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"La rupture" est une cessation brusque de ce qui dure, une cassure soudaine et profonde de l’état des choses. Après des millénaires de stagnation démographique, d’errements économiques et de chaos politique, l’humanité et sa planète connaissent à partir du XVIIIe siècle une série de ruptures ascendantes dans l’évolution de la population, les conquêtes de la science et de la technologie, des révolutions industrielles, mais aussi les premières alertes écologiques. Ces progrès touchant le monde matériel, sont accompagnés par l’évolution du droit, des institutions et de la morale. Les mécanismes ainsi déclenchés connaissent des accélérations au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, portant le nombre des humains, les techniques, l’économie et le bien-être à des niveaux jamais imaginés auparavant.
Au moment de posséder les moyens de faire face à tous ses défis – nutrition, santé, longévité, bonheur et paix – la pression des migrations, l’emballement technologique, la volatilité de l’économie mondialisée, la crise climatique, mais aussi l’exacerbation des nationalismes, les fondamentalismes religieux, la stagnation du multilatéralisme et la décadence morale représentée par les guerres et le bafouement quotidien des droits de l’homme suscitent des peurs. La question est justifiée de savoir si, au seuil du troisième millénaire, après 250 ans de rupture montante, le monde n’est pas en train de basculer dans une désarticulation, descendante et morale, conduisant cette fois des Lumières aux ténèbres. Pour briser cet axe du mal, il faut lui barrer la route. Mais cela ne suffit pas. Il faut parler de paix. Nous tous, pour déclencher une véritable dynamique pacifique.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Fribourgeois d’origine,
Joseph Deiss est économiste de formation. Après avoir été professeur d’économie politique à l’Université de Fribourg de 1981 à 1999, il siège au Conseil fédéral de 1999 à 2006 en étant président de la Confédération suisse en 2004. Après son retrait politique en 2006, il préside l’Assemblée générale des NationsUnies à New York en 2010-2011.
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Seitenzahl: 288
Veröffentlichungsjahr: 2024
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La paix est plus précieuse que le triomphe.
Swayambhu, Monkey Tempel, Katmandou
Le monde bascule. La jeunesse proteste. Les anciens sont abasourdis. Les acquis de la grande rupture qui de 1750 à nos jours a permis à l’humanité de sortir du chaos politique, de la pauvreté et de l’insécurité, sont en péril. Les uns craignent pour la planète et la survie de l’espèce, les autres sont hantés par la surpopulation, la migration, la perte d’identité et une rechute dans un monde de souffrances et de guerres sanglantes. La peur prépare le lit de la révolte. Il y va du tout pour le tout, le doute n’est plus permis, la cause est sacrée. Ce qui justifie, pis, exige de passer outre aux règles établies. Missionnaires ! Révolutionnaires ! Pervertis ! Doctrinaires ! Écoterroristes ! Fondamentalistes ! Peu importe le qualificatif que l’on récolte. La crise du passage précipité et apparemment irréversible d’un état de durabilité à celui de la rupture justifie une action citoyenne ou guerrière qui se situe au-dessus de la loi et de la foi.
Ruptures
La rupture est une cessation brusque de ce qui dure. C’est une cassure soudaine, profonde et fatale de l’état des choses. Elle s’oppose à la pérennité et marque un hiatus entre le passé et le futur. La durabilité (soutenabilité, sustainability), qui permet de répéter le statu quo à l’infini sans mettre en péril les générations futures, est mise en échec.
Les phénomènes de rupture dont il est question ici se produisent inopinément, dans un court espace de temps. Cette précipitation n’est pas une question de fractions de seconde, ni même d’heures, de jours, de semaines, de mois ou même d’années. La vitesse se lit dans la perspective d’une vie humaine, par confrontation avec les quatre milliards et demi d’années de la planète ou des presque quatorze milliards de l’Univers. À l’échelle des temps géologiques, dans l’intervalle de la durée très brève d’une existence humaine, on observe aujourd’hui des développements qui auparavant auraient mis des dizaines ou des centaines de milliers, voire des millions d’années à se déployer.
À la brièveté infinitésimale de notre horizon temporel, il faut ajouter l’exiguïté spatiale plus que minuscule – excusez le pléonasme – de la planète Terre, faisant partie du système solaire, qui n’est que l’une des 200 à 400 milliards d’étoiles de la Galaxie qui porte le joli nom de Voie lactée, elle-même n’étant que l’une des 2000 milliards de galaxies que nous permettent désormais d’extrapoler les télescopes Hubble ou James Webb. C’est moins que la fine écaille tombée de l’aile d’un papillon. Nous voilà situés dans le temps et dans l’espace : un milliardième de seconde de la vie d’une planète dont il en existe un million de milliards dans l’Univers, mais dont une seule est connue pour être habitée par l’homme à ce jour.
