Royal Marines - Rendre les armes - Arria Romano - E-Book

Royal Marines - Rendre les armes E-Book

Romano Arria

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Beschreibung

Une romance militaire seconde chance pleine d'action et de rebondissements

Lieutenant des Royal Marines, Roy McKenna mène une vie réglée au cordeau jusqu’au jour où son meilleur ami lui confie une mission des plus personnelles : veiller sur sa sœur, Ophelia Nicholson, célèbre autrice de fantasy médiévale, brisée par le suicide de sa meilleure amie.

Sur l’île sauvage de Skye, le décor romantique et isolé ravive une attirance ancienne entre Roy et Ophelia. Malgré leurs réticences, la passion éclot, intense et secrète. Mais leur bonheur fragile est mis à l’épreuve lorsqu’Ophelia est enlevée en Méditerranée, plongeant Roy dans une course contre la montre pour la sauver.

De l'Écosse aux côtes espagnoles, entre secrets, loyautés familiales et élans du cœur, ils devront affronter bien plus que leur passé : leurs propres sentiments.

- Une romance #Meilleur ami du frère & #Bodyguard passionnante

- Cadre envoûtant : l'île de Skye en Méditerranée

- Un héros touchant et tourmenté : un soldat loyal et passionné de cuisine

- Une héroïne forte : une écrivaine brillante en quête de renaissance

- Action, émotion et sensualité au cœur d’une intrigue haletante

Royal Marines – Rendre les armes est le premier tome d’une duologie addictive mêlant passion interdite, tension émotionnelle et sensations fortes.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Arria Romano est une auteure de romances contemporaines et historiques. Elle a étudié l’histoire militaire à la Sorbonne et est passionnée de littérature et d’art. Sa mission : offrir à son lectorat de l'espoir et de l'amour à travers ses histoires et ses personnages. Elle est l'auteur de plusieurs best sellers, dont la saga US Marines.



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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Page de titre

Rendre les armes, locution.

† [Militaire]

Accepter sa défaite en abandonnant le combat, se rendre à l’ennemi.

♥ [Amour]

Ne plus résister face à l’évidence des sentiments, succomber à l’être aimé.

Prologue

♫So she dances – Josh Groban

Cotswolds, Angleterre

29 septembre 2012

Debout devant le porche nord de l’église St. Edward, Roy McKenna admirait les portes médiévales en bois qui se dressaient sous ses yeux, jouxtées par deux ifs majestueux et séculaires poussant au ras du mur. Cette entrée était l’une des plus admirées du Royaume-Uni, pour cause, elle semblait appartenir au monde de Tolkien avec son cadre végétal fantastique et son esthétisme ancien.

— La petite Aileen a bien de la chance d’être baptisée dans cette église, commenta une voix féminine.

Roy tourna la tête vers sa petite amie, une jolie blonde prénommée Bridget et recouverte d’un long manteau gris qui lui tombait jusqu’aux mollets. Si le soleil brillait au milieu d’un ciel clair en ce jour automnal, les températures étaient plutôt basses et tous les invités déjà présents s’étaient chaudement vêtus.

À la demande de son meilleur ami, Roy s’était habillé de son uniforme de cérémonie noir, celui que portaient les Royal Marines lors des grands événements. Elle épousait parfaitement sa haute silhouette athlétique en attirant les regards admiratifs des personnes alentour. Il fallait dire qu’il était bel homme. Grand, musclé, les cheveux châtains et les yeux bleus, il était d’une beauté virile incontestable, que son uniforme de cérémonie sophistiquait.

— Oh oui, j’ai hâte de la voir, répondit le soldat avec enthousiasme et son accent écossais tourbillonna dans les oreilles de Bridget.

Respectivement âgés de vingt et un ans, ces deux-là s’étaient rencontrés trois ans plus tôt dans un pub, quelques jours avant qu’il ne s’enrôle chez les Royal Marines pour servir la Couronne d’Angleterre.

— Tu feras un parrain formidable.

Le meilleur ami de Roy l’avait choisi pour être le parrain de sa fille, née quelques mois plus tôt.

— J’espère.

— Tiens, ils arrivent !

Roy tourna cette fois-ci son regard vers la famille qui se dirigeait vers eux. En tête de cortège se trouvait son acolyte, William Nicholson, également vêtu de sa tenue de cérémonie militaire noire, cintrée à la taille par une ceinture blanche, tandis qu’une coiffe blanche, rouge et noire recouvrait son crâne. Ses parents le suivaient de près. Son père portait fièrement ses soixante ans et possédait des yeux verts lumineux. Il était originaire de la région, contrairement à sa mère qui venait de Macao. Cela se voyait à son beau visage asiatique, où les marques du temps ne semblaient pas avoir d’emprise. À plus de cinquante ans, elle en paraissait à peine quarante.

Les parents de William s’étaient habillés avec beaucoup d’élégance et souriaient aux convives qui se rapprochaient d’eux pour les saluer amicalement.

Plus loin, une jeune femme de taille moyenne et à la tenue sophistiquée poussait un landau noir en marchant avec la distinction d’une reine. Elle portait un beau manteau droit en laine, couleur tabac, une robe crayon en dentelle ivoire et des escarpins d’une nuance presque semblable.

