouvait quasiment plus rien pour lui, seulement ce réconfort qu’offraient les habitudes, bonnes ou mauvaises.

Sebastian n’était plus tellement son compagnon, mais plutôt un repère familier qui maintenait l’équilibre de sa vie.

— Roxane, tu es où ?

La voix grave d’un homme se fit entendre à travers la porte fermée de la salle de bains.

Sebastian.

Un long frisson glacial, semblable à un serpent invisible, glissa sur l’échine de la jeune femme alors qu’elle sentait ses mauvaises ondes d’ici.

Il va me tuer.

Si le militaire lui avait fait une demande en mariage – plutôt pitoyable soit dit en passant – dans un pub du coin, l’idée d’avoir un enfant avec Roxane l’avait toujours rebuté. Un paradoxe qui représentait parfaitement Sebastian et l’attachement qu’il nourrissait à son égard. Il ne voulait pas vraiment fonder une famille avec elle, seulement la posséder, l’asservir à ses désirs telle une marionnette dont on dispose à sa guise. Pour toujours.

Néanmoins, Roxane n’était plus la jeune fille en détresse qu’il avait rencontrée. Affirmée et pleine de caractère, elle savait désormais le confronter sans craindre d’être quittée. Peut-être n’avait-elle pas prévu d’être mère, aussi vite du moins, mais elle ne lui laisserait pas le loisir de décider à sa place.

Sans donner de réponse, car elle n’avait pas la force nécessaire pour crier, Roxane jeta le test de grossesse dans la poubelle, puis quitta la salle de bain d’un pas chancelant pour rejoindre le salon bigarré de son appartement trois-pièces. Elle avait pu l’obtenir grâce à son travail et hébergeait depuis quelques années l’homme qui venait et allait dans son existence en semant derrière lui des tempêtes dont elle se serait bien passée.

Sebastian s’était affalé sur le divan jaune moutarde du salon, tout habillé de son uniforme treillis des Royal Marines. Visiblement, il n’avait pas eu le temps de se changer en quittant sa base de Plymouth. Il avait fait trois heures de route dans cette tenue poussiéreuse pour passer le week-end avec elle. Sincèrement, Roxane aurait plutôt préféré être éloignée de sa toxicité.

Leurs regards se croisèrent soudain et la jeune femme sentit ses jambes flageoler, en même temps que des courants électriques éclataient dans ses orteils. Elle vit même des taches noires devant ses yeux et crut un instant faire un malaise. Par miracle, elle se maintint en équilibre en endiguant une violente vague d’appréhension.

Sois forte !

Sebastian était un grand type charpenté, carré d’épaules et abreuvé au whisky irlandais. Ses cheveux châtains, qui tendaient vers le cuivré selon la luminosité, étaient coupés courts au-dessus d’une tête pâle et harmonieuse. Il avait les traits plutôt fins, presque angéliques, mais le regard bleu d’un démon à l’affût.

— Pourquoi tu tires cette tête ? T’es pas contente de me voir ? l’interrogea-t-il en dépliant ses longues jambes athlétiques. Ça fait quand même trois semaines qu’on ne s’est pas vus.

Il était écrasant d’autorité, de virilité et elle se sentit vulnérable dans son pyjama en coton gris. On aurait dit un ours toisant un écureuil sans défense.

Un soupir se suspendit sur les lèvres closes de la jeune femme. Elle n’aimait pas tourner autour du pot, surtout lorsque le sujet était d’aussi grande importance. De toute évidence, sa vie allait prendre un tournant différent.

Après un bref silence pesant et scrutateur, la jeune femme prit une grande inspiration avant de parler sur un ton sentencieux :

— J’ai quelque chose à t’avouer. Ça ne va pas te plaire.

Le grand corps moite de sueur se trémoussa sur le divan, puis se carra plus confortablement à l’angle. D’ordinaire, une lueur d’ébriété scintillait dans le regard du commando, mais cette fois-ci il étincelait de sobriété.

C’était peut-être pire.

— Vas-y, accouche.

Il feignait la nonchalance, alors qu’il brûlait déjà d’une humeur massacrante. La journée avait dû être pénible pour lui, mais pas autant que la sienne.

Roxane soutint quelques instants son regard fureteur, un peu intimidant, puis le baissa sur ses mains jointes et humides d’angoisse.

Qu’est-ce que tu as à perdre, de toute façon ?

Deux voix se disputaient dans son esprit, celle de la raison et celle de la lâcheté. Bien évidemment, Roxane assumait ses actes et il était impensable de lui dissimuler son état.

— Je suis enceinte, lâcha-t-elle tout de go, dans un élan de courage.

La fin de sa phrase sembla éclater telle une bombe entre eux. Des bruits fracassants, totalement imaginaires, ­bourdonnèrent dans sa tête lourde, alors que son interlocuteur se statufiait sur son séant. Il n’avait pas cillé, en revanche une forte tension l’assiégeait en se répandant autour d’eux.