Les bouleversements observés concernent des aspects fondamentaux de l’humanité et de la planète sur laquelle nous vivons. L’impact de ce qui arrive est vital et entraîne des conséquences existentielles pour notre espèce. Il ne s’agit pas d’une évolution lente ou par degrés. On se trouve en face de transmutations, de remises en question de la nature même d’éléments capitaux considérés jusqu’ici comme acquis.
Ces renversements sont inéluctables et possèdent une robustesse qui les rend fatals. C’est que les mutations engagées développent des phénomènes de vitesse acquise, ce qui les rend inexorables ou incontrôlables. Comme un grand navire, qui reste en mouvement, même avec tous ses propulseurs arrêtés. Une fois installé, le stade final s’avère irréversible.
Les fluctuations démographiques, l’emballement technologique, les révolutions économiques, le changement climatique, les mutations intellectuelles, institutionnelles ou morales sont de cette nature-là. Leur avènement est subit, même s’il porte sur plusieurs décennies ou des siècles. L’accélération en matière de réchauffement de la planète et la multiplication des catastrophes naturelles, la fonte des glaces polaires ou alpines avec la montée des niveaux des océans, l’allongement de l’espérance de vie, la dénatalité, l’avènement des nouvelles technologies, tels les drones sur les champs de bataille ou les réseaux virtuels dans la communication, provoquent des revirements fondamentaux en quelques décennies, après des millénaires de stabilité ou de stagnation. Il faudra des stratégies qui dépassent l’horizon de plusieurs générations pour accumuler à nouveau les masses d’eau douce perdues par les lacs, les eaux intérieures ou les glaces arctiques et montagneuses, pour rééquilibrer les pyramides des âges, pour s’adapter aux nouvelles données climatiques, aux changements de niveau des océans, mais aussi aux façons de produire, de consommer, de vivre, de penser, de communiquer et d’aimer.
Les scissions radicales peuvent être physiques et visibles à l’œil nu, mais elles concernent aussi les relations humaines, que ce soit au niveau des individus, de groupes de personnes et même entre nations. On parle de ruptures dans le cas de l’annulation d’engagements personnels – amitié, amour, fiançailles, mariage –, d’opinions contraires ou de relations diplomatiques rompues entre États. Les schismes peuvent être culturels, civilisationnels, religieux, moraux ou politiques. Leur liste est longue et ils touchent les discordances relatives aux moyens de surmonter les crises, les pénuries, les pandémies et les catastrophes naturelles. Ils font référence aux rôles attribués aux hommes et aux femmes dans la société, aux orientations sexuelles et à la procréation, aux effets de la mondialisation, à la montée péremptoire des opinions dominantes, à l’étiolement des églises chrétiennes, au recul général de la foi et de la pratique religieuse, à la montée des fondamentalismes religieux et fanatismes inspirés par l’islam, le judaïsme, la chrétienté, l’hindouisme et d’autres croyances propres à exciter les égoïsmes, le repli sur soi, le chauvinisme, les rivalités nationales et les guerres, le déni de l’État de droit et du droit international, le bafouement des droits de l’homme, le mensonge et le crime de guerre érigés en vertus de gouvernance, la corruption, le banditisme pratiqué à ciel ouvert à travers des milices de criminels telles que les jihadistes, le Hamas ou les mercenaires de Wagner, pègres tolérées voire financées par des gouvernements pervers, guidés par la mauvaise foi alliée à l’hypocrisie. Tous ces phénomènes sont propres à transposer soudainement le monde dans une situation d’avachissement moral, synonyme de crises de l’humanisme, de la démocratie, du droit, de la liberté, du bien-être. Le monde se retrouve sens dessus dessous, créant le désarroi et le sentiment que plus rien n’est comme avant.
Pourtant, les ressources naturelles, les connaissances, la science, les technologies nouvelles, la meilleure compréhension des mécanismes économiques et de gouvernance seraient largement suffisantes pour garantir une existence digne et un bien-être confortable à l’ensemble de l’humanité. Au cours du dernier quart de millénaire, des ruptures positives se sont produites au niveau de la démographie, des connaissances ou de l’économie, mais aussi sur le plan des institutions et des droits de l’homme. Comment expliquer pourquoi, au moment où pour la première fois dans l’existence de l’espèce humaine une telle harmonie serait techniquement et matériellement possible, le désordre des idées, le déchaînement des passions et des cupidités nous empêchent de reproduire de manière pérenne la position avantageuse acquise ? Sommes-nous au seuil d’une nouvelle grande rupture qui, après les Lumières, va dans la direction des ténèbres, cette fois ?