Incapable de détacher ses yeux de la jeune femme, Roy la regarda avancer dans sa direction en devinant son identité. Il s’agissait d’Ophelia Nicholson, la sœur cadette de William et la marraine d’Aileen. Cela faisait trois ans qu’il connaissait son meilleur ami, or il n’avait jamais rencontré les membres de sa famille en vrai, même s’ils lui paraissaient déjà familiers.

— McKenna, tu vas enfin rencontrer ta filleule ! s’exclama William en guise de salutations avant de lui donner l’accolade.

Roy revenait fraîchement d’une opération extérieure de six mois et n’avait pas encore rencontré la fille de son meilleur ami. À vrai dire, la petite avait vu le jour fin mars, alors qu’il se trouvait en territoire hostile, à des milliers de kilomètres de la Grande-Bretagne. Il ne l’avait vue qu’en photos et vidéos.

— J’en tremble d’impatience, répondit le bel Écossais avec solennité. Je suis content de te revoir, vieux, ça fait un bail.

— Ouais, tu m’as vraiment manqué. Je priais tous les jours pour que tu reviennes sain et sauf.

— Moi aussi ! s’immisça Bridget et William la salua aussitôt en lui claquant une bise à la joue.

Ils échangèrent ensuite quelques paroles et Roy se concentra de nouveau sur Ophelia. Leurs regards se croisèrent cette fois-ci et elle s’arrêta à trois mètres de distance en l’observant attentivement, sans laisser paraître la moindre émotion. Du haut de ses dix-huit ans, la jeune femme avait déjà l’attitude d’une grande dame. Il n’y avait aucune sévérité dans son expression, seulement de la retenue, et cela semblait valoriser la beauté de son visage eurasien où les traces de ses origines chinoises se faisaient subtiles.

Car s’ils étaient anglais par leur père, les enfants Nicholson avaient également reçu de leur mère macanaise1 ses gènes sino-portugais. Il fallait être fin observateur pour déceler cette touche d’Asie et ne pas les confondre avec quelque peuple slave.

Toutefois, par son teint clair, ses longs yeux verts dessinés en amandes et ses cheveux noirs et épais, magnifiquement coupés au carré, elle ressemblait plutôt à une fille d’Europe de l’Est.

William avait souvent vanté la beauté de sa sœur devant lui en appuyant ses propos par des photos, mais elle l’était davantage en vrai. Une bombe atomique qui s’ignorait et qu’il était urgent de désamorcer pour éviter de gros dégâts sentimentaux.

Les hommes qui croiseraient son chemin souffriraient certainement.

— Je suppose que tu es Roy, dit la jeune femme avec une pointe de chaleur dans la voix. Il paraît que tu nous reviens d’une longue mission.

Son ton était posé, agréable. D’instinct, le commando lui adressa un petit sourire et répliqua de sa voix grave, mâtinée de cet accent écossais très séduisant :

— Affirmatif. Je suis ravi de te rencontrer enfin, Ophelia. Ton frère me parle souvent de toi.

— En bien, j’espère ?

— Toujours.

Des babillements s’élevèrent du landau et Roy réduisit la distance qui les séparait pour s’établir à ses côtés et regarder le bébé allongé dans la nacelle confortable. Son cœur se serra de tendresse lorsqu’il découvrit le sourire joyeux sur le petit visage rond et pâle d’Aileen.

— On dirait qu’elle t’a également reconnu, commenta gentiment Ophelia, près de lui, et Roy ne sut pourquoi les poils de sa nuque se dressèrent instantanément.

La jeune femme se tenait à quelques centimètres de lui et son parfum ambré saturait tous ses sens. Le militaire avait un odorat surdéveloppé et était très sensible aux parfums des femmes. C’était en réalité la première chose qu’il remarquait chez elles et qu’il évaluait. Celui d’Ophelia avait quelque chose d’affolant, de mystique.

Il s’en voulut de réagir de manière aussi épidermique alors que Bridget se tenait juste devant lui et qu’il était supposé ne voir qu’elle.

Cependant, un autre frisson le traversa jusqu’à la racine de ses cheveux coupés courts quand Ophelia le frôla en se penchant vers la nacelle pour récupérer sa nièce dans ses bras et la plaquer contre sa poitrine. Aileen était habillée d’une ravissante robe de baptême blanche et coiffée d’un turban rose pâle où s’érigeait un nœud volumineux.

— Mon dieu, elle est adorable…, murmura Roy en se noyant dans les yeux bruns et étincelants du bébé.

On aurait dit une petite poupée exotique avec ses cheveux noirs, encore courts et fins, ses yeux bridés, son minuscule nez et cette bouche ronde qui s’ouvrait sur un sourire irrésistible.

Contrairement à son père, la petite Aileen ressemblait davantage à une Asiatique puisque sa mère était d’origine anglo-coréenne. Cette dernière était restée en Angleterre le temps d’accoucher, avant de rentrer en Corée du Sud pour ne jamais plus revenir. Aileen était un accident qu’elle voulait oublier, contrairement à William qui assumait parfaitement son rôle paternel aux côtés de sa famille.

Malgré ses vingt-deux ans, le brave soldat était un homme remarquablement mature et responsable, qui ne vivait plus que pour sa fille, sa famille et l’armée.

— Tu veux la prendre dans tes bras ? proposa Ophelia en reportant son regard vert sur le géant écossais.

Ce dernier écarquilla les yeux, soudain encombré par le volume de ses muscles. Serait-il capable de tenir une si petite personne, sans la blesser ?

Devinant sa crainte, la jeune femme ne lui laissa pas le choix et plaça entre ses bras musculeux le poupon.