L’atmosphère devint vite suffocante.

Roxane posa une main contre sa poitrine, comme si cela pouvait endiguer la nouvelle nausée qui menaçait de jaillir.

— Enceinte ? répéta-t-il brusquement, l’œil sombre.

Elle opina d’un mouvement de tête, les lèvres cousues d’effroi. Si elle les ouvrait, elle vomirait.

— Bon. Ça arrive. Tu iras te faire avorter.

Voilà comment Sebastian affrontait les obstacles : en les anéantissant, avec une froideur alarmante.

L’offense de ces mots la secoua de frissons et elle ravala sa nausée avec colère. Hors de question qu’elle permette à cet homme de disposer de son corps, une fois de plus.

— Non, je n’avorterai pas, lâcha-t-elle sèchement.

— Quoi ?

— Je n’avorterai pas.

Le militaire se décolla du dossier, sans se lever pour autant, et la toisa d’un œil assassin.

— Si tu le gardes, tu me perds.

Quelques années plus tôt, elle aurait été profondément apeurée à l’idée de le perdre et se serait pliée à sa volonté. Aujourd’hui, la tyrannie de Sebastian prenait fin. Elle allait se libérer de son joug et mener sa vie comme elle l’entendait.

Sans lui, elle n’aurait peut-être plus de famille, mais la solitude semblait lui convenir dorénavant. Mieux valait être seule que mal accompagnée… d’autant plus que le fœtus encore infime, toutefois solidement ancré dans ses entrailles, l’aiderait à bâtir un avenir plus lumineux.

Car une lueur intense, semblable au rayon du soleil qui vous illumine soudainement dans le reflet d’un miroir, l’avait décidée à garder cet enfant imprévu.

Rien n’arrive par hasard.

— Alors je prends le risque de te perdre, Sebastian.

Aussi droite que la Justice, Roxane le défiait de ses beaux yeux gris perle où pointait la détermination. Ils étaient secs, sans appel.

Le commando ne s’était pas attendu à cette réaction et la dévisagea avec un profond étonnement. Cela dura de longues secondes, puis la rage se substitua à la surprise et, d’un bond, il sauta du divan pour s’ériger à quelques centimètres d’elle. Il la pointa d’un index menaçant.

— Tu es encore plus conne que je le pensais, Roxane. Garde ton bâtard si ça te chante, mais ne compte pas sur moi pour t’aider à l’élever ! cracha-t-il d’une voix sifflante, à peine contenue.

Son teint rougeaud et ses yeux meurtriers étaient effrayants. Il avait déjà porté la main sur elle, une fois, et la crainte d’être battue la traversa un instant. Elle devinait dans son regard qu’il mourait d’envie de l’anéantir sous ses coups de poing, toutefois quelque chose en lui le réfrénait.

VA-T’EN ! voulut-elle hurler, mais elle fut incapable de desserrer les dents tant son corps domptait la tempête émotionnelle qui l’asservissait.

Elle allait vomir d’un moment à l’autre.

Par chance, Sebastian ne supporta plus longtemps sa présence et se dirigea d’un pas colérique vers l’entrée. Là, il récupéra son sac à paquetage militaire, puis quitta l’appartement cosy de l’infirmière en claquant violemment la porte derrière lui.

Il ne lui avait même pas adressé un regard d’adieu.

L’esprit bouleversé et le corps secoué de frissons, Roxane courut aussitôt vers la salle de bains pour vomir sa colère, son désespoir et sa bile.

Chapitre 1

♫Call you mine – Daughtry

Bath, Angleterre

10 mai 2022

Les Nicholson habitaient sur Lansdown Road, au cœur d’une ravissante maison de ville qui s’élevait sur trois étages spacieux et s’ouvrait sur un jardin à l’arrière. Stephen, le patriarche de la famille, en avait décoré chaque pièce avec un soin jaloux, mettant à l’honneur la culture européenne, mais également asiatique. Sa défunte épouse venait de Macao et avait amené avec elle quelques meubles en laque chinoise, d’une beauté époustouflante. Ils donnaient à leur salle de séjour une touche d’exotisme raffiné.

Assis sur le grand canapé Chesterfield, le capitaine William Nicholson lisait The Guardian lorsque la sonnerie de l’entrée tintinnabula. Avec flegme, il regarda sa petite sœur par-dessus le rebord de son journal. Cette dernière était assise en face de lui, sur un fauteuil capitonné qui lui permettait d’étendre ses deux jambes dénudées, dont l’une avait été blessée par balle lors d’une prise d’otages en Méditerranée.

— Ce doit être l’infirmière à domicile, l’avertit-elle.