La rupture démographique
La première des ruptures drastiques est démographique. Elle n’est pas le fait d’un effondrement, ni d’une explosion, mais davantage le résultat d’un emballement lié à une succession de basculements dominés par des phénomènes de vitesse acquise. L’image de ce momentum, tirée de la physique et du monde naval, se réfère à l’erre d’un navire, qui représente son déplacement propre sur lequel n’agit plus l’engin. Cette vitesse est conservée par inertie. Donc, le bâtiment continue sur son élan bien que le propulseur n’agisse plus.
Ma grand-mère maternelle a eu huit enfants. Seuls quatre d’entre eux ont atteint l’âge de la scolarité. Les quatre autres sont morts peu de temps après leur naissance, faute d’une nutrition adaptée. C’était entre 1900 et 1910. Un siècle plus tard, elle aurait très probablement pu garantir l’accession à l’âge adulte à toute la fratrie.
Autre acte du même ordre : le 18 octobre 2023, Nestlé annonce la fermeture de son usine de lait pour bébés à Askeaton, dans le sud-ouest de l’Irlande, en raison du déclin des naissances en Chine, où est exporté l’essentiel de la production de ce site occupant 542 personnes. L’explosion démographique de la Chine, qui l’eût cru, a bel et bien pris fin.
Ces deux faits divers suffisent à eux seuls pour expliquer ce qui est arrivé à l’humanité dès 1750, soit au cours du dernier quart de millénaire de l’existence de ce qu’on appelle l’homme moderne.
Commençons par le commencement. Ça se passe en Afrique, lorsque des divers groupes d’hominidés qui se sont succédé ou qui ont coexisté s’est dégagé progressivement l’Homo sapiens, l’individu intelligent. Ces hommes dits modernes, dont descend probablement toute l’humanité, étaient environ au nombre de 10 000 à occuper les savanes d’Afrique de l’Est, il y a 160 000 ans. C’est ce groupuscule et cette date que l’on considère comme le départ de la grande aventure humaine qui n’a pas connu d’interruption jusqu’à nos jours. Ils n’étaient pas nombreux et trouveraient aisément place sur le plus grand paquebot du monde, le Icon of the Seas (7 600 passagers et 2 300 pour l’équipage), qui a pris la mer le 28 janvier 2024 sous le pavillon de la Royal Caribbean.
Malgré les 160 millénaires écoulés, la présence de l’homme sur terre est toute récente. C’est renversant et pour s’en rendre compte implacablement, il est utile de représenter les nombres en tous chiffres. Notre planète, vieille de 4 567 000 000 années, a tourné autour du soleil durant 4 566 840 000 années avant de voir surgir l’être humain évolué que nous appelons Homo sapiens. Il n’y a que 160 000 ans que la saga de notre espèce a démarré. Par rapport aux 4 567 millions d’années de l’âge de la Terre, et a fortiori aux 13 800 millions d’années de la création de l’Univers, la présence de l’homme n’a duré pour l’heure que le bref moment d’un éclair : à l’instant où je parle, la planète Terre n’est colonisée par l’homme moderne que depuis les 3,5 derniers dix-millièmes de pourcent (0,00035 %) du temps de son existence.
À quoi il faut ajouter que le démarrage fut plus que laborieux. Car 80 000 ans après ce démarrage, donc à mi-parcours de leur histoire, les humains n’étaient toujours que 40 000. L’espèce a même frôlé l’extinction 6 000 ans plus tard. Probablement victimes de phénomènes naturels et d’épidémies, ils n’étaient alors plus que 15 000. Fait incroyable, rien que 74 000 ans avant notre temps, on était pour ainsi dire de retour à la case départ.
Au vu de telles hécatombes, on imagine que durant de nombreux millénaires, l’existence humaine sur terre était une lutte quotidienne pour la survie de l’espèce. Les rescapés, partant d’Afrique, ont repris leur essaimage sur tous les continents. Par cette extension spatiale fut créée une marge de manœuvre nourricière, condition sine qua non pour la procréation et une première croissance démographique. On pense que 40 000 ans avant notre ère, aux trois quarts de son aventure, la population mondiale représentait un demi-million d’humains.
Selon les anthropologues, une unique branche des diverses lignées d’ancêtres s’est dégagée progressivement il y a 25 000 ans et porte le nom d’Homo sapiens sapiens. Il s’agit d’une ancienne appellation scientifique pour désigner l’homme moderne, qui se distingue des autres sous-espèces d’Homo sapiens par sa morphologie et son comportement, notamment avec une capacité cérébrale élevée atteignant 1 450 centimètres cubes en moyenne et sa démarche debout (homo erectus). C’est la seule qui a survécu et nous en descendons tous pratiquement sans exception. Il y a 10 000 ans (soit 8 000 av. J.-C.), à l’âge néolithique, ils étaient quatre ou cinq millions d’individus. L’homme de Cro-Magnon est un exemple d’Homo sapiens sapiens.