Oh !

Pris au dépourvu, Roy n’eut d’autre choix que d’accepter le bébé contre lui, tout en subissant cette promiscuité avec Ophelia et le pouvoir de son parfum ensorcelant. Également effrayé à l’idée de lâcher la petite Aileen, il resta figé sur ses jambes solides et bloqua ses bras pour garder le contrôle sur ses mouvements enthousiastes.

— N’aie pas peur, elle ne tombera pas vu ta façon de la tenir ! plaisanta Ophelia et un sourire fleurit sur ses lèvres pulpeuses, d’un rose prononcé.

— Oh, Roy, les bébés te vont à ravir ! s’exclama Bridget sur un ton enamouré. Regarde comme elle gazouille ! J’ai hâte qu’on en ait un !

La jolie blonde se tourna ensuite vers la brune sophistiquée pour lui parler chaleureusement :

— Tu es encore plus belle que sur les photos de ton frère, Ophelia. Je suis heureuse de te rencontrer.

— Merci beaucoup. Je suis également ravie de te ­rencontrer… mais je suis désolée, je ne connais pas ton prénom…

— Je suis Bridget, la petite amie de Roy. Et pour tout t’avouer, tu as réussi là où j’ai toujours échoué : faire porter un bébé à ce grand costaud !

Un rire roula dans la gorge de la blonde, puis une idée traversa soudain son esprit vif.

— D’ailleurs, il faudrait peut-être vous photographier devant les belles portes médiévales ! Notre petite star mérite d’avoir une photo inoubliable avec son parrain et sa marraine, poursuivit-elle en flattant la joue d’Aileen d’une caresse tendre.

Le bébé babilla gaiement et William renchérit :

— C’est une excellente idée ! Il faut la faire tout de suite, car le temps commence à se couvrir et je pense qu’il pleuvra lorsqu’on quittera l’église.

Ophelia et Roy échangèrent un regard entendu, puis se rapprochèrent des magnifiques portes encadrées des deux arbres mystérieux. Le militaire tenait toujours aussi précieusement l’enfant contre lui, comme s’il s’agissait d’un inestimable vase en porcelaine de l’époque Ming.

— Bridget a raison, ça te va bien de porter les bébés, glissa Ophelia en posant son regard vert sur le visage de Roy.

Étrangement, son cœur cogna plus fort lorsqu’elle admira la ligne parfaite de son profil viril. Bien sûr, elle l’avait déjà vu sur de nombreux clichés, sans vraiment réaliser à quel point il était séduisant. Il avait les cheveux châtains, coupés à ras, une mâchoire carrée et des yeux bleu intense où de nobles sentiments se mêlaient. On lui confierait la protection du monde entier tant il paraissait puissant, inébranlable et fiable.

William n’aurait pu choisir meilleur parrain pour sa fille.

— Tu trouves ?

— Oui et Aileen semble très heureuse blottie contre toi, souligna la jeune femme en se rapprochant de lui pour remettre le turban sur le crâne de sa nièce.

Même chaussée de ses escarpins, il y avait au moins vingt centimètres d’écart entre eux, étant donné qu’il dépassait la barre des 1m90.

Roy l’observa faire en se concentrant sur ses gestes et sur les mouvements de ses lèvres charnues alors qu’elle chuchotait des compliments au bébé.

Elle était définitivement renversante et ferait une mère exceptionnelle.

— C’est fou de se dire que nous sommes responsables d’elle jusqu’à la fin de sa vie, surtout si William n’était plus là… Elle est un peu notre trait d’union.

Roy fut bouleversé par cette réalité et resserra plus tendrement le bébé contre lui, pendant qu’Ophelia époussetait le bas de sa belle robe en dentelle. Elle reprit ensuite place à sa gauche.

Tout le monde avait désormais le regard tourné vers eux, comme s’ils étaient les protagonistes de l’événement. Ce qui était plus ou moins le cas.

— Rapprochez-vous un peu plus, vous êtes trop éloignés ! lança Bridget avec un regard expert et en parallèle, William préparait son appareil photo à ses côtés. Ophelia, Roy ne va pas te mordre. Tu devrais t’accrocher à son bras pour renvoyer une image plus harmonieuse.

La jeune femme s’exécuta sans piper mot et le contact direct de leurs deux corps chauds sembla les électriser, en douceur.

Ils choisirent de ne pas le remarquer et comme pour chasser son trouble, elle lui murmura en se façonnant un sourire très photogénique :

— Ta petite amie est plutôt perfectionniste, non ?

— Elle travaille dans les studios de la BBC, elle connaît son sujet.

À son tour, Roy arbora son plus beau sourire en chatouillant le ventre du chérubin pour lui arracher un rire, que William sut capturer avec l’objectif de son appareil professionnel.

La joie du bébé fut contagieuse et tout le monde autour d’eux se mit à rire naturellement.

Bientôt, l’objectif captura une dernière photo, la plus vivante et romantique de cette série automnale. On y voyait Ophelia, la tête légèrement inclinée vers l’arrière et le regard tressé à celui de Roy, tandis que bébé Aileen tirait une langue mutine en direction du moineau qui volait vers les feuillages des arbres féeriques.