Il plia aussitôt son journal pour le laisser sur la table basse, avant de quitter le canapé. Là, d’une démarche rapide, il atteignit la porte d’entrée et l’ouvrit. Non sans surprise, il découvrit une ravissante jeune femme blonde vêtue d’une salopette en velours côtelé chocolat et d’un t-shirt blanc à manches longues. Le capitaine dut baisser la tête pour la regarder, car elle n’était pas très grande de taille et devait lui arriver au niveau de la poitrine.

Je dirais 1m61, pensa-t-il spontanément.

Lui mesurait 1m87 sans chaussures et atteignait la barre des 1m90 lorsqu’il portait des bottes de combat. En l’occurrence, il était chaussé de pantoufles grises qui s’accordaient parfaitement à son pantalon de ville noir et à sa chemise bleu ciel.

— Bonjour, monsieur. Je suis bien chez les Nicholson ?

William la dévisagea d’un coup d’œil expert, peut-être un peu trop prononcé, et répondit d’une voix cordiale :

— Oui, c’est bien nous. Vous êtes l’infirmière ?

— Tout à fait. Je m’appelle Roxane Wright et je dois m’occuper d’Ophelia.

Roxane.

Cette fois-ci, le regard de l’officier s’égara sur le renflement arrondi qui déformait la salopette au niveau du ventre et il découvrit ainsi sa grossesse déjà bien entamée.

Oh… enceinte.

Peut-être était-elle à cinq ou six mois de grossesse ? Si son ventre était joliment arrondi sous le tissu épais, son corps avait conservé sa sveltesse au niveau de ses bras, ses jambes et son visage.

C’était une vraie poupée de porcelaine, belle à regarder et délicate, qui ne devrait pas travailler dans son état.

Elle doit être épuisée. Son mari la laisse encore exercer son métier ?

Découvrant la surprise, puis l’inquiétude dans les yeux noisette de son grand interlocuteur, Roxane tenta de le rassurer d’une voix amusée :

— Ne vous inquiétez pas, mon état ne m’empêche pas de travailler.

Il arbora une moue dubitative et cela souligna le charme de son visage viril, quoique tracé avec harmonie. Non seulement il était bel homme, mais en plus sa tenue était élégante. De toute évidence, lorsqu’on était grand et athlétique, tout vous allait. Même les pantoufles de dandy, qui tranchaient avec sa coupe de cheveux commune aux militaires. Les siens étaient courts sur le sommet du crâne et pratiquement rasés au niveau des tempes, ce qui lui donnait un air sévère, tout en soulignant l’exotisme de ses traits.

Avec des cheveux aussi noirs et des yeux en amande comme les siens, il peut avoir des racines asiatiques…

Roxane avait grandi non loin du quartier chinois de Londres et s’était fait de nombreux amis de la communauté asiatique, dont des métis eurasiens qui avaient des traits similaires à cet homme-là.

— Quand même, il faudrait songer à prendre du repos. Une femme enceinte doit se ménager et je doute fort que vous connaissiez ce mot dans votre métier.

Ils ne se connaissaient que depuis quelques secondes et William se montrait déjà moralisateur. Il pouvait être ennuyeux et casse-tête, mais c’était son instinct protecteur qui le guidait à chaque fois. Sensible au bien-être d’autrui, il interférait parfois dans la vie des gens qu’il considérait « vulnérables » pour leur garantir un soutien moral ou physique.

Dans le cas présent, cette adorable petite blonde qui le dévisageait avec ses grands yeux gris clair, d’une nuance aussi dense que les nuages anglais, éveillait chez lui un élan protecteur irrépressible.

C’était certainement dû à sa grossesse.

— Je m’arrêterai lorsque le bébé me l’ordonnera, répondit-elle ensuite avec un sourire dans la voix. Je peux entrer ?

Sans attendre, William s’écarta sur le côté pour lui céder le passage, puis referma la porte derrière eux. Il remarqua aussitôt le gros sac à dos noir qu’elle portait sans ciller et lui proposa très galamment en le pointant du regard :

— Je peux le porter pour vous ?

— Non, ça ira. Merci.

— Bien. Ma sœur vous attend dans le salon, annonça-t-il ensuite en lui traçant le chemin jusqu’à la concernée.

Lorsque Roxane découvrit Ophelia Nicholson pour la première fois, un sentiment de sympathie l’envahit aussitôt. Elle avait déjà entendu parler de cette célèbre patiente, étant donné qu’elle avait feuilleté l’un de ses romans en librairie. C’était une jeune auteure talentueuse, à la voix très chaleureuse au téléphone. Elle s’en était fait une belle idée, qui s’avérait maintenant qu’elle se tenait devant elle.

— Je suis contente de vous rencontrer, Ophelia, même si j’aurais préféré que cela se fasse dans d’autres circonstances, lança Roxane en avançant vers la jeune femme coincée dans son grand fauteuil.

Avec ses longs cheveux noirs et ses yeux verts, étirés vers les tempes comme ceux des félins, Ophelia Nicholson était encore plus séduisante dans la réalité que sur ses photos officielles. Elle ressemblait d’ailleurs à son frère.