Un premier décollage a donc eu lieu, mais le rythme de croissance reste modéré. Au début de notre époque, il y a 2 000 ans, la population mondiale englobait environ 250 millions d’âmes, dont 50 millions pour l’Empire romain. Mais on est encore loin d’un véritable emballement. Les guerres et les épidémies des quinze premiers siècles de notre ère font que, vers 1500, la population mondiale se chiffrait par 500 millions. À quoi s’ajoute une espérance de vie stagnante, cadenassée à vingt ans, essentiellement à cause de la mortalité infantile. Il a donc fallu un millénaire et demi pour un premier doublement.
L’accélération est maintenant visible, puisqu’il ne faut que 300 ans pour franchir le cap du premier milliard, le prochain doublement, atteint vers 1800. Et ça ne prend que 130 ans pour atteindre le deuxième milliard en 1930. C’est à partir de ce moment que se produit la grande rupture du XXe siècle, puisqu’en 90 ans seulement, ce nombre va être quadruplé pour parvenir à 8 milliards d’humains en 2020 ! C’est pendant cette période que le turbo démographique mondial a produit son action fulgurante, provoquant un premier doublement en 45 ans pour passer aux 4 milliards en 1975 et en récidivant durant une nouvelle portion de 45 ans pour atteindre 8 milliards en 2020. C’est à ce moment que l’emballement démographique sur la planète est à son apogée. Des 50 milliards d’humains qui ont vécu au total depuis les débuts, soit depuis 160 000 ans, 16 % sont en vie à l’heure actuelle. La grande rupture démographique n’a pris qu’un quart de millénaire.
L’omniprésence de l’homme sur Terre, cette colonisation tous azimuts, ce passage du premier au huitième milliard, se sont fait en seulement un peu plus de deux siècles. Comparés aux 160 000 ans qu’il a fallu attendre, ces deux cents ans signifient que c’est à la dernière seconde que cet avènement écrasant s’est produit. Cela n’a nécessité qu’un demi dix-millionième de pourcent de l’âge de la planète (0,00000005 %). Il n’y a pas de mot suffisamment puissant pour marquer cette fulgurance, proche de la vitesse de la lumière, si ce n’est le vocable « rupture » dans le sens de la définition donnée plus haut : rien n’est plus comme avant, nous sommes catapultés dans un autre monde.
Simultanément, c’est à partir de maintenant que se manifeste pour la première fois un signal de ralentissement de l’intensité de cette ascension apparemment plus qu’exponentielle et qui justifie le terme d’explosion. Les habitués des phénomènes de vitesse acquise ont déjà noté que durant la dernière phase de doublement, entre 1975 et 2020, il n’a pas été possible, comme cela fut le cas lors de tous les doublements antérieurs, de réduire encore l’espace de temps nécessaire à la multiplication par deux. En effet, les 45 ans requis sont identiques aux 45 ans de la période précédente, allant de 1930 à 1975. Le taux de croissance reste inchangé et très élevé, certes, mais il n’augmente plus. C’est le signal annonciateur de la décélération, l’apogée est déjà derrière nous, mais la vitesse acquise va se manifester encore quelque temps.
Deux facteurs expliquent cette explosion et sa culmination. Le facteur de rupture, d’abord, est sans conteste l’accroissement inouï de l’espérance de vie. L’agent de la décélération, en revanche, est lié à la forte baisse de la natalité, plus précisément du taux de fécondité, c’est-à-dire le nombre d’enfants mis au monde par une femme durant toute la durée de sa capacité de procréation.
L’accroissement récent de l’espérance de vie de l’homme est bien le phénomène le plus stupéfiant de l’évolution démographique. On pense que jusqu’à la naissance du Christ, soit durant 158 000 ans, la durée moyenne d’une vie humaine était stable et approximativement égale à 20 ans. Dès l’an zéro, les progrès furent d’abord très lents. En 1600, on en est à une vie de 25 ans en moyenne par individu. Les choses s’accélèrent aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le passage au prochain lustre, c’est-à-dire à la longévité de 30 ans, est franchi en 1850. Ça n’a pris que deux siècles et demi, au lieu des seize siècles auparavant. Le grand bond, toutefois, s’effectue au XXe siècle, puisqu’en l’an 2000 la plupart des pays les plus dynamiques annoncent des espérances de vie de 80 ans et plus. C’est époustouflant : 50 ans de plus à vivre pour chaque individu au bout d’une évolution de 150 ans : c’est une année de plus tous les trois ans, c’est quatre mois de plus pour chaque année, un mois pour chaque trimestre, cinq minutes tous les quarts d’heure supplémentaires !