1. Originaire de Macao (région chinoise, qui fut autrefois une colonie portugaise).

Chapitre 1

♫River – Charlie Puth

Île de Skye, Écosse

2 avril 2022

Face à la caméra de sa petite sœur, Roy découpait en rondelles l’aubergine posée sur le comptoir d’une cuisine à la décoration rustique chic. Il préparait un gratin d’aubergines et de courgettes à la mozzarella en direct, à destination des followers qui le suivaient sur Instagram. Car, passionné de cuisine, il avait souhaité partager ses recettes et ses plats esthétiques aux internautes, sans savoir que son contenu plairait énormément. Désormais esclave de son succès, il devait être régulier et toujours aussi professionnel dans ses publications, nécessitant ainsi l’aide de Moïra, sa sœur. Bien sûr, il ne montrait jamais son visage en entier, ce qui accentuait le mystère du cuisinier du compte @taurusmancooksforyou.

Ses 117k followers savaient seulement qu’il était du signe du Taureau, écossais aux belles mains viriles, cordon-bleu et officier chez les Royal Marines. Les gens étaient fascinés par son profil, s’inspiraient volontiers de ses recettes et admiraient, l’eau à la bouche, la manière dont ses mains épluchaient ses aliments, coupaient ses viandes, pétrissaient ses pâtes et fouettaient ses sauces. Il y avait tant d’amour dans son rapport à la cuisine que c’en était ­hypnotique.

— La vidéo est dans la boîte. Je filmerai quand tu sortiras le plat du four, lança Moïra, satisfaite.

Roy décocha un sourire à sa sœur, une jolie rouquine en robe de velours verte, un peu ronde et au visage très avenant qui rappelait le sien. Ils se ressemblaient beaucoup, sauf qu’il était châtain aux yeux bleus comme leur mère et elle rousse aux yeux dorés comme leur père.

— Ça marche. Heureusement que tu m’aides, car tout seul, c’est beaucoup plus long, dit-il en disposant les rondelles d’aubergine dans un plat ovale, par-dessus d’autres rondelles de légumes et de fromage.

Il finissait le dressage de son plat.

— C’est sûr. En tout cas, ton gratin va être délicieux. J’espère que ça éveillera l’appétit de notre invitée.

— Personne ne résiste à mes plats, assura-t-il avec malice. Et je compte bien la faire manger, son frère m’en a donné l’ordre.

Moïra eut un autre sourire, qui s’élargit lorsque la sonnette de l’entrée résonna jusqu’à eux. Ils se trouvaient dans une grande maison de campagne écossaise, convertie en maison d’hôtes depuis quelques années par leurs parents. La jeune femme adorait rencontrer les visiteurs, se nourrir de leurs histoires et leur offrir une parenthèse de calme et de douceur dans ce cocon isolé de toute agressivité citadine. Mais ce soir, ce n’était pas n’importe quelle personne qui franchirait le pas de la porte. D’ailleurs, elle venait certainement d’arriver.

— Je pense que c’est elle !

— On n’attend personne d’autre.

Roy était amusé par l’enthousiasme de sa sœur. Il comprenait bien pourquoi elle était dans cet état, après tout, la personne qu’ils s’apprêtaient à recevoir était une auteure de romances célèbre. La romancière favorite de Moïra – qui n’en pouvait plus d’attendre la suite de ses histoires – mais aussi la petite sœur de son meilleur ami, le capitaine William Nicholson.

Roy était également ravi de l’accueillir ici, même s’il ne la connaissait pas si bien que cela. Ils avaient eu l’occasion de se rencontrer plusieurs fois en neuf-dix ans de connaissance, sans jamais vraiment prendre le temps de discuter, de se révéler l’un à l’autre. Il la trouvait sympathique et intéressante, mais tout ce qu’il savait d’elle lui venait plutôt de son frère, si bien qu’elle lui était toujours un peu étrangère.

— Ophelia !

La voix de Moïra s’étendit jusque dans la cuisine et il l’imagina sautillant de joie devant la porte d’entrée.

Roy distingua faiblement la réponse d’Ophelia et se hâta de glisser le plat dans le four préchauffé, avant de lancer le chronomètre sur sa montre multifonctionnelle de militaire. Le plat serait prêt d’ici une heure.

— … les paysages sont vraiment sauvages et magnifiques.

Il avait quitté la cuisine et traversait désormais le couloir menant au vestibule de la grande maison. Il remarqua au loin une valise noire, puis le long manteau de laine violet que portait leur invitée en descendant jusqu’à mi-mollet. La couleur lui rappelait la peau brillante des aubergines qu’il avait amoureusement découpées quelques instants plus tôt. Elle s’était accordée au plat, sans parler des escarpins mauve pastel en daim qui soutenaient ses pieds et s’accordaient aux religieuses à la violette qu’il avait préparées pour le dessert.

Drôle de coïncidence.

— Bonsoir, Roy.

Le militaire cessa d’admirer les escarpins et tout en se rapprochant des deux femmes, redressa la tête pour croiser un regard vert, intense, parfaitement bordé d’eye-liner. Il était lumineux et limpide sous l’élégant plafonnier rustique du vestibule.

— Bonsoir, Ophelia. Bienvenue chez nous, répondit-il avec un sourire chaleureux, sans vraiment savoir pourquoi son souffle s’était un peu accéléré.