— Je suis également ravie de vous rencontrer, répondit l’auteure avec enthousiasme. Et de voir que vous attendez un bébé ! Toutes mes félicitations !

L’infirmière arbora un sourire reconnaissant, bien que mystérieux, et cela intrigua William qui n’avait manqué aucun détail de cet échange. Se sentant soudain inutile, il s’enquit de demander avec l’amabilité d’un majordome de Downton Abbey :

— Je peux vous proposer quelque chose à boire ? Ou à grignoter ?

Roxane le fixa un instant de son regard clair et refusa d’un sourire poli qui le cimenta sur ses deux jambes. Il avait jusque-là ignoré le rouge à lèvres couleur brique qui habillait sa belle bouche pulpeuse, posée au milieu de son visage aux traits fins. C’était la seule touche de maquillage, mais qui semblait suffisante car ses cils étaient si longs qu’il n’était pas nécessaire de les embellir avec du mascara ou du crayon noir.

Il resta peut-être une seconde de trop à admirer les épaisses ondulations blondes qui lui tombaient sur les épaules telles des vaguelettes d’or.

— Très bien. Bon, je vous laisse tranquilles pour faire le soin.

William quitta la vaste pièce à la fin de sa phrase en laissant les deux jeunes femmes faire connaissance autour du pansement d’Ophelia. Sa plaie était propre, non inflammatoire et peu douloureuse. Elle cicatrisait même rapidement, à la grande joie de l’infirmière. Pour faciliter le soin, la patiente s’était habillée d’une robe plissée noire qui s’arrêtait aux genoux.

— Sans indiscrétion, comment avez-vous eu cette blessure par balle ? demanda Roxane, désormais assise sur un tabouret confortable et penchée sur la plaie qu’elle avait découverte.

Ophelia était toujours installée dans son fauteuil et sa jambe blessée reposait désormais sur un champ stérile. Elle grimaça légèrement lorsque Roxane enduisit sa cicatrice de bétadine dermique, même si la douleur était bien moindre par rapport à l’horreur vécue en mer.

— Eh bien… je ne sais pas si vous avez suivi les infos ces derniers jours, mais j’étais l’une des otages du ferry reliant Gibraltar à Tanger.

Les yeux gris de Roxane s’arrondirent comme des boules de billard, alors que sa bouche s’ouvrait sur une exclamation muette. Elle était frappée de stupeur, si bien que ses gestes s’étaient figés au-dessus de la plaie et qu’on entendait même les questions se bousculer dans son esprit.

— Je n’y crois pas… ! Bien sûr que j’ai suivi toute l’actualité et j’étais tellement inquiète pour vous tous… heureusement que l’intervention des Royal Marines a été rapide et très bien menée.

Roxane décela l’ombre qui assombrit le regard vert d’Ophelia, alors qu’elle lui révélait :

— L’homme qui était à la tête de cette mission de sauvetage est mon petit ami…

— Était, corrigea sévèrement William dans leurs dos en les surprenant.

Il était revenu de cuisine avec un verre d’eau, qu’il s’empressa de poser sur la table basse à l’attention de l’infirmière. Cette dernière le dévisagea avec un mélange de gratitude et de curiosité et, pour toute réponse, il lui adressa un sourire aimable.

— Nous n’avons pas rompu, Roy et moi, le contredit Ophelia d’une voix sèche.

— Ça ne saurait tarder et tu sais que c’est la meilleure issue pour vous deux.

Roxane ressentit toute la tension entre le frère et la sœur, mais ne se laissa pas impressionner et poursuivit son soin avec douceur. Elle venait d’appliquer le pansement sur la plaie cousue et de le maintenir avec la bande de crêpe.

William avait disparu sans qu’elle ne s’en rende compte et lorsqu’elle redressa la tête pour regarder Ophelia, celle-ci la gratifia d’un sourire reconnaissant.

— Merci beaucoup, Roxane. Je peux vous appeler par votre prénom, n’est-ce pas ?

— Bien sûr. On peut même se tutoyer si vous voulez.

— Oh, avec plaisir.

— Dis-moi, je ne voudrais pas paraître indiscrète, mais pourquoi j’ai le sentiment que ton frère n’apprécie pas ton petit-ami ? Alors qu’il t’a sauvée si je comprends bien.

Ophelia libéra un soupir, lasse.

— En réalité, ils s’adorent. Ils sont meilleurs amis depuis qu’ils se sont enrôlés chez les Royal Marines, mais mon frère ne tolère pas notre relation toute neuve… en fait, si j’étais à Gibraltar, c’était pour rejoindre secrètement mon petit ami et il pense que, sans cette liaison, je n’aurais jamais été confrontée au drame qui s’est joué sur le bateau…

Mon dieu… son frère est commando comme Sebastian. Pas étonnant, en réalité… il en a l’allure et la rigidité. Mais bon sang, ils sont partout ou quoi ?