Et le phénomène est universel. Certes, tous les pays n’en sont pas au même stade. Mais tous ont connu, à leur échelon, des progrès de la santé, de l’hygiène, de la nutrition et de tous les bienfaits de l’accroissement du niveau de vie. Partout. Toutefois, si la procréation reste ce qu’elle est, la conséquence est d’une logique implacable : la population augmente rapidement durant la période de la transition démographique. Les démographes désignent ainsi le passage d’un régime traditionnel, où la fécondité et la mortalité sont fortes et s’équilibrent à un niveau élevé, vers un régime où la natalité et la mortalité sont faibles et s’équilibrent également, mais à des seuils plancher. Durant le laps de temps où la baisse de la mortalité précède celle de la natalité, le mouvement ou la croissance naturelle de la population progresse d’autant plus vite que la natalité dépasse fortement la mortalité. Il en résulte momentanément une allure foudroyante que les démographes comme les politiques qualifient d’explosion démographique.
Par le passé, les taux de fécondité étaient très élevés et largement supérieurs au seuil de renouvellement de la population, généralement estimé à 2,1. Le critère est supérieur à 2, parce que, selon une constante biologique observée partout, le nombre des naissances de garçons est légèrement supérieur à celui des filles. Étant donnée l’importante mortalité infantile répandue depuis les millénaires de l’existence de l’humanité, un réflexe de survie inné de l’espèce s’est sans doute gravé dans le subconscient des générations.
Selon cette logique, en raison de la hausse de l’espérance de vie, surtout grâce au recul de la mortalité infantile, les taux de fécondité devraient naturellement baisser. Cependant, la croissance galopante de la population est liée à la non-concomitance des deux mécanismes de la mutation. Alors que l’accroissement de l’espérance de vie obéit surtout aux progrès de l’hygiène et de la médecine, que les individus adoptent spontanément, la natalité est davantage un phénomène de civilisation dont le temps de réaction est plus paresseux. Au moment où la mortalité a commencé à diminuer, la natalité n’a pas suivi au même rythme, l’intériorité des couples étant vraisemblablement marquée durablement par les millénaires de précarité. Le résultat en est donc une explosion démographique transitoire et des pyramides des âges multiformes, avec des proportions entre les classes d’âge déréglées. Dans les pays avancés, les personnes âgées en surnombre craignent pour leurs retraites. Dans les pays en développement, il y a pléthore de jeunes désœuvrés et sans perspectives.
Dans les pays d’Afrique, en 2022, l’indice de fécondité se situe encore à une moyenne de 4,3, avec des pointes de 6,35 pour le Niger et 6,09 pour l’Angola, par exemple. Au même moment, l’Asie enregistre un taux de 1,9 et l’Europe, avec un indice de 1,5, se situe nettement en-dessous du seuil de renouvellement, avec notamment, en 2023, des valeurs de 1,36 pour l’Allemagne et de 1,33 pour la Suisse. Cependant, les destins nationaux sont très divers. Pendant que l’Afrique continue sur sa lancée ascendante en direction du deuxième milliard d’habitants prévu pour 2050 et le troisième, annoncé pour 2100, 61 pays les plus développés ont une population autochtone qui régresse. Même aux États-Unis, traditionnellement vigoureux démographiquement, l’US Census Bureau du Ministry of Commerce annonce un ralentissement, avec une naissance toutes les 9 secondes et un décès toutes les 9,5 secondes.
Dans l’Union européenne (UE), par exemple, en 2021, le déficit naturel total des 27 pays membres est de -2,8 ‰, que ne parvient pas à compenser le solde migratoire de + 2,4‰. La population totale de l’UE, par conséquent, diminue en nombre absolu, malgré les jérémiades transcontinentales face aux flux migratoires. Dans le détail, sur les 27 États signataires, 18 connaissent une régression naturelle, soit l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la République tchèque. Sans oublier la Suisse, qui n’est pas membre de l’UE, mais subit le même phénomène régressif de sa population autochtone et ne parvient à le compenser que moyennant l’immigration et la forte natalité au sein de la population immigrée.
L’accalmie à l’échelle planétaire n’est pourtant pas pour tout de suite, car les phénomènes de vitesse acquise agissent encore. Surtout que les 90 dernières années de forte natalité ont mis en place un énorme réservoir de procréation pour les décennies à venir, spécialement dans les nombreux pays africains, où la majorité de la population n’a même pas vingt ans. C’est le cas également de la Chine. Ayant pratiqué jusqu’en 2015 la politique de l’enfant unique, il en est résulté une sévère réduction du taux de fécondité. Pourtant, malgré ce recul, le potentiel procréatif constitué durant les années de forte croissance démographique, avec des taux de fécondité supérieurs à 5, continue à faire croître la population jusqu’en 2022. À long terme, en revanche, avec un taux de fécondité tombé maintenant à 1,6, le recul démographique est programmé. D’autant plus que la politique de l’enfant unique a provoqué une masculinisation de la population. Seule consolation, il y a suffisamment de grands-parents pour s’occuper des maigres cohortes de petits-enfants. Des problèmes semblables se présentent en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, mais, dans ces cas, l’État ne s’immisce pas dans les chambres à coucher et laisse libre cours aux comportements et aux choix individuels. En raison du phénomène de la vitesse acquise, cependant, les populations continueront à croître encore pendant plusieurs années dans ces régions, même si le taux de fécondité a déjà entamé son repli.