Il s’était matérialisé devant elle, à un mètre de distance, et l’étudiait comme s’il la découvrait pour la première fois de sa vie. Après tout, cela faisait bien trois ans qu’ils ne s’étaient pas vus et elle avait un peu changé. Elle était plus mince que dans ses souvenirs, avec des joues plus creusées, même si elle n’avait jamais eu besoin de perdre du poids. Mais le changement le plus radical était la longueur de ses épais cheveux noirs et raides. La dernière fois, elle portait un carré sophistiqué qui s’associait parfaitement à son statut de jeune avocate londonienne, alors qu’aujourd’hui ses cheveux lui descendaient jusqu’à la taille.

Sa crinière était impressionnante et lui donnait des airs de princesse médiévale, un peu comme si les héroïnes de ses romans chevaleresques l’avaient influencée dans ce nouveau style capillaire. Ça lui allait très bien. Elle faisait plus romantique, humaine, moins citadine et inaccessible.

— Merci beaucoup. Ça me fait plaisir de vous revoir après tant d’années.

— Nous étions impatients de te recevoir. J’espère que tu retrouveras l’inspiration chez nous, car je n’en peux plus d’attendre pour connaître l’histoire de la neuvième enchanteresse ! avoua Moïra, théâtrale.

La bouche charnue d’Ophelia, d’un joli rose prononcé, esquissa un sourire amusé et Roy renchérit, faussement exaspéré :

— Laisse-la tranquille avec ça, elle vient tout juste d’arriver.

— C’est quand même le but de son séjour ici. N’est-ce pas, Ophelia ?

— Tu as raison, répondit l’écrivaine. Il est urgent de retrouver l’inspiration.

— Et l’appétit, souligna Roy d’une voix plus sérieuse. Ton frère m’a confié une mission et en commando qui se respecte, je suis obligé de l’accomplir.

Ophelia dirigea de nouveau son regard vers lui, l’air un peu triste cette fois-ci. Elle savait très bien où il voulait en venir. Sa retraite sur l’île de Skye ne concernait pas seulement l’inspiration, mais aussi la guérison de son âme et de son corps.

Un soupir se bloqua dans la gorge de l’écrivaine alors qu’un raz-de-marée commençait à enfler dans sa poitrine. Cela faisait trois mois qu’elle était à fleur de peau, vulnérable et pétrie de douleurs physiques et émotionnelles. À chaque instant, elle menaçait de s’écrouler, de se laisser emporter par la spirale de l’angoisse.

Stop, Ophelia. Concentre-toi.

La jeune femme prit une profonde inspiration, puis s’accrocha mentalement aux yeux bleus de son hôte. Le lieutenant Roy McKenna, soldat d’élite chez les Royal Marines et meilleur ami de son frère aîné. Elle avait oublié combien il était grand et solide, semblable aux menhirs qui s’élancent majestueusement dans les campagnes environnantes. Il était en parfaite forme physique. Ses muscles se devinaient sous son sweat à col ras-du-cou et son pantalon en tissu Fleece gris clair, de la marque Nike.

Elle ne se rappelait pas l’avoir déjà vu autrement habillé qu’en treillis, tenue de cérémonie ou survêtements. Son style Sportswear l’avait toujours un peu désabusée, elle qui accordait tant d’importance à l’élégance britannique, même si finalement ça lui allait bien. C’était simple, décontracté, efficace.

Et puis, on voyait combien il prenait soin de lui à travers la netteté de ses ongles, ses dents et sa peau. Sans parler de ses cheveux châtains, coupés à ras, et du parfum mentholé qui s’accrochait à lui.

Roy ne lui avait ni fait la bise ni serré la main, il se tenait peut-être à un mètre de distance, mais c’était suffisant pour sentir son parfum frais et rassurant.

— Tu dois être fatiguée de ton voyage. On va te montrer ta chambre pour que tu puisses te reposer un peu avant le dîner, dit-il enfin après quelques secondes de silence.

En revanche, sa voix grave et mâtinée de son irrésistible accent écossais était fidèle à ses souvenirs. Un jour, elle s’était surprise à écouter en boucle l’unique message vocal qu’il avait laissé sur son répondeur concernant une affaire urgente, car sa voix lui plaisait énormément. L’entendre de nouveau la détendit et elle acquiesça d’un mouvement de la tête en souriant faiblement.

Oui, elle avait besoin de se rafraîchir un peu et de découvrir sa chambre d’emprunt après douze heures de route depuis Bath, sa ville d’origine.

Ophelia se pencha pour récupérer sa valise, mais il fit de même et leurs mains se frôlèrent. Ils choisirent de ne pas y prêter attention.

— Laisse-moi faire, elle est lourde, dit-il gentiment et elle le regarda ensuite s’éloigner jusqu’au grand escalier blanc qui menait à l’étage.

— Merci.

— On t’a réservé la suite nuptiale, la plus belle de la maison, l’informa Moïra avec un sourire qui découvrit toutes ses dents. Je l’ai décorée avec ma mère.

— Oh, j’ai hâte de voir ça.

Quelques instants plus tard, Ophelia entrait dans sa chambre à la suite de ses hôtes. Son regard s’écarquilla d’émerveillement lorsqu’elle découvrit l’immense pièce située sous un plafond haut et mansardé, à la décoration rustique chic où les tons crème, bleu pastel et rouille prédominaient. Le lit gigantesque trônait au milieu de la pièce et son cadre en bois sculpté à la main, au capitonnage en pur lin écru, était d’une élégance folle. Il appelait au sommeil avec son ensemble de coussins blancs et bleus, sa couette moelleuse crème et son plaid à grosse maille orange foncé. Il était situé en face d’une large et haute fenêtre avec vitrage à petits carreaux, qui donnait sur le vaste terrain de la demeure.