La romancière cloua son regard sur son pansement pour souligner ses propos et Roxane vint saisir sa main dans un geste réconfortant, tout en chassant ses pensées avec un balai imaginaire. Elle était sensible à l’histoire de sa patiente et espérait sincèrement qu’elle connaîtrait une fin heureuse.

— Ton frère a l’air un peu rigide, comme la majorité des militaires d’ailleurs… mais je suis certaine qu’il va finir par accepter l’évidence qui le dérange pour le moment.

Les deux jeunes femmes échangèrent un sourire de connivence et Ophelia sut d’instinct qu’elle pourrait tout confier à cette inconnue fraîchement rencontrée, avec l’étrange impression de la connaître depuis des siècles.

— Où est ton petit ami actuellement ?

— Il est rentré de Gibraltar hier et il est désormais en Écosse, là où se trouve la base de son unité. Il m’a écrit pour me dire qu’il viendrait me voir au plus tôt.

Roxane hocha la tête, l’expression toujours rassurante, puis ajouta en rangeant son matériel de soin :

— Je suis sûre qu’il va bientôt te visiter. Ton frère n’est pas dans la même unité que lui, alors ?

— Non, il est basé à Taunton.

— Oh, d’accord. Je connais bien Taunton.

Une lueur différente s’était mise à briller dans le regard gris de l’infirmière en intriguant son interlocutrice, qui l’aurait certainement interrogée à ce propos si la sonnette de l’entrée n’avait pas résonné dans toute la maison.

— J’y vais ! cria une voix flûtée.

C’était certainement une jeune fille qui avait parlé, mais Roxane ne la vit pas tout de suite. En revanche, elle l’entendit dévaler les escaliers pour rejoindre la porte d’entrée et l’ouvrir.

— Parrain ! Je savais que c’était toi !

La même voix enfantine carillonna de nouveau et Roxane darda sur Ophelia un regard interrogateur lorsqu’elle la sentit se raidir.

— Mon dieu, c’est lui…

Elle entendit le murmure de la romancière et sembla deviner l’identité du nouvel arrivant.

— Ton petit ami ?

— Oui. Mon frère va vouloir discuter avec lui et c’est ce que je crains le plus.

Ophelia semblait sincèrement préoccupée et investie d’un sentiment de solidarité, Roxane lança en soulignant ses propos d’un clin d’œil complice :

— Attends, je vais faire de mon mieux pour t’aider.

Elle se redressa ensuite de son tabouret en récupérant son sac à dos et s’éloigna en direction de l’entrée.

Là, elle découvrit dans le vestibule la présence d’un grand militaire aux cheveux châtains et au treillis froissé. On devinait son épuisement et le stress qui nourrissait toutes les cellules de son corps à travers ses beaux yeux bleus. Cet homme était sur les crans, il avait dû sauter dans sa voiture à la première occasion pour atterrir ici.

Un peu plus petit de taille que lui, le maître des lieux se dressait sur son passage dans une posture austère et ne semblait pas vouloir le laisser circuler, tandis qu’une enfant de dix-onze ans les examinait successivement avec nervosité.

— Je t’ai dit de ne pas venir, McKenna, lança l’aîné d’Ophelia avec froideur. C’est encore trop frais.

— Écoute, William, tu es l’une des personnes les plus importantes de ma vie, mais cette fois-ci, mêle-toi de tes affaires. OK ?

— Justement, je me mêle de mes affaires. Tu as mis ma sœur en danger, je te rappelle !

— Tu sais bien que non.

Le dénommé McKenna serrait les dents et les poings de contrariété, sans toutefois perdre son sang-froid. Loin d’abdiquer, il soutenait le regard hostile de son ami et lui opposait une posture inflexible.

— Laisse-moi la voir, William.

— Non !

— Je t’en prie, papa…, l’implora doucement la jeune adolescente.

Roxane l’observa et la trouva ravissante avec ses nattes noires, son visage typé asiatique et sa robe estivale mauve. Il y avait par ailleurs un air de son père dans le dessin de son nez droit et celui de sa jolie bouche gourmande.

— Ne te mêle pas de ça, Aileen.

— Désolée, papa, mais tu ne peux pas les tenir à distance. C’est leur histoire, pas la tienne, répliqua la jeune fille sur un ton très mature qui sidéra tous les adultes présents. Mon parrain et ma marraine ont besoin d’une conversation, en privé.

Roxane étouffa un petit rire stupéfait dans un toussotement, puis se retint à son ventre en lâchant délibérément son sac à dos au sol. Le bruit mat attira l’attention de tout le monde, notamment du beau brun ténébreux et intransigeant, qui se détourna du militaire en treillis pour l’étudier.

— Tout va bien, Roxane ?

Roxane ? Non mais depuis quand elle t’a donné la permission de l’appeler par son prénom ? Ressaisis-toi, Will.