Aujourd’hui, les démographes convergent pour admettre que le moteur principal de la décélération procréative de l’humanité est lié à l’urbanisation. À partir du moment où la présence humaine est trop importante par rapport aux besoins des activités campagnardes, en particulier l’agriculture, et aussi à cause de l’augmentation de la productivité par personne occupée, les excédents de population ont tendance à se regrouper dans les villes. La congruité de l’espace disponible dans les habitations urbaines, l’aspiration à un niveau de vie plus élevé et la transformation des structures familiales ont déclenché un effet de compression des naissances beaucoup plus efficace que les moyens modernes de contrôle des naissances et des politiques familiales.
La crainte d’une perte de contrôle des mouvements démographiques n’est pas nouvelle. En 1798, dans son fameux Essai sur le principe de population, le révérend Thomas Robert Malthus, économiste et philosophe, lança l’avertissement suivant : « Si elle n’est pas freinée, la population s’accroît en progression géométrique. Les subsistances ne s’accroissent qu’en progression arithmétique » (Malthus, 1966, 1798, p. 14). En effet, selon ses observations, la population anglaise avait tendance à doubler tous les 25 ans, alors que la subsistance n’augmentait que d’un pourcentage linéaire à travers le temps. Sa conclusion était dramatique. L’explosion démographique annoncée à partir de 1900 déjà conduirait immanquablement à des famines et vers des crises. Deux siècles plus tard, force est de constater qu’il s’est trompé, sous-estimant les capacités de croissance de la production alimentaire tout comme les forces régulatrices démographiques spontanées de l’urbanisation.
Se bornant à l’Angleterre, Malthus n’a pas imaginé que le phénomène pouvait se produire momentanément à l’échelle planétaire, comme ça sera le cas de 1930 à 2020. Dans cette optique, son avertissement fut salutaire. Il fut repris en 1970 par le Club de Rome, qui lança une alerte débouchant sur le rapport Meadows du MIT, publié en 1972 et portant le titre « Les limites de la croissance » (The Limits of Growth). Observant le déferlement des flots de migrants venant autant d’Afrique vers l’Europe que d’Amérique latine vers les États-Unis, il n’est pas usurpé, comme le propose le titre de ce chapitre, d’accorder une revanche posthume à l’économiste de l’École classique et prêtre anglican. Cependant, Malthus a pensé à une limite nutritionnelle à ce qui concerne la croissance démographique. Aujourd’hui on sait que la limite est climatique.
Quoi qu’il en soit, l’omniprésence de l’homme telle que nous la connaissons aujourd’hui sur la planète est ultrarécente, puisque cette durée, largement inférieure à un demi-million d’années, ne représente qu’une fraction de seconde face aux quatre milliards d’années de la planète. Sans oublier que ce n’est que depuis le début des 10 000 dernières années que les premiers vestiges nous sont connus et que l’espèce a surmonté sa fragilité et sa relative stagnation. Et ce n’est qu’au cours du dernier quart de millénaire, à partir de 1750, qu’un emballement fulgurant s’est produit. C’est court, puisqu’il s’agit du temps qu’il faut à la planète naine Pluton pour accomplir une révolution autour du soleil, soit 247,7 années terrestres, très exactement.
Malgré les grandes différences qui subsistent selon les régions de la terre, la première rupture fondamentale de ces 250 dernières années est bien celle de la colonisation systématique de la planète par l’espèce humaine. On mesure le côté exorbitant de ce bouleversement total en rappelant que, en l’an zéro, il y avait en moyenne deux habitants par kilomètre carré de terres émergées. Ils étaient 8 habitants par kilomètre carré en 1800, 13 en 1900 et 61,7 en 2023, trente fois plus que lors de la naissance du Christ.
Soulignons que la situation est très variable selon les pays en raison de nombreux facteurs naturels, économiques et politiques. En 2023, les champions de la concentration humaine sont les États-villes, tels Monaco (24 361 hab./km2) et Singapour (8 806). À l’autre extrême, on trouve les pays avec de grandes surfaces peu ou pas peuplés : Mongolie (2,2), Australie (3,4), Canada (4,3), Russie (8,8), États-Unis d’Amérique (37,2). Dans la partie intermédiaire se situent les géants démographiques tels que l’Inde (481) et la Chine (149), tout comme la majorité des grands pays européens tels que l’Allemagne (239), le Royaume-Uni (279), l’Italie (199), la France (117), la Suisse (220).