Là, dans la lumière crépusculaire, elle vit trois bovins des Highlands aux robes rouge foncé en train de paître tranquillement.

— Wow ! C’est une chambre magnifique, vous avez beaucoup de goût, dit Ophelia en tournant sur elle-même pour admirer les miroirs, tableaux et meubles romantiques qui habillaient le reste de la suite.

Au milieu de la pièce s’érigeait un escalier en colimaçon, peint en blanc, qui menait vers le toit mansardé sous lequel s’ouvrait une autre petite pièce. Après avoir laissé sa valise près d’une haute armoire, Roy s’était rapproché de l’escalier et elle ne put s’empêcher de l’admirer un instant. Il était vraiment très grand et particulièrement costaud. Son frère lui avait un jour dit qu’il participait souvent aux Highland Games, des compétitions sportives où la démonstration de force était spectaculaire.

Ce soir, elle donnerait cher pour le voir à l’épreuve.

— La salle de bains se trouve à l’étage, l’informa-t-il en pointant le toit mansardé. Elle vient d’être refaite, tu devrais l’apprécier. Moïra, tu continues de lui faire visiter, s’il te plaît ? Je dois préparer la suite du dîner.

La rouquine fut ravie qu’il les laisse enfin seules, car elle avait beaucoup de choses à dire à son auteure préférée et la présence de son frère n’était pas nécessaire. Du coin de l’œil, Ophelia le regarda quitter la pièce.

— Vraiment, je suis dégoûtée de ne pas pouvoir rester plus d’une soirée avec toi. Demain matin, je pars rejoindre nos parents au Portugal. Ils ont loué une villa là-bas pour trois semaines.

Ophelia ne s’attendait pas à cette révélation et, surprise, demanda :

— Tu veux dire que je vais rester ici toute seule, avec Roy ?

— Oui, jusqu’à la fin de ton séjour. Mais tu ne seras pas vraiment toute seule avec lui, il y a aussi les vaches, renchérit Moïra sur un ton badin qui fit rouler plus mélodieusement son accent écossais.

La respiration d’Ophelia se suspendit alors que ses pensées marchaient à toute vapeur. Quinze jours aux côtés de Roy, sans personne d’autre avec eux ? La situation ne lui faisait pas peur, seulement elle ne s’y était pas vraiment préparée. Elle n’avait jamais passé quinze jours toute seule avec un homme qui n’était ni son père ni son frère, même avec ses deux anciens petits amis.

Je suis ici pour écrire de toute façon. Je serai quasiment toujours enfermée dans cette magnifique suite nuptiale.

— Je suis certaine que tu passeras un excellent séjour ici. Mon frère est un coach, un cuisinier et un guide touristique hors pair, assura la rouquine en se rapprochant de l’escalier en colimaçon. Suis-moi, je vais te montrer ta salle de bains princière.

Chapitre 2

♫Memories – Maroon 5

Roy allumait la dernière bougie violette disposée sur la table à manger lorsqu’Ophelia fit de nouveau son apparition. Elle aimanta aussitôt son regard et il put enfin l’étudier sans la protection de son long manteau. Elle se présentait désormais à lui vêtue d’un pull en cachemire mauve, d’un pantalon noir à la coupe droite et des mêmes escarpins qu’à son arrivée. Elle avait dû les mettre juste après son long trajet de douze heures, car s’il savait bien quelque chose sur Ophelia et William Nicholson, c’était qu’ils mettaient un point d’honneur à être toujours bien apprêtés devant les autres.

Roy avait toujours éprouvé un peu de honte à l’observer ouvertement. Après tout, elle était la petite sœur de son meilleur ami et, à l’époque, il était fiancé. Malgré cela, il n’avait jamais su résister au besoin d’admirer les courbes de son corps, les mouvements de ses cheveux ou les expressions de son beau visage eurasien.

Il se souvenait qu’elle était plus pulpeuse autrefois. Selon William, elle avait perdu sept kilos depuis janvier et cela décharnait son corps pourtant si harmonieux et élancé. La cause de cette perte de poids involontaire : la dépression.

Dans la nuit du Nouvel An 2022, la meilleure amie d’Ophelia s’était défenestrée sous ses yeux alors qu’elles faisaient la fête à Rome. Ayant surpris son petit ami en train de la tromper avec une autre femme et encouragée par l’alcool qu’elle avait consommé, son amie s’était jetée du haut du sixième étage sans que personne ne puisse la rattraper.

Ophelia avait assisté à toute la scène et en fut tellement bouleversée qu’elle perdit simultanément le sommeil, la faim et même la joie de vivre. En plus du traumatisme psychologique, un sentiment de culpabilité empoisonnait son quotidien. Car c’était elle qui avait insisté pour se rendre à cette fête, à Rome, alors que sa meilleure amie voulait célébrer l’événement de manière plus sobre. Tout était de sa faute à elle.

Roy savait par William qu’elle ne dormait plus sans ses anxiolytiques, qu’elle se réveillait à cause de cauchemars, qu’elle ne mangeait plus correctement et n’avait pas écrit un mot depuis trois mois. La situation devenait préoccupante, car en plus d’inquiéter la famille Nicholson, elle mettait en péril la santé physique et mentale d’Ophelia, mais aussi sa carrière montante de romancière.