— Mmh… je pense que je vais avoir besoin d’un coup de main pour porter mon sac jusqu’à la voiture. Ça ne vous dérange pas de m’aider ? répondit-elle avec un regard irrésistible, conçu pour désarçonner les plus récalcitrants des hommes.

Porté par sa galanterie, William se matérialisa aux côtés de l’infirmière et posa même une main inquiète sur sa taille. Ne s’étant pas préparée à un rapprochement physique aussi instantané, elle frissonna jusqu’à la pointe des pieds en réalisant à quel point sa chaleur et son parfum étaient intenses.

Il est très magnétique.

Au secours.

— Vous voulez que je vous porte dans mes bras ? Ou que je vous ramène chez vous ?

D’abord troublée, Roxane sentit sa gorge la chatouiller à l’émergence d’un rire. Elle se mordilla la lèvre inférieure pour ne pas y céder face à tant de prévenance, puis adressa un signe de tête discret à Roy pendant qu’elle récupérait dans sa main celle que William avait fixée sur sa taille.

Elle faisait presque le double de la sienne et aurait pu appartenir à un guérisseur tant la chaleur qui s’en dégageait était agréable et salvatrice.

— Eh bien… j’ai fini ma tournée et j’avais prévu de faire quelques courses. Mais je ne pense pas y arriver toute seule.

— Vous habitez où ?

— Pas très loin, à quinze-vingt minutes de marche et cinq minutes en voiture.

— Je vous accompagne, décréta le capitaine d’une voix sans appel, tout en resserrant l’emprise de ses doigts autour de sa main, sans réaliser que le geste était plutôt intime.

Parfait. Les deux amoureux seront tranquilles pour discuter, pensa l’infirmière en souriant à la jeune fille qui l’admirait de ses yeux sombres.

Malgré son jeune âge, Aileen avait saisi la subtilité de ce plan et remercia silencieusement cette belle blonde enceinte.

Cependant, William n’avait pas totalement oublié son problème initial et lança d’une voix forte à l’attention de son ami, qui s’était déjà glissé dans le salon :

— McKenna, je ne veux pas te revoir à mon retour !

L’instant d’après, il ôtait ses doigts des siens, soudain conscient de cette promiscuité bouleversante, puis se décala sur le côté en maîtrisant le rythme un peu saccadé de sa respiration. Entre la contrariété générée par la présence de McKenna et le trouble naissant que provoquait cette imprévisible infirmière, il perdait le contrôle de soi.

— On y va, madame Wright ? demanda-t-il en enfilant rapidement ses chaussures de ville, avant d’attraper un gilet gris accroché au portemanteau fixé à l’entrée.

Il avait de nouveau adopté le ton protocolaire d’un serviteur royal.

— C’est mademoiselle, rectifia-t-elle avec un sourire aussi énigmatique que celui de Mona Lisa.

Oh, pas encore mariée…

— Eh bien, mademoiselle Wright, quittons cette maison avant que je ne fasse un massacre.

Le décalage entre ses mots et sa courtoisie alluma une autre étincelle d’amusement dans les yeux gris de Roxane, mais sa bouche pulpeuse sut se contenir.

L’instant d’après, elle le précédait pour quitter la maison sous le regard attentif d’Aileen.

Chapitre 2

♫Valerie – Amy Winehouse

Le cours des événements prenait une tournure plutôt cocasse et rompait avec la monotonie de ses tournées habituelles. Elle venait d’embarquer à bord de son véhicule le frère de sa célèbre patiente pour lui permettre de retrouver son petit ami sans qu’il ne puisse s’interposer. Néanmoins, que pouvait-elle bien faire en compagnie de cet étranger ? Les courses n’étaient pas vraiment nécessaires, elle avait seulement eu besoin d’un prétexte pour l’attirer à l’extérieur de la maison.

— Vous savez, mademoiselle Wright, j’ai bien compris que vous m’aviez piégé, dit William en la regardant depuis le siège passager de sa ravissante Fiat 500 de couleur prune.

Avant aujourd’hui, il n’aurait jamais cru monter dans une voiture à la couleur aussi peu conventionnelle, mais dut s’abstenir de tout commentaire et se carra dans son siège trop étroit en rechignant silencieusement.

Les mains posées à 10h10 sur le volant et le regard cloué à la route, Roxane ébaucha cette fois-ci un petit sourire amusé en écoutant ses propos.

Cela faisait quelques minutes qu’ils avaient quitté la maison où la tension entre les deux hommes devait encore crépiter dans l’air. Si elle n’était pas intervenue, une bagarre aurait certainement éclaté et cela aurait rendu la situation encore plus délicate.

— Il me semble que votre sœur et son chéri ont beaucoup de choses à se dire et je crois qu’ils sont ­suffisamment grands pour le faire sans la surveillance d’un frère très protecteur, nota-t-elle en lui décochant un coup d’œil furtif.