Parallèlement au mouvement naturel de la population, les migrations constituent le deuxième facteur de variation d’une population, avec des effets pouvant être parfois stabilisateurs, le plus souvent cependant déséquilibrants. Selon les données des Nations Unies, 281 millions de personnes vivaient en 2020 en dehors de leur pays de naissance ou de citoyenneté. Cela représente 3,6 % de la population mondiale totale. C’est nettement plus qu’en 1970 (82 millions, 2,2 % de la population mondiale) et la tendance est à la hausse. En même temps, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), on dénombre 79,5 millions de personnes déracinées à travers le monde à la fin de 2019, parmi lesquelles 26 millions de réfugiés, 4,2 millions de demandeurs d’asile et 76 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (fin 2023). En octobre 2023, le même commissaire aux réfugiés annonçait 115 millions de réfugiés. Comparées aux 130 millions de naissances annuelles dans le monde, les migrations constituent une dimension démographique cruciale grandissante dans un grand nombre de pays. Certes, les individus qui passent d’un pays à un autre n’accroissent pas la population mondiale totale, mais ils en influencent la distribution spatiale de manière marquante dans plusieurs parties de la planète et agissent sur la dynamique démographique des régions concernées. Dans bien des pays, c’est devenu l’un des sujets politiques les plus controversés.
Durant toute l’histoire de l’humanité, les individus n’ont cessé de se déplacer. Pendant les premiers 150 000 ans, cela n’était probablement pas un sujet à controverse, puisque tous étaient nomades. Ce n’est qu’à partir du néolithique, au moment où les populations deviennent sédentaires, que la question du choix ou du changement du lieu d’établissement soulève des questions. Dès l’Antiquité, des peuplades entières commencent à migrer. On parle alors d’invasion, de conquête, même si ces transhumances n’excédaient le plus souvent pas 10 000 individus. L’Europe, l’Asie centrale, le nord de l’Afrique connurent de telles dislocations. Les Huns, les Barbares, les Slaves, les Maures, les Romains et bien d’autres peuplades se sont fait des réputations d’envahisseurs toujours ancrées dans nos imaginaires.
Plus tard, les Amériques, l’Afrique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et d’autres parties du globe ont été colonisées en vue d’y établir des populations provenant d’Europe et d’autres zones apparemment surpeuplées. La nouveauté par rapport aux anciennes transhumances réside dans le fait que ce ne sont pas des peuples entiers, mais des individus qui migrent. Les vagues d’Européens du Nord, d’abord, du Sud par la suite, vers l’Amérique du Nord sont bien connues et ont donné lieu à de nombreux faits d’histoire et inspiré bien des romans et des films.
Aujourd’hui, la pression migratoire est essentiellement de provenance africaine, latino-américaine et de pays connaissant des situations de guerre civile ou souffrant de régimes autoritaires, en Asie, en particulier. Les déplacements sont donc loin d’être toujours volontaires. À part les migrants économiques, il y a les réfugiés persécutés pour des raisons ethniques, politiques, religieuses. Parfois il est même question de déportations, de purifications ou de nettoyages ethniques. L’accroissement foudroyant de ces mouvements au cours des années récentes de l’Afrique ou d’autres pays pauvres d’Asie et d’Amérique latine vers l’Europe et les États-Unis constitue, à côté de la hausse de l’espérance de vie et de la diminution de la fécondité la troisième grande rupture à l’origine de la crise démographique contemporaine.
À titre d’exemple, on peut citer la Hongrie, qui a d’abord connu une émigration de masse, on parle d’au moins 200 000 personnes ayant quitté le pays pendant l’insurrection de 1956 et les purges imposées par l’Union soviétique. Aujourd’hui, pays membre de l’Union européenne, réfractaire à l’immigration et soucieux de préserver son identité, la Hongrie connaît un taux de fécondité inférieur à 1,5, une décroissance naturelle de 0,25 % par année et une population immigrée ne dépassant pas 2 %. Pour toutes ces raisons, l’État magyar enregistre une décroissance globale de sa population, lente mais constante. Les démographes estiment que d’une population de 10 millions en 2000, la Hongrie va passer à 8,5 millions d’ici 2050.
La situation n’est pas tout à fait la même en Amérique, où le Sud connaît un développement économique plus avancé que l’Afrique, avec pour seule frontière vers le nord celle des États-Unis d’Amérique et un continent de l’hémisphère Nord pas aussi densement peuplé que l’Europe. Cela n’empêche pourtant pas les disputes pour offrir aux populistes de la trempe de Donald Trump, petit-fils d’un immigré, l’occasion d’en tirer avantage.