Au bout de trois mois d’écoute et d’efforts vains, William n’avait rien trouvé de mieux que d’implorer l’aide de Roy. Ce dernier était plus fin psychologue, détaché et patient que lui. Il avait également l’art de motiver les autres, de faire ressortir ce qu’il y avait de meilleur et de plus puissant en eux. Enfin, il saurait la combler par ses plats spectaculaires et rallumer la flamme de son inspiration grâce à sa maison et aux paysages fabuleux qu’offrait l’île de Skye.

Selon William, confier sa sœur à Roy était la solution miracle. Pour le principal concerné, c’était un défi de taille, mais il aimait secourir les autres et se prouver qu’aucun cas n’était vraiment désespéré, quelles que soient les blessures du passé. Par ailleurs, il avait deux semaines de vacances à dépenser et rien ne lui semblait plus exaltant que d’aider Ophelia à renaître de ses cendres.

Et lorsqu’il se perdait dans la contemplation de ses beaux yeux en amande, d’un vert lumineux, son cœur enflait d’espoir et d’énergie. Oui, cette femme retrouverait sa joie, ses kilos et son inspiration, il se le jurait.

— Tu as beaucoup maigri, lâcha-t-il sans détour, l’œil analytique.

Un éclat de surprise traversa les yeux d’Ophelia et il devina bientôt ce qu’elle pensait. Il était culotté de lui balancer ça en pleine figure alors qu’ils n’étaient pas si familiers.

— William m’a dit que tu ne te nourrissais presque plus, continua-t-il et elle haussa les épaules, un peu impuissante.

— Je n’ai plus tellement d’appétit.

— Prépare-toi à repartir d’ici avec quelques kilos en plus, car je ne tolérerai pas ton manque d’appétit, l’avertit-il sérieusement.

Un frisson se logea dans la nuque d’Ophelia, qui n’avait pas anticipé son attitude tout à coup directive. Apparemment, le lieutenant McKenna prenait cette mission à cœur. Loin de la bouleverser, cela lui fit plaisir et elle lâcha, pince-sans-rire :

— Que feras-tu sinon ? Tu m’attacheras à une chaise et tu me gaveras jusqu’à ce que mon taux calorique, ma glycémie et mon cholestérol explosent ?

Sans quitter son expression sérieuse, Roy fit mine de réfléchir.

— C’est une possibilité.

— Ne le provoque pas, mon frère peut être un vrai tortionnaire, intervint Moïra en pénétrant dans le salon, une bouteille de rosé à la main.

Roy souligna cette vérité d’un coup d’œil malicieux et Ophelia se mordilla la lèvre inférieure pour ne pas sourire jusqu’aux oreilles.

— Passons à table ou ça va être froid, observa-t-il en tirant une chaise pour inviter la romancière à s’y asseoir.

Cette dernière s’exécuta en le remerciant du bout des lèvres, secrètement troublée par cet homme qu’elle n’avait pas contemplé depuis longtemps. À vrai dire, il l’avait impressionnée la première fois qu’ils s’étaient rencontrés et c’était seulement aujourd’hui qu’elle osait vraiment soutenir plus de cinq secondes son regard. Il y avait une lueur intense et bienveillante dans le fond de ses yeux aux nuances très riches. Ils n’étaient pas uniquement bleus, ils étaient aussi un peu gris et bruns, mais par pépites clairsemées.

Soudain, elle rosit. Ce n’était pas à cause de la chaleur que diffusaient les trois chandelles posées sur la table ou le feu de cheminée qui crépitait à trois-quatre mètres de distance. Ce n’était pas non plus à cause d’une bouffée d’angoisse. Non, elle avait simplement honte de ne pas être à sa hauteur, de ne plus être aussi jolie et pleine d’assurance qu’avant.

Comme pour chasser ce sentiment désagréable, elle se concentra sur la table. Elle était dressée au milieu d’un salon aussi rustique qu’élégant – comme le reste de la maison – et sa décoration avait été soigneusement pensée. Il y avait des guirlandes de feuilles de lierre et des pommes rouges posées sur le centre de table blanc cassé, trois chandeliers en bois soutenant chacun une bougie violette et de la belle vaisselle en terre cuite pour accueillir les plats fumants. Ça faisait un peu médiéval fantastique.

— J’aime beaucoup la décoration de la table.

— C’est l’ambiance de tes romans qui m’a inspirée, avoua Moïra.

Ophelia fut touchée et lui adressa un sourire de remerciement. La rouquine s’était assise à sa droite, tandis que son frère avait pris place juste en face d’elle.

— J’imagine en effet les tables comme ça lorsque je décris le souper des enchanteresses.

— Il paraît que tu fais un recueil de recettes médiévales à la fin de tes bouquins, dit Roy en soulevant le chiffon qui recouvrait son pain aux olives, fait maison. J’aimerais essayer d’en reproduire une avec toi, qu’en penses-tu ? On pourrait se filmer en train de cuisiner et ça te ferait un coup de pub, car j’ai cru comprendre que tu ne postais plus rien sur Instagram. Or tes fans ont besoin de régularité, de nouvelles, de te savoir vivante et pleine de projets.

Ophelia l’observa de nouveau en arquant l’un de ses fins sourcils noirs.

Voyant qu’elle se posait quelques questions, il poursuivit :

— Ma sœur me parle sans arrêt de tes livres et je te suis sur Instagram, l’aurais-tu oublié ?

— Oh… non, je n’ai pas oublié. Je te suis aussi… @taurusmancooksforyou.