Cela ne vous regarde pas, aurait-il voulu lui répondre, mais il s’abstint. Hors de question d’être désagréable avec une demoiselle aussi charmante qu’obligeante. Elle connaissait à peine Ophelia et, malgré tout, elle se faisait sa complice. C’était certainement cette fameuse solidarité féminine.

L’avant-bras posé sur l’accoudoir de sa portière, William se mit à pianoter dessus en réprimant un petit grognement d’insatisfaction. Il ne supportait toujours pas la trahison de sa petite sœur et de son meilleur ami. Ils avaient eu une liaison dans son dos, alors qu’il avait formellement interdit à ses amis de la toucher. Pour lui, c’était une règle écrite dans leur code d’honneur imaginaire.

Un homme se détournait de la sœur de son meilleur ami, de son frère d’armes. Un point c’est tout.

— Mmh… si vous le dites. Il a intérêt à ne plus être là lorsque je serai de retour, sinon je lui referais le portrait.

— Vous ne vous trouvez pas un peu dur ?

— Absolument pas.

Il était persuadé d’avoir raison et la jeune femme crut deviner en lui une personnalité butée, directive et certainement convaincue d’agir pour le bien d’autrui à chaque décision prise, sans vraiment se remettre en cause. Peut-être le ferait-il avec un peu de recul.

Visiblement las de parler de sa sœur et de son meilleur ami, William s’obligea à se façonner un visage plus détendu, puis demanda d’une voix radoucie :

— Vous êtes infirmière depuis longtemps ?

— Depuis six ans.

— Vous avez toujours vécu à Bath ?

— Je suis née à Bath, mais j’ai passé une grande partie de mon enfance et de mon adolescence à Londres. Je suis revenue vivre ici après avoir obtenu mon diplôme en soins infirmiers.

— C’est étrange, je ne vous ai jamais croisée avant.

— Disons que Bath est une ville à la fois petite et vaste.

— Vous n’avez pas tort… en même temps, je ne passe pas beaucoup de temps ici à cause de mon métier. Je suis capitaine chez les Royal Marines.

— J’avais cru comprendre, répondit-elle avec un sourire dans la voix. Vous avez tout du capitaine inflexible et intrépide.

— Je le prends comme un compliment.

William s’autorisa un sourire, qui ne dura guère longtemps, mais elle réussit tout de même à le capturer dans sa mémoire.

— Votre bébé, c’est une fille ou un garçon ?

— Je ne sais pas encore.

Ils étaient en train de longer le Royal Crescent, un ensemble résidentiel composé de trente maisons de style géorgien, agencées en croissant autour d’une magnifique esplanade fleurie, au gazon verdoyant. C’était l’un des lieux de la ville que Roxane préférait. Un peu troublée par la présence de William, car elle n’avait plus vraiment l’habitude d’être en présence d’un robuste spécimen de masculinité, la jeune femme se concentrait sur les lignes de ces maisons magnifiques.

La Fiat 500 arrivait au milieu du croissant lorsque, soudain, une petite silhouette coupa la route en courant.

— Mademoiselle Wright !

Saisie d’un frisson glacial, l’infirmière appuya son pied sur le frein et vit l’une des mains de William s’arrimer au volant pour l’aider à le maintenir droit. La voiture s’arrêta net et ils purent voir, à travers le pare-brise, le corps d’un petit garçon de sept ou huit ans, allongé au sol à quelques centimètres des roues. Roxane ne l’avait pas percuté, il avait dû tomber sous le coup de la peur.

— Oh, mon dieu !

William détacha sa ceinture de sécurité et ouvrit la portière, prêt à rejoindre l’enfant.

Là, des criailleries étranges les alertèrent et ils virent un magnifique cygne blanc couper la route à son tour. Il s’approchait de l’enfant et sifflait d’une manière agressive.

Les autres passants s’étaient éloignés sans dissimuler leur inquiétude, alors que Roxane détachait à son tour sa ceinture pour se tordre sur son siège et attraper le long parapluie qui gisait sur la banquette arrière.

— Il faut mettre le petit à l’abri ! Capitaine, voilà un para…

Sa phrase n’était pas terminée que William s’était déjà éjecté de la voiture pour la contourner et se dresser entre l’enfant et l’animal. Le cygne était grand et animé d’une colère furibonde. Un mâle, très territorial.

William leva ses deux bras musculeux lorsque le cygne déploya ses incroyables ailes en sifflant fort, avant de se précipiter dans sa direction d’un bond combatif. Le militaire l’attrapa vivement au cou avec ses deux mains, puis jura en tentant d’éviter son long bec. L’instant d’après, Roxane les vit disparaître dans un tourbillon de plumes et de criailleries.

— Ne lui tordez pas le cou, capitaine ! cria-t-elle en se rapprochant prudemment d’eux.

Elle avait ouvert son grand parapluie noir et s’en servait comme d’un bouclier. Il n’y avait plus d’enfant à sauver, puisqu’il s’était déjà redressé avant qu’elle ne quitte la voiture pour courir en direction de ses parents.

— Satané volatile ! entendit-elle William pester lorsque le cygne le mordit violemment à l’avant-bras dans la bagarre.

Le commando réussit à faire reculer la bête de plusieurs mètres et se retourna vers Roxane, recouvert de plumes et de duvet par endroits. Si le cygne ne s’apprêtait pas à répliquer, peut-être que la jeune femme aurait éclaté de rire face à son visage aussi drôle qu’adorable.

— Retournez dans la voiture, je m’occupe de lui ! ordonna-t-il en lui arrachant le parapluie des mains pour le dresser contre le cygne, qui se heurta cette fois-ci à un obstacle.

On l’entendait siffler en reculant de rage. Roxane ne chercha pas à désobéir et retrouva sa place derrière le volant. Grâce à son parapluie, William éloigna l’animal de quelques mètres sur le côté afin de libérer la route, puis fit volte-face en refermant prestement son bouclier improvisé pour courir vers la Fiat 500. En quelques mouvements, il retrouva sa place en claquant la portière.

— Est-ce que ça va, capitaine ? Il vous a fait mal ?

— Il m’a juste pincé, ce n’est rien.

Sans se rendre compte qu’elle bloquait toujours une voie du passage, Roxane fronça ses sourcils blond foncé en découvrant l’ecchymose qui apparaissait sur l’avant-bras gauche du commando.

— Croyez-moi, mademoiselle Wright, j’ai eu des bobos bien plus graves, assura-t-il avec un petit sourire en coin, et elle releva la tête pour inspecter son visage.

Il n’avait rien, hormis quelques flocons de duvet blanc qui s’accrochaient encore à ses cheveux noirs.

Voyant qu’elle se mordillait la lèvre inférieure, il lui demanda sur un ton intrigué :

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Vous avez de ravissantes petites plumes sur la tête, capitaine.

Comme il écarquillait ses beaux yeux en amande, un petit rire cristallin s’échappa de ses lèvres alors qu’elle se penchait vers lui en rapprochant sa main de son crâne pour le débarrasser des petits flocons duveteux. Ses cheveux chatouillèrent ses doigts et cette sensation se répandit jusqu’au creux de sa nuque.

— Voilà, vous avez retrouvé votre allure martiale !

Cette fois-ci, William se dérida et la remercia d’un large sourire chaleureux, révélant sa dentition de lion. Ce n’était pas des dents qu’il possédait, mais des crocs pour mieux dévorer toutes ses admiratrices.

Roxane se détourna de son sourire trop lumineux, comme éblouie, puis redémarra le moteur. Ils allaient reprendre leur route lorsque le cygne réapparut dans leur champ de vision. Avide de vengeance, l’animal voulait toujours en découdre.

— Bon sang, c’est un forcené ! Faites-le reculer en roulant au pas, dit-il au moment où le cygne fonçait de nouveau dans leur direction, comme s’il voulait s’encastrer dans le pare-brise.

Roxane enclencha la première vitesse, puis fit reculer l’animal en roulant vers lui. Ses grandes ailes blanches se déployèrent en embrassant l’air, alors que ses yeux étincelants devinrent opaques.

Le spectacle fut d’une beauté sauvage et les figea l’espace d’un moment.

— Il a beau être grincheux, il n’en reste pas moins magnifique, nota-t-elle en le regardant s’éloigner pour de bon.

Sans vraiment contrôler le fond de sa pensée, elle fit un rapprochement avec William et l’attitude bourrue qu’il avait adoptée tout à l’heure, face à son meilleur ami, mais qui n’avait en rien entaché son charme viril.

— C’était la première fois que je me battais avec un cygne. Ça va bien faire rire ma fille, ajouta-t-il avec un humour pince-sans-rire. Et moi qui pensais qu’il symbolisait l’amour.

— Disons que l’amour peut être querelleur et vous faire mal parfois, rétorqua-t-elle avec une pointe de nostalgie dans la voix.

Cette phrase intrigua soudain William. Disait-elle cela d’une manière générale ou parlait-elle de sa propre expérience ? Quel genre de relation pouvait-elle entretenir avec son compagnon ? D’ailleurs, à quoi pouvait-il bien ressembler ?

Il n’avait aucun doute là-dessus, même si elle insistait pour qu’on l’appelle « mademoiselle », cette poupée blonde avait un homme qui l’attendait à la maison pour la choyer après une longue journée de travail.

C’était peut-être un soignant ou un professeur de littérature classique, qui s’amusait à réciter des vers à longueur de journée. Ou peut-être qu’il était paléontologue ?

Tu divagues, Will… qu’est-ce que ça t’apporte d’imaginer son mec ?