D’autres pays, comme l’Australie, dont la population est pourtant issue largement de l’immigration forcée, appliquent une politique plus rigoureuse, excluant toute arrivée de réfugiés sur leur territoire, préférant les placer sur des îles au milieu du Pacifique. J’ai rencontré, par exemple, des réfugiées iraniennes ainsi « parquées » à Nauru. C’est pire qu’une prison, car d’un pénitencier on peut tenter de s’échapper. La méthode semble faire école, puisque le Danemark et plus récemment le Royaume-Uni sont en tractations avec le Rwanda pour y placer, contre compensation financière, des réfugiés, bien que des doutes existent sur la conformité de cette pratique avec le droit international (Conventions de Genève).
L’Europe occidentale semble tétanisée face à la pression migratoire venant d’Afrique, continent où la population va passer d’un milliard à deux milliards entre 2020 et 2050. Durant la seule journée du 14 septembre 2023, par exemple, 6 000 migrants africains ont débarqué à Lampedusa, position avancée de l’Italie en face des côtes tunisiennes. Toute extrapolation de ce chiffre est à même de donner le vertige aux pays signataires des accords de Dublin. Pour des raisons purement électoralistes, on s’adonne volontiers aux pires populismes, ce qui fait les choux gras des extrémistes, de droite comme de gauche.
En Europe, plutôt que de développer une politique commune basée sur la coopération, on préfère se refiler le fardeau en se cachant derrière le principe du règlement de Dublin, qui veut que ce soit le premier pays par lequel le demandeur d’asile est entré qui est responsable du traitement du cas. C’est inéquitable pour Malte, l’Italie, la Grèce et l’Espagne et tous les pays côtiers, plus faciles à atteindre que les pays captifs comme la Suisse, l’Autriche ou la Hongrie, qu’il n’est pas possible de rejoindre sans traverser au préalable un autre pays de l’UE, ou que les pays nordiques, plus éloignés d’Afrique. Cela ne traduit pas seulement un triste manque de solidarité en rupture avec l’idéal européen, mais affiche simultanément une absence totale de génie politique qui voudrait que l’UE se rassemble pour chercher avec l’Union africaine des solutions portées par l’ensemble de ces nations. Ce n’est qu’en stabilisant et développant les régimes politiques et économiques en Afrique que l’on pourra stopper ces flux migratoires. Pour l’instant, la pratique désordonnée fait le jeu des trublions tels que la Biélorussie, la Syrie, la Russie ou la Turquie, qui se font un plaisir d’utiliser l’arme de la migration pour semer la discorde au sein de l’Union européenne. De même, il semble impossible de gérer à grande échelle des programmes de sous-traitance, comme le font le Danemark ou le Royaume-Uni avec le Rwanda. Cela rappelle des chapitres sombres de l’humanité, comme la déportation de prisonniers britanniques vers l’Australie, il y a deux cents ans, ou la réinstallation de Palestiniens au Congo, au Rwanda ou au Tchad, comme le proposent aujourd’hui des ministres extrémistes en Israël.
Partout dans le monde, la politique des réfugiés et de l’immigration est une cour de récréation pour populistes. Le Pen, Meloni, Orban, Farage, Trump, Blocher et bien d’autres se font élire grâce à des discours xénophobes. Une fois au pouvoir, ils ne savent pas eux-mêmes que faire, car le problème n’est pas soluble à l’échelle d’un seul pays. Ce qu’il faut, c’est une politique de développement économique à long terme et une coopération coordonnée entre pays d’origine et pays de destination.
L’avènement de l’homme, il y a 160 000 ans, est la première et la plus importante rupture que la planète ait connue après 4 500 000 000 d’années d’existence inhabitée par l’être humain. Cette population a longtemps stagné. Pour elle et la planète qui la porte, une grande mutation se dessine seulement à partir de 1750 ap. J.-C. : c’est la rupture de la longévité. Ayant connu durant 159 750 années une espérance de vie ne dépassant pas 25 ans, hommes et femmes voient progresser leur durée de vie en l’espace d’un quart de millénaire, entre 1750 et 2000 ap. J.-C., à 80 ans, soit plus du triple en seulement deux siècles et demi. C’est une cassure soudaine et irréversible de tout ce qui durait auparavant. Une rupture dans le sens profond de la définition proposée au départ de cet essai.
Aux temps modernes, la rupture démographique est une première cause de déstabilisation mondiale. Les dissensions ethniques, les migrations du Sud (Afrique, Mexique, Amérique du Sud et centrale) vers le Nord (Europe, États-Unis), les radicalisations religieuses et culturelles, sont autant de facteurs propres à déclencher les populismes, les haines et la violence. Au cours du premier quart du XXIe