Il apprécia la pointe d’humour à la fin de sa phrase.

— Tes plats sont encore mieux en vrai, avoua-t-elle en admirant le pain aux olives, le gratin d’aubergines et de courgettes à la mozzarella, ainsi que le plateau de fromages et de charcuteries.

— Je vous fais voyager en Italie ce soir, mais demain, tu mangeras écossais.

Ophelia aimait sa façon solennelle d’annoncer des choses simples. Elle l’avait toujours connu comme ça, sobre, efficace, gentil.

— La cuisine de Roy est irrésistible, tu en demanderas toujours plus, assura Moïra avec un petit rire joyeux, qui s’étouffa dans le gros morceau de pain aux olives et de fromage qu’elle engloutit ensuite.

Il n’y avait pas que sa cuisine qui était irrésistible, cet homme avait d’autres atouts que les femmes se disputaient. Ophelia en était certaine, il devait faire des ravages.

Intriguée par le plateau de fromages et de charcuteries, la jeune femme picora à son tour pendant que ce grand « Taureau-cuisinier » lui servait une généreuse portion de gratin. Voyant ça, elle lui fit les gros yeux, mais il lui répondit sans possibilité de riposte :

— Je te préviens, tu ne sortiras pas de table avant d’avoir fini cette assiette.

Ophelia fit la moue et il la trouva si mignonne qu’un sourire fleurit sur ses lèvres masculines, fines comme elle les préférait.

— Si ton frère t’a confiée à moi, ce n’est pas sans raison.

— En réalité, William m’a demandé qui je préférais rejoindre entre toi et Winter. Je t’ai choisi, car tu es, à mon sens, moins extrémiste et sévère que l’autre psychopathe. J’espère ne pas avoir fait le mauvais choix.

Il y avait de la plaisanterie dans sa voix et il savait bien que William n’avait jamais – au grand jamais – songé à leur meilleur ami en commun pour sortir Ophelia de cette mauvaise période. Le lieutenant Winter Graham était également chez les Royal Marines, ils s’étaient tous les trois rencontrés pendant leurs classes, mais il avait été taillé dans un bois encore plus rugueux qu’eux. Il était connu pour son intransigeance et sa personnalité rebelle et ténébreuse. La vie n’avait pas été facile pour ce garçon des quartiers populaires de Londres et avait endurci son cœur pourtant grand, généreux et sensible.

Confier Ophelia à Winter aurait été l’erreur du siècle.

— Je sais bien qu’il n’en est rien, vous êtes génétiquement incompatibles, Winter et toi. D’ailleurs, il n’est même pas capable de s’aider lui-même, alors aider une autre personne…

— Et tu crois que nous sommes plus compatibles, toi et moi ? rebondit-elle avec un regard espiègle.

Roy venait de se servir. Il reposa doucement son assiette devant lui, puis planta pour la énième fois son regard dans le sien. Les flammes des bougies jetaient de belles ombres sur leurs visages et rendaient le moment plus magique. Comment avait-elle pu oublier son nez droit et sa mâchoire bien virile, comme taillée à la serpe ? Il s’était rasé de près aujourd’hui.

— Eh bien, nous avons deux semaines pour voir si nous formons une bonne équipe, répondit-il avant d’engloutir un morceau de gratin.

Ophelia le regarda mâcher, un peu hypnotisée, puis l’imita et soudain, le goût du gratin glissa dans sa bouche en affolant toutes ses papilles. Elle eut le sentiment de redécouvrir la saveur de l’aubergine, de la courgette et de la mozzarella à la fois. C’était croquant et fondant. Bon sang que c’était bon !

Moïra leva son index, l’air érudit, et parla de sa voix guillerette :

— Sur le plan zodiacal, vous êtes compatibles. Vous êtes tous les deux du signe du Taureau. Roy est né le 2 mai et toi le 5 mai si je ne me trompe pas… c’est ce que ta page Wikipédia dit.

Ophelia manqua s’étouffer avec un morceau de gratin, partagée entre la surprise et l’amusement. Elle ignorait que Moïra était fan d’elle à ce point-là. C’était vraiment touchant.

— Oui, je suis bien née le 5 mai 1994.

— On a donc trois ans et trois jours de différence, ajouta Roy. Maintenant que j’y repense, ton frère me l’avait déjà dit.

Trois ans et trois jours, ce n’était pas un grand écart. Elle était déjà sortie avec un homme de dix ans son aîné. Mais d’ailleurs, pourquoi pensait-elle à ça ?

C’était ce gratin indescriptiblement délicieux qui semait la confusion dans son esprit.

— En tout cas, les natifs du Taureau aiment généralement manger. Et j’ai bien l’impression d’avoir déjà conquis ton estomac, observa le militaire d’un air satisfait alors qu’elle engloutissait sa cinquième bouchée avec appétit. Attends de goûter aux religieuses à la violette et tu t’évanouiras de plaisir.

La fin de sa phrase la fit un peu rosir, mais cela se vit à peine. Sortis de leur contexte, ces mots auraient pu être interprétés autrement. Mais peu importait, il avait raison. Sa cuisine était… savoureuse ? Généreuse ? Non, orgasmique.

— Eh bien, ne suis-je pas venue en partie pour ça ? M’évanouir de plaisir. Avec tes plats, crut-elle bon de préciser et il lui adressa un autre sourire, un peu énigmatique cette fois-ci.

Le gratin et la fatigue lui faisaient dire des bêtises